‹ Geographie Generale CompareeChapitre 230 sur 293 · A BIT AKS DU PLATEAU · texte numérisé non relu

A BIT AKS DU PLATEAU

moncement , tantôt à la (Indes mots. Les Touariks seraient ainsi identiques avec la tribu U-ouar ( llovarah) de Léo ou les Twar-ik, t-dar-i. L’» , à la fin d'un root , désigne le peuple , par opposition au nom du pay s, qui se prononce sans cette voyelle. Nous trouvons déjà l'application de cette régie dans 2?orôer, Berberi.

Le nom berbère Daran (voyez l'Atlas), qui signifie montagne, celui de Tarudant , ville du Maroc, se retrouve aussi, à l’est, à l’entrée du llabech , dans le défilé de Taranta dominé par les tribus les plus orientales des llazorta. 11 apparaît de méoie très-souvent dans les pays montagneux de l'Afrique : Deir et Touggala, Bar-Foungara , qui signifie le pays de monlagoes des Fongi; Bar - Mara, Dar-Four, Bar-Koulla, et s’étend jusqu'à Agadés, où habitent les Touariks, dans le pays de Daura. Dans toutes ces contrées, on trouve aussi des villages qui s’appellent Tacrour , To crour, Tecourol, etc., depuis le pays des Vereclanites (l) d’Edrisi (sans doute, Bar-k-lanites ), jusqu à l'ancien et cilébre Tccrour, situé sur le cours moyen du Niger.

Si nous tournons nos regards à l'extrémité ouest , vers l'Océan , nous verrons avec étonnement que les anciens y connaissaient déjà le nom de Bar-ca ; Polybe (2), dans son voyage sur les côtes , en entendit parler , près du cap Ger ou Surrentium Promontorium.

Les noms indigènes du Haut-Atlas , Ay-Buacal et Byrin, se retrouvent tous deux (ce qui est trèsremarquable) dans le nom guanche du Pic de Ténériffe , qui s'appelle Aya-Byrma.

Suetonius Paulinus trouva une horde , appelée Canarien s, parmi les Berbers du continent , dans ia province qui est appelée aujourd'hui Souse , vis-à-vis l’f le Conaria. Du temps de Léo, existait la tribu des Goumerae, au nord-ouest du Petit- Atlas; les Gomera habitent encore, de nos jours, la côte escarpée de l’Afrique (*J), vis-à-vis Malaga.

Léo donne aussi à une de leurs tribus le nom de Boara ( Havar, Houar, selon Edrisi) (4). Celle même tribu , mélangée d’Arabes et habitant entre Agadir et Torudant , s appelle encore aujourd’hui Beni-Hoaer (5). Beni-Uoare était aussi le nom des aborigènes de l'ile Palroa.

Telde est encore, de nos jours, un ancien fort, à 1 est d Agadir, et l’on appelle du même nom le plus ancien fort de l'ile Cauaria ; c'est aussi un fort

(1) Idriii, Africa, éd. Hartmann, p. 133. (3) Pline, MUl. nat. , V, c. 1.

(3) coude, Xcrtf Aledrli, p. 16t.

(4) Edrisi, Africa, éd. Hartmann, p. 146. (6) Jackwo’s Account, p. 333.

naturel , qui a fait appeler le cône de Ténériffe pic de Telde ( plus tard, Teyde).

Beaucoup de mots sont communs à la langueberbère (shellou , suivant Jackson (l), qui l'appelle aussi l’ancienne langue libyque ), et à la langue des fameux Guanches qui ont entièrement disparu (2).

Nous ne donnons ici qu’un tableau abrégé comparatif, contenant les noms de différens objets de la géographie physique , ainsi que des principaux besoins de la vie.

Chet les Herbert Cher le* ou Scbelloubs. Guancbe*.

iAenum, a Lanxcrote.

Abeoion.

STIgot, aux Canaries.

Titogan.

IA coran.

Paycayg.

Aimogaren , Tamoglllo.

Tagarer.

EabeMn. k A,..

j Dyrmi.

I Tbcnar.

| Adey banian.

I Tcizczes.

Tcmasen , A La tue rôle.

TrifEa,âL4ozerôle.

( Tricben, A Ténériffe.

(Trilfc, nie au Proment?) Taglnaste.

Carlanas , ans Canaries.

Arehortnasc.

Aboren (Aor-

Aïomatan.

Ara.

ITibasan , aux

Canaries.

Ana ( g-ann do.en espag., le troupeau.

| Tamaccti.

!AI>o.

Acbemen , A Cornera.

U autres mots guanches, de différentes Iles, s'accordent de la même manière avec d'autres

(1) Jackson'* Account, p. 380.

(8) Ibid., p. 233. — Ciats, Ulslory of Canary Islands , ln-4®, p. 174. — Bory-Salnt- Vincent , Histoire des Iles Fortunées , ln-4% — Vster , Hitbridatc* , 111er Tbcll t 1e Abtheil., p. 60.

Anam .

Amen.

Ciel .

Tl, Ol .

Tlgofan (pluriel).

Dieu l’kum

Prêtre ..... saqualr Temple • • • • • Talmogaren

■alsons ..... Tigamin , Place de supplice, . Tagarer .

Capitaine .... Kabira .

i Aya . .

Montagne .... byrma .

1 Atbnur .

Vallée profonde . . j bouwaman

Orge

Teirareat.

T oiuzceu .

| ( Trlt eum chez lea Romain*).

Palmier. ....

Corbeille de jonc . .

Des Agnes verte*. .

De la rar. d'orge grillée.

De la Cartnc d'orge dans de rhulle ...

Chèvre

Mouton .

Cochon .

Lait. .

Taglnatt .

Canan .

Akermuse Aboren .

Àzamillau

Ara . .

\ Thiktui .

’ < Ana . .

. f Tamourcn Acbo (tac)

dialectes berbères. — On ne manquerait pas de trouver des analogies plu» frappantes encore cotre l'ouest et l'est, si l’on avait , en Europe, une connaissance plu» exacte de toutes les tribus berbères qui habitent dans l’Atlas.

Le peuple remarquable du plateau de la Mauritanie diffère entièrement, par sa constitution et ses mœurs , des Éthiopiens africains ; il se rapproche singulièrement des Arabes, qui cependant n’émigrèrent et ne s’établirent dans son voisinage que beaucoup plus tard.

A en juger d’après la position et la forme du plateau , l’El-Magreb , placé en face de l’Hespérie européenne, se rapproche , par sa forme, sa végétation , ses animaux et son climat, beaucoup plus de la nature du sud de l’Italie etde 1 Espagne, que de celle du plateau africain des nègres. Le peuple berber qui l’habite est probablement , comme l’a indiqué Marsden, la souche primitive de toute la population de l’Afrique septentrionale, avant les conquêtes des peuples venus d Europe et d’Asie. Les recherches à venir nous apprendront de quelle manière cette grande chaîne de Berbers, que l’unité de langage réuuit en un seul tout, s'est répandue tout autour de l'immense océan de sable, depuis le golfe arabique, à travers l'Afrique septentrionale, la >ubie, les oasis, 1 Atlas, jusqu’aux lies Canaries.

3« Éclaircissement.

Bordure maritime du plateau de l’Atlas.

L'attention que les puissances européennesont île tout temps accordée aux états redoutés de cette bordure littorale qui, depuis des siècles, sont en hostilité continuelle avec les états de la Méditerranée (1), ont rendu cette partie de l’Afrique une des plus importantes pour la géographie. Cependant, malgré tous les efforts tentés, bien des rapports géographiques très-imporlans nous sont demeurés entièrement inconnus jusqu’à ce jour, et un vaste champ s'offre ici à l’activité et à l’ambition des voyageurs.

Nous omettrons dans notre description tous les raisonnemens historiques et poliliques provoqués par l'absence défaits authentiques ; nous ne poursuivrons pas non plus les rapports maritimes de cette côte, qui ne peuvent résulter que d’un exposé détaillé de toutes les circonstances historiques et physiques de la mer Mediterranée. Nous nous bornerons uniquement à rapporter quelques faits qui nous ont paru d’une impor-

(t) r. limita ii n. Thrr die scerttiiber Im liliclmcer uttd ibic TcrUIgmig. Lubeck, 1 H 1 5 , lu-8".

tance majeure , en indiquant les sources où l’on pourra puiser de plus amples détails.

1. Province de souse (Sousab) (1). — Au sud de l’empire de Maroc et au nord du désert, s'étend jusqu’à Tarudant et Agadir le pays de Souse, pays remarquable et indépendant , situé près de la mer, b l’entrée du Sahara. Il n’appartient plus, comme l’assurent beaucoup de géographes, à la domination marocaine dont il faisait autrefois partie. Quoique touchant au désert, cette province est d’une fertilité extraordinaire, riche en céréales et en arbres fruitiers de toute espèce : à chaque pas, l’on rencontre de petites villes, des bourgs et des châteaux bien fortifiés , ayant chacun son gouvernement patriarcal. Les hahitans, d'une taille élancée, sont d'anciens Arabes, dont les mœurs antiques indiquent qu’ils furent autrefois les voisins de la Judée; ils sont laborieux, braves, zélés malioDiétans et fiers de leur indépendance. L'aisance règne généralement parmi eux, et leurs nombreux troupeaux rappellent les temps des anciens patriarches. Jackson proposa cette province, avec la ville de Wedinum, pour y fonder la nouvelle compagnie du Soudan (3). J. Riley, qui y séjourna quelque temps comme esclave , nous a communiqué de très-curieux renseignemens sur l’état et la constitution de Souse.

2. Côte occidentale océanique de Maroc. — Après llœsl et Lemprière, Jackson et Ali-Bey ont publié des documens remarquables sur le dernier état politique de l'empire de Maroc. Ali-Bey évalue l’élévation absolue du Haut-Atlas à 13,2(K> pieds (3). Suivant ce voyageur, toute la côte plane qui borde l'Océan Atlantique serait l’œuvre de la mer; la violence des vagues aurait enlevé à l'Océan des masses d’argile cohérentes et une partie des sables qu’il considère comme un produit d'actions sous-marines et volcaniques ( du tuf). Des couches de marne, mêlées de subslauces animales, auraient ensuite recouvert ces formations marines <4). Ali-Bey retrouve les mêmes côtes arides, en face des plaines basses du âaliara, le long de tout le bord méridional du plateau de l'Atlas, jusque près des Syrles. Il en conclut que cettevaste étendue de terrain plan était jadis couverte par la mer ; et, parce que le plateau de l’Atlas qui la sépare de la Méditerranée présente un sol volcanique, il le considère comme l’an-

(1) J. Ritejr, Lom, or tbe Brin* Commerce , etc. Land. , 1817, ln-4®, p. 428-601. Jackson'* Account, p. 1 *7-

(2) jacksou's Account, p. 55, 69, 331 i*t 240.

(3) Ati-Bcjr, Trar., I, p. 157.

(4) Ibid , Trar., I, p 205.

uigitizoo

ATLAS . BORDl’RE LITTORALE.

«ienne Ile ntlantide de Platon , sur les bords de laquelle les Syrtes se seraient abaissées dans la mer. Autrefois on envisageait même les lies volcaniques des Canaries, dans l'Océan, comme des restes de l’Atlantide (1). Le Haroudsch noir contribue à rendre plausible cette opinion d’Ali-Bey sur la Grande-Atlantide que nous avons déjà appelée plus haut un plateau isolé. L’engouffrement de sa pointe orientale dans les profondes baies des Syrtes a conduit Ali-Bey à envisager les énormes bancs de rochers de Kcrkena; dans la Petite-Syrie, comme les derniers restes de sa partie abîmée. Cette hypothèse intéressante ne pourra être bien jugée que lorsque nous aurons une connaissance plus exacte des localités.

3. Tasger. — On met au plus quatre heures pour aller de la côte espagnole à Tanger (Tanja), ou d'Europe en Afrique ; et cependant la différence entre les habitans de ces deux points si rapprochés est telle, qu’on ne la trouverait pas plus frappante entre des indit idus pris au centre des deux parties du monde. A l’est, en passant de l’Arabie, par la Syrie, A la Turquie, à la Hongrie, à l’Allemagne, etc., on remarque une transition graduée d’un peuple A l'autre; mais ici les deux extrêmes de la civilisation se touchent, et, après quelques heures, on semble avoir franchi un espace de plusieurs milliers d'annees (2). Les eûtes de cette pointe septentrionale d'Afrique se composent, suivant Ali-Bey, d’un granit (3) secondaire, disposé en eouches et alternant arec des roches d'argile schisteuse. Les couches de granit, d'une épaisseur de 1/3 à 3 pieds, se dirigent de l'est à l’ouest, mais s'inclinent au nord en un angle de 30° à 70*. Elles ne dépassent pas la hauteur de 40 pieds ; mais elles s’étendent, près de Tanger, jusque dans l’Océan, et se prolongent, à l’est, jusqu’aux plus grandes élévations de l’Atlas, près de Tetouan,où elles se recouvrent de masses plus récentes. Ali-Bey suppose que, cette contrée s'étant tout à coup abaissée, les masses se reversèrent au nord et au sud, et formèrent ainsi l'ouverture du détroit de Gibraltar. Toute la côte septentrionale, depuis là jusqu'à Alger, le long de la Méditerranée, nous est encore presque entièrement inconnue (1).

(I } Bory .le Salnl-Viocent , Etsal sur les lies fortunées. Paria, an xi, in-4*.

(3) Ali- Boy, Trav., I, p. 3.

(3) Ibid., I, p. 36 37.

(4) Jackion’i Accouni, p. 130.— Iftry, Narrai . p. 569

4. Cûte d'Alger. — Dès le commencement du dix-neuvième siècle, l'attention des Européens s'est plus particulièrement portée sur la ville et le port d’Alger si redoutés par leur piraterie. Pananti s'en est ocrupé en détail (1) ; mais il ne nous apprend absolument rien sur le reste de la côte; et le capitaine Blaquière, celui qui a le mieux connu les côtes barbaresques. avance lui. même qu’il serait absurde d’en hasarder une description exacte, tant elle nous est encore inconnue (3). Un certain Vasco de Gaina (3) a publiédepuis, quelques observations assez remarquables sur Alger. Shaw nous a donné les premiers et les plus exacts renseignemens sur cet État de la côte qu’il place entre les fleuves Malouja à l'ouest, et Zaine à l'est ; mais les dernières expéditions dans la province limitrophe, entre Constantine et l'ancienne frontière de Tunis, ont effacé les limites continentales de ces États et changé en grande partie la face de ces contrées peuplées et fertiles (4).

Constantine, capitale delà province la pins orientale des états algériens, est située dans une contrée des plus fertiles. Elle est , par sa position naturelle, très-facile à défendre, et renferme une population très-nombreuse. On y trouve une quantité d’anciennes ruines rappelant les Romains; les habitans sont bons et hospitaliers , et toutes les routes dans l'intérieur du pays passent pour trcs-sAres. Du côté de la côte , vers La Cala et Tabarca , sur le fleuve Zaine, qui forme la limite de Tunis , le bois, si rare dans les autres contrées africaines, est en abondance , ce qui est d'un immense avantage pour la construction des vaisseaux. Le village de La Cala , appelé aussi La Francia, était autrefois , avec le cap Bon , le siège d’une compagnie française-africaine ; située dans une des contrées les plus fertiles de la côte, et munie de fortifications, La Cala était devenue, par sa position, d'une très-haute importance pour la navigation (3).

En 1806 , les Anglais proposèrent au dey d’Alger de leur céder cette possession , moyennant une redevance annuelle de 11,000 h'v. «terl.

(t) 8. Pansntl, Ssrrstisa of * résidence la Alglcr», etc,, ed. Zilw. BliiqtilCre. london, 1818, ln-4D.

;8) Psnsnll, Sot», p. tt!9.

(3) Vascn de Gaine, daiie Jackson. Account, p. 433.

H) BlaqulCre, leltcrs, frtrai Uio SeJitcrranceu. Londpn, 1813, ln-8®, l, p. 137.

(5) Blaqulfrre, Ictlers, I, p. 1S8.

AFRIQUE, EMBUES DÉTACHÉS , J 31.

Ils projetaient «l'y établir un poste militaire qui pût appuyer leur domination maritime de Halte; mais leurs propositions ne furent pas écoulées (1) , ce qui occasionna plus tard le bombardement d’Alger (2).

Sur la frontière d’Alger et de Tunis , près de l'embouchure du fleure Zaine, est située la petite Ile de Tabarca, autrefois au pouvoir des Génois qui en furent chassés par les Barbaresquesen 1798. Ces côtes sont célèbres par la pèche du corail (3) , qui , lorsqu'elle n’est pas troublée par les corsaires, peut occuper jusqu'à cinq cents barques et neuf mille homme; elle est surtout exploitée par les Français et les Italiens qui s'y rendent de Cagliari et de Trapani.

8. CÔTE DE Tuais VERS LE HOKD. — La côte la plus septentrionale de Tunis commence, suivant Blaquière, au cap Roux (37° lat. nord et 9* 30’ long, est de Greenw.), et s'étend h l’est jusipi'au cap Bon ; de la , la côte orientale se prolonge au sud jusqu'à l’Ile fertile de Jerbi (Meninx selon Pline ). Ce littoral , d’à peu près 100 milles d’étendue, u’est connu, dans l'intérieur du pays (4) que sur un espace de 20 à 80 milles au plus. Nous possédons seulement des documens précis sur les ports et les vallées des deux principaux fleuves du Wad-el-Quibir (Zaine) et du Mejerdah ( Bagradah ); mais ces renseignemens ne sont pas à beaucoup près suflisans pour dresser une carte exacte de ces côtes, bien loin de permettre de songer à une carte de l’intérieur du pays. Celle de Sbaw est très-incorrecte , et la nouvelle carte spéciale italienne de Tunis est, selon Blaquière (8), tout aussi mauvaise que les précédentes.

Le Wad-el-Quibir ou le fleuve limitrophe Zaine prend son origine dans le voisinage de la ville El-Kief, et se jette près de Tabarca dans la mer. La ville d’Et-Kief, est située à peu près à 12 milles au sud de Tabarca, dans l’intérieur du pays , au milieu de superbes forêts qui fournissent un excellent bois de construction. La ville est très-considérable, mais peu connue.

Bizerta ( Ilippo-Zarytos) est situé à 12 milles au sud de Tabarca , près d'un golfe très-profond qui communique avec deux grands lacs situés dans l’intérieur du pays (Palut Sieara selon

(t) Blaquière, p. 149.

(2) Voyez U Sole, S la An du volume.

(3) llviulâre, Leurra, t, p. 154.

(4) Ibid., p. 139.

Ç5) Hdd., Irtrri , i, p. 137.

Pline ) mais dont nous n'avons qu'une connaissance très-imparfaite. Le premier a 14 milles de circonférence, et est encore navigable pour des bâtimens de mer; le second (ou le troisième en comptant le golfe) n'a que 12 milles de circonférence; quoique très-poissonneux et entourés d’un sol fertile , tous deux sont presque inconnus et peu fréquentés des étrangers , cependant Bizerta , ville de 8,000 habitons (1), a un marché très-important d’où l'on exporta dans une seule année(en 1800, près de 130,000 quartes de froment dans les diflérens ports d'Europe.

A l’est de Bizerta , le Mejerdah se jette dans la mer ; c'est le Bagradas des anciens , coulant entre Ulique à l'ouest et Carthage à l’est. Sa source (2) est absolument inconnue aux Tunésiens; il prend naissance, dit-on, à 40 ou 80 railles dans l'intérienr des montagnes de Mejerdah au sud-ouest, et parcourt un pays très-riche , couvert de blé , de froment , d’oliviers, de bestiaux, d'abeilles, etc. Les habitans de ces contrées intérieures sont un peuple paisible et industrieux, de couleur foncée, d'une taille svelte et élancée; ils se distinguent par leurs mœurs douces et polies ; leurs fabriques de tout genre sont dans un état florissant. C’est la contrée de l’ancienne Afrikia intérieure. Un peu plus à l’est, se trouve la ville arabe de Kairouan (3) qui , dit-on , compte encore mainlenent jusqu'à 80,000 habitans, et entretient un commerce considérable avec les villes de Sfax et de Sousa sur la côte est. Depuis longtemps elle est presque inconnue des Européens.

A l'est du Mejerdah inférieur est située la contrée la plus peuplée de Tunis, couverte de villes et de villages , et habitée par des tribus arabes qui cultivent du blé, du froment, de l'orge et ont en abondance des troupeaux , de la laine, etc. ; les montagnes ont de riches mines d’argent , de cuivre et de plomb d’où le» anciens Carthaginois tiraient d'immenses richesses , mais que personne ne songe à exploiter aujourd'hui ; dans les montagnes voisines de Porto-Farina on trouve aussi du minerai de mercure.

Les ruines à l'ouest du Mejerdah , que l'on

fl) Blaquière, I, 159.

13) Ibid., p. 139.

(3) Ëbn Uaukal, Orient, geftgr., p. 19-30. — Martel, dam la besc, de l'Egypte, tut moJcrne, llv. tir, p. 85.

ATLAS, IOBDUBE LITTORALE.

prétend être celles de l'ancienne Utique (1), servent maintenant de carrières aux Tunésiens; on en tira, il n'y a pas longtemps, une quantité de superhes statues, parmi lesquelles étaient un Auguste et un Tibère d'une grandeur colossale, qui ornent maintenant la collection de M. Fagan , consul anglais à Palerme. Tout près de là , dans la direction du nord , h l'embouchure du Mejerdah , est situé Porto-Farina (2) dans une contrée des plus fertiles; cette ville, avec une population de 9,000 Unies , était jadis le premier arsenal de la marine (unésienne ; maintenant on n'y compte plus qu'une garnison de 100 hommes; cependant, malgré l'ensablement du port, le souverain de Tunis y entretient encore un chantier sous la direction d’un architecte français.

6. Le golfe de Tutus; Carthaoe. — Le golfe de Tunis est un des plus sur s de la Méditerranée. Borné à l’ouest par le cap Farinas ( Apollinis P mm. ) , h l’est par le cap Bon (.Verra ni ou Hermacum Prom. ) , ses côtes sont d’une étendue de 84 milles géogr. (120 miles)-, et, jusqu'à la distance d'une demi-lieue h deux lieues du rivage, on trouve partout le meilleur ancrage; son bassin, en forme de demicercle, peut offrir dans toutes les saisons un abri sûr (3) aux Hottes les plus considérables. Les grands vaisseaux trouvent le meilleur ancrage depuis le cap Carthagine (36° 32’ lat. nord , 28° 9’ 30” long, est de l’Ile de Fer , d’après Galiano) dans la direction du nord jusqu'au promontoire opposé qui ferme la baie. A un mille au sud du cap Carthagine est situé 1m Guletta (36° 48’ 30” lat. nord , 28° 3' 30” long. E. de Plie de Fer , selon Galiano ) (4) , premier port de guerre et de commerce de Tunis et principale forteresse du royaume quoique dominée du côté de la terre par une colline voisine. La Goletta renferme aussi le grand arsenal des Tunésiens et leur chantier. Les forêts de Tabarca et la côte adriatique fournissent le bois de charpente qui est travaillé par des esclaves chrétiens sous la direction de constructeurs français et hollandais. De la Goletta aux murs de la capitale de Tunis, s'étend un lac de 6 milles de circonférence à peu près (3), au

(1) Blsqulère, Letlers, i, p. 100.

(2) Ibid., p. 168.

(3} Ibid., p. 150.

(4) &tcb, Carretpond. attron., 1810, i, p. 73.

(ft) Blsqulère, I ci lcr», I, p. I 60.— •( tiAtcaubrlinil, Itinéraire. Parti, 1811, ln-8*, 111, p. 126.

Ml

milieu duquel est située Pile du Lazarelh ; ce lac , en tout temps sillonné par les barques qui transportent les personnes et les marchandises de la mer h la résidence , n’a jamais plus de 6 h 7 pieds de profondeur. Dans l'origine ce u'était , sans doute, qu'une lagune littorale, qui, au moyen des dunes placées à l'est , h son entrée , s’est changée peu à peu en un lac fermé de tous côtés ; ses bords sont habités par des troupes de flamingos. S'il était desséché , ce marais pestilentiel pourrait se changer en un délicieux jardin , et assainir la ville de Tunis , située à son extrémité méridionale.

Cette ville, d'origine arabe, maintenant résidence du dey , fut bâtie au treizième siècle, à côté de la nouvelle Carthage , sur l'emplacement de l'ancienne Tunes ; Saint-Louis l'attaqua en 1270, Charles V en fit la conquête en 1333; mais, en 1374, elle retomba de nouveau sous la domination des Turcs , et elle est depuis au pouvoir des Barbaresques. Tunis est située suides collines de craie blanche ; malgré tous les efforts qu'on fit de tout temps pour la fortifier, cette ville n'est pas encore très-forte aujourd'hui. Les curiosités qu’elle renferme , de même que sa population qui s'élève à 130,060 habitons, parmi lesquels sont 13,000 chrétiens, ont ele si souvent décrites que nous croyons pouvoir nous dispenser d'en parler ici (1).

La contrée , au nord , du côté des collines de l'ancienne Carthage, est des plus agréables; c’est 13 qu'est situé le Bajas des Tunésiens, non loin du cap Carthagine et près d’El-Mersa (2) (qui signifie port); c'est encore là qu'on trouve de vastes champs de blé, des forêts d'oliviers , d'orangers et autres arbres fruitiers, des bosquets de roses et de vignes, alternant avec de nombreuses villas et des châteaux, où les riches, les grands et les consuls de Tunis viennent passer la belle saison pour y respirer l’air frais et salubre de la mer.

On trouve prèsdu cap, qui porte encore le nom de l'ancienne rivale de Rome, Capo Carthagine. une quantité de ruines qui firent plusieurs fois essayer de rébàtirl’ancienneirarfAo^oatyrienne, mais toujours sans succès. Comme beaucoup de débris de monumens romains couverts d’inscriptions attestent ici l'emplacement de la colonie romaine de Carthage, et que ces débris sont dispersés sur un très-grand espace , on croyait

(1) Blsquivre, LcUert, I, p. 1 61.

(2) lb-0., p 105, IC8-180.

avoir découvert en eux les murailles primitives île l’ancienne Carthage, d'autant plus qu'il pavait évident qu’un grand nombre d'édifices de la nouvelle Carthage avaient été construits avec les débris de l'ancienne. Celte opinion fut généralement partagée par la plupart -des voyageurs qui parcoururent ce sol classique, mais qui, manquant de cette pénétration et de cette critique qui résultent de la comparaison des monuinens -avec les sources historiques, ont nécessairement dû tomber dans l'erreur. Il n’y a pas longtemps qu'un savant critique, ayant étudié pendant ses voyages avec plus d’exactitude que ses prédécesseurs (1), les sources existantes sur la topographie de Carthage , nous a tirés par son ouvrage ■de l’erreurgénéralementrépandue, tout en nous communiquant d’importantes révélations sur ce sol classique, l’assant par-dessus tous les rapports vagues et inexacts de ses devanciers, nous n'ajouterons dans la remarque qui suit, que les résultats de ses recherches intéressantes, en tant qu’elles se rattachent h la géographie ; quant h l’histoire de Carthage , nous nous contenterons de recommander le petit ouvrage très-important ■de notre voyageur (ï), auquel est ajouté un plan pour l’intelligence de la topographie de celte ville.

Remaiqck.

Situation de l'ancienne Carthage tyrienne.

Josqu’à ce jour , on a vainement cherché les raines de l'ancienne Carthage; on fut même longtemps incertain sur la situation de cette ville , et nt la table Peutingerienne, i Vienne, ni les anciennes cartes de la bibliothèque Saint-Marc, ni celles qui furent levées plus tard, ne purent résoudre l’énigme. Les manuscrits do Napolitain Camille Borgia, qui parcourut ces eûtes ltbyques dana le dessein do publier une histoire tunésienne, mais qui devint trop tôt victime de son zèle, ont été mis i profit dans l’ouvrago du aavant Danois Esirap.

(1] shaw, Trar. — Uuiüelrau# de lUogll, Monloiche, Catupomenei. Sleeley; ■*GI1I, JicAinn; Coronclll BAgguAglIo dell Visez, dl un dileUsnlc nclla Bsrbcria, il, Hcdlolsni, 1800. — CbâtcubrlAml, ftlndraire, III, p. 186-195. — BUqntèrc, inters , I , p. 168. — Soab , Trav. in Bnropa and Africa. s«w-York, 1819 , In 8°. — Camlll. Borgia, manuscrit, dans Ktlrup.

(2) H.-V..J. Kslrttp. Une* topographie* Carlhaglnls Tyrlar, quas secundum Auctorcs veierea stibjtincta Tabula Topographie*, duait. Uafnltc, 1821, in-8°.

L'ancienne Carthage fut conquise et détruite* l'an 1-16 avant Jésus-Christ (GOlip. u. c.) , par le consul P.-Cornclius Scipion, qui appela la malédiction des dieux sur le rétablissement de cette ville. Mais déjà, sousCaïus Gracchus, plusieurs essais furent tentés pour rebâtir l'ancienne cité ; Marius vint s'asseoir sur les ruines de l’ancienne Carthage. Sous l'empereur Auguste, on vil s'élever une nouvelle ville coloniale de ce nom , qui , cependant , pour échapper à la malédiction de Scipion , fut bâtie sur un autre emplacement. Sur ses monnaies, étaient gravés un épi et une colombe. Septime-Sévèrc lui conféra le Jus liaiscum, et, sous Dioclétien , cette nouvelle Carthage parvint à son plus haut degré de splendeur. Devenue plus tard la résidence des rois vandales, elle fut détruite et rasée, en 706 , par llasan , -général du calife Abdoul-Melec-Bcu-Merwan. Ses ruines servirent à élever la noovelle Tunis, et, du temps de Léo Africanos ( 1500), 11 n’en restait qu'à peu près 500 cabanes, à l'endroit où le village Kl-Mersa (qui siguiûe port ) indique un ancien ancrage. Il importe, pour retrouver l'emplacement de l’ancienne ville tyrienne, de bionconnatlre les débris de la nouvelle Carthage.

Parmi les ruines de la nouvelle Carthage (1), on compte : 1° un aqueduc, qui, venant des montagnes de Zogvang (Zowan, Zeugilana), & l’ouest, se dirige à l’est vers la péninsule, où ses eaux se divisent encore de nos jours en 20 bassins (pûcm«) ordinairement remplis pendant l'hiver. L’ancienne Carthage tyrienne n'avait probablement pas d'aqueduc semblable , car Poljbe, Biodore et Appien ne disentnulle part que les Romain» eu aieut détruit lorsqu'ils prirent la ville; les Vandales, au contraire, lors de la prise de la nouvelle Carthage, démolirent les aqueducs, et s’emparèrent parce mojcn de la ville, comme jadis Dioclétien s'était emparé d'Alexandrie. Suivanl une médaille qu’on a conservée, U parait que cet aqueduc fut bàli par Septime-ScvèTe ; *a communication avec les piscines indique paT conséquent la situation de la nouvelle, mais non pas de l'ancienne Carthage. t° Un grand bassin, de 1*0 pieds de longueur, 50 pieds de largeur, 30 pieds de hauteur, est situé à l’extrémité méridionale de la péninsule. On pourrait le prendre pour un monument puuique, car, suivant Appien , on rassemblait, dans l’ancienne Carthage, surtout dans la partie appelée Mégara, les eaux pluviales dans des citernes; cependant, cette opinion no peut dire que très-hypothétique. 3° Près du cap Carlhagine, appelé maintenant Sidi Bousaïd , du nom d un saint arabe, se trouvent des débris de murailles qui paraissent provenir du temps de Dioclé-

<1) Ettnip, Llncœ topographie*, etc., n. 1-1.

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