ATLAS. CARTHAGE
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rien. 4° On y voit aussi un temple circulaire, de ao pieds de diamètre, construit dans le style romain. Toutes ces constructions , en attestant l'existence de la colonie romaine , prouvent en même temps que ce ne pouvait être là l'emplacement de l'ancienne Carthage tyrienne, attendu qu'aucun Romain n'aurait voulu attirer sur lui la malédiction des dieux. L'ancienne ville était située sur un autre emplacement, et , comme l'a prouvé Eslrup, à l'extrémité septentrionale de la péninsule (Chertonesus, Ptnintula , nom que tous les auteurs donnent à cette localité). C'est donc à tort qu'on voudrait la chercher, comme on l'a lait jusqu'à présent, à l'extrémité méridionale, du côté de Tunis (1/.
l.a péninsule qui portait l'ancienne Carthage, et à l'extrémité méridionale de laquelle fut construite la ville romaine du même nom , tenait au continent africain par un isthme étroit, et toute la Chcrsonése se trouvait située comme un marteau entre les deux- cornes du grand golfe (le promontoire Apollinis et le promontoire Mercurii). Se» «leux extrémités sont dirigées, au nord , vers le cap Camart , et, au sud , vers La Golefla ; à l'est r «lu côté de la Sicile, elle est terminée par le cap Carlhagine (Sidi Bousaïd ), dont une partie a été détachée par la mer.
Il est donc évident que l'ancienne Carthage était située sur la rive droite du fleuve Bagradas; il nous reste à prouver maintenant que cette ville n'occupait que l'extrémité septentrionale de la presqu'île.
St r a bon donne à toute la péninsule comprise dans l'enceinte de la muraille qui l'entourait, une cireonférence de 300 stades; l'ilshme ne comprenait que 00 stades. Cet auteur , comme il le dit lui-même , le mesura à l'endroit de sa plus grande largeur; Polybe le mesura sous la muraille de la ville , là où Scipion l'Africain , eu faisant le siège, tireuse un fossé de 2» stades à travers l’isthme , pour se retrancher. Du côté de la Sicile, la Chersonése présentait une côte hérissée de rochers trèscscarpës, aussi les Carthaginois n’y élevèrent-ils qu'une seule muraille. L'isthme, au contraire, était baigné , selon Appien , du second côté (du côté du sud), par le laciu Tunetunus , et, du troisième côté , par le Stagnum , c'est-à-dire par une lagune que traversa la flotte de Scipion r et d'où une langue de terre assez étroite , la Tarnt'o, conduisait à l'angle de la ville le plus facile à prendre. Or, celte localité, avec la Taenia, le Stagnum et la partie la plus faible de la ville , ne peut avoir été située sur le lacus Tunetanus, appelé aujourd'hui le lac Tunisien, par conséquent, pas du côté méridional , mais bien du côté de
(1) Eslrup, line* tui k*s ra i>1i Ic-jl* , etc,, p. 18.
l'isthme, vers l'extrémité septentrionale de la péninsule , là où se trouvent encore de nos jours des salines ; la langue de terre qu’on remarquait autrefois a sans doute disparu.
Il est assez naturel que, depuis les Romains, la constitution physique de la péninsule carthaginoise ait subi beaucoup de changemens. Sur la carte de Bianconi (l), de l'an 1430, et sur une autre encore plus ancienne (de l'an 1430), appartenant toutes deux au célèbre Morellir bibliothécaire à Venise , la péninsule est tout autrement configurée que de nos jours ; il est même probable que déjà les Caton et les Scipion tirèrent parti de ces accidens physiques lorsqu'ils détruisirent Carthage.
Le Stagnum était autrefois beaucoup plus considérable que les salines de nos jours. L'ancien fleuve Macro de Polybe , que les Romains appelèrent par la suite liagrada (dont on a fait Mejardah), venant de l’intérieur , empêchait souvent, par ses gonflement rapides, la communication de l’ancienne Carthage tyrienne avec le continent. Du temps de Léo Afrioanua ( 1 XOO après Jésus-Christ), il inondait encore , dans la saison des grandes eaux , toutes les campagnes qu'il traverse, jusqu'à six milles- de Tunis; aujourd'hui, l'on n'aperçoil plus aucune trace d'anciennes iuondalions. Le détritus de ce fleuve a évidemment refoulé le Delta au loin, vers la mer ; la côte s'est agrandie, le Stagnum a diminué, et le courant, s'éloignant de Carthage, s’est rapproché d'Ulique. Cette ville, autrefois port assez remarquable, était située sur des collines, prés du rivage de la mer; maintenant on n'aperçoit aucune espèce d'élévation sur la oôte sablonneuse. Les collines les plus rapprochée» de la mer sont près de Bou-Shalter. En conséquence, Shaw considère les ruines d’une grande ville qu'il rencontra dans telle contrée , comme étant celles de l'ancienne Ulique. Scipion s'empara des collines qui s'élevaient au-dessus des murs d'Ulique. C'est là , en effet, prés de Bou-Shalter, que les fouilles nous ont de nouveau fait reconnaître i'aneicnne ville africaine (Noah, Trav, p. 323).
Le Delta du Bagradaadonc gagné sur la mer tout l'espace qui la sépare des collines. L'hypothèse d'Estrup (3) à ce sujet nous parait très-vraisemblable : k Le Bagrada, dit-il, autrefois divisé eu deux bras , formait un véritable delta, coulant, à droite , dans le laoManouba et le lac tunésien, à gauche, dans le golfe d'Utique, de sorte que l'isthme de Carthage, qui unissait la péninsule carthaginoise au delta du Bagrada devait naturellement s'élargir de plus en plus par l'aHurion, et disparaître à U fin. »
(I) rmrui», line* lopoxraphicir, etc., p. 84. l2) tsirnp, Ibid., p. 27.
Eo comparant ce* hypothèses avec les passages des auteurs élastiques sur le siège de Carthage , ou peut tracer avec une étonnante clarté le plan de l'ancienne ville ly Tienne, d'après ses principaux quartiers et l'espace qu’elle occupait. Nous ne citerons ici que les principaux traits.
Il est probable que les colons tyriens (l), que l'histoire nous dépeint comme un peuple marchand , entourèrent , dès l'origine, leur citadelle et leur port d’une enceinte de murailles. Suivant Orosius, les parties de la ville, qui portaient le uom de Byrsa et de Colhon , eurent les premières des murailles ; ce ne fut que plus tard que la triple muraille fut élevée autour de la Didonia Urbt , à l’ouest, là où était aussi le Slagnum, par conséquent du côté du continent.
Les grandes murailles de S60 stades, dont parle Slrabon, sont évidemment celles qui entouraient toute la péninsule; elles comprenaient dans leur enceinte toute la soi-disant Magna-Carthago , c'est-à-dire les trois parties de la ville. L'une de ces trois parties, la Mégara, était célèbre par la beauté de ses jardins. C’était, sans doute, la plus méridionale, qui n’avait ni édifices , nirfortificaüons. N’étant pas comprise ainsi dans la destruction de la ville, Scipion n’avait pas pu la maudire.
C'est à sou extrémité méridionale que fut élevée la colonie romaine de la Nova-Carthago , où l’on trouve encore de nos jours , épars dans une contrée délicieuse , les décombres de Carlhagioe et d'El-Mersa.
Carthage, comme nous l’apprend Florus, fut prise après un siège de deux ans, et réduite en cendres, par un incendie qui dura dix-sepl jours. Les habitations des 700,000 Carthaginois, formant la population de cette immense cité, étaient probablement situées à l'extrémité septentrionale de la péninsule; dans la partie la plus ancienne de la ville , les quartiers de Byrsa et de Cothon , qui, suivant ce qu’en rapporte Diodore de Sicile, ne tenaient au £uèurbt'um de Mégara que par des murailles. En effet, les auteurs, en parlant de la prise de la ville par les Romains, ne citent, comme difficiles à emporter, que les quartiers de Cothon et Dyrsa. Ils étaient protégés, à l'ouest, du côté de l'isthme , par une triple muraille, garnie de doubles tours à deux étages, où se trouvaient des écuries pour 300 éléphans, 8,0 00 chevaux , et des casernes pour 20,000 hommes d'infanterie. Lslius prit d’abord Colhon , et ensuite Bjrsa. Colhon, était, comme port de Carthage, le quartier ic plus important de la ville. Suivant Festus Avinus et Servius , ad Virg. î ce nom signifie , dans la langue punique , toute espèce de port artificiel (2) (une ilarse, un môle, une digue).
de là vient que Hadrumct et d'autres endroits I orient aussi le nom de Cothon. On remarquait, à Colhon, deux ports, dont l’un, appelé l'intérieur, était situé à l'ouest , et servait aux vaisseaux de guerre; son entrée n'ayant que 70 pieds de largeur se fermait avec des chaînes de fer. L’autre , l’extérieur, était destiné aux vaisseaux marchands. Le port de guerre était caché au milieu de la ville; uiic petite Ile ronde qui n'en élevait , était couverte d'arsenaux, et, tout autour, étaient des stations pour 220 vaisseaux. Les vaisseaux avaient pour ornement deux colonnes ioniques à la proue ; placés en périphérie, ils formaient ainsi, à l’extérieur, un portique do 440 colonnes, autour de 1 lie de l’Amirauté. L’tle même était élevée, et, de ses hauteurs, l'amiral dominait tout l’horizon environnant ; l’entrée du port était fermée par deux murailles, de sorte qu’aucun étranger ne pouvait y pénétrer, pas même des yeux. La grande flotte carthaginoise stationnait en d’autre» endroits, probablement dans le Slagnum, à Clique, à Hadrumet, etc.
Au-devant des murs de Carthage, s'étendait la digue, sur laquelle les marchand* avaient établi leurs magasins. Lorsque les Carthaginois apprirent que Scipion avait l’intention de fermer , de ce côté , l’entrée de Cothon , ils ouvrirent , du côté opposé, c'est-à-dire à l’est, une nouvelle communication avec la mer, probablement en un endroit où il n’avait pas été possible d'élever une digue. C’est là le Novus-Portus dcTite-Live, d'Appien et de Slrabon, qui , par conséquent ne peut être (l) ni le port El-Mersa de la Nova-Car thago, ni le port près de La Golctta, du côté de Tunis, au sud de la péninsule , pour lequel l’ont pris presque tous les voyageurs. Ainsi donc le» débris qu’on aperçoitdans la mer, près <1 El-Mersa, ne sauraient être les ruines de 1 ancicu Cotbon , comme le croit Noah (IVau., p. 278). On ne doit pas non plus prendre pour telles les bas-fonds du lac tunésien , bien que Bochart et tous ses successeurs, jusqu'à Chéteaubriand, les aient considérés sous ce point de vue.
L’ancien port de Carthage est presque méconnaissable aujourd'hui. Il fut encombré par les ruines de la ville, et depuis, lallovion delà mer et du Bagradas l’a sans doute entièrement comblé. Ajoutons à cela que dans les siècles postérieurs , les Arabes détruisirent tous les ports de cette côte , pour en empêcher l’entrée aux chrétiens.
Le berceau de l’ancienne Carthage tyrienne . c'est-à-dire la portion la pins ancienne et la plus solide de la ville, renfermant l’Acropole et les temples des dieux protecteurs, formait le troi
(1) Bstriip, I lm.r, tofographirir, etc., p 31.
(2) IbM., P. 3-7.
ri) fjtrnii, linrr, mpognplilc», etc., p 42.