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PLATEAU DE BARCA

 l'est, la plaine s’élève peu a peu en un pays de montagnes qui se perd au sud-est dans un horizon lointain.

C’est ici que commence, avec les plaines fertiles et riches en pâturages d’Ericab, le plateau renommé de Barca , le pays de montagnes riche et peuplé de la Cyrénaïque. Les chefs des différentes tribus vinrent jusqu’à Murale h la rencontre du chef de Tripoli. Celui-ci , lorsqu’il visite pour la première Pois ce pays limitrophe en qualité de pacha de Tripoli , prélève, suivant un ancien usage qui s’est changé en droit , un tribut sur les troupeaux et les biens de chaque tribu ( Tribulo del Bemusao).

3. Le plateau de Barca prés de Labiar et la côte occidentale depuis antérieur de la Grande-Syrte jusqu'au cap Raa-Scm. — Une contrée nouvelle commence avec les brillantes prairies d’Ericab : c’est la célèbre Cyrénaïque , qui, suivant l’opinion générale de tous les auteurs anciens, se prolongeait h l’ouest jusqu'à la Grande-Syrte. A l'est , son domaine n'était pas aussi exactement déterminé : les uns, suivant Ptolémée, l'étendent jusqu'à la Chersonesus- Magna, près de Darnis; les autres, jusqu’à Catabat/imos, suivant Pline et Strabon (1). Toute la nature change de face dès qu’on entre dans ce merveilleui pays. A l’est delà plaine , on découvre les premières hauteurs formant te bord occidental d’un plateau [il ciglio di un a spianeta) (2) qui s'élève à une hauteur moyenne d’à peu près 1 ,800 pieds (800 mètres) au-dessus du niveau de la mer , et est baigné des trois côtés par la mer , à l’ouest , au nord et à l'est. S'étendant ainsi comme une presqu’île allongée à l’extrémité de l’Afrique , il se dégrade en arides escarpemens vers la Méditerranée , et forme au nord le cap Ras-Sem.

Près de ce bord occidental commence le territoire de Bengasi qui a reçu son nom du port Bengasi, situé à l'ouest du cap Ras-Sem. Les premières troupes auxiliaires de Bengasi joignirent l’armée du pacha dans les plaines d'Ericab.

En gravissant la première colline qui s'élève de la plaine, une ravissante contrée se déroule aux yeux des voyageurs; Délia Cella fut étonné, en découvrant tout à coup dans les Bancs de la montagne , un édifice taillé dans le roc ; mais bientôt il s’aperçut que toute la montagne était garnie d'une quantité de monumens semblables,

(X) CeUalïu, Ceogr. as!., n, US. ÏV, c. 2, p. 108. (2) Délia «lia, p. 90.

dont le style rappelle les sculptures égyptiennes. Au lieu d'hiéroglyphes , elles étaient couvertes d'inscriptions dont les caractères lui étaient inconnus. A deux journées de là, à l’est, est situé Labiar (1) dans une riche et belle contrée qui se distingue par un grand nombre de puits d'une construction antique, creusés dans le roc, et dont plusieurs ont jusqu'à 100 pieds de profondeur. Les éminences sont couvertes d’une espèce de thouja [juniperus phœnie. Délia Cella) qui caractérise , par son feuillage foncé , tout l'intérieur de la Cyrénaïque , et est , d’après l’opinion du voyageur, le Magierin circe de Pline. L’air est pur et agréable sur ces hauteurs ombragées de Labiar , et bien qu’entourées des déserts brôlans , elles sont à l'abri de leur funeste influence; tout le pays est habité par des Bédouins qui , vivant isolés des autres peuples et dans une grande solitude selon l'usage patriarcal , ne connaissent d'autres richesses que leurs troupeaux. Le bey invita tous les chefs de Bédouins à former son cortège , et étala lui- même une pompe et un luxe extraordinaire , donnant tous les jours des fêtes , des combats, des chasses , des tournois , etc. Les Bédouins de ce plateau, près de Labiar, sont maigres et d’une taille élancée; la couleur de leur peau et de leur visage est bronzée , tirant sur le jaune , ce qui contraste fortement avec la blancheur extraordinaire de leurs dents. Les femmes sont laides; les hommes ont le regard très-animé ; les deux sexes se couvrent le menton , les bras et les jambes d’arabesques noires qu’ils entatouent. Les femmes se teignent les ongles en jaune (avec la latosonia inermis?), les lèvres inferieuresen noir avec de l'antimoine; elles portent des anneaux d'argent aux bras et aux pieds , et en attachent souvent jusqu’à quatre aux oreilles; les enfans mâles portent au nez îles anneaux d'or arec des verroteries. Les hommes passent en vrais nomades leur vie entière dans l’oisiveté; tantôt étendus sur le gazon, tantôt assis, ils mâchent continuellement du tabac et du natron; ils s'occupent peu de la chasse et ne connaissent, à proprement parier, que la chasse aux autruches. Les femmes tissent des étoffes de laine grossières ( baraccani ). Leur principale richesse consiste dans leurs troupeaux ; les consuls anglais de Malte, de Bengasi et des côtes environnantes viennent jusque dans leurs contrées acheter des boeufs pour approvisionner les

(I) Delta cella, p. 103.

Sottes qui stationnent dans la Méditerranée (1).

Délia Colla mentionne il Labiar deux chemins qui, de là, traversent la Cyrénaïque; le premier longeant la côte , conduit h ilas-Sem par Bengasi et le cap nord de la Cyrénaïque; le second, traversant le plateau, se dirige sur Cyrène ver» le nord-est. L'armée du bey suivit d’abord ce dernier. Cependant, aSn de nous écarter moins de l’ordre géographique, nous examinerons d'abord le premier.

Chemin littoral conduisant de Labiar par Bengasi au cap Bas- Sent.

Au nord de Labiar, on aperçoit tout h coup, des hauteurs du chemin, toute la vaste surface de la Méditerranée (î). Le plateau s’abaisse graduellement et insensiblement h l’ouest , tandis qu’à l’est, il s’élève à des hauteurs très-considérables. Cette pente nord-ouest du plateau est moins exposée aux vents brûlans du sud, et la chaleur y est continuellement tempérée par les vents frais du nord; aussi, moyennant quelques soins et un peu de travail, on pourrait bientôt la voir se couvrir d’arbres fruitiers , de forêts d’oliviers et de vignes; la plaine littorale, si fertile, se changerait facilement en riches campagnes, et pourrait, de cette manière, redevenir de nouveau des jardins A'Uespérides, comme ceux qui, dans l’antiquité, ornaient le bord oriental du grand golfe. Le nom d’Hespéride ou d e jardins hespiriques passe pour très-ancien; il est déjà donné à ce littoral bien avant que la ville de Bérénice, près de Bengasi, n’eût reçu son nom des Ptolémées. Nous trouvons dans Scylax , E dans Strabon. Pline s’exprime ainsi : Bérénice in Syrtis extimo cornu est, quondam rocata Hesperidum (3). Délia Celia a trouvé les descriptions que nous ont données de ce littoral Scylax et surtout Callimaquequi y était né, parfaitement exactes et conformes à la vérité.

Toute la côte, jusqu'à Bengasi situé au nordouest de Labiar suivant nos cartes , présente de nombreuses traces d'une ancienne population (4): partout se trouvent des puits taillés dans te roc et donnant une eau excellente ; quelques-uns ont plus de 100 pieds de profondeur. On rencontre

(1) DelU cella, p. SI 4.

(2) Ibid., p. 179.

1$) Plinlus, B Ut. natM V, c. 5.

(4) Délia Cella, p. 182.

aussi d'anciens bassins , des restes d’aqueduc et de fréquens débris d’anciennes routes qui probablement, conduisaient jadis de l’intérieur du paysaux différons endroits de la côte occidentale. Le capitaine Lauthier nous a indiqué quelques points de cette côte avec plus d'exactitude que nous ne les connaissons ordinairement. La station la plus méridionale connue ( 1 ), sur la côte est do golfe de la Grande-Syrte, est par les 30“ 88’ ïfi" lat. nord. Au nord delà, est situé, vers l’intérieur du golfe de Carcora, un puits très-profond , connu de tous les marins de la côte , qui viennent des contrées desséchées de l'ouest. On y descend par des escaliers , et, de dix degrés en dix degrés, on y trouve des inscriptions; le capitaine Lauthier employa, au mois de septembre , une cordede 83 brasses, ou aunes italiennes, pour toucher l’eau. Le port de Garnira (31* 17’ 6" lat. nord) ayant une étendue de 2 milles marins et partout cinq brasses de profondeur , est placé, sur toutes les cartes, 6 milles marins trop au nord. La côte, au nord de ce port se compose d'un sable de dunes blanc, sur une étendue de IB milles marins, jusqu'au port de Tajouni (3J“ B8’ lat. nord), où, suivant Lauthier, des vaisseaux très-considérabies peuvent trouver une rade ouverte et sûre , et un bon ancrage. A B milles marins de là , au nord, se trouve le port de Bengasi par 51“ 13’ 5’’ lat. nord (2). Les écueils parsemés à l'entour en rendent l’entrée des plus pénibles pour les bâtimens tant soit peu considérables ; aussi tous les vaisseaux se font-ils accompagner par un pilote. Pour les petits bâlimens, ce port est un abri trèssûr : il parait qu'il était plus abordable il y a un siècle que de nos jours (3).

Le golfe, sur lequel est construit Bengasi, est ouvert vers le nord; à côté de la ville, est un étang correspondant avec la mer par un canal, et d’un accès facile pour de petites barques ; on y rencontre de nos jours des troupes d’oiseaux aquatiques, surtout des flamingos rouges. S’il est vrai que Bengasi soit l’ancienne Bérénice, comme semblent le prouver les anciennes ruines sur lesquelles est bâtie la nouvelle ville, cet étang serait nécessairement le lac Trilonicn ( 4 ) dont parle Strabon, et dans lequel était située l’ilc

(1) Capitaine Laulblcr, Relarione, p. 22t.

(2) Lauthier, Relation., p. 219.

(J) te Maire, Mémoire d’un Vojage dant le» montagnes de Berne, dan» Paul Lucas, Vopage dana l’A»lc mineure et en Afrique. Am»t., 1714, II, p. 95.

(4) strabon, XXVII, p. 0 90, Bd. tiscb.

BARCA. CTRÉSAIQIE.

d 'Aphrodite. Mai» il n’existe plu» aucune trace d'un fleuve Latona, qui avait jadis ici son embouchure; c'était probablement un wadi n'ayant de l’eau que dans une saison de l'année ; car de Bengasi jusqu'au cap Ras-Sem (Phycus Pronwnt.), il est impossible de trouver le moindre vestige d’une rivière quelconque.

Les plaines qui entourent Bengasi sont pour la plupart Incultes; çà et là on rencontre des champs d’orge et quelques palmiers ; les dunes, près du rivage, sontle jouet continuel des vents. La ville entière est située entre de superbes ruines que les habitans actuels démolissent de jour en jour davantage pour en construire leurs misérables cabanes. Le Maire, qui parcourut cette contrée en 1706, nous apprend que la plupart de ces chétives habitations (à peu près 1,000) sont en mur» d’argile; les toit» sont couverts d’algues que la saison des pluies enlève chaque année. Le château du bey de Bengasi , muni de neuf canons, est dans un aussi mauvais état que le reste de la ville, et pourrait facilement s'écrouler au premier coup de canon tiré d’un vaisseau de guerre européen.

Bengasi , aujourd'hui siège d’un bey , compte à peu près 5.000 habitans; mais on ne peut pas dire que ce soit là une population fixe. 11 n'y a pas longtemps qu’une horde de Bédouins envahit subitement la ville, prit possession des maisons, et en expulsa les véritables propriétaires : le bey s’en inquiéta fort peu, attendu que les nouveaux venus payaient leur tribut aussi bien que leurs prédécesseurs, et que l’occasion lui était donnée par là de prélever le même tribut deux fois dans la même année. Les juifs qui composent la moitié de la population sont les seuls industriels; mais ils ontà peine le droit de posséderune maison, et sont l'objet de l'oppression et du mépris continuels des mahométans; le commerce lucratif de ce pays peut seul leur faire supporter leur pénible condition. Les nombreuses tribus arabes de la Cyrénaïque transportent à Bengasi leur superflu de bétail , de laine, de miel et de plumes d’autruche qu'ils échangent contre des armes à feu, de la poudre et des étoffes. Les plumes d'autruche surtout sont un article de commerce très-important; les juifs les achètent des Bédouins , de première main, et paient annuellementaupachaune somme très-considérable pour se conserver le monopole de ce commerce.

Cette ville, en tout temps, pourrait jouir de la plus grande aisance, si le commerce et la propriété y trouvaient quelque sécurité ; elle était

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