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dans un état très-florissant, lorsqu'au treizième siècle, les Génois y étaient en possession du grand commerce.
On peut admettre que déjà, bien anciennement, une grande partie des antiquités de Bengasi furent transportées à Gênes et dans d'autres villes commerciales de l'Italie. Pendantson séjour dans cette ville, en 1705, Le Maire fit ouvrir plus de deux cents tombeaux qui entourent la ville sur un circuit de plus d'une lieue ; il trouva, dans plusieurs de ces tombeaux taillés dans le roc, de magnifiques urnes, dont une entre autres était ornée de peintures, et avait deux pieds de haut et un piedetdemide large (1); de plus, un grand nombre d'autres vases contenant des cendres et fermées avec des ossemens de morts et des plaques de cuivre, de grands sarcophages ornés de bas-reliefs, etc. Dans les bosquets qui avoisinent la ville se trouvent, suivant Le Maire, les ruines de trois ou quatre villes détruites; il rassembla lui-même une quantité de monnaies en métal, parmi lesquelles il s'en trouvait quelques-unes d'or et d'argent. Délia Cella nous dit également que cette contrée est remplie de monumens d'art de toute espèce, et que l’on trouvemème souvent dans les décombres de la ville des pièces d’or et d'argent, mais surtout beaucoup de camées que lesCyrénéens,àcequ'il parait, savaient travailler avec beaucoup d'habileté. Le vice-consul anglais, M. Rossoni, possède une collection remarquable de monnaies et autres objets d’arts trouvés en partie à Bengasi, ou rassemblés par les Bédouins dans différentes contrées île la Cyrénaïque. Délia Cella remarqua que, parmi les nombreuses tètes gravées tant sur les pierres précieuses que sur les monnaies, il n’y avait pas une figure africaine; toutes les physionomies étaient européennes. Les Anglais de l’ile de Malte ont fait de Bengasi, dans ces derniers temps, un port très-fréquenté (i) ; il en sort encore de nos jours un grand nombre de vaisseaux chargésdes produits du pays qu'ils transportent dans les ports de Malte , de Tripoli, de Venise, de Leghorn et de Marseille. Au nord de Bengasi , le long de la cûte, jusqu'au cap Ras-Sem, on trouve, sur un espace à proportion très-petit, une quantité de ruines d'anciennes villes.
A une distance de quatre heures de marche,
(1) Le litre, Mémoire d ue VOT.se, dini nul LUCM, II,
(ï) auqulêre, Leuen, i, a. 7.— An-Ber , vojije , i, P. 7(3.
on rencontre les mines de Zeiana, et, deux lieues plus loin , l'emplacement A'Adriana, où l’empereur Adrien fit, dit-on , élever une ville II laquelle il donna son nom. Maintenant cette contrée n’est qu’une plaine déserte, le séjour des troupes de gazelles et de nombreuses bandes de perdrix et de pigeons sauvages , jusqu'à Berses, endroit connu par scs nombreux puits.
A trois heures de marche , au norddeBerzes, est situé Tochira(I). On ne peut méconnaître dans ce nom celui de l'antique Teuchira, qui, sous les Ptolémées, reçut le nom A’Arsinoé. Une plaine de trois quarts de lieue d’étendue, entourée comme un château d’une énorme muraille, carrée et garnie de tours rondes à ses angles, se présente ici sur la pente occidentale des montagnes; le voyageur, en l’examinant attentivement, reconnaît bientôt , dans cette ceinture murée, la muraille de l’ancienne ville; un des flancs du carré fait face à la mer et produit ainsi un effet merveilleux et grandiose. La colline entière, sur laquelle est située la ville, fut sous-minée près des murs, par les anciens babitans qui y plaçaient leurs catacombes ou sépulcres de pierre ; l'intérieur de la ville présente un grand amas de mines d'où l’on voit s'élever un monument carré , constmil de blocs cubes d'une dimension colossale; chacun des blocs porte une inscription entourée d'une guir. lande de lauriers ; à côté sont les ruines d'un temple de Bacchus, décoré d’ornement d'architecture , représentant des feuilles de vigne et des grappes de raisin. Les murs sont tapissés d'inscriptions grecques , comme si les annales de la ville avaient été continuellement exposées en public ; malheureusement les murs sont ici d’un calcaire sableux , qui s'effleurit beaucoup plus facilement que celui qu'on trouve plus loin à l’est. Les édifices et monumens funéraires de Tochira, tels qu'ils existent de nos jours , sont construits absolument dans le même style que ceux de Cyrène : Hérodote nous apprend que ces deux villes avaient les mêmes lois.
De Tochira on arrive en six heures de marche, le long du rivage montueux , à Toléméla, l'ancienne Ptolémaïs-, à l'extrémité E. de la plaine qui y conduit se trouve une tour de forme carrée, éloignée deToléméta seulement dc2 lieues. Toléméta, ou l'ancienne Ptolémaïs, est située, en partie dans la plaine , en partie sur la terrasse qui , des montagnes cyrénaïques à l'est ,
se dégrade vers la mer à l'ouest. Les raines de cette ville sont éparses sur un circuit de plus d'une lieue et ont, selon l'opinion de Délia Cella, un caractère plus imposant que toutes les autres raines de la Cyrénaïque. La tour quadrangulairs est un superbe mausolée élevé sans doute en l'honneur d’un des Ptolémées ; il est supporté par une énorme base de forme carrée et taillée dans les flancs de la montagne sur laquelle s'élève la tour colossale. L’entrée est triangulaire , et dans l'intérieur sont pratiquées différentes galeries pour y recevoir les morts. Les tombeaux des babitans de Ptolémaïs sont absolument bâtis de la même manière que ceux des Cyrénéens, et on les trouve, de nos jours, épars entre les ruines de la ville. Délia Cella en compta jusqu'à 4,000. Au milieu de la ville sont encore debout, sur un pavé de mosaïque , plusieurs colonnes colossales; sous le parquet on remarque un souterrain , avec neuf longs corridors séparés par d'épaisses murailles et recevant leur lumière d’en haut. Un caractère essentiel de l’architecture de la Cyrénaïque c'est que le style grec parait y reposer sur des bases égyptiennes ; dans l'ancienne Ptolémaïs, au contraire, le style égyptien est , selon l’opinion de Délia Cella , beaucoup plus général , quoique moins parfait: c’est l’ancien style colossal, avec ses masses lourdes et ses énormes murailles.
Sirabon et Pline nous assurent que Ptolémaïs s'appelait autrefois Barce. Elle reçut le nom de Ptolémaïs, sansdoutedePtolémée-Phiscon (VII), qui établit sa résidence à Cyrénats , lorsque son frère Philomelor régnait en Égypte.
Suivant Ptolémée, Ptolémaïs et Barceauraient été deux villes différentes, ce que Scylax explique en disant que cet auteur n'a voulu désigner , sous le nom de Ptolémaïs , que le port de l'ancienne Barce. Cette ville , l’origine des célèbres Barcéens, était une colonie cyrénéenne, fondée, après l'an SS4 avant J.-C., sous le roi Arcésilatls 11; mais Hérodote nous apprend qu’elle fut détruite bientôt après , par le gouverneur persan Aryandès , lorsque Cambysc eut conquis l’Égypte (1). II parait que la ville était encore debout du temps d'Hérodote; quant à son existence actuelle , on ne peut guère en parler (2), à moins que des découvertes nou-
(t) Beck, Atleemclne Wellgcacbicble, I,p.0S4. — Schlo,ter. Weltgetcblcbte, 1, p. 24.
(8) Voyea J.-P. Tbrlge, BUtorla Cyrene l. Barni*, 181#* in-8°, comment., p. 159, S 4L.
(t) Délia Cella, p. IS8.
HARCA. CYRÉNAÏQUE.
vellcs ne viennent confirmer ou détruire le* ancienne* hypothèse*. Délia Celia croit cependant l’avoir trouvée à S lieue* au sud du port , dans les montagnes , près d’un endroit appelé j Verge, où (ont des tombeaux , des restes de murailles et des puits très-profonds qui donnent une eau excellente. I>a situation de cette contrée est solitaire, sauvage et ressemble au plateau de la Cyrénaïque : il parait que c'est elle qui a donné h tout le pays de montagnes le nom de Barca.
Tolêméta est la dernière des villes bâties par les anciens , sur la pente escarpée de ce bord littoral; plus loin, au nord-est, la plaine disparaît entièrement, la côte s'élève rapide jusqu'aux plus hauts sommets , et, à partir du cap septentrional du plateau, du cap Ras-Sem ( Promontor. Phycus), devient tout à fait inabordable du côté de la mer ; à l'est de ce cap s'étend la côte septentrionale, près de laquelle est située Cyrène.
Chemin de Labiar par le plateau de Barca,
à G renne {ou la Cyrénc dos anciens).
Nous avons vu plus haut qu'en entrant dans le plateau de Barra, on rencontre un second chemin conduisant à Cyrène , h travers le pays de montagnes et non pas, comme l’autre, le long de la côte ; l’armée tripolitaine le prit d'abord, afin de poursuivre les rebelles jusqu’à la frontière orientale du royaume, en faisant le moins de chemin possible. Tout l’aspect grandiose et sublime de cette contrée élevée du plateau de Barca se dévoile ici aux yeux des voyageurs. Partout les sommets des montagnes étaient couronnés de forêts de TouSas et empreints d’une majestueuse antiquité. De Labiar, un chemin de quatre heures conduit , par-dessu* des hauteurs et des vallées, aux ruines d'un château appelé Elbenia (1). Cet édifice, de forme quadrangulaire et entouré de fossés creusés dans le roc , a 88 pieds de longueur ; ses murs sont couverts d’inscriptions écrites en caractères étrangers, et la plaine boisée qui l'entoure est habitée par des bandes dé perdrix et de pigeons sauvage» {alchata), dont le vol bruyant interrompt h chaque instant le silence et la solitude des forêts. Fendant plusieurs journées de tnnrche on rencontre, à chaque instant, d’agréables vallées tout à fait semblables , couvertes de prairies, de pâturages , de puits et de sources ;
(I) Doits Cciia, vujglo, p. 1 18.
elles étaient séparées par des collines fertiles où erraient les Bédouins arec leurs troupeaux, et, pour ainsi dire , à chaque pas on rencontrait des ruines qui témoignaient de là puissance ét de la richesse des anciens Cÿrénéens. 11 n’est aucune cime de montagne qui ne soit couronnée de ruines d’nn vieux château oh d’un fort , aucun fort qu i ne soi t entou ré de fOssés creusés dans le ror et de constructions remarquables, pratiquée* dans l’intérieur de la montagne. Plus l’on s’approche de l'aocrenné Cyrène , plus le caractère des ruines devient grandiose et imposant.
A Zardez (1), qui est à 7 lieues d’Elbenia . on aperçoit, pour la premièrê fois, cesénor. mes pilastres qui, dans l'intérieur des rochers, se présentent encore comme les soutiens de vastes appartenons taillés dans le roc. A Scfre, qui est à 11 lieues de marche de Zardei, on est frappé d’étonnement en voyant cette quantité d'appartemens taillés dans une masse de nochers qui remplit toute une montagne. Délia Celia en compta jusqu’à Î00 à une lieue de là, à Slanta; ce qui suppose un travail immertsB, car le grès coquiliier tendre qui compose 1rs couches inférieures des premières éminéncès à l’entrée des montagnes de Cyrénaïque, a disparu , et tout le noyau du plateau de Barca devient un calcaire compact et très-dur, rèâsemblant à du marbre à grain fin. Il est jâbnâtre et de formation secondaire ; souvéht même , c'est de la chaux granulaire, semblable au travertin; exposé à l’oxydation de l’air, il prend, comme celui-ci, une couleur dp rouille très-brillante; il contient beaucoup de pétrifications et sert aux constructions dans toute la Cyrénaïque.
11 faut que les alentours de ces éminences aient été autrefois très-peuplés, car, pendâht plusieurs heures, l’armée ne fit qùe traversée des ruines qui paraissaient être celles d’une seule ville détruite depuis bien tics siècles. Les oliviers Croissent ici d’eux-mêmes et couvrent de leurs forêts de vastes régions, sans que jamais les Bédouins en fassent le moindre usage. Une superstition fait qu’ila empêchent même les étrangers d'en cueillir les fruits. Sans cet inconvénient, l'exploitation seule des forêts d’oliviers suffirait pour offrir d’immenses bénéfices aux spéculateurs européens. On rencontre aussi, dans cette région, de gigantesques
(I) Doits Colla, p. tir.
figuiers , des pistachiers , des poiriers sauvages, et tout y porte le caractère de la plus grande Fertilité. M’est-il pas étonnant que ce pays remarquable soit reste aussi longtemps étranger aux Européens, qu’il ait même fallu le découvrir une seconde fois, après qu'il eût été tour à tour possédé et exploité par les Phéniciens, les Carthaginois , les Grecs , les Égyptiens et les Romains?
Une colonie européenne qui voudrait s’établir sur ce plateau serait garantie contre toute attaque, par les parages dangereux de la Syrie, Il l’ouest; par la cûte escarpée, au nord, et par le désert de Sahara, au sud ; du côté de l’Égypte, le désert de llarca suffirait pour effrayer tout ennemi , et le petit nombre d’abordages, comme il Tajouui et Apolionia, seraient faciles à défendre, étant déjà fortifiés par la nature. L’olivier, le dattier et la vigne fourniraient les principaux produits ; les Bédouins devraient continuer à être des tribus libres, telles que les décrivit autrefois Hérodote ; ils fourniraient les bestiaux , la viande, le beurre, la laine et les produits delà chasse. Les anciennes villes de la Pcntapnle (Bérénice, Arsinoé, Ptolémaïs , Apolionia, Cyrène ) brilleraient alors d’une nouvelle splendeur.
Dans la contrée de Slanlaest situé le tombeau d’un célèbre Marabout appelé Sidy-Mohamined- Emeri-al-Gheghcm (1). Le bey fit tuer un bœuf en son honneur et arroser la terre de sang. Un sentier de montagnes, très-élevé, conduit d’ici , à l’est, par-dessus le plateau, et ne commence à s’incliner vers la mer, qu’àDerna. On parcourt ainsi, par cette pente étroite, les montagnes les plus pittoresques, jusqu'à Spaghe, où toutes les cimes se couvrent de nouveau d'édifices et de tombeaux d'un aspect imposant et sublime, et où des sources vives jaillissent des rochers, les premières que Délia Cella vit en Afrique. Les montagnes sont couvertes d'une quantité d’herbes inconnues en Europe, et parmi lesquelles il y en a de très-vénéneuses ; car, à peine arrivés dans celle régiou , une partie des chevaux touillèrent malades et moururent; onatlribua ce désastre à l'effet d’une plante que les Arabes appellcnt koinon , et que Délia Cella prend pour le célèbre ti/phium desCyrénéens (3), d’autres pour
(11 Delta Cella. p. 119.
(Ï1 Délia Cella, p. tï7. — Thrljc, Hivloric. rjTCliri t p. ?38-SS7.
Vaisa fœtida; cette dernière opinion est fortement combattue par Thrige.
De Spaghe, le chemin conduit à Slughe, qui n'est plus qu’à 3 lieues de distance de la ville de Cyrène ; on y remarque déjà des ruines trèsa-onsidérabies, dont le nombre augmente à mesure que l'on s’approche de l'ancienne capitale ; bien tôt l’on ne voit plus que des débris d'anciens édifices, de vieux châteaux, des sarcophages, des tombeaux. Délia Cella avait d'abord cru voir, dans ces châteaux , les habitations des riches d’autrefois; mais les trouvant toutà coup en si grand nombre , il les prit pour des forts et des asiles qui auraient servi à la défense du pays. Tout le cheminde Slughe à Cyrène est couvert demadréporites détachés, qu’on trouve épars sur un sol calcaire et qui ne peuvent être qu’un ancien dépôt de la mer, bien qu'ils se montrent quelquefois à une hauteur très-considérable , comme . entre autres, à plusieurs endroits du plateau de Barca. A une lieue de l'ancienne Cyrène, au sud, sont situées, sur une étendue d'une demi-lieue , des ruines très-grandioses (1), entouréesde montagnes dont les flancs étaient remplis de sarcophages. Le charmant oléandre (le Safsaf des Bédouins, ncriurn aleandcr) en pleine floraison à cette époque ( c’était au mois de mai ) formait de magnifiques buissons au milieu desquels se cachaient les débris de l'antique splendeur. Un 1 grand aqueduc, venant de l'est , à moitié taillé dans le roc, à moitié bâti sur des arches, et visible de très-loin , s'étend d'ici vers Cyrène. Ses murs sont construits de superbes blocs cubiques; chaque cube porte sur sa surface intérieure unilettre d'un alphabet inconnu , et les lettres , à leur tour, forment entre elles des séries régulières, qui se renouvelaient à chaque nouveUe rangée de cubes. Ces inscriptions , ainsi que tant d’autres qu'on trouve éparses dans cette contrée, appartiennent, dit-on, à un ancien alphabet entièrement perdu de nos jours. Serait-ce peutêtre l'écriture libyque des habitans primitifs, qui, comme il parait, ne reçurent pas la colonie des Grecs , fondée l'an 631 avant J.-C. , avec autant d'empressement que ceux-ci voudraient bien nous le faire croire? On remarque, parmi les ruines , une quantité de canaux et de bassins alimentés, sans doute, par le grand aqueduc. A l’ouest sont encore debout . et bien conservés , les nuira d'un petit temple quadrangulaire dont
(1) Del la Cella, vii-flo, i>. I3S.
BAhC.V. Cl BÉBAlQUE.
ai!)
r<-utrée e»t ornée de colonnes corinthiennes cannelée», et de bas-reliefs sur lesquels on voit des eiifans tenant des grappes de raisins ; autour est laie enceinte de murailles. L’ancicn nom de celte ville en ruines, parait être tout à fait inconnu.
De là le chemin descend un peu le long de la pente nord du plateau , jusqu'à ce que l’œil découvre tout à coup une vaste et immense haute p'aine, parsemée de débris remarquables d’une grande et jadis très-puissante cité; partout surgissent de ce sol inégal et raboteux des murs 1 1 des tours d’une construction colossale ; de longs débris de rues garnies de tombeaux et de sarcophages, s’étendent en tout sens et rappellent lu volontairement les temps de leur antique opulence. Ces buissons d’oléandres croissant d'euxmêmes et sans culture , ces grands et sombres cyprès qui s'élèvent du milieu des décombres ; çà et là les tentes de quelques bédouins isolés, vivant, avec leurs troupeaux , au milieu de ces débris de l’antiquité : tout cet aspect varié et bigarré, ce mélange du passe et du présent, laisse dans l’âme du voyageur une impression profonde et douloureuse.
Ce» débri» majestueux sont les restes de l’ancienne Cyrèke (Kvp-.va, ainsi appelée de tpi-m •AeoÀiuwt. la fontaine d'Apollon ) (1) , capitale de la fameuse Penlapolc. Les indigènes lui donnent encore aujourd'hui le nom de La a renne; elle est située sur la plaine élevée du plateau littoral, absolument comme nous l’ont mdiquéles auteurs anciens. Slrabon qui l'aperçut «Lin* son voyage le long des côtes, en caractérise très-bien la position en disant qu'elle est bâtie sur la hauteur d’une table (««sms «»
1(0*1 TTt&'tU rtlfliyr.i) (2).
Cette ville de ruines, comparable à un séjour enchanté, semble appartenir à un monde étranger. Délia Cella visita une rue entièrement creusée dans le rocher , et flanquée, de tous côtés, de tombeaux qui avaient jusqu’à dix pieds carrés, et étaient pourlaplupartou taillés dans le rocher ou construitsavec d'énormes cubes. Celte rue était, comme il parait, une espèce de corso, car sur l'un de ses côtés, on lit , en grosses lettres grecques, le nom A' Uippiko#. l.e pavé avait de profondes ornières, provenant sans doute des célèbres courses de char que l’indare a chantées. De semblables traces de char se remarquaient
(1) Tbrigc, HMorlt fyrenca, § 2S, Br erreurs urlil» iïbmlofl, p. 70.— Vorfttllt-, p. 118.
(t) Slrabon, XVII, p. 002, Ol. Tucb.
également dans toutes les autres rues de la ville, de même qu'on en retrouve anssi dans les ruines de Pompéji. Aux deux côtés de la rue, sont de grands bassins destinés à recevoir les eaux de pluie. Plusieurs aqueducs, qui descendent le long des rues, prouvent combien on avait soin de ne pas laisser perdre d’eau (1). Au nord de Cyrène , s’élève une petite éminence dont la pente méridionale est couverte de superbes ruines, parmi lesquelleson distingue de longues murailles, dés débris de colonnes et des bases de granit et de plusieurs espèces de marbre. Ce sont probablement des monumens romains , moins anciens que les précédens.
A l’ouest de la ville , on découvre de» parois de rochers calcaires, presque à pic, et taillées à angles droits : à leur base, jaillit du milieu des rochers une abondante source d'eau vive , d’autant plus inappréciable , qu’elle ne tarit en aucune saison de l’année (2). Non loin de là, une voûte artistement taillée, conduit dans ('intérieur des rochers , et à l’entour s'élèvent les débris majestueux d’un temple d'Apollon, sans doute le plus ancien que l'on connaisse; c’est près de cette source jadis sacrée où l 'ouranos était ouvert, suivant l'expression des Libyens (3), que les Cyrénécns fondèrent leur oracle et leur colonie , et qu’ils bâtirent leur ville. Callimaquc composa ses hymnes à Apollon et à Pallas près du murmure de cette fontaine. A l’ouest, où l’énorme rocher, sur lequel repose la ville, présente des gorges profondes , les parois sont généralement taillées en grottes et en tombeaux; l'une de ces gorges donne entre autres naissance à deux sources abondantes (4). En un certain endroit, on trouve aussi plusieurs inscriptions gravées sur des tables de marbre. Le côté septentrional de cette masse de rochers regarde la mer qui n'en est éloignée que de quelques lieues; une longue et haute plaine s’étend à sa hase , dans la direction de l’est à l’ouest , aussi loin que la vue peut porter. Cette plaine , qui fait encore partie du plateau , s’élève à une hauteur absolue d'à peu près 1,200 pieds, et est supjiortée par des parois de rochers qui se précipitent presque à pic dans la mer, formant dans leur dégradation un grand nombre de cavernes et d’antres. La masse de rochers proprement
ir> Doit relit, p. 140.
(2) l.e Salrc, p. 80.
(3) uerodotc, IV, p. 1J>8.
(4) poli COU, p. 14 t.
AI HlytE, MEMBBES DÉTACHÉS , J 32.
•lile présente une élévation verticale defiOO pieds ou 200 mètres à peu près au-dessus de la plaine dont nous venons de parler. La paroi entière du rocher, semblable à la façade d'un vaste palais , ne forme du haut en bas qu’un seul monument de catacombes et de grottes ; les feuètres et les portes sont représentées par les différentes entrées des sépultures. En avant de ces entrées sont (aillés en saillie des corridors, des balcons, des portiques , des escaliers , etc., pour se diriger dans toutes les directions et parcourir tous les étages. Les tombeaux sont tous détruits ou pillés; dans plusieurs, les plafonds sont peints en couleurs qui ont conservé toute leur vivacité et leur éclat primitifs. Les sarcophages sont en partie ornés de belles sculptures en bas-reliefs (1), et tous portent des inscriptions inintelligibles en grande partie. Ce soin extrême pour les morts, qui se remarque ici partout comme en Égypte, est du plus haut intérêt pour la connaissance de l’antiquité.
A l'époque où florissait l'ancienne Cyrène , la haute plaine allongée , qui s'étendait au nord de la masse de rochers . parait avoir été comme un vaste jardin richement arrosé. De nos jours , elle est encore riche en végétaux, quoiqu'on ne la cultive pas. Là où elle se dégrade au nord , vers la mer . on remarque plusieurs fentes trèsprofondes, dont les parois , ombragées par de nombreux groupes d'arbres , sont pour la plupart taillées en grottes. Ces fentes ou antres de rochers, d'où jaillissent plusieurs sources fraîches et. abondantes qu'alimente le plateau supérieur , sont habitées par des Libyens indigènes qui , isolés du reste de la terre et protégés par la nature contre les attaques de Bédouins, vivent ici de leurs troupeaux de chèvres. Le nombre de ces habitans de grottes se réduit maintenant à quelques familles qui sont les mangeurs de lotus, et que Délia Cclla croit identiques (2) avec les lotophages d'Homère et d’Hérodote (3).
L'olivier et le cyprès sont encore ici comme du temps de Théophraste, des arbres d’une rare beauté; et l'on remarque dans leur tige une plénitude de force et de vigueur que l’on rencontre difficilement ailleurs. De même la vigne et le vin étaient autrefois un des principaux produits de ce pays; et l'on voit encore, dans toutes les sculptures, des traces d'un ancien
(1) L« Maire, P. 00.
(’2) DelU retu, p. 101.
(2) MCrwUiftf, ivt p. 177.
culte de Bacchus. La description que nous donne Hérodote de la triple moisson des Cyrénéens , d’après les différens gradins d’ahordde la région littorale.de lahaute plaine élevée de 1,800 pieds aii-dessusdunitcaudela mer, et enfin du plateau, se trouve parfaitement expliquée et confirmée par les localités que nous venons de décrire (1) .
Les lotophages de ces rochers habitent les mêmes côtes qui , en face de Malea , reçurent Ulysse lorsque le vent dn nord le jeta sur les côtes de la Libye. Ils vivent , de nos jours , dans une complète obscurité. Les lotophages, habitant près du golfe de la Grande-Syrte, sont connus par leurs brigandages; mais ils n'appartiennent pas à la même souche. Ces anciens Cyrénéens sc nourrissent principalement de miel ; les abeilles abondent dans leurs rochers, et au moyen de coseulproduitqu’ils échangentcoDtre d’autres marchandises, ils sont à même de satisfaire à tous les besoins de la vie.
Toutes les eauxeourantes se précipitent à travers les fentes de rocher, du plateau moyen dans la plaine littorale , qui occupe encore une étendue de trois lieues, avant d'atteindre à la mer (8). A l'ouest cependant les rochers s'avancent jusqu'à la mer et reudent ainsi le rivage , jusqu'au Has-Sem ( Promont . P h y eus ) . absolument inabordable. A l'est on aperçoit un littoral très-étroit, flanqué de parois de rochers qui forment la base de la ville de Cyrène et de tout le plateau. Au pied de ces rochers escarpés , le sol est couvert d'énormes masses de débris détachés , qui empêchent de pénétrer à l'est. C’est ici, sur celittoralétroilqu'est situé, sur un golfe entouré d'écueils , l'ancien fort des Cyrénéens , le grand emporium A'Jpollonia (3). Les écueils se prolongent du rivage jusque dans la mer, et sur l'un d'eux on aperçoit encore les bases de l'ancien Molo qui défendait le port de ce côté. Sur le littoral sont éparses de majestueuses ruines ornées d'une magnifique architecture. On voit aussi une quantité de colonnes de marbre penthélique, renversées ou endommagées, d’énormes blocs de granit, çà et là quelques voûtes. Un aqueduc conduitde la montagne au port. Partout une quantité d'inscriptions prouvent l'ancienne domination romaine. Le port est excellent et on pourrait facilement lui rendre son ancienne sûreté. Quoique désert, il sert encore aujourd’hui
(1, Hérodote, p. 19P.
(2> heila Colla, |>. 165.
(3 ) Straboti, XVII, p. 692, <d. Txacb.
BAttCA. CVUESAlQtiE.
d'asile aux tribusdesCyrénéens, lorsque, comme cela arrive souvent, elles sont subitement attaquées parles corsairesdu golfe de Bomba, qui est le repaire des véritables pirates de Barcat Les Arabes appellent aujourd'hui le port de Cyrène tiarza-Sousa , c'est-à-dire port de Sousa, La magnificence de ses ruines et les distances qu’indique Strabou, qui le place à 100 stades de Siaustathenos, à 100 du promoniorium Phycus, et à 80 stades de Cyrène, ne nous permettent pas de douter que ce soit là l'ancien et célèbre port de Cyrène (1).
Le sable amassé en, ce lieu est d'un rouge dé corail; en, le plaçant sous une loupe , on se persuade qu’il doit en effet cette couleur remarquable aux débris de coraux qui composent le tiers de sa masse. Ce sont des fragmena d'un charmant petit corail (isis nobitis ou pygmœa?), en grains plus ou moins gros, avec des pores, des angles et des cornes de toute espèce. Outre' cescoraux rouges, on, trouve aussi dans le sable* une- quantité de firagmensde cellulaires, d'escara, de mtllepores , de tubipores , ainsi que des; débris de coquilles univaives et bivalves; quelquefois on y remarque aussi dés coquilles entières, parfaitement conservées , semblables à: celles que Soldant trouva dans les collines près de Siena. Ce sable d’Apolionia , au moyen des parties de chaux qu’il renferme, entre en effervescence dès qu’on le mêle à des acides; celui du golfe de la Grande-Syrte, ali contraire, se précipite au fond du vase, sans subir aucune espèce de changement. Délia Celle leur attribue en conséquence une origine toute différente; l'un, dit-il, est un produit de la mer, tandis que l'autre provient ordinairement des sables mouvans de l'intérieur de l’Afrique, etn'est entre que posterieurement dans 1a Syrie.
Toute la partie septentrionale du plateau de Barea, aussi loin que l'a parcourue Délia Cella, se compose de couches de calcaire coquillier, trèscompacte, arec de nombreuses grottes de stalactite (fi); il forme la base uniforme de toute la contrée et ne montre que sur les hauteurs plus ou moins de différence dans la couleur , la cassure, ladurelé, etc. Partout, mèmejutqu'àlabauteur de 1 .300 à 1 ,600 pieds au-dessus du niveau de la mer, il est entremêlé de pétrifications (de cardies.de pectinites, d’ammonites) plus anciennes que toutes celles du littoral , telles qu'on les
(1) sella cella, p, 157.
(2) IbM., p 160.
Bfil
trouve dans les sables des dunesou dana les conglomérats de sable et d’argile.
Ce calcaire coquillier du plateau isolé de Barea semble identique avec eelui des montagnes méridionales entre Tripoli et Tunis, du moins s’il faut en juger d’après quelques exemplaires que Delta Cella vit à Cyrène; le long de toute la côte septentrionale de la Barbarie, à Alger, Tunis, le long des Syrtes jusqu'à Cyrène et Catabatbmos, et à l’est jusqu'aux chaînes calcaires de la tour des Arabes, c'est toujours le calcaire coquillier qui prédomine au pied septentrional de ceschaînes littorales , le sol est couvert comme à Apollonia , de sable mêlé de coraux et de coquilles, ainsi que de conglomérats plus récens.
4. Voyage de Voila Cella dans la partie orientale du plateau de Barea, par Uema, jusqu'au golfe de Bomba.— Plusieurs chemins conduisent de Cyrène à l'est , par-dessus le plateau, à la ville de Derna, aujourd'hui capitale de. tout le paye. La première journée on aperçoit,, sur une étendue de B lieue», jusqu'à Gobba, des ruines d'édifices et de routes creusées dans le roc avec de profondes ornières, ce qui est d'autant plus remarquable que depuis longtemps aucune voiture n'a passé par là, car tous les voyageurs vont à pied ou se servent de chameaux. Près de Gobba est une belle fontaine, bien murée et entourée d'un portique. Jusqu’à Derna le chemin tournoie entre d'énormes parois de rocher» , des gorges escarpées et des fbrèts de cyprès. A la sortie de ces défilés rocheux , on descend par quelques rochers escarpés et nus, dans le domaine de Derna; c'est une bande de terre fertile , sur le bord du golfe , bornée à l'ouest par le cap Bon-Andrea, à l'est par une chaîne de rochers qui entoure le golfe ea forme de cercle. Un véritable paradis rempli d'oliviers, de vignes, de figuiers, de citronniers et d’orangers, s'étend sur cette plaine littorale arrondie; Delta y vit les premiers musa ( musa paraditiaca L.)\ ils étaienlaussi beaux et aussi vigoureux que dans les contrées les plus vantées, de l'Asie. Entre ces. riches groupes d’arbres fruitiers sont situées les babilationsde Derna, mai» au-dessus de tous s'élèvent les couronnes des palmiers avec leurs grappes riches et précieuses.
Les rues de Derna sont régulières, les maisons petites; basses, chétives et bâties sans mortier (1 ). Le château du bey est situé au milieu de la ville qui fut élevée par les Ma lires d’Andalousie, après
(i) ovin cci.«, a tes.
AVIUQl’S, MEMBRES BÉTACUËS , $ 33.
leur expulsion île l’Espagne (1). Deux sources très-abondantes jaillissent ici du milieu des rochers ; l’une que reçoit un aqueduc , coule au travers delà ville et arrose la plaine; la seconde, qui sert au même but , fertilise , un quart de lieue plus loin, les campagnes du village de Bemensura , appelées //tien Derna et Ilaen liemensura, c'est-à-dire l’œil de ces endroits. Le climat favorable de cette région, joint à la fertilité du sol, donne b la végétation de Derna un caractère de richesse et d'abondance qu'on chercherait en vain ailleurs. Derna (Darnis dans Ptolémce) abonde en productions de toute espèce; la viande et le lait sont apportés par les pasteurs Brabcs des montagnes voisines; la plaine produit d’abondantes moissons; les jardins, les fruits les plus exquis. Les antres des rochers sont remplis d'essaims d’abeilles , qui fournissent un miel excellent. Les habitans de Derna ne sont pas à l'abri des attaques des Bédouins, qui souvent s’emparent de la ville à main armée ; mais peutêtre leurs exactions sont-elles plus supportables que la tyrannie des beys. Souvent aussi la peste, qui est apportée par les étrangers venant de l’Égypte, cause d’affreux ravages dans ce beau pays; il n’y a pas longtemps que le nombre des habitans fut réduit de 7,000 à 300.
Les Elats-Unisdel'Amérique avaient autrefois l’intention de fonder ici une colonie, et d’expulser le pacha de la ville; mais ils abandonnèrent bientôt leur premier plan. Probablement le défaut d’un bon port à Derna empêche les puissances étrangères de s’y établir, car sans cela il est évident que la possession d'un point fixe, situé ainsi au milieu de la Méditerranée, serait d’une grande importance. Derna n’a ni un bon port, ni même une rade sûre, puisqu’elle est hérissée de tous côtés d’écueils qui coupent les cordes des ancres, et que le port est en outre exposé aux vents du nord et de l’est. Cependant l’importance de cette localité engagea, en 1799, le général Gantheaume (2) à essayer une descente qui fut bientôt empêchée par la jalousie du pacha de Tripoli. Les Français avaient sans doute l’intention de pénétrer de là, par terre, jusqu'à Alexandrie. Lord Keith, pendant son expédition en Égypte, fit renouveler les provisions d'eau de sa flotte aux sources de Derna.
Mais près de la pointe du cap Bon-Andrea, la
tf ) Le Maire, MCm., b* 94.
H) l'U.(it:Lrc, I CIKTj, I, |i. S.
mer forme un vaste golfe où les navires trouveraient assurément un abri contre toutes 1rs tempêtes. La situation de ce port n’est autre , à ce qu’il parait, que celle de l'ancienne b'austatbmos.
Un vieux bastion qui entoure encore aujourd’hui la ville de Derna , du côté de la mer , témoigne de sa haute antiquité et de l'identité de sa position avec celle de l'ancienne ville. Les Bédouins de Derna, qui avaient soulevé l'étendard delà révolte, se soumirent au pacha, à l'approche de l’armée tripolitaine ; il ne restait donc plus qu’à poursuivre l’ennemi à l'est, jusqu’au golfe de Bomba. De là le prince rebelle s'enfuit en Égypte, où L. Burckhardt fit sa connaissance (Iji
Le chemin de Derna à Bomba (2) fut fait à la hôte , et Delta Cella n'eut pas le temps de beaucoup observer. La contrée qu’il parcourut est partout inculte, abandonnée, déserte; mais au. reste elle a tout à fait la nature et l’abondance de la Cyrénaïque occidentale. C’est un pays d’alpes, couvert de superbes cyprès, de thouja . de caroubiers, de plusieurs espèces de juniperus , de myrtes gigantesques et de superbes lauriers; tous ces arbres forment rarement des forêts cohérentes; mais ils sont très-pittoresquement distribués en groupes entre les rochers et les antres des montagnes. Le sol est coupé, inégal et couvert de pâturages et de gibier qui y attirent toujours des habitans. La région boisée qui est la plusélevéedecelte pointe orientale,a la même abondance en eau et en sources que la partie occidentale de la Cyrénaïque.
Après huit jours de marche forcée, Délia Cella arriva enfin à l'est, au grand golfe de Bomba (3). Ce golfe est entouré de hautes montagnes qui forment le cap de Rczat (Ras-a-tin) et se dégradent à l’est en collines douces et très-peu exhaussées, présentant dans le lointain l’aspect d’une vaste plaine. Près du cap on voit s'élever du milieu de la mer trois énormes écueils qui apparaissent comme des Iles, à l'est du golfe. Délia Cella prend ce golfe pour le lUenelai Portus des anciens, malgré qu'on n'y remarque pas de ruines. Au dire des Bédouins, un lac est situé plus loin, dans l’intérieur, avec une Ile, sur laquelle il y a de nombreuses ruines. Burckhardt
II) Burcbbardl, Trav. Luiid , 1810, p. ru. (2 j orlla Cella, p. ! 7 j (3) Ibid., p. 173,
BABCX. CTRÉSAÏQUE.
regarde le golfe avec nie de Plataia (1 ), comme le premier établissement des Grecs. Il passe pour la limite politique entre l’Égypte et Tripoli, et de là vient qu'il est devenu l'asile de tous les fuyards et de tous les déserteurs des deux états. C'est de ce golfe que partent toutes les excursions des brigandsqui infectent la route descaravanes de la Mecque, du Fezzan b Augila, et de U en Égypte. Ces brigands en veulent surtout aux petits sacs de poudre d’or que les pèlerins apportent avec eux de l’intérieur du Soudan, pour subvenir aux besoins de leur voyage. A l’arrivée de l’armée tripolitaine, ils se retirèrent avec leurs tentes, quelques milles plus loin, dans les
(1 ; Hérodote, IV, e. 151. — Burckhardl, Trvv., p. TU.
montagnes, et laissèrent passer paisiblement les troupes du bey; dès qu’elles eurent atteint les frontières du pacha d'Égypte, ils rentrèrent dans leurs anciennes positions.
Le port de Bomba est encore très-peu connu. La flotte de l'amiral Gantheaume , après avoir échappé heureusement en 1808, St l’attention de l'amiral anglais, lord Coilingwood, et de ses croiseurs, trouva un asile très-sûr, dans le golfe de Bomba, où elle séjourna longtemps sans que les Anglais en aient eu le moindre soupçon. Les pilotes de Malte connaissent seuls jusqu’! présent les entrées de ce golfe.
Ici finissent nos connaissances du plateau de Barca et de ce littoral aussi intéressant que remarquable.