LES BASSES TERRES DE L’AFRIQUE
APERÇU
Tou» le» espaces de terre , non compris dans les formes que nous avons décrites sous le nom de plateau, gradins et membres détachés, seront appelés, à cause de leur peu d'élévation absolue et de la forme plane qui les caractérise, basses terres ou terres planes de l’Afrique.
Hais avant d’entrer dans les détails de cette forme, il ne serait peut-être pas inutile de jeter un coup d'œil sur toute la partie du monde considérée comme individu et dans ses grands rapports généraux, afin de pouvoir, par la suite, nous représenter, avecd’autant plus de clarté, le particulier dans le général.
L’Afrique a reçu son nom d’une petite contrée appelée frigi, Afriki-a, située à son extrémité septentrionale ; elle est comparable par sa forme, b un grand corps ou tronc sans membres : aussi est-elle de tous les continens de l’hémisphère oriental et occidental le plus monotone, si toutefois l’Australie, dont l'intérieur nous est encore inconnu , ne la surpasse sous ce rapport.
La périphérie de ses côtes, qui s’approche le plus de la forme orbiculaire, est, comparativement à l'étendue des pays qu'elle renferme , beaucoup moins considérable que celle de l’Asie, de l'Amérique et de l'Europe. Le contact de ce continent avec les mers qui le baignent et
le» fleuves qui le parcourent est moins fréquent que dans les autres individus de la terre , et il n'a pas pu se développer ainsi une grande variété dans la division horixontale de ses parties. Les autres parties du monde nous apparaissent toutes déchirées par des baies profondes , des golfes , des routes marines , ou bien divisées en un grand nombre de promontoires, de langues de terre, de presqu’îles ; rien de tout cela ne se remarque aux côtes d’Afrique.
Les lies qui avoisinent cette partie du monde sont en très-petit nombre; celles que l’on trouve isolées dans les mers adjacentes de l'Afrique n'ont même, pour la plupart, aucun rapport avec la configuration des côtes du continent : elles sont exclusivement le produit de forces souterraines ( voy. plus bas, les formations volcaniques), et aucune d'elles, Madagascar excepté , ne se présente comme une terre détachée du continent.
L’Afrique n’a que deux formes prédominantes qui lui donnent son caractère essentiel et la divisent en deux parties presque égales; c’est, au sud de l’équateur , le plateau, avec ses bords qui se dégradent dans trois directions differentes, vers l'océan. Au nord , son inclinaison est la même dans les pays de Mabecli et de Mandigo ; mais elle n’aboutit pas à l'océan ; elle se dirige, au contraire, vers la seconde forme caractéristique de l’Afrique , les basses lcrrcx qui occupent, dans une remarquable uniformité.
APERÇU
toute la partie septentrionale de l'Afrique, et se prolongent, avec les gradins inferieurs du Nil et le plateau abaissé des Berbères , comme un large fleuve vers l’Asie et l'Europe.
Le plateau , comme les basses terres, n’offre jamais que deux formes principales, assez également partagées en un rfera et un delà, et formant partout un parallélisme qu’il est impossible de méconnaître. Là-bas , au bord oriental et occidental de l’Afrique sont les terrasses moyennes et littorales qui courent du nord au sud et sont coupées par les petits fleuves des rôles ; ici sont les déserts sans eaux et les vastes steppes qui se dirigent de l’est à l’ouest.
De la combinaison de ces formes principales, très-également réparties , et de leurs rapports avec le fluide des mers et des couches d’air, ainsi qu'avec le cours du soleil , résulte toute la variété de la nature africaine.
Dans les corps animés . comme dans ceux qui sont privés de vie , l’homogénéité du tout l’emporte sur le caractère distinctif de l'individu. Toute cette partie du monde est si fortement individualisée , que les propriétés de ses parties et de tout ce qu'elle produit, doivent naturellement nous apparaître moins saillantes. Les corps organiques même sont plutôt des membres du grand corps, que des individus indépendans. L'espèce disparait devant le genre , et l'individu devant l’espèce.
Cet air de famille , qui est commun à tous les corps de l'Afrique , se répète aussi dans les montagnes, les plaines , les fleuves , les plantes, les animaux , l'homme , les familles et les peuples.
Nous ne connaissons , dans les formes de cette partie du monde , d'après l'état actuel de nos connaissances, que trois exceptions à cette grande et générale uniformité : la formation de la vallée inférieure du Nil, à l’est; le plateau des Berbères et de Barca , au nord , et le cours inférieur du Sénégal et de la Gambie , à l'ouest. La vallée du Nil s'éloigne du type africain et se rapproche du caractère de l'Asie et de l'Europe, par sa fertilité ; les plateaux du nord, par leur peu d’élévation absolue et le cours inférieur du Sénégal et de la Gambie , par leur correspondance naturelle et la facilité d'y naviguer , qui est encore augmentée par le flux et le reflux de l'Océan.
Cependant , malgré les avantages de ces pays, la nature africaine n'est pas tout à fait étrangère ni à la vallée étroite du Nil . qui n’aboutit
sas
qu'à une mer raéditerranéc, ni aux plateaux de l’extrémité septentrionale , ni enfin au domaine de la Gambie , qui n’est encore comparable en rien à un sunderbund du Bengale , et l'on s'apercevra toujours qu’ils appartiennent à l'uniforme et aride continent du midi.
Le soleil , dans son cours , n'éclaire-t-il pas avec une uniformité toute particulière l’extrémité septentrionale, comme l'extrémité méridionale de cette partie du monde , tandis qu'il ne s'éloigne jamais de son centre?
Si nous considérons la forme des basses terres, au nord de l'Afrique, nous ne tarderons pas à nous apercevoir que , par rapport à l'influence qu'elles exercent sur la nature africaine, et, en particulier, sur le développement de l'histoire , dans cette partie du monde , elles méritent une plus grande attention que le plateau; non-seulement elles sont plus rapprochées de nous , et ont été continuellement explorées depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, mais elles offrent encore, malgré leurs affreux déserts , beaucoup plus de chances de commerce aux indigènes, comme aux étrangers.
Iæs basses terres de l’Afrique présentent, quant à la constitution naturelle du sol , deux espèces de surfaces très-différentes : les espaces privés de végétation ou les déserts, et les vastes espaces couverts d'herbes et d’arbustes, les steppes.
Ces steppes sont , pour l’ordinaire , b la base des plateaux ; dans l’une d’elles, la plus grande et la plus méridionale (celle qu'arrose le Niger' se dégrade, tout près de l'équateur , le grand plateau qui se prolonge dans un lointain inconnu , jusqu'aux 18° et 20° lat. nord ; dans les autres , les steppes du Biledulgerid , au nord, on voit s'incliner, vers le sud, le pays de montagnes du Grand-Atlas.
Entre ees deux zones de verdure , qui s'étendent assez uniformément de l'est à l'ouest, à travers toute la largeur du continent, est située la surface aride et sans eau du Sahara , l’Océan de Sable.
Des chaînes de rochers et d'affreux écueils indiquent partout ce terribledomaine que l'homme ne peut parcourir qu'à l'aide du chameau, le navire du désert. En nombre inflni de bassins et d'Ilcs verdoyantes , dispersés çà et là en groupes et en chaînes; des oasis, arec des bosquets de palmiers et des sources vires, deviennent au milieu de ccs affreuses solitudes , de CT
nouveaux cenlres «l'activité où te réunissent toutes les caravanes, et où les hommes et les animaux viennent renouveler leur courage et leurs forces, pour supporter les fatigues et les privations du voyage.
Tout autour de cet océan «1e sable s’étend une bordure plus ou moins large d’un terrain fertile, baigné par la mer , et où l’agriculture, que la nature a refusée à tous les points isolés du désert, trouve toujours un sol favorable.
Mais , comment les groupes d'oasis , toujours plus nombreux !i mesure qu’on s'avance vers l’extrémité sud-est des basses terres , dans les pays montagneux de Bornou, Bergou, Dar-Four, se rattachent-ils aux gradins supérieurs du Nil, ou au bassin de la grande steppe du Niger? Cette question , à peine abordable aujourd'hui, ne pourra être résolue que lorsque ces contrées de l’Afrique auront été parcourues et explorées par des voyageurs judicieux et éclairés.
Si nous jetons un coup d’œil sur le corps entier dé l’Afrique, dans scs rapports avec ses parties, nous verrons que l'uniformité, «pii caractérise toute la nature africaine , se reproduit également dans tout ce qui la touche ; elle se réfléchit dans les individus, comme dans les peuples, les états et l'histoire de tout le continent; un même air de famille les réunit en un seul et grand tout qui semble vivifié d’une manière toute particulière par le souffle même de la terre qui les porte.
Mais avant de passer h ces résultats généraux , il sera nécessaire d’étudier exactement les détails de ces basses terres et les diftérens caractères qui les distinguent : ceUe étude est d’autant plus indispensable , qu’elle nous fournira en même temps l'occasion d’examiner le type de toutes les formations analogues de la surface de la terre, et d’expliquer ainsi tous les phénomènes généraux qui en résultent.