GRAND DÉSERT. NOMS
Les Arabes appelaient foule la région déserte, dont ils ne connurent d'abord que les bords, du «ôté du Nil et du pays des Berbères, le pays désert ( terra Sahara (l), ce qui ne signifie pas , comme le croient beaucoup d'auteurs, désert de Sahara), Le nom dMrci6e et d 'Arabie, si généralement connu, provient d’une contrée déserte du Tehaaraa, appelée Araba; mais il fut restreint, par la suite, n cette partie d’Asie que nous connaissons aujourd'hui sous cette dénomination (Arabia) (3). Le nom de lie liât ne s’appliquait qu’au désert ; de là le nom de Bcdaicat, Badavi , Bédouins, qui signifie fils du désert.
On appela de même en Afrique, d’après le nom si caractéristique de Sahara ( Zahara , Ssabbra , Sarra, Sabar), les babitans de cet océan de sable, Saharacin (S ara zi ns) (3), fils dudésert, tandis que, de nos jours, les tribus nomades des pays de l’ouest portent aussi le nom de Maggrebin (Mouggrebin). Langlès dérive Sarazin ( Charâqyn ) de chargy ( orientais ), de manière que ce serait un nom appellatif, comme Aiaghrebi. — Sahara bela-ma, désert sans eau, Sabara-nl-aski , désert parfait sont des noms généraux ; il existait en outre des dénominations particulières pour certains districts.
Le nom grec AiQjtj se retrouve dans le mot arabe Lebeta, Le te ata (4), qu’on trouve encore en usage à l’est d Augila, et jusque dans la valléé du Nil. La partie la plus occidentale du désert, du côté de l’Océan atlantique, porto déjà, dans Kdrisi, un nom particulier, Lamtuna [desertum). Léo Africanus et ceux qui lui succédèrent lui donnent le même nom que les Portugais donnèrent au Sénégal , c’est-à-dire Sanhaga ( Zanhaga , nom qui provient probablement des indigènes) (s). Main leuant. Sahel (Sabeel) c’est-à-dire le grand espace , est le nom le plus commun pour celte portion occidentale du désert ; on lo trouve , par exemple, à la frontière septentrionale (G), au sud-est de la province maroccienne de Souse ; de plus, vers l'intérieur, là où est situé Walat (Gualat El-Waladia ), prés des forêts de gomme du Sénégal, et enfin à la frontière méridionale , du côté des steppes du Niger, où Jackson a prouvé que Mungo-Park le regarda à tort comme désignant le payssituéau nord, attendu qu’il ne signifie, comme nous venons de le dire , autre chose que vaste plaine de sable.
(1) Kdriall Africa, 4*1. Hartm , p. 125.
(2) Wihi, vorder-uikl Bittcl-Aslcn , lie., p. 327. — rapper, Ob*crv., p. 189. — Browne, Trav., pref., p. xxiv.
(3) Unjlh, dans G. Porater, Voy., Il, |>. 241 .
(4) Léo afrlc., dana i.orebacb , p. 473.
(5) Edrtsii Africa, 4d. Hartmann , sect. Il, p. 127. — bt Barros, A*b, lice. I, léb. m, c. 8, fol. 32. b.
(6) Jackson, Account, of Barocco, 2e 64., préf., p. xi.
Les noms des déserts varient aussi selon la qualité du sol, qui, en effet, est de la dernière importance pour les étrangers comme pour les Indigènes. Les espaces couverts de silex , de cailloux et de fragmens de pierre (pedregulho mendo em modo de grossa area) (l) sont appelées Sahar dans le sens propre (2) ; ceux dont la surface est couverte d’un sable mouvant très-fin et dénué de toute végétation s'appellent par excellence Sahel ou Sehel. On appelle Azgar (Asagar, selon de Rarros ) ceux qui produisent quelques herbes sèches et quelques plantes; Azaoad, ceux qui sont entièrement arides et incapables de rien produire; /fatrenfinceuxoù règne un air tempéré (3). Jessr, Jazr est , à ce qu’il paraît , un nom propre au désert ou plutôt une abréviation de Gezira , qui signifie une lie , une oasis , etc. Sur les routes de caravanes qu’Hornemann parcourut, on appelait Haroutch les endroits du désert couverts de collines et de rochers nus et déchirés ( Uaroudch, Haroudje, selon Langlès ; Uarouche, selon Jackson (4), pareeque, dit ce voyageur, les Arabes ne connaissent pas le son dur du tch ). Jakson assure que ce nom désigne généralement tous les espaces rocheux , couverts de basalto (s), espaces qu’on doit regarder comme autant de marques d'une ancienne révolution du globe , dont les traces ne se retrouvent pas seulement daus le Sahara, mais aussi dans d’autres parties de l’Afrique septentrionale.
2e Remarque.
Le nom de Soudan.
Tous les Africains et les Orientaux , depuis Bakou! (a) et Aboulfeda , emploient, pour désigner le pays situé au delà des déserts, le mot Soudan , pays des noirs , qui correspond parfaitement à la Nigrilie des anciens. Les babitans du Sennaar lui donnent encore aujourd'hui ce nom , de même que les Égyptiens et les habitans du Maroc. Les Africains de l’est, surtout les Égyptiens, emploient le nom de Soudan pour désigner les nègres dont le pays est le plus rapproché de l'Égypte. Dans Je Dar-Four , il signifie également les pays de l’ouesL
(1) De Barroa, A lia, Dec., I,llb. lu, c. 8, foi. 33 a.
(2) Bar-moi, Africa, III, p. 42. — Golberry, p. 80.
(3) Léo Afric.,«lans Lonbacb, p. 0.
(4) florticmann, Voy., 4d, Langlès, p 81 .— Bcaufoy, dan» les Proccedlnga, ch. vi.
(5; Jackson, Account, p. 48 et 131.
(0; Edrhil, Africa, Od. Hartmann, p. 12. — Browne, T rail cl», pr4f., p. axiv.
AFRIQUE, BASSES TERRES : lr< DIVISION , § 34.
Aboulfeda l'emploie d'une manière très-précise, pour désigner tout le pays au sud du grand désert; il appelle ces contrées Belad-Soudan (l), paye de Soudan , c'est-à-dire pays du sud.
Suivant la narration du schérif Kmhamod , 1e Millau du pays de Kaschna (ou mieux Haoussa) se nomme aussi Sultan du Soudan, tandis que tout le pays correspondant au Soudan des Arabes , à la Nigritic des Romains, est appelé, par les peuples nègres eux-mêmes, Aafnou, nom qui s’étend même jusque sur la rire méridionale du Niger. Ce n'est donc pas Atna (2) qu'il faut lire, comme dans l’édition anglaise de llorncinann , ni Asnou , comme dansl'éditiou allemande. Le nom d ’lafnoo, que Mungo-Park donne à une tribu de Maures isolée, sur le bord du désert, a probablement aussi une signification plus étendue.
Mais ce nom caractéristique ne sert pas seule* ment à désigner celte vaste étendue de pays , qui est pour l’Afrique ce qu'est pour nous l'Orient et l’Occident. On appelle déjà un endroit de l’Égypte ( Monfalouth ) , où les caravanes entrent dans ces régions , la porte du Soudan , Ber-et-Soudan , et de même , le premier endroit du pays de Dar-Four, par où passent les caravanes. Bakou! (3) appelle Zuilah ( de sou temps, capitale du Fezzan), l'entrée du Soudan.
Jaeouti nomme toutcet espace Zavtla-al-Sudan, et , de nos jours encore , on appelle le port maroccien d’Agadir ou Santa-Cruz , situé à l’entrée des routes des caravanes , Jlcb-Souilan. Ce nom remarquable , qu’on rencontre sur une aussi vaste étendue de pays et à des distances de plus de 1,000 milles, ne peut pas s’élre formé au hasard, et coïncide certainement avec on type capital du grand tout.