C.R.iKDE ET PETITE OASIS
<iu’à Rejen-et-Cassar { 1 > , où il ;irri va le soir; sur un espace d'une lieue carrée, la contrée environnante, autrefois cultivée, était couverte de sable. En creusant on y trouve des sources en quantité, mais l’eau est saumâtre; les dattiers et les mimosa croissent en profusion ; on y remarque en outre les débris d’un temple égyptien. Belzoni entra ici dans la route d’El-Wah , indiquée par Martin.
Le quatrième jour Belzoni quitta la petite oasis d’EI-Cassar; sa roule le conduisit par-dessus un énorme banc de sable, dans une vaste plaine parsemée de cailloux; toute la surface, divisée l>ar de basses collines , présentait une quantité d’élévations de forme parallélogramme de SO à SOpiedsde longueur, formées uniquement d’ossemens de morts et recouvertes de terre, comme des sépulcres. Belzoni compta jusqu’à trente proéminences de ce genre, dont plusieurs paraissaient assez grandes pour contenir jusqu’à cent morts. Ce voyageur pense que toutes ensemble elles peuvent très-bien renfermer jusqu’à trois mille cadavres. Au dire des Bédouins, il se trouve encore, à quelque distance de là, une quantité d’élévations semblables ; mais notre intrépide voyageur ne put obtenir d’eux qu’ils l’y accompagnassent.
Qui ne se rappelle pas ici l’histoire de l’armée de Cambyse, enterrée sous le sable , et tout ce qui nous a été rapporté jusqu'à ce jour de caravanes qui éprouvèrent le même sort? Cambyse avait expédié une forte armée (50,000 hommes ?) pour détruire le temple de Jupiter Amman ; l'armée arriva, après sept journées de marche, à la ville Oasis, qui ne peut être autre que Charjeh, dans la grande oasis, attendu que cette ville est située à peu près dans la direction de Thèbes à l’oasisd’Ammon. Cette ville d’Oasis, dit Hérodote, était habitée pardesSamiens de la tribu Aischrionique, et la contrée s’appelait les îles des heureux (Mxxàpn xt.iot) (1), C’est , dit-on , à moitié chemin de cette ville, à l’oasisd’Ammon que l’armée fut engloutie par les flots de sable ; ce qui coïncide d’une manière très-remarquable, quant à la position, avec ces collines tumulaires dont nous venons de parler.
Le cinquième jour, Belzoni lie parcourut qu’une plaine déserte, parsemée de eailloux d’une couleur foncée. Le soir , il rencontra un
(t) Scion), Voy., II, p. 113.
(2) llfroilole, III, a#; comp. Ideier, p. 117.
KSI
fleuve desséché (Bahr-be/a-ma) (1), dont le lit était rempli de sable et de pierres ; on y remarquait entre autres des traces d’anciennes Iles et les marques d'un niveau jadis assez élevé , car tout le sol au-dessus de ce niveau apparaissait déjà à la simple vue beaucoup plus clair que les couches inférieures , et l’élévation des Iles correspondait généralement à cette ligne remarquable. Ce Bahr-bela-ma a sa direction du sud au nord , et devrait toujours être placé à deux ou trois journées de marche à l’ouest du lac Mœris, même dans le cas où, comme l’assurent les Arabes, il se prolongerait réellement jusqu'aux lacs de Natron. Belzoni trouva dans ce lit de fleuve desséché, des arbres pétrifiés el beaucoup de cailloux qui souvent contenaient îles gouttes d’eau.
Le septième jour conduisit d’abord notre voyageur le long de rochers isolés et de nombreux bancs de sable; à midi, il arriva à une colline d’où l'on apercevait le rocher de l’oasis El-Wah. Bientôt deux grues qu’on aurait dit des messagers, et que l’on regarde dans cc pays comme les avant-coureurs des sources , vinrent à la rencontre des voyageurs. (C'étaient des corbeaux qui conduisirent Alexandre-le-Grand à l'oasis de Jupiter-Ammon , complures corri agmini occurrunt (â); les Arabes appelaient autrefois les Africains corri) (3). On atteignit enfin dans l’après-midi l’oasis El-Wah, autrement appelée El-Cassar, qui fait évidemment partie de la petite oasis. C’est une vallée entourée de rochers , longue d’à peu près six lieues et large d’une lieue et demie ; la partie ouest est seule cultivée etcouverte d'ombrageux palmiers; mais il parait qu’autrefois la culture était également répandue sur toute sa surface. Un sol argileux alterne avec des sources, des bois de dattiers et des collines couvertes de buissons , jusqu'à ce qu'on arrive au village de 7.abou , situé près d’une rivière et entouré de champs de riz , de plantations de dattiers , d'abricotiers, de figuiers , d’amandiers , de pruniers et de vignes. Les habitons du village hésitèrent d’abord à recevoir l’étranger; mais Belzoni leur serra les mains selon leur manière de saluer , s’informa
(1) BHconl, Voy., K, p. 477.
(2j Quint. Curiliu Rtifu» , nui. Alex. H., Ilb. iv, vu, S 15.
(3) Sciiu liens, 0 lit. Jactonidar , p. 128.— ■Soit, Tra* , p. 459. — Vincent. Ml*c. nat., I, p. V, In Ceripl. Ex, Collins, Bkbr.
AFHIQUE, BASSES TEilEES : I" DIVISION , |j 3i.
du clieik , étala de beaux tapis devant eux , joua le rôle d'un hôte libéral , leur offrit du café qui passe ici pour une grande délicatesse , distribua du tabac, et gagna bientôt , de cette manière , toute leur confiance. Tout le village se rassembla en demi-cercle autour de lui , et lorsqu'il s'informa de leur contrée , ils répondirent qu'il n'y avait rien de remarquable à voir chez eux , mais qu’il trouverait beaucoup de choses étonnantes dans une autre oasis située h quatre journées au sud-ouest. (C'est sans doute Sitca, qu'ils nommaient du nom commun i'EUoah.)
Le lendemain (l).Belzoni passa en revue toute la contrée; mais . avant de commencer ses courses, il promit aux habitans, qui le croyaient venu pour chercher de l’or, de leur délivrer tout ce qu’il trouverait de ce métal. Il traversa d’abord une forêt de dattiers , d'où il entra dans une vaste plaine couverte d’une croûte de sel semblable à de la neige, ce qui ne l'empêchait pas d’être arrosée par plusieurs rivières d’eau douce. Belzoni vit ici les restes d'une ancienne ville; dans le voisinage étaient des cavernes semblables aux catacombes égyptiennes. Seraitce là peut-être la ville de Behnèse, qu'Aboulfèda (4) et Edrisi placent dans l'El-Wahat? Un peu plus loin se trouvaient des ruines d’un ancien édifice bâti en briques; les nombreuses grottes, répandues dans tout le voisinage, passaient pour la demeure du diable. Belzoni y trouva plusieurs sarcophages en argile, avec des couvercles sur lesquels on voyait représentées des figures de femmes et d’animaux, entre autres une tète de bélier. Près du village de Zabou est line source qui teint en vingt-quatre heures la laine blanche en noir ; tous les habitans de l’oasis porteut cette couleur, à l'exception des Cheikhs qui sont habillés de blanc.
Les plantations de dattiers sont ici la principale richesse des habitans; ils font avec leurs dattes un commerce considérable et reçoivent en échange tous les autres besoins de la vie, même des buffles , des vaches, des chèvres et des moutons. Ils professent la religion mahomélane , mais sont très-ignorans. Leurs plus redoutables ennemis sont les habitans du village voisin M-Cassar, situé h trois heures de marche , sur le revers d'un énorme rocher. A quelque distance du village de Zabou on dé-
(I) B'-lioni, Voy., Il, p. 190.
(2> Abalf. Æct’u», p. 18. — Rdriftl, p. 108. — l.Jclcr, P 415.
couvre , au milieu des sables , les ruines d'un petit temple bâti en briques crues, sur lesquelles sont gravées des lettres grecques; et, à peine à une demi-lieue plus loin, on rencontre les ruines d’une autre ville : tout cela indique le siège d’une ancienne civilisation.
Belzoni consacra un après-midi à gravir le haut rocher qui domine El-Cassar ; arrivé sur la hauteur, une vue magnifique s'ouvrit à lui sur ce village si pittoresquement situé au milieu d'un bois de palmiers et entouré, de tous côtés, d’un terrain fertile. Les habitans voulurent s'opposer h l'approche de l'étranger, dans la crainte qu'il ne leur portât malheur; mais Belzoni pénétra, en se glissant le long d'une carrière, jusqu'au milieu du marché où il rencontra une grande porte. Une fois arrivé, sou café ne tarda pas à lui gagner tous les cœurs. Au côté nord du village sont les ruines d'un temple grec, bâti, à ce qu'il parait, sur la base d'un ancien temple beaucoup plus grand que celui d'aujourd'hui. Le père du kadi avait enfoui ses trésorsd'argent, consistant en dollars, dans ces vieilles ruines, et ne voulait y laisser entrer personne. Mais, après bien des instances , le vieux avare se décida à y introduire l'étranger jusqu'à 150 pas.
Le temple actuel, long de 80 pieds, est construit, à ce qu’il parait, avec les débris d'un ancien et colossal édifice qui occupait jadis tout l'endroit. Belzoni ne put observer la contrer que très-imparfaitement , à cause des soupçons qu’il aurait excites chez les indigènes qui regardaient déjà sa lunette comme un instrument magique très-suspect. Autour du village on remar. quait, comme à Zabou, une quantité de catacombes, avec trois, jusqu'à quatre chambres souterraines, des sarcophages d’argile et des momies ; mais tout y était plus grossier et moins bien travaillé ; les momies étaient enveloppées de linge grossier , sans asphalte. Près du village se trouve une source (1), située dans un bosquet de palmiers, ayant huit pieds carrés et soixante pieds de profondeur. L'eau en est , dit-on , tantôt chaude et tantôt froide. Belzoni la trouva chaude après le coucher du soleil; elle paraissait encore plus chaude à minuit , et de même , le malin avant le lever du soleil ; mais elle était froide à midi. Suivant l'estimation de Belzoni , on peut déterminer le changemeut de température ainsi : le soir 60 degrés , à minuit 100 , le matin 80, à midi 40. C’est à tort que notre voya-
it) Br (ont, vo /., u, p. 217.
DAR-rOlK.
gcur prend celle source pour la fontaine du Soleil, mentionnée daus Hérodote. 11 considère en conséquence El-Cassar(el non pas Siwah) comme l'ancienne oasis d'Ammon , ajoutant que cette hypothèse s’accorde parfaitement avec les neuf journées de marche qu’Alexandre mit pour aller du temple d'Ammon à Alexandrie; car, dit-il, les deux oasis Siwa aussi bien qu’El-Cassar sont à une distance de neuf journées de marche de la ville égyptienne.
Relzoni ne put trouver un seul guide pour l'accompagner jusqu’à Siwa, 'a l'ouest; il se dirigea donc au sud-ouest, vers une petite oasis appelée El-Haix (I), qui lui parut être une prolongation de VOasis-Parva, bien qu’elle soit inconnue sous ce nom.
Cette petite oasis est située à deux fortes journées de marche d’El-Cassar. Belzoni la trouva inhabitée; mais une quantité de dattiers, des forêts de pommiers, les ruines d’une petite ville, des bains, des murailles romaines témoignaient de son ancienne population. 11 remarqua entre autres des ruines très-bien conservées d’une église grecque ; à l’entour étaient plusieurs halles, et tout près de là les ruines d’un temple cophte, dont le nom est inconnu. Ici Belzoni fut subitement arrêté dans ses recherches , par une attaque des Bédouins, auxquels il fut assez heureux d’échapper en se réfugiant à El-Cassar, d’où il s’en retourna en toute hâte sur le Nil.
i. Rouie de la grande oasis par Dar-Four • jusqu’à Ri/.
De Moughess ou Megges (î), frontière méridionale de la grande oasis, la roule des caravanes ae dirige continuellement vers le sud, avec quelque déviation à l’ouest, jusqu’à ce qu’on arrive à Masrouck, dernier endroit fertile et arrosé du pays de Four.
Lesderniers treize jours de ce voyage, la route ne traverse que des déserts sans eau, à partir de la source de sel et de natron près de Bir-el-ltalba; elle est habituellement bordée (3) par une ou plusieurs séries de rochers peu élevés (a ridge ofhills orroks not mémorable for ils height) qui, se dirigeant du nord au sud, passent au sud de Dar-Four et de Cobbé et s’étendent, sous le
(I) BttUonl, VoT„ il, p. 218.
(3) Brownc, p. 234.
(3) Ibid., p. 234.
nom de Tega et d eVanna , jusqu’à Ril (1) ( par la même latitude que Sennaar). Sur le flanc de cette chaîne de rochers est situé, "a vingt et une journées de marche à l’ouest du Bahr-el-Abiad , un lac qui ne se dessèche jamais.
Cette chaîne de rochers entièrement nus et dé pourvus de toute végétation occupe, aussi loin que l’a pu poursuivre Browne, une étendue d’au moins 60 milles géographiques en longueur. Placée à peu près sur le même méridien que la frontière occidentale du rempart du Nil, du côté des oasis, elle court, parallèlement au Nil sur la terrasse de Sennaar et dans la moyenne Égypte. Dans la latitude du gradin nubien (voy. plus haut le 1YH), où le Nil fait sa courbe à l’ouest, la prolongation au nord de cette série de rochers est moins sensible, et contribue peut-être à former les montagnes de la rive gauche du fleuve.
Nous devons donc considérer cette série d’écueils et de rochers qui se continue , au nord , jusqu’au lac Mœris et peut-être jusqu’à Catabathmos (sur une étendue d’à peu près 17° , ibo milles géogr,), comme la côte orientale du grand océan de sable. Cette côte remarquable, mise à sec maintenant, est plus ou moins déchirée par des défilés et des vallées transversales. Elle présente partout le même aspect, et se compose trèsprobablement de plusieurs chaînes parallèles de rochers ; elle borde, à l’est, le domaine du Nil ; à l’ouest , elle a donné naissance â cette chaîne d’oasisqui s’étend à sa base {insulœ terrestres in arenoso mari) (i), et forme, depuis des siècles, la route que les caravanes suivent pour aller dans le Soudan.