Entrées nord et nord-est du côté de ta
frontière orientale de Barca et de la Ma-
réotide, prés d’Alexandrie , suivant les
relations des savons Prussiens.
Les relations des savans Prussiens (voy. plus haut, p. 476) contiennent plusieurs faits remarquables sur la découverte de deux chemins conduisant h l’oasis d’Ammon, et dont l'un ne peut être éloigné de celui que prit Alexandre-le Grand (2) lorsqu’il partit de la Maréotide. Nous nous empressons d’en donner connaissance au public, espérant qu’ils ne seront pas sans résultats pour la science.
Les savans Prussiens s'avancèrent h l’ouest d’Alexandrie , le long de la côtelibyque, jusqu'au delà d’El-Baraton , dernière station qu'atteignit Browne. Ils arrivèrent ainsi jusqu'à quelques lieues du territoire tripolitain , où ils séjournèrent près de quinze jours (entre le 43“ et le 44“ long, est de l'Ile de Fer), dans le voisinage de quelques sources, y attendant le retour des messagers de Derna, ville située à sept journées de marche à l’ouest. Leur camp, établi à Gasser- Eschlabi, àla basenord-est du Djibel-Gebir, n’était qu’à quelques lieues de la mer ; il y avait là d’excellens puits et un fort des Sarrasins ( Casser ou Kassr , c’est-à-dire château), bâti de cubes de calcaire coquillier, mais dont la plupart des cartes nefontpas mention -L’architecte Liman et M. Boldrini en prirent copie. Une particularité qui caractérise les collines basses et planes (3) de cette contrée, c’est qu’elles forment des demi-cercles qui partent de la mer et s'élargissent concentriquement, comme si la mer, autrefois plus élevée, s’était retirée peu à peu. A l’ouest, à quatre lieues de là, ils remarquèrent une chaîne demon-
(l) BorncDMon,voy., I, p. 22;clldProceediiic*, I , p. 1 93 . (S) Curtlm Bufui. Ht» aies. II». IV, c. 7.
(3) Unis», nunutcrll.
tagnes , ou plutôt la pente d’une plaine élevée , qu’ils avaient déjà regardée de plus loin comme la limite entre la domination égyptienne et la Barbarie. Elle est située à peu près à six lieues au sud de la mer, et n’est réellement que la pente de la haute plaine occidentale ou du plateau de Barca, ainsi que s’en assura le docteur Hemprich par une excursion qu’il y entreprit.
Cette chaîne limitrophe , dit Liman , s'appelle Ages-el-Egoba. L'oasis de Siwa, an sud-est, en est éloignée de cinq fortes journées de marche. Cette route, située à l’ouest de celle que Browne suivit pour aller d'El-Baraton (aujourd'hui Matrouch) à Siwa , est ainsi, du côté de la mer, la plus courte entrée du désert. Suivant Pline , la distance de Cyrène à Ammonium (Siwa) était de 400 millia passuum, à peu près 80 milles géographiques. En quittant la plaine de Gasr- Escbtabi, les voyageurs franchirent d’abord une rangée de collines basses qui se prolonge de l’ouest à l'est (1). Ils traversèrent ensuite une seconde plaine ; et le soir, après une forte journée de marche, ils atteignirent le versant du Djibel-Gebir qui conduit à une haute plaine, où ils ne'prirent que quelques heures de repos. Une longue colline remplie de pétrifications s’étendait obliquement au pied de ta montagne ; son sommet était couvert de couches d’une masse blanche que les voyageurs ne purent examiner de très-près à cause de l’obscurité.
Le second jour, le chemin les conduisit sur le plateau qui s'élève à peu près 300 pieds au-dessus de la surface littorale qu’ils avaient parcourue le jour précédent : le sol est partout désert et pierreux, et à peine aperçoit-on çà et là une misérable plante desséchée.
Au pied de ceGibel-Gebir étaient une quantité d’arbustes ( asclepias ) et des spartes de la hauteur de 1 2 pieds, phénomène remarquable dans cette contrée, car il contraste singulièrement avec l’uniformité et la pauvreté du bord littoral de la Libye. Le passage de la Flore des côtes d’Alexandrie à la Flore du désert n’offrait rien de remarquable : cependant ils virent ici une tren taine de phanérogames qu’ils ne retrouvèrent plus dans l’intérieur; les cryptogames parasites qui en tirent leur nourriture disparurent naturellement en même temps.
Près d’Alexandrie, comme dans l’intérieur du désert libvque, les atriplicines demeurèrent toujours, de toutes les plantes, les plusnombreuses ;
(1 ) Ebreubcrg and Hemprich, manuscrit.
ce qui ajoutait encore à l'uniformité de ces plaines d'ailleurs si pauvres en végétaux. On remarquai! pour la première fois un caractère un peu différent , dans la végétation , au bord rocheux du Djibel-Gebir ; mais cette variété cesse dès qu’on approche du sommet : on ne découvre plus alors que quelques espèces d'échium,des atriplex et des sa/icomia; l'après-midi, les voyageurs trouvèrent la première capparis œgyptiaca, qu’ils rencontrèrent depuis, une seconde fois, en s’en retournant de Siwa en Égypte. Jusqu'à Siwa, la contrée offrit toujours le même aspect ; les lichens seuls abondaient dans ces déserts , entre autres le parmelia saxatilis qui couvrait quelquefois des plaines entières et leur donnait une couleur blanche comme de la craie. Une nouvelle espèce d’si rcéo/aire tapissait les cailloux brunâtres lorsqu’ils n'étaient pas disposés en couches trop compactes ; d'autres urcéolaires n’étaient pas rares non plus. Une espèce d'iatdium ( nov. Sp.) et la parmelia miniata se rencontraient habituellement sur les rochers brûlans , de sorte que même le Sahara n’était pas désert pour le botaniste (1).
I-a haute plaine du Djibel-Gebir était souvent couverte de galets ; et déjà , au matin de la secondcjournée, les voyageurs rencontrèrent plusieurs plaines unies, qui, de loin, ressemblaient à de larges étangs. Elles se composaient d’une terre argileuse aussi unie qu’un plancher poli , et étaient fendues par des millions de crevasses en morceaux hexagones, sur la surface desquels le pas des chameaux ne laissait aucune trace.
Ces endroits sont toujours situés un peu plus bas que le reste de la contrée, et paraissent avoir été autrefois recouverts par les eaux. Les vastes hautes plaines , presque dénuées de végétation , avaient tantôt une teinte noire provenant des masses de néopètre ( homstein ), tantôt elles présentaient, sur de vastes espaces, un reflet d’un brun rougeâtre provenant des fragmens de cornaline ; souvent on y voyait aussi des fossiles à peine à moitié pétrifiés.
La disette d’eau était générale dans cette rontrée; aussi les voyageurs parcoururent-ils, à inarches forcées, pendant plusieurs jours, un désert aride et monotone, rencontrant de temps en temps de petites élévations et quelques vallées peu remarquables. Le cinquième jour, ils arrivèrcntcnfinâunravln entouré de montagnes es-
(t) r.brcnbcxg «ou Bestpricb. maintient.
csrpées et souvent disposées en forme de terrasse; ce ravin les conduisit dans la vallée de Siwa. ils avaient aperçu , dès le matin du même jour, quelques élévations isolées, semblables h des buttes de charbonniers ; puis des couches horizontales de calcaire coquillier, étendues les unes au-dessus des autres, ou bien formant des cônes aplatis , semblables à des pyramides ; à partir de cepoint, la contrée necessa pas d'être montueuse. Vers midi, ils découvrirent , dans le lointain , des montagnes de forme bizarre qui excitèrent des cris et des exclamations de joie parmi les Arabes , car elles étaient un signe qu'on approchait de l’oasis. Dans les gorges de ces montagnes, on voyait les tombeaux d’une quantité de voyageurs assassinés. Depuis midi , la caravane ne fit que descendre à travers des gorges étroites et profondes et entre des montagnes formant des terrasses naturelles . jusqu’à ce qu’on arriva le soir à Siwa. A l'entrée de cette vallée étaient d’énormes masses de pétrifications très-bien conservées (1). Toute la chaîne de montagnes près de Siwa forme , au sud , une pente semblable à celle du haut plateau du désert du côté de la mer au nord; celle-ci cependant se dégrade plus doucement et s'effleurit davantage près de Gasser- Eschtabi, tandis que la dégradation près de Siwa est très-escarpée et forme plusieurs groupes, il est difficile de dire si ces masses, stratifiées horizontalement et disposées en terrasses, sont du grès ou seulement un conglomérat de sable, car souvent on remarque des couches entières composées uniquement de coquilles sans ancune espèce d'alliage. Ces masses de rochers se sont évidemment formées d’un dépôt réitéré d’une mer pacifique.
On remarque ordinairement, aux montagnes de Siwa, jusqu’à neuf couches différentes étendues pour la plupart en forme de terrasse les unes au-dessus des autres et se distinguant par leur couleur comme par leurs pétrifications ; les trois supérieuressont blanches, celles du milieu jaunâtres, et les trois inferieures verdâtres. Les supérieures ont moins de fossiles, et sont d’un grain très-dur : dans les couches moyennes, on trouve de très-gros pectinites et des ostracites , dans les inférieures, des cardes et autres formations analogues. Mais toutes ces couches réunies ne s'élèvent probablement pas au delà de 300 pieds au-dessus du niveau de la mer, c’est-à-dirc
fl ) Ehrenberg and Bempricb, mamncril .
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GKAM> UÉSEKT, KSTBÉES LIBTQCES.
qu’eltes ne dépassent pas la hauteur du plateau du désert libyque qui se prolonge de la même manière, h l’est, et auquel correspond sans doute aussi, au sud de l'oasis de Siwa, une formation analogue, si l’on peut en juger d'après les chaînes de collines qui se déroulaient dans le lointain aux yeux des voyageurs.
Le séjour des voyageurs à Siwa n’eut pas de bien grands résultats pour la science , attendu qu’ils furent continuellement contrariés dans leurs recherches parles vexations du chef. Nous rapporterons plus bas ce que ces savans nous ont communiqué déplus intéressant sur cette oasis; mais avant nous les suivrons dans leur route de retour de Siwa h Alexandrie; cette route nous fera connaître l'entrée du désert , du côté de la Maréotide, la même que prit Alcxandre-le- Grand (1) lorsqu’il voulut pénétrer jusqu'à l'oasis d'Ammon , et dont Diodore , Arrieu et Quinte-Curce nous ont donné des descriptions très-exactes (2).
Le 23 novembre, les voyageurs, ayant quitté Siwa, arrivèrent jusqu'au puits de Bir-Bagarà l'est. De là , après avoir marché trois jours dans la direction de l’est, ils prirent un jour de repos dans la petite oasis de Dyr-Asa. Après trois autres journées de marche, ils trouvèrent de nouveau de l’eau à Bir-Ilajé. De là, ils arrivèrent en deux joursau puits salé de Bir-Lebouk ; puis, tournant au nord-est, ils atteignirent, après trois journées de marche, le puits abondant de Bir-Uaman, sur la limite de la Maréotide. Tout cet espace fut ainsi franchi en onze jours. La route est extraordinairement pénible et très-conforme à la description que nous avons donnée plushautde l’entrée du désert, du côté du nord. Les voyageurs ne quittèrent que le soir de la seconde journée l'enfoncement de la vallée de l’oasis de Siwa pour monter sur l'élévation aride du désert libyque. A Dyr-Asa, ils entrèrent dans une seconde vallée plus petite que la première, et que Liman appelle Gara ou Siva-Scgir ; elle est presque inhabitée, et ne produit que quelques buissons de dattiers et quelques tamarins {Tant, afric .); mais en revanche toute sa surlace est couverte de vastes forêts de roseaux {A nmd u Hammonis, dollar Ehrb.) et de petits lotissons de zygohyllum et de joncs. L'étendue de cette vallée était de deux lieues et demie dans
(1) Curtim Butin, l!l,l . Alex, iv, c. tut. {t} Ideicr, Cbcr die oaxen, p. 406.
la direction du chemin ; le sol, quoique salant, donnait cependant de l’eau potable. A l’est de celte petite oasis, le plateau de calcaire du désert libyques’élève de nouveau , et forme plusieurs éminences que Liman appelle Kelis. A trois milles à peu prés à l’est des derniers puits , les voyageurs rencontrèrent de nouveau les lichens du désert ; vers le soir du même jour, ils trouvèrent aussi quelques mimosa appelées Aol/ia par les Arabes : c'est de l'écorce de cet arbuste que l'on obtient U précieuse gomme dont l’Orient fait un si grand commerce ; on le rencontre fréquemment dans ces régions, mais seulement dans les enfoncemens des vallées d'oasis.
1a» voyageurs établirent leur lente à un endroit où ils trouvèrent pour la première fois Vanastahca hierochuntica, plante remarquable par ses globules sèches et ligneuses, et généralement connue sous le nom de rose de Jéricho.
Le second jour de leur départ de Dyr-Asa , les voyageurs arrivèrent, par une contrée montueuse et pittoresque, à 1a troisième oasis, à laquelle il ne manquait que de l'eau pour être habitable; ils y rencontrèrent les mêmes plantes que dans les précédentes; mais ce qui les frappa surtout ce fut le caractère particulier des palmiers qu'ils y trouvèrent à l’état sauvage, touffus et bien différens des palmiers, tels qu'on est accoutumé à les voir dans les plantations de dattiers. La forme naturelle des palmiers était inconnue auparavant, et tous les dessins qu’on en avait vus n'avaient été pris que sur des palmiers cultivés. Les savans prussiens rencontrèrent aussi, dans ce même enfoncement, les premières traces de bois pétrifiés, et constatèrent , par cette découverte , une analogie frappante de cet enfoncement avec la vallée du Bahr- Relama , près des lacs de Natron ctaveecelle de Mogarrah. (Voy. ce que nous en avons dit plus haut, p. S34.) Ces pétrifications se rapprochaient leplus, quant à la forme, du lamarix a f ricana, qui croit dans toutes les oasis du voisinage; près de Bir-Haja, elles recelaient des cristaux de quartz. Les puits de Haja , également entourés de bosquets de palmiers sauvages , sont situés dans l’enfoncement de la vallée qui s’étend , à l'est, jusqu'à Bir-Lebouk, sur un espace de deux journées et demie. Le sol y est généralement salant, couvert de mottes et dénué de toute végétation. De Bir-Lebouk, cet enfoncement (sans doute le même dont parle aussi Ilornemann) sc prolonge vraisemblablement encore plus loin vers l’est, jusqu'à Terraneh, sur le Nil, et communique ainsi réellement avec le Bahr-Bclama.
Nos voyageurs ne suivirent pas celte direction; mais, arrivés 8 Bir-Lebouk , ils tournèrent , au nord-est, vers la Maréotide. Eu traversant les plaines élevées du désert (qui cependant sont moins exhaussées que celles qui entourent Siwa), ils remarquèrent ç8 et 18 des masses de roehers isolés , offrant un aspect grotesque et un mélange de toutes les couleurs, qui leur rappelait en petit quelques sites de la Suisse saxonne. Les Arabes de la caravane prenaient souvent pour guides, dans le désert, des troncs de palmiers pétrifiés , de la hauteur d’un homme , qui surgissent du sol et ressemblent à des colonnes cylindriques; parfoisonrenconlrailaussides troncs dicotylédones , avec leurs branches; ceux que l'on trouvait pétrifiés en entier, avec leurs rameaux et leur écorce , ressemblaient extérieurement à la mimosa Aolhé. Les débris de coquillages qui étaient déposés en quantité dans le sein du désert, ne paraissaient pas appartenir aux espèces perdues ; ils avaient au contraire une frappante ressemblance avec ceux qu’on trouvedans les marais de la Maréotide et que les vagues de la Méditerranée jettent encore tous les jours sur la côte.