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OASIS, FEZZAN

Tegerry passe néanmoins pour la limite méridionale du dattier (1). C'est ici aussi qu'on rencontre les premiers groupes de doumiers qui, k partir de ce point, paraissent remplacer les dattiers, au sud, eomme cela se voit aussi dans la llaute- Égypte et la Nubie, où le doumier ( cucifera thebaïca) croît en abondanceau sud de Girgeh(2), tandis qu'il est rare au nord de cet endroit.

Au sud de Tegerry commence, immédiatement sous les murs de la ville, le grand désert de sable que parcourent les brigands et les chasseurs d'esclaves, lorsqu'ils Font leurs excursions dans les pays des nègres. A Bargou, dans le Fezzan et dans le Dar-Fonr, on organise chaque année des expéditions régulières (Grazzie, dans le Fezzan) pour enlever des esclaves. (Nous invitons h lire à ce sujet le voyage du capitaine Lyon qui assista lui-méme au retour d'une pareille expédition) (5).

Outre les palmiers, ce voyageur ne remarqua dans les jardins de Tegerry au mois de décembre ) que des raves, des oignons et quelques autres légumes; dans les premiers joursde janvier, le blé n'était pas aussi avancé qu'k Mourzouk. Les nuits étaient très-froides; le thermomètre indiquait, le 3 janvier, au lever du soleil, 1* 40’ Béaumur; le 14 du même mois, le capitaine Lyon , se trouvant un peu plus an nord , h Wadakaire, près de Gatrone, vit le thermomètre tomber à 2° 30’ au-dessousde zéro; la glace avait un pouce d’épaisseur, et l'on fut obligé de faire dégeler le col des outres; dans le jour, le froid se changeait rapidement en chaleur. Ces nuits froides sont toujours très-funestes aux malheureux esclaves nègres du Soudan qui sont obligés de coucher sur le sable sans aucun abri ; cette transition rapide et quotidienne du froid à la chaleur mit aussi plusieurs fois la vie des voyageurs européens en danger ; et, pendant tout le temps qu’ils séjournèrent dans cette contrée, ils essuyèrent de fréquentes attaques de fièvre.

Le sol de tout le Fezzan est, a proprement parler, aride et désert ; un sable d’un jaune rougeâtre et une espèce de cailloux couvrent la plus grande partie du pays. Au sud des montagnes de Soudah, depuis le 29” jusqu’au 24 lat. nord, on ne trouve d’autres roches qu'un grès rouge de formation tertiaire avec quelques couches de gypse, de sel gemme et de marne qui, en s'ados-

(I) lyon', Sarral., p. 225.

JolioU, dan» les Descriptions de l'tsyplc, Anl. , 11, eh. *, p. 2.

{3) Ijou's Narrai., p. 249.

sant de deux cètés, au nord et au sud , aux basaltes des monts Soudah, constituent toute la variété géologique de ces plaines africaines. La base du grès rouge se compose de couches de calcaire coquillier. Le pays est généralement tressée, et Lyon ne rencontra que trois sources sur tout le vaste espace qu'il parcourut. Mais en beaucoupd'endroits, on trouve de l'eau dansdes couches d’argile et de sel, lorsqu'on creuse à une profondeur de 10 à 20 pieds. A l'exception des petites «radis ou enfoncemens dans lesquels on rencontre çà et Ih quelques buissons (l ’agout, le thamaran , le deesa) et très-peu d'arbres comme le talMt ( mimosa ), la végétation est nulle dans le Fezzan ; les palmiers , les arbres fruitiers, le blé et les légumes ne sont cultivés que dans le voisinage des villes. De cette manière l'opinion généralement répandue qui fait de l'oasis des Fezzaniens un pays très-fertile est, suivantLyon, entièrement fausse. Toute cette oasis, dit-il, ne se distingue nullement du désert sous le rapport du sol ; dans le sens propre, elle fait même partie du Sahara. Près de Mourzouk, le terrain est argileux et blanc, et, quoique mélangé de sable, il offre ici une certaine fertilité; mais l'irrigation est tellement pénible que dans tout le royaume on ne trouve pas un jardin qui ait plus d'un acre d'étendue, et pas un gazon de la longueur d’une table. En aucun endroit, depuis les montagnes au sud de Tripoli jusqu’à Mourzouk et Tegerry , l'herbe ne croit spontanément, excepté entre les antres des rochers, et sur les bords de quelques wadis ; même les plantations de palmier ne s’entretiennent qu'avec les plus grands efforts. L’irrigation se fait partout au moyen de machines tirées par des ânes.

Et cependant ce sol aride fournit d'importans articles de commerce, du trôna , du sel gemme , de l’alun ( s/tub ), du gypse, du nitre etdu soufre. Près du village de Mafen est une plaine de sel gemme qui s'étend sur un espace de 6 milles géo-

graphiques (30 w«7/es). La végétation, très-insignifiante, produit, outre les végétaux que nous avons nommés plus haut , un peu de blé indien ( gafouly masr), trois espèces de dourrah, du froment, de l'orge, des haricots, des raisins, des grenades, des abricots et des pèches qui mûrissent rarement, quelques chétives pommes , mais de bonnes figues , d'excellens melons d'eau et du coma , petit fruit rond de la grosseur d’une noix, avec trois grains ayant un goût et un parfum doux et agréable. L'arbre qui le porte atteint à une hauteur de 50 pieds et est, suivant Ritchie, le lotus

tirs anciens {rhamnus lotus). Les semailles de blé et d'orge se fout an mote d'octobre et de novembre, l-es recolles au mois de mars et d’avril. Les récoltes de dattes, les plus importantes pour le Ferzan, ont lieu, la première au mois de septembre, lorsque le fruit est encore tendre; la seconde au mois d'octobre , lorsqu'il est sec et blanchi. La flore du Fezzan n’a rien de remarquable. Dans le règne animal on connaît, parmi les bêtes féroces, le tigre, la hyène, le chacal et une quantité de renards. Lyon nous cite aussi trois espèces de buffles , une espèce d’antilopes , le chat sauvage , le porc-épic, plusieurs espèces de rats et de suuris. Le chameau du Fezzan ( ma herry), remarquable par sa rapidité à la course, est de toutes les bêtes de somme le plus nombreux ; le cheval , l'âne, le boeuf, le mouton , la chèvre et le chien sont des animaux rares et trèsprécieux. Irfs oiseaux n’abondent pas dans le Fezzan, h l'exception des vautours, des faucons et des corbeaux qui sont très-communs dans les déserts, comme les moineaux dans les villes et les pigeons sauvages dans les bois de palmiers ; les aigles sont rares et de même les perdreaux ; les oiseaux aquatiques, comme les canards, les oies, etc., sont presque inconnus. On ne voitque très-peu d'insectes, par la raison que les fleurs sont très-rares ; les mouches même sont inconnues au Fezzan ; en revanche, on y trouve en abondance des scorpions et des fourmis.

L'eau est saumâtre ou salée ; les rivières manquent entièrement , et de même toute espèce de bois de constructionou à briller. Les riches seuls possèdent des terres, et la valeur des biens-fonds s’estime d'après le nombre des puits et des palmiers , qui fournissent la principale nourriture deshabilans. Les jardins sont cullivés, à la pioche, par les serviteurs et les esclaves, et de même le peu de terres ; mais, à proprement parler , le Fezzanien ne connaît pas l’agriculture; il est exclusivement commerçant et vit de ses brigandages et de ses guerres avec ses voisins.

Nous connaissons, depuis peu , à l'ouest du domaine du Fezzan , deux petits états indépendant de cette oasis, mais dont la connaissance nous est parvenue par des Fezzaniens : Ghraat qui nous était autrefois entièrement inconnue , et tladamts dont il a déjà été question plus haut (1). —Ghraat est une ville murée comme Mourzouk , située h SM) journées de Touat , h 5

(!) I.fmi’s (larrst* y p. 1 12.

Journées de la forêt de dattiers de Carat, h 10 Journées h l’ouest de Mourzouk , et à 7 au sudouest de Sehha. A une lieue de là on rencontre une seconde ville murée, El- Berkaat, célèbre par la beauté de ses raisins. La plaine dans laquelle est située la ville de Gbraat est couverte de cailloux, et entourée de montagnes désertes.

Le scheick de cette ville prend le titre de sultan, mais il ne reçoit d’impât que des habilans sédentaires; les Touariks. qui forment la population nomade, ne lui paient aucune rétribution ; un grand nombre d'enlre eux ont fait le pèlerinage de la Mecque, et sont, par cette raison, vénérés comme des marabouts. La constitution de l'état de Ghraat parait êlrcrépublicainc, puisque le conseil des anciens est supérieur en autorité au sultan , qui n’est, à vrai dire, qu’un grand commerçant. Les habitans sédentaires se nomment Gbratla. Un Irait qui les distingue de tous les autres mahométans, c'est qu'ils permettent aux étrangers d’avoir des relations avec leurs femmes et leurs filles qu'on assure être très-jolies. Le commerce du Soudan les rend tous riches et opulens.

Il se tient, chaque printemps, un grand marché à Ghraat. Les marchands de Gadamcsy transportent des armes, de la poudre, du plomb, du fer; ceux du Soudan, des esclaves, de l'or et des noix de gourou ; les Fezzaniens y viennent aussi avec leurs marchandises de Tripoli et de l’Égypte; mais les principaux articles de commerce sont toujours les esclaves, les chameaux et les dattes.

Gadaxes, dont nous avons déjà parlé plus haut (Voyez page 544), est située, d’après les dernières informations que recueillit le capitaine Lyon, à 13 journées au sud-ouest de Tripoli et à 80 journées au nord-ouest de Ghraat. C'est le rendez-vous de tous les marchands qui vont à Timbouctou ou Touat ; c'est là qu’ils font leurs préparatifs pour les longs voyages dans le désert. Depuis quelque temps cette ville est tributaire de Tripoli et gouvernée par un fils du pacha. Les habitans sont en relations de commerce continuelles avec Timbouctou , et tous en parlent la langue, ainsi que celle des Touariks. Un fait remarquable, c'est que cette ville est habitée par deux tribus différentes qui virent l'une à côté de l'autre, sans entretenir entre ellesaucune communication. Une grande muraille circulaire les enferme toutes deux ; mais un mur très-large coupe diamétralement la ville, et la divise en deux parties qui ne communiquent que par une |iorlc que l’on ferme à la moindre apparence de

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OASIS, FÏZÏA!».

(rouble. Avant que cette barrière n'existai , il y avait guerre continuelle entre les deux tribus ennemies qui se nomment les Benewazid et les Benncalid. La ville est entourée de jardins et des bosquets de dattiers; dans l’intérieur des murs est une source abondante, qui, à l'aide de cinq grands canaux , fournit d'eau les bains, et arrose toutes les plantations. La distribution de l’eau est confiée à un garde nommé par les [deux tribus. Chaque tribu a son scbeick et une mosquée à part. Le commerce et la chasse aux autruches est la principale occupation de tous. Dans la partie sud des jardins de dattiers vit encore une tribu particulière d’Arabes, qu'on appelle Oit/ad-Belail.

La domination du Fezzan fut longtemps entre les mains d'une dynastie de noirs qui prit possession de ce pays il y a environ cinq siècles, et qui se comptait , suivant Lucas , au nombre des shérifs de Tafilet. Il y a quelque temps, un usurpateur, appelé Mouckni, parvint à se défaire de tous les membres de cette ancienne famille, et se fit nommer sultan après s’èlre assuré , par un tribut annuel , la protection de Tripoli. Son gouvernement est tout h fait despotique , et il ne se maintient au pouvoir que par la crainte qu’ont 1rs babitans d'une invasion tripolitaine, qu’ils regardent comme un plus grand malheur. Uncadi, résidant h Mourzouk, et dont la dignité est héréditaire depuis cent cinquante ans, interprète les lois d’après le Coran ; il est absolument indépendant du sultan. Quelques familles au teint clair, qu'on appelle Mamelouks, forment la noblesse du pays ; ils sont pauvres , mais fiers «le leur origine , car ils proviennent , diseut-ils , de Tripoli, et leurs ancêtres appartenaient à la cour du pacha , qui les envoya un jour en présent au sultan de Fezzan. Les richesses soûl entre les mains des cadis, ou chefs des villes, des scheicks de district , des gouverneurs , des hadschis . qui ont fait le pèlerinage de la Mecque , et des marabouts, ou pieux hypocrites. A Mourzouk , on compte un esclave sur dix habitans , et entre les esclaves domestiques et le peuple libre il n’y a presque pas de différence.

LesFezzaniens ont la peau foncée ; les femmes sont laides, les hommes u'ont pas le corps bien fait , et ne sont pas non plus robustes. Ils ont les pommettes saillantes, le visage plat, les yeux petits , la bouche large , les cheveux laineux , mais non crépus comme les nègres , et leur nez est plus arqué que chez ces derniers. Leur principal amusement est la danse , la musique et les

femmes ; tous croient à la magie et h l’influence des mauvais démons (tA/ia) ; leur langue est l’arabe occidental avec l’écriture maghrebi; mais ils parlent aussi , par suite de leur commerce continuel avec le sud , les langues bornuenne, tihbo , touarik et du Soudan. Selon Lyon , on ne saurait trouver d’endroit plus convenable pour se préparer à voyager dans le Soudan que le Fezzan .

Les Fczzaniens n’ont pas d'histoire , mais seulement quelques traditions vagues et fabuleuses ; cependant tous savent lire et écrire l’arabe. Ils n’ont ni esprit guerrier ni courage personnel, et la tyrannie les accoutume de plus en plus i l’esclavage. Les revenus du sultan consistent dans l’impdt qu'il prélève sur les esclaves, les dattes et toutes espèces de marchandises. Chaque esclave entrant dans le pays paie 8 dollars d'Espagne, et souvent les marchands de l'intérieur en transportent jusqu'à 4, 000 par an aux marchés du Fezzan ; un chameau chargé d'huile ou de beurre paie 7 dollars; une charge d'etolfes coûte 3 dollars, une charge de dattes 1 dollar, etc. Les dattiers paient 1 dollar par 200 pieds; les troupeaux, le cinquième du nombre. La vente de chaque esclave vaut en outre t dollar 1/2 au sultan. Ses propres plantations de palmiers lui rapportent annuellement 6, 000 charges de dattes, dont chacune pesant 400 livres a pour le moins une valeur de 18,000 dollars. Les jardins paient le dixième de leur produit : chaque ville paie en outre un petit tribut , et chaque année , la ghrazzi ? ou chaase aux esclaves amène de 1 , 000 à 1 , B00 esclaves dans le pays dont le quart appartient au sultan. Il a de plus le monopole du commerce des chevaux. Le tribut annuel qu’il est obligé de payer au pacha de Tripoli était de 13, 000 dollars au temps de Lyon; mais il a augmenté depuis. Ce tribut , qu'il est tenu de déposer en personne devant le pacha , conduit ainsi chaque année le sultan du Fezzan à Tripoli , et pendant ce temps son fils est chargé du gouvernement. Les forces militaires du Fezzan s’élèvent h 3,000 soldats, tous Arabes qui , sans cela , s'adonneraient au brigandage.

Voilà les principaux traitsdu Fezzan dansl'état actuel. Observons toutefois que le moindre mouvement politique peut facilement changer toute la face des choses. Les facultés intellectuelles trèsremarquables de ce peuple ont dégénéré par suite de l’oppression et de la tyrannie , et ne se manifestent plus que dans leur commerce. Pourquoi n'arriveraient-elles pas à un développement

plus large et plu» heureux sou» un gouvernement sage et modéré?

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