PEUPLES
1" Éclaircissement.
Premières notion» sur ta chaîne d'oatu.
Hérodo'.sdéjà avait compris les rapports de ce parallélisme remarquable d'écueils et d’oasis qui, se déroulant sur un arc immense , séparait la Libye, riche en animaux, du grand désert (1). C'est là qu'babitaient , selon lui , les derniers hommes du côté du désert ( *pi( v*«
iptipw').
Si Hérodote peut paraître inexact, en évaluant trop uniformément les stations à dix journées, à partir de l'oasis de Tbèbes , il n’en est pas moins vrai qu'il s'écarte fort peu de la vérité dans l'indication des distaners. Quant aux noms dont il se sert, ils sont restés en vigueur jusqu'à ce jour. Ils ont même été nos guides sur cette voie non frayée, et sans eux nous ne fussions peut-être pas arrivés au but.
Les points les plus éloignés méritent seuls d’être éclaircis. La station depuis tes Garamantesjusqu’aux A tarantes (les habitans du Daran, voy. plus haut, p. 192) s'applique sans doute à l'oasis de Gadamès, située au pied du grand Atlas, et ainsi comprises les journées de marche sont exactes. (A tarante désigne les habitans de l'Atlas, et en particulier les habitans d’un déblé conduisant à l'Atlas. (Voy. le Taranla dans le Habech).
Suivant l'historien grec , il y a de même une station (c’est-à-dire dix journées) depuis les Atarantes jusqu’aux Atlantes. Ceci ne peut être entendu que d'une station de l’Atlas oriental et non de l'Atlas occidental aux cimes neigeuses. Peut-être cela se rapporte-t-il à une chaîne de l’Atlas carthaginois qui, sans êtretrèshaute , l’est assez pour diviser les orages et ras-
fll aerodoir, iv, c. 181.
sembler des nuages (1), et dont on peut dire, par conséquent, sans trop d'exagération, qu’elle tourbe au ciel , et qu'elle est une des colonnes qui lui servent d'appui. C’est le dernier point à l’ouest sur lequel Hérodote nous donne des renseignemens. Près de la mer, il ne connaît plus que les colonnes d'Hercule ; mais il n'indique pas leur distance ni les peuples qui les habitent , tandis que sur la route de Thèbes aux colonnes d'Hercule, il entre dans tous les détails, et rapporte les noms de tous les lieux alors importons. 11 est probable qu’à cette époque le» caravanes des Nasamons, parlant de Thèbes, traversaient la grande oasis, la petite oasis, le pays des Ammoniens (où l'on adorait le dieu de Thèbes), l’oasis d'Augila, le pays des Garamantes, des Atarantes, des Atalantes et de là se rendaient à Carthage , comme aujourd’hui elle» se rendent à Tripoli. Or pourquoi les produits de l'art et de la nature n'auraient-ils pas suivi jusque-là les hommes et leurs dieux dans les mouvemens commerciaux ou religieux de ces peuples antiques?
Dans toutes les oasis qui s'étendent au nord de Thèbes, comme une bordure autour du désert, on trouve la culture du palmier très-avancée et une abondance remarquable d’orangers et de figuiers. Il n’en est pas de même dans leDar- Four (2) qui était inconnu aux anciens ; le palmier y est rare et les dattes ne mûrissent pas souvent. Il est vrai qu'on ne rencontre plus de ruines d'anciens édifices dans la grande oasis à l'ouest de Thèbes; mais les histoires des Arabes (5) nous font supposer qu'elle était autrefois très-peuplée et qu’elle renfermait de beaux monumens d'architecture. La petite oasis contient des débris d’anciennes habitations. Les catacombes d’Ammonium qui s'étendent sur toute la contrée d'à l'entour et les ruines des temples éparses sur un espace de plusieurs cents verges, témoignent de l'ancienne population de cette oasis (4). La plus grande partie de ces débris du passé a disparu maintenant, car les habitons de Siwa, au nombre de 6 à 7,000, ne construisent leurs maisons qu'avec les fragmens de cette ancienne architecture. On voitaussi des
fl) Desronlaiort, Flora allant ica, f. prarf.
(2) Browne, T rav., p. 255.
(3) Edrisl, éd. Hartmann, p. 18 cl 480. — üacrltf, dan* Lanftfei. Mt'rn. sur Ica Oasis, p, 365.
(4) Irowne rt Rornrmann , Voy , I, p. 46. — tninrtl t P. 209.
OASIS, UABITA5S.
ruines dans le Fezzan (1), à Zuiia et h Germah où •ont encore deboutdes débris majestueux d’une architecture étrangère.
Remarque.
Nome : Oasis , ELWah, Gazer, Sivoa, Augila, Fexsan.
L'importance historique de cette rangée d'oasis nous oblige à entrer ici dans quelques détails sur les différens noms qui lui ont été donnés depuis les temps anciens.
Les Égyptiens appelaient oam (2) (Auasis, llyasis) (S) les endroits habités, qui, comparables à des Iles , sont entourés de tous côtés de grands déserts. Les anciens donnent généralement ce nom aux trois oasis les plus rapprochées de l'Êgyple.
Hérodote n'appelle ’Clx-n; (4) que celle qui se trouve située à sept journées, à l'ouest de Thèbes, et que les Grecs , après lui , désignent sous le nom à' Ile des Heureux {Mxxxpav vijaci). Il faut probablement entendre par là toute cette chaîne d'oasis qui s'étend au sud et au nord, et que Ptolémée.le premier, sépare en deux parties : l'oasis magna et I 'oasis parva. Au temps de Pline et de Strabon , on appelait aussi le pays des Ammoniens une oasis ; car, sous la domination romaine de l'Égypte, ce nom , outre son sens physique, impliquait encore la dépendance politique d une contrée , vis-à-vis de l'Égypte. De là vient sans doute que les Romains ne donnaient pas ce nom aux oasis éloignées; car on ne peut pas dire que ce soit par ignorance , puisqu'ils nous en ont fait la description.
Les Arabes ont encore étendu davantage la signification de ce uom, dans la langue cophte, Wahe signifie une habitation ; ils appelaient Wah, Quàh ( El-Wahat , au pluriel) tous les lieux habités du désert. Les écrivains du moyen âge (S), Léo Africanus, Marmol, etc., en oui fait E l-Wachat, Al-Gucchet, Eleochet, Eloacath.
Le mol arabe Gezirae donné lieu aux noms de Al-Djacair , Al-Gazair, Agasar , Gazer, Jassr (comme, par exemple, à Agadez), qui sont autant d'appellations pour indiquer une oasis. Ludojf ,
(1) Shérif lmbammcd , dans Lues*, Proceedlngs, I,
(8) Strabon, XVII, p. 791 .
(3) Ideter, tebcrüasen, p. 397.
(4) Hérodote , lit , c. 20. — Langièj, Mémoire sur les Oasis.
(6) tudolf, Comment- »d Hlstor. Ætblopicai», fut. 31.
pour éviter tous ces noms, emploie . d’après Strabon, la courte périphrase : « Insulte terrestres in arenoso mari. »
Hérodote n’appelle qu'uns de ces lies une oasis; Pline et Plolémêe en connaissent déjà deux. Strabon, et, parmi les modernes, Browne en citent trois. Plus tard, il est impossible d’en fixer le nombre (Golberry en admet 32. dont 20 habitées); car , suivant la signification arabe du mot, on pourrait , avec autant de raison , appeler oasis to«s les endroits de l’océan de sable qui présentent une formation analogue , même le Dar-Four et le Fezzan, comme le fait Aboulfeda. Strabon (l) avait déjà précédé l’historien aiabedans l'application libre de celte dénomination, lorsque, embrassant, avec Gn. Pisou , d'un seul coup d œil , le grand océan de sable et les oasis qu’il renferme, il les compara très-spirituellement à une peau de cheval tachetée.
Les Arabes (2) appellent la chaîne d'oasis qoi court parallèlement au Nil, à l'ouest du rempart occidental, les oasis intérieures (El-Wabat-el- Dakhelal); l'oasis des Ammoniens , au contraire, est pour eux l'oasis extérieure (EI-Wabal-el-Rha redjat ).
D'autres (3) n’appellent oasis intérieure que la petite oasis ( oasis parva), à l'ouest du lac Mœris , tandis qu'ils donnent à la grande oasis, sous le méridien de Thèbes , ou l'oasis méridionale ( El- What-el-Keblyéh , la petite oasis de Browne), le nom d'oam occidentale ( El-Gharbiéh) , et à l'oasis d’Ammon celui d'El-Wah-el-Kossouy , ou oasis lointaine.
Celle oasis d'Ammon est aussi quelquefois appelée la grande oasis; les Arabes du moyen âge (4) l’appellent Santaryah, les modernes généralement Siwah (Siwa ) (5).
L’oasis d’Augila a conservé son nom depuis Hérodote jusqu'à nos jours. Aboulfeda., à ce qu'U parait, a commencé a la compter au nombre des oasis (6).
Rennell est le premier qui ait reconnu , dans l'oasis de Fezzan , le pays des Caramantes d’Hérodote (7). Les Romains l'appelaient Phasania ; les Arabes du moyen âge Zuiia. Garama (Germa) et Zuiia sont encore aujourd'hui les noms de deux villes remarquables du Fezzan. Mourzouk est actuellement lo centre du commerce; sans doute
(1) Strabon, llh. U et XVII.
(2) Macrtxi, Syoulhy, Ebn Ayaa et autrea voyageurs, dans Langlés, léni. sur les Oasis,
(3) a. Scbulteos , In der Gcofr. In Vilain Saladini. Voy. Tbebals.
(4) Jackoatl, tdrlsi, Abulfeda.
(6) Browne, Burncnunn.
(0; Abulfeda, Afr., éd. Elchhorn.
(7) Rennell, Bérod. Geogr., dan» Iredow, p. 057.
ÏB2
depuis que la dynastie des sclidrifs de TaBlet (1) arriva au pouvoir , il y a cinq cents ans.
Les Arabes (2), ainsi que les Romains, donnent aussi quelquefois à cette oasis le nom de Phatan, Faxan; Marraol l’appelle Fiztn; de nos jours , on l’écrit Faesan ou Fexzan.
2* Éclaircissement.
Les habitons des oasis et te commerce des caravanes.
Les deux chaînes d’oasis , celles de la bordure orientale et celle de la bordure septentrionale du désert, se dirigent de l'intérieur Ter s l’extrémité nord-est de l’Afrique. Elles se rencontrent presque en un angle droit dans la Basse- Égypte, près de Memphis ouïe Caire (Kahira, Miszot chez les Arabes, c’est-à-dire la mère du monde), et dans la Uaute-Égypte , près de Thèbes.
Ces lignes remarquables et d’une si haute importance historique, semblent avoir été tracées parla nature elle-mèine pour servir de voie commerciale aux peuples africains anciens et modernes. Kahira est encore de nos jours le rendez-vous de tous les habitans des basses terres du nord, depuis le Nil jusqu’à l’Océan Atlantique, et depuis la Méditerranée jusqu’au Sénégal, au Niger, au Habecli et au Zanguebar, comme le prouve d’une manière si évidente le vocabulaire africain de l'infatigable Seetzen (3). Le l)ar-Four est le lieu de réunion , la principale i lape des caravanes du Soudan comme leF’ezzan l'est pour celles du Maghreb. Dans l’antiquité le Fezzau était voisin de la grande Carthage; de nos jours, il participe au grand commerce qui se fait sur trois points : Alger, Tunis et Tripoli. Au sud il communique par la voie la plus sûre , la plus courte et la moins dépourvue d’eau avec le Soudan.
Cette situation a décidé du sort des habitans des oasis. Leurs lies sont autant de ports pour les caravanes qui parcourent l'océan de sable. Eux-mêmes sont ou les hôtes des étrangers , ou leurs guides ou enfin les propriétaires des marchandises que ce commerce met en circulation. Tous sont ainsi liés à ce grand phénomène du commerce des caravanes qui caractérise l’Afrique
(l)l.uculn Vroctcdlnj., I, p. 103.
|8> Edrhl, Africa, ea. Hartmann, p. 130.
A*} Vatrr, 'prachpmfr n, 1810, p. ix cl p. 339 .
plus que toute autre partie du monde. Leur histoire, de même que leur vie intérieure et extérieure , s’y rattachent immédiatement.
Habitans de la chaîne d'oasis orientale.
1 . Les Magrebi de ta grande et de ta petite oasis. — Les habitans de la petite oasis appartiennent à une tribu de Magrebi (1) qui peut mettre sur pied une armée de 30,000 guerriers. La petite oasis est peut-être leur seule habitation fixe; ils parcourent habituellement le désert libyque, emportant avec eux pour toute provision un gâteau de pain sec et une outre remplie d'eau. Ils élèvent des troupeaux de chevaux et de chameaux qu’ils vendent aux caravanes , et paient leur tribut au pacha d’Égypte, en dattes. Tous les Africains les redoutent à cause du brigandage qu'ils exercent aux confins des deux oasis. Aucune route de caravane ne passe de nos jours par celte oasis que l'on pourrait plutôt appeler leur camp que leur habitation. 11 serait difficile de trouver dans toute l'Afrique un point plus favorable pour des hordes vagaboudes et pillardes.
Les habitans de la grande oasis sont aussi, diton, des Magrebi ou Mouggrebi (2). Au temps d'Hérodote , cette oasis était habitée par une colonie de Samiens, de la tribu Aischrionique(S), que Strabon qualifie comme très-riches et trèsnombreux. Au quatrième siècle, les chefs du parti catholique furent relégués dans celte oasis par les Ariens, et au cinquième, Nestorius , évêque de Constantinople , y fut envoyé en exil.. In oasin relegarc (4) était même devenu un proverbe du Digeste, et depuis crtte époque les oasis cessèrent avec raison de s'appeler les ites des Heureux, comme les avait nommées Hérodote. Leurs habitans furent peu de temps après exterminés par les invasions des Blemyes ou Mazices. Au sixième siècle, la grande oasis fut le siégé d'un evèque ; en 943 (332 de l'hégire), elle tomba au pouvoir des Arabes , et fut gouvernée quelque temps par Abdoulmelik-ben- Mcrwan , de la famille des Lewata et de la secte des Merwan ; mais déjà en 930 (339 de l'hégire)
(1) Bruwnr, Trav., |». 132.
(2) Ibid., p. !0.
(3) Hérodote, Ht, c. 20. — Unglèa, Hém. *ur le» Oa»U, p. 373.
(4) Pandoci.,lib. vin, lib. X, Ut. 22, I. 7, de Interdiet. et RcfegaUi.
OASIS, UABITATO.
les souverains de la Nubie en firent de nouveau la conquête, et les habitant furent en partie massacrés , en partie emmenés en esclavage. Au temps d'Edrisi {11 SO après J.-C.) , elle était entièrement déserte (1); Léo Africanus (1515) nous peint de son temps les habitans de la grande oasis au teint foncé comme sales, inhospitaliers et ne songeant qu'à amasser des richesses. A l'époque de Poncet (1700), il parait qu'ils fournissaient de provisions les nombreuses caravanes qui traversaient alors l’oasis. Browue ne nous en dit pas grand' chose; il les appelle Mnuggrebin (2) (mieux Maghrebi), et pense qu'ils sont de la même famille que les habitans de la petite oasis.
Comme ils parlent la langue des habitans de Siwah, il paraîtrait qu'ils sont aussi identiques avec les Ammoniens (5) qui parlent la langue touarik ou berbère.
2. Habitans du Dar-Four.— Les habitans de l'oasis (Dar) Four sont originairement un peuple nègre. Les étrangers qui s’y établirent et devinrent par la suite les maîtres du pays après y avoir introduit le commerce actuel, proviennent du gradin moyen du Nil, et parlent la langue barabra ou berbère. Ils émigrèrent , il y a quelques siècles , dans celle oasis |iour se soustraire aux vexations de la tribu arabe des Shaikie qui dominait alors en Nubie. D'autres émigrés venant du Cordofau, du Sennaar, de Dongola et de la Haute-Égypte, et appartenant pour la plupart h la classe des artisans et des marchands , les suivirent bientôt dans leur nouvelle patrie , et peu à peu la plus grande partie des comtncrçans de ces contrées se portèrent de la vallée supérieure du Nil h l'ouest , emportant avec eux le commerce et l'industrie qui depuis ont fait de cette oasis l'un des points les plus importons de l'Afrique septentrionale. Des communications s'établirent avec le Caire (4) , et bientôt l'islamisme prit aussi racine dans le Dar-Four. La caravane du Soudan s'organisa, et maintint ainsi par une nouvelle voie le grand système commercial du continent. Ce concours de circonstances heureuses était nécessaire pour qu’un sultan d'une tribu arabe ou plutôt berbère et dépendante de Tripoli . pût arriver au trône d'un
(1) Idrlat, sa, Hartmann, p. 18 et 459,
(il) Browne, Trae. , p. 18.
(8) Henncll , dam Bornemann , Vorace . «d. LanglSa , fl , P. 873.
(4) Browne, Trav., p. 877.
pays nègre tel que le Dar-Four. Avec l’islamisme l'arabe fut aussi nécessairement introduit dans le Dar-Four et prit peu à peu la place de la langue du pays.
Les étrangers se sont presque tous établis dans les villes. A Cobbé (1), ville d'b peu près
6.000 habitans et capitale du royaume, aucune maison n’est habitée par des Fouriens. On n'y rencontre que des marchands et des étrangers qui croiraient s'avilir en épousant une Fourienne.
Le Dar-Four est dans la chaîne d'oasis que nous venons d'examiner la plus jeune colonie commerciale. Nous n'avons pas encore d’exactes données sur les communications qui existent entre cette oasis eljc Soudan. Nous savons seulement que le rendez-vous des caravanes qui vont dans le Soudan , est à Coubcabia , deux journées et demie au sud-ouest de Cobbé. C’est aussi de ce point que les marchands entreprennent régulièrement chaque année , sous la conduite du sultan , leurs chasses aux esclaves (2) dans le Donga et le berceau du Nil blanc. Ces parties de chasse qu'on nomme Ghrazzie dans le Fezzan s'appellent ici Setatea. Les marchands de liornou y prennent, dit-on, une part trèsactive. Ces esclaves qu’on enlève ainsi à leur patrie sont le principal article de commerce des Fouriens aux marchés du Caire. Les marchands d'esclaves ( Jelabs selon Browne , G he Habis selon Frank ) ont leur principal dépôt à Stceini , qui est aussi le lieu de réunion de toute la caravane (3). Le départ de la caravane pour le Caire est le plus grand evimement de l'année , puisqu’elle sert h déterminer le calendrier fourien. Le sultan lui- même ne fait pas partie de la caravane; mais il transfère continuellement sa résidence d’une ville dans une autre, et l'on peut dire qu'il est le premier marchand du pays (4). A la tête de la caravane est ordinairement un mrntbre de la famille régnante.
Avant que le sultan ne donne le signal du départ, il faut toujours quelques mois pour réunir i Sweini (Souênia) (5) , les 2,000 chameaux, les
1.000 esclaves, les 3 h 400 charges de chameaux , les dents d’éléphans , les 2,000 kantar de gomme , les 1,000 kantar de tamarin, de na-
(1 ) Browne, Trav., p. 238.
<2; IBM., p. 473. — Froceedlnç», II, p. 301.
(3j Browne, p. 240. — L. Frank, Séru, sur Je commerça de* Nègre* au Caire, dans ie»Sém. aur rBsyple, IV, p. 126.
(4) Browne, Trar., p. 301. — Rém. aur la Caravane <!« Bar •Four, dan* Ica Mém. sur JMfcgyptc, III, p. 303.
{li) i aitanousc, dans le* lt'm. de i’ijvpto, lu, p. 333.
tron, de plume, d'autruche, qui composent la caravane. Dans tes temps de pais et de tranquillité on voit aussi des caravanes plus nombreuses . quelquefois deux par an , de 3 jusqu’à 6.000 chameaux et d'un nombre égal d’esclaves. Dans d'autres circonstances , par exemple après que les communications ont été interrompues pendant plusieurs années , il se forme une soi-disant grande caravane semblable à une armée considérable, et qui, dit-on, compte quelquefois jusqu’à 72,000 esclaves et 13,000 chameaux chargés (1 ).
Après 45 journées de marche par Sélime , Sheb et la grande oasis, la caravane arrive à Siouth sur le Nil et de là au Caire. De toute cette foule, les conducteurs et propriétaires de la caravane , au nombre de quelques centaines , retournent seuls dans le Soudan ; ils ne ramènent ordinairement arec eux que la moitié de leurs chameaux , qu'ils chargent de marchandises de l'Orient et de l’Occident.
Browne nous décrit ce peuple commerçant de la caravane du Soudan, ainsi que les chefs du Dar-Four, comme étant d'un caractère remuant , audacieux , égoïste , dur et continuellement disposé à la révolte ; les nègres paisibles qu'ils oppriment, les appellent Jeitlra.
3° Éclaircissement.
llubitans de la chaîne d'oasis septentrionale.
1. Habita» be Siwah 7 Ammoniens. — Siwah, qui est ici la première des oasis , fut de tout temps célèbre (2j par l'oracle du dieu de Tlièbes, par son hiérarchie, par ses temples, par sa fontaine périodique du soleil et par les bois ombrageux de palmiers et d'orangers qui, au milieu du désert , résistaient aux rayons d'un soleil dévorant et entretenaient une délicieuse fraîcheur. Mais sa renommée devint surtout colossale et universelle par la visite d'Alexandrele-Grand, par son adoption et par la fondation de la colonie d'Alexandrie , nou loin de là.
L'antique splendeur de Siwah a disparu maintenant, et toute l'oasis n'est plus qu'une ombre de ce qu'elle était autrefois ; la sagesse de ses étéarques est perdue , et de tant de grandeur il n'est resté aux habilans actuels que des ruines
(I > sera. sur I Rsypic , IV, p. t>9.
(Ej f-urUti*, iv , c. 7.
de temples que les Siwas appellent Birbé (peutêtre ne sont-ce même que les restes des caravanserais, près du temple d’Ammon?) (1), des catacombes vides, et la connaissance des routes à travers les déserts. L’agriculture y avait atteint un haut point de perfection dis les temps les plus reculés, comme on s’en persuade par l'abondance des fruits de toute espèce, qu’on ne trouve dans aucune oasis. Les dattes, les grenades, les oranges, les bananes, les olives, les figues . les abricots, les raisins y sont exrellens, et l’horticulture, en général , dans l'état le plus florissant (2).
Le territoire des Ammoniens s'étendait , suivant Hérodote , depuis la llaute-Égypte jusqu'à Barca , et depuis la Méditerranée jusqu’au désert libyque. Du temps de Macrizi , Siwah qui alors (1440 après J.-C. ) portait déjà ce nom chez les Arabes , n'était habitée que par 600 Berbères. Cette oasis forme maintenant un petit état de 2,000 (suivant Ripaud), ou de 6 à 7,000 habitant ( d’après l'estimation de Rennell ) (3) , et compte 1,300 hommes capables de porter les armes. Le sultan ou empereur des Ottomans en est le souverain; mais il n'en tire pas d'impôt. Siwah était encore, du temps deHornemann, une république oligarchique, sans cesse agitée par des révolutions. Du temps de Hadi Abdallah (4) elle était gouvernée par un conseil d'anciens , composé de six à huit membres ; leur nombre s'éleva, par la suite , à douze , et du temps d’Hornemann on y comptait vingt-six scheiks (sheikh signifie un vieillard , puis un chef de tribu). Browne aussi décrit les habilans de Siwah comme tùrbulens et agités par les guerres intestines des partis. Ils parlent la langue de Siwah (5) , c'està-dire la langue des Touariks et des Berbères , ou celle des Shrllouhs, suivant Jackson, et s'occupent moins du commerce, que du soin des caravanes qui souvent s’arrêtent des semaines entières dans leur oasis.
2. Habitons d'Augila. — Augila, station moyenne entre le 1-ezzan et l'Égypte , est un état marchand, soumis en quelque façon au bey de Tripoli (6) , mais néanmoins très-indépendant ,
(I) A »on Humboldt, Antlchten der Katar., p. 68.
(8) Browne, Tmv., p. 19 — Rennell, Herod. Geogr. dan* Brcdnw, p. 638. — l angle», lém. $ur le* oui», p. 392.
(3) Bornemaun, Vojr., t, p. 209.
(4) rrocccdlog», I, p. 193.
(&) Hornemann, Vojr., et Xarsdcu, Lettcrs , II, p, 40b. (6) Hadl- Abdallah, dan» le» Proveedlng», I, p. 192.