SAHEL
temps les plus anciens , toutes ces traditions de fleuves encombrés, d’oasis disparues, de caravanes mortes de soif, d'ouragans de sable, et autres phénomènes semblables, dont on a souvent combattu l'authenticité (1), parce qu'ils se rencontrent moins fréquemment sur les confins de l’Égypte : toutefois leur vraisemblance a été appuyée dans ces derniers temps par des hommes éclairés et dignes de foi (2), témoin, entre autres, les tombeaux que Belzoni trouva dansl'oasis égyptienne (voy. p. 550).
Pour se faire une idée des ouragans de sable, sur la surface du sol du désert, on n'a qu'à examiner en détail tout ce qui nous en est parvenu (3) depuis la disparition de l’armée deCambyse, jusqu’à la destruction de la caravane de 1805, forte de 2,000 hommes. Les plus terribles tempêtes se déchaînent annuellement sur cet océan de sable , à l’époque des équinoxes, et tous les vents qui prédominent dans ces terres planes des tropiques se dirigent comme des moussons de terre , de l’est à l'ouest ; Bennell les appelle « des moussons nord-est soufflant pendant la saison de la sécheresse » , par opposition aux moussons sud-ouest qui prédominent dans la saison bien moins longue des pluies (4), (depuis le mois d’aoùl au mois de novembre) .
Ces accidens , considérés dans leur ensemble , durent nécessairement mettre de plus en plus à nu la partie orientale de l'océan de sable : de là cette plus grande quantité de cailloux roulés, de rochers découverts et d'oasis déblayées, dans le Sahara, tandis que les sables mouvans de l’ouest (le Sahel), s'avancent de plus en plus vers l’océan et y forment, par un effet du grand mouvement circulaire de l’Océan Atlantique , les dunes de sable que nous y remarquons. Les sables ne peuvent pas se reporter ici de l'Océan dans le Sahara , comme nous l'avons remarqué sur les eûtes de l'Égypte, et comme cela a encore lieu sur les eûtes de Suède, du- Mexique, de l'Amérique du Nord , de Bordeaux et du Sénégal.
(1; Régnier, Vém. aur l'Égypte, IV, p. 5.
(2) Jackson et Mungo-Park.
(3) De Barre* , A «la Dec. , 1 , 11b. S, eb. 8 , fol. 33. — Bruce, Tra*., 2* étl. , VI, p. 458. — bungo-Park , Tn». , p. 131, 135. 162. — Browne, Traa., p. 248. — Hornetnann, Voy. f I , p. 76-11)0. — Jackson , Account , p. 284. — flerosl., III, c. 26, etc.
(4) Bennell, App., p. avi, — Label, non». Bêlai. , f, p. 301; II, p. 211. — Biner, Tn»., VI, App.,p. 87.
Ces circonstances physiques s'accordent parfaitement avec la fréquence des oasis (1) et des puits du Sahara. Dans cette partie du désert , le stratum de sable, depuis sa surface jusqu'au sol ferme sur lequel il est étendu , est beaucoup moins profond que la partie occidentale , ou , en d'autres termes , l’eau de la partie orientale est de moitié plus rapprochée de la surface que dans la partie occidentale de l'océan de sable; dans les grandes oasis , elle jaillit même en source de la terre , ou du moins on n'a pas besoin de creuser bien profondément pour en trouver ; dans la partie occidentale , au contraire, on ue rencontre nulle part des sources vives, et les puits demandent à être creusés, avec une peine inouie , h une très-grande profondeur. L'est a en outre quelques wadis qui manquent entièrement à l'ouest.
L’eau du Nil,commenousl’avons vu plus haut, à l'occasion des gonfieraens, filtre des deux côtés du fleuve , h travers le sol meuble et convexe de la vallée, jusqu'aux enfoncemens voisins qu'elle submerge entièrement. Cette nappe souterraine d'eau (2), qui est la condition de la fertilité de la vallée du Nil , s'étend , à ce qu’il parait , à de très-grandes distances du fieuve.C'est ainsique les six lacs de Natron , à deux journées de marche à l’ouest du Nil , abaissent et élèvent leur niveau à peu près 3 la même époque que le Nil, sans communiquer cependant d'uoe manière visible avec le fleuve (3).
Le même phénomène peut aussi servir à expliquer l’apparition des eaux dans les oasis. Dans le Dar-Four (4) il se forme, pendant la saison des pluies, en beaucoup d’endroits, des «vadis qui disparaissent à l'arrivée de la saison de la secheresse ; à celte epoque on trouve bien encore par toute l'oasis de l'eau à une profondeur de 2 à 3 pieds, mais elle est trouble, et ce n’est qu’à mesure qu'on approche du vvadi, que les puits deviennent meilleurs. Souvent ils se dessèchent entièrement vers la fin de la saisou sèche, et la siccité devient alors un des plus grands maux de ce pays.
On rencontre d’excellentes sources dans la
(1) Rennetl, ORktt. In U>« Amenais lo F.r% , Trav., P. mm.
(2) Girard , Vém. aur l'agriculturr , dans les Mém. sur rlxrpic, i. p. 16.
(3) Andréouy, Ntfm. sur la vallée des lacs de 3alron,tUns les «On. sur ritypte, I, |i. 2'i4.
^4) BruWtie, Trav. , j». 236.
grande et la petite oasis (1); de même sur 1* route de Siwah , dans la vallée de Mogarrab , où l'on trouve de l’eau douce en creusant de 3 à 6 pieds (2) , même lorsque la surface n'en olfre plus aucune trace.
Hacrizi compte quarante sources jaillissantes à Siwah; Hornemann et Rrowne y trouvèrent un wadi et plusieurs sources douces. (3} ; mais ces dernières étaient en grande partie tièdes , te qui fait supposer qu'elles ne jaillissent qu'à peu de distance de la surface du sable.
L’eau ne manque pas non plus sur la route d'Augila au Fezzan ; mais elle n'est pas toujours potable , à cause des parties de sel qu'elle renferme. Le Fezzan, quoique n'étant qu'une plaine de sable, et malgré qu'un des ses wadis ait déjà été encombré près deTessowa, compte encore une rivière et au moins quelques sources vives.
En creusant on trouve toujours, à une profondeur de 7 à 10 pieds, assez d’eau pour arroser les jardinsde dattiers (l).Dejà Pline vante cet avantage du pays des Garamantes; mais il parait, d'après le capitaine Lyon (S), que l’eau diminue chaque aimée.
Nous ne connaissons , jusqu'à présent , que deux w adis dans la partie orientale, celui qui arrose la grande oasis d'Agadez, à partir de Tabou, et le Koukou (d'après Edrisi ) ou Wadi tl-G/iuzel, c’est-à-dire fleuve des gazelles, à l’est , dans le royaume de Bornou ; il se dirige , comme le précédent, du nord au sud-est, vers le grand bassin de l’intérieur (f/ie general dip.) (6). Les autres rivières ne sont que trèsinsignifiantes , même lorsque plusieurs se réunissent en une seule, par eximpie, les trois wadan (de // ed; le confluent de deux wed s'appelle Wadan) entre Mesurais et le Fezzan, entre Augila et le Fezzan, et cuire le Fezzan et le ltoruou (7).
Outre les wadis, les sources et les puits dont nous venons de parler , ou rencontre encore des marais , des oasis et des lacs , à la bordure des
(1) Browne, Trav., p. 183.
(2) fomenta ntt, Vçy., éd. latiglri, I, p. 22.
(3) Brou ne, Trav., p. 23. — Honte matin, Voy.,0d. Langlès, p. 389.
(4) SMrir Imtummed, lu Proccedlugi, I, p. 08. — Pline,
Hi*t . liai , T, c. 5.
(5) l.yon’* Sarrat , p 347.
(0) BruneL, Appemlll In ftunfo>tark, Trav p. Liur. (7) i angièv, Botes A Hornemann, Voy.,1, p. Mil.