SAHARA. SAHEL
chaînes de rochers, du moins pendant une partie de l’année , et même dans les endroits où il ne pleut jamais , comme par exemple dans le Fezzan ( i>/3û>a ) (l), mais ils disparais-
sent également à l'approche de l'été , et ne sont que trop souvent satans et de mourais goût; de là le prix que les Arabes attachent aux puits d'eau douce des oasis ou El-ff'a/i. Ils attribuent ce bienfait de la nature à leur saint Kaleb-Ibn- Waalid (2) , qui, lors de la propagation de l'islamisme dans le désert, se servait d'une branche d’Wra/i (le même arbredontetait la baguette de Moïse), pour adoucir l’eau des puits et en chasser les infidèles ; néanmoins il en est encore resté une quantité qui ont mauvais goût; les voyageurs y mêlent , pour l'ordinaire, des noix de gourou (S) dont la saveur amère rend l’eau potable.
Tous ces avantages de la partie orientale de l’océan de sable disparaissent dans le Sahel. Ici, ce n'est pas, comme sur beaucoup d'autres points de cette partie du monde, le manque de connaissance qui rend nos cartes vides , car toutes les routes (4) qui la traversent nous sont presque aussi bien connues qu'à l’est; la nature même n’otfre aucune variété : les Seüves , les sources, les oasis , les puits et les lacs salans y sont presque inconnus. On ne rencontre que du sel gemme durci et du sable mouvant ( Salie /). Si, par hasard, il y a moyen de creuser des puits, on ne trouve toujours l’eau qu'à une énorme profondeur. Elle jaillit, dit-on, avec une extrême violence des couches inférieures de la terre , ce qui fait que les Arabes l'appellent la mer sous le sot (K). Ainsi Mungo-Park fut très-ctonné de voir que, près de Kourkourani, à 1a bordure des basses terres , près du Sénégal , les puits ne donnaient de l’eau qu’à une profondeur de 168 pieds (6); mais ces faits, se rapportant pour la plupart à des endroits en dehors de l’océan de sable, ne sauraient infirmer ce que nous avons dit plus haut, et ne doivent pas par conséquent
(1) aercdoîc, IV, c. 185 — ShCrif Imbammed In ProeMdlitg*, I, p. 93. t- Hurnematin, % oy. , lf p. 1 1 1 .
(2) foncct , Relation, dans les Lettres édif. , IV, p. 0. — Brurr, Trav., 2« éd., III, p. 489.
(3) Proceediop, I, p. 174, 179.
(4) Walckcnaer, Recherches géographiques sur l'intérieur de l'Afrique septentrionale avec carte, Paris, 1821, ln-8°. — Lyon. Jarret., p. 122-152.
(5) Shasv, Tiav. , p. 135. — lenncll , Appendit,
P t.AXXIV.
(0) Xungo-Park, Trav., p 51.
fixer ici notre attention. C'est ainsi qu'il n'est pas clonnant que les puits placés sur les steppes élevées et nues de Tafilelt, au pied de l’Atlas , donnent encore de l’eau en abondance, à une profondeur de 4 pieds (S cubitus de SI pouces chaque) ; car les fleuves , descendant du haut de l'Atlas, peuvent partout filtrer à travers les masses de sable supérieures peu épaisses; de sorte qu’avec un peu de travail de la part des habilans, on ferait de cette lisière de steppes un pays riche et fertile , tel qu’il fut autrefois. Mais l'eau y est en grande partie saumâtre (1), comme en général dans tout le Biledulgerid.
I.es rares puits qu'on rencontre dans l'intérieur sont souvent si profonds que les caravanes n'en peuvent tirer aucune utilité. Souvent aussi les pèlerins du désert trouvent les puits, où ils espéraient se désaltérer, comblés par les sables. A défaut de pierres, pour prévenir de pareils accident, on mure les puits qu'on est parvenu à creuser (2), avec des os de chameaux , et on les recouvre de peaux. Les conducteurs de chameaux ont un talent remarquable pour retrouver tous les puits qu'ils ont une fois découverts dans ces uniformes solitudes.
On rencontre quelques maigres pâturages et plusieurs puits , mais à une très-grande profondeur, à Hayr (Haher ?), à l'ouest d’Agadez (3). Sur la route de Segel-Messa à Timbouctou , on est obligé de tirer l'eau à grand'peine de puits extrêmement profonds, comme , par exemple, à Azaoat (Aswad) et Araoan (4), deux stations entre lesquelles il n’y a pas une goutte d'eau. La plupart des données que nous venons de mentionner sont tirées de Léo Africanus et de Harmol. Si la véracité de ce premier auteur a été suspectée à tort (8) par Seetzen et Renneil (6) , observons que son ouvrage, que Scaligerdéjà appelle un opus eximium , a été pleinement réhabilité, quant à cette partie de l'Afrique, par le témoignage de l'impartial Jackson , qui reconnaît à Léo Africanus une parfaite connaissance de ce pays (7j.
(I ) Jackson, Account, p. 22.
(2) Marmol. Africa, I, p.28.
(3) Léo Afrlc., dans Lorsbach, p. 472. — Marmol, ACrlca, III, p. 50.
(4) Marmol, Africa, III, p. 43.
(5; ta icr, Mlthrldales. 3 Thi. 1 Abth., p. 3.8.
(0) Ptindgrubcn des orient', III, lien 2, p. 99. — Rcnnclf, dans Mungo-Park, Trav., App., p. mu.
(7) Jack'on, Account , of Mar.icco, 2* <J«J , prtif., p. vt.
BJJf
AFMgt K, BASSES TERRES : II" DIVISION , § 37.
Rf.ST AQQÜE.
Supposition sur le déplacement des fleuves par Vempiétement du Sahel.
Ne pourrait-on pas, à l’aide de l'accumulation extraordinaire des sables sur la côte occidentale, expliquer le phénomène des cours d’eau à la bordure septentrionale et méridionale du désert? Au nord , ce phénomène paraît très-simple , en ce sens que les plus grands fleuves de cette région, comme le Ghir (Guir), le Zir, le Taülelt (Filelly) et le Drah , après avoir coulé du nord au sud, se perdent dans les lacs salans des steppes à la bordure des déserts. Mais en a-l-il toujours été ainsi? ou bien les siècles les plus reculés n'ont-ils englouti que les trois premiers des fleuves que nous venons de citer, tandis que le dernier, le Drah, plus rapproché de l'Océan , n'aurait été ensablé que plus tard , à une époque dont l'histoire pourrait rendre compte (l)?
Si l’on examine avec attention tous les renseignemens que nous possédons sur le cours inférieur du Sénégal, qui, de nos jours, est encore en lutte continuelle contre l'empiétement des masses de sable (ce qui, entre autres, rend la navigation très-difflcile). on est naturellement conduit à supposer que le Sénégal , comme tant d’autres petits fleuves dans des déserts moins grands , a , de tout temps , subi l’influence de l océan de sable. I.a principale direction de son cours est maintenant au nord et au nord-ouest , parallèle avec le bord du désert. Or, ce parallélisme ne serait-il que fortuit? Serait ce aussi par hasard, qu’à partir des forêts de gomme (Sabel, Alfalak, Labiar ) le fleuve preud tout à coup une direction opposée , au sud-ouest? ou bien n’esl-il pas plus logique d’admettre que le Sénégal , après une série de siècles, ait été forcé d’abandonner son cours septentrional et de transporter son lit à l’ouest , phénomène très-commun qui se rencontre dans presque tous les fleuves qui coulent dans les sables?
Ce coin du désert de sable que les Maures appellent Y Escale du désert (2) n’indique-t-il pas , par sa nature toute particulière, l'existence d’une ancienne limite ? Et les lacs de Cayor , près de Podor, ne seraient-ils pas des restes d’anciennes lagunes qui n'auraient fait que reculer plus avant dans l'intérieur des terres? Toujours est-il vrai que les brises du sable mouvant et les gonflemens an-
nuels du Sénégal se rencontrent sous cet angle . pour y travailler de concert à la formation de la nouvelle terre ; et leur action est d'autant plu» efficace , en ce qu'elle est encore rehaussée par l'influence du courant de la mer, qui accumule sur ces côtes les vagues de sable du désert.
Où trouver ailleurs , sur la terre , tant de forces réunies pour former un nouveau pays? Les courans de la mer et l'alluvlon des systèmes d'eaux du Mississipi , de l'Orénoque et d’autres . agissent, il est vrai , d une manière analogue dans le golfe du Mexique ; mais il leur manque les brises de sable du désert pour remplir ce golfe profond , quoique parsemé d'écueils et de bas-fonds. Il faudrait, pour les remplacer, qu'un soulèvement, produit par les forces souterraines de puissance» cyclopéennes qui ne reposent jamais dans le» mers des Antilles , vint héler une semblable formation.
Or si, en admettant la possibilité d'une telle formation , nous jetons un coup d’œil sur l’oeJan de sable africain , avec ses côtes rocheuses , ses écueils , ses dépôts de sel , ses troncs d'arbres pétrifiés, ses débris de poissons et de coquille», et enfin avec ses espaces basaltiques (l) qui peut-être furent soulevés de la profondeur, nous y trouverons même dans les limites étroites de l’expérience humaine , un index pour nous servir de guide dans l’histoire de la formation du désert. Par cette même voie, on parviendrait aussi à expliquer le phénomène du Niger, qui, de même que le Sénégal , sc dirigeait probablement autrefois au nord , vers une mer Méditerranée africaine ; mais qui fut peu à peu détourné vers le sud-est par l'empiétement des sables. On y trouverait aussi la clef d'un autre phénomène non moins remarquable, l'absence complète du sable d’or au nord du Niger et du Sénégal. Ce métal est la propriété exclusive du plateau, et c’est de là qu’il se transporte dans les basses terres. Ajoutons que , dans tout le cours moyen du Niger, il ne nous est jamais parvenu , du nord, le moindre renseignement sur une formation de vallée. Le* affluens sud-est et nord-ouest du lac Filtré et autres auraient ainsi conservé leur direction primitive, et ce qu’il y a de choquant et de contradictoire en apparence dans la direction de ces fleuves vis-à-vis le cours du Niger se trouverait levé. Mai» abandonnons le champ des hypothèses pour passer à des faits plus imporlans.
(1) Jackson, Account, p, 9.
(2) Ubarthe et Lajallie , Vof ., p. 13.
(1) Alex, de Rumdoid. t Voyage dana les contrées équinoxiales du Rouveau-londe, III, p. 240.
nABITASS DU DESERT.