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CHAPITRE H

HABITAIS DE l’OCÉAR DE SABLE.

1" Éclaircissement.

Plantes et animaux.

Du caractère essentiel et de la nature de cette mer errante dépendent tous les autres phénomènes que l’on rencontre sur sa surface.

Elle est plus perfide que l'Océan ( ausler arcnas quasi maria agens siccis fluctibus) (1); et l’homme n’échappe pas plus b sesmouvemens, qu'il n'échappe aux trembleinens de terre qui bouleversent la surface du sol qu’il habite. Les Ammoniens avaient conservé, sur la disparition de l'armée de Camhyse, une tradition (2) que nous croyons avoir expliquée suffisamment plus haut, bous avons de même parlé de l’atmosphère de sable. Poncet, Bruce, Mungo-Park (3) mentionnent tous ces terribles tourbillons de sable qui se placent comme des colonnes menaçantes à côté des voyageurs; le laconique Browne seul ne les trouve pas effrayantes. Les écrits des Arabes sont pleins de récits sur la disparition des sources , phénomène si terrible pour toqs les pèlerins. Léo Africanus a rassemblé une quantité de documens .jusqu’alors inconnus, sur les caravanes mortes de soif (4) ; et Jackson a confirmé la vérité de ces faits par le terrible accident (3) qui eut lieu, en 1803, pendant son séjour à la frontière du désert. Toute une caravane de 2,000 hommes et de 1 ,800 chameaux périt également sur la route de Dafilelt b Tombouctou , parce qu'une oasis , qui , jusque-là , avait été une station pour les caravanes, avait tout b coup perdu son eau.

Mais ce ne sont pas là tous les inconvéniens du désert; des privations d'une autre nature y attendent encore le voyageur. L’ardeur dévo-, rante du vent fait éventer les meilleures outres, et les dessèche souvent entièrement. Le riche alors s’estime heureux lorsque, pour une somme de 10 b 300 dollars , il peut s'acheter un seul verre d'eau (6). Les chameaux aussi tombent sou-

(1) Pomp Rata, 1, e. 8.

'2 ) llérodotc, II, e. 38.

;3) Lellres Mil. , lec. IV , p, S. — Brute , Trav. , VI, |». 488. — Browne, Trav, p. 282.

(4) Léo Africa nu«, p. 62.

(6) Jackson, Account, p, 284.

;«) IDJ.

vent de soif et de fatigue (1); dans les voyages de long cours, leurs carcasses blanchies et les os d’une quantité d’autres bêtes de somme , jonchées le long des routes des caravanes , sont autant de témfJ^Tagcs des périls du désert. L'aspect de ces ossemens fit entrevoir b Poncet , Léo Africanus, Bruce, Hornemann, Park (2), Lyon et autres voyageurs qui parcoururent soit le nord, l’est ou le sud de l’océan de sable, toute l'immensité du danger qu’ils avaient encouru , en franchissant les limites de ces affreuses solitudes.

Les oiseaux même qui ne s’avancent que jusqu’à une certaine distance des endroits habités, et qui, par là même, apparaissent au mahométan , comme des messagers du prophète (3) envoyés pour les consoler et relever leur courage abattu ; ces oiseaux sont souvent jetés , par lés tourbillons de sable, dans les solitudes de cette mer aride , où l'on rencontre leurs débris sur la plage sablonneuse (4). Le petit nombre d’endroits arrosés du désert sont habités par des eléplians et des sangliers, et sur scs bonis errent des bêtes féroces, des lions et des panthères (5). Les autruches farouches et les antilopes aux pieds légers peuvent seules vivre dans l’intérieur du désert, où elles n'entendent plus que le sifflement des vents et, de temps b autre, le pas cadencé des caravanes, car la végétation même a presque entièrement disparu.

Seulement quelques plantes isolées semblent avoir été organisées par la nature pour résister aux vents ardensqui , d’ordinaire, brûlent tout sur leur passage, et dont le souffle embrasé renverse l’homme, même le Maure (6) avec son compagnon de voyage, le chameau, et les remplissent tous deux d'une frayeur mortelle. Plusieurs espèces de chardons dont les feuilles conservent dans leurs angles le peu d'humidité qu’elles peuvent aspirer, le buisson de manne appelé algoul (7), nne espèce de thymian odoriférant, le she (8) des Arabes croissant sur un sol déta-

(1) Browne, Trav., p. 188.

(8) Léo Afrlc., p. 63. — Poncet, V, p. 9. — Bruce, Trav. — Uorntmann, Vo p., p. 81. — Mungo-Park, Trav. , p. 167.

(3) Ubat, Relat., I, p. 300.

(4) Mungo-Park, Trav., p. 167.

(6) Marmoi, Africa, I, 3l, cl Mun^o-Park.

(6) Mungo-Park, Trav. , p. 135.

(7) Marmoi, Africa, III, p. 50.

(8) Lucas, Proccedloga, I, p. 121.

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ché, et le thaï (Mo/, mimosa gummi fera. Forsk) (1) croissant sur un sol solide et nu, voilà les végétaux les plus répandus et souvent pendant plusieurs mois la seule nourriture des chameaux et des ânes.

Dans quelques contrées privées d'eau , il croit cependant , par-ci par-là , quelques buissons rabougris ( low stunted shrobs) (2), qui servent de guides aux caravanes, et dont les feuilles sans jus ne sauraient rafraîchir la langue brûlante des bétes de somme : çà et là , on voit aussi croître, dans les endroits abrités, des mimosas ou acacias (3) épineux, qui produisent de la gomme.

Outre ces faibles produits de la nature , on n’aperçoit de tous côlés que le ciel et des sables; les endroits pourvus de quelque végéution apparaissent aux Arabes comme des lies (4) qu’ils appellent gezira ou jazr , lorsqu'elles portent des bosquets de dattiers.

Mais il est certain que , comme sur tous les autres points de la terre , la végéution finirait aussi par couvrir ce sol aride , s’il ne se déplaçait d’année en année , et même de jour en jour. Tout ensemencement est enlevé avec le sable ; et, partout où il se montre quelques misérables buissons, il s’y forme presque aussitôt une montagne de sable. Si parfois, par un heureux hasard , la végétation a commencé à prendre racine en un endroit quelconque , ce n’est que pour un temps très-court; mais elle ne saurait résister au mouvement général des sables, à l’époque des tempêtes équinoxiales (3).

2” Éclaircissement .

L’homme.

L’homme seul s’est rendu le désert hospitalier ; et il est évident que l’océan de sable sépare moins le Soudan des pays de l’Afrique septentrionale, que ceux-ci ne sont séparés de l’Europe par la mer Méditerranée (6).

L’homme a même su tirer parti du sable : dès qu’un vent frais commence à souffler , le Fezza-

(I) AhOallatir, dam île Sacr, p. 128.

^2) aunso-rark, p. 157, 16t.

(3) «aï-mol, Alitai, 111 , p. 42. — Ronwmanit, Vojf. , cl iibutbr.

(-1) atim. sur rtfyplo, I, p. 47. — Horncmano, Yojr., Il, p. 279.

(4) Kiicy , Account of Zaharah in l ou of the Am. , etc. , «h xxv l. — tapi. Lyon’s narrai., p. 344.

(6) Lucas, froceedings , I,p. 122.

nien se couche dans cette masse continuellement échauffée par le soleil , et y trouve un abri contre le froid. Entamc-t-il une conversation avec ceux qui l’entourent , il commence par égaliser l’espace qui est devant lui, afin qu’à chaque sentence il puisse appuyer son opinion par des figures qu’il y dessine. S’il conclut un marché , il fait aussitôt ses calculs dans le sable (1). Les Maures même et leurs nombreux fakirs et mullahs sont forcés d’accorder au sable la même vertu efficace que l’islamisme accorde à l’eau , et de s’en servir pour toutes leurs ablutions religieuses (2). Mais ce qui est surtout digne d’attention , c’est l’avantage que l’homme a su tirer du chameau , cet animal dont le sabot , l’estomac et la denture correspondent si bien au sol du Sahara , et qu’il a su arracher à l’état de nature pour en foire son esclave et son compagnon.

Le chameau est le navire du désert (3); et, sans lui.rbommenesauraitparcourirl'océan de sable. Sa seule et principale tâche, àlui, consiste dans la connaissance des saisons, des ports, et dans l’art de se diriger dans les directions données. De là vient que les guides sont appelés , dans ces contrées, les savons, les sages, llybeer et Chabir (du mot arabe chabar qui signifieaûroi/-) (4). Comme il n’y a là ni forêts, ni fleuves, ni montagnes, ni sentiers, mais seulement des collines errantes, les llybeers se dirigent d'après le vol des oiseaux, des corbeaux et des vautours qui se rencontrent près des endroits habités, et là où les caravanes ont laissé des cadavres (3) ; ou bien ils suivent, comme des lamaneurs (6), la direction des vents dominans. Comme ils voyagent plus souvent la nuit que le jour, ils ont aussi quelque connaissance (7) des étoiles et de leurs constellations; ils connaissent, par exemple, l’étoile polaire (8), et s’en servent pour se diriger; mais là se borne, à ce qu'il parait, toute leur science, du moins pour ce qui regarde les sages de la caravane de Timbouctou et du Dar-Four. Ils ne connaissent pas non plus la boussole , bien que certains historiens arabes nous assurent qu'ils se servent du

(1) Lucas , rroceedings, I, p. 97.

(2) Jackion* Account, p. 59.

(3) Browne, Trar., p. 250.

(4; Bruce, Tray., VI, p. 142, cl Tychacn, Ann», tur dcit- Ucben Ausg. Tb. 5, p. 309.

(5) Barmol, Afr.,111, p. 44.

(8) Secuen, Moiu l. Corrc»i>ondcot.

(7) SMI frmicl, Voyage, dans R.loy, Loti, ctr., p. 348. \8) Jackson** Acc-, p. 284 — Browne, Trar., p. 248.

DABITARS Dl/ DÉSERT.

tibla-name dans leurs voyages à travers le désert (1).

De même qnc , dans les glaciers du nord , les guides des Alpes , pour ne pas s’égarer dans les labyrinthes et les précipices des collines de glace, amoncellent des tas de pierres , de même aussi les Hybeers réunissent toujours quatre à cinq blocs de pierre qui leur servent de guide pour s'eu retourner, ldi où les pierres manquent , ils sont obligésde tracer leur direction d’après telle ou telle saillie.de rocher (2) ; mais cette manière n’est pas très-sùre, attendu que souvent les rochers sont recouverts par les sables.

Nous voyons ainsi que partout les plus grands obstacles s'opposent h tout ce qui tend h devenir stable, dans cet océan de sable. Browne (3) , dans son voyage au Dar-Four , observa plusieurs fois que les plus habiles des guides (chabirs), qui avaient déjà fait douze fois la même route, ne pouvaient se retrouver dans ces plaines sans tin et étaient obligés d’expédier des émissaires pour se reconnaître.

11 n'est donc pas étonnant que les guides soient les sages du peuple, dans un pays où tout est errant , la nature aussi bien que l'homme et les peuples , les dynasties et les religions. Dans quelle autre contrée de la terre, le caractère particulier de la nature locale se montre-t-il aussi puissant et aussi influent que dans le désert?

Quelque incomplète que soit notre connaissance des habitans du Sahara , il importe cependant que nous en tenions compte , parce qn'ellc nous dévoile tout particulièrement cette influence du lieu sur l’individualité , influence funeste qui devient ici un obstacle presque insurmontable au développement libre et indépendant de l’individu. Mais, comme l’espace ne nous permet pas d’entrer dans aucun détail, nous nous, liornerous à quelques résultats d'observations faites dans ces régions et complétées d'une manière très-importante par les dernières relations de Riley , de Ritchie et du capitaine Lyon (4).

Les Tibbos, les Touariks, les Maures, sont les habitans du désert.

1. Les Tibbos, divisés en six bordes différentes , dont l’une est celle des Troglodytes (leur

(1) Description de Eipanna de XerU AîcJrU, Je D J. conde. Uadrid, 1780, p. BU».

(2) Browne, Trav.,p. 240.

(3) Ibid., p. 187.

(4} Ri:cyr Los», Ibid. } p. 385, 307.— R il chie tu Qualctiy Review, 182U, H»y,p. 230.— lyon» Narrative, p 225, clc.

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cri, suivant Hérodote, ressemble à celui des chauve-souris mtnpiïit) (1), habitent au sud de la cliaine d’oasis septentrionale. Suivant Lyon , ils ont reçu par suite de leurs migrations continuelles le surnom d 'oiseaux (Lyon, Narrai. , p. 227). Ils sont continuellement en route , pillent les caravanes lorsqu'ils le peuvent, et sont leurs guides et leurs commis entre le Bornou et le Fezzan. A en juger d’après quelques échantillons de leur langage , ils parlent un dialecte de la langue berbère ; les Tibbos de Bilma habitent au milieu des nègres qui sont ici les noirs les plus septentrionaux de l’Afrique septentrionale (2).

2. I.rs Touariks, beaucoup plus nombreux et plus puissans que les précédens , forment la majeure partie des habitans des oasis ; ils habitent, au sud-ouest, depuis le Fezzan jusqu'au Bornou ; au sud , jusqu'au Soudan et au Timbouclou; h l’ouest jusqu'à Fez et Maroc. Ilss'approchenl h l’ouest du pays des Berbers et se confondent avec eux ; plusieurs de leurs colonies habitent dans le Fezzan (h Sokna) , h Augila etSiwah; ils parlent la langue berbère, qui est la langue du commerce dans tout le nord de l’Afrique (3). On rencontre des Touariks sur toute la ligne d'oasis qui s’étend sous le méridien du Fezzan jusqu'à Cascbna, dans le Soudan (par Tabou , Chanet , Tagazy , Gazer, Agbadez, Tegama). C’est là la grande route commerciale qui forme la communication entre le centre actif de l'Afrique et le Nord. Dans la direction de l’est à l'ouest, l'influence des Touariks s’étend depuis le désert libyque jusqu'au Haut-Atlas. Tous sont adonnés à la vie nomade; ce sont des courtiers, des guides des caravanes, des marchands (4). Mais ils n’ont pas conservé partout leurs mœurs et leur manière de vivre originaires ; à l'est ils se sont confondus avec les Tibbos, à l'ouest avec les tribus berbères, au nord avec les Arabes.

Ce peuple parlant la langue berbère , est en

(1) Hérodote, IV, c. 183. — Borncmann , Voyages, I p. 144, 171. — Rcnncll In Appendix, p. 267,270. — Pline, HUI. nat., V, c. 8.

(2) Hornemann, Voy.; I, p. 157. — Lan g lés , Ibid. , il , p. 284.— Valer, aiUiridatcs, 3«' Tb.t I, p. 45.

(3) Hornemann, l, p. 250. — Baradco, Lettres f 1800 , P. 405.

(4) Pline, Hl»t. nat. , V, c. 5. — De Barro», Asie, d«t., f, lit*. 3, c. 8, fol. 33 b; lib. 2, c. 2 , fol. 22 a. — llornc tnann, I, p. 162. — Rcnncll In App. , U, p, 206, 279. — Procccilings, I, p. 163

AFRIQUE, BASSfcS TABRES : II' DI VISIO-'', J 38.

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jiossession île toutes les parties commerciales de l'Afrique septentrionale , depuis Agbadez et Gadamès jusqu'à Fezzan , Augila , Siwah. Les Jlaghrebis sont egalement devérilablesBerbers, de même que les chefs du Dar-Four et tous les peuples aborigènes du gradin supérieur du Nil.

C’est là sans doute un des phénomènes les plus remarquables de l'histoire des peuples , phénomène répandu uniformément sur d'immenses espaces et dont on ne trouve d'exemples dans aucune partie de la terre. Mais comment s'est formée cette ceinture (1) remarquable de colonies commerciales répandues sporadiquement sur un immense cercle qui semble Teposer sur autant de piliers qu’il y a d'oasis dans le vaste océan de sable?

3. Les M aubes ( de Mauritanie , itoros) , habitons du désert, dont il est ici question , ne doivent pas être confondus avec les habitans des villes (2) qui portent le même nom. Ce sont des hordes errantes , différentes des tribus bédouines et arabes; elles appartiennent très-vraisemblablement aux Berbers, qui, par leur mélange avec les autres nations, par l’adoption de l’islamisme et par le climat brûlant sous lequel ils errent dans leurs affreux déserts , sont arrivés à ce point de dégradation qui caractérise aujourd’hui le peuple bâtard des Maures (3).

Divisés en un grand nombre de tribus (600 selon Marmol) , ils se précipitent de temps en temps, comme les vents ardeusde leurs déserts, sur les états voisins : les Saharawans se dirigent sur le pays de Maroc et de Fez (4) , les Azenagha à l'ouest sur l’Océan , les tribus des GedoumaA, Jafou, Lovdamar-Birou , au sud sur le Sénégal et le Niger, jusqu’à Timbouctou. Ils se jetteut régulièrement, d’après l'ordre des saisons, à l'imitation de la plupart des bêtes sauvages, sur le sol fertile des pays arrosés par les fleuves, et, sous le nom redouté de Maures, menacent de plus en plus de soumettre les peuples nègres, plus dociles (8). Ils dominent

(1) Becren,ldccn, II, p. 321).— laraden, lettres, p.82l>.

— ljlbrldalcs, Ibid., p. 27.

(3) De Barres , Alla Dec., I, Mb. IV, s. 4, c. 4, (01. es, a.

— Ludolf, Comment. In blat. Ælb., (ol. 64.— barrnol, Afr., III, P. 66.— burana, Vop. , U , p. 84. — Jackson > Arc., P. 140.— Dltbrldales, l, p. 380.

1 3) Leo'Afrlc.y dans I orsbacb, p. 35. — Edrlsl, Sd. Marimann, I, p. 127.— Valer, ■Itbrldales, III, p. 28.

(4) Jacksoo's Acc., p. 88, 140. 288, 287.

(5) Golberv , Vragm., p. 90, 134. — «ungo-Plrk, Trav., p. 149. — Bcnuill, App.; Lajallle et Durand, vos. au SCnd*

sur le bord septentrional du Sénégal et du Niger, jusqu’à Houssa et Caschna , où le désert confine presque au Niger, circonstance qui a étendu et consolidé leur domination à l’ouest. Ils se sont même déjà établis sur le bord méridional du Niger; en un mot ils sont les maîtres des cours mnycus du Niger et du Sénégal, mais ils ont à l'est plus d'habitations qu'à l’ouest , dans le Sahara plus que dans le Sahel. Les habitations des .Maures forment , à la frontière méridionale du Sahara, du côté de la steppe du Niger, une zone qui court de l’ouest à l’est, parallèlement à la bordure méridionale du désert et s'étend comme une ceinture étroite (entre les 16“ et 20° lat. nord) jusqu'à la terrasse de l’Abyssinie ou jusqu'en Nubie (1), occupant ainsi un espace » de près de 1,000 milles géogr. en longueur. L'ardeur du climat qu'ils habitent, joint à leur vie errante et vagabonde, excite leur sensibilité jusqu'aux passions les plus déchaînées, étourdit leur imagination et les rend durs et indomptables. Placés entre les Arabeset les Nègres, ils ont adopté les vices de ces deux races , sans posséder leurs vertus (2). Riley prétend avoir rencontré parmi eux des hommes et des femmes très-âgés, qui paraissaient entièrement desséchés et comme des momies vivantes; ilsjouissaient d’une grande vénération de la part des plus jeunes. On dit que beaucoupde Maures atteignent l'âge de 200 ans, et l'on donne même à quelques vieillards un âge de 300 ans (8 zillc des Arabes) (3), affirmations que toutefois on ne doit pas toujours prendre à la lettre.

I” Rciaboli.

Sel , Tibbar , Kowriu.

Cn aperçu comparatif des routes commerciales à travers l'Afrique septentrionale ne serait peutêtre pas ici sans intérêt , si l'espace nous permettait de les constater, ne fütce que dans les six principales directions ; mais ce sujet a déjà été amplement traité dans d’autres ouvrages (4) , et

gai, II, P. 84. — W. Touog, dani les rrocecdlogi.il, p. 336. — Jackson, p. 296.

(1) lungo-Park, Trtv., p. 112. — GolbCrv, p, 93.

(2) Ibid., p. 162. — Renncll, App., p. su. — Browue, Tra v. . PrCf., p. nv. — Jackmn'a Act'., p. 56.

(3) ancy ■ lois , p. 413.

(4) lungo-Park, Trav., p. 140.— aeonelt. In App. , II , p. 366, — Jackaon't Acc., p. 287*301. — Leniprièrc, Tour (rom Gibraltar to larocco , 2* cd. tond , 1793 , lu-8”,

HIBITAXS DU DÉSERT.

M. Walckcnaer (I) en ayant fait le sujet d’un ouvrage critique très-méritoire , nous no dirons que peu de mots sur les mojens d'échange ou sur cet équivalent qui, dans toute l’Afrique septentrionale, représente l’argent. Il nous apparaît principalement sous trois formes différentes, comme premier besoin : le tel, comme monnaie avant cours à 1 étranger; 1 e sable d'or; et. comme monnaie usitée dans l’intérieur de l’Afrique , les coquilles kawriei. Nous avons parlé plus haut des esclaves. (Voir § 18, 2* éclaircissement.)

La nature , autant que nous pouvons en juger aujourd’hui, a refusé lo sel gemme à tout le plateau d Afrique , et môme à d'immenses espaces des terres planes. Mais, en revanche , ce minéral remplit d espace en espace les profondeurs des déserts presque inabordables, tout autour de la pente septentrionale des terrasses do la Haute- Afrique. Le sel est devenu un besoin capital et un article de luxe pour tous les peuples qui habitent le plateau des nègres, par exemple, ceux de Guinée (*i) , de la terrasse des Fouilahs (3), les Mandingos (4), et tousses habilans du Soudan. A mesure qu’ou s’avance dans l’intérieur, il n’y a plus que les riches qui soieulà môme de s’en procurer la jouissance.

Les nègres le regardent comme indispensable à la santé , tout aussi bien que nous ; les Arabes répètent mille fois cette tradition : que les peuples nègres sont obligés de se frotter les lèvres avec du sel, pour les empêcher d’entrer eu corruption et décoller ensemble (3).

Il est probable que nous ne connaissons que la moindre partie des mines de sel des déserts. Combien de bancs de sel ne sont peut-être pas enfouis sous les couches de sable? Les carrières les plus connues sont celles do Tegaassa otf Tagaza septentrional et oriental (8) (peut-être est-ce là le même nom que lo Tisheet de Mungo-Park?) (7) ; celles d’Aroan, au nord do Waletelde Birou ; le lac salant Doumbou (Domboo) , et d’autres dans le Bornou et leBilma (8); le sel gemme de Dar- Four (8); celui des monts llaraza, dans le Kor-

p. 355. Proceedlngs , |, p. 102 ; n, p. 03, 85. — Hornrmaany Voy., éd*Langlè', !f p. 102 ; II, p. 260, 207, 284.

(1) C.-a. Walckcnaer, Recherche» géographiques sur l’Intérieur do l’Afrique septentrionale , etc. Paris , 1821 , arec une carte de l’Afrique septentrionale.

(2) Roemcr, leise, p. 276.

(3) Wioterbollom, Sierra-Leona Arc., I, p. 8.

(4) Mungo-Park, Trar.,p. 305 cl 279.

(5) Stewart, GeaandscbafUrelse, p. 114.

(6) Jackson s Acc., p. 286.— Léo Afrlc., dans Lorsbacb, p. 476.

(7) lungo.park, Trav., p. 140 — Rennell, App., p. lsi*.

(8) Shérif I mMara med in Proeccd., I , p. 159, et Bcaufay.

(9) Browne, Trav., p 268.

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dofau (l); les carrières do sel de la terrasse do Sennaar (2). etcellesde la terrasse littorale de Bayiour (3), sur la mer Bouge. ( Voyez , plus haut, Habech, § 10, 3* éclaircissement.)

Tous ces eodroils sont d’une importance capitale pour l’histoire de la nature et de la civilisation du continent africain. De nombreuses caravanes s’y rassemblent annuellement pour acheter du sel, qu’elles échangent, dans le Soudan, contre de l’or et des esclaves. Toutes les carrières que nous connaissons jusqu’à présent sont situées, comme un grand arc, autour du plateau, sur le bord de la Nigrilie. Hérodote déjà savait (4) qu’on ne trouve pas de sel au sud du Niger (3).

En beaucoup d’endroits du Soudan, les tablettes de sel ont le même prix que des lingots d’or. Mungo-Park trouva qu'a Mandingo le prix courant d’une tablette de sel de 2 pieds 1/2 de longueur, 1 pied 2 pouces de largeur et 2 pouces d’épaisseur, était de 1 à 2 livres sterling (o). A Dar- Koulla (7), 12 livres de sel valent un esclave mâle de quatorze ans. Nous avons parlé ailleurs du prix du sel dans le Itabecb.

De tous les métaux qui, dans tout le monde, semblent destinés par la nature à servir à l'homme comme mesure de sou activité terrestre, l'or est, en Afrique , le plus généralement répandu , mais non pas le seul; le fer au^i sert de monnaie sur le plateau élbiopique.

Mais la poudre d'or, appelée généralement l#6bar , est un produit particuliérement propre au Soudan. On ne la trouve qu'au sud du Niger et du Sénégal (8). Là, chaque nègre marchand parcourt le pays avec sa lili-kissi (9) ou balance d’or, parce que ce métal y est encore uue marchandise, et que son prix est exposé à la baisse et à la hausse, selon que les circonstances sont favorables, qu’il y a affluence de marchandises et d'étrangers.

Les coquilles de mer , si counues sous le nom de kawriet, cauris, sont la troisième monnaie de l’intérieur de l’Afrique; elle n'a cours que là , ci elle est, pour le Soudan , le véritable argent, l’équivalent généralement employé dans le commerce. comme chez nous l’or.

Ainsi se rétablit, par un échauge réciproque ,

(t) Browne, Trav., App., p. 459.

(2) Bruce, Trav., 2« ôü., VI, 267.

(3) Alvarez, Blst. «Je Albiop., p. 54 — Bruce, Trav., tu,

(4) Rennell, App. In Mungo-Park, Trav., p. imv.

(5) Hérodote, IV, c. 181.

(6} Mungo-Park, Trthr., p. 385.

(7) Browne, Trav., p. 308.

<8) vungo-Parfc, Trav.,p. 209.— -Rennell, App.,p.t.xsxv. — Jackson'* acc , p. 307.

(9) Mungo-Pirk, Trav., p. 305.

l’équilibre dos valeurs fictives. Si le produit du continent, l’or du Soudan, a reçu à l’étranger celte valeur qui fascine et éblouit les hommes , les produits de l'Océan, c’esl-à-Jire ces insigni- Piaules coquilles qu’on pèche dans les profondeurs de la mer Maldi vienne, n'eu sont pas moins devenues l’objet de leur cupidité au centre du conli* uent.

Les kawries sont tin article de commerce en Guinée, d’on on les expédie , comme monnaie, dans l'intérieur du contiuent ; ils sont encore la monnaie du pays , sur la terrasse des Fonllahs (1), ainsi que sur le Niger, depuis le royaume de Iîambarra jusqu’aux pays lointains de l’est.

Lorsque Mungo-Park se vit abandonné, devant les portes de Ségo, parce qu'il ne possédait pas dix kawries pour passer le Niger, le rot de cette ville lui fit présent de 5,000 kawries (2). Une centaine de ces coquilles lui suffisaient pour se procurer journellement sa nourriture et celle de son cheval; 250 kawries, selon lui , pouvaient bien avoir la valeur d'un scbelling. Ils servaient aussi de petite monnaie à Sansamiing , de même qu'en Guinée (3).

Plus loin, à l'est, par exemple à Caschna (4), les kawries sont appelés par les marchands arabes huâdiah ; par les nègres, cardie; à partir de là , ils n’ont cours qu’au sud du Niger. Macrizi déjà les mentionne dans le Soudan (Sj. A Caschna, 2 50 kawries valent 1 schelling (6) , comme à Ségo. Ils ont moins de valeur à Tiinbouctou , centre du pays des kawries. On les paie plus cher à Mandingo. Dans la direction du nord-est , ils n'ont cours que jusqu'au Bornou où le cuivre sert de monnaie, d’où nous concluons que les kawries ne circulent comme monnaie qu’entre les limites du Soudan.

Mais par quelle voie cette monnaie océanienne arrive-t-elle en si grande quantité dans l'intérieur de l’Afrique? Vient-elle de la côte de Guinée par Assianthe , Dogomba et Timbouctou, pour de là se répandre dans l'est et l'ouest du Soudan , ou bien peut-être par une route encore plus courte , par la côte de Mozambique ? Celle question n'a pas encore été suffisamment résolue. Le grand usage qu’on en fait explique seul comment cette monnaie arbitraire peut en même temps avoir cours dans l’Indoustan et le Soudan. Lorsque les Européens découvrirent le cap Comorin (7) , sur

(1) winterboltom, Acc., I, p. 8.

(2) HuoRO-Pjrk, Trav., p. 201.

(3) Ibid., Journ. of a Mission 1816, p. xu, Addond. Meredlib, Goldcoast, p. 183.

(4) Procecdlngs , I, p. 160. "

(5) Macrizi, dans Burckbardi, Trav., p.5D2.

(6) Draufoy , dans Renne 11, App., p. LS XXV.

(7) sprenRcI, Gescbicbte der Gcogr. Ealdcckungrn, 2e Aun , p. 176, 316.

le plateau de Dekan , les marchands de ce pays» recevaient déjà , des habilans des Maldives . des kawries en échange de leurs marchandises. Marco Polo les connut, comme petite monnaie (porceffane), dans le pava riche en or, de Yunnan (l) en Chine, 1300 ans avant Jésus-Christ. Sous U dynastie des Mongoles (2), lorsque la puissance continentale asiatique prédominait dans l’Inde , le prix des vivres se calculait par kawries , par exemple , à Orissa. Ils ont encore cours, de nos jours, dans le Haut-Tibet (3) et le Candahar. Dans le Bengale, 2,400 kawries valent un schelling, et cependant , pour un kawrie, on peut encore acheter quelque chose , bien que ce soit la plus petite monnaie qu’on puisse imaginer. Leur prix, comme nous l'avons vu, est par conséquent dix fois plus élevé dans le Soudan. Les Anglais exportent annuellement (4), par l'intermédiairodes marchands étrangers , prés de cent tonneaux de kawries du Bengale, par la Guinée , dans le Soudan , tandis que, de tous côtés, les autres peuples s’efforcent de s’approprier l’or de cette partie du continent africain. C’est ainsi que les produits inanimés des profondeurs de r Océan et du continent sont devenus les mobiles de l'activité des peuples, le levier et le nerf de toute espèce de commerce sur la surface de la terre.

Coup d'oeil rétrospectif sur l'Afrique : COKCLUSIOÏf.

Si nous voulons nous représenter maintenant àia fois touaples traits ilistinctifs qui composent le caractère de toute cette partie du monde, nous verrons qu’ils peuvent se résumer en peu de mots dans les points principaux qui vont suivre :

1° Par sa constitution géologique, cet individu de la terre est isolé comme une Ile des autres parties du monde.

2“ I-a côte de la iner lui forme partout une limite arrondie, ses rivages sont uniformes, ne présentent jamais de profondes coupures , si on les compare à l’étcmlue de toute la partie du monde.

3° Le contraste des formes opposées du plateau

(1) Marco Po'o , dans Kamusio, II. fol. 35 b.

(2) Ayeen Akberyor lhe losUtutea of the Emperur Akber, translatée! front Use Pcrslao by Fr. Gladsvin. Lond., 1800, ln-4°, II, p. 12.

(3) Râper in Asla Rcs. XI, p. 530 , et Eipblnxtone f-abu», p. 204.

(4) lUnncll, App., p. l.xxxvr

COUP d'oeil rétrospectif.

Pt des basses-terres est extrêmement simple; elles De se touchent qu'en une seule ligne droite qui traverse le Soudan et de l’est h l’ouest, à peu près dans la direction du Niger.

4“ Ces deux formes opposées sont également partagées quant h leur surface, par rapport à toute la partie du monde.

B” Les membres et les sous-divisions de ces deux formes principales sont toujours parallèles entre eux ; ils se font pour ainsi dire équilibre h l'est et à l’ouest, au sud et au nord.

6° La nature toujours parallèle des objets inanimés est aussi uniformément développée dans les formes plus petites, et de lit résulte une symétrie étonnante dans la formation de cette partie du monde, symétrie qui apparaît moins dans les autres contrées, quelquefois seulement dans les membres détachés, et jamais dans l'ensemble des grands individus de la terre.

7" De là résulte encore dans la nature inorganique , la ressemblance qui unit les formes solides comme d’un lien de famille ; des traits de famille très-prononcés pénètrent tous les membres de ces formes, et le type africain prédominant partout , a refoulé ici plus qu'ailleurs le caractère de la particularité.

8° Les systèmes d'eaux courantes qui, dès leur entrée en fonction métamorphosent partout l'uniformité dans la variété de montagne et de vallée , de pays de montagnes , de collines et de coteaux ondoyans, sont ici moins nombreux, moins étendus, plus resserrés, et le volume de leurs eaux n'est jamais si abondant que dans les grands fleuves des autres parties du monde.

9° Les terrasses des côtes ont peu de largeur aux trois côtés où le plateau est bordé par l'océan.

10" Dans la basse-terre du Sahara prédomine la forme d'un sol desséché et couvert du sable de la mer; sa surface n’est pas encore fixée, de sorte qu’au centre même de la partie du monde existe un espace immense qui se trouve encore à l'état de passage de l'océan au continent et qui semble impropre à toute espèce de culture.

11° Le plus grand système d'eaux de cette partie du monde se dirige vers une mer médilerranée, et l'Afrique est privée ainsi d’un grand fleuve océanique.

12" Un autre caractère de l’Afrique, c'est le développement incomplet du grand fleuve du Soudan qui, dans l'intérieur du continent, a excité et favorise le commerce des peuples plutôt que ne l'aurait pu faire une civilisation pro-

duite par des causes plus élevées et morales, comme la civilisation des systèmes d’eaux des autres parties de l'ancien monde, par exemple, de l'Euphrate et du Gange ; ou ne rencontre nulle part rien qui ressemble a ce que nous voyons dans le Soudan.

13" C'est encore le voisinage du pays montagneux des Berbers de l’occident de l’Europe, facilement accessible au moyen de la mer qui l’entoure , et son isolement du reste de l’Afrique parle désert; ainsi placé, ce membre du corps africain n’a eu que très-peu d'influence et trèspeu d'action sur l'ensemble de celle partie du monde.

14" La partie méridionale se trouve complètement isolée des contineus de l’ancien et du nouveau monde, et elle se dresse solitaire dans les vides espaces du pôle sud.

15" La position de l’Afrique par rapport au cours du soleil, fait que cette partie du monde est symétriquement partagée, quant au climat, en deux moitiés presque égales entre elles.

16° 11 résulte de tout cela que le caractère de l’ensemble est moins interrompu ici par l’individualité et que le manque d'opposition et de contrastes dans les phénomènes généraux de cette partie du monde, donne au tout une plus grande uniformité.

Dans la nature inorganique comme dans la nature organique , le développement de la vie marche toujours d’un pas égal avec l'action des forces opposées qui se reproduisent sans cesse , et l’homme lui-mème n’arrive à l’activité intellectuelle et libre que par la conscience claire des oppositions qui sont la condition du progrès: cet individu de la terre étant moins développé, moins diversifié, la nature offrira moins d'excitation au développement de la conscience des peuples, et l'histoire de l'humanité qui est fixée à ce sol, nous apparaîtra moins avancée, moins dégagée de la terre , et par couséqyent moins libre et moins indépendante.

De même que la peau de l'Africain est moins nuancée que celle des autres hommes et soumise encore à l’uniformité de la couleur foncée , de même toute sa nature comme celle de sa patrie est fatalement soumise aux forces physiques du monde des tropiques.

Toutes les parties de sa physionomie sont uniformément renversées et jetées en dehors ; elles ne présentent pas cette belle symétrie dans les différentes parties du visage, par laquelle l'habitant du Caucase s’éloigne le plus de la

forme animale, et dont le type se présente & nous dans la rectangularité du front cl dans la structure plus parfaite de toutes les parties de la face. l)e même la physionomie du grand corps auquel le nègre appartient , nous offre peu de diversité dans ses formes et ses parties principales.

Toute cette partie du monde, malgré sa force et son exubérante richesse, malgré l’ardeur brillante et la puissance de reproduction des races , parait s’ètre arrêtée îi un développement peu avancé dans les familles de ses animaux et de ses plantes. Quoique l’espèce soit ici très-fortement caractérisée , l'histoire de l'homme présente aussi très-peu de variété dans les individus , les familles , les hordes , les peuples , les religions et les états. Toute la partie du monde est enfermée , de toutes parts , dans les liens inflexibles de la forme continentale. La race africaine, considérée comme la plus grande personnalité de l'espèce humaine, s'est laissée dépouiller de son indépendance , et jeter dans l’esclavage, parce qu’elle manquait de développement individuel, et parce qu’elle n'avait pas la force de défendre sa liberté contre des barbares h la couleur plus claire, contre des races plus indépendantes et plus développées. Le temps nousapprcndra si, comme nous l’avons déjà vu souvent dans l'histoire, l’état de l’esclavage doit devenir un principe de civilisation qui éveille la race à la conscience morale , et fasse avancer toute la masse plus vite que la marche de la nature ne permettait de le prévoir , ou bien si la race , n’étant pas douée de forces suffisantes , doit succomber tout entière à ce principe, comme une famille de peuple a été anéantie dans le Nouveau-Monde, et comme une tribu a déjà disparu au cap méridional de l’Afrique. L’époque présente semble déjà nous donner les assurances les plus consolantes du contraire, et la prodigieuse puissance de reproduction qui distingue les habilaus de l’intérieur, nous permettait déjà d’espérer d’avance qu’il n’en serait pas ainsi. L’enfance des peuples de l’extrémité méridionale du plateau a déjà trouvé ses conducteurs et ses maîtres ; peut-être que des tentatives semblables ont déjà eu quelque heureux effet sur la haute terrasse de Foulahdou. Il n'est pas possible de prédire d’avance ce qu’on pourrait y faire, parce qu'il y a des choses qui sont placées hors du domaine de la physique.

Nous concluons par quelques observations qui serviront à appliquer rapidement ce que nous venons de dire à l’histoire de cette partie

du monde : ce ne seront que des indications, parce que nous ne pouvons pas les développer davantage en ce lieu.

L’Afrique . comme nous le dit déjà Hérodote et comme les découvertes des temps modernes l’ont rendu probable, n'a que deux grandes familles de peuples auxquelles les autres se sont unis par émigration ou par mélange ; ces deux races primitives sont les habitant du plateau et les babitans des basses terres, les peuples noirs et bruns, les Éthiopiens et les Libyens des anciens, les nègres et les Berbers des temps modernes. L’Afrique est encore peuplée par d’autres races plus ou moins parentes des deux grandes familles, par des peuples émigrés plus tard ou qui se sont mêlés peu à peu , et que l’on peut considérer comme formant la transition avec les autres peuples qui ne sont pas Africains (1).

Les nègres, habitans du plateau et de ses pentes, jusque dans les gradins du cours moyen des fleuves et même jusqu’aux rivages de la mer, n’ont rencontré nulle part d’états littoraux ou de voisins assrz puissans pour les empêcher de prendre possession drs terrasses fertiles qui bordent leur plateau et des fleuves qui descendent de leurs montagnes. Partout où ils ont pris possession , ils se sont établis comme une famille complètement isolée , et sont demeurés indépendans de toute influence étrangère; ils se séparèrent ensuite en un grand nombre de tribus isolées, et prirent des langages si divers que nous ne sommes pas encore en état aujourd'hui d'embrasser tout le domaine de leur langue.

Nous savons qu'ils sont descendus partout du plateau dans les basses terres comme les eaux de leurs montagnes. Ils se sont ensuite étendus autour du plateau en couches superposées l'une à l’autre, refoulant ou anéantissant les premiers possesseurs , comme sur la côte de Guinée , ou les incorporant à eux comme l'ont fait les Mandingos. Nous ne trouvons chez ces peuples, grandis les uns sur les débris des autres , aucune trace de monumens qui puissent nous donner des indications sur une activité primitive et plus développée. Les langues seules de leurs tribus nous révèlent çà et là l'ordre dans lequel ils sc sont succédés, et nous ne pouvons étudier leurs expéditions qu'en quelques endroits des côtes,

(I) Comparez ll.-r. Llnk, die Orwell und dai Aithcrtum, erlaulcrj durcit die Jlalurkundc, 1821, », 124.

cnip d'oeil b£t*ospectif.

dans le» dernières grandes migrations qui curent lieu pendant les trois derniers siècles.

Les hahilans des terres planes, dont la principale famille est celle des Berbers , ont pris aussi leur caractère distinctif dans les lieux où ils appartiennent au désert. Ce caractère, c'est la mobilité, le rayage, et il se reproduit partout chez eux sous tous les points de vue. Itepuis des milliers d'anuées, la surface du pays a été chassée de colline en colline , la partie orientale mise à nu et la partie occidentale submergée sons les sab.es. Au fur et h mesure que les sources, les wadis, les côtes, les oasis et les surfaces rocheuses changeaient de forme, les peuplades ont été forcées de prendre l’une après l’autre le bâton de voyage. L’homme isolé ne peut s'opposer à la force générale de la nature; et, depuis les .Nasamons d'Hérodote jusqu'il nos jours, les pruptades elles caravanes poursuiventsans cesse, en ces lieux , leurs migrations cycliques et éterne les. Elles ont subi les vicissitudes du temps , des peuples, du commerce et des religions ; mais leur forme se montre toujours la même h travers tout le domaine de l’histoire.

Le caractère des peuples voyageurs se révèle dans leur constitution maigre et sèche, leur frugalité, l’usage qu'ils ont de se nourrir de toute espèce d'alimeus, le defaut de toute industrie nationale , leur facilité à embrasser tout ce qui est étranger, leur manque d'intérêt pour une patrie , le changement des alliances et de la vie domestique suivant les stations, et enfin dans toutes les vicissitudes de leur existence nomade et de leur société civile. Il se montre encore dans l’insolence et la versatilité de leur caractère , dans leur aptitude sociale et dans leur prodigieuse habileté pour les affaires de commerce.

Ainsi le phénomène du déplacement est devenu d’une grande importance pour le développement de toute cette partie du monde. Les migrations, qui sont le résultat de la nature du pays, ont pris la fixité d'un phénomène constant et naturel; comme le flux et le reflux de la mer, comme la crue et le décroissement du Nil, elles ont invariablement leur saison et leur lune. Considéré dans ses grands rapports historiques , il a produit sur la surface de la terre, les deux lignes d'oasis tournées toutes deux h l'Orient, vers une autre partie du monde et également indiquées de l'ouest à l'est et du sud au nord, par les trois grandes colonies commerciales.

Les oasis nous conduisent tout naturellement

h considérer l’influence que l’extérieur a exercée sur l'histoire de l’Afrique.

La nature de celte partie du monde est la cause que, dans une aussi grande étendue , les immigrations de pèuples étrangers ont été si uniformes, comme nous pouvons en juger par le séjour actuel de ces peuples.

là communication de l'Afrique avec l’Asie est également simple et par l'isthme de Suez , ce chemin des peuples étroit et désert, et parle golfe arabique resserré et parsemé d'écueils [asperum sulcatu , dit Edrisi). Ainsi ces points de communication sont très-bornés quant h l’espace, très-simples quant à la forme, très-difficiles quant à l'accès. Cependant l’histoire ne nous apprend rien d'une immigration de familles anciennes de peuples d’Arabie eu Afrique, quoique les Berbers et les Cafres , les uns par la conformation physique , les autres par le langage, semblent avoir une grande affinité avec les Arabes. Nous ne savons pas si cette immigration aurait eu lieu avant la formation du golfe arabique ou depuis, ou bien si les Arabes ne seraient pas plutôt Africains qu’Asiatiques ; en effet, ils semblent avoir eu , dans les temps anciens , moins d'affinité avec les Asiatiques qu'avec les Africains : la nature de l’Afrique ressemble autant h celle de l'Arabie, que les habitans ressemblent aux Arabes , et cette partie du monde s'est , dès le principe, assimilé l'islamisme. Eu supposant que les Cafres émigrèrent de l’Arabie en Afrique, ils durent , une fois qu'ils se furent dirigés vers le sud , s’emparer de tout le pays des côtes jusqu'à l'extrémité méridionale de l'Afrique ; de même les Berbers et plus tard les Arabes , obéissant à la nature du pays , pénétrèrent bientôt en larges et vastes expéditions jusip à l'Océan occidental. -

A l'extrémité septentrionale de l’Afrique, sur ]a côte de la Barbarie, l'antiquité indiqua, dans les deux colonnes d’ilercule , le passage de la Libye à l'ilespcrie. Après les invasions des Goths et des Vandales , les Arabes reconnurent la conformité de la nature de la Libye avec l’Europr. et Us entreprirent de réunir à leur empire la beUe péninsule espagnole. Mais les peuples , par leurs luttes et leurs guerres, mirent la discorde, un moins pendant certaines périodes , dans ce que la nature avait uni ; les traditions et les idées de ces peuples tendirent toujours à faire disparaître cette discorde , parce que le lien commun , formé par la nature , semblait les appeler trop

fortement à l'union. Quand la haine séparait les peuples, les noms A'Alyarre dans THespéric et El-Garb dans le Maghreb attestaient encore l'alliance préparée par la nature. Du temps d’Édrisi, c'était une tradition répandue chez les Arabes qu’llercule , autrefois fatigué de l’antique haine qui existait entre les Africains et les Andalous, alors que la mer ne séparait pas encore les peuples, unit la Méditerranée à l'Océan par le détroit , éleva des deux côtés d'immenses murailles de rochers, et sépara ainsi les peuples rivaux. La même fable a cours encore aujourd’hui parmi le peuple , et l’on dit que Traf-el- Garb, le fameux Trafalgar est ainsi appelé, parce qu’il n’est qu’une partie à'EGGarb : de même Gebel-Tarif, c'est-à-dire Gibraltar est ainsi appelé, parce qu'il est une montagne de cette partie (Trafou Tarif) ou un fragment de l’Afrique (selon d'autres Gebel-el-Tarik , rocher du Tarik , du passage). Ainsi s’unissent les anciennes et les nouvelles traditions des peuples ; ainsi les tendances étymologiques récentes s'accordent avec la science qui cherche b prouver, par exemple, que la Barbarie n’appartient pas au caractère africain , mais ’a celui de l'Europe, ou plutôt qu’elle forme un type unique et propre avec celui des côtes de la Méditerranée.

Si nous jetons un coup d’œil général sur la forme des côtes, nous comprendrons comment la découverte des côtes africaines , une fois entreprise, fut si promptement achevée par deux peuples seulement , par les Carthaginois , de l’est b l’ouest jusqu’aux colonnes d'Hcrcule et jusqu'à Cerné ; par les Portugais , plus tard et dans un espace de temps aussi court, jusqu'à l'isthme de Suez. La promptitude avec laquelle tout le tour de l’Afrique a été découvert ne peut avoir d'autre cause que l'uniformité de ses côtes et leur peu d’étendue relativement à la surface du continent.

Cette uniformité des surfaces , dans l'Afrique méridionale , d'où résulte dans l'intérieur ou la plus triste pénurie, ou la plus grande abondance, qui accroît uniformément ou le gain ou les dangers, manifeste aussi son influence dans le commerce et la religion , les deux mobiles les plus puissans de la civilisation des peuples. La religion et le commerce nous apparaissent ici , comme nulle part ailleurs surla terre, sous cette forme caractéristique qui résulte de la nature du pays, c’est-à-dire sous la forme d’expéditions régulièrement organisées qui mettent en mouvement les masses des peuples.

Poussée par ce mouvement régulier, toute l'activité du Maure africain se dirige annuellement , comme un fleuve , de tous les points des côtes appelées partout les portes du Soudan, vers ce centre merveilleux du continent, ver* le Soudan. Le prêtre comme le roi obéissent b ce mouvement, parce que les classes sont confondues ici comme nulle part ailleurs, et qu'elles ont di) revêtir la forme commune du pays. Ce Soudan , vers lequel se dirige l’attention de tous les peuples indigènes , est en Afrique ce qu’est l’Orient en Asie : seulement ici, conformément b la nature uniforme du continent, le centre du commerce coïncide d’une manière remarquable avec le centre géographique de celte partie du monde. Le Soudan est situé b l'endroit même où se touchent les basses terres et le plateau : on vient enlever l’or étincelant b ses entrailles , ses noirs enfans à son sein , et le génie du gain retourne précipitamment aux côtes, chargé d’or et de malédictions; puis il confie sa proie aux vents et b l'océan de la vie commerciale.

Mais les indigènes ne pénètrent pas facilement dans le continent au delà de ce Soudan , et c’est une tradition commune chez 1rs Maures et les nègres qu’on ne peut voyager dans ces contrées au delà du Tombouctou ; c’est là le nec plus u/lrà, comme le cap Bojador Tétait autrefois pour la navigation , sur les côtes de l'Afrique. Ceux , disent les indigènes, qui sesontaventurés au delà , ne sont jamais reparus , et on n’a jamais su ce qu’ils étaient devenus.

11 est encore beaucoup plus impossible à un blanc d'approcher de ce centre qui ne nous apparait que comme une source mystérieuse et virante de générations et de peuples. Tous les étrangers , du moins jusqu’aujourd’hui , ont été forcés de se retirer , ou ont disparu pour toujours , dès qu’ils approchèrent île ces contrées inconnues , où le mauvais principe règne en maître absoludu sud au nord et de l'est à l’ouest, où la magie et la sorcellerie , les fétiches et les gris-gris ont élevé leur trône ensanglanté. Les ouvrages d’or , les fameuses amulettes ou El- Jlerrez du marché de Jinnie , recherchées dans toute l’Afrique, tiennent encore dans la dépendance et la crainte les peuples du nord de l’Afrique qui ont rejeté le culte fétiche et se sont convertis b l’islamisme. Depuis le commencement de ce siècle , les découvertes se sont avancées toujours victorieuses, quoique lentes, et non sans violences , vers cette noire contrée de l’intérieur.

COUP D'OEIL BÉTKOSDKCT1F.

La conformation physique de cette partie du munde avait même préparé d’avance son développement religieux , et surtout la propagation de l'islamisme à travers toutes les terres planes de l’Afrique , comme aussi sa marche régulière et son introduction sur les plateaux de llabech et de Slandingo.

La nature toute particulière de ces terres planes fut, comme dans aucune autre partie du inonde, si caractéristiquement désignée par des appellations générales , que ces noms , comme ceux de Libye , de Berbérie , lYumidie , Biledulgérut, Sa/tara , liigritie , Soudan , Ethiopie, indépendans des phénomènes historiques dont cette contrée fut le théâtre , se sont toujours conservés les mêmes , malgré toutes les altérations que leur firent subir les Grecs , les Romains , les Arabes, les Européens et les liabitans indigènes. .

Hérodote et ses contemporains , qui étaient plus h même de s’élever h l'intuition vivante de la nature , ne regardaient pas l'Egypte comme faisant partie de l'Afrique. Ils n'avaient pas si grand tort ; car cette contrée , théâtre d’une civilisation si originale, considérée dans un sens plus élevé , se détache du corps de cette partie du monde comme un membre tout à fait indépendant.

La contrée du Sénégal et de la Gambie , située au pâle occidental de l'axe latiludinal du continent, et qui u’a pas l’avantage d’être tournée vers l’Orient, n’est pas arrivée à un haut degré de civilisation , quoiqu’elle semble y être appelée par la nature. Comme c’est l’eau , de tous les élémens le plus étranger pour l’Africain , qui joue ici le rôle de médiateur , il semble que cette contrée ne doive être rendue féconde, pour l’histoire du monde, que par une activité venant du dehors et plus universelle, celle du peuple britannique. Située M'entrée du plateau et des terres planes, tournée vers l’Europe et l’Amérique, f’eteident commercial de la terre, elle est accessible h l'intérieur par des fleuves navigables , comme les côtes le sont pour les étrangers par la navigation océanique; elle semble destinée h servir comme d'un pont, au moyen duquel on pourra découvrir l'intérieur du continent et nouer de nouveaux rapports avec lui. La fondation d’un état nègre libre, celui de Sierra-Leona, la propagation de l’Évangile dans la langue du pays, celle des Sousous , les premiers essais d’une histoire indigène ( If adstrwm , Beavers African mvmorandn ); tout cela semble nous

bVô

prédire que l'histoire va bientôt dérouler ici scs annales, qu’elle a déjà fermées depuis longtemps à l'extrémité opposée. L'Amérique du nord fonde à son tour une nouvelle colonie en ces lieux , près du cap Mcsurado, après avoir essayé en vain d’en fonder une au nord et au sud de l'Afrique , à Derna et sur la côte des Cafres.

L'histoire semble aussi arrêtée h l’extrémité septentrionale de l'axe longitudinal du corps africain , dans les lieux où gisent les ruines de la fameuse Carthage et du Cairvan des Arabes : l'histoire a déjà fermé deux fois ses annales dans cette contrée à la forme européenne, tournée vers le théâtre de civilisations puissantes, vers les côtes de la Méditerranée; une première fois à l'époque des Cyrénéens et des Barcas de Carthage, une seconde fois à la disparition du kalifat.

L’extrémité sud de cet axe longitudinal , tout à fait séparée de l'Orient , du Soudan et de l'Occident, n’a encore apporté que quelques fleurs et pas de fruits à l'histoire de l’humanité ; et cependant elle est, depuis plusieurs siècles, au pouvoir des Européens. Ce pôle sud du continent n’a encore exercé sur lui aucune influence, parce qu'il y est situé comme un point absolument isolé. Si lecapdcvenait un grand caravansérail pour les navigateurs , un vaste emporium pour l'Orient, l'Occident et le Nouveau-Monde ; s’il prenait le rôle d’un immense observatoire , du haut duquel on pourrait jeter les regards sur l’hémisphère de nos antipodes, alors il entrerait dans les rapports de la statistique générale du monde ; et nous pouvons dire que , depuis qu’il est au pouvoir des Anglais, il tend de plus en plus 'a prendre ce grand rôle.

Le temps ne pourrait-il pas venir pour l’Afrique , comme il a commencé pour l’Europe , où les membres les plus éloignés s’organiseront pour concourir à l'activité de tout ce grand individu; de sorte qnc, desonproprecentre.se développeront progressivement l'unité historique, la beauté et la force? Les contrées du llabech, du Mandingo, de Foullah, "a l'aile orientale et occidentale de la pente de la Haute-Terrasse, sont-elles appelées à frayer la route et à ouvrir des rapports généraux avec le Soudan situé au centre? ou bien doit-il sortir auparavant de ces hautes terrasses , comme cela a eu lieu partout ailleurs, un principe original et civilisateur, un principe scientifique , politique ou religieux? l-'audra-t-il que la civilisation soit portée de l'extérieur, et inoculée, pour ainsi.

AFRlyl'E, BASSES TEBBKS : II’ D1VISI0S , § 39.

dire , aux babitans du Soudan, parce que , b en juger d'après tout le développement de l’histoire, les autres sont appelés h donner, et eux b recevoir? ou bien encore le christianisme doitil se répandre, de l’extrémité sud opposée, dans les parties septentrionales du plateau , plus rapidement que nous ne sommes en droit de l'attendre aujourd’hui?

11 ne faut pas oublier qu'en touchant jusqu'à un certain point l’influence des rapports de la nature et des diverses localités , sur la marche du développement de l'humanité , nous ne l'avons fait que pour cette partie de notre planète, pour cet individu de la terre. Comme nous admettons une diversité de races dans l’espèce humaine, diversité ou primitivement donnée, ou formée plus tard, nous devons admettre, comme condition nécessaire dans les deux cas , une variété primitive dans l'individualité de la terre, de laquelle la diversité de races est sortie ou sur laquelle elle se montre dans les peuples autochtones ou immigrés. La plus grande individualité de tous les corps que nous connaissons , celle de notre planète , ne serait , sans cette variété individuelle de ses membres et de ses fonctions , qu'un corps agissant partout mécaniquement et de la même manière dans toutes ses parties; elle ne serait plus qu’une masse inerte et morte, dans laquelle la diversité des forces chimiques ne serait pas même arrivée à son développement.

Chaque membre du plus petit animal a ses fonctions particulières, et chaque partie du monde a ses animaux et ses plantes. C'est le caractère de l'espèce humaine que l'individu soit à son tour un être particulier et sous le rapport physique et sous le rapport intellectuel. Peut-on admettre ainsi que l'homme qui est toujours sous l’influence de la force de la nature soit, dans scs différentes races souvent séparées par de grands espaces , tout à fait indépendant de l'individualité de la planète? Peut-on admettre qu'il ne soit partout et en tous lieux qu'une seule et même expression de la force de la nature, qui

présente cependant des variétés infinies dans ses autres productions?

Dans ce vaste domaine du continent africain , l’immobilité prédomine dans toute la nature ; dans l'histoire de l’humanité, le côté naturel nous apparaît ici plus prépondérant et plus influent que dans les autres parties du monde, et c’est le caractère individuel de l'Afrique , par lequel elle diffère des autres individus delà terre; on pourrait comparer cet état à celui de l’enfance , dans laquelle se trouve la faculté de la raison, mais sans conscience quoique cependant elle brille du plus vif éclat de sentiment et de beauté. Cet état n'est pas inférieur à celui de l'homme développé , seulement il en est différent. La période de l’enfance, dans ceux qui nous sont chers, nous apparaît comme une ravissante image et nous remplit des plus beaux pressentimens, parce que, comme hommes développés, nous pouvons en embrasser le terme et en calculer toutes les phases. Mais, dans la race humaine et dans les peuples isolés, la carrière du développement dépasse de beaucoup la portée de notre conception; car nous qui avons l’éternelle prétention d'avoir atteint le dernier terme de la civilisation , nous ne sommes encore qu'à l'entrée de la carrière. C'est pourquoi , quand nous voyons un peuple dont l'esprit , seulement tourné vers la terre et les choses sensuelles , est exclusivement soumis à la fatalité de puissances finies , cher lequel la lumière de la révélation n'a pas fait briller encore le jour de la régénération (et la révélation seule peut le délivrer des liens de la terre et le lancer affranchi , bien audessus des planètes, dans le monde de l'intelligence), cet état d'enfance doit nous apparaître nécessairement comme un degré d'infériorité et de barbarie.

Nous allons passer maintenant, dans les livres suivans, aux parties du monde, dans lesquelles une plus grande indépendance de ces conditions naturelles a produit une plus grande variété de contrastes dans les phénomènes.

FIH DU VOLUME.

NOTES

D’après les derniers voyage* de Clapperton et des frères Leader dans l’intérieur de l’Afrique, il parait évident que Mungo-Park périt dans le Niger, près de Boussy. Voici la lettre que le schérif de Bokbarj écrivit au capitaine Clappertoo relativement à la fin tragique de rillustre voyageur :

« La louange est due à Dieu seul ! Quant aux deux Chrétiens qui ont été noyés dans la rivière de Bouasy, ils consistaient en deux hommes et en deux esclaves, leur propriété. L’événement arriva ainsi dans le mois de Radjah. Leur navire ou vaisseau, descendant)* rivière, arriva à un lieu resserré ou détroit, »à ils pénétrèrent et restèrent trois jours; mais les babitans de Boussy les ayant aperçus, s’assemblèrent , marchèrent contre eux , et les combattirent pendant trois jours. Quand le oombat devint sérieux, ils ( les Chrétiens ) commencèrent a rassembler leurs effets et à les jeter dans la rivière, jusqu’à ce qu’ils en eussent précipité une grande quantité; et la combat devenant encore plus sérieux, l'un d’eux sortit, et se jeta dans la rivière, et mourut; et de la même manière l’autre le suivit , laissant les deux esclaves emprisonnés dans le navire, de sorte que les mains des babitans de Boussy n’allèrent pas jusqu’à les tuer. Voilà ce que j’ai ealeodu dire, et je signe ;

« La Scuàair oa Uoxn*jir. »

Second Voyage de Clapperton , traduit par Eyrièe et de Larenaudièret Introduction , j>. xxxix.

Pendant leur séjour à Boussa, les frères Lânder reçurent en piésenl, du roi de cette ville, un tobè, qui provenait, selon loi, d’au étranger venu du nord, et que l’on suppose avoir fait partie des dépouilles trouvées dans le canot de l’infortuné voyageur. L’époque de son acquisition par le roi de Boussa correspond parfaitement à l’époque supposée de la mort de Mungo-Park; et, depuis , aucun blanc n’avait pénétré par le nord jusqu'à Boussa.

M. CaikLià, voyageur français , est le premier Européen

qui nous ait donné une description exacte de 1s ville et des environs de Timbouclou.il visita Timbouctou en 1827, mais la trouva fort au-dessous Je l’importance qu’on lui accordait généralement en Europe. Voici à peu près comment :1 s’exprime lui-même à ce aujet : » Celle ville mystérieuse qui, depuis des siècles , occupait les aavans, sur 1a population de laquelle on se formait des idées ai exagérées , comme sur sa civilisation et son commerce avec tout l’intérieur du Soudan, est située dans une immense plaine de sabla blanc et mouvant, bile «'offre, au premier aspect, qu’un amas de maisonaen terre, mal construites. La contrée d’à l’entour est triste et de la plut grande aridité; 1« plus grand silence règne dans la nature ; l’on n'entend pas le chant d'un oiseau. A peine rencontre-t-oa quelques arbrisseaux frêles el rabougris, tels que le mimosa ferruginea, qui ne vient qu’à 1a hauteur de trois à quatre pied*. Cependant, il y a je ne sais quoi d’impoaant à voir une grande ville élevée au milieu des sables, et l'on admire les efforts qu’ont eu à faire ses fondateurs. — La ville est habitée par dea nègres de la nation A'trxour, qui en font la principale population. Les Maures s’adonnent principalement au commerce. Ils sont comparables aux Européens qui vont dans les colonies avec l’espoir d’y faire fortune, et a’en retournent ensuite dans leur pays pour y vivre tranquilles. Ils exercent une très-grande influence sur les indigènes ; cependant le roi ou gouverneur est un nègre. Il ne perçoit aucun tribut sur le peuple ni sur les marchanda étrangers , mais il reçoit des cadeaux. Timbouatou peut contenir an plus dix ou doute mille habitans, y compris les Maures établis. La ville n’a d’autre ressource que son commerce de sel, son sol n’étant nullement propre à la culture. Tout ce qui est nécessaire à son approvisionnement lui vient de Jenné : lerii, 1e beurre végétal, le miel , le colon , les étoffes du Soudan , les bougies, le pimeut , 1rs oignons , etc. Le commerce de Timbouctou est considérablement gêné p-ir le voisinage des Sargous ou Tousriks, nation sau**g« et belliqueuse, qui rend les babitans de celte ville tributaires. Ces Touariks habitent les bord» du Dhioliba (Niger) , et exercent envers tous les nègres le plus affreux brigandage. Ils seraient aaseï forts pour interdire toutes communications entre Timbouctou et le port de Cabra , ai les habitant au refusaient à payer les impôts qu’ils leur imposent, el la

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