TES
ville ainsi que le pays d’â l’cnlour, se trouveraient réduits à la plus affreuse disette.
Tous les babitans de Timbouctou sont télés mahométaos; leur costume est le même que celui des Maures] ils ont quatre femmes , comme les Arabes , mais ils n'ont pas , comme les Mandingue», la cruauté de les battre. Les femmes ne sont pas voilées comme dans l'empire de Maroc ; elles sortent quand elles le veulent, et sont libres de voir tout le monde. Les babitans sont doux et affables envers les étrangers. Les hommes sont de taille ordinaire . bien faits, se tiennent très-droits et ont une démarche assurée; leur teint est d’un beau noir foncé; ils ont le net un peu plus aquilin que chex les Mandingues, et, comme eus, les lèvrestnitices, et de beaux yeux. On voit des femmes qui pourraient passer pour très-jolies. Les habitant de Timbonctou se nourrissent bien, mangent du couscotu, fait de miel cuit avec de la viande et du poisson sec. Les nègres qui ont de l’aisance , ainsi que les Maures , font leur déjeune» avec du thé et du beurre Je vache ; il n’y a que les nègTes d'une classe inférieure qui mangent du beurre végétal. Tous sont d une propreté recherchée pour leurs vétemens et l’intérieur de leurs maisons ; leur lit se compose de quatre piquets fichés en terre, à une extrémité de la chambre , sur lesquels ils tendent des nattes ou une peau de boeuf; les riches ont un matelas en coton et une couverture fabriquée chex les Maures des environs. Les femmes ont l’habitude de se graisser de beurre la tête et le corps, mais moins profusément que les Bambarras et les Mandingues. La grande ehaleur , augmentée par le vent brûlant de l’est, rend cette habitude nécessaire. Le» femmes riches ont uuegrande quantité de verroterie^ au cou et aux oreilles; elles portent, comme à Jenné, un anneau aux narines ; celles qui ne sont pas asscx riches remplacent cet anneau par un morceau de soie rouge ; elles mettent des brasdels en argent et des cercles en fer argenté aux chevilles. Les esclaves femelles des gens riches ont quelques parures en or au cou , et , au lieu de boucles d'oreilles , comme aux environs du Sénégal , elles portent de petites plaques en forme de collier. Après le coucher du soleil, on ne laisse plus sortir les esclaves de la ville, de peur qu’ils ne soient enlevés par les Touariks , qui s'emparent de vive force de ceux qui leur tombent sous ls main. Un distingue plusieurs mosquées dans la ville : la plua remarquable est celle de l’ouest. Cet édifice est construit en briques séchées au soleil, à peu près de la forme des nôtres. La partie ouest de la mosquée parait d’une construction très-ancienne, car toute la façade de ce côté est tombée en ruines. Les murs sont enduits d'un sable gras, semblable i celui dont sont faites le» briques, mélé avec de la glumc de rit. Les autres parties de l’édifice paraissent avoir été bâties bien longtemps après ; quoique l’ouvrage en soit asset parfait pour un peuple qui ignore les règles de l’architecture, il est bien inférieur i la partie la pins ancienne. Les murs de la mosqnêe ont quinxe pieds de hauteur, et vingtcinq à vingt-six pouces d’épaisseur. La partie orientale de l'édifice est composée de six galeries dont Ice trois premières ont cent quatre pas ordinaires de long ; les trois suivantes n'en ont que soixante-quatre (1).
(1) vnjr. |p dessin ilans faillit1.
Caillié suppose que le Niger , qui est maintenant a huit* milles, au nord de Timbouciou, passait autrefois tout pré» de 1a ville*
Le port de Cabra est situé sur un des bras du Niger, qui forme ici une grande ile marécageuse , et toute inondée lors des débonlemena. De ces immenses marais , la vue ac porte sur le village de Cabra , situé sur une petite montagne qui le préserve de l’inondation. On assura à Caillié que, dans la saison des pluies, ces marais sont oouverla de dix pieds d’eau , et qu’alors les grosses embarcation» vont mouiller devant Cabra. Un petit canal conduit à ce village, situé à trois milles, au nord , du grand port ; mais il n’y a que des embarcations moyennes qui puissent y entrer. Les babitans de Cabra, à peu près su nombre de mille à doute cents, sont tous occupés, les uns à débarquer le» nombreuses marchandises qui viennent de Jenné, lesautres à les transporter à Timbouciou à dos de chamean et d’àne.
Il se tient journellement, s Cabra, un marché approvisionné de toutes sortes de marchandises venant du Soudan. Le» rues de la ville sont étroites, mais aster bien tenues. Le» habitant louent leurs magasins aux négocians pour y déposer leurs marchandises. C’est à Cabra que les Touariks reçoivent les impôts qu'ils exigent des embarcations.
Ja *»i (1) est , suivant M. Caillié, une ville plus importante et pins riche que Timbouciou. Elle est située, à l’ouest de cette dernière, sur une grande ile du Niger, formée par un bras qui s’en détache à Ségo ; elle peut avoir deux milles et demi de tour, et est entourée d’un mur en terre, ayant dix pieds d’élévation et quatorze pouces d’épaisseur. Les maisons construites en briques cuites au soleil , sont aussi grandes que celles des villageois en Europe. La ville est bruyante et animée; tous les jour» il part et arrive de nombreuses caravanes et marchands , qui apportent toute» sortes de marchandises. Jenné contient* aussi beaucoup d'étrangers établis, Mandingues, Foulabs, Bambarras et Maure». On y parle des langues propres à ces quatre tri" bus, et, de plus, un dialecte particulier , appelé kitsour , qui est la langue adoptée jusqu’à Timbouciou. La population peut s’élever à huit ou dix mille babitans. Cette ville, autrefois indépendante, fait maintenant partit d’un petit royaume, soumis à un chef felletab. Les babitans de Jenné sont très-industrieux. « Ce ne sont plus, dit Caillié, oes nègres bruts et sauvage», que l’on rencontre su and; se sont des hommes intelligeos qui font travailler leurs esclaves par spéculation, tandis que, parmi les hommes libres, les riches s’adonnent au commerce, et lea plu» pauvres à divers métiers. On y trouve des tailleurs, des forgerons , des maçons, des cordouniers , des emballeurs et des pécheurs, bref, tout le monde se rend utile. Tous lesbabitans de Jenné sont mabomélans. Les plus fanatiques sont lea Fellelahs ; ils ne permettent pas l’enlrée de la vi.lc aux infidèles. Ils ne connaissent pas d’autre écriture que celle des Arabes ; presque tous savent la lire> mais peu en connaissent la signification. »
Suivant Clapperton , tous lea pays produisant de l’u»
(|j Imite, dans tmijo-rirk,
H OTES.
t*nt appelé* IV an gara dam le Soudan. On appelle aussi ff'angara ou Ouangara loua lea homme* venant de* pays de l'est. LcBamharra porte ce nom, loua lea marchanda de Ganga . de Gona-Biran, d’Àrhanti , de Follano , de Mongagana, de Sommatagilia, de Kom, de Terry, etc. ,aont nommé* Ouangara dana le Uouaaa. Tout cea paya produisent de l'or.
Le Haussa, autrefois l'un de* plus paiaaana royaume* du Soudan, a'étend, à l'eat, de la Quorra au Niger , jusque prêt de* frontière* du Burnou. Lea Fellelaha ou Fellana , qui en firent la conquête au commencement de ce aiècle , •'établirent dana toutea lea province*. Mai», depuis la mort de Danfndio. leur chef redoutable, plusieurs ville* et contrée* ont déjà secoué le joug de* conquérant; dans d'autres, l'autorité se trouve partagée entre lea Felletahs et lea indigène*.
Voici, suivant Lânder, les noms des principaux états qui composent le Houssa :
1° Catshma (Kachena) , auquel tnua les autres paient un léger tribut. Lea Felletahs n’y possèdent plus que la capitale et une petite ville insignifiante.
2* Culbie.
3° Geari , qui , ainsi que Cubbie, a recouvré aou indépendance.
4* Zumfra. Lea naturels y partagent l’autorité avec lea Felletahs.
5° Kano, soumis ani conquérant.
6*» Gober, nouvellement affranchi.
V Kotokora , et 8° tVomba , qui échappèrent à la conquête dcDanfodio.
La ville 1e plut remarquable du Hooasa, après Sskttou. capitaledu sultan des Felletahs, est Kano, située 4 J2-0' 19" latitude nord, et 9° 20’ longitude est de Green. Elle peut contenir , suivant Clapperton , de 30 à 40,000 habitant, sans compter les étraugers, qui, pendant une partie de l'année. y arrivent en foule de la Méditerram e, des montagnes de la Lune, du Sennaar et de l'Achanti. Le marché de cette ville est un des plus riches et des mieux fournis de toute l’Afrique. Les provinces encore soumises aux Fellelaha sont gouvernées par des administrateur* nommés par le sultan; ils restent en place tant qu'il plaît au sultan; s'ils •e conduisent mal , ils sont destitués , et tout leur bien échoit au sultan. L’impôt que paient les provinces n’est pas régulier ; il consiste en toutes espèces de produits ou marchandises. Le Kano paie tous les mois un tribut en chevaux, cauris et toiles ; d’autres provinces fournissent des esclaves, des bestiaux, etc. Les Houasanis sont généralement actifs, intcUigens et laborieux; ils traitent leur* esclaves plus humainement que toutes les autres nations du Soudan , et te distinguent en général par une civilisation très-avancée. Le dourtih et une espèce de petit millet sont les céréales les plus cultivées dans le Houssa. Les tiges de dourah atteignent à une hauteur de ueof à dix pieds; le grain se conserve pendant deux ou trois an* , lorsqu’il est bien abrité. On récolte aussi en beaucoup d’endroits du froment qui mûrit en trois mois; mata les Arabes ne l’aiment pas , et disent qu’il fait mal à la rate. Le rit de Sa-
ks ton passe pour le meilleur du Houa*a. On élève, dans les jardins, des melon* , des papayes , quelques figuiers et des grenadiers. Les oignons, dont on fait un grand naage, sont excellent, et ressemblent beaucoup 4 ceux du Portugal. L’indigo et le coton sont les principales ressources du pays, et tes indigènes apportent le pins grand soin à leur culture. Les femmes filent le coton, et les hommes en font lea tissus. Lea Hous«anis font leur plu* grand commerce avec le* Arabes, qui viennent échanger leurs marchandises contre les produits du pays. Beaucoup d'objet', précieux en Europe, n’ont presque aucun prix en ce pays, et pourraient être exportés avec un bénéfiee immense, si des communications pouvaient s’établir avec cette partie du Soudan; par exemple, des peaux d’autruche, des dents d'éléphant, etc. Une peau de boeuf tannée ne coûte que 500cauris, ce qui équivaut à six peners, ou 60 cent, de notre monnaie.
Les Houssanis sont en grande partie musulmans, mais ila ne connaissent que le cérémonial de l’islamisme; toute* leurs prières et leurs formules sont en arabe. Clapperton , qui eut l’occasion de les observer scrupuleusement , pendant son long séjour à Sakatou , Kano , etc. , assure que, sur mille individus, tant nègres que Felletahs, il n’y en a pas un qui comprenne ce qu’il dit. Cependant on est étonné du degré de civilisation auquel se août élevés ces peuples, an centre de l’Afrique. Clapperton suppoae que, parmi lea Felletahs , il y en a un dixiéme qui aait lire et écrire.
Il y a même de* écoles pour les esclaves des deux sexes. Les enfans des riches sont ordinairement envoyés , pour recevoir leur éducation, dans une autre ville, à une certaine distance de celle où demeurent leure parene ; île logent communément dans la maison d un ami, et un malem est avec eux pour lee surveiller.
Voici ce que nous ont appris les derniers voyages en Afrique, sur l’histoire et les conquêtes de* Fellslabs.
Avant que Danfndio eût réuni les Foulahs ou Felletahs sous son gouvernement, ce peuple n’était d'aucune importance; il vivait épar* dans une grande partie du Soudan , s’occupant à élever des troupeaux de bétail; la plupart demeuraient dana des cabane* temporaires, généralement au milieu des forêts peu fréquentées, et ne visitaient que rarement les villes. Adonnés à l’islamisme , ils menaient une vie religieuse et pure, passant la plus grande partie de lenr temps 4 lire le Coran et d’antres livres de piété. Personne ne songeait à les troubler ou 4 se mêler de leurs occupations, qui étaient probablement jugées trop peu importante* pour donner lieu 4 aucune crainte. Le Melli , ou lee petiis royaumes de Fouta-Tore , Fouta-Bonda et Fouta-Diella , étaient lea cantons d’où ils se répandaient4 l’est, jusqu’au teropsoùilsdevinreDttrés-nombreuxdanstousIespayssilué* entre les contrées qui viennent d'être nommées et l'Ouadey . Danfodio , leur chef, père du aultan actuel , en fit en peu de temps le peuple le plus puissant et le plus redouté du Soudan. Ce prince était versé dans la connaissance de* langues, possédait toute la science des Arabes, et tous les Felletahs le regardaient comme un prophète. Il sortit de* forêts de l’Ader ou Tadela, s'établit, et bâtit une ville dans la province de Gonber , appartenant au llouasa. En ayant
NOTES
été cbatté quelque temps après, il rassembla les Felletahs de Ion* les pays et tes distribua sous différent chefs, auxquels il remit un drapeau blanc , en leur disant d'aller et de conquérir au nom de Dieu et du prophète, Dieu ayant donné au^ Felletahs les pays et les richesses de tous les Kafira , parce que les Felletahs étaient les seuls Trais croyant. En effet, leur confiance en Danfudio comme prophète, leur nombre, la sécurité dans laquelle reposaient les nègres , facilitèrent rapidement leurs conquêtes. Le Kan o se soumit sans coup férir, le Gouber fut envahi, ensuite font le Houssa. l’Yourio et une partie du fiyffè. Tout le Soudan, de l’orient à l’occident, fut frappé de terreur. Le Bornon, à l’est, et 1 Touriba , à l’ouest, furent assaillis arec succès. Les Tnuribani , qui ne roulurcnt pas croire à la mission prophétique de Danfodio perdirent, malgré leur énergique résistance, un grand nombre de villes , et les Felletahs poussèrent leurs expéditions jusqu’à la côte maritime. Après que 1a puiasance de Danfodio fut fondée parfont, un grand nombre de ses compatriotes accoururent dans le Houssa pour s'y fixer ; il les plaça principalement dans la province de Zeg-Zeg, où il lenr donna les terres et les villes des nègres qui s'étaient réfugiés dans les montagnes. Bientôt des flots d'Arabes arrivèrent de loutea les parties de l'Afrique pour commercer avec lea nouveaux conquérant. Danfodio établit sa résidence à Sankatou, 13° 5* 42” lat. nord et 6° 12’ long, est, qui est encore aujourd'hui la capitale de l'empire des Felletahs, et la ville 1a plus considérable et la plus peuplée que Clapperton vit dans l’intérieur du Soudan.
Après la mort de Danfodio, 1232 de l’hégire ( 1810), le Gouber , le Zamfra et une partie du Cachcnah et du Zeg- Zeg aécouèrent le joug des Felletahs, et tous ceux sur lesquels on put mettre la main furent égorgés. Dans beaucoup de contrées, Us vivent paisiblement et en bonne harmonie avec lea naturels , et souvent ils se sont déjà mélangés avec ces derniers. Leur pouvoir semble généralement mieux affermi à l'ouest qu’à l’est , où , de toutes parts , les peuples vaincus cherchent à regagner leur indépendance.
Noua avons maintenant des notions plus exactes sur le Tahad , ce lac remarquable, situé au centre de l’Afrique septentrionale.
Le Tabad n’a aucun écoulement connu , bien qu’il ait un grand nombre d 'affluent ; il reçoit , entre autres , lea eaux de deux fleuves remarquables : duSbary , venant de pays fort éloignés au sud , et du Yéou, qui tire probablement son origine des montagnes de dans le Houssa,
traverse leBornou, et se jette dans le lac, sous le 13° 30’ latitude nord. Le lac a'étend sur un espace de pluaieurs centaines de milles anglais, entre les 12 1/2° et lea 14 1/2* de latitude nord, et lea 14 'cl 17* longiludcest deGreenw. Il eat borné, au nord , par le royaume de Kanem , à l’est, par le Begharmi (Uaghermé), et au and et à l’ouest, par le Boruou. Ccst sur ses bords qu'est situé Kotika , principale ville du Bornon, et l’une des plus Remarquables de tout le Soudan. L’intérieur et la partie nord-rat du lac sont remplis de petites îles , habitées par un peuple appelé B id dou-
ma h. f , passent pour Kaffirâ. Entre le Bagbermé et le Bornon , près de l'embouchure du Sbary , il ae partage eu une infinité de braa ou lacs de differentes grandeurs , si- . parés par des langues de terre, qui fournissent aux riverains des défenses naturelles contre les attaques de leur» ennemis (1). L'eau du lac eat douce, et agréable à boire. La nature du pays qui entoure le lac eat très-variée Le major Denbam , qui en fit à peu prêt le tour, assure qu’à l’est et au nord, on ne rencontre pour ainsi dire , que fondrières et marécages sans fin. En d’autres endroits, les rives du lac sont fertiles et verdoyantes , surtout près de l’t-mbourhqre du Yéou; l'on y cultive principalement du millet et des haricots.
Le chef de la tribu des Dogganah raconta à Clapperton que le Tshad s’écoulait autrefois dans le Babr-el-G*tel (Voy. p. 277), par une rivière dont le lit desséché se voyait encore.-— Suivant une tradition des Chouàa, autre tribut bornouenne, U sort du mont Thama, au sud-est du Ouaday, une ratière qui passe près du Dar-Four , et forme le Babr-el-Abiad. « Celle eau , dit le voyageur ang’-tis, pourrait fort bien être lu Tshad , que dea remous et des tourbillons poussent , du centre du lac , dans des passages souterrains. Après avoir ainsi coulé sous terre pendant plusieurs milles , son cours étant arrêté par dea rochers de granit, il sort, dit-on, d’entre denx montagnes, et continue à courir vers l’est. »
Le Yéou } coulant , suivant Clapperton , dans la même direction que le Niger, aussi loin que l'explora Mungopark , beaucoup de géographes , avant la découverte de l’embouchure de ce dernier fleuve dans le golfe de Bcuin, prirent le Yéou pour une prolongation du Niger, et trouvèrent dans cette supposition un appui pour leur système de l'identité du Nil et du Niger.
Les voyages de Clapperton et de Drnham , dans l’iutérienr de l’Afrique pendant les années 1823 et 1824 , i.oiis ont fait connaître le Burnou comme un des royaumes les plus important du Soudan, et le seul en état de rivaliser avec la puissance du sultan des Felletahs. Nous extrayons de leurs relations les observations suivantes, sur le caractère et la nature de ce pays et de scs habitant.
Le Burnou est compris eutre les 10° et 15° de latitude nord, et entre lea 12 * et 15° longitude est de Green*. U eat borné, au nord, par une partie du Kanem et du désert ; à l’est , par le lac Tshad , qui occupe un terrain de plusieu» centaines de milles anglais; au aud-oucat, par le royaumo de Loggoum et le cours duShary, qui sépare le Bornou du royaume de Begharmi , et ae décharge dans le Tsbad ; au sud, par leMandura, royaume indépendant, situé au pied d’une longue chaîne de montagnes primitives; et, à l’ouest, par le Soudan. La chaleu;\est excessive , mais nou uniforme : c’cal de mars à la fin de juin que le soleil a le plus de furee. Pendant cette période, qui est en même temps celle des venta étouffans et brûlant du sud et du sud-est, le thermomètre monte quelquefois à 105° et ]U7° de Fahr.
(1) Voy. la carte, dans lo voyage de Denbam cl de Clapperton.
HOTES
( 34° 42’ et 3$* 31*). Les nuits ne peuvent réparer le* forces épuisées du voyageur, le thermomètre ne descendant pas au-dessous de 100* ( 30° 20’ ) jusque vers deui heures • Tarit le jour.
Les orages violens ont principalement lieu au mois de mai , et sont toujours accompagnés de tonnerre , d’éclair» et de pluie; mais la terre est, à cette époque, si sèche, elle absorbe l’eau si promptement, que les indigènes ressentent à peine les incommodités d’une saison si humide. C'est alors que l’on prépare la terre pour les semailles , qui doivent être terminées avant la fia de juin , époque où les rivières et les lacs commencent à déborder. Le pays étant extrêmement plat , des espaces de plusieura millet carrés sont bientét convertis en nappes d’eau. Des pluies presque continuelles couvrent le pays d une atmosphère nébuleuse , humide et accablante. Les vents sont chsuds et impétueux, et soufflent généralement de l’est et du sud.
A l'approche de l’hiver, qui commence au moisd'octubre, les ploies devenant moins fréquentes, lesvillageois profitent de cette période pour rentrer lenrs récoltes ; l'air est alors plus doux et pins frais , le temps serein , et le vent souffle du nord-ouest. Vers décembre et dans les premiers jours de janvier, il fait plus froid an Bornou qn’on ne serait porté à le croire , d après la situation de ce pays. A aucune heure du jour, le thermomètre ne monte an-dessus de 74* ou 75® (18° 65’ ou 19" 09’); le matin, il baisse jusqu’à 58® et 60* (11® 54‘ et 12® 43’).
Ce sont ces vents frais du nord et du nord-ouest qui rendent la santé aux hsbitans. Dorant 1s saison hnmide, ils éprouvent des attaques crnelles de fièvres intermittentes et continues , qui , tous les ans , en enlèvent un grand nombre.
Le pays est très-peoplé ; on y compte treize villes principales , et l’on y parle dix idiomes différens ou dialectes de la même langue. Les Chouâa y ont apporté l’arabe, qui est presque dans toute sa pureté, lia sont divisés en tribus, et portent encore les noms de quelques bordes de Bédouins de l’Égypte. Ils sont arrogans , rusés et artificieux , grands écrivains de charmes, et se donnent pour doués du doo do prophétie. Leur physionomie et leurs habitudes ont une ressemblance frappante avec quelques bandes de Bohémiens (les Zingaris) de l’Europe. Ce sont eux qui élèvent 1a plus grande quantité de bétail; ila fournissent tons les ans an Soudan deux on trois mille chevaux. On dit que lo Bornou peut mettre en campagne quinte cents cavaliers cbouàa.
Les Bornouens nu Kanùry ont le visage large et insignifiant, un gros net comme celui des nègres, la bouche trèsfendue, les dents belles, le front bant. Ils sont paisibles, tranquilles , et l’on remarque dans toute leur personne uno bonhomie et une rondeur qni plaisent. Ils n’ont pas l'humeur martiale, mais sont vindicatifs; les meilleurs d’entre eux commettent de petits larcins, quand ils en trouvent l’occasion ; mais ils sont toujours extrêmement timides. Leur pays fait très-peu de commerce. Leur manière d« vivre est très-simple : de la farine convertie en pâte, asaai-, sonnée de miel et de graisse, que l’on verse dessus , forme la nourriture de tout le monde, et même dn sultan. Ne connaissant pas l’usage dn pain, ils cultivent très-peu de froment. L’orge est également très-rare; le peu qui s’en
cultive est employé pouréteT à l’eau aon goût saumâtre.
Le grain le plus en usage dans toutes 1rs classes est le gossob , espèce de millet , on boulque ; la récolte en est abondante et facile; les pauvres le mangent cm on grillé an soleil. Broyé et détrempé dans Peau , il compose la provision de voyage des pèlerins et des soldats. La kacheia est *a graine d’une graminée qni croit spontanément en abondance près de l’eau : on U fait sécher au soleil, nn la concasse , et on la dépouille de son enveloppe. On la mange cuite, en guise de rix, ou bien on en fait de la farine; mais c’est un mets de luxe. »
On cultive en grande quantité quatre espèces de haricots, nommées moiaaquoua, maraya, klitny et kinmay , connues en général sous la dénomination de grofouty\ c’est la nourriture des esclaves et des pauvres. On connaît à peine l’usage du sel. Le riz snrait pu être cmlliré dans le Bornou avant que ce pays devînt le théâtre des guerres qni l’ont constamment désolé depuis quinze ans. Présentement, ce grain vient des environs de Maffatti , dans le Soudan ; il est rare, et de qualité médiocre. Le sorgho, le coton et l’indigo sont Ica productions les plus précieuses du sol : ces deux dernières croissent spontanément près des bords du Tahsd; le séné est egalement indigène et commun.
Le seul instrument d’agriculture des Bournoticnsestuae houe, grossièrement fabriquée en fer des montagnes de Mandara. Les travaux des champs sont principalement exécutés par les femmes. Presque tout le grain est récolté deux ou trois mois après qu’il a été semé. 11 n’y a peut-être pas, entre les tropiques, un pays aussi dénué de fruits qne l'est de Bornou.
Le peuple ne possède rien an delà des premières nécessités de la vie. Les richesses' des bsbitsns consistent en qsclaves , en bouvardt et en tobis. Le vêtement est composé, suivant la fortune , d’un , deux ou trois tobès, on chemises amples. Les bonnets rouges, qu'apportent les marchands de Tripoli et de Mesurais, ne sont achetés que par les sultans ou les personnes qui lenr sont immédiatement attachées.
Musulmans , et scrupuleux observateurs des préceptes qui ordonnent la prière et l'ablution, les Bournouens sont peu tolérans. « J’en ai connu un , dit Clappcrton, qui refusait de manger avec un individu, parce que, la veille, il n’avait ni prié , ni fait l'ablntion. s
Un Bornoucn, même riche, a rarement plut de denx à trois femmes; on divorce tant qu’on veut, en payant à la femme répudiée son douaire. Les femmes sont très-propres, mais peu jolies; leurs cheveux sont ramassés sur le toupet en trois rouleaux épais et bien mastiqués avec de l’iadigo et de la cire.
Le kdria ou tatouage, par lesquels lea nations vivant sous cet latitudes se distinguent les unes des autres , est fort laid dans le Bornou. Il consiste en une vingtaine d'entailles de chaque côté du visage , allant des coi us de 1a bouche vers les angles de la mâchoire inférieure et de la pommette des joues. Ils ont en outre une entaille sur le front, six sur chaque bras , six aux jambes et aux cuisses, quatre aux chaque sein, et deux de chaque cèle du corps y au-dessus des hanches. Les femmes n’approchent de leurs maris qu’à genoux; elles ne parlenlà un homme que la tête et le visage couverts.
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