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BORD MÉRIDIONAL, COLONIE DU CAP

formée îi cité de l’ancienne, nous commencerons par jeter un coup d'oeil rapide sur l'état de cette dernière depuis sa fondation , en prenant pour autorité les rapports de J. Harrow (1) , l’un de ses plus zélés partisans, ainsi que les excellentes observations dont le savant Hess, prédicateur à la ville du Cap, a enrichi sa traduction de l’ouvrage de Latrobc.

La colonie du Cap s'étendait sur la côte ouest, dans la direction du nord jusqu'au fleuve de Coussie (63 milles géographiques), sur la côte sud, dans la direction de l’est, jusqu'au grand fleuve des Poissons (116 milles géographiques); c'est ici, h l’extrémité Est , qu'elle atteint sa plus grande largeur; toutel’étenduc de la colonie est de 120,000 milles carrés anglais (22,000 milles géographiques carrés). La moitié de cet espace (à peu près 60,000 milles carrés anglais) se compose de montagnes nues et de plaines arides; l’autre partie n’est encore qu’à moitié exploitable ; deux tiers sont des pâturages; un tiersest consacré h l'agriculture. Tout cet espace contenant ainsi 20 millions d’acres de sol exploitable, n'est habité que par 3,000 familles européennes à peu près; il ne peut par conséquent être cultivé qu'en très-peu d’endroits. Le pays du Cap est divisé en quatre districts principaux : 1° le Cap; 2* Slellenbosch ; 3" Zwellendam ; 4° Graaf-Reynett avec plusieurs districts particuliers ; il est gouverné par des Latuidrost. résidant dans une ville ou un village , où il y a une église et une école. En 1798. lorsque les Anglais entrèrent la première fois en possession de la colonie, la population se montait à 62,000 habitons, dont 22,000 blancs, 26,000 esclaves et 14, (MK) Hottentots. De nos jours le nombre des habitans s'est élevé jusqu’à 100,000 et au delà; les blancs sont à proportion beaucoup plus nombreux que les noirs. Les productions indigènes du Cap ne sont pas de très-haute importance ; on y trouve du sel, un peu de cuivre, du fer, des agates, des cornalines; mais le sol ne produit de lui-même ni céréales, ni arbres fruitiers, ni aucune espèce de fruits. On y récolte maintenant du vin, du bled et de la laine : d’après ces trois espèces de productions, les colons se divisent en trois classes : les vignerons, les laboureurs, \e% propriétaires de troupeaux.

La culture de la vigne transportée au Cap, par des proteslans que la révocation de l'édit de Nantes avait expulsés de France, se bornait d’abord à quelques districts dans le voisinage de la

(I) Quarterly Review, pie. Jlî.

ville du Cap; c’est encore là que croit de nos jours le meilleur vin (1), à l'exception des greniers de Zvvartland (terre noire) et de Koeberg. Au delà deZwellendain, du côté de l'est, et au delà de Tulbagh et du Ilexrivier, on ne rencontre plus de vignes, excepté dans quelques possessions particulières. La vigne n'a pas été transportée au Cap, des bords du Rhin, mais de Shiras en Perse, suivant le rapport du gouverneur de Tulbagh (voyez son manuscrit dans Lichtenstein) ; aussi la culture en est-elle encore restreinte à une très-petite étendue de pays, et par conséquent peu lucrative; les différentes sortes de vin , sans excepter le célèbre vin de Constance, sont moins bonnes, qu'on serait en droit de l’attendre d'un sol aussi favorable, si l’on y consacrait plus de soins. Cependant dans ces derniers temps la culture de la vigne commence à faire des progrès et se répand aussi dans les autres parties de la colonie.

Les laboureurs (2) , qui forment la seconde classe de la population, habitent le nord et l'est de la baie de Saldanha et une grande partie du district de Slellenbosch , aux deux revers de la première chaîne de montagnes; ils sont éloignes de la ville du Cap de quatre ou cinq journées de marche; chacun d’eux envoie annuellement 4 à 3,000 boisseaux de froment au marché de la ville. Ils cultivent leurs terres sans jamais les laisser reposer; leurs lourdes charrues sont traînées par douze à seize lîœufs ; ils récoltent au moins quinze fois la valeur de la semence, et dans les années humides vingt et même trente fois. Leur froment passe pour le plus pesant et le meilleur du monde. La colonie du Cap est ainsi comme un grenier d’abondance, pour les autres colonies et pour la marine.

La troisième classe, celle des propriétaires de troupeaux (Vec-Boor) , est en possession de la plus grande partie du pays. En s’emparant la première fois de la côte, la compagnie Hollandaise des Indes n'avait d’autre but que d’y entretenir une station, où ses vaisseaux pussent rafraîchir, à leur retour. Les Hottentots leur fournissaient le bétail dont ils avaient besoin. Rientôt les marchands commencèrent à élever eux-mêmes des troupeaux. Avec de l’eau-de-vie et du tabac, ils enlevèrent aux Hottentots la possession de leurs troupeaux, et les prirent eux-

(1) Weinhullur >1» Cap von «OU , »1CPI.

(2) Harrow, Tr. II , pas 2IS.

mêmes à leur service comme pasteurs. La compagnie n’attachant aucun prix au sol, distribuait d'immenses espaces de terrain , surtout dans les pays situés au delà des chaînes de montagnes (8,000 acres anglais, pour une contribution annuelle de vingt francs) ; elle accordait le choix libre des domaines et le droit de propriété surtout l’espace que l’œil peut embrasser, comme autrefois les Arabes , lorsqu’ils s’emparèrent de l’Espagne. Les habitations des colons, situées ainsi à plusieurs journées, les unes des autres, devaient nécessairement s'éloignerde plus en plus de la capitale. Les plus éloignés, se soustrayant facilement à l'influence du gouvernement, se rendirent souverains indépendans de leurs domaines, et ne cessèrent d’inquiéter leurs voisins, les Hottentots et les Caffres. Les suites funestes de ce genre de colonisation se firent sentir pendant tout le siècle dernier, et furent un obstacle presque insurmontable h toute espèce de progrès.

Répandus dans les immenses plaines de l'intérieur du pays, ces propriétaires de troupeaux sont assez riches pour vivre indépendans (beaucoup d'entr’eux possèdent B à 600 bœufs et 4 à 8,000 moutons); les Hottentots„qui vivent dans des Craa/ji, non loin de leur habitation, gardent leurs troupeaux et leur sont soumis comme des esclaves. Rudes et sales comme ceux-ci et à moitié sauvages, les cultivateurs de troupeaux ne connaissent qi écoles, ni églises, ni marchés, et n’ont de rapports sociaux ni entr’eux, ni avec leurs voisins. Ils se transportent une fois par an, sur d'énormes chariots attelés de bœufe, h la ville du Cap, et y échangent leurs productions qui se composent d’excellente laine semblable au mérinos, de beurre, de savon, déplumés d'autruches et de peaux de léopards, contre des produits européens, surtout du tabac, de l’eaude-vie, du café et des armes à feu. Accoutumés à la vie nomade, ils sont en même temps chasseurs et disposés à toute espèce de brigandages, aussi ils ne se contentent pas de faire la chasse au gibier, et vont encore à la poursuite des indigènes et surtout des Bosjesmans. De là leur obstination à s’opposer à toutes les innovations du gouvernement, et leurs guerres continuelles contre leurs voisins les Caffres , comme auparavant contre les races des Hottentots, qu'ils ont en grande partie exterminés.

Les Hottentots, (1) à l’exception de quelques

(t) quwt. a«r. , t»j. s*a.

races habitant la haute terrasse, sont maintenant dispersés dans tout le pays de la colonie. D'après une énumération faite en 1807, ils comptaienta!ors17,6S7 âmes; leurnombres’estaccru, depuis que le gouvernement britannique les a pris sous sa protection ; c’est surtout depuis l'abolition de la traite des Nègres, qu'on a su apprécier au Cap, toute l’importance de ces hommes libres, quoique Hottentots d’origine. Ce peuple paisible et bon , chassé de ses anciennes possessions, eut à subir le plus triste sort, sous la domination des Hollandais. Le Vaillant prit le premier la défense de ces malheureux ; il releva leurs excellentes qualités et fit sentir toute l’indignité des mauvais traitemens qu'ils avaient à supporter de la part des colons, qui les tenaient dans une avilissante servitude. Après que les Anglais eurent pris possession de la colonie, le générai Craig créa un corps militaire de Hottentots à l’instar des Scapoys, et les rendit ainsi de nouveau à leur dignité, dans la société humaine. Us ne se montrèrent jamais aussi dégénérés, que leurs oppresseurs se plaisaient à les représenter; ils se distinguèrent au contraire, comme toutes les autres troupes européennes , par leur bonne discipline, leur obéissance, leur docilité et leur propreté. La misère et la pauvreté étaient les seules causes de leur abrutissement ; denosjoursils échangent déjà leurs peaux de mouton contre des tissus de laine; dans les nouvelles missions (1), ils montrent même plus de dispositions pour le christianisme et la vie réglée des sociétés européennes, que les cultivateurs de troupeaux de la colonie. Les débris des races bottentotes sont généralement d'une grande utilité aux habitans du Cap , par les services important qu'ils leur rendent ; ils gardent leurs troupeaux, conduisent leurs chariots, et cultivent leurs j ardins et leurs terres.

La colonie du Cap a, de cette manière, repris une nouvelle vie , depuis le commencement du XIX* siècle ; ses rapports tant intérieurs qu’exterieurs se sont améliorés et s'améliorent rncore tous les jours. Pour prévenir les révoltes des colons lointains et pour mieux tenir en bride ceux de l'intérieur , les Anglais envoyèrent également un Landdrost à Craaf-Reynett , pays situé au pied des montagnes de neige, à 100 milles à peu près, de la ville du Cap, dans la direction du nord-est. Le Landdrost fut accompagné d’un prédicateur. Un détachement de troupes

(l) utrobe , tuf, 55 , 239.

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