BORD ORIENTAL, SOPALA , MOZAMBIQUE
plus que dans la Basse-Égypte ; les eaux du Zarabeze doivent donc venir de très-loin (1).
Le fleuve qui s'appelle ici Sena, du nom de la principale province des Portugais, a une quantité d’iles et de gués. 11 parcourt un espace de 56 milles géographiques (60 legoas), et va se jeter par cinq embouchures, dans la mer, après avoir passé par un vaste delta.
La province de Sena confine , au sud, à la côte plane de Sofala; les nombreuses rivières qui sillonnent ce littoral, fourmillent d’hippopotames. Ces terribles animaux, le fléau des petites barques, sont d’autant plus redoutables dans le Zambeze, que ce fleuve forme la seule communication avec l'intérieur du pays (2).
La nature de la terrasse littorale est bien différente de celle des terrasses supérieures. On y rencontre, à la vérité , une végétation magnifique; le gibier, le bétail et les bêtes féroces s’y trouvent en abondance; mais, tout le long de la chaîne limitrophe, le climat est malsain, ce qui réagit d'une manière très-funeste sur Sena, centre de la culture de ces contrées. Une quantité d’indigènes, d’étrangers, deCaffrcs, d’Européens et de nègres en deviennent annuellement les victimes, dans la saison des débordemens. Il en est de même aux rivages de la mer; aussi cette côte est- elle la plus redoutée de toutes celles de l'Afrique.
La terrasse littorale est le repaire des bêtes féroces de toute espèce (5); les élépbans sont rares dans les environs de la côte ; mais on les trouve par troupes vers l’intérieur, dans les immenses forêts qui bordent la grande chaîne limitrophe. De même, eu Asie , on ne les rencontre en grand nombre que dans les montagnes boisées , formant la bordure du plateau, du côté de l'Inde (4). Au dire des Calfres, ils prennent annuellement 4 à 5,000 éléphans avec des lacets; delà la grande quantitéd'ivoire qui s’exporte annuellement aux Indes.
Remarque.
Grains d'or, or massif, fer.
Noos sommes redevables de ce que nous savons de cette côte et de l’intérieur, prcsqu'uniquement à l’or, qui, depuis la decouverte de ce pays, y a
(1) Dos Sanctos, fol. 1540.
(3) Thomas , Relse unJ Lebcusbeschrb. , pag. 123.
(3) Dos sanclos , fol. 1644.
(4) De Barros , Ibid. — «arrool, Africa , I. III , PH- H4.
attiré les Européens arec nne force irrésistible , en dépit des nombreux dangers auxquels ils s’exposent; c’est l’or seul qui a conduit les Jésuites dans l’intérieur du continent de l’Afrique.
L’an 1500, les amiraux portugais Pedro Alvarez et Abrilus Fidalcus , trouvèrent à un endroit appelé Z a p fut l (Sofala), deux vaisseaux maures, chargés d’or, qui faisaient voile pour Méliude (P. Soupçonnant, de là, quelle pouvait être la source des riches, ses immenses des Maures de Mozambique, ils s’approchèrent des côtes (2). Un vaisseau naufragé qu’ils rencontrèrent dans ces parages, ne tarda pas à confirmer les premières suppositions (3), et bientôt la nouvelle se répandit qu’il y avait plus d’or dans ce pays que dans tout le reste de la terre (eim auri ingentissimam esse). De Barros (4), et après lui, les Portugais appellent très-souvent ce pays, le pays de l'or (tracto do Onro). Selon cet auteur, il doit nécessairement y avoir une grande quantité d’or sur les bords des six affluens du Zambèze; le dernier voyageur a pleinement confirmé celle assertion ; il soutient qu'on trouverait le sable d’or dans toutes les contrées de ce pays, si l’on voulait le chercher (5). Ce qui prouve qu’il ne parlait pas sans connaissance de cause , c’est le petit sac plein do sable d'or qu'il emporta de ce pays et qu'il parvint à conserver et à transporter à Lisbonne, après l’abolition de l'ordre des Jésuites, en dépit de toutes les perquisitions.
On trouve la plus grande partie de l’or dans les sables que les eaux de la seconde terrasse du Monotnolapa et Manica entratnenl dans leurs cours; il ne coûte que la peine de le recueillir et de le laver. Les terrains qui coulienncnt de l'or, ne sont pas très-éloignés de la surface , comme par exemple, près de Telle; un arbuste caractéristique indique, dit-on, les endroits où il faut le chercher. On choisit, pour ramasser le sable d'or, la saison des pluies, parce qu’alors seulement il y a assez d’eau pour laver.
L’or du Monomotapa est en paillettes, suivant le rapport des anciens Portugais (6J; cependant oq en trouve aussi en masse et en lingots ramifiés, crénelés et poreui; dégagés de la terre rouge, qui les enveloppe, ces lingots ressemblent à des rayons
(1) Alors. Cadamosto , Navlgatlo , dans Grlnacus. Edit. Basil, 1565, fol. 48.
(2) EJrlsl , Africa , c. Hartmann CXXI.
(3) Al. cadamosto, fol. 63 et f. 04.
(4) De Barros , D. I , L. X, c. 1 , fol. 118 , a.
(5j Thomas , Relie , pag. 130.
(6) De Barros, Ibid., fol. 113, a.
rie rire cellulaire (1). A Manica, on trouve également de l'or massif entouré d'une forte gangue , mai* il passe pour être d une qualité inférieure et a'appelle muluuca («uirant de liarros, c'est ti le nom de ton! le paj»). Lea grains d'or au contraire, qu'on ramasae dans le sable des rivières et des champs, ainsi que celui qu’on tire des mines de six on sept palmes, s'appellent dababo. Ces mines s'écroulent facilement et écrasent souvent les mineurs sous leurs éboulemens.
Au delà de Manies, dans la direction du S., on n’a encore trouvé jusqu'aujourd'hui aucune trace d'or , mais le fer y est très-commun ; les Caffres mêmes de la baie de Da Lagoa étaient munis d'ustensiles en fer (ils av aient ontr’aotres des pipes en fer); plus on s'avance an 8., plus l’usage du fer devient général ; De Barros déji nous raconte que les habitant du Monomotapa savent en faire des haches très-tranchantes (macbadinbat da ftm que cortam mu yi sm) (2).
De mémcquelesMaequiniau 3. nous sont connus comme des peuples habileté travailler le fer et le cuivre, de même les Caffres du Zambrze (3) au nord , se distinguent par leur habileté à travailler l'or : ils en font, nous dit-on, des ioslrumens de toute espèce. Les contrées dont nous parlons , appartenant ainsi au petit nombre d’endroits de l'Afrique qui produisent en même temps de l'or en grains eten lingots(or primitif), elles deviennent parlé un des points les plut important de cette partie du monde, pour l'histoire naturelle et politique des peuples.
4° Éclaircissement.
Colonie portugaise de Mozambique , sur la
terrasse littorale. Sa dernière situation.
Avant qu'on eôt doublé l'Afrique, le côté oriental de cette partie du monde était, sauf ce que noua en lisons dans 1a géographie de Ptoléniée, absolument inconnu aux Européens. Depuis le commencement du XV1° siècle, lesétablissemens des Portugais nous ont fourni quelques notions incomplètes sur l'intérieur du pays. Nous résumerons ici tous les renseignemens qui nous sont parvenus sur la dernière situation des côtes de Mozambique , nous en rapportant en particulier aux observations de U. Sait qui,
(t) Col Ssncto*, V07. to Abjss., fol. 1549.
(2) De Birros , Asla , Dec. I, L. X , c. 1, lot. 119 , b,
(3) Thomas, Retse, pes. 110.
en 1809, fit un assez long séj'our dans celte colonie; par son talent, ainsi que par le poste qu'il occupait, et scs rapports avec le gouverneur et les plus distingués des indigènes, ce savant voyageur fut h même de rassembler le* meilleurs documcns (1).
Dans leurs premiers voyages , les Portugais trouvèrent les côtes orientales , le long de la route de Mozambique, occupées par les Ara 'ses ; l'abondance de l’or et la bonté des rades, qui offraient des points d’abordages commodes pour leur commerce des Indes alors très-florissant , les engagèrent à faire la conquête de ce pays. En 1303 et 1306, ils élevèrent, au mépris de leurs traites avec les Arabes, la forteresse de Sofala, conquirent Quiloa , et construisirent le fort du même nom. En 1308, ils bâtirent la forteresse de Mozambique qui , depuis lors , est devenue le centre de leurs possessions; ils cherchèrent en même temps h déloger les Mahométans de leurs anciennes possessions. Les Mahométans , comme nous l'apprennent leurs géographes, connaissaient depuis longtemps cette côte , fertile en or. Le plus ancien d'entr'eux , Ebn Uaukal (8) (930 après J.-C.), appelle la côte au S. de l'Arabie , vers la mer de Mozambique , 7.ingbar, (Zanguebar selon Bakoui) (3). Après lui, Masoudi lit (967), une description plus détaillée de ce pays, jusqu'il Sofala' t il Dhab qui, suivant ses propres expressions, était de son temps, très-riche en or, couvert de blé, de villes et de fleuves, mais sans neige , sans pluie , sans vaisseaux , et souvent visité par les Arabes. Des marchands étrangers de l'Inde venaient aussi dans le pays de ces Zingi, (c’est-à-dire Zanguebaresou Éthiopiens, que Bakoui dépeint absolument comme les races nègres qui habitent aujourd'hui ces contrées ) , pour y acheter des enfans , comme s'exprime Masoudi , et les transporter dans différentes contrées de la terre. Le commerce de l’or et des esclaves existait donc longtemps avant l’arrivée des Européens. Les coquilles qu'on ramasse dans la mer( Kowries) . servaient déjà alors de monnaie dans l’intérieur du pays. Du temps de Masoudi, le roi de Zingi comiuan-
(1) Benr. Sait, A Voyage to Al.ysilnla and Travel* Info lhe Intrrlor lo tbat couniry , cicculrd uoJer ihe Order» or lhe brltkb Government in 1809-10. London, 1814,4", pag. 12 — 83.
(2) Abu Hatikal , Oriental Geogr. transi. by Wlll. Onsetry. Lon«l., 1800, 4", pag. 22.
(3) Bakui , in itoMcrt et Estr. de Ma. t. II , pag. 390.