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BORD ORIENTAL, SOFALA . MOZAMBIQUE

la côte produisent en abondance. Sofala même n'est qu'un pauvre village, mais le pays d’alentour est des plus fertiles e t produit en abondance des oranges, du riz et des fruits de toute espèce. Lacô te, plane et marécageuse, est recouverte jusqu’à la mer de buissons d ' Aviccnnia tomcnlosa(t) qui, connue sur les côtes de la mer Rouge en Abyssinie, sonthabilés pard'immcnses troupeaux d'éléplians.

De Sofala au nord, jusqu'à Mosambique , on ne rencontre plus que de petits établissemens , à l’embouchure du l.uabo , sur Pile de Euogo, à Angoxa, et sur les lies de Qucrimbo , faibles traces de ce titre pompeux de Dominus Orientons Africœ , que prennent encore les rois de Portugal. Ces possessions étaient jadis plus importantes, parla grande quantité d'or et d’ivoire dont s'enrichissaient les particuliers; bien que la couronne n’en tirât pas beaucoup d’avantages pour elle-même, le pays y gagnait considérablement , par la raison que le bien-être individuel des particuliers réagit toujours avantageusement sur l’état. La grande quantité d'or a beaucoup diminué dans ces pays, depuis quelque temps ( Purchas , Pi/gr, 11 , p. 1 556), mais leur importance maritime, comme relâche dans le voyage des Indes , est encore la même qu'autrefois. Les Portugais en ont tiré dans les trois derniers siècles, tous les esclaves dont iis avaient besoin pour leurs colonies d'Asie et d'Amérique. Hais le mauvais système de colonisation qu'ils suivirent, en subordonnant sans cesse leurs intérêts commerciaux à la soif des conquêtes et en dépensant ainsi leur sang et leur argent dans d'inutiles guerres avec les états voisins , a seul ruiné toutes leurs colonies qui cependant d'abord étaient très-soumises (voy. Brougham, Colonical Policy , vol. 1, p. 460); la décadence de la mère patrie a en outre exercé une funeste influence sur le nouvel état de Mozambique; à peine y voit-on encore une ombre de l’ancienne grandeur, tout y est dépérissement et misère; la valeur relative de son commerce y a considérablement diminué. Ses rapports avec les états voisins cessent de toutes parts, et partout son influence est détruite; en un mot d'après l’état actuel de la colonie , il est à craindre qu'elle ne résiste plus longtemps aux invasions des Barbares; tel est du moins le résultat d’observations faites en dernier lieu à Mozambique même,

(I) sait, voy. to * ton-, e*i >3-

le eentrede la puissance portugaise sur cette côte.

La ville de Mozambique (14° 49' latitude S. et 40° 45' longitude Est de Greenwich), avec un très-bon port (1), est située sur une petite lie en forme de demi-lune ; le côté concave regarde l’océan , le côté convexe est tourné vers la côte. Au sud-ouest de l'ile, se trouve le district de St.-Coul; au nord-ouest, la péninsule de grand Cabaçeiro qui approvisionne seule la ville. Le fort, de forme octogone, défendu par six bastions et quatre-vingts canons, est en très-mauvais état; l’un des édifices les plus remarquables est le palais du gouverneur. La ville elle-même avec ses hahitans, présente ttn mélange bizarre de mœurs et d’usages indiens, arabes et européens (i). Les côtes voisines de Cabaçeiro et de Mozambique , au nord-ouest (là où est située la ville portugaise Mesuril), ressemblent, quant à leur nature, aux riches mais sauvages contrées de Ceylan et de Bombay, à l’est du même océan indien. Entre les forêts de cocos, de mangos et de kachous ( Anicardium occidentale), sont situées , çà et là , les plantations de manioc ( Ja tropha manihoc) , principale nourriture deshabitans. La côte même est immensément riche en productions marines de toute espèce (3), elle abonde plus que toute autre mer, en plantes marines qui brillent du plus beau pourpre; les profondeurs sont pleines d'éponges et de coquilles de mer, les bas-fonds fourmillent de mollusques des espèces les plus variées, le rivage est partout couvert de crabes, de coquilles, etc. Les huîtres qu’on y trouve ( Hammermuschel) contiennent , à ce qu’il parait, des perles de grand prix. Dans les temps de la marée , la pêche se fait avec des nasses , absolument de la même manière qu’elle se trouve déjà décrite dans le périple de la mer Rouge, près de Rhapta. Le rivage est couvert de bandes d’oiseaux aquatiques, de flamingos , de palettes, de différentes espèces de bécasses et de grands hérons ; les forêts fourmillent d'oiseaux et de gibier de la zone torride; sur le bord de la mer, croissent çà et là isolément les ,tf alumpara, espèce d'Adansonie, dont toute la force végétale est absorbée par le tronc, quiparfbis atteint uuecirconférence de74 pieds, sans se ramifier.

(lj voy. Plan of ihc llarbour and adjacent TerrUorica or ■oMiublque laid down b y geometrical observations and from original Portufucae charu , by ». ». Sait, 180».

(ï) Sait, Voy. 10 Abyaa., pag. 23 i 30.

(3) Sali , voy. lo Abyal., pag. 61 .

Z! AUTE- AFRIQUE : U* DIVISIÜX . § 8.

Le gouvernement de la colonie de Mozambique est entre les mains d'un gouverneur, dont le conseil se compose de trois personnes, l’évêque, le soi-disant ministre et le commandant des troupes. Le gouverneur reçoit 12,000 cruzades d’appointemens (720 livres sterlings d'après le calcul de Sait) ; l’évêque n'a que 1 ,800 cruzades; les soldats portugais sont encore bien plus niai soldés, ainsi que tous les employés subalternes. Le capitaine a 720 réauz crusados , le lieutenant n'en a que 800 ( 18 livres sterlings), de manière que les appointeinens du cuisinier du gouverneur sont trois fois plus considérables que ceux du capitaine. Cette mauvaise organisation a donné naissance à une foule d'injustices et d'abus, et a corrompu partout les fonctionnaires civils et militaires qui, n’ayant pas de moyens d'existence suffisans, se voient forcés de s'engager dans des spéculations, avec les cultivateurs et les marchands d'esclaves. Presque tous les fonctionnaires, h l'exception du gouverneur, sont des criminels , auxquels on a assigné la colonie, qui passe pour être très-insalubre , comme lieu d'exil. Les cultivateurs ont dégénéré en une race avilie et méprisable ; aussi les plantations sont-elles en général dans un ctat déplorable; au lieu de produire des objets de grand commerce comme du coton, de l’indigo, du sucre, etc., elles ne sont couvertes que de cocos et de manioc , qui servent de nourriture aux esclaves et en entretiennent le commerce. Les habitans de Mozambique se divisent en deux classes principales : les Portugais et les descendaos des cultivateurs indigènes ; leur nombre ne se monte qu'il 800 personnes, y compris leurs familles. On y trouve en outre des descendons des anciens Arabes qui sont presque tous marins, et des Banianes, c'est-à-dire des marchands et des artisans indiens; ils font le petit trafic comme les juifs, et sont presque tous d'habiles bijoutiers. Ces deux classes comptent à peu près 800 âmes. Le reste de la imputation se compose de noirs affranchis et de mercenaires indigènes, en tout 1.800 hommes. Le genre de vie déréglée, auquel la plupart des Européens s'abandonnent , joint à l'insalubrité du climat , les rend bientôt incapables de service. On peut admettre que de cent soldats européens, il n'en reste que sept après les cinq ans qu'ils doivent y séjourner; il en est de même des fonctionnaires civils.

Cela suffit pour nous donner une idée du triste état de cette colonie qui contraste singulièrement avec la prospérité toujours croissante

de la colonie du Cap. L’ignorance de ses ennemis a seule maintenu jusqu'à présent l’existence politique de cette colonie portugaise ; ses rapports extérieurs (1) sont maintenant aussi défavorables que ceux de l'intérieur. En 1808, des corsaires français n'eurent pas grand'peine à s'emparer de plusieurs forts et lies; ils coupèrent facilement toute communication avec la mer. Les pirates Marati (les Sekelaves des Portugais), peuple guerrier , appartenant sans doute à la race des Malais, et habitant le nord-est de Madagascar, menacent depuis quelque temps les restes de l'ancienne domination portugaise , du côté de l'est, tandis que les Arabes se préparent à l'envahir du côté du nord , et le» races indigènes du côté de la terre.

L’abolition du commerce d’esclaves (2) , l’unique source des richesses de la colonie . lui a porté un nouveau coup, surtout depuis que l’entrée des esclaves dans les possessions anglaises de l'Inde est prohibée.

Les Portugais de Mozambique , quand les vaisseaux anglais qui croisent dans les parages de l'Inde font leur devoir, n’ont d’autre débouché pour le commerce d'esclaves , que leur possession de Goa ; pendant le séjour que Sait fit à Mozambique en 180», sept vaisseaux chargés d’or, d'ivoire et de cinq cents esclaves firent voile pour Goa. Les esclaves s'y vendirent dix, quinze et même vingt dollars, ce qui fait un prix moyen de cinq livres sterlings pour les hommes et de quatre livres pour les femmes et les enfàns. Les Portugais exportaient aussi jadis beaucoup d'esclaves , de Mozambique au cap de Bonne-Espérance, à l'Ile-de-France, à Batavia et dans la plupart des ports de l'Inde.

On en transportait aussi dans les Indes occidentales . même sous pavillon anglais et américain. Ce commerce infâme a maintenant cessé sinon entièrement, du moins en grande partie, et les marchands d'esclaves en sont réduits aux possessions des Portugais dans les Indes, le Brésil , et à quelques contrées de l'Amérique méridionale, qui appartiennent encore aux Espagnols. Dans une seule année, en 180», cinq vaisseaux chargés chacun de trois à quatre cents esclaves, firent voile de Mozambique pour le Brésil ; on peut admettre que sur ce nombre . soixante périssent pendant le voyage.

(1) Sali f Voy. to Abyss., pag. 70.

I») Sali , Voy. lo Abyft . , pag. 75, 35 , 30.

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