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DÉFILÉS CONDUISANT AU HABECH

1™ Éclaircissement.

Chemin ascendant conduisant (TArkiko et cTAdoule situées sur la baie de kt assoira, à ta tarasse de Baharnagach , par te défilé de Taranta.

A. Principale raie de communication. — Un chemin qui fut de tout temps la principale voie de communication entre l’Abyssinie, l’Arabie et l'Inde , part de la côte de la mer Rouge près d'Arkiko , vis à vis le port de Massowa ou Massoua , situé dans l’ile voisine , et conduit dans l’intérieur du pays d’Alpes de Habech. Depuis des siècles, ce chemin est fréquenté par les nombreuses caravanes qui transportent les marchandises de l’Orient dans l’intérieur du plateau. Les pénibles efforts de Valentia et de Sait , en 1801 et 1803 , le voyage que ce dernier fit à Tigré, en 1809, avaient pour but d’ouvrir, par cette voie, de nouveaux débouchés au commerce anglais dans l’intérieur de l’Afrique et dans l’Abyssinie. On pouvait espérer que ces relations, une fois entamées, deviendraient trèsimportantes; ear, au moyen de leurs factoreries indiennes , les Anglais auraient été à même d’y transporter leurs marchandises très-commodément et à peu de frais.

Trois raisons font que le défilé de Taranta est la voie de communication la plus fréquentée.

D’abord toutes les autres côtes de l’Abyssinie étant au pouvoir de puissantes tribus de mahoinélans , ennemis mortels des chrétiens , leur sont plus ou moins fermées. Dans ce défilé qui est le plus court, on est aussi moins exposé à être pillé par les autres hordes barbares (1).

Secondement, on trouve ici un bon port, avantage que l'on reucontrc si rarement sur la côte du golfe Arabique , et la petite lie voisine de Dalac offre de l'eau douce en abondance (2).

Troisièmement , la pointe nord-est du pays d’Alpes se termine peu à peu en pente douce et saillante vers la mer, et présente ainsi un passage commode pour les porteurs et les bêtes de somme, tandis que les défilés du sud , quoique toujours plus larges, sonlbien moins praticables.

A Alassovva la côte se coupantà pic et formant un bon mouiltage, les hordes de mahométanset

(1) Sali, Voy., pag. 158.

(2) \ ale n lia , Tr., I. Il, pag. 56 el 258.

BOBD SEPTENTRIONAL , PATS D* ALPES ABYSSINIEN.

d'autres peuplades sont moins entreprenantes, et les Abyssiniens, protégés par la nature, se défendent plus facilement; aussi loin que s'étend leur haute terrasse , ils ont, de tout temps, su résister aux attaques des peuplades qui habitent les basses terres.

Cela peut servir à nous expliquer un phénomène très-remarquable; c'est que, depuis les temps les plus reculés, toutes les expéditions dansl'intérieurdulIabeschsontpartiesd'Arkiko; Poncet, le seul voyageur qui ait pénétré par la route de Sennaar, a choisi aussi le défilé de Tarants pour s'en retourner (1).

Cette terrasse qui s'étend au loin le long de la côte et la domine, était autrefois le siège de la domination maritime des Abyssiniens sur le golfe Arabique. Aujourd'hui , comme autrefois, elle s’appelle encore Midre Bahar, c'est-à-dire la province des côtes; le gouverneur porte le titre de Bahamagach (i) , c’est-à-dire , souverain de la côte. Cette terrasse est en effet la clef de la mer pour celui qui en a la possession ; le lYajcô ou représentant du sultan turc à Massowa est lui même dépendant du Bahamagach. C'est au bord septentrional de la terrasse qu'est situé Dixan.

Anciennement le Bahamagach résidait, une partie de l’année , à Massowa (3) sur la côte; plus tard, du temps de Poncet, il habitait Dobarwa (4) , défilé conduisant à Gondar; maintenant il a établi, selon Sait, son séjour à Dixan , (fi) défilé qui conduit à Tigré ; tous les gouverneurs se sont ainsi retirés dans l’intérieur, à mesure que la domination abyssinicunc tombait en décadence.

B. Chemin conduisant aux hauteurs.

En partant de la côte plane et sablonneuse d’Arkiko , on s’aperçoit déjà , dès le deuxième jour, que le pays s'élève insensiblement en collines , au sud ; mais ce n'est qu'après cinq journées de marche qu'on remarque le premier gradin du pays d'Alpes Abyssiuien , la terrasse du

(1 ) J. Poncet , Relation abrogée d'un voyage en Ethiopie, 1008-1700 , par CS. le Goblen, dans les lellres ruinantes , IV, Ber. , Parla, 1713, psg. 188.

(3) Historié de las Cosas d'Etlopla et segan que todo cllo lue lesUgo de vlsta Fr. Alvarcr Capellan del Bey D. Manuel de Portug En Anvers A. 1567 ,!n-8°, peg. 39.

(I) Bruce, Tr.,t. IV ,pag. 443.

(4) Poncet, pag. 144.

(5) Vaientla , Tr., t. Il , pas. 488.

Bahamagach (1 ). 1 a côte elle-même n’offre qu’un sol aride et sablonneux, quelques collines desséchées avec des buissons d’acacia ; quand des citernes ne retiennent pas les eaux des pluies , il y a siccité complète danscc pays; aucun fleuve n'arrose cette plage brûlante.

Mais la nature change subitement d'aspect dès que l'on s’élève des éminences granitiques de Toubbo à la montagne de Tarants ; cette montagne traversée par le défilé du même nom, s’étend comme une chaîne limitrophe, du sud-est au nord-ouest. Le pays devient alors montueux et se couvre de forêts et de rivières dont les eaux rappellent souvent à la vie les animaux et les hommes (i) qui ont erré longtemps dans les déserts ardens, où l'on ne rencontre que de l'eau de citerne et de rares et faibles sources dans le sable. C’est ici que commence la région des forêts de Tamarins (Tumara Hindi (3)), qui se continue sur les hauteurs; les acacias ou mi-1 muses, les Gira (4) des indigènes, plantes caractéristiques des déserts brôlans de la Nubie et de la mer Rouge, disparaissent au contraire peu à peu. Les collines et les vallées inférieures sont remplies d'antilopes , les forêts fourmillent de singes, que l’on ne rencontre plus bientôt dans les régions plus élevées (fi).

On y voit aussi des troupes entières d’éléphans; tous les voyageurs en ont remarqué de la fiente et ont vu les traces des dégâts qu'ils causent à la végétation , mais ils n'en mentionnent plus au-dessus de la terrasse. C'est encore ici qu’errent, le long de la bordure boisée de la pente inférieure de la chaîne limitrophe , les nombreuses hordes de peuples pasteurs , nomades et pillards que Sait nous assure être au nombre de cinquante et même au delà. Ils passent la saison de la sécheresse dans les forêts couvertes de pâturages, et à l'arrivée de la saison des pluies , ils se retirent , avec leurs troupeaux, dans le désert plus sec, situé près de la mer.

Près du défilé de Taranta habitent les tribus des Hazorta, qui en défendent l’entrée aux voyageurs lorsque ceux-ci se refusent à leur faire des présens, ou qu’ils ne saventleur inspirer du respect. Les chameaux ne servent que

(1) vilentla , Tr., t. Il , pjg. 480.

(3) Bruce , Tr-, I. IV, p»g. 370.

(3) Browne , Tr., peg. 355.

(4) Mit , Voir., peg. 333.

(5) VaIcdiU, 1. 1 , peg. 481, «I t. lit, pag. 338.

loi

jusqu'au pied du défilé ; cet animal ne peut s'élever plus haut car il n'appartient pas à la nature des pays d’Alpes (comparez l’entrée du Cachemire en Asie); on n'emploie comme bêtes de somme , dans ces régions élevées , que les bœufs et les mulets. Sait lui-même fut obligé de renvoyer trente-cinq chameaux de sa caravane , dès qu'il fut arrivé au délit de Toubbo, lit où commence le pays sauvage et montagneux , et ce ne fut qu'avec graiul'peine qu'il put faire usage de chevaux.

En partant de Toubbo on monte assez rapidement pendant deux jours , Jusqu’au pied du Tarants qui est de granit rouge ; le troisième jour seulement , on entre dans le défilé pénible et escarpé de Tarants qui , s'élevant entre des bancs de pierre calcaire, conduit h travers des ravins et des débris de rochers, jusqu’au sommet le plus élevé , le Sarar, et jusqu'au marais de Tottrabo où les eaux se partagent. On monte pendant trois heures.

Bans cet étroit défilé, la végétation a changé dénaturé. Comme les montagnards suisses, les pasteurs abyssiniens oublient leurs fatigues (1) en chantant, en chœur, de joyeuses mélodies. Près du sommet, se trouvent les forêts de cèdres ( Tud , selon Sait, l 'Ârze des Abyssiniens selon Bruce, Oxycedrus rirginica (2), espèce d’arbre au bois dur qui était en pleine floraison au mois de mars. Sur le sol aride et sec de la terrasse Baharnagach , on voit partout le Kollquall (S) (espèce de Caclus?), qui ressemble il un arbre, et atteint parfois 40 pieds de hauteur; sa forme de lustre et les nombreux fruits de couleur cramoisie qui le recouvrent comme d'un voile, indiquent ici une région toute nouvelle , région qui commence avec le Kantouffa, ( Ptervlobium lacerons , selon le manuscrit de Browne), et où disparaissent les forêts d’acacias des régions inférieures. Au-dessus de la région des Kollquall on rencontre çà et là des groupes d’un arbre inconnu jusqu'à présent et qu’on appelle H'âra ; son feuillage ressemble à celui de l’osier, ses branches sont couvertes de lichens ; c'est avec le AVâra que commence la région froide des forêts de cèdres.

Du sommet du défilé de Tarants qui conduit dans le domaine du Baharnagach , l'œil découvre, dans l'intérieur, les hautes et immenses chaînes

(t ) Sait, Y fi,. , pas. 235.

(2) Valentla, ». Il, pas. 186. — Bruce, I. IV, pag. 272.

(3) Bruce, t. VI, pag. 154 , U 11. 10 cl 11,

de montagnes de Tigré et d'Adowa. Pour arriver à la haute plaine où est situé Dixan, on ne descend qu'une heure, tandis qu'il faut sept journées pour monter de la côte à la terrasse. Le climat change absolument au delà de cette bordurede montagnes (1) ; le même phénomène se présente à l'est et à l’ouest des Glial, sur le plateau de Dekan. L'air de la haute plaine était, lorsque Sait la visita , très-chaud et très-sec , la plaine aride , tous les lits de rivières de l’O. sans eau (c'était au mois de mars), d'immenses forêts de Kollquall s'étendaient sur les plaines dans la direction de Dixan.

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