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C. Étendue et surface de la terrasse antérieure

La terrasse antérieure du Baharnagach s’étend au sud, dans la direction d’Antalow, dans une vaste plaine montueiise , fertile et entrecoupée seulement par quelques rangées de montagnes peu élevées ; elle comprend une élenriuedequatre journées de marche jusqu'au défilé de Recaito qui conduit à un second gradin très-escarpé . mais moins haut (2); à l’ouest elle s'étend sur les plaines de Zeraï cl de Serawe , fameuses par la beauté des chevaux qu'on y élève , et l'abondance des pâturagesque Sait compare aux prairies de l’Angleterre ; elle est bornée par un affluent du Slareb (5) , le fleuve Babzar.

Le bled et surtout le maïs ( India corn) y est très-cultivé ; on y trouve aussi des oliviers sauvages et des darou, appelés suivant Bruce et Sait, Daroo dans la langue de Tigré et Werca chez les Arabes. Tarou appartient au petit nombre de mots sanscrits qui ont quelqu'analogie avec la langue éthiopique, et signifie arbre ; Doure dans l'Amhara veut dire forêt. Le pays est ici très-peuplé ; il est habile par une race de couleur trcs-foncée (r ery dark complcxion, selon Sait, et non pas de couleurcuivrée, comme le prétend Bruce) , divisée en plusieurs tribus qui toutes parlent la langue Geec/i et se regardent comme indépendantes de Tigré. Le ciel est, sur cette terrasse , plus clair, plus étoilé et plus étincelant que dans les basses terres (4), phénomène qui résulte de la grande élévation absolue des montagnes; l’Européen respire ici pour la

(1) Sali , y or., pa(. 230.

(2) Valentia , t. lit , pas. 13.

(3) Bruce, I. IV , pas. 2S5, 295.

(4) sali f Vos., i>as 230.

BORD SEPTENTRIONAL , PATS D'ALPES ABYSSINIEN

première fois un air frais et bienfaisant; partout il rencontre des troupeaux de beaux moutons noirs (1) et une magnifique espèce de vache». toutes de couleur blanche et courertes d’un poil très-fin; la hyène tachetée , Felis crucuta qui est très-nombreuse dans ce pays fertile , en dévore malheureusement une grande partie.

Dans cette région située entre les hauteurs et les basses terres , sur la limite de deux climats très-differens , les toits plats (2) peuvent encore résister aux pluies des tropiques. Plus loin , sur la terrasse de Tigré , près de Génater, selon Sait, près de Kella , selon Bruce , on trouve déjà des toits à forme conique; à Antalow on n'en rencontre déjà plus d'autres.

Deux routes conduisent de la terrasse antérieure du Baharnagach à Gondar, aujourd'hui capitale du Ilabesch, située sur le lac de Txana : l'une se dirigeant vers le sud , passe par Antalow et Tigré; l'autre tournant plus à gauche , passe par Adowa, Axum et Siré; Sait a suivi la première jusqu'à Antalow ; Poncet et Bruce choisirent la dernière qu'ils poursuivirent jusqu'à Gondar.

Nous ferons encore observer que, depuis un certain temps , le pouvoir des Baharnagach est tellement affaibli, que chaque chef de village prend maintenant ce litre.

2* Éclaircissement.

Chemin ascendant, conduisant do l'arantterrasse du Baharnagach à ta terrasse de Tigré.

Dans son premier voyage. Sait traversa le défilé de Reraitu à quatre journées au S. de Dixan, et entra ensuite dans de larges plaines couvertes de verdure, Hadjaian, et souvent interrompues par des collines rocheuses. Après avoir monté graduellement vers le sud pendant quatre journées, il rencontra le second défilé , qui conduit à la plaine d 'Ayadde. ha route va pendant cinq jours en droite ligne vers le sud; on entre ensuite après avoir franchi le troisième défilé, celui de Cbelicout, dans les hautes plaines de ïerdure d’Antalow (3). Dans son second voyage, Sait suivit la même direction , mais avec

(I) Vslentla, I. Il , pat. 507.— Bruce, t. IV , pat- 870. (8) Valent., ». Il, pas- *04,1. lit, p»j. *1,60.— Iruce, t. IV, pas. 897.

(3) Valent., Trav., t. ni, pas 80.

une légère déviation à l'O. ; jusqu'à Antalow , la route le conduisit également à travers de hautes plaines , entrecoupées quelquefois par des gorges de montagnes qu’il appelle Chat, comme celles de l’indouslan. Il traversa d’abord, près de Dixan, les plaines de Zaral et de Serawe(l) qui s'étendent à la base occidentale du Tarants. Elles sont d'une hauteur absolue très-considérable ; malheureusement Sait ne put les mesurer , son baromètre s'étant brisé ; le climat était déjà très-tempéré . au mois de mars , la végétation , au contraire , ffès- tardive , comparativement à celle des basses terres. Les champs étaient couverts de froment et d’orge en épis. A quelque distance, à PE. , cette haute plaine était bornée par le groupede montagnesd'Adowa. Une seconde (2) plaine , différente de la précédente et plus ouverte , se présente ensuite au sud et sépare les montagnes d’Agamé et de Haramat situées à 4 milles géographiques à PE., du fleuve Taccazzé , à l’O. Elle est couverte de sable, et (à et là on voit s’en élever en couches perpendiculaires, des rochers isolés de pierre calcaire, de schiste et de granit. A son extrémité méridionale, un défilé conduit dans les hautes plaines plus méridionales et plus élevées de Giratta et d'Enderta , où sont situés Chelicout et Antalow. Ces deux hautes plaines diffèrent entièrement des précédentes ; les mêmes roches ne sont plus ici perpendiculaires, mais au contraire, inclinées, et leur surface recouverte d'un sol noir et glaiseux , très-propre à la culture de l'orge. Les eaux de ces plaines élevées se dirigent à l’O., et viennent se réunir au Tacca né (3) , après avoir parcouru les contrées les plus fertiles et les plus riantes ; c'est dans quelques enfoncemens , qu'on rencontre les seuls bosquets et les seuls forêts du plateau si pauvre en bois , quoique riche en gibier et en pâturages. C’est encore ici que se trouvent bâties sur des collines, les résidences du souverain de Tigré, Antalow et Chelicout.

Les gradins des montagnes s'élèvent tout à coup plus rapides et plus prononcés au S. et à l’O. , au sud ils vont se confondre avec les hautes montagnes de Salotoa, Bora et de Lasta, et à l’ouest avec les cimes neigeuses du Samen (4).

D’Antalow on aperçoit au sud (non-seulement dans la direction du N. au S., comme dit Bruce,

(t) SU», Vo J., !»{. 844.

(8V Sait , Ibid. , P»c. 8*4 , 398.

(37 sait , Ibid., psg. 34* » 3*0.

(4) Sait , Ibid., pas. 983.

HACTE-AraïQUE : ni* m Visio*, 5 10.

mais aussi dans la direction de l’E. au N.-O. , à peu près au 13° 30' latit. nord, suivant la dernière carte de Sait) la haute chaîne de montagnes de Tigré (1) qui, s'élevant rapide et escarpée , se présente à l’œil comme une rangée de sommets dentelés, déchirés et en forme de tours , qui tous vont se perdre dans les nues. Cette même chaîne sépare aussi le haut Habech, au S.-0.,de la terrassede Tigré au N .-K., et comme la communication entre ces deux points est trèsdifficile , le Ras ou gouverneur °ile Tigré , Ras » elle ta Salasse, n’a pas eu grand’peine à se déclarer souverain indépendant. Déjà , du temps de Tellez, cette haute chaîne de montagnes, formait , près delà provinced’Angote qui confine au S.-E. à Tigré, la frontière entre ce royaume et les hordes de Galla qui avaient pénétré jusque-là dans le Habech oriental (S). Les mêmes rapports politiques existent encore de nos jours , comme nous l'apprend l’histoire de la dernière guerre entre Tigré et les Galla du sud, à laquelle prit part en 1808 un Anglais nommé M. l’earce, favori du Bas de Tigré (3). Le pays de montagnes de Lasta , situé au 12° latit. sud, et du 39” au 40° long. E. de l’ile de Fer, près des sources duTaccazzé , forme la province limitrophe (4) entre le domaine actuel du chef de Tigré, et les possessions de Gojee, prince des Galla. Ce chef devenu très- puissant, gouverne actuellement la province d’Angote , qui confine au S.-E. à Lasta. Son armée, forte de 40,000 hommes, fut battue près de la montagne de Zingilla , par le Ras de Tigré, Vellcta Selassé. La défaite de Gojee mitde nouveau lcsmonlagnes de Lasta au pouvoir du Ras de Tigré; elles forment maintenant la province limitrophe de ses états, et lui servent tn même temps de rempart contre Amliara, situé au S.-O. , au delà duTaccazzé supérieur, cl appartenant encore à l’empereur d’Abyssinie. Au sud des hautes montagnes de Lasta, s'étendent jusqu’à Shoa, au sud et vraisemblablement jusqu'à Narea, les vastes hautes plaines, habitées actuellement par la race des Edjow-Valla, sous le commandement du célèbre Gojee. Les montagnes de Lasta forment un rempart inexpugnable au snd ; peu de troupes suffisent pour en défendre l’entrée. Les habitans des monta-

it ) ValenUa , Tr., Ub. 24.

t 2)s*M,dan»valenlla, t. lll,p. 60. — Bruce, I. IV, p. 346. — Telles dam TbCreeot , Sec., pas- 15.

(3) Selt , Y07., pag. 2S8, 204.

(4) sait, soavelie carte d'Abyulnle,

gnes de Lasta parlent la langue Am/tara, et diffèrent déjà sensiblement des habitans de Tigré ; ils ont lieaucoup de jactance , et sont d’excellens cavaliers (1). D’un autre côté, au nord, le Ras de la terrasse de Tigré n’a pas grand'peine à tenir en respect le fliajeb de Massowa. Les Portugais appelèrent le Ras de Tigré, Tigremcan , c’est-à-dire vice-roi, à cause de la grande autorité qu’il exerce dans la plus complète indépendance.

Au milieu de la terrasse de Tigré (2) , est situé Adrnca , résidence du Ras ; sa domination s'étend sur tout le pays d’Alpes Abyssinien, situé à l’E. du Taccazzé, et comprend les provinces de Siré, Tigré, Knderta (où est située Antalovv, la capitale) et les côtes de Boré et de Baliar. Toute cette étendue de pays s'appelle Tigré, parce que la langue de Tigré y est dominante, tandis que la langue Amhara est exclusivement parlée au S. et à l'O. du Taccazzé (3).

La terrasse de Tigré abonde en pâturages; dans les plaines on fait annuellement deux récoltes (4) de froment, de poa (pou Abyssinien ) et de mais ; le coton dont les Abyssiniens et surtout les habitans d'Adowa font leurs vètemens, y est en abondance : les oranges, les citrons, les grenades, les bananes, tous fruits qui V ont été transportés par les Portugais (3) , ne se cultivent que dans les jardins. Le Darou parvient comme dans la terrasse précédente à une grosseur et une hauteur extraordinaires. Partout on trouve des forêts et des ruisseaux ; aussi les montagnards de Tigré se livrent continuellement aux plaisirs de la chasse et du bain.

Le pays qui s’élève ici graduellement est partout bordé de montagnes et de rochers stratifiés horizontalement et entrecoupés de fentes verticales qui les partagent en énormes blocs de rochers, semblables à des ruines (6). Leurs parois sauvages , nues et escarpées pour la plupart , sont souvent perpendiculaires et présentent l'aspect de tours immenses et une foule d'autres formes singulières. Au pied de ces parois de rochers, sont partout entassés d’immenses blocs détachés ; tout à coup les défilés en sont encorn-

ai »»it,vor ,r*s- 270-

(2) Sali, Voy., pag. 164.

(3) Bruce, Tr., t. IV, pag. 33, el l. II , pag. 401 , dam Murray Appendli Vocabulary.

(4) Brure, t. IV, p. 316.— SaU.dan*Valeolla, I. III, p. 231. (6) Sali, dan» Valenlla, f. III, pag. 24 et 110.

(6j Sali , Ibid. , pag. 60, 66, 72.

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brés pendant les terribles pluies des tropiques, et deviennent ainsi impraticables aux voyageurs. Dans beaucoup de plaines ces décombres couvrent une grande partie, quelquefois même les trois quarts du pays , de sorte qu'un quart du terrain seulement est propre b la culture. Ces masses détachées semblent caractériser toute la terrasse de Tigre (1). Quand les voyageurs donnent des détails géologiques, ils nous apprennent que ces rochers ou blocs sont rarement des roches primitives (2). Ce sont, au contraire, des roches de Derbyshire (Toadstone , c’est-à-dire desamygdaloldcs), delà brèche, du schiste, et surtout du grès; leur forme cubique et leur fragilité le prouveraient d’ailleurs; quelquefois, cependant, on trouve aussi des pierres calcaires, en couches horizontales; Sait rencontra les premières de ce$ montagnes à forme de tour ou de forteresse, près du défilé de Recaito et à Devra- Damo; Bruce en vit pour la première fois sur la frontière de la plaine de Zuraî , à Addicotla (5). Elles forment souvent entre leurs parois immenses, des défilés très-étroits qui servent de repaire aux voleurs. C’est de là qu’ils fondent sur les voyageurs, les attaquent et les pillent; quelquefois cependant ils ne font que prélever un impôt qu'ils prétendent leur être dti par les passons.

Dans le Habech, beaucoup de noms de lieux se terminent (4) en Ber ; cette terminaison désigne presque toujours des défilés de la nature de ceux dont nous venons de parler.

lr" Reuarqür.

Hoches de grès , antres , forts , Ambas.

Alvarez (5) rencontra dans son voyage du fleuve Tacazzé à la province d’Angote, les montagnes A' Abrigima , et y trouva un grand nombre d’églises taillées dans le roc.

Sait (6), après avoir parcouru la plaine A'Ayadde, arriva entre des montagnes rocheuses h la grande église d'Abouhasoubha ; il prit cet édifice taillé dans le roc et orné de colonnes et de bas-reliefs, pour une des églises que l'empereur Lalibala fit bâtir par des ouvriers égyptiens ; cette opinion lui valut l'estime et la bienveillance des poêles abyssiniens,

) Sait , dan* Valeotta, t. lit, pag. 1 72, 70, 74, 27.

(2) Sait, ibid. . pas- 13, 06.

(3) Bruce , Tr., t. IV , pag. 294.

(4) Bruce, Tr., pag. 297.

(6) f. Alvarez , flist. de Etbiop , fol. 70.

(6) Sait, dan» VaJent., t. 111, pag. 29.

qui le vantèrent comme un grand architecte. Déjà Ludolf ( 1) qui nous raconte la même chose , assure que ces églises sont taillées dans des roches trèstendres comme les ermitages qu'on trouve près de St-Maurice, de Soleurc, de Regcnstein, et de Goslar.

La pente septentrionale du Habech dans le Tigré (2), est habitée depuis les temps les plus reculés, par des peuples troglodytes; leurs cavernes sans nombre sur les bords du Tacazzé (3) sont toutes taillées dans le grès (soft, gritty , sandystow) ; car on no trouve ici nulle part des roches primitives; elles ne paraissent libres et à découvert que dans les terres planes inférieures.

On sait aussi que les habilaos de Doba et de Dancali vivent dans des cavernes, de même que les Troglodytes d’Agatharchide et d’Artemidor qui, comme l’a prouvé Niebuhr, n’habitent pas h s côtes, mais les montagnes de la terrasse de Tigré.

Ces faits peuvent jeter une grande lumière sur le haut pays d’Alpes du Habech. Aussi loin que l’on a parcouru la chaîne limitrophe, ainsi que ses hautes et basses plaines, on les a toujours trouvées couvertes d’énormes masses de grès 6tratiformes et présentant pour 1a plupart, à une certaine hauteur , des couches horizontales. Delà l'uniformité remarquable des montagnes dans tout le plateau, même lorsqu'elles offrent, à l’extérieur, les formes les plus variées et les plus bizarres.

II est impossible de déterminer jusqu'où cette forme caractéristique s’étend à l'intérieur, mais en tous cas, l’analogie de cette formation avec celle du bord méridional de la Haute-Afrique est trésreroarquabte. En Abyssinie comme dans lo sud de l'Afrique , on ne trouve nulle part de Cor en grains; mais le fer y est si abondant , surtout à Rcgemder, à l’E. du lac des sources du Nil , qu’on n’a pas besoin de creuser pour le trouver. Dans plusieurs provinces on se sert de petites monnaies en fer (4) (voyez plus haut, Lord u.éridional , Irr div.,chap. 3, éclaire iss. 2, remarque 1.)

Dans les montagnes d’Abyssinie et dans les provinces de Samen , d’Ambara , et quelquefois même du milieu des plaines , on voit s'élever comme des tours , des pyramides ou d'énormes cubes ( metœ maxima , arces quadratæ , etc.) des rochers qui ne sont abordables que par des gradins taillés dans le roc, ou par des échelles. Leurs sommités sont planes, unies, couvertes de champs, de forêts,

(1) (.odoir, Bist. Ætb.,t. II , c. 6 et Comment., p. 236.

(2) B. G. Niebuhr , Cber Troglodileo )n Tlgro , loi luieun fiir AlU rlli. W. 2 vol., 1810.

(3) Bruce , Tr., t. IV, pa*. 32.

(4) Alvarez , Hist de KUiiop., fol. 64.

de soarces ei de rivières ; tantôt de moindre , tantôt de plus grande étendue, quelquefois même elles ont plusieurs journées de longueur. Les Abyssiniens appellent ces montagnes caractéristiques, Amba (1). De là le nom d ’Amba, qu'on relouve si souvent uni à d'autres noms comme Amba Gcshen (la prison royale), Amba Quexen (2), où se trovuent les plÿs élevés et les plus escarpés de ces rochers; Amba Gidéon , le célèbre rocher des Juifs, résidence du gouverneur de Samen; Amba 5anaf . forteresse célèbre par la conquête qu’en fit en 1541, Chr. de Gaina; Amba Dorho, Amba Damo , Amba Danet , etc.

Ces Arnbas sont des forteresses naturelles et souvent imprenables, qui seules ont protégé jusqu'à présent le pays contre les hordes sauvages des Galla du sud ; à l'E. , elles ont servi aussi de rempart puissant aux chrétiens d'Abyssinie, contre les expéditions annuelles des fanatiques mahométans.

Les cimes des Ambas nous offrent une ressemblance frappante avec le kœnigstein, le Sonnenstein et le Lilienstein en Saxe ; ce n'est qu’à grand’peîne qu'on parvient à les gravir au moyen d'échelles; on y élève les animaux et les fardeaux avec des cordes comme, par exemple, à ArobaGeshen; les auteurs anciens en racontent une foule de merveilles. Sait compte aussi an nombre des Ambas, DwraDamo{ 3) qui s'élève de la plaine de Serawé ; il fait en même temps remarquer la grande ressemblance de ces rochers avec les forts indiens ; nous avons déjà appelé l allenlioD sur celle analogie à l’occasion de Gicalior.

L’air est toujours très-frais sur les Ambas. Ils ne sont pas tous entièrement isolés; mais ils se rapprochent, se groupent, à mesure qu’on avance vers la haute terrasse; les gorges deviennent toujours plus étroites, les défilés s’élèvent plus rapides et plus escarpés , et forment des zigzags continuels jusqu'à ce qu’ils se confondent en un seul et grand corps avec la haute terrasse. Arrivé au sommet, on ne descend plus ou du moins très-peu ; la route se prolonge pendant plusieurs journées de marche sur la surface plane du plateau. Telle est du moins la forme du Lamalmon , le plus célèbre, le plus haut elle pl us escarpé des défilés de l’Abyssinie (4).

A mesure que les Ambas s'avancent dans les basses terres en s'éloignant de la haute terrasse, ils s’isolent davantage, et perdent de plus en plus de

(1) Ludolf , OUI. .€th., 1. 1, c. 6.

(2) Telle*, dans Tbcvcnot , pag. 24.

(3) Sait , Voy., pag. 244.

14) Bruce, Tr., t. «V, 371. — Ludolf, RUt. Æth., t. I, c. VI. et coramcDl., fol. 106.

leur hauteur et de leur étendue; mais leurs formes deviennent toujours plus singulières et plus bizarres; ils rappellent alors les montagnes du Piquet au cap de Bonne-Espérance , les monts des Merveilles en Chine , les rochers de grès d’Adersbach en Bohême. Ils forment des espèces de murs souvent si étroits qu’on les croirait à peine capables de résister aux vents , ou bien des masses cubiques, des tables (inshapeof a hearth-stone comme dit Bruce), des obélisques, des pyramides , quelquefois même des cônes renversés comme le pain de sucre d’Adersbach (l).

An pied de ces Ambas et des terrasses qu’ils forment, le sol est couvert de débris de rochers; les plaines quoique sablonneuses sont abondainmeot arrosées par les pluies des tropiques, et par conséquent, couvertes d’un humus fécond et d'une riche végétation. Lorsque le humus esteutratné dans les vallées par les eaux des montagnes, il donne à la Kollaetà la Mazagaun caractère tout particulier.

2e Remarque.

Terrasse de Tigré , comme siège de la civilisation . royaume d'Axum.

La terrasse de Tigré qui domine la mer voisine, a été tout particulièrement favorisée par la nature. C’est au milieu de cette terrasse que sont situées les ruines à peine retrouvées encore, de villes jadis très-importantes, d'où sont sorties autrefois la puissance politique et spirituelle, la langue et la civilisation qui , de là , se sont répandues ensuite sur tout le pays d’Alpes.

A une journée de marche d’Adoton, près du groupe de montagnes du même nom, ou rencontre sur le Mareb supérieur entre deux collines, à l'extrémité d'une vaste et fertile vallée, les raines d'Axum (i), appelées Acachum par les Portugais. De grands degrés de pierres conduisent encore aujourd'hui au sommet de ces collines ; dans l'une on trouve des grottes profondes et de vastes salles ornées de colonnes, et taillées dans le roc. C’est là, disent les traditions du pays, le tombeau de la reine de Saba (3). Selon d’autres auteurs , le corps du roi d’Abyssinie Caleb Negus, contemporain de l'empereur Justinien (527 après J.-C.), aurait été déposé dans ce tombeau royal (4).

(t) Bruce , Tr., t. IV, 31fl.

(2) Voy. le pian d’Axum dans Valentia. Tr., tab. VI,

(3) Telle*, dans Tblvcnot, Bec. , p. 18.

(4) f.odolf, Blst. -Elh. , I. Il , c. 44. — sait, dans ValenUa. Tr., t. lit , p. 82.

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La vallée voisine ombragée par quelques majestueux darous est remplie de décombres et de grands blocs de pierre qui sans doute appartenaient autrefois à un même et grand tout; mais parmi ces débris très-peu, comme le trône royal de granit et quelques bassins, portent encore des traces de leur ancienne destination. On distingue surtout deux groupes de 14 à 15 obélisques (1); ils sont presque tous renversés, sept sont couverts d'ornemens et n ont pas moins de 36 pieds de longueur. Des prêtres racontent qu'autrefois 53 obélisques s'élevaient en ce lieu, et que l’an 1070, ils furent renversés par la reine Gadit d'Amhara. Deux seulement sont encore debout ; l’on, formé d’un senl bloc de granit, et très-bien proportionné, s'élève à une hauteur de 80 pieds (60 pieds, selon Sait, dans son second voyage). Ces chefs-d’œuvre de l'art (2) nous font supposer dans ces contrées lointaines , l'existence d'une ancienne civilisation qui a disparu depuis des milliers d années.

Une pierre avec une inscription grecque (voyezen la copie nouvellement corrigée dans Sait , Voy., lab., pag. 411), nous apprend que 14 était jadis le siège du paissant empire d’Abyssinie (3). Cet empire ne peut cependant avoir fleuri qu’après la décadence du royaume des Ptolémées , car noos ne savons pas que pendant sa durée, cette partie orientale de l'Abyssinie ait été le centre ou d'un grand empireou d'un grand commerce (4). Mais, du tempa des Ptolémées , et même avant eux , florissaildans la partie occidentale de l'Abyssinie, sur les bords du >’il ou Astaboras-Tacazzè (5), le royaume de Meroé; peut-être la puissance d'Axum s'est-elle élevée sur ses ruines; peut-être aussi Axum existait-il déjà auparav ant comme colonie de Meroé (6), et c'aurait été fondé d'abord que pour servir de comptoir au commerce de ce puissant état; c’est du moins ce que peut faire supposer le genre d’architecture d'Axum. Cependant, après avoir visité ce» ruines une seconde fois, Sait remarqua (7) que par la perfection de leur travail, les morceaux conservés ressemblent plus à l'architecture grecque qu’à l'architecture égyptienne.

(1) Sait, dans Valentla , Tr., t. III, p. 87, 180.

(2) sait , Voy. , p. 404.

(3) fnscr. Akumit., dans ValrnUa , lab. 10. — • Itkrbabr , n*r die Axum. Imcbr, loi Muséum fiir Altcrlb. W. 2 vol. 1 et 2 1 81 0.

<4} Agatteirvhide», Kvcerpt. ed. Budioa , p. 41 , 65. Voyez aussi Nicbubr et Sait.

( 6 ) Sait , Vojr., p. 358.

(0) ücereo Idecn , 3W. Aunage 2°. TbJ. p. 4 28.

(7) Sait y \oy.t p. 404.

Le royaume d'Axum ëleva sa puissance jusqu’à la domination entière de la mer Rouge; Yemen et Saba (1) étaient en son pouvoir et son importance politique était si grande qu’il devint au sud la barrière où vinrent se briser les forces du grand empire romain et de l'empire des Parthes.

Les empereurs de Byzance lui ont payé un tribut (2) jusqu'au moment où, après l'a ppa ri lion de Mahomet, les Arabes étendirent leur domination sur l’Afrique.

C’est sans doute par l’empire d’Axum que les arts de la Grèce se répandirent dans le pays d'Alpes de l’Abyssinie.

Dans une inscription grecque gravée snr une pierre, le roi Aizanas (333 après J.-C.) se donne le titre de fils de Mars et de roi des Axumites, des Ifomèrites, des Bœidan (de Rhada, à trois journées de SenaY ), des Ethiopiens, des Sabiens.de Zeyla , de Tiamo , des Bugaiens (Baja, maintenant province, à deux journées de marche au N. d'ilamazen, sous la domination duNayibdeMassowa)et de Takaé ( TaguH , tojî/ JLwviXf/TiMv et Tfxoroo? ) • Aizanas reçoit en outre fe titre de Bctv/Xeuç BaaiAfwv, roi des rois, comme encore aujourd'hui l’empereur d’Abyssiuie, qui s’appelle IVegush Negashi. Aizanas célèbre par ce monument , une victoiro qu'il avait remportée sur les Boja rebelles qu'il transplanta, dit-il, dans une autre prov ince dont le nom n'est malheureusement pas lisible ; il consacra à Arès (Mars), en signe de reconnaissance , une statue d’or, trois statues d'argent et autant d'airain. Ebn Jlaukal (950) (3), et après lui Jbn al Wardi (1348) nous donnent quelques documens remarquables sur cette nation jadis si importante des Boja ou Bouja. Le grec était la langue des prêtres, à Axum ; l’arabe y fut introduit peudant la domination de deux siècles des rois Axuraites, à moins qu’il n’y eut été répandu plus tôt, comme le croit notre dernier voyageur (4) ; les anciens auteurs ne regardent pas les Abyssiniens d'Axum comme des autorhthoncs , mais comme des émigrés arabes (5); cette opinion qu'a aussi défendue le grand orientaliste Murray (voy. Bruce. Travels , 2e, édit, tom. VIII, pag. 435), Sait la combat de nouveau en s’appuyant des ob-

(1) Voy. Ilntcript. d'Axum.

(2) Mcepbor. f.altlm. Pari», 1630, c. 18.

(3) Ebn Baukcl, Orient. Geogr., p. 13. — \i Wardi, dans Sait, Append., p. i.XXVI.

(4) Sait , dans sa dissertation sur l'histoire d'Abyssinie, dans Valent. Tr., t. ti, pag. 242.

(6)Ludolf, Hist. Aih. Connu, , p. 200. — w. Joncs , dans leiltecb. Allât. Tr.,t. u,p. 1 — 34.

servations et des faits recueillis par lui dans le P» J»-

L'opinion de Murray est fondée sur ce que la langue des habitans do ces côtes , la langue Geei des tribus d'Agaazi , qui semble dériver de l'arabe, fut pendant longtemps à Aium la langue de la cour et du pays; elle a dégénéré de son ancienne forme au point qu’elle est absolument méconnaissable aujourd'hui.

Sait découvrit surle revers de l'inscription grecque d’Axum une seconde inscription avec d'anciens caractères éthiopiques ; s'ils avaient été gravés simultanément avec I inscription grecque, ce serait uu témoignage contre l’assertion de Murray et d’au, très (Bruce, TV., t. Il, pag . 402. Aro/e.) qui préten dent que i’alpbabetéthiopique est, comme celui des Copbles, dérivé de l'ai pbabet grec ; cette inscription nous donne ainsi le plusancien alphabet étbiopique de la langue geez en usage à Aium , il est par conséquent indigène. car il diffère absolumentdu grec. Ludolf se prononce aussi en faveur de l'ancienneté de cette langue ( II.Aeth . IV, c. 1 ). Sait trouve dans Cosmas, Indicopleustes (1) la 'preuve que de son temps (550 après J.-C.) la langue geez était déjà en usage à Aium ; car parmi les noms d'animaux que cite cet auteur celui du rhinocéros est le même qu'on lui donne encore aujourd’hui : Arwe'haris (apcj îjr apte/), nom appcllatifqui s'explique très-bien par la langue geez (2). Sait croit (3) par conséquent que le Geez est l’ancienne langue du pays, qu'elle a un alphabet qui lui est propre , cl qu'elle no dérive nullement de l’arabe. De là aussi son opinion que les Abyssiniens ne sont pas des descendons des Arabes. Il les regarde au contraire comme des Africains primitifs, des Aborigènes d’Ethiopie qui se mêlèrent avec des émigrés égyptiens par exemple avec la caste des guerriers qui, suivaot Hérodote, fut chassée au nombre de 250,000 par Psammétique); il dérive leur parenté avec les Arabes d'une origine commune c’est à-dire d’une race très-ancienne qui aurait eu encore plus de rapports avec celle des Hébreux ; on trouve en effet la ressemblance la plus frappante de langue, de mœurs cl de caractère entre les Abyssiniens de nos jours et les anciens Hébreux.

Les Àgaazie, peuples pasteurs habitant les côtes, sont les seuls qui parlent encore la langue geez, quoique dans un dialecte très corrompu ; le savant Abba Grégoire l'écrivait et la lisait facilement mais

(1) Coim.it Indicopleustes, Opiutc de mtmdo, I 1, vry. Hontfouc. C.all. P^tr.

(2) Sait , Voy„ p. 407.

(3) Sait , V.j ,P. 44$, r. 306.

il ne savait pas la parler (1). La langue de Tigré au contraire qai est maintenant la plus généralement répandue dans ces contrées (depuis le Tacazzé jusqu’au golfe Arabique) se rapproche beaucoup de la langue arabe et surtout de celle de l’Arabie Heureuse; elle est actuellement pour les Abyssiniens qui parlent l'ambara , la seule langue écrite (2), quoiqu'il n’y en ait que très-peu qui la comprennent; elle ne s’écrit pas comme l'arabe, de droite à gauche , mais au contraire comme le grec de gauche à droite.

Lo royaume d’Axum ne s’étendait vrai semblablement à 1 ouest que jusqu'au défilé de Lamalmoo, au sud jusqu'à Shoa (3), c'est-à-dire jusqu'aux limites actuelles de Tigré; à l'est il communiquait avec l’Inde et l’Arabie par Adoule (4) de sorte qu’il existait ici un commerce non interrompu entre les flomjares pirxi) de l’Arabie et les Axumites du Habcch, nations qui appartiennent sans doute à une seule et même race très-ancienne.

3e Remarque.

La terrasse de Tigré considérée comme théâtre de la lutte entre le Christianisme et C Islamisme.

C’est ici que s'est opérée la grande révolution religieuse chez les Abyssiniens ; les habitans de la terrasse de Tigré furent, de tous les Ethiopiens , les premiers qui adoptèrent le christianisme; aujourd’hui encore les Abyssiniens se donucnl avec orgueil le nom de CacUtam (5) qui signifie chrétien.

Frumcnlius et Aedesius , apôtres du Habech, ayant échoué sur les côtes du golfe Arabique, furent reçus à la cour d’Axuin par le roi Aizanas (Aeizana. Sa2f.ua ou d’aprèsles annales d’Abyssinie Abrcha, c’est-à-dire Abraham), le même dont il est question dans l'inscription mentionnée plus haut. L Evangile ne tarda pas à se propager; Frumentius (6) devint premier évêque d’Axum (7), et dans peu de temps tout le Tigré se convertit au christianisme ; les chrétiens d'Alexandrie, principale

(1) Ludolf, Cooitn., p.3l.

(2) Rurr.iy, Appcndix. — Cruce, Tr. tn Vocabularr, l. O. p. 491.— Sali, dan» valctilia, t. 111, p. 508.

(3) Voy. Ricbubr., Ibid.

(4) Rotmin. Aduiir., dan» Kosinas, voy. Gosselin, flccbcrdiCS dans Credo w, p. 215.

(6) Sait, dan» Valent., t. III, p. 243.

(6) frciiiona a Clé construit en son honneur. Voy.TclIez, dans Thêveuol, lec., p. 19.

Ç7) Aibauaiiu» , Arch. K'xx. ad lmp. Constantin. Apol. Par>s, 1627, r. 693.

BORD SEPTENTRIONAL , PAYS D* ALPES ABYSSINIEN

ÎW

église d'Egj pte, se rendirent en foule dans ce pays d'Alpes pour y répandre de plus en plus lanouvelle doctrine ; c'est alors (de 470—480 après J.-C.) que furent construites la plus grande partie de ces égli ses creusées dans le roc , qui jouissent encore aujourd'hui d’une si grande vénération.

Le chef de l'église appelé Abonna ( Âboana ), devait toujours être un étranger; il était placé sous la suprématie du patriarche d’Alexandrie , ce qui établit des rapports continuels entre les rois d’Abyssinie et les empereurs byzantins. Depuis Caleb Negus (ou Elisbaa $), qui se distingua parmi les souverains d’Axum par sa bravoure et son zèle (525 après J.-€.), les chrétiens de Tigré cherchèrent à secourir lenrs frères de l’Arabie par la force des armes (1). Lorsque Mahomet parut dans l'Yémen, les rois chrétiens offrirent un asile à ses adversaires, les partisans d’Abou-Taleb ; cette circonstance alluma entre les Cachtam de Tigré et les Musulmans des pays voisins, les combats cruels et terribles qui ont ensanglanté pendant tant de siècles ces contrées et qui se continuent encore en certains endroits avec la même opiniâtreté et un acharnement toujours égal , au grand malheur des peuples voisins. Depuis plus de mille ans, Tigré est ainsi pour la partie septentrionale de l’Afrique, le boulevard de la foi chrétienne contre les forces bien supérieures de l'islamisme.

Les Abyssiniens continuèrent d’abord leurs attaques contre l’Yémen par la mer Rouge ; mais après que la puissance des califes se fut développée, les armées mahomélancs abordèrent bientôt snr les côtes abyssiniennes. L’islamisme trouva de nombreux partisaos parmi les côtes d’Adel, de Zeyla, de Dancali et de Baylour ; les mahométansélhiopiques se réunirent bientôt en confréries divisées en 24 districts et, sous le nom de Do6a, entreprirent annuellement de terribles excursions (2) contre les chrétiens élhiopiques du plateau. Pour être reçu parmi les Doba, il fallait avoir tué un certain nombre de chrétiens. Aujourd’hui Doba est, suivant le dernier rapport de Pearcc, le nom d’une race de nègres, habitant les hautes montagnes (3) à la limite sud-est de Tigré. Sous le règne de Mahomet Gragné, roi d’Adel ou d 'Adaiel (pays situé à l’endroit où est maintenant Àrar et le royaume de fïourrour, à l’est deShoa), le plateau courut le plus grand danger de perdre son indépendance ;les Abyssiniens allaient succomber aux attaques du victorieux Gra-

(1) Sait, d'après Baronlus LV1! a. 522. {2) Alvarez, «Ut. de Kihlopia, fol. 58. (3) Sait, V«f .,raS- 274.

gné lorsque, sous l’empereuréthiopien David (1520) et plus tard sous Claudios (1542), les Portugais commandés par Diego de Gatna, firent triompher leor cause et leur conservèrent leur indépendance et leur foi. Cependant peu de temps après (1558), Soliman Basba conquit au nord les ports de Soakim et de Massowa et l’ile de Dhalac ; depuis lors, la mer fut fermée aux Abyssiniens (I); dans lo même temps ils furent attaqués au sud par leurs plus terribles ennemis, lesGalla. Ce n’estqu’à prix d’or qu'ils peuvent aujourd'hui communiquer avec la mer, et encore leurs communications sont-elles souvent interrompues par les querelles que leur suscitent à tout moment leurs ennemis.

La scission opérée dans l’islamisme par la réforme des Wechabiles semble avoir affaibli la domination des Turcs à Idda et sur le golfe Arabique; l'entrée do Habech est aujourd'hui moins difficile aux étrangers et la puissance do Baharnagach reprend de nouveau quelque importance.

Pendant qu'on se battait À l'extérieur de la terrasse de Tigré pour défendre l'indépendance menacée de tout le pays d’Alpes , l’intérieur du pays était agité par plusieurs guerres de religion (2), dont nous ne poursuivrons pas l'histoire, parco que nous n’en connaissons pas exactement le théâtre.

La terrasse de Tigré contient les plus anciens monumens du christianisme en Abyssinie : on y voit les nombreuses églises taillées dan9 le roc, dont nous avons déjà parlé plus haut. Au milieu des ruines de l'ancien temple d’Axum, s'élève maintenant la nouvelle métropole du pays, à l'est duTacazzé; elle fut construite en 1657 dans un style noble et grandiose. Du temps de Tellez on y couronnait les empereurs d’Abyssinie (3). Les églises de Fremona, piès d’Adowa , à trois lieues d’Axum sont plus anciennes (4) ; jadis siège des missions portugaises, elles leur servirent de dernier asile pendant les persécutions. Dans son dernier voyage au nord de Dixau , Sait eut l’occasion de voir le couvent de Bisan (5) si célèbre du temps des Portugais par ses richesses et sa sainteté; il élait abandonné, en mines, et entouré d’une affreuse solitude.

Les ermitages et les couvens sont très-nombreux sur la terrasse de Tigré; on les trouve en pins grand nombre encore dans le pays d’Alpes situé plus haut. Un seul regard jeté sur la carte nous

(1) valent. Trav.,t. III, p. 261.

(2) Voy. Itilstolrc-d’Ab/Mlnlc sous Socloloi ou Melec se gued, depuis 1605.

(3) Bruce,Tr., 1.111,296. — Sait, dan» Valentla, t. lit, p. 87.

(4) Tenez, dans Tbévenot, p. 18.

(5) Sait. Voy., p»g. 442.

prouve le goût des habitans pour la vie monacale; car on trouve très-souvent le nom D.bra qui signifie couvent , associé à d'autres noms . par eierople le célèbre Debralibranos à Sboa (Xoa). M. Pearce visita sur les hautes montagnes do l-anta à la frontière méridionale de Tigré , près des sources du Taraizé , la sainte église de Jummada Mariam (1) bâtie an X' siècle par le roi Laiibala; il la trouva absolument comme l'ontdécrile Alvarez elLudolf, d'une architecture imposante et sévère , semblable icelle d'Abbaos Coûta (Valentia.Tr., vol. 111.); les prêtres loi firent voir aussi des livres latins et portugaisqu'ils conservaient précieusement comme des reliques.

3' Éclaircissement.

Chemins ascendans conduisant du port de

Baylour , de Bouté et de l' Amphila-baie,

a la terrasse de Tigré.

Le plus méridional de ces trois chemins ne nous est connu qtir par le jésuite Lobo qui le prit pour se rendre à Kremona ;mais ce voyageur nous donne très-peu de renseignemens sur la nature du pays.

Le port de Baylour ( Be/out ), situé au 13° 3’ latitude N. , dans un état jadis hospitalier , le royaume de Daucali , offrit pendant un certain temps l’entrée la plus sûre dans le pays d’Alpes tle Habech (2) ; mais du temps de Lobo, il était devenu très-dangereux à cause du brigandage des Galla.

A quelques journées des eûtes arides el brûlantes de jlancali , dans l’intérieur du pays, on rencontre les premières éminences ; huit jours après, on monte par un défilé de montagnes dans un pays plus élevé et plus frais, que le jésuite portugais trouve des plus agréables (3). Mais h peine les voyageurs cureut-ils traversé la bordure boisée du plateau, qu’ils entrèrent dans de vastes plaines stériles, où ils étaient brûlés par les rayons du soleil, sur uu sol sans ombre, sans sources, et où on ne trouve pour se rafraîchir qu’un peu d’eau salée (4); c’est la plaine de Sel ; quelques collines de sel indiquent seules ici le chemin qu’il faut suivre daus ces déserts. Après une forte journée de marche, on arrive du côté opposé , au N.-O. de la plaine

(1) Sait, Voy., p»(. 302.

(2) iikioir, mit. tuiiop., ;ib. ni, e. B.

(3) l obo, Voyage en Abyulnie, I vol.

(4) Tellcz, Sans TbCrenot , p. 85.

de Sel, aux premiers défilés rocheux, où l’on rencontre de nouveau des forêts et des fontaines. Pendant trois jours ils conduisent de degré en degré , de ravins en ravins, jusqu'au pied de la haute chaîne de Duan, où la fraîcheur et l’abondance des eaux raniment de nouveau les caravanes fatiguées. Arrivé au dernier défilé, on est forcé de renvoyer les chameaux , car les mulets seuls peuvent servir dans ce pays.

Après avoir gravi le défilé de Duan, Lobo arriva en cinq jours h Kremona. Sait mit juste le même temps pour aller d’Antalow 3 Adowa près de Kremona.

Un autre passage conduit de Bouré, situé sur la côte au 14' latitude h., dans la direction de l’0., h Antalow (1). Lorsque Sait était à Anlato.v , on le lui proposa comme le plus court pour aller h Bouré. On ne comptait que quatre journées d’Antalow ; un seul passage est regardé comme impraticable pour les Kafilas, h cause de Iasiccité du sol. Nous n’en savons jusqu ’à présent encore rien de positif; il parait que les hordes de Dumhoeta le rendent très-dangereux , car souvent on y trouve des voyageurs assassinés; la domination du Ras de Tigré ne dépasse pas la pente de montagnes h l’K. ; elle ne s'étend que jusqu'à la grande plaine de Sel.

La troisième route et la plus septentrionale est celle de l’Amphila-baic à l'O. , dans le Tigré. C'est celle que prit en 1809 M. Coffin (2), l'un des compagnons de voyage de Sait. Il partit le 10 janvier de Madir, sur l’Amphilabaie , et arriva après huit jours de marche , le 19 du même mois, à Chelicout, près d’Anlalow. A une distancede troisjournees de marche ou 10 milles geog. à peu près de la cûte, il avait déjà franchi les montagnes arides et sauvages qui avoisinent la cûte. La grande plaine de Sel s'étendait devant lui à la base occidentale des montagnes. Coffin mit cinq heures à la parcourir, ilarrivade là àl’0.,surle domaine du Rasde Tigré , où l’on n’a plus rien à redouter des hordes indépendantes des llanakil et des Uumhoela.

Les habitans donnent à tous les voyageurs qui traversent la plaine de Sel, des chaussures ou sandales tressées avec des feuilles de palmier nain. Au bord occidental de la plaine de Sel . s’élève la chaîne de moutagnes de Senafé , aussi haute, mais moins difficile à franchir que le défilé de Tarants ; elle est habitée par les llourtoo.

(1) Valent!*, Tr., t. Il, p. 40,«ts»lt, Voy., p. t48, 137. (8) P. Coffin, Journal, dans Sali, Voy,, p. 109.

BORD SEPTENTRIONAL, PAYS D’ALPES- ABYSSINIEN

lit

qui appartiennent à la tribu des Danakil; mais ils sont depuis longtemps soumis à Tigré. Comme au Taranta , le climat change d’une manière sensible à mesure qu’on s’élève dans le défilé de Senafé; Coffin y trouva (au mois de janvier ) au lieu des pluies et des tempêtes qui régnent sur la côte, un ciel serein et d'un bleu d’azur; les habilans étaient occupés à récolter le blé. A partir de cette chaîne de montagnes, la plaine s'étendait h l'ouest, par llammen, Dirbé, Chelicout, dans la direction d’Antalow.

lre Remabqub.

Terrasse de Sel. — Sel gemme .

La soi-disant plaine deSel (terra salis) qui apparaît ici comme la première terrasse du pays d’Alpes, est située au-dessus des côtes sablonneuses de Dankali (1) et sépare la province de Tigré de Dankali; elle s'appelait du temps d'Alvarez, llalyada et était soumise alors au gouverneur de Tigré (2). Un siècle après, du temps de Lobo, la plaine de Sel était au pouvoir du roi mahométan de Dankali , ce qui était très-malheureux poor le Habech qui eu tire (ont son sel; àGondar, capitale de l’Abyssinie , on trouve encore de nos jours, de petites monnaies de sel gemme (3). La terrasse de Sel a quatre journées de longueur et une de largénr. On en tire une très-grande quantité de sel, de lé vient le nom de Baylour qu'en a donné au port et à la ville (4)

( Baylour signifie sel gemme).

Coffin 5; nous apprend que cette plaine unie s’étend du nord-estau sud-ouest ; ce voyageur l'a parcourue dans toute sa largeur. Le premier quart d'heure, la surface était fluide et mouvante et souvent le pied enfonçait dans une boue salée. Peu à peu elle devient plus solide, dure et fortement cristallisée; on dirait alors nne immense plaine de glace couverte de neige, d’où surgissent en forme de madrépores, de nombreux cristaux de sel. Au milieu de cette plaine blanche , on voyait s'élever deux petites collines de forme très-bizarre. A la bordure occidentale de la plaine, Coffin rencontra oo grand nombre d'Abyssiniens occupés à tailler des blocs de sel auxquels Us donnaient la forme de menles. Le sel placé en couches horizontales , est

(1 ) Alph Mondez, daiuTelirz et Ludoir, Comment. , fol. 106.

(2) Alvarez Sut. de Æltiiop , fol. 04.

(3) Poocci, LeU. édir., il, p. 70.

(4j Bruce, Tr., t. III, P. 111.

(5) Sait, Voy , p. 180.

très-facile à détacher; immédiatement aa-dessous de la surface il est très-dur, blanc, compact et pur; à une certaine profondeur il est gros et mon, et ne durcit qn’après avoir été exposé un certain temps à l’air. En plusieurs endroits il est très-pur jusqu’à la profondeur de 3 pieds; si on creuse au delà, on le trouve raélé à beaucoup de parties de terre. Cette plaine approvisionne de sel tout le pays du Habert) ; an chef oa Shoum est établi près du défilé du Senafé à l’ouest, pour y percevoir 1a taxe du sel , au nom du Ras de Tigré. Un chameau chargé de deux cents blocs de sel en paie onze d’impôt, un mulet chargé de quatre-vingts blocs, en paie neuf, unàue en paie six ; un homme passe franc d'impôt avec sa charge (1).

Tou» les voyageurs qui ont parcouru ce pays , y rencontrèrent de grandes caravanes composées do trois cents jusqu’à six cents bétes de somme , des bœufs, des dues, tous chargés de sel qu'ils transportaient dans le pays d'Alpes.

Le sel se fend en tablettes (ladrillos) d'an pied de longueur (une palme et demie, suivant Alvarez), trois pouces de largeur et autant d'épaisseur; du temps d'Alvarez , cent vingt à cent trente de ces blocs équivalaient dans les carrières , à la valeur d’une drachme d’or. A une journée des carrières , à Corcora , on en donnait déjà moins pour la même somme d’or. Le prix du sel augmentait ainsi proportionnellement avec la distance; à Gondar , six ou sept blocs valaient un Dinuro. Du temps de Poucet dix tablettes coûtaient trois livres. Alvarez assure que plus avant dans l'intérieur on a un esclave pour trois ou quatre blocs de sel , enfin , à l'extrémité du pays, le sel se vend au poids do l'or.

Sait (2) rapporte qu'aux marchés d'Antalow des blocs de sel de deux à trois livres valaient 1/30 de dollar.

D'après ce qnenous venons de voir, il parallque la plaine de Sel est, dans tont le Habech oriental , le seul endroit qui produise du sel gemme; ce qui contribue encore à le rendre si cher, c'est que les Galla en ont, de tout temps, rendu le transport très-dangereux. La route conduisant de la plaine de sel à Tigré passe généralement , suivant le rapport de tous les voyageurs, pour une des plus pénibles du Habech.

4e Éclaircissement.

Chemin montant conduisant de la Mazaga

et de Kolla, par te Larnalmon, à la plaine de Gondar.

Les marchands prennent ordinairement cette

(1) Sait, Voy., p. Z I.

t (2) Valent., Tr., p. 68.

roule pour aller Je l'aTant-terrasse Ju Baharnagacli à Gondar. I.cs Portugais, et en particulier les jésuites , l’ont de tout temps préférée. Elle s'étend sur la plaine de Dembea et est, sans doute, la plus courte et la plus commode; nous n’en connaissons même pas d'autre qui conduise de la terrasse de Tigré h Gondar. Alvarez seul nous fait une description très-imparfaite d'un chemin allant deFrcraonab Angotepar la chaîne de Tigré, et à D< bralibanos par Amhara et Shoa; mais il est probable que les troubles politiques qui régnent dans tout le pays , rendent cette route tout à fait impraticable.

Dans son premier voyage , Sait ne put pénétrer plus loin qu'Antaiow , à cause îles querelles qui avaient éclaté entre le Bas de Gondar, et le Bas de Tigré; il n'eut pas plus de suceès dans son second voyage de 1809 et 1810 , et fut obligé de renoncer au principal but de son expédition , qui était de s’avancer h l’ouest dans l'intérieur de l'Abyssinie; le Ras de Tigré, qui s’était déclaré son protecteur , ne put Iui-mèmc le seconder dans son entreprise.

l’oncet et Bruce ont suivi la même route, l’un pour s'en retourner b la côte , l’autre pour aller de la côte à Gondar.

A. Chaîne de montagnes limitrophe.

Le plateau du Ilabcch qui s'étend de l'est b l’ouest, s’incline, au nord, dans les basses terres qui avoisinent la Nubie; à son extrémité orientale, au contraire, il semble gagner près de la mer, non loin de la terrasse du Baharnagaeh, quelqu'ex tension dans la direction du nord. De l'a, il se continue, sous le nom de montagnes de llabab, le long de la mer Rouge dans les gorges basses et boisées de Dobarva et Harmazen, et plus loin , dans les montagnes inférieures et déchirées de la côte. A mesure que les montagnes de llabab s'avancent vers le nord , les roches primitives se montrent toujours plus à découvert.

Ce sont là sans doute les prétendues montagnes de basalte, de marbre, de porphyre et de granit, dont Bruce fait mention, et qui, suivant ce voyageur, forment le partage de la température dans ce pays. Mais il est permis de mettre en doute ses assertions (1), et quant b la

(l) Roxière, Descrtpl. mlnSratog- de ta vaille ücKcmcIr, SiD» Ira ml [n. sur l'Egypte, t. II, p. 227, et Valenlla, Trav., t. Il, p. 284.

nature de ees montagnes, et quant b la prétendue influence qu'elles exercent sur l'atmosphère.

Cette prolongation du plateau dans les montagnes de llabab nous explique , en quelque sorte, l'existence d'une seconde route moins longue, conduisant également au défllé du Lamalmon b travers la plaine de Dobartva ; cette route dispense de passer par le Tarants; elle s’étend b l'ouest d'Axum; de Ih elle conduit en descendant dans la province de Siré, d’où l’on s’élève enfin au défllé du Lamalmon. Avant de se dégrader dans les basses terres , celte magnifique province de Siré parait former avec Waldoubba, Tcherkin, Gisana, Serke, etc., situées au nord, les vallées antérieures delà terrasse d'Alpes d’Abyssinie. Le même accident géographique se rencontre b la pente méridionale de la Haute-Asie près de la plaine du Bengale, où Népal et Cachemire sont situés, devant les secondes terrasses, comme d’étroites et longues vallées avancées ( voyez Haute- Asie , pays d'Alpes de Uoutan ).

Au bord de ces vallées et parallèlement avec elles s'étendent ici, en Abyssinie, les routes commerciales, comme dans le domaine des sources du Niger, du Sénégal et de la Gambie (1), elles sont situées entre les hauteurs et les basses terres.

Avant de sc réunir dans la vallée du Nil . tous les fleuves de l’Abyssinie se frayent leurs cours dans les basses terres , b travers les montagnes limitrophes du nord, qui s'étendent vraisemblablement , sous la forme de chaînes et de vallées longitudinales, du sud-est au nord-ouest; cette supposition est fondée non-seulement sur l'analogie, mais encore sur la comparaison des journaux de tous les voyageurs. Dans ces montagnes les fleuves forment, pour en sortir, d'innombrables gouffres étroits et escarpés, des sauts affreux ; c’est de lb que le Tacazzé , qui signifie terrible, a reçu son nom. Ils se brisent contre des écueils qui les traversent et, dans les principaux fleuves de l'ouest, sc précipitent de la haute terrasse d'Alpes (2) en un grand nombre de cataractes qu'on appelle les Catadoupes du Kit. Ces catadoupes ont été décrites de tout temps , plutôt comme des merveilles , quecomme des phénomènes naturelsqui sc rencontrent dans tous les systèmes de fleuves b l'endroit où ils traversent la bordure des plateaux de la terre.

(1) Voy. le* Voyages de Murtgo Park.

^2) Reynclt, Appendla, dans Mungo Park, Tr., p. lAXVH.

BORD SEPTETTRIOXAL , BAT» D'ALPES ABTSSIXIEV.

B. Défilé du lama/mon.

Armé au fleuve d’Anzo , un des nombreux affluens du Tacazzé, qui se fraie son cours b travers la province de Waldoubba (c’est-b-dire la talléo des hyènes), on s’élève des déserts de la plaine vers le défilé du Lamalmon. Les rangées de montagnes connues sous le nom de Shahagaanah (1), s'étendent de l’est b l’ouest et s’élèvent graduellement en forme d'Amba ou tables. Le second jour , on atteint la première terrasse du pays d’Alpes abyssinien , le (iouca ou i!ouza(i) des Portugais , avec la ville appelée aujourd'hui Ta Ouzait ( Rruce ). Suivant Ttllez , on monte pendant une demi-journée par un chemin escarpé et en zigzag , b peu près comme les défilés du Bouton et du Tibet (selon Turner) , et absolument comme la route qui conduit du Valais à Leukerbad , et de là au Ghemmi. Sur la hauteur, est une vaste plaine où les Kafilas font halte. La seconde journée, on voyage sur la hauteur, entre des gouffres sans fond, jtisqu'b la plaine de St-Michel , où l’on respire déjb l'air frais du pays d’Alpes, tandis qu’au pied du Gouca qui forme la base du Lamalmon , règne encore la chaleur étouffante des tropiques. De cette plaine , le dernier défilé de rochers conduit , comme par degrés, sur la hauteur du Lamalmon. Quelqu’escarpé et terrible qu'il apparaissedu côté du nord , il s’étend b son sommet en une vaste plainequi se prolongependant plusieursjournées b travers Woggara, pays fertile en blé, jusqu'au lac de Tzana , et forme ainsi la haute terrasse du paysd'Alpes abyssinien, qui sedistinguede toutes les autres par ses magnifiques pâturages, par l’abondance du blé et par l'absence complète de forêts.

Du sommet du Lamalmon que les Portugais croyent plus élevéque les Alpes elles l’yrénees, on aperçoit , au sud , les montagnes de Samen et d'Amhara , plus élevées encore ; b l’est et au nord-est , la vue se perd sur les cbaines de montagnes et les hautes plaines de Tigré qui , situées dans la profondeur par rapport b la haute élévation où l'on se trouve placé , n'apparaissent que comme des collines. (3)

Sait dans son dernier rapport noua fait connaître les hautes montagnes de Samen comme la

(t) Broc*. Trie. 2' (SI., I. V, p. 383.

It) LaJoU, «ni. *is., I. I, c. S.

( 3\ Telle», Osas Ludeir, Comment |n alu. SIS., fol. 108, « rsotenot, Bec , p. 17.

continuation sud-est de la même chaîne de montagnes que traverse la route du Lamalmon ; sur la rive gauche du Tacazzé, entre le 12» et le 11" de latitude N. et le 38» et 39" longitude F., de Greemv ., elle se prolonge en un groupe de montagnes très-élevé pendant près de 16 milles géographiques, dans la direction du sud-est au nordouest, et forme , b l’ouest, la frontière politique de Tigré , du côté de l’empire d’Abyssinie ou du côté du royaume de Gondar. A l’est, au pied des montagnes de Samen , s’étendent les hautes plaines de Tigré dont les éminences avancées sont baignées par les eaux du Tacazzé ; ce fleuve coule ici dans un lit de rochers ; il a 300 yards (aunes) de largeur (1) b l’endroit où on le traverse pour aller b Guinsa, mais souvent il est trèsresserré entre les lianes des rochers et quelquefois si peu profond , qu’en beaucoup d’endroits on le passe presque b pied sec. Ce fleuve ressemble beaucoup, par rapport b son lit, b ceux dont le cours n’est pas encore entièrement développé, comme le fleuve d’Oranje, le Zaïre et d’autres. Les deux plus hautes cimes de ce groupe de montagnes , le Beyda situé au même degré de latitude que le Lamalmon , b l’est de ce dernier, et T Amba liai étaient couvertes de neige au mois d’avril (2) ; lorsque M. Pearc? visita ces montagnes, au mois d’octobre, la neige y tombait en abondance, et il trouva aussi souvent de la glace et de la neige dans les ravins. Il parait donc que ce phénomène n’est pas si rare en Abyssinie que l’assure Bruce, quoique peut-être on le voyc rarement dans certaines parties du pays. Toutefois, la neige ne séjourne jamais longtemps, même sur le sommet des montagnes.

Les montagnes de Samen qui ont donné le nom b toute la province limitrophe sont habitées par les Agoics , peuple pasteur; ils parlent unelangue qui leur est propreet vivent exclusivement du produit de leurs troupeaux.

ItEUARQCB,

Hauteur des neige t.

Les découvertes des temps modernes ont prouvé qu’on peut, en quelque sorte, préciser la hauteur des montagnes géantes de la terre par la ligne des neiges : l’Amérique nous offrant des points de comparaison pour cette proximité de l’équateur, nous pourrions , en admettant l’ancienne assertion que

(1) Sait, V«z., p. 281, 384.

(2) Sali, V07 , p. 380, 279.

1 1 4 HAUTE- AFRIQUE

le» montagnes de l’Abyssinie portent aussi de la neige dont la fonle alimenterait les eaux du Nil* préciser en quelque sorte leur élévation.

Mais une comparaison exacte des relations de tous les voyageurs nous apprend que le plateau d'Abyssinie et celui d'Éthiopie ne sont couverts nulle pari de neiges éternelles, et les sommets sor lesquels on trouve accidentellement un peu de neige et de glace sont en très-petit nombre.

ltruce combat la supposition qu'il y ait des neige» éternelles * Narea (1); le» montagnes situées autour des sources du Nil n'ont pas non plus de neige sur leur cime ; il n’y tombe jamais que de la grêle (2). Sali est le seul qui prétende avoir vu de la neige à l’ouest du Tacazxé (3). Les annales abyssiniennes rapportent, comme un phénomène extraordinaire, qu'il tomba un jour de la neige près du lac de Dembea , et c’est de là, disent-elles, que le village de Zinzinam tient son nom (4). A bba Gregoriusd'Amharavit pour la première foisdela neige dans les Alpes du Tyrol; Il en parut très-étonné et lui donna le nom de /Tarifs qui , dons sa langue . signifie farine : les habitons du Samen l’appellent Btrrik selon Sali. Ce même auteur rapporte que , suivant l'expression du ras Wcllela Sallassé, le Gédéon ou le Rocher-des-Juifs était couvert à sa cime d'une espèce do verre lorsque ce prince en fit la conquête (5).

Les esclaves du Caire , lorsqu'on les interroge sur l'intérieur de l'Afrique , parlent souvent de la neige comme si elle était commune dans leur pays ; à les en croire , il en tomberait aussi dans le Darfour; cependant Browne ne put en trouver nulle part la moindre trace. On devrait en général ajouter foi moins facilement aux relations des esclaves, dont l'imagination mobile a toujours une réponse prête à toutes les questions qu'on leur adresse, et qui par bonhomie, confirment tout ce que l'on désire savoir (6); cependant Ptolémée fait déjà mention de neiges sur les montagnes de la Lune.

Bruce assure que son baromètre marquait sur le Lamalmon 20 pouces anglais 7/8 , un pouce de moins qu'aux sources du Nil; cependant celte observation, pas plus que ce que nous venons de dire plus haut, ne peut nous conduire à des résultats certains.

(1) Bruce, Tr.,p, 327.

(2) Bruce, Tr., IV, p. 258.

(3) Bruce, Tr. lit, p. 311.

(4) Luuoir, mu *iu., }. i, c. S, et comment., roi. 100.

(5) sut, dans Vslentis, Tr. lit, P. 39.

i, fl, Scetzcn, dans v. Zacb, Bon. Corr., 1808 et 1809.

ni* division, § 10.

8' Éclaircissement.

Chemin montant conduisant de. ta Kolla de Ras-el-Fil par Tcherkin et te défilé de Moura, à ta plaine de Dembea.

Celle route conduit de Sennaar ïi Gondar, en longeant le ravin profond h travers lequel l'Angrab , affluent gauche du Tacazzé , sc fraie sa roule de la hautctcrrasseduHabech dans les liasses terres : Bruce la choisit pour s’en retourner.

Le premier jour, en parlant de Gondar, la roule se continue dans la plaine vers le nord; le second , elle se précipite dans la profondeur à travers le défilé rocheux de Moura (1); le quatrième jour , après avoir traversé un second défile étroit (le défilé de Dao-Dnhha ) , on quitte l'air pur et frais des montagnes pour rentrer dans l'atmosphère étouffante des tropiques; on aperçoit alors les premiers champs de Dora et les forêts sont habitées par des troupes de singes. Enfin , après six journées de marche h travers d'épaisses forêts dont on n’aperçoit aucune trace sur la hauteur, on arrive h la ville de Tcherkin, située dans une vallée élargie, près du fleuve Jibbel-Myrat, qui formait autrefois la frontière entre le llabech et Sennaar.

Les chameaux ne peuvent monter que jusqu'à Tcherkin (2) ; l’a on les échange contre les bêtes de somme du pays d'Alpes. Au-dessous de relte ville, la route ne traverse que des vallées, des torrents et d'épaisses forêts d'arbres et de roseaux , où habitent d'innombrables troupes de bêtes féroces, d'éléphans, de rhinocéros, de sangliers , de bulfles et de singes ; après avoir parcouru ainsi un espace de six à sept journées de marche, on arrive enfin h la plaine unie de llor-Cacamot (3), qui s'étend, sans interruption, jusque prèsde Sennaar en Nubie. L'eau disparaît ici de nouveau, car le sol ne sc compose, en grande partie, que de sel gemme, et, sur sa surface , soufflent les vents embrasés ( Simoun ) des déserts de sable.

6e Éclaircissement.

Chemin montant conduisant de ta Kolla de Giesim, par Serké et le défilé de Girana, à ta plaine de Dembea.

Cette roule, moins longue que celle de Bruce

(1) Bruce, Tr., 2' H., t. Tl, p. 207.

(2) Drucc, I. VI, p. 243.

|3) Drucc, t.ïl, p. 23t.

BORD SEPTENTRIONAL , PAYS D'ALPES DU HABECH

par Ras-el-Fil et Teawa , s'étend aussi plus près de la bordure inférieure de la terrasse d'Alpes; Poucet la suivit en allant de Sennaar à Gondar. Depuis Giesim , qui est situé à moitié chemin entre Sennaar et la frontière de l'Abyssinie, le pays commence b s’élever graduellement de la plaine de Sennaar; le voyageur vit ici pour la première fois les forêts éternellement vertes de tamarins ( Tummara Hindi) (l),que les indigènes appellent Erdeb; souvent elles sont si épaisses qu’aucun rayon du soleil ne pénètre à travers leur feuillage. L'Abyssinie s’élève ici sans discontinuer , de degré en degré , entre des montagnes b forme d’Amba.dont les surfaces sont très-bien cultivées , et généralement bien peuplées ; les habitations se succèdent b peu de distance et les vallées, depuis Giesim jusqu’à Abiad , sont couvertes de plantations (comme b Adowa sur la terrasse de Tigré) , dont on n'aperçoit plus de traces au delà (â).Lecinquième jour onrencontre le Gandara, torrent profond et rapide qui se précipite des montagnes : ce fleuve est ici moins large que la Seine b Paris : non loin de là, se trouvent encore deux autres torrents. Le sixième jour, la terrasse s'élève d’une plaine couverte de grenadiers vers le défilé escarpé de Girana; c’est ici le terme où s’arrêtent les chameaux. Là commence (3) l’air frais et pur, le climat tempéré des défilés alpins; pendant deux journées de marche, le pays s’élève jusqu'à la plaine par des montagnes qu’on ne franchit qu'à travers des défilés pénibles et escarpés : le troisième jour, enfin, on arrive enfin b Gondar.

7* Éclaircissement.

Chemin montant conduisant de Tigré , par

Angote et Amhara, à la haute terrasse du

pays d’ Alpes Abyssinien .

Cette route ne nous est connue que par la relation de F. Alvarez qui accompagna don Rodrigo de Lima , dans le voyage qu'il fit en 1320, comme ambassadeur au Habech ; celte relation n’est malheureusement pas très-exacte ; ce qui la rend surtout imparfaite, c'est qu’elle ne cont lent aucune indication des distances ni des journées de marche. Le voyageur n’avait d'attention et d'intérêt que pour les moines, les couvens

(l)Poncct, vor> le» leUre» Adlfliout, Sec. IV, p. SD.

(*)IbM.,p *7.

f3) Bruce, Tr lit, P 486.

et les miracles; beaucoup de ses récits ne sont fondés que sur le rapport d’autres personnes; souvent aussi ils ont été altérés par les jésuites postérieurs, de sorte que la science ne peut y puiser des documens bien importans.

En partant de la terrasse de Tigré, on traverse près de la province de Doba (1), plusieurs défilés et chaînes de montagnes alternant avec des vallées fertiles, où les récoltes et les semailles se font sans interruption pendant toute l’anuée; le fleuve de Sabaléte forme la limite entre le Tigré et la terrasse supérieure ; un défilé rapide et escarpé (2) , où l’on ne peut plus faire usage de chameaux , conduit à Corcora de Angote. Sur la hauteur , les habilans parlent un langage tout différent de celui des autres indigènes. Peut-être parlent-ils la langue d' Amhara, tandis que les autres font usage de l’idiome de Tigré. La vaste plaine est couverte de champs fertiles de mais (Mayzales) et de poa; mais plus loin, dans les montagnes d’ Amhara, ils disparaissent partout et font place aux pâturages alpins (3), jusqu’à ce que les gorges sauvages des montagnes reconduisent de nouveau le voyageur dans les vastes luiutes plaines des affluens du Nil à Slioa (Aon).

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