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La haute terrasse de l’Abyssinie est appelée par ses habitans Alberegran (4), plateau ; considérée comme pays de montagnes, ils l’appellent Vaga (3), par opposition aux terres basses auxquelles ils donnent le nom de Kolla; elle est encore pour nous très-inconnue. Presque tous les voyageurs se taisent sur sa structure et sa forme. La contrée des sources du Nil et la plaine du lac de Tzana , le Sena des Portugais , est le seul pays sur lequel nous possédions quelques documens précis. Nous ne connaissons les autres cantons ou districts , ordinairement appelés royaumes , que par quelques indications isolées contenues dans l'bistoire des guerres et des dis-
(1) rr. Al virer, Blst. de MUUopU, IM. 88.
(2) lblJ., fol. 63.
(3) Ibid., roi. 82.
(4) Telle/, dans Tbevenot, p. 4.
|5) Brure, Trev, lit, p. 472.
lie
sentions religieuses du peuple abyssinien , nation continuellement agitée. Nous avons, à la vérité , les noms de 40 (I) petites provinces particulières qui , avant les invasions des Galla, ■nppartenaient au royaume de l'Abyssinie; mais depuis, cette division est entièrement oubliée. I,es guerres du peuple belliqueux de l’Abyssinie que, dans les derniers siècles, il renouvelait chaque année contre ses ennemis indomptables au sud, et contre les Sbangalla au nord et h l’est, n’ont jamais permis aux habitant du plateau et aux étrangers qui y séjournaient, de le cultiver en paix ou d’y entreprendre des voyages pour le faire connaître.
C’est donc avec un grand sens que l'Abyssinieti compare sa patrie entourée de tous côtés de peuplades ennemies à la belle fleur di^ Denguclat (3), plante magnifique du genre des Cnicus , dont lacorolle est entourée d’une enveloppe épineuse.
La plus grande partie de la haute terrasse du llabcch, est couverte de pâturages alpins (3), et bien cultivée dans quelques plaines; on n'y voit presque pas de forêts , mais elle est abondamment arrosée , parcourue par d'immenses troupeaux de vaches et de chevaux, et habitée par une race d'hommes vigoureuse , belle , active et intelligente , toujours en guerre avec ses voisins ( cum illis perpétué lue tant et belli quant pacis artes mugis meditantur. Ludolf). Ne déposant les armes que pendant la saison des orages et des grandes pluies , ils jouissent cependant de tous les avantages qu’accordent un sol fertile, un beau ciel et un printemps éternel.
La nature du plateau qui s'élève de tous côtés comme un boulevard contre ses ennemis, a seule peut-être conservé pendant tant de siècles , au peuple abyssinien , son indépendance et son sol. Quelques auteurs ont douté que l’Abyssinien fut un peuple primitif, mais Sait l’a victorieusement confirmé.
Depuis que les Galla éthiopiens ont pénétré plus avant dans l'Abyssinie et que les dissensions religieuses ont divisé la puissance des empereurs; depuis que la fureur guerrière et envahissante des peuples mahometans voisins s’est apaisée , que leur influence s’est accrue par le commerce et des relations amicales , et qu'une ville uiahomclanc s'est élevée près de la résidence
(t) tobo. Relu-, I'* part., p. 150.
(•J) l u, loir, HUI. .Billion., I. I, c. 16. (3) Bruce, Irav. iv, p. 25.
chrétienne; depuis lors aussi, le plateau a perdu de sa primitive impénétrabilité.
Les divisions politiques à l’intérieur du royaume, la puissance toujours croissante des princes tributaires , des ministres et des gouverneurs ne firent plus du Négus, l’empereur du royaume d'Abyssinie si puissant naguère, qu'un petit roi de Gondar, semblable au grand Mogoi de Delhi, et le jouet des partis. Depuis ce temps, le plateau semble refuser de servir comme autrefois de rempart infranchissable.
1" Éclaircissement.
Nature du pays d'Alpes central de r Abyssinie.
De hautes chaînes de montagnes s’élèvent encore sur le plateau du llabcch au-dessus des plaines qui couvrent le pays.
Les plus élevées et les plus impénétrables sont celles de Samen (1), h l’est ; nous en avons parlé plus haut et elles sont aussi habitées par des juifs abyssiniens, les Falashas. Elles furent souven t l'asile des partis politiques vaincus , souvent aussi de grandes armées trouvèrent la mort (3) dans leurs défilés étroits et surtout dans celui de Tchetcltico.
Les montagnes iV Am/tara, au sud-est, sont les plus habitées ; elles étaient autrefois au pouvoir de la tribu la plus belle et la plus brave de la nation abyssinienne, la noblesse. Au centre de ces montagnes , était Tégulat capitale de tout le royaume (3) ; c'est de Ih que sont sorties la langue et la civilisation la plus anciennedu nouveau royaume d'Abyssinie, qui se sont répandues ensuite dans celui tTAxum, où régnait autrefois la langue geez ou de Tigré. Ces montagnes sont aujourd'hui au pouvoir des hordes des Galla.
Les montagnes de Gojam (i)ou de Goc/tam, sont les plus fameuses, h cause des sources du Nil; ouvertes et accessibles, elles contiennent de magnifiques pâturages; elles forment un délicieux pays d'Alpes et jouissent d'un printemps éternel; l'ensetey'b), y croit en abondance. Dans
(11 i.uamr, mu. Atbiop., i, c. VI.
(8] Bruce, Tn»., t. III, 0.
(3) Lud., Ibid. — Bruce, Trav., I. 111, p. 0, t. IV, p. 439. —f.obo, Bciâe i, p. 150. — Vater Ud MitüriUates, 3*r, Theii., P. 109.
(4) Bruce, l. Ul, p. 8 ei 455.
(6) Ludolf, Bist. Æih. 1, 9, et Comment., f. 140.
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ces montagnes, à Saccala, se trouventles sources du Nil, vénérées dès la plus haute antiquité. Ce pays est le séjour de peuples autochlhones qui n’en ont jamais été expulsés, et sont toujours restés sans mélange; ils portent encore chaque année leurs offrandes (1) aux dieux du sol, à krihoha , génie du Nil et des bois de bambous.
Les contrées d ’Angote (3), de Dembea , d eDamote (3) sont de hautes plaines immenses ouvertes et unies ; le pays des Agows (4), Woggara , Foggara et Babbaha, près du lac de Zana, est comme le grenier d'abondance du plateau.
Les alentours du lac Tzana (Séna Barsena, c'est-a-dire Bahar Sena , la mer Sena des Portugais), ou la contrée de Dembea, est depuis le dernier siècle , la province la mieux cultivée et la plus peuplée du plateau ; tout s'y réunit autour du centre du pouvoir temporel et spirituel. Quoiqu'aucun peuple ne soit moins attaché b un séjour fixe que les Abyssiniens (S), cependant tous les grands du pays se réunissent sur ce point, au moins pendant la saison des pluies , seule époque de repos que connaisse ce peuple belliqueux ; les Européens leur ont bâti dans ces lieux des demeures fixes. Gondar sur le lac, nommée pour la première fois par Poncet (1700), a été élevée autour des églises et du château royal (6) bâti par les Portugais. Autour du lac , les jésuites ont construit des palais pour le roi, b üancas et Gargora, pour la reine b Depsan , des châteaux pour le patriarche , et pour eux, des cloîtres et des séminaires (7).
Tous ceux qui ont visité cette haute terrasse, élevée b 8,000 pieds de hauteur moyenne, comme celle de Quito, et s’étendant du 10° au 13° de latitude nord , s’accordent b appeler son climat un printemps éternel ; on le compare b la température la plus douce du Portugal. Aussi, les Portugais s’y trouvèrent comme dans leur patrie (8), et crurent y rencontrer les mêmes productions, le même genre de vie. Les Abyssiniens,
(1) Bruce, t. v, p. 237, et vu, p. 332.
(2) Alvarez, H. de Eib., f. 75.
(1) usa, Belle, I, p. 23t.
(4) Bruce, Tr., l. III, p. MB; t. IV, p. 347, 372.— Telle!, feu TMvenot, Bec., pis. 20.
(5) Labo, Belle, I, 153 et lulr.; Bruce, Tr., t. 111, p. 53.
(6) UH, dam Valcntla, Tr., I. Ill, pas- 180.
(7) Telle», dan» Tbdveuol, lec., pas. 20.
(8) Lobo, Belle, I, p. 154.
dit Ludolf , atteignent souvent, dans cet heureux climat , un âge qui dépasse 100 ans (1).
Cette délicieuse température n'est interrompue que par les pluies des tropiques qui versent annuellement sur la terre leurs eaux abondantes et fécondes et divisent l'année en trois saisons : la saison des débordemens et des pluies, kramt , qu'Abba Grégorius appelle l’hiver du Habech ; la saison de la grande sécheresse et de la chaleur, Hagai; la saison des récoltes et de la jouissance, Tzadai; elle vient immédiatement après la saison des pluies.
Nous ne savons que peu de choses de la végétation alpique, assurément très-riche, propre b ce plateau ; car la plupart des plantes citées par Bruce et l’oncet n'appartiennent pas b la haute terrasse. Nous ne connaissons de scs végétaux que des cyprès , quelques mimoses et trois espèces d'arbres qui lui sont propres. La première est le Cantouffa , espèce de buisson épineux , ( Pterolvbium lacerons, selon Browne (3)), Sait le vit pour la première fois b Axum (3); la seconde est le koueso , ( Bankessia Abyssinica)-, la troisième , le H’anzey ( Cordia Abyssinfca, selon Browne; selon Murray, le cèdre des écritures. Voy. Salomon , cant. des cant. , c, U, v. 13); on l'appelle Arzc dans le pays; Gondar et beaucoup d'autres villages sont bâtis dans les bois b son ombre; c’es t l’arbre sacré des Galla(4). Le végétal caractéristique pour ce pays des tropiques est l 'Enscte , arbre b forme de palmier, le bananier de l'Abyssinie (3). Toutes les espèces de blé et le poa qui sont généralement cultivés y viennent en abondance, mais on ne trouve pas le poa dans la Kolla (terres basses), où croit seulement le Tocousêo qui est aussi une espèce de blé. Cependant les fruits exquiscommelrs oranges et lescilrons, la canne b sucre aussi, sont entièrement étrangers b la haute terrasse, quoique les géographes les donnent comme produits naturels du pays. Selon le rapport des témoins oculaires , on ne les trouve que dans les terrasses inférieures, et si on les donne comme des productions de tout le Habech, (Saccharo abundant, dit Ludolf, d'ailleurs si
(t) Ludolf, Comment., 1. 1, pag. 154.
(2) Sait, Voy. Flora Abyaalnlca app,, p. LXIÎ.
(3) valcntla, Tr.,1. Ill, |og. 84.
(4) Bruce, Tr., t. VIII, Appendix,
(6) Ludolf, mal. A llu , 1. 1 , c. 9 , et Blumenxbacb Au. merk. lu Bruce Be!»en,Tbl. V, p. 280.
exact), c’est qu'on généralise ce qui vraiment n’appartient qu’à une porüon du pays (1).
Nous avons déjà émis sur les Agroumi l'opinion que très-probablement ces plantes ont été apportées par les Portugais sur la terrasse de Tigré, et naturalisées par la culture; on en trouve des forêts dans la terrasse antérieure de Siré (â), mais le fruit en est dégénéré : on trouve de même , à Tigré , dans des endroits isolés et toujours dans des lieux autrefois consacrés par d'anciennes églises et des couvens, des groupes de dattiers, devenus sauvages (3) comme, par exemple, près de l'église Abba Garima, près du cloître Bisan. Probablement, ce sont les restes des plantations faites par les prêtres chrétiens des premiers siècles qui avaient apporté ces végétaux d'Égypte.
II en est de même, sans doute, de la vigne; elle a été apportée et cultivée ici par les Portugais, et elle n’est pas naturelle au pays. Les Abyssiniens ne se servent de vin que pour la communion , et n'en boivent jamais ordinairement (4). On ne cultive la vigne que dans le petit district d’Emfras , et elle y produit des grappes magnifiques (8). Teliez dit expressément que, de son temps, ii n'y en avait pas en Abyssinie (6).
La plus grande richesse du plateau consiste en chevaux : ils forment la force principale de l'armée abyssinienne , et sont indispensables pour la citasse qui est la plus grande occupation de ce peuple; les mulets et les ânes sont les seules bêles de somme, les pâturages alpins sont couverts de magnifiques troupeaux (7) qui forment la principale nourriture du peuple.
Il y a ici une véritable économie d'Alpes : la nourriture ordinaire est la chair de vache crue (8), on l'appelle Hrinde; mais on ne la coupe pas sur l'animal vivant, quoique cela arrive quelquefois dans les cas pressons (9). On ne tue ni veaux ni agneaux.
Aucun des témoinsorulaires ne rapportcavoir ♦u sur ce plateau , des éléphans , des chameaux ,
(1) Lobo, Brise, I, pag. 154.
(8) Poucet, Voy., pag. 130.
(8) Valent!*, Tr.f I. III, pan, 74, et Sait, voy., p 448 (4) Bruce. I. IV, pag. 437, V. 81.
(6) Poucet, t. V, pag. 1 1 0.
(0) Teliez, dan* TbCvenot, B., pag, 5,
(7) Bruce, Tr., t. lit, pag. 301.
(8) Bail, dam Valent!*, t. lit, pag. 150.
(0) Bruce, t, IV, pag. 333 — sali, Voy., pag. 805.
des buffles sauvages, des antilopes et des rhinocéros; on n'y a trouvé aucun des animaux féroces qui peuplent les déserts. Le prétendu ba-uf sauvage dont les cornes colossales servent de vases dans toutes les fêles de l'Abyssinie , ne vit pas dans la contrée alpique , mais dans la Kolla (1 ) à Walkait. Dans son second voyage (4) Sait vit lui-même ce prodigieux animal dont les cornes ont quatre piedsde longueur , etque l’on regardait auparavant comme fabuleux ; il l'appelle Sanga ou bœuf-galla , parce qu'il a été amené à Tigré par les hordes des Galla.
Les hyènes, Canis crocuta, appelées Zubbee (3) par les habitans, sont en si grand nombre dans ce pays que leurs hurlemcns s'entendent toutes les nuits jusque dans les rues de Gondar, la capitale. Elles ne seraient pas si nombreuses si elles n'étaient attirées par les animaux qu’on lue dans les plaines et dont on abandonne les cadavres dans le voisinage des habitations. Elles sont encore protégées par la superstition des habitans; ils les prennent pour des hommes enchantés, des Falashas (4) qui out l'habitude de descendre la nuit des montagnes ; de même aussi les Calfres ne mangent pas la chair des hyènes parce qu'elles se nourrissent de cadavres humains.
Dans le lac de Tzana on trouve encore des hippopotames , mais pas de crocodiles (5) ; ces deux espèces d'animaux se trouvent en grand nombre dans le Tacazzé (B), au pied des montagnes de Samen.
Aucuns des animaux qui caractérisent les basses terres des tropiques ne sont naturels dans le pays d'Alpes du Uabech ; mais il est étonnant qu'on n’y rencontre pas les animaux caractéristiques du plateau de l'Éthiopie, la girafe et le zèbre.
On sait que le zèbre ( Zecora ) , qui parcourt en troupes innombrables les piailles de la Haute- Afrique prèsdu Congo et d'Angola (7), a été amené dans le liabech, des forêts situées au delà de l'Abyssinie et du pays des Galla ( ex silris ultra l/abyssiniam et terra s à G allants /ms se s sas
(1) Sait, dans ValenUa, Tr., 1. 111, pag. 140.
(8) San, Voy., pag 858.
(3) Sait, dans Valentl*. t. Ht, pag. 498.
(4) Bruce, Trav., l. lit, pag. 54.— LIcMenslcIn, rberdï* Kafforn, In den Geog. Epberocrklcn, 1807.
(5) Lmloir, U «st . *th., I, c. 11, 4.
(0) Sali, Voy., paç. 354.
(7) Ubai, .Ethiopie occidentale, ». I, pag. 168
BORD SEPTENTRIONAL, PATS D'ALPES DU HABECU.
adducitur). Les rois île l'Abyssinie l’ont envoyé en présent aux monarques de l’Europe et de l’Inde (1), comme un animal précieux, éloigné et très-rare.
Aucun voyageur en Abyssinie ne nous parle de la girafe ( Zourafa des Arabes), comme se trouvant sur le plateau; cependant elle a un nom abyssinien : Schirœtœ kazin , c’esl-îi-dire queue mince, suivant Ludolf, ou Gierata- Cac/iin, c’est-à-dire longue queue, suivant Bruce. On l’appelle encore , selon Sait , Zeratta, dans le Tigré ; Jeratla Kelc/iin , dans l’Amhara. Bruce, lui-inéme , qui s’occupait tant de chasse, ne peut rien nous en apprendre , quoiqu'il ait vu à Saucaho (9) , dans la Kolla , des cornes de girafe; Abba-Grégorius d'Amhara (î) ne nous dit pas non plus s’il se trouve des girafes en Abyssinie. Les peaux de girafe et de zèbre sont l'ornement principal de la cavalerie abyssinienne, et forment un objet de commerce important (4).
Coup d'œil sur l étal actuel du royaume de r Abyssinie.
Sous avons jusqu’à Bruce des renseignemens historiques et géographiques sur l’intérieur de l'Abyssinie ; mais cesdocumenssont très-anciens , car, depuis ce temps, aucune source nouvelle ne s'est ouverte pour augmenter la connaissance imparfaite que nous en avions. Mais de grandes lumières ont été jetées sur la province orientale de Tigré, presqu’inconnue jusqu'alors, et que son souverain actuel (5) a rendue royaume indépendant. Sous le point de vue politique et naturel, elle forme la véritable transition avec le royaume propre de l’Abyssinie. Nous tirons des observations de Sait les vues suivantes sur ses rapports politiques avec l’Abyssinie et avec ses voisins du sud.
L’état actuel de l'Abyssinie peut se comparer à celui de l'Angleterre avant le roi Alfred , au neuvième siècle. En Abyssinie comme alors rn Angleterre , règne la féodalité ; l’état est en guerre sur toutes les frontières avec ses voisins, les grands sont continuellement en dissension entr'eux ; quelques-uns des premiers de la no-
(1) ludolf. mit. *ih., t. I, e. 10 et 38.
{3} Bruce, t. IV, pag. 1 18; I. VI, pige 360.
(3) Ludolf. Mat. AID., t. I,c. 10, 36.
(4) Sait, Faima Abyst , dam rspprndjx, t. IV. (6; Sait, Voy., pag. 486 « 498.
blesse ont usurpé le pouvoir. La dignité impériale n'est pas sortie de l'antique famille héréditaire , mais elle est devenue tout à fait insignifiante. Des invasions fréquentes et dévastatrices de peuples barbares, prolongent et enveniment la lutte d'où le royaume d’Abyssinie aura tant de peine à se tirer. Il n'en sortira jamais, pense Sait, victorieux et fort comme le fit autrefois le royaume d'Angleterre.
L'Abyssinie est actuellement divisée par la nature même du pays , et par l’interposition des Galla , en trois souverainetés indépendantes ou états.
La haute chaîne de Samen depuis Waldoubba, au nord , jusqu'à Lasta , au sud , forme avec la ligne du Tacazzé supérieur, la limite exacte des deux plus grandes divisions de l'Abyssinie, de Tigré et d'Amhara.
Les habitans de ces deux provinces parlent des langues différentes , sont tout à fait opposés de caractère, et l'on s'étonne qu'ils aient pu être jamais politiquement unis. Mais l'union ne fut jamais intime et profonde, car, entre les deux races existèrent toujours de puissantes rivalités. Depuis que les peuples galla envahirent le royaume et en séparèrent les anciennes provinces de Shoa et d 'Éfat, la province orientale de Tigré arriva à une complète indépendance.
Quoique Tigré soit gouverné par un ras ou gouverneur et vice-roi du Négus, souvent, cependant, il nomme et reconnaît lui-mème ses souverains.
Les fortifications naturelles du pays, la bravoure des babitans, la communication avec la côte de la mer, font aujourd'hui de Tigré le plus puissant des trois états de l'Abyssinie. Son étendue politique ne nous est encore indiquée que par la carte de Sait. Ses communications avec la côte lui donnent le monopole de toutes les marchandises importées dans le pays , par exemple des armes de l'Europe ; il a surtout celui de tout le sel dont on fait usage dans l’intérieur.
1. Le royaume de Tigré. — Il est borné politiquement au nord par les Bekla, les Boja , le» Takui et d’autres tribus de S/iangallas ; à l'ouest, par les hautes montagnes de Samen, à l'est et au sud par les peuplades des Danakil , des Doba et des Galla. Il forme , dans une étendue de quatre degrés de longitude et de quatre degrés de latitude, un trapèze irrégulier. Il est divisétrès-inégalement , suivant l'usage des Abyssiniens, en une infinité de petites provinces appelées Shoummouts, qui, toutes ont dans le pays le même rang et la même importance.
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HAUTE-AFMQCB : IIP DIVI3I05, $ 11.
Elles nous apparaissent à peu près dans l'ordre suivant :
1. Celle de Tigré . proprement dit, h travers laquelle s’étendent les montagnes d'Adowa et d'Axum, au sud. Elle est bornée, au nord , par le fleuve Mareb, à l'est, par Agamé, b l'ouest, par Shiré, au sud, parle fleuve Warri. Ce fleuve prend sa source, à l'est, dans l'Haramat , et va se jeter dans le Tacazzé , à travers Goullibouda et Temben. Le Tigré proprement dit, contient plus de dix grandes provinces, comme celles A'Adet , Adotca , Goundou fia , K cita , Devra - Damo, Uaramat , Amba Manet, Tsai, Tsama, Abbn-Gamm , et beaucoup d’autres plus petites. Un grand nombre de montagnes , formant des torts naturels appelés Ambas , séparérs par de protonds ravins et des plaines bien cultivées, donnent 11 ce pays son caractère distinctif.
2. A l'est de Tigré, est la province d’ Agamé; très-élevée, au-dessus du niveau de la mer, elle jouit sous le climat brillant des tropiques, d'une température douce et modérée, d’une terre féconde. Elle est bornée, à l'est, au nord et au sud par la chaîne de montagnes de Sénafé; elle confine au sud h la grande plaine de sable. Sa capitale est Genata.