‹ Geographie Generale CompareeChapitre 53 sur 293 · Au sud d’Agamé, sont situés un grand · texte numérisé non relu

Au sud d’Agamé, sont situés un grand

nombre de petits districts voisins des montagnes de Sénafé. C'est comme une bande de pays montueux qui forme la frontière orientale de Tigré et la province d 'Enderla. La capitale de ces districts est très-bien située pour pro-

téger les provinces du sud contre les Galla. Le vice-roi l’a choisie pour sa résidence. Tout près est CM licou t, son château de plaisance.

4. Au sud d’Enderta est situé fTojjerat, longue langue de terre s'étendant de l'E. h l’O., dont les habitans se sont acquis de la gloire par leur victoire sur les tribus nègres des Doba. Ce pays doit contenir des éléphanset des rhinocéros , ilest renommé pour le miel blanc qu’y produisent les abeilles. Les pluies n'y sont pas aussi périodiques que danslereste du royaume. Entre Wojjcratet Lastaest située une petite contrée étroite et basse, appelée Ho fila, qui conflue au lac Ashangen. Dans ce pays, les Galla se sont mêlés aux habitans indigènes et sont devenus chrétiens.

5. La province de Lasta est âpre et montueuse ; les Portugais l'appellent souvent Bugné. Bora et Salowa sont deux provinces montueuses au nord de Lasta; entr’elles et le Tacazzé, sont situées les contrées basses de Waag et de Gua/iou, habitées par des Agence chrétiens , et en rapports continuels arec elles. La province

d’Avergale, plus au nord , est une étroite bande de terre de 10 milles géographiques de longueur du nord au sud , sur la rire orientale du Tacazzé. Elle est habitée par les Agows; leurs maisons ont la forme des temples égyptiens, et sont construites sans mortier.

6. Sur la rive occidentale du Tacazzé s’élève la plus haute chaîne de montagnes de l’Abyssinie, la chaîne de Samcn. Dans la province du même nom , entr’elle et le Tigré , proprement dit , est la province de Temben , divisée en un grand nombre de petits districts ; les maisons des habitans ressemblent ici comme dans l'Atergalc aux temples égyptiens.

7. La province de Shiré, au nord des précédentes, et à l'ouest d'Axum, conflue au Tacazzé, par un angle aigu , sous le 1 4* de latitude N. Elle s'étend à l’O. jusqu’à Waldoubba et H alkail , toutes deux tributaires du ras de Tigré.

Leur» riches prairies et leurs bois sont remplis de moines et d’ermites; l’habit de leur ordre est jaune, une corde leur sert la ceinture; ils mènent, dit-on, entr’eux, une vie très-dcréglée.

Le reste du royaume de Tigré forme la souveraineté du Bahamagach, dont dépendent quinze petits districts gouvernés par des chefs différons qui prennent le litre de S/ioum, Cantiba et Baharnagach.

II. Le second des trois états principaux est le KOYACHE d'Amha&a. Il est probablement ainsi appelé à cause de la langue qui y domine, car l'ancienne province d’Amhara en est tout à fait séparée, et est occupée par les Galla. A cet état, appartiennent les provinces : Begemder, llenna, Bêlas son, Faggora , Dcmbea, Tcherkin , Couara, Tchelga, Maïtcha, Gajamet Damol.

En 1814 , elles étaient toutes réunies sous le commandement du chef Gouxo, le puissant adversaire du Ras Welled Selassé de Tigré. Welled Selassé s'était emparé de la personne de Fasil, dernier roi de Gondar, et le tenait prisonnier en son pouvoir; Fasil subit ainsi un sort semblable à celui de la postérité de Clovis, avant l’avènement des Carlovingiens, et à celui du grand Mogol au Gange. Gouxo est maitre souverain sur la rive occidentale du Tacazzé. Il s'est allié avec les Galla du sud, et s’est fixé au milieu d'eux , au sud. près du lac Dembea. Sa principale force consiste en 20.000 hommes de cavalerie; celle de Tigré en 30.000 hommes d'infanterie. En 1811, le roi de Tigré fil une expédition contre Gouxo son rival.

III. Le troisième des états de Tigre en est maintenant complètement séparé: il est au pou-

BORD SEPTENTRIONAL , ABYSSINIENS

til

voir des Galla , et contient deux grandes provinces, Shoa et Efat.

1. La province d'Efat est située entre te 9° et te 11° de latitude nord. On la représente comme un pays élevé qui s’étend du N. au S., et s’abaisse peu à peu des deux côtésdans la Kolla ou les basses terres. Il en descend un grand nombre de petites rivières dont les unes se jettent daos le Nil, les autres da ns le fleuve Ilatcash. Deux bras de ce fleuve jadis peu connu, entourent cette province. La capitale d’Efat s’appelle Ankober, résidence du chef Muni Azimaï. Il est maintenant souverain indépendante! possèdeunc des plus riches et des plus belles contrées de l’Abyssinie. Sa puissance aussi grande que celle de Tigré se compose de la meilleure cavalerie. II est allié avec Antalotv, comme avec Gondar, et possède 1rs meilleurs haras. Les communications entre ces différent royaumes sont souvent interrompues par les invasions des hordes galla.

S. La province de Shoa, beaucoup plus basse, près du cours supérieur du Nil, est renommée pour ses magnifiques pâturages, ses vallées fécondes couvertes de grandes villes et d’un nombre infini de couvens. Dans ces deux provinces, la littérature éthiopienne est dans un état plus florissant que dans les autres contrées. Elles ont leurs poètes, leurs lettrés, qui ne sont pas prêtres. Les babitans sont encore attachés ici aux mœurs et aux coutumes antiques de leurs ancêtres ; on trouve chez eux, autant que Sait a pu les observer, plus d'esprit, d’intelligence, de civilisation que chez les hommes les plus distingués de Tigré (1).

Quelques hordes de Galla ont pénétré au sud entre ces trois états. Dans ces derniers temps, les qualités du ras Velleta Selassé, héros plein de bravoure, gouverneur actif, juste et intelligent, ont donné au royaume de Tigré une supériorité marquée dans la politique de l’Abyssinie. Son alliance avec l’Angleterre augmentera probablement encore sa puissance. Si l’Angleterre pouvait placer un membre de l’antique famille impériale sur le trône A'Axum et ainsi sous l’influence de Tigré, le royaume d'Abyssinie reconquérerait peut-être son ancienne puissance, sonuuité et sa gloire.

Mais un grand obstacle s'oppose b la résurrection politique dece peuple; c’est que les ports de Massowa et de Suakim sont au pouvoir des

(Ijsait, Tra*., pas- SM-

Arabes de Jidda et des Turcs, ennemis jurés des Francs et des Abyssiniens. L’entrée des voyageurs et des marchandises dans le Habech dépend ainsi entièrement de la bonne volonté d’un peuple étranger, et le commerce est soumis aux impôts les plus exorbitans.

La force maritime des Arabes sur la Mer Rouge, s'est élevée jusqu’à des vaisseaux de guerre de 4 à 800 tonneaux; le seul moyen de se rendre indépendant serait de favoriser une marine indigène et amie, qui contrebalancerait les forces ennemies, et seconderait puissamment les intérêts du christianisme et de la civilisation. Les Anglais ont déjà jeté les yeux sur l’iman de Sens, qui est lui-même menacé par les tribus de Jidda, et par la puissance des Turcs. Sait pense que ses vaisseaux , placés sous la protection du pavillon anglais, domineraient bientôt sur la côte abyssiuienne de la Mer Rouge, et ouvriraient aux exportations des marchandises de l’Inde et de l'Angleterre, un débouché immense dans l'intérieur de l’Abyssinie, et même de toute l’Afrique.

Lue telle alliance qui était l'objet de la mission de Sait serait , non-seulement favorable aux intérêts du commerce de l'Angleterre, elle aiderait encore l’Abyssinie à s'élever au bien-être que donne la civilisation, et à s'affranchir bientôt de ses éternels ennemis, les Galla. Les semences de civilisation déjà déposées en Abyssinie, se développeraient, se propageraient bientôt, et le christianisme, ramené à sa pureté primitive, pourrait de là pénétrer dans l'Afrique idolâtre.

3° Éclaircissement.

Abyssiniens ; coup d’œil historique.

L'Abyssinien a les yeux grands, la taille svelte, élancée, les formes belles; sa couleur passe du brun foncé au brun clair ; chez les femmes elle arrive même à la blancheur européenne (1). Quoique vivant sous le 13° de lat. nord, au centre de l’Afrique, il ne ressemble en rien à la race nègre ; il a les traits du visage , l’ovale de la tête, de l'Arabe et de l’Européen. Suivant Larrey (3), qui a observé avec attention, l’ Abyssinien se distingue par de grands yeux et un noble regard ; l’angle intérieur de l'œil présente

(1 ) Tenez, daua TMtcdoI, Sec., pas. 7. — Sait, dans Va* leatla, t. III, p. Bo.

(2) Larrey , Sur la conformation physique des Egyptien* dans la deactlpt. de l'Égypte, I. Il, Uv. 2, pas. 3.

une courbe légère; ses mâchoires se terminent par un angle aigu et forment, avec les pommettes saillantes îles joues, un triangle il'une belle régularité; ils ont la lèvre épaisse, mais elle n’est pas pendante et renversée comme celle des nègres; leurs dents sont blanches comme chez les nègres, sans être saillantes ; leur peau est cuivrée, olivâtre et foncée. Ces traits caractéristiques sont communsauxCophtes avec des nuances peu sensibles, on les retrouve dans les statues des anciens Egyptiens, surtout dans le Sphinx, et aussi dans la conformation du crâne des momies de Saccarah. Ces observations faites sur les lieux mêmes par un médecin distingué, pendant l’expédition française en Egypte, confirment jusqu'à l'évidence, l'opinion admise depuis Hérodote, que les Abyssiniens sont la tige élhiopique des anciens Egyptiens qui descendirent dans la vallée du Nil, par Meroé, F.léphantine et Thêbes; les Cophtcs nous en présentent les débris vivans, mais dégénérés par l'oppression et la servitude. Les Ethiopiens, au contraire, sont restés dans leur liberté primitive avec une langue qui, aujourd'hui, semble tout h fait différente du cophte.

Vivant toujours à découvert sous un ciel tempéré, à la suite de ses troupeaux, h la chasse, ne reprenant jamais le même chemin dans ses excursions, toujours en guerre et toujours active, cette race polygame et d’une puberté précoce, se multiplie avec une prodigieuse fécondité. Elle forme sur ce point un contraste frappant avec les habitans du plateau du Thibet. Beaucoup de contrées de ce pays d'Alpes passent pour très-peuplées. La femme est nubile à 10 ou 12 ans; l'homme se marie h 14 ans; le Shouw If o/do que Sali connut, avait 40 femmes et plus de ccnt enfans (1). Il y a peu de villes dans le pays; mais toutes les vallées, toutes les montagnes, sont pleines d'habitations; quoique trèspauvres, l'hospitalité est chez eux nationale, comme dans tous les pays d'Alpes.

Les riches sont vêtus de tissus de coton , les pauvres ont des habits de peaux ; leur boisson est l’hydromel , espèce de bière qu’ils appellent bouza; elle est faite avec le poa ou le tocousso , qui ne croit que dans la Kolla. Leur nourriture ordinaire est le lait, le beurre, le miel, la chair crue et le pain ; leur pain est fait de poa en forme de minces gâteaux.

Toutes les habitations sont construites , autant

(1) Bruce, I, vil, appenrilx, pag. 68. — 5»lt,dan» Vaicn- *1*, t. ll,pag. 606, t. III, p. 169.

qu'il est possible, sur le sommet des hauteurs , comme les châteaux des chevaliers en Allemagne ( Rillerburgen)\ mais ici on choisit seulement cette position pour se protéger contre les inondations dans la saison des pluies. Leur industrie est presque nulle : elle se borne ïi la préparation du cuir, h la confection des étoffes de coton . h la fabrication des lances , des couteaux et des armes.

Tous les produits fabriqués leur sont apportés de l'étranger par les caravanes ; ils ne bâtissent pas eux-mêmes leurs maisons et laissent ce soin aux Fa/ashas (1).

Quoique toujours attachés à l’exercice de leur culte, â la célébration des fêtes, h l'observation des jeûnes, à la récitation des prières et h l’invocation des saints, ils ne semblent avoir qu’une faible idée du véritable christianisme. Le clergé et les princes sont cependant presque toujours occupés de disputes théologiques. La croix que tous les Abyssiniens portent sur le front et sur la main est ordinairement, avec le chapelet (2), le seul signe de leur foi; le nom même du christianisme semble tomber peu à peu en oubli; car depuis la mort de Marcus, Icurdernicr A boonn, ils sont entièrement séparés du patriarche du Caire, et n’ont pu obtenir de lui qu'il nommât un chef religieux (Aboona (5)), pour résider au milieu d'eux.

L’intolérance opiniâtre des prêtres européens détruisit tout l’effet des efforts que les Portugais avaient si heureusement commencés pour faire prévaloir la religion catholique sur la secte cophte favorisée par Alexandrie. Mendez , chef de ces prêtres , sous le règne du roi , ou Piégus Socinios ( Me/ecSegued , de 1603 à 1632 (4)), voulait, avec l'arrogance ctl’orgucild'un prêtre intolérant, établir sa hiérarchie sur les ruines de la constitution de l'Abyssinie. La conséquence de cette conduite insensée fut la persécution des jésuites et même de tous les Portugais qui, auparavant, étaient en grande faveur; les uns furent tnés, les autres chassés, et h l’avenir le pays abyssinien demeura fermé aux étrangers.

Cependant, malgré l'éloignement des étrangers , malgré que la vie religieuse cédât place peu h peu îi l'ignorance et à la barbarie, ce peuple conserva toujours des traces de civilisation

(1) Sali, dans Valentin, t. III, pjj. 162.

(2) Sali, dans Valenlia, Tr., I. Il, pas. 604. (9) Sait, dans Valenlia, Tr., 1 III, pas. 264. (4) Bruce, Tr., t. tu, pag. 364.

BORD SEPTENTRIONAI, , ABYSSINIENS.

qui , au milieu des dissentions politiques intérieure» et des guerres éternelles contre les féroces Galla , doivent encore attirer l'intérêt et l'attention. C'est sur leur confiance dans ces élémens sociaux qui n'ont jamais péri, que les Anglais ont reposé l'espoir de leurs projets d'alliance avec le royaume d'Abyssinie.

Les mœurs chevaleresques , la rare intelligence , le tact éclairé de la haute classe chez ce peuple montagnard, conduisent à admettre l’ancienne hypothèse qu'elle est formée par la postérité de la caste guerrière de l’Égypte; 630 ans avaut J.-C., sous l’sammétique , cette caste émigra en Éthiopie et reçut un accueil hospitalier de ses anciens compatriotes , dans sa primitive patrie; elle obtint du roi de AleroC la permission de s'établir plus haut dans une presqu'île que, suivant Hervas, on croit être le pays de Gojam ou gocham entouré de tous côtés par le Nil ; elle se fixa dans cette contrée après l’avoir purgée (1) des peuplades sauvages qui l'habitaient, et dont les adorateurs idolâtres des sourecs du Nil a Saccala sont peut-être les faibles débris.

Les docuinens que nous possédons sur la langue et l'origine de ce peuple remarquable sont très-imparfailsencore (2). Nous avons obtenu quelques solutions importantes sur l'bisloire de ce peuple fameux par la découverte et l'interprétation des inscriptions d'Axumeld'Adoule (maintenant ZoullaoxiC/umUa, prés de la baied’Annesley), et par l'intelligente critique des annales nationales de l'Abyssinie. En communication avec lesdécouvertes les plus récentes faitesdans le pays même, nous voulons donner ici une esquisse des faits les plus importans de son histoire ; ils sont indispensables a la connaissance de ce pays et de ses habitons dans leurs rapports avec les peuples et les états voisins; ils nous serviront encore à l'appréciation des sources dont nous devons faire usage.

Le berceau et l'origine des Abyssiniens sont, comme ceux de tous les peuples primitifs du globe, couverts d'épaisses ténèbres. Les Éthiopiens de l'antiquité dont ce peuple fait partie sont depuis les temps les plus anciens, et demeurent encore jusqu'à nos jours, une nation énigmatique. Les annales des prêtres égyptiens, dit lleeren (3) dans son chef-d’œuvre, étaient

(1) lleeren. Comment, loc. Coltlngne, t. XII, psg. 48.

(3) Tychten, Anmerk. lu Bruce Belue, t. V, peg. 331. — Veler un Mllbrldatei, 1. 1, 1“ Ablh , |»g. 106.

(3) Reeren, Itleen, I. Il, pag. 314.

remplies de détails sur ce peuple; bis nations de l'intérieur de l’Asie, près de l’Euphrate et du Tigre , mêlent les traditions de leurs héros et de leurs héroïnes avec les poésies de l'Éthiopie; du temps d’Homère (Odyssée, I, 23), les Abyssiniens apparaissent dans la mythologie grecque avant que l’Italie et la Sicile fussent connues. Selon Hérodote (1), les peuples éthiopiens commençaient aux frontières supérieures de l’Égypte près de Syène, où sont maintenant nos Nubieus et nos Abyssiniens que l'on croyait alors réunis en un seul peuple; il n’en sépare que les liabitans de Meroé et les Macrobiens (hommes à la longue vie). Hérodote nous fait encore connaître les émigrations de la caste guerrière de l'Égypte en Abyssinie , mais c’est à cela seulement que se bornent les renseignemens qu'il nous donne sur eux.

Ce que les auteurs grecs et romains nous apprennent depuis des peuples élhiopiques , se borne à la citation d'un grand nombre de noms et de tribus isolées (2). Strabon nomme parmi eux les Sembrites comme ayant émigré de l'Égypte dans ce pays (ZipAçï rat ü; iv fmfAuiftç (3) ); Mine en fait mention aussi (Insu/a Setnberritarum)-, il place près d'eux la nation des Asachce, peuple montagnard composé d’un grand nombre de tribus différentes, (in ipsis rero montibus Asachce multisnationibus (4) ). On est disposé à voir avec Sali et Vincent, dansces Asachæ les Abyssiniens Axumites, qui se nomment encore aujourd'hui Agaasi et parlent la langue g/ieez. Tel est le seul faible lien à l'aide duquel on peut rattacher l'histoire ancienne de ce peuple aux temps modernes.

Nous voyons par l’Inscription d'Aiurn que les Axumites, connus des Grecs, reçurent chez eux les dieux et les arts étrangers, et firent usage de la langue grecque sur leurs monumens nationaux. L’antiquité des Agaazi Axumites, l’ancienneté de leur langue, leur écriture, prouvent clairement qu'ils ne descendent pas , comme le croit Ludolf, d’une souche arabe, mais qu’ils sont bien d’anciens Éthiopiens. La ressemblance de leur langue avec l’arabe (S) et , comme I.udolfl’a si bien démontré, avec l’hébreu; les nom-

(1) Hérodote, t. II, p. 29.

(2) Heeren, Idr*o,t. 11, pag. 314.— Hitbrldates , t. 11!, 1* Ablh., pas. 103 et »uiv.

(3) Strabon, «dit. de Trrchucke, t. VI, Ht. XVII, l»g. 4.

(4) Pllniui, uni. ml., I. VI, c. 35.

(6) IttlirUalca. pag. 106.

brcux rapprochemcns qu’offrent le* moeurs et l'histoire de» Abyssiniens arec les Hébreux , et qui ont fourni à Sait des preuves si intéressantes; la particularité remarquable (1) que déjà avant J.-C. , du temps des Pharaons peut-être, une grande partie de l’Abyssinie était , ainsi que l'assurent les annales du pays , habitée par des juifs (les Falashas?); toutes ees circonstances prouvent que les Abyssiniens, les Arabes et les Hébreux furent de bonne heure en contact ou plutôt, suivant l'opinion de Sait, que ces peuples ont enlr'eux une origine commune. La langue des Falashas parlée encore aujourd’hui dans les hautes montagnes de l'Abyssinie et qui n'est ni l’hébreu, ni l'arabe, mais probablement l'ancien éthiopien , nous donnerait d'importantes révélations , si elle était mieux connue.

L'antiquité de leur histoire, leur architecture, leur manière de se vêtir, leur écriture , leur conformation physique telle que nous l'avons donnée d'après Larrey , et tout ce que rapportent de cette nation les écrivains étrangers les plus anciens, prouvent que le* Abyssiniens sont un peuple primitif distinct des Arabes. Les premiers germes de la civilisation leur sont venus de l’Égypte et de Meroé, ou plutôt la civilisation est revenue plus développée au point d’où elle était partie , dans sa patrie primitive, le Nil supérieur. Car c'est de là que sont sorties probablement les colonies les plus anciennes des peuples africains; elles sont descendues des hauteurs et se sont établies comme par stations dans la vallée de l'Éthiopie, à Meroê, à Thèlies, et enfin dan» la Basse-Egypte.

Cela n’exclut pas l'émigration des races arabes en Abyssinie par la Mer Rouge; mais quelle qu'ait été l'influence des Arabes , ils n'en demeurent pas moins séparés , jusqu'aujourd'hui , des Abyssiniens propres ; les historiens nationaux les regardent toujours comme un peuple étranger et ennemi , et les désignent sous le surnom injurieux de Grues noires (2).

Une particularité qui nous fait encore considérer les Abyssiniens comme aborigènes sur les bords du Nil , c'est leur vénération idolâtre pour le Nil et ses eaux, dont le culte s’est maintenu chez les Agows; c’est de plus l’architectureégyptienne de leurs habitations , la forme pyramidale

(1) Kurr.y, AppenJn to Bruce, tom. Il, 2* éj. Vocahut., pas. 49 t.

;2) Vincent, Perlpl. , I, |, pas. 7 , «scr. flou, — Sait, Trav. ,pa(. 469. — senuttrn», stator, Joctanldar, pas. 128.

de leurs tombeaux, leur habitude d'écrire de gauche à droite à l'opposé des nations orientales, avec des caractère» tout à fait différons des caractères coufiijues. Sait les a dessinés. [Trac.,

Bans le Tareck-ISegushti , ou chronique des rois de l'Abyssinie , qui remonte bien avant la naissance du Christ et contient le nom de princes tout à fait inconnus , le nom Za-l/akale (1), désigne évidemment le roi Zwxih qui régnait de 76 à 99 après J .-C. (Za désigne un titre. Shah). Ce prince est cité dans le Perip. Mar. Erythr. comme contemporain du marchand qui en est probablement l'auteur, et nous aide ainsi à fixer la date (2) de sa rédaction. 11 y eut donc de bonne heure , dès le premier siècle de notre ère, des rapports commerciaux sur la Mer Rouge, entre l'Égypte et l'Abyssinie.

Nous avons parlé, à propos d'Axum, de l'introduction du christianisme dans ce pays, par Frumentius (le Fromentanos de la chronique). Nous avons raconté aussi que les Abyssiniens avaient étendu leur domination sur l’Arabie jusqu'à l'apparition de Mahomet, et jusqu'à ce que ses sectateurs se fussent répandus sur les côtes de l'Abyssinie.

Dans les premiers siècles de notre ère, les historiens bysautins s’accordent (3) toujours avec les chroniques de l’Abyssinie ; les empereurs de Constantinople envoyèrent longtemps des présens et des tribus (4) aux Éthiopiens; de là vient la connaissance qu’ils eurent de ce pays.

Dans le temps où Cosmos Indicopl. , visita Adoule (323), peu de temps après la conquête de l’Yémen, par llell'esbaeus ou El-Esbaas(llellesthteus dans Procope) toute l'Abyssinie était déjà chrétienne , pleine de prêtres et couverte d'églises. La domination des empereurs abyssiniens , en Arabie , ne dura que 70 ans , après quoi , les Perses les repoussèrent et s’emparèrent même de quelques ports sur leurs côtes. Depuis ce temps , les Abyssiniens cessèrent de régner sur la mer, et furent réduits à une puissance seulement continentale.

Les Perses cédèrent bientôt à la puissance des mahométans qui se répandirent aussi en Afrique. Les côtes seules embrassèrent l'Islamisme ; l’A-

(1) Sait, Trav., pjg. 460.

(Z) Hecren, ldcen, t. II, lw Ablfc*, pag. 166. — Bredow , l»ag. 718.

(S) Sait,- Trav., pag. 466.

(4) Procop. de Bctlo, lit»., c. 10 et 00.

BORD 8EPTERTRIORAI. , ABTSS1MESS. 128

byssinie demeura indépendante et ses habilans , éloignés seulement de 65 milles géographiques des portes de la Mecque et de Médine, restèrent jusqu'aujourd'hui de zélés chrétiens. C’est alors que commence la période des guerres religieuses.

Depuis ce temps jusqu'à Marco Polo , qui visita l'orient au 13* siècle, nous ne saTons plus riende l’Abyssinie; la chronique du pays (1 ) nous donne seulement les noms des rois qui nous sont confirmés par les récits de Marco Polo, en 1290. 11 nomme Habasch une grande province de l’Afrique, dont le roi est chrétien , et commande à trois princes chrétien* et à trois princes maures. Ces habitans de ce pays, dit-U, sont les plus braves et les meilleurs soldats de l’Afrique. En 1288, un roi de l’Abyssinie, dit-il encore, voulut entreprendre un pèlerinage au sainl-sépulchre, à Jérusalem ; le bruit des croisades avait probablement pénétré en Abyssinie , et chaque année un grand nombre de ses sujets faisaient ce pèlerinage. I.a haute noblesse l’ayant empêché d'accomplir son projet, il envoya à sa place un évéque qui tomba à sou retour entre les mains des infidèles , et Put violemment circoncis. Pour venger cet outrage, les Abyssiniens déclarèrent la guerre au sultan A'Adel ( Zeyla ); c'est probablement le commencement et la cause de la lutte terrible qui se prolongea , pendant des siècles , jusqu’à l'arrivée des Portugais. Les rapports de Marco Polo s’accordent parfaitement avec les chroniques du pays qui nomment ce roi abyssinien Amba-Sion (2) , à la date de 1228.

Les géographes arabes antérieurs au noble vénitien , comme F.bn Haukal (930) , et après lui Jbn al Wardi (1548), ne nous disent rien des Abyssiniens sinon qu'ils sont chrétiens; Ebn Haukal nomme Zeila (3) comme le lieu de passage pour se rendre dans l’Yémen , et Al Wardi l'appelle le comptoir commercial du Habesch ; il est habité, dit-il, par des croyans, et là au moins, régnent la justice et l'équité. Al Wardi cite Kaberer comme la résidence de l'empereur; on y trouve, dit-il, beaucoup de bananiers; c'est assurément Ankoberdansla province d'Efàt, où , comme à Gondar , l 'Eruete croit en abondance. Ces deux géographes nous donnent un peu plus de détails sur les Baia, moins connus

(1) Sait , Tr»T., pas- 41®. «> App., dan» ftaimitio . 1. 111,

(*) trace, Trav., l. U1 , psg. 4t.

(3) tbn Haukal , Orient, geogr.

aujourd'hui qu'autrefois, race nègre, la même qui est citée dans l'inscription d'Axmn et avoisine l'Abyssinie au nord ; ce sont , disent-ils, des peuples idolâtres , mais d'un lion naturel , hospitaliers pour les marchands et possesseurs de riches mines d’or (I). .

Depuis Marco Polo et le temps des croisades jusqu'au milieu du 18e siècle, les rois de l’Abyssinie furent toujours, comme Al Wardi nous l’apprend , en communication avec l'Europe. L’an 1448, l’empereur Zara Jacob envoya un ambassadeur au sénat de Florence, et écrivit une lettre fameuse aux prêtres, ses sujets, qui étaient à Jérusalem ( voy. Geddes church history of Abyssinia , pag. 27).

Les rapports avanlageux que les prêtres abyssiniens (2) donnèrent à Jérusalem des royaumes de l'orient et de leur commerce avec le sud , enflammèrent l'avidité des Portugais qui envoyèrent en Orient des émissaires. L’Afrique méridionale fut doublée, les Indes découvertes et l’Abyssinie mieux connue de l'Europe.

Peter Covilbam est le premier qui arriva , en 1490, à la cour de l’empereur ou ÎYdgus de l’Abyssinie, résidant alors à Shoa. Il engagea Itegbé, mère du prince , à envoyer comme ambassadeur en Portugal un Arménien appelé Mattticeus, pour nouer des relations directes avec ce pays. L’arrivée de Matthieu* fit grand bruit en Portugal. Par réciprocité, la cour de Lisbonne envoya à son tour un ambassadeur en Abyssinie ; plusieurs autres envoyés portugais arrivèrent ensuite heureusement à Massowah, l’an 1820; leurs descriptions (3) sont les premières sources importantes que nous possédons pour la connaissance de la nature et de l’histoire de l’Abyssinie.

Après un séjour de six ans, Alvarez, chapelain de la mission , retourna en Europe avec ses compagnons ; le père Andrada et J. Bermudez restèrent seuls en Abyssinie. Alvarez revint chargé de lettres de l’empereur David pour le roi Jean de Portugal. Dans ce même temps, la cour papale forma le projetde convertir les Abyssiniens au catholicisme , et établit à Home le col-

(t) Bbn Biukal cl XI Wardi, dan» J'appendU , dam Sait, pas. I XXVI.

(2) Sali, Voy., pag. 470 ot suivantes.

(3) rr. Àlvirci Verdodetra lofortnacam das terras do preste Joam da» India». Llsb- 1840, traduit du Hscpl portugais . avec de» augmeolatloo» dans Ramuito ,

psg. 189. — Lcgalio tnagni Indoram presb. Joie ad Emmanuel. Lusitanie, 1513.

lége St-Stéphano dans cette intention. Mais bientôt b la frontière orientale du Habech , le mahométan Gragné , roi d'Adel , se leva contre les chrétiens (1). Ses invasions forcèrent l'empereur abyssinien Claude h envoyer Berntudez en Portugal, pour demander du secours; il promettait en retour de reconnaître le pape comme chef spirituel de l'église. En 1340, Bermudez reçut du pape Paul 111 le titre de patriarche d’Ethiopie; il revintbientôtaccompagnéde (lama qui commandait 400 soldats, de beaucoup d'armes et d'autres moyens de défense. Les courageux Portugais sauvèrent le royaume de sa ruine entière, mais ne purent reconquérir les possessions qu'il avait perdues. La cour dut , pour sa sûreté , changer le lieu de sa résidence et l'établir dans les montagnes de Samen. Le patriarche a raconté lui-mème tous ces faits (3) ; mais bientôt sa violence et son intolérance le perdirent avec tous ses compatriotes , et l’empereur Claude lui-mème, ferma aux jésuites l'entrée de l'Abyssinie.

Pierre, prêtre abyssinien, vint en Europe dans le temps qu'Ignace Loyola projetait d’établir une mission pour l'Abyssinie; le pape chargea de cette mission deux prélats, IS’uncz Barvtto et Andrea Oviedo. Le premier mourut dans les Indes , le second arriva seul heureusement en Abyssinie en 1537, et y resta jusqu'il sa mort (1577). 11 se montra toujours prudent, généreux et pieux, et se maintint en haute vénération chez les Abyssiniens (5).

Depuis ce temps , la possession des ports de Suakim et Massowa par les Turcs (voy. plus haut, 1558), et les invasions des Galla rendirent l’entrée de l’Abyssinie toujours de plus en plus difficile. Cependant quelques prêtres y pénétrèrent encore. En 1399, Mdchior de Silva , moine intrépide , y entra déguisé en Faquir et resta dans le pays jusqu’à l'arrivée de Pierre Paez, en 1603. Ce prêtre plein d’énergie et de talent , gagna une grande influence à la cour de l’Abyssinie, et atteignit le but si longtemps désiré des jésuites , la conversion solennelle de l'empereur et de sa famille à l’église catholique romaine, et sa sou-

(1) vor. plus tijut , terrasse de Tigre , mettre de ces combat*.

(2) Relaclon de Embaiioda gb Joaô Bcrmudci trouie do eenperador da Etbiopla. Lliboa, 1665, petit ln-4u.— Ludoir, H!»t. Ætb., Comment., pag. 6, extrait d’après Porctm, P. Il, pa*. 1149.

l3) P. Tl. Godlgno de Ætbiopix Patriarcbli , J. R. Barreto et Andr. Oviedo. Lugdunt, 1015.

mission au saint siège. Mais par malheur, cet homme énergique mourut bientôt à Gorgora en 1604 , et sa mort fut amèrement pleurée par les Abyssiniens et par ses compatriotes. Il laissa des documcns et des manuscrits très-détaillés, qui sont enfouis avec d’autres recueillis de 1555 à 1633, dans les archives secrètes de la couronne de Portugal , et sont peu consultés encore. Le père Tellez est celui qui en a fait le plus d'usage dans son rare etcélèbre ouvraged’oû nous avons puisé, par exemple, tous les renseignemensque nous avons donnés sur Narea.

En 1633, le prêtre Emmanuel d'Almeyda arriva dans le Habech; il y vécut dix ans, et rassembla dans le pays les matériaux de son histoire de l’Abyssinie. Don Alfonso Mendez , le dernier patriarche envoyé de Borne en Abyssinie , arriva en 1633; à sa suite était le père Lobo, dont le voyage est assez connu , tandis que les documens antérieurs sont pour la plupart ou peu consultés ou perdus.

Ces prêtres montrèrent beaucoup de courage et de persévérance dans leur prosélytisme, mais leur influence, quoiqu'assez puissante, ne fut jamais salutaire. Cependant, 19 prêtres jésuites s’établirent en Abyssinie. L'intolérance du patriarche et le trop grand zèle du ras Sela Chrittos , protecteur des jésuites, firent éclater une révolution. L'empereur Socinius abjura luimème la foi catholique, et son fils qui lui succéda bientôt, chassa (1633) le patriarche et tous ses sectateurs, à l'exception de deux qui furent mis à mort parce que, malgré ses ordres, ils étaient restés dans le pays (1640). D'autres émissaires de la propagande catholique abordèrent encore à Suakim, en 1648 et 1674, cl y trouvèrent le martyre. La période de 114 ans, pendant laquelle les jésuites essayèrent d'établir leur pouvoir en Abyssinie, fut pour les babitans une époque (1) de décadence intérieure et de lutte entre la famille royale et le peuple qui demeura toujours hostile aux jésuites. Après leur expulsion , l'Abyssinie goûta quelque paix intérieure ; la résidence qui, jusque-là, avait été tantôt à Coja, Ibaba, Gorgora, Ankober, Dancaz, et d'autres lieux , fut enfin fixée à Gondar, ville bâtie par l’empereur Falicidas , où elle est encore de nos jours. La cour impériale recouvra une partie de sa splendeur, comme l’atteste l’oncet (3), méde-

(1) Vof. la littérature dam Sali, Voy., pag. 482. — Bensel, Bibl. blator., vol. III, P. I, pag. 114.

(2) Poncct, Vof. dan« Ica lettres éd flantes, l. IV, recueil. Paris, 1713, ln-8°, pag. 51.

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