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BORD 8EPTE5TRJOÏTAL, ABYSSINIENS

cin français, qui la visita en 1099. La propagande de Rome n'arait pas renoncé à scs projets de conquête spirituelle; en 1780, pénétra jusqu'à Gondar une nouvelle mission composée de trois franciscains , le père Rrmrdio , Martin de Bohème , et Antonio d’Atcppo. Ces missionnaires excitèrent h la cour une grande attention sous le règne de l’empereur Yasous II qui, suivant Bruce, régna de 1729 à 1783. Leur voyage qui n’a pas encore été publié, est en manuscrit dans la bibliothèque de Lord Valentia (1). Kn 1769, Bruce entreprit son audacieux voyage; depuis lui, jusqu’au premier voyage de Sait, en 1808, et sa seconde mission commerciale en 1809 et 1810, aucun voyageur européen n’a pénétré dans ce pays si inaccessible aux étrangers. Les presens (2) dont Sait était chargé pour l’empereur, consistaient en armes parmi lesquelles riaient deux canons , et surtout en ornemens pour l’église métropolitaine de Chélicout , en une magnifique table de marbre pour servir d’autel , des vitraux peints et un tableau représentant la vierge Marie. La consécration de ces offrandes fut solennellement célébrée aux sons d'un orgue de Barbarie , et les Abyssiniens étonnés et ravis s'exclamaient : Etzoub ! Etzoub!

Les hordes galla.

Le pays d’Alpes du llabech est habité , dans ses vallées et ses montagnes, par diverses peuplades qui n’appartiennent pas toutes h la race dominante du peuple abyssinien ; cependant ils en dépendent toujours plus ou moins, et ont, par leur langage, plus ou moins de rapport avec elles, comme par «xemple les Gafal, les Agows de Damote , les Tcherct-Agow s , etc. (3). Mais il en est d’autres qui en diffèrent entièrement par la langue , la religion et les mœurs , comme par exemple , dans les montagnes de Samen , les juifs falashas qu’on a pris pour une colonie juive (4), émigrée en Abyssinie après la destruction de Jérusalem, quoique Murray fasse remonter plus haut leur origine.

(t) Sait , Trav., pas. 485.

(2) Sait, Tr., pas. 260.

(3) Surraj, Appendu sr. , t. III, Sans le Vocabulaire pour rourr. de Bruce, t. Il, PV1- 491 et Vatcr, Sithrldit. 3*' Ibl. I’ ab.,pa(. 122.

(4) Tjrctoen in Br. B., Th. 5, pas. 335.

Les invasions annuelles des Galla qui se répètent périodiquement depuis des siècles après la saison des pluies, ont eu la plus grande influence sur l'histoire de ce peuple. Ces inondations de barbares n'apportent pas comme les débordemens du Nil la fécondité et la vie; mais elles répandent partout où elles passent la dévastation et la mort.

Ces Galla, c'est-à-dire pasteurs, selon Bruce, sont le seul peuple de la Haute-Afrique contre lequel les Abyssiniens aient à défendre la possession de leur pays.

Refoulés par ces barbares de plus de quarante provinces qu’ils possédaient , les Abyssiniens n’en ont plus que douze (1 ) aujourd'hui, et encore une grande partie de ces provinces a été changée en déserts. Les Galla ont renversé l’empire d’Abyssinie de son antique splendeur, et ont changé la civilisation déjà développée de ce peuple en un état de barbarie résultant de guerres éternelles. Cette race barbare et avide de pillage soumettra un jour toute l’Abyssinie par ses excursions toujours envahissantes, si la face des choses ne change pas bientôt.

Nous ne pouvons dire d’où viennent ces hordes de Galla qu’on a déjà comparées (2) avec les Hottentots : ils assurent eux-mèmes, dit-on, qu'ils habitaient le centre du continent quand ils en sortirent pour s’avancer vers le nord. Cette tradition était déjà connue, du temps de Diodore de Sicile , des peuples Troglodytes de la terrasse abyssinienne , des Agows (3); les documens les plus récens que Sait (4) nous transmet, confirment aussi qu’ils pénétrèrent du sud en Abyssinie, par Alélinde et Patta, où ils forment encore aujourd'hui, dit Sait, une chaîne non interrompue. De même que les Goths et les Vandales se répandirent sur une grande partie de l’Europe, les Galla s’étendirent successivement sur ces contrées de l’Afrique à mesure qu’ils trouvaient des lieux propres à s'établir : comme les Goth3 et les Vandales , ils se sont naturalisés en peu de temps sur le sol qu'ils avaient envahi, et ont pris la langue , les coutumes et les moeurs des peuples vaincus.

Leurs habitudes barbares, leur vie nomade, leurs brigandages , leurs superstitions et la res-

(1) Ben, 1er, dans Thévenot, Sec., par. 9.

(2) Blumenbsch, Anm. ru Bruce, Tb. 5, pȍ. 250.

(3) nceren . tdeen ; 2' Aufl. Il, p»{. 338.

(4) Sait, Trav., pic. 299.

HA t TE-AFRIQUE : III* DIVISION, J 11.

semblance de leur nom a fait conjecturer qu’ils formaient un seul et même peuple (I) arec les bordes île Giagga ou Schagga de Matambo et de Congo ; en effet , on les appelle indifféremment Jnga, Agag , Agalla , Galla. On les a fait descendre aussi de Guinée, où, entre le cap Mesurado et la côte de Poirre, habite une race nègre nommée Kala (S); mais cette supposition ne repose ni sur l'analogie de leurs langues , ni sur d’autres preuves assez convaincantes.

Toutefois , le mouvement simultané des peuplades de pasteurs et de brigands qui, au milieu duXVI* siècle, s’ébranlent à la fois de l'intérieur des steppes de la Haute-Afrique et se répandent à l’ouest , à l’est et au nord, n’en est pas moins un phénomène très-remarquable. C'est laplusgrande émigration connue des peuples africains, et elle nous force de remonter à une cause commune de ce grand mouvement simultané. Cette cause, soit qu’elle fût une révolution de la nature ou une révolution politique, a dù être très-importante pour agir 11 la fois sur des espaces aussi éloignés et pendant tant de siècles.

Les invasions des hordes de Galla sont les premières dont les écrivains contemporains font mention ; en 1337 , elles débordèrent de la province de Bali en Abyssinie. ( Pcstis ilia circà ann. 1837 e regrto Bali emersit) (3).

Les hordes de Gaga se précipitèrent en 1313 dans les terres de Congo et d’Angola , avec une rage aussi irrésistible , une férocité aussi terrible (4). ( Voyez plus bas : Fuungi.)

Les bordes de Zimba et de Mozimba fondirent, •i la côte orientale, sur la terrasse du Monomotapa; leurs bandes s’avancèrent jusqu’il Quiola et Mombaza où les Caffres et les Portugais réunis les défirent, sous lecommandemenlde Matth. -.Vendez, et lesrefoulèrentdans leurs déserts. 1 889 (5).

Os hordes de Zimba et Gaga ont déjà depuis longtemps disparu de l'histoire au XVIIe siècle; mais le fléau des Galla, comme Ludolf les nomme avec raison, continue encore jusqu'aujourd'hui ses ravages (0); ils ont maintenant pénétré jus-

(t) a. Rurr»r, vocabuitry erihe u»S>«6« te Zruce, I. III , 2* üd., pas- «0.

(S) Valer , RltarMit. lit ,1 , P*S- 249.

(5) Ludolf, HUI. *tb-, Ub. I, e. 16, 19.

(41 A. Battcl , la Purchai Pllcrlmi j Lond. , 1 625 , I. II, ft>l. 977,— Csvaizl, daos Labal , Elb. occld., I. II, pag. 88.

(6) J. dot Soiiclot, Ælbtopt» orientons , dins rurebot , T. U. roi. 1552.

(6) Soit , dont VolcotU . Tr .. «I . "»r. 60 et 150.

qu’à la résidence du roi de Gondar et à celle du ras de Tigré à Antalow.

Ils apparaissent d’abord au N. O. de Fatigor, dans le royaume de Bali, d’où ils s’avancent sur Aogole. Bientôt ils font leur première invasion dans la provineede Gojarn ; de là, divisés en grand nombre de bandes, ils descendent du fleuve Zebi etde s hauteurs de N area , pénètrent dans le pays d’Alpes abyssinien , et mettent tout à feu et à sang sur leur passage. Iis brûlent les bois et les habitations et égorgent les hommes , les femmes et les enfans; ils s'emparent de vingt-deux (1) contrées qui nous apparaissent comme autant de royaumes dans l'ancienne histoire de l'Abyssinie, sous les noms de Fatigor, Bali, Goumar, Bargamo , J/al, Louzamo, Iladea, SAoa, Gourague, Gouderou, Bizamo, etc., jusqu’au pays des Gongas et des Gafates à l’ouest. Ils forment ainsi autour du llabech à l'E., au S. et à l'ü. une ceinture terrible d'où, chaque année, leurs bandes pénètrent à travers les défilés et les ravins dans le pays d’Alpes qui s'élève , comme une presqu'île, au milieu des flots menaçant des barbares.

Le centre des bordes galla semble être . d’après les documens les plus anciens , Bizamo (3), pays situé sur le fleuve Maleb , entre le Nil et le Bahr-el-A biad , à travers lequel passe la route de Gondar à Narea. Séparés ainsi, ils se divisent en Galla de l’est , Bertouma Galla qui obéissent au chef Mouty , et en Galla de 1*0. , Bonn Galla , dont le chef s'appelle Lovbo. Les Galla de l’est , se divisent en sept tribus qui ont commencé de bonne heure à s'établir à Bali et Dawaro ; ceux de l'ouest se divisent également en sept tribus , et se sont établis sur la rire méridionale et occidentale du Nil. Une troisième division (3) en sept tribus, située entre les deux autres, et qui a pénétré dans les vallées de Wakara et de Shoa, semble être devenue moins redoutable ; cependant elle a détruit Tegulet, ancienne résidence impériale; mais depuis, elle a moins inquiété le pays. Ces Galla se nomment eux-mèmes F.lma ou ïalema Killelou (Elma ou Yalema , enfans) ; on les appelle encore Tnlouma Galla , et Galla des montagnes, parce qu’ils habitent les montagnes au sud d'Amhara. L’empereur Yasoiis-Ie- Grand(1680 à 1704) réussit seul, après quelques heureuses expéditions, à s'allier quelques hordes

(t) Bruce , Tr., I. III , p. 8, 1. IV , p. 439.

(2) Bruce, IbUI., l. lit , pas- 309

(3) Bruce, pas- 237.

BORD SEPTENTRIONAL, ABYSSINIENS

de ces belliqueux pasteurs , et à les établir le long des rives septentrionales escarpées du Nil, afin de les protéger contre les bandes féroces des Galla de Bizamo.

En vain les Portugais proposèrent aux Abyssiniens d’élever des fortifications (1) pour se protéger contre les invasions de ces barbares, «Non, disaient-ils, nous avons des pierres pour bâtir des églises et des temples; mais pour défendre notre pays , nous avons nos bras ! » Semblables aux Spartiates, ilsn’opposentà leurs ennemis que les fortifications naturelles du sol et leurs bras.

Les peuples galla qui, à l'est et à l’ouest, semblent tous parler la même langue, sont de moyenne stature; ils ont la couleur brune, les cheveux noirs, longs ou crépus; dans les vallées leur peau est plus foncée. A leur arrivée, leurs bordes étaient toutes h pied, mais elles s'organisèrent dans le Uabech en bandes de cavaliers; ils ne te nourrissaient que de lait, de beurre et de viande; l’exemple des Abyssiniens leur apprit h cultiver la terre et b cuire le pain; ils n'avaient pour armes que des lances de bois aiguisées, dont la poiute était durcie par le feu, et empoisonnée avec le suc d'un arbre vénéneux; le fer était très-rare chez eux. Leur vètemcDt se compose d'une peau de chèvre ou d’un autre animal, attachée autour de la ceinture ; ils enduisent leurscbeveux avec de la graisse et du beurre, et les hommes s'entourent le corps de boyaux Je bœuf comme les Hottentots. Leur arbre sacré («lit Bruce) est le Wanzcy , cordia Abyssinica, selon Browne, et ce qui parait singulier, toutes les maisons de Gondar et d'autres villes de l'Abyssinie sont bâties à son ombre. Le nombre 7 et le nombre 3 sont pour eux des nombres sacrés. A la guerre, ils sont sanguinaires, ils mettent tout Ü mort, et coupent en signe de victoire les parties sexuelles de leurs ennemis égorgés. C’est peut-être d’eux (3) que les soldats abyssiniens du ras de Tigré, F c/le/a Hélast/d, ont pris cette coutume. Les Bee(juans , ce peuple si doux du sud de l’Afrique, mangent dans la fêle qui suit la victoire , la peau du ventre et le nombril de leurs ennemis (3).

Leur célérité dans les marches est prodigieuse; ils passent h la nage les torrens les plus rapides. I ne sorte de pâte, pétrie avec du café grillé et

(1) J. de Sarroa , d»n« Rarrao!., Atr., I. lit, pat. 808. (B) V»;. sut, dans Valenlla, Tr., I. III, pas 131.

(3) UcStemteln , ». L II , Vejej 470.

du beurre, est la seule provision qu’ils emportent avec eux ; ils supportent la faim et toutes les privations avec une patience qui étonne même le» Abyssiniens. Leurs expéditions n’ont rien de régulier; ils tombent tout h coup sur une contrée et la ravagent; tout leur est permis dans ces invasions rapides; mais dans leur pays ils se soumettent avec docilité h la discipline sévère de leurs chefs. Leurs femmes sont extrêmement fécondes. Jusqu'il présent, lesmahométans seuls ont pu entretenir des relations de commerce avec eux.

M. Pearce , compatriote de Sait, qui fut en grande faveur h la cour d'Antalow , prit part à la dernière guerre que le ras de Tigré fit en 1807 contre les Galla, et se distingua avec gloire dans l’armée de Tigré. Le Ras marchait avec trente mille hommes contre quarante mille Galla que commandait 1: chef Gujee. La guerre se termina à l'avantage de Tigré par la bataille Je Zingitla (l)dans la province de Lasta, et l'issue de cette guerre nous a fait connaître d’eux quelques nouvelles circonstances <S). La division des Galla en trois branches chacune de sept tribus, telle que nous l'avons donnée plus haut d’après Bruce, semble n’appartenir qu'aux Maithsa-Galla ou Galla du sud ; car cette division politique n'existait pas chez les autres que H. Pearce eut occasion de connaître; ils n’avaient entr'eux d’autre lien commun que la langue. On compte aujourd'hui vingt tribus différentes de Galla qui, chacune sous un chef particulier, sont en guerre continuelle les unes avec les autres. La plus grande division de ce peuple, celle des Edjow Galla obéit maintenant h deux chefs; l'un est le fameux Gojee qui commande aux tribus de Djrnoi et de Toloumo : il a un grand renom de bravoure, et c’est lui qui commanda l’expédition contre Tigré; l'autre s'appelle Liban : il porte le titre d'iman, possède un très-grand pays et commande aux tribus de Wochali , de fFoulo et d'Assowa. 11 est en rapports d'amitié et d’alliance avec le royaume de Tigré et réside h Warbo-Haimanot sur le fleuve Bashilo. Ces Galla ont embrassé l'islamisme, et en prenant une foi nouvelle, ils ont renoncé h leur férocité et h leur antique barbarie; ils parlent la langue d'Ambara et s’habillent aujourd'hui comme les Abyssiniens. Les autres hordes des Galla ont conservé jusqu’aujourd’hui la même rudesse et la même barbarie.

(l)Silt, Travail , pas. 888 ci 898.

(8) Mit, TramU, pas. 899.

HAUTE-AFRIQUE : III* DIVISION , j 12.

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