‹ Geographie Generale CompareeChapitre 6 sur 293 · SOURCES · texte numérisé non relu

SOURCES

Indication de» source».

Nous n'indiquerons pas ici tous les travaux isolés dont nous nous servirons dans le présent ouvrage -, ils brillent dans les bibliothèques , et le jugement du monde savant est déjà en grande

partie flxé sur eux ; un volume tout entier suffirait à peine pour rapporter,' si brièvement que ce fût, l’appréciation et la crilique qui en ont été faites par nos prédécesseurs.

L’indication consciencieuse de l’emploi que nous eu ferons , dans une branche des sciences historiques qui manque encore presque entièrement de crilique, est pour nous, si inutile qu’elle paraisse, un devoir indispensable. Elle devient absolument nécessaire dans un travail oii les données des autres peuveut apparaître dans un autre enchaluerocnt , dans une autre lumière. Si des opinions, des systèmes déji reçus, ou nouvellement découverts , nous paraissent , ou trop incertains, ou en opposition avec les vérités de la nature , nous les rejetterons du domaine de la géographie , el celte indication exposera les raisons qui nous les ont fait répudier.

Nous ne pouvons nous contenter ici de recueillir quelques vues isolées sur la (erre ; nous voulons nous approprier, dans noire conscience, les faits de la nature : il ne faudra donc recevoir aucun anneau dans la chaîne de l’expéricuce sans indiquer où l’idée a été prise et quelle autorité garantit sa convenance au tout.

II sera possible ainsi de remplacer par de plus forls,sans détruire pour cela les autres, les anneaux plusou moins faibles, dont le nombre est plus grand, sans doute, que nons ne l’imaginons. La clialue formera ainsi un lout indestructible , propriété inaliénable de la science : ou bien , armés de ia critique, nous irons découvrir les défauts de sa cohésion intérieure, el la décomposerons de nouveau pour l’avantage de la science ; c’esl comme cela que se trouvera justifiée la sentence que noug avons inscrite au fronton de l’édifice : Citià» emeryit veritas ex errorc quant ex confusione.

Dans les cas douteux et contestés, il sera nécessaire , comme nous l’avons déjà indiqué , de ciler tous les témoignages importais , afin do remonter à l’origine des opinions dominantes. Tant d’erreurs ont pu se glisser dans les sciences géographiques , quo celui qui se serait trouvé lè-

INTRODUCTION

moin de la vérité , aurait i s’étonner souvent des fables répandues par les savaus. C’est ce qui arriva , au milieu de l’Allemagne, dans une assemblée scientifique , au docte abyssinien , Abha Grcgorius ; i entendre les fables qu’on débitait sur sa patrie , il ne put s'empêcher d’éclater de rire et d’exprimer le désir qu’on n’imprimât plutôt jamais rien que de ne répandre que des mensonges (il voulait dire sur son pays). Cependant il est rare que ces erreurs ne contiennent pas une partie de vérité.

Ce ne sont le plus souvent que des rapports iuexacfsou incomplets, des opinions parties d’un point de vue spécial ou trop étroit, faussement interprétées , et mal employées par des auteurs d’une opinion contraire. Comme subjectives , elles portent toutes â un haut degré le caractère de la vérité et peuvent devenir de riches sources pour elle ; mais on ne saurait les réduire à la mesure de la réalité objective. Il n'est donc pas indiffèrent de savoir si c’est Tacite , Æncas Sylvius et Pétrarque qui font la description de la Germanie, ou Reissner, Georges de Frundsberg, Sébastien Franck ou Quaden de Kinkelbach , qui décrivent leur patrie pour la gloire de la nation allemande.

Il est aussi important de savoir si un Vénitien, Marco Polo, un Arménien, Uaiton , un Bysantin , Procnpc, un Perse, Scbcrifeddin, un Arabe, Ebn-llauka), Abou-Fazi! , habitant de l’Inde, un corps de savans dans la géographie chinoise de l’empereur Kanghi , doivent être regardés comme de meilleures autorités i consulter sur la nature du haut plateau de l'Asie, que quelques témoignages de savans européens et les histoires fabuleuses de l'antiquité.

Il n’est pas non plus indiffèrent de savoir si celui qui a découvert et rapporté tel ou tel fait était un marin ou un homme du continent, un habitant des hautes terres ou des plaines , un savant aidé de l’expérience ou un homme imbu des théories et des préjugés de son temps, ou seulement un homme qui n'écoutait que les lois de la simple raison : car peu d’auteurs possèdent

cette fidélité, cette précision, cette naïve modestie qui ont fait du père de celte science , Hérodote , le modèle de tous les historiens.

2° Pialure det teureet.

La nature des sources auxquelles nous avons puisé les faits , varie encore de bien des manières , suivant qu’elles découlent de l’observa • tion même de la nature , des recherches ou des rapports d'autrui , ou des résultats de ces rapports, c’est-à-dire des dessins et des caries.

Il aurait été impossible d’exécuter un pareil ouvrage sans nous être fait Dous-mêmc une idée de la surface de la terre, sans avoir la connaissance de scs formes les plus importantes. Mais, favorisé par les circonstances , nous avons pu appuyer, sur nos propres observations , les faits de la nature géographique de notre patrie , depuis l'Oder jusqu'au llbin et au Danube, l'n des plus grands fleuves de l'Europe, le Rhin au cours majestueux, a été pour nous, pendant des voyages de plusieurs années, un sujet d’étude , depuis sa source jusqu’à son Delta , dans le plus grand nombre de ses affluens. Nous avons pu observer à loisir, et pendant toutes les saisons , le lac le plus important de l’Europe, le lac Léman , dans ses rapports généraux avec la nature , et dans scs effets. L’immense chaîne des Alpes qui donne à tout l'occident son caractère^ été parcourue, dans toutes scs directions, en trois voyages entrepris dans des années différentes et toujours dirigés sur de nouveaux points. Une habitation de plus d’une année au pied de sa plus haute cime, un séjour de quelques mois sur ses hauteurs glacées, nous a permis d'étudier l’influence de cette formation gigantesque que nous avons observée, du Mont- Blauc jusqu'au Brenner, dans sa richesse infinie , d’en faire l’application à des contrées éloignées, et d'en tirer pour tonte la nature une source de lumières.

lin voyage dans la 4£Iic[euse Italie jusqu’à sa pointe méridionale, vis-à-vis de la Sicile, nous a appris à connaître le domaine et la vie des

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forces volcaniques. Celle leire classique s'est présentée à noire admiration comme le rcpréscnlaul du climat de la civilisation , le type de la nature générale des cétcs de la Méditerranée. Ci et là , nous avons saisi , sur le llièàlre même de leuracliou, dans leureusemble, quelques-uns des rapports qui unissent la mer cl la terre, les trois règnes de la nature et les peuples.

Nos propres observations seront donc nos sources sur ces régions, peu étendues , si on les compare à tout le globe ; à nos observations se réuniront les témoignages quelquefois oraux, quelquefois écrits de témoins oculaires : elles nous serviront , pour les autres localités de la teire, de points do comparaison tirés de nos propres opinions, confirmés par d’autres , et par conséquent évidens.

C’est ici le lieu d’apprécier l'utilité des cartes, comme sources, pour la connaissance physique de la terre.

l’eu de cartes sont le résultat d’études faites sur les lieux , d'observations rassemblées avec critique , quoique toutes prétendent faire autorité. Parmi le petit nombre de celles-là , nous compterons, seulement pour les indiquer en passant : les cartes du Pérou et du Mexique , de La Condamiue cl de Ifumboldt ; l’atlas du Bengale , de Itennell j l’allas de Suède , d’Uer. melin ; les cartes de France, de Cassini; les cartes de la Campagna Felicc , de Rizzi Zannoni ; la première carte du Tyrol , de Pierre ' Anicli, et le chef-d'œuvre de toutes les caries particulières en petit, la carte de cbasse de Louis XIV ; et en grand , le travail de (ircen sur la Bavière ; d'Amman et de Bohncnbergcr, sur la Souabe ; de Le Coq, sur la Wcslphalie , et beaucoup d'autres. Au nombre de celles qui ont exposé avec une certaine perfection , et d’après des recherches et des observations propres , des formes , des accidents particuliers de la nature , nous comptons : la carte modèle de la haute plaine du Mexique, parliumboldt; les recherches do Lichtenstein , sur les terrasses du sud de l’Afrique ; les cartes du cours du

Danube et du Rhin, parMarsigti et WiebeLing ; la carte des plaines , des landes et des lacs de Bavière par ltiedl ; la carte de l’embouchure de l'Elbe et du Weserpar Ileinke.

Voyez encore, sur le fond de la mer, la carte de la mer Baltique et de la mer du Nord par Hcather; sur le sol volcanique, la carte de l’Ile Bourbon , de Bory, et celle de l'Ile de F rance, de Freycinet ; sur un pays d'Alpes, voyez les excellentes caries de la Suisse , de Weiss. Notre époque nous a donné des chefs-d’œuvre sur la forme d’un nœud de montagne, dans les cartes de Salzbourg et de la Oarniole , qui doivent l'existence à un archiduc ; sur la forme sousmarine des côtes , nous avons les cartes merveilleuses des terres australes , par Flinder.

Ces travaux trop rares, qui, par eux-mémes, exigent déjà une élude plus profonde, seront indiqués ici comme les meilleures sources. Beaucoup d'aulres dessins et de caries, comme celles de d'Anville, d’Arowsmilh, Lapie , Spolzmann, Mannert , Streit, Rcimanu , Rcichard, Schmidt , Kloeden et d’autres, tracées d’après des observations astronomiques et des recherches historiques, exécutées avec un soin rare, une excellente critique , mais sans voir observé la nature môme des lieux, ont assurément en elles un mérite que nous ne voulons pas apprécier ; mais on ne doit les employer qu’avec prudence dans l’étude physique de la terre et seulcmcut comme sources dérivées : nous ne considérerons ce qu’elles représentent que comme symbolique et souvent hiéroglyphique , suivant ce qu'a dit avec raison Gutsmuths sur toutes les cartes en général et la connaissance qui en résulte.

Si , dans les dessins d'une carte du monde ou de contrées particulières, on veut exposer la nature du pays, il faudra toujours le faire avec la conscience de l'hypothcse reconnue ; ifcl ce qu’ont exécuté à dessein Buache , Galrcrcr , Zimmermann, Schultz , Rcichard, non sans utilité pour la science , et ce qu'a éclairé Zcune sur tous les points.

ÎXTUODUCTIOX.

Mai» la foule aveugle des imitateurs, avec scs efforts sans conscience , a bientôt fait perdre tonte utilité à ces travaux. Au lieu de l’image de la nature , il n’en est résulté qu'une caricature que la géographie physique de la terre devait rejeter comme source; de mémo que la physiognomonie n’accorderait aucune attention à des silhouettes mal dessinées.

Los cartes, même les meilleures, sont à l’étude de la géographie générale comparée , ce que les préparations anatomiques sont à la physiologie : elles ont pour la science une valeur inappréciable, taDt que le physiologiste ne considère, dans leur structure desséchée, dans l’injection artificielle du cœur, dans les parties séparées, que la nature morte. Si le géographe voulait se servir de son amas de caries comme des sources premières pour démontrer sa science, et c'est ce qu’on a déjà fait dans tant de systèmes géographiques, il tomberait dans une aberration aussi grande que le physiologiste qui chercherait l’état vivant du ccenr, l'essence et la cause de la vie , dans l'anatomie du cadavre , lorsqu'il n'a en son pouvoir que l’image rapelisséc et défigurée d'un corps privé do vie.

Un grand nombre des résultats de cette géographie ne s'accorderont pas, ou même contrasteront entièrement avec l’uniformilè des caries; cela prouvera que le savant Ludolf a encore raison aujourd'hui dans les reproches qu'il adressa aux dessinateurs de cartes, lorsqu'il y a un siècle, il donna à ses contemporains la première et la meilleure carie du pays inconnu de l'Abyssinie.

Si la première partie de l'indication de nos sources a révélé la pauvreté de nos propres observations sur l’univers, la seconde , qui traite des observations et des documens que nous avons empruntés aux autres, étonnera la science elle-même par son inépuisable richesse.

De tous les travaux qui nous ont précédé , ne jaillit pas de l’or pur; la nature no verse pas à tous la magnificence de ses Irèsors : nous verrons cependant , avec reconnaissance , quo deji

le XVIII* siècle a été éminemment distingué par des hommes qui , vraiment passionnés pour cette branche dessciences, sacrifièrent leur bien cl leur vie pour lui conquérir un libre développement, et cultivèrent avec amour ses (leurs et scs fruits, pour recréer et nourrir la génération suivante.

El voici que s'est accompli aujourd'hui ce que prédisait dans un temps plus pauvre, il y a un siècle , le premier physico-géographe , le puissant Scbeuchzer (dans son Hitl. nat. de tEelvêlie, Zurich, 1716, : « La route directe

» de l'observation n’est ouverte que depuis » quelques années, et j’espère que dans l’es- » pace de cent cinquante ans , le momie savant » en retirera plusd'avanlagequ'ilnc fil aupara. » vant pendant le cours de plusieurs milliers » d'années, b II livra lui-même au monde un trésor d'observations puissantes snr la nature des Alpes, et, l’un des membres les plus actifs de la société de Londres, il eut toujours présent à l'esprit la haute importance de la recherche de la loi dans le monde entier des phénomènes. Il comprenait très bien la liaison qui, dans toutes les sciences, unit chaque expérience isolée au tout , et la loi du tout ê chaque partie qui en dérive, lorsque, à propos des mesures barométriques, il disait avec tant de raison :

« Chaque vérité brille d'un éclat qui lui est » propre; cependant elle reflète toujours sur » une autre quelque lumière ; une vérité en b éclaire une autre, jaillit de l'une pour en pèb nèlrer une autre. La vérité primilivc est une b source abondante de laquelle découlent toutes b les autres, et chaque vérité particulière, à » son tour, ressemble à un fleuve immenso qui b se partage en un nombre infini de ruisseaux (id. i,p. 15). B

Le plus grand nombre de vérités isolées se trouve , sans contredit , dans les archives des actes de la Société de Londres depuis 1660, et dans les mémoires de l’Académie de Paris. Nous en avons fait usage , ainsi quo des travaux des sociétés savantes do Turin, de St-Pèlersboiirg ,

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de Berlin , d’après l’indication fidèle du répertoire de Keuss.

A a commencement da xvtn* siècle naquirent, la mime année (1707) , deux hommes immortels pour la science de la nature , BulTon et Linnéc. Us consacrèrent leur vie entière à la même étude , avec une égale intelligence de l’histoire et de la philosophie. La forme qu’ils avaient adoptée était entièrement opposée , mais le résultat de leurs travaux n'en fut que plus avantageux pour la scienee ; secondés do nobles auxiliaires , ils préparèrent à l’élude de la nature une vie plus active el nouvelle, fendant la dernière moitié du siècle , les sciences naturelles prennent un élan rapide. Cet esprit de recherches donna naissance à (rois grandes entreprises indépendantes l’nne de l’autre , qui sont devenues, pour la science de la terre, des sources où l'on pourra puiser longtemps.

Les voyages 6 jamais fameux des Académiciens de St-Pctcrsbourg (1770 jusqu’à nos jours), à travers l'immense empire de Bussie , depuis la mer Baltique jusqu’à la côte nord-ouest de l’Amérique, depuis la mer Glaciale jusqu'au Caucasect l'Altaï, rassemblèrent pour la science de nouveaux trésors , et nous découvrirent la nature du nord de la terre : parmi ceux qui firent partie de ces expéditions scientifiques, nous citerons les infatigables Gmelin, Pallas, Georgi. Sleller, Gueldenstaedl, elc.

Dans le même temps, J. Cook, nommé l’homme des découvertes, parcourut (rois fois l'étendue du globe de 1 768 à 1770 , el en étendit la connaissance comme si c’eût été partout sa patrie. Cook et ses compagnons, Banks, Solander, Sparrman et les Forstcr , le père et le fils , nous révélèrent la nature du monde océanique.

Wcrncr el de Saussure, l’un dans les montagnes de la Saxe (1774),l’aulre par l'élude des Alpes, sa patrie (1772 à 1779), découvrirent une nouvelle branche de l'èludo de la terre. Quoique jeune encore, elle donne déjà des fruits cl bientôt , arbre majestueux , elle portera son noble front jusqu'aux cieux.

Les nations les plus civilisées de l'Europe rivalisaient avec la société savante de l’Inde (1) et avec le nord de l’Amérique (2), dans la poursuite ardente de nouvelles découvertes.

Des savons isolés, des hommes marchant d'un pas égal à la recherche de la vérité , et unis entr’eux des liens de l’amitié, tirèrent parti de ces découvertes. Nous avons indiqué ce que la géographie physique doit à 1. Banks. La môme action qu'il exerça dans la Grande-Bretagne et dans ses immenses possessions, Blumcnbach l’exerça en Allemagne par ses recueils, ses écrits , et surtout par la communication de la parole vivante à ses élèves; d’autres, dans le Brunswick, à Vienne, à Berlin ; en France, Delamètrie et Cuvier; dans le sud de l’Europe , le savant disciple, compagnon et ami de Bonnet et de Saussure , le noble Pictct , si estimé dans sa pairie.

La somme des faits qui découleront de ces sources fécondes formera une masse intense, lorsqu'on les aura séparément établis, chacun dans son domaine particulier. Nous ne rappellerons ici que les sources premières d'où nous avoos tiré les faits les plus imporlaus, les autres se présenteront au lieu qui leur appartiendra. Ne nous attachant qu'à l'ensemble des idées qui dominent el règlent la masse, nous désignerons les ouvrages et les travaux d'où nous les avons tirées, cl nous éviterons ainsi une prolixité inutile qui embarrasserait notre marche, si nous citions de suite les titres do tous les livres dont nous ferons usage. D'ailleurs ces titres sont plus généralement connus que ce qu'ils contiennent d'essentiel à la géographie.

A. Formation» de la croûte du globe.

Werncr, en étudiant les qualités qui caractérisent extérieurement les fossiles , a trouvé la première nomenclature générale cl intelligible

(1) Anal. Research. Calcutta, 1778.

(2) Transac t. of the Americ. Soc. of Philadelphia et Meut, of liic Americ. Acad.

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SI

pour le nombre infini des corps que la terre cache dans son sein. Selon lui, l’eau a séjourné à des époques anciennes, et plus récentes , universellement et partiellement , sur la terre ; les eaux ont précipité les parties étrangères qu’elles contenaient, et ce dépôt a couvert le continent en couches uniformes ou irrégulières. A l'aide do celte hypothèse , il a cherché à introduire la loi au milieu des masses do la terre qui reposaient, jusqu’alors, dans le désordre et le chaos. Scrutateur infatigable des montagnes de la Saxe, il recueillit, dans leur abîme comme à leur surface , un nombre immense de faits ; il en rassembla encore unequantilé aussi grande par les mémoires et les collections qu’on lui adressait de pays éloignés, comme au plus grand savant de son temps : d’après tous ces faits, il introduisit dans la Genèse de la terre l'idée d'uue formation successive et régulière , et son génie jeta ainsi les notions fondamentales qui peuvent conduire à l’intelligence de la structure de la terre. Les disciples innombrables du grand homme étendirent sa pensée sur le monde connu, comme sur ce qui ne l’était pas encore ; et presque tous les faits nouveaux furent exprimés dans la langue qu’il avait créée.

Cependant de Saussure avait interrogé sur sa nalnre , dans toutes scs directions , l'immense chaîne des Alpes, dont la structure semblait jusqu’alors impénétrable. Il avait obtenu un grand nombre de réponses énigmatiques sur la forme, la construction de ce grand corps, sur le nombre , ta dircclion , la force de ses membres; mais ni les systèmes établis avant loi , ni ce grand génie scrutateur de la nature, ne purent dévoiler ce qu’il cachait dans son sein mystérieux. Toutefois il légua , dans son ouvrage , à la géographie physique le trésor des faits qn’il avait arrachés A la nature ; il exprima , dans une langue accessible A toutes les intelligences , ce qu'il vil sur la surface de la terre qui s’étend librement sous les deux , et c’est dans celle langue encore que la science parle aujourd'hui A l'homme.

C’est depuis ces grands génies, Werner et de Saussure, qne la géologie et la science de la surface, ces deux sœurs, se laissent aborder aujourd'hui et soulèvent de plus en plus , tous les jours, à ceux qui les aiment, le voile dont s’enveloppe leur mère commune, la terre.

Alexandre de Humboldl tenta le premier de faire admettre généralement la polarité des différentes roches, indice de l’action de certaines forces cosmiqnes; le premier il appela l'attention sur l'idée d’une loi de direction uniforme dans foute la structure de la terre. Il recula au loin les bornes de la connaissance du monde, en faisant ressortir l’analogie des différentes formations de la terre, en rattachant , par des comparaisons fécondes , celles dn nouveau monde A celles de l'ancien. Il créa , découvrit des aperçus nouveaux, et révisa les découvertes qui l’avaient précédé.

Léopold de Bucli introduisit le premier dans la science l'idée de formations locales et générales. 11 snt déterminer exactement, de tous côtés, celles qui claieul déjà connues, dévoiler leur nature et les enrichir de nouvelles découvertes. Il considéra chaque accident local , d’après ses qualités intérieures et extérieures, son individualité et ses rapports avec te tout. A l’aide de la dimension physique, il sut découvrir dans la structure de la surface de la terre , A chaque pas , A chaque degré , de nouvelles merveilles de la nature. Nos essais devront à ses communications savantes, à sa participation bienveillante, bien des corrections et, en partie, le courage de se présenter aujourd’hui sous une forme aussi imparfaite.

Les deux amis que nous venons de nommer observèrent les rapports gèognosliques de la croûte du globe : ilumboldt , dans la direction latiludinale sous les tropiques , et Buch, dans la direction du méridien, depuis l’extrémité méridionale de l’Ilalic, A travers le cœur de l’Europe , jusqu’au cap Nord ; lous deux , par l’exactitude de leurs observations, rendirent une comparaison possible ; tons deux curichircnt

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la science, au grand profit de la géographie, de la méthode comparative. /

Mais quel immense avantage serait-ce pour elle, si ces deux grands scrutateurs de la nature, se rencontrant sur le haut plateau de l'Asie , pouvaient répéter sur toute la terre , et communiquer ensuite au monde, leurs observations et leurs recherches !

Le troisième personnage de ce triumvirat scientifique , Freiesleben , exerçant dans un champ plus étroit son activité pratique, enseigna, par son ouvrage sur les montagnes de schiste cuivreux de la Thuringe , la manière de découvrir et d’exposer les faits de la nature , dans leur ensemble. Ileim , avant lui , avait déjà eu celte gloire par son travail sur les montagnes boisées de ce pays. Lett nobles cflorls de ces trois grands hommes montrèrent que l’amitié exalte non-seulement l'amour de la science, mais lui fait encoro gagner , dans scs résultats, une plus haute influence sur le monde.

Cependant, J. Ebel avait su exposer, dans son livre classique sur la Suisse, tous les faits de la nature des Alpes dans leur merveilleuse richesse; car, en lui , s'agitait aussi une vie féconde. Son ouvrage parle à chaque pas, comme un sage ami, à l'étranger , au voyageur ; il est, dans le pays , le livre du peuple. II a fait faire, cl à dessein , un grand progrès à la civilisation du peuple, en l’élevant sur le plus sublime théâtre du monde pour l’instruire de la nature et de l'histoire. Ebel douna aussi d’utiles leçons â celte partie du monde poli de l’Europe qui afflue tous les ans vers celte terre des prodiges , pour se récréer â scs magnificences. En présence du calme solennel de ces hauteurs géantes inondées de lumière , il l’introduisit au milieu de la nature cl de ses effets. Aspirant toujours , avec ardeur, â uno vie plus haute , génie infatigable, il combine les faits divers que la nature lui a offerts, et, par son second ouvrage, il introduisit dans la science l’idée de la formation simultanée des couches de la (erre et de la régénération de ses formations primitives.

Dans le même temps, Hausmann confirmait la vérité de cette hypothèse par ses découvertes au nord. Il prouva la connexion générale qui unit partout la nature; il amena, par une roule nouvelle, i établir le système d’un ensemble de montagnes , à indiquer scs membres et ses formes ; il conduisit ainsi directement à l’idée précise d’un haut plateau de la terre , qu' Alexandre de Uumboldt, sur l'autre hémisphère, mesura bientôt dans ses grands rapports et fit entrer dans la géographie. Notre ouvrage doit à nn commerce de plusieurs années avec ce noble génie tout ce qu'il peut avoir de chaleur et de vie.

Déjà avant eux, deux savans actifs, le suédois Gahn et ensuite Hauy , poursuivirent, avec la pénétration mathématique qui leur était propre, les lois des cristallisations produites par l'influence de la polarité.

Les chimistes modernes, expérimentant sur l'atmosphère et dans leurs laboratoires , pènètrèreut, par des routes différentes, les rapports infimes des affinités mystérieuses des substances; Berzèlius, le premier, soumit leurs lois à la précision des formules mathématiques.

C’est alors, que par l’observation de la force créatrice dans la nature inorganique, on put s’élever à l’idée de l'espèce inorganique et de tous les rapports qui en dépendent. Cette idée s'expliqua par les rapports de solution et de mélange qui soûl la condition l’un de l'autre , dans la nature cl la forme des corps, comme aussi par la cristallisation qui a une grande analogie avec eux. Hausmann conduisit cette idée dans tout le règne inorganique, jusqu’à ses dernières limites. De ce système découla une riche source de vérités pour toutes les branches de l’étude de la terre et de la nature. Nous nous sommes servi de quelques-unes de ces vérités qui appartiennent à l'ensemble de cet ouvrage, telles quo notre savant ami nous les a communiquées; puisse- l-on en leur faveur excuser les nombreuses imperfections de notre travail 1 Quant â nous, nous adressons ici au scrutateur infaiigablc , au

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propagateur ardent de la vérité, le témoignage de notre profonde reconnaissance.

B. Formations de ( Océan.

I.cs innombrables ouvrages nautiques des Anglais, si riches en observations isolées, nous donnent  connaître les progrès étonnaos faits dans la connaissance de la mer. On peut passer légèrement sur tout ce qu'ont fait les autres peuples, le long des cèles ou sous les tropiques, comme les Portugais, les Espagnols et les Français, excepté Marchand , Flcurieu et La Pcyrousc. Le tour du monde entrepris par Kreusenstern appartient même aussi à l’école anglaise. Quoique les Américains disputent aujourd'hui aux Anglais la domination des mers, et que leurs vaisseaux marchands sillonnent, en tout sens, l’immense mer du Sud, ils ont plus songé â s’enrichir, par le commerce, sur leur élément, qu'à l’étudier : on dirait qu’ils pensent avoir payé leur dette à la science , par les recherches de leur grand homme, Franklin.

Chez les Anglais, au contraire, Cook a visité tes deux pèles dans le seul intérêt de la science, et Phipps, en particulier, le pèle du Nord, line foule de marins , dont on peut voir les voyages dans l’Australie de Zimmermann, ont parcouru en entier le nouveau monde, en augmentant et confirmant les découvertes antérieures. Flindcr, longeant ses cèles, dans toute leur étendue, a déterminé le continent avec la plus grande précision nautique. Ces recherches donnèrent ainsi à la mer une importance toute nouvelle sur la surface du globe.

Les naturalistes, les recherches des algologues, et des zoologues, les travaux d'un Ellis, d'un Lightfood , d'un Mueller, de Bosc, Pérou , Donati , Forskal , Tilcsius , ont amené à la lumière le mouvement et la vie qui animent ses abîmes. Pèron et ses amis ont rapporté de l’expédition malheureuse de Baudin, dans les mers australes, plus de 10,414 corps, parmi lesquels se trouvaient , d'après l'opinion des savants do

Paris, plus de 1400 espèces nouvelles. Les faits que Tilesius rassembla dans son tour du monde, sont encore plus remarquables. Les observations qu’il nous a communiquées lui-même , cl qui peuvent jeter un grand jour sur les formations organiques de la mer, seront exposées en leur lieu.

Les recherches de Peyssonel , do Franklin , de Cook , de Blagden , de Bladh , de Marchand, sur les agitations locales de la mer, éveillèrent l'attention des marins. La Place compléta la théorie de la tluctuation générale de la mer. Delamélrie émit une hypothèse sur les courans particuliers , que déjà (tomme avait observés. Fleurieu , Ilumboldt , Rennel et Krusenstern enrichirent celte doctrine de faits précis , indiquèrent leurs vicissitudes, leurs limites, et calculèrent la moyenne do leur vitesse. Kcnnel et de Humboldt en firent l’objet particulier de leur attention, dans le buld'assurer la viede l’homme contre leurs dangers; ils leur reconnurent une influence historique, parce qu’ils facilitent la communication entr'eux des peuples maritimes.

Ces faits amenèrent Franklin à faire des recherches sur la température de la mer. Il en résulta une foule de faits curieux, depuis ses abîmes jusqu’à sa surface. Les expériences d'Irving , de Forster au pôle nord et au pèle sud ; do Pèron , de Ilumboldt , de Borner dans les mers de l'Equateur, jetèrent quelque lumièrd sur l'espace qu'occupent les habitons de l'Ocèair en profondeur et en étendue.

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