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CHAPITRE PREMIER

QUELQUES DONNÉES SUR LES CÔTES DEPUIS LE CAP NEGRO JUSQU'AU CAP DE LOPEZ CONSALVEZ , DU 17“ LATITUDE SUD A L’ÉQUATEUR.

A. A l'est du rap Negro, en droite ligne, sont situées, sous la même latitude que l’Ile de S ‘“-Hélène , les montagnes froides, monti freddi , la Serra-Frio des Portugais, qui, en certains endroits , s'appellent aussi Montagnes de Neige <». ncrosi (2)). C’est encore là qu’on trouve les

(1) tapi. Tuckey, A general skeclh of ibe coaat rvoni Cape Lcptz tbewlng ibe gréai errors In longitude Lond. 1818.

(2) od. Lopez, BdaUone dci Reame dl Congo et dtlle cir-

montagnes de cristal , d’où sort le Dumbea Zocche, lac inconnu jusqu'il présent et qui , à ce que l’on prétend , se décharge dans la mer près d’Angola.

B. A l'intérieur de la côte de Benguela , on rencontre de très-hautes montagnes , sur lesquelles A. Battel , dans scs excursions, trouva le froid très-vif. Elles sont situées à la frontière orientale de ce pays , là où il prend le nom de Dongo (1). Le Coanzo a sa source non loin de là; ce fleuve pénètre à l'ouest de Dongo, à travers les Serras de Plata (ou Prata, les prétendues montagnes d'argent), et forme, au 34“ long, est, d'énormes cataractes, dont le bruissement se fait entendre à une distance de six milles géographiques (30 miles). Au-dessous de ces cataractes est situé le fort Massangano des Portugais, à 10 ou 12 milles géographiques (30—60 mites) de la côte (2). Le Coanza est navigable jusqu'au fort; au sud des cataractes se trouvent les hautes Serras Cashindcabar , qui contiennent des mines de cuivre.

C. A la frontière orientale de Congo, à 200 lieues au moins de la côte , est situé le pays montagneux de Matamba, entre le 13“ et le 7“ lat. sud. Ce pays, bordé à l'est par de très-hautes montagnes, est très-bien cultivé : l'or, l'argent et le fer s'y trouvent en abondance, et le climat y est très-tempéré (3).

Les montagnes calcinées, les montagnes de salpêtre , et au nord les montagnes de cristal (Serras de sal, de salnitre , de cristal (4), etc.,) des anciens Portugais, s'étendent toutes au nord de Matamba, à une distance égale de la mer, jusqu'au Zaïre, et bordent à l’est les différons royaumes de la côte.

Sur le sommet de ces montagnes est situé au 7“ Ct l/2de lalit. sud, le lac Achelunda (3) (Aquilondc, Chilande), qui s'étend du nord au sud ct donne naissance au Barbota, afiluentdu Zaïre. Suivant les Portugais , il alimenterait le Nil en y versant les eaux des grandes pluies qui tombent une partie de l’année dans cette contrée; mais cette hypothèse n’est pas confirmée par de Bar-

conviclnc contrarie per Fil. Pigafetla. Borna pr. Bartol. Gras»! 1501, 4°, pag. 24.

(1) A. Battel, Arivenluret In Purcb. Pilgr. t. Il, fol 975.

(2) Cavazzi rie Montccucullo dans Lahat , Rclat. bistor. do l’Intérieur rie l’BtblopIe occlri., t. f, pag. 60.

(8) Cavazzi, daut Labat, t. I, pag 54.

(4) Ibid., pag. 31, et Lopez dans Pigafetta, pag. 25.

(5) Battel, dan« Purcbas, t. II, fol. 003, et Cavazzi, daoo Labat, 1. 1, pag. 51.

ros, dont nous tenons les premiers (1) docuroens positifs sur ce lac remarquable, qui contient plusieurs Iles fertiles et ressemble en quelque sorte au lac Zambere b l'est. Cet auteur raconte qu’en 1 490 , lorsque la seconde mission portugaise, envoyée à Congo, se préparait à poser la première pierre d'une église chrétienne à nimbasse, le roi de Congo reçut la nouvelle que les Mundéquetes, habitant quelques lies situées dans un grand lac , d'où sort le Zaïre ( donde say o rio Zaïre), étaient en insurrection et menaçaient d'envahir son royaume. A l’instant même le roi se fait baptiser arec les principaux de sa cour, et cent mille de ses sujets suivent son exemple. Pour la première fois, ce peuple, au nombre de 80,000 combattans, marcha b la rencontre de l’ennemi, portant la croix en tète comme un étendard. Le roi sortit victorieux du combat; de retour dans ses états il envoya des Portugais et des indigènes pour explorer l'intérieur du pays, et c’est dans leur expédition qu'ils passèrent b côté du grand lac dont il est question ici. Ce témoignage, le plus ancien que nous possédions, est encore aujourd’hui le plus authentique.

D. Plus près de l’équateur, le pays montagneux de kicoco ( Macoco et aussi Anzico ) forme, dans la direction du Zaïre, la limite la plus orientale du Congo. Des montagnes de Micoco descend le Rancaor , affluent considérable du Zaïre , et qui est peut-être la véritable source de ce fleuve. Le Vambre ou Unibre , qui se jette aussi dans le Zaïre, sort du même plateau. Scs sources sont situées sur la chaîne de montagnes qui sépare les peuples montagnards de Foungono, de la haute-terrasse des Niemeramai ou Mono-Emougi. Lç confluent des deux fleuves est situé b plus de cent milles géographiques b l’est de la côte du cap S,c-Catherine (2).

E. Au nord du Zaïre s’étend la longue chaîne de montagnes, la Sierra Complida, qui donne naissance au fleuve de la Barreras rossas , ce nom lui vient de la couleur rougeâtre du sol qu’il traverse dans son cours. Tous ces fleuves coulent b travers des vallées fertiles très-peuplées et bien cultivées; protégées parla nature du sol qu’elles habitent, les peuplades belliqueuses de ces contrées ont su défendre jusqu ’b présent leur

(1) De Barrot Alla, etc. Ed Lliboa, 1662, fol., D. 1,1. 3, c. 0, fol. 35, a.

(2) Lopec, dam PJgafctla , pag. 1 3.

liberté contre les attaques des souverains de la côte (1).

A la bordure occidentale de ces montagnes , le Barbota, leCoango, le Vambre et le Bancaor se réunissent en un seul fleuve qui, sous le nom indigène de Zaïre (2), traverse, b 160 lieues de la côte, la terrasse de montagnes , et après avoir coulé ainsi pendant 40 lieues , franchit enfin la chaîne la plusoccidentaleoùil forme les bruyantes cataractes de Sundi (5), 54° de longit. E. et 3° 30' latit. sud. On compte de là 120 lieues jusqu'b la mer; le fleuve continue alors son cours b travers un pays plane, et sa marche n’est plus entravée que par quelques rapides dont le dernier, appelé t'achwera par les Portugais, n’est qu'b 23 milles de la mer. Dans la saison des pluies le Zaïre change l'eau de la mer en eau douce jusqu’à 20 legoas environ de son embouchure. Ses rivages sont partout trèspeuplés.

Terrasses, cataractes, Loanda.

D’après ce que nous savons de la conformation physique et de l'histoire de ce pays, il parait que le sol de ce bord présente une triple terrasse et que la haute terrasse se termine b l’O. par les hautes chaînes de montagnes des Serras de cristal , de Sal, de Saltti/re et de Prata (voy. la carte de Lopez); toutes courent du sud au nord , elles coupent par conséquent les fleuves, et ne les longent pas parallèlement del’E. b l'O., comme l’indiquent la plupart de n os cartes modernes.

Mais la pente occidentale de cette haute terrasse , forme une bande de pays montueux de 30 b 40 milles de largeur, dont l’extrémité occidentale, b en juger par analogie, coïncide avec la ligne tirée des cataractes du Coanza aux cataractes du Zaïre, laquelle court du sud au nord parallèlement b celle des montagnes précédentes.

En sortant de cescataraclesqui, comme celles de Syène et d'autres , ne sont qu'une suite de petites cascades (4) , les deux grands fleuves entrent dans le pays plane ( raso paese (3) dans la

(1) Cavazzl, dans La bat, t. 1. pag. 31.

(2) De Rarros Alla Dce.t. 1, 1. 3, c. 0, fol. 20, a.

(3) Cavaxil, pag. 4fl, etLopex, pag. 12.

(4) Carazzl. »bld.

(0) Loprz, dan» PigafcW», pag. 10.

BORD OCCIDENTAL, CONGO

langue de Loandajqui forme la terrasse littorale. Tuckcy et scs compagnons ne purent pénétrer, en 1816, que jusqu’à la région des cataractes.

C’est sur celte terrasse littorale plane, sablonneuse et coupée par d’innombrables cours d’eau, que régnent ces chaleurs terribles, cet air pestilentiel; que se trouvent ces marais, ces reptiles, ces bêtes féroces qui mettent si souvent en danger la santé et la vie des voyageurs. Les missionnaires ont partout grossi leurs relations des périls qu'ils coururent dans ces redoutables régions.

Bien différente de celle des côtes , est la terrasse moyenne que les Congos eux-mèincs regardaient comme le paradis de la terre (1) , au grand dépit des missionnaires. Très-peuplée et bien cultivée, elle jouit d’un climat tempéré et contient , d’après les rapports des anciens Portugais, les meilleures provinces du royajtmede Congo. C’est là qu'est située la fameuse province de Banda (ta chfave et lo scudo , la spada e tadifesa de/ /le) qui, quoique ne formant que la sixième partie du royaume, peut cependant mettre sur pied une armée de 400,000 combattans (2). Viennent ensuite la province de Sogno, qui forme un boulevard contre les Angicanas ; celle de Sdndi, riche et très-commerçante; la province de Hatta , plus riche encore ; celle de Matamba, peu cultivée, mais très-fertile et d'un climat tempéré (3) ; Oacto , couverte de fécondes collines et de plaines abondamment arrosées , etc.

Les Portugais ne connaissaient que la terrasse liitorale et leur puissance ne s’étendait que jusqu'où avait pénétré le christianisme. Il y fut introduit d’abord par les Portugais , ensuite par la première et la seconde mission des jésuites (1) en 1539 et 1613, et plus tard par les franciscains (3) ; à l'exception de Sogno il a fait plus de progrès dans les basses terres , où était la mission dcLoanda, que dans les hautes terres (6) que nous avons appelées ici la terrasse moyenne. -6*-Salvador, où les Portugais ont exercé le plui

(1) Ciirnl, asm Ubat., t. I, p. 212.

(2 ) topez, a«n» risafetla, pas. 28, 34 el 37.

(3) Cavazzl, 1. 1, pas. 54, 78.

(4) Czvzzzl, don» I abat., I. Il, paf. 385,

(5) p» ter XuctoelU, dons X II lin, «ammlunr, vol I, paît 8. (fl) Dons le platcou, S 100 milles de lo mer, oit spticlle

Passe toute ville qui est lordtldeoce d'un souverain (l-op., P 27).

d’influence, est devenu le centre de la religion chrétienne.

La terrasse moyenne est , selon toutes les relations, très-riche en métaux, on y trouve beaucoup d’argent, de cuivre et de fer. Mais les Portugais qui furent envoyés pour y chercher de l’or, n’en ont jamais trouvé la moindre parcelle quoique, dit-on, il y en ait une mine près de S’-Salvatlor ; on a accusé le roi de Congo d'avoir toujours gardé (1) à dessein le secret sur ces mines d’or.

La terrasse inférieure contient beaucoup de sel gemme; souvent on le trouve à quelques pieds au-dessous de la surface du sol , comme par exemple près de Massignano sur le Coanza (2); mais la haute terrasse n’en contenait plus. Le sel gemme est le premier article de commerce dans ces contrées : les habitans dos hautes terres viennent continuellementéchanger pour du sel les produits de leur sol.

2’ Eclaircissement.

Anziko, hordes des Viaga.

L’intérieur de l’Afrique du côté de la côte de Congo , ne nous est connu que par l’histoire du commerce el des guerres , et encore ces sources ne nous donnent que des indices très-imparfaits et très- peu authentiques ; nous ne possédons pas de documcns plus recens qui puissent les confirmer.

On prétend (è fuma) que tous les habitans des côtes, depuis le cap Negro jusqu'à l’équateur, appartenaient à un seul et même empire avant l’arrivée des Portugais, c'est-à-dire avant 1484, époque où I)iego-Cam entra pour la première fois dans le Zaïre (3) ; mais le souverain Mani- Congo (4) ne resta pas longtemps en possession de cette vaste autocratie qui s'étendait deLoanda au sudjusqu’à Loangoau nord. Les gouverneurs des provinces se proclamèrent bientôt comme autantde Manis, c'est-à-dire Senhor ou souverains La province de Congo, situéeau centre, demeura seule au pouvoir de l'ancienne famille régnante.

Tous les habitant de ce vaste empire doiven avoir appartenu à une seule et même nation; ils parlaient tous une langue commune, divisée

(1) lopez, pag. 61, et Czvzzzl, t. I, pas. 38, 43.

(2) Balte), dans Pnrelias Pilgr , t. Il, fol. 878.

(3) De Barrez Alla Dec. I, llb. 3, c. 3, 101 26.

(4) Czvazzl, dan» t allai , t. 1, pag. 21.

HAL’TE-AJKIQUl : !>'• DIV1SIOK , J 14.

en plusieurs dialectes qui ne présentent pas plus dedifférence entre eux que le portugaise! le castillan ; la langue d'Angola et celle de Congo (1) en sont un exemple.

Bien différente de ces langues nègres est la langue des Moci-Congis , nom que ces peuples se sont donné eux-mimes (8). Ils habitent les terres élevées de l’intérieur ( terres mdditerrandes d'après Labat) (3), et rendent à leurs idoles un culte très-bizarre. Les témoins oculaires du XVI” siècle nous ont donné quelques documens sur ce peuple. Leurs récits, quoique trèsfabuleux et souvent exagérés par les auteurs postérieurs, contiennent cependant quelques traits caractéristiques, qui ne paraissent pas entièrement dénués de vérité : souvent les faits qu'ils rapportent se sont trouvés confirmés par des habitans du pays vendus au XV 111“ siècle sur les côtes du Congo.

Les Anziko (on ne sait si c'est le même peuple que les Angeka et les Kteka) (4) habitent, sur le Zaïre supérieur h l’E. du fleuve Vambre , de hautes montagnes sauvages riches en mines de cuivre et couvertes de forêts de sandal (/7erocarpus santa/inus. Linm). Le sandal est un bois gris et rouge ; on le réduit en poudre et on le mêle, avec de l'huile de palmier pour s’en parfumer la peau; les Congosrt les Portugais s'eu servent comme d'un médicament. Les Anzikos passent pour les plus adroits des peuples montagnards; ilserrent a l’aventure dans les forêts et les montagnes, insoucieux et sans crainte comme leurs chèvres; ils sont justes, simples et fidèles. Les Portugais leur accordaient pleine confiance et disaient d’eux qu'il ne leur manquaitqucd’ètre chrétiens. Ils sont belliqueux et braves , et leur arme est un arc très-court entouré de peau de serpent , comme l’arme des Sbangalla ; leur commerce avec les Congos se borne à l’échange de leurs productions contre le sel qui manque absolument h leur plateau. Tout ce que nous savons d'eux rend invraisemblable l'opinion admise qu’ils se nourrissent de chair humaine ; historia reramente strana e quasi incredibile, dit déjà I.opez. Tout le pays qu'ils habitent s'appelle Mikoko , du nom de leur chef le Makoko (8) : il s'étend, dit-on, à l'est jusqu'aux limites des

(1) i.opez, dan* PlgafetU, pag. 24.

t2) topez, dan» Pigafclta, parf. 22.

(3) Labat. Relut , |. 1, pag. 239.

(4ï topez, pag. 14 (ft) Dappcr, Africa, pag. 639 et 672.

Nie mcamais , peuple du centre deTAfriquc , avec lequel ils entretiennent des relations amicales. Quelques-uns prétendent que les Portugais ont aussi entamé îles relations de commerce avec ces peuples lointains, par l'intermédiaire des Anzikos. Mais nous savons qu'en 1633 (1) sous le règne dedonPédro II , cinq marchands portugais qui voulurent pénétrer dans ce pays par la province il ’Occanga, furent dévalisés dans le royaume de Mikoko et jetés dans les fers.

Selon les anciens Portugais , le paysdes Anziko confine à l’est aux déserts des peuples nouba (3), (sans doute des Nouba de Fazoglo). Les Anziko transportent dans le Congo des esclaves de leur pays et de celui de leurs voisins les Nouba , des étoffes et des fourrures (pelli di ZibeUini et dl martori).

Les hordes des Giaga, ou les Schaggas, d’apres les anciennes relations.

Bien ilifférens des Anziko qui ont entretenu avec les Portugais des relations amicales, les peuples du plateau au sud et à l'est sont devenus , par leurs brigandages et leurs invasions , la terreur des Congos et des Européens. Ils se donnent le nom d'Agag (5); les Congos les appellent Giachas (Giaghi , Giaki, Giagues, Schagga)-, les Dahomyes, Eyos (4) : ce nom fait supposer que c'était le même peuple que les Ibos. Ils habitent les hautes terres jusqu'aux pays des Monemougi à l’E. et , suivant l'opinion du savant secrétaire (S) de la société Africaine, tout le pays qui s'étend à partir de 80 milles géographiques au sud du Niger, jusqu'à la haute terrasse des montagnes de Karri , au-dessus du cap de Bonne-Espérance. Cet auteur compare les mœurs et les usages desGiaga qui habitent le sud du Niger à ceux des nombreuses hordes de Tuariks au nord du même fleure ; il en conclut que les contrées intérieures de l’Afrique méridionale ne sont, comme celles situés au nord du Niger, que des déserts de sables et de rochers parsemés çà et là de quelques oasis fertiles. Ces déserts ne pouvant nourrir une population nombreuse, auraient forcé les nations à mener une vie nomade cl à se livrer au brigandage.

(1) Cavazzl, <lan« Labat., L. U, pag. 409.

(2) Lopcz, dans Pigaretta, pag. 14, 16, 36.

1,3) I.opez, dans Plgafclia, pag. 59.

(4) Arch. Daizcl, Blslory of Dahomey. Lond. 1793, p. 88. (6) Young, dan» le» Procccdiogs, t. II, pag. 354.

BORD OCCIDENTAL , CONGO

Les Calla au-dessous du Habech , les Eyo» cités par Dalzel , à l'est de Dahomey, les Anzigues à l’est de Loango, les Tuariks au nord, ont-ils en effet quelque chose de commun avec les Schaggas , et peut-on regarder toutes ces peuplades comme descendant d’une seule et même souche? Cette question ne pourrait se résoudre que par une plus grande connaissance de leurs langues. Encore resterait-il h savoir, si l’on peut admettre une nationalité commune entre des peuples qui ne nous apparaissent partout que comme des hordes isolées et vagabondes (1). Quelques usages, comme les liaisons secrétes des femmes, la coutume d’exposer les rnfans, leur manière de faire la guerre, leurs traditions, permettent cependant de leur supposer une commune origine.

La simultanéité de leurs migrations, qui s’explique par une révolution générale au centre de l’Afrique, permettrait de supposer que les chefs de l’expédition étaient entre eux unis d’origine, et que les races étaient primitivement plus rapprochées.

Les Giaga , sous la conduite de Zimbo , leur terrible chef, fondirent les premiers (2), en 1342, sur la province de Batta, et inondèrent bientAt, comme un torrent dévastateur, tout l’empire du Congo. Ils n’en furent chassés que plus tard, après quatre ans de combats auxquels les Portugais prirent part. Avant cette époque, ils riaient absolument inconnus aux Congos. Ilattel (5) qui voyagea quelque temps avec leurs hordes vagabondes, prétend leur avoir entendu dire qu’ils étaient venus de Sierra Leone , c'està-dire des montagnes de Kong. En 1389, ils furent mis en déroute sur la cAte orientale de Mombaza, après avoir dévasté le Monomotapa (4). De tout temps , on nous représente les Giaga comme des bordes errantes et barbares , sans agriculture, sans demeures fixes , qui , partout où ils pénètrent, abattent les forêts et en fortifient leur camp, brûlent les villes et les villages qu’ils rencontrent dans leur marche dévastatrice, tuent leurs ennemis et les dévorent: avec de telles données sur ce peuple , il n’est pas étonnant que leur principal séjour nous soit demeuré inconnu. Quelquefois cependant, par exemple, sous leur reine Zingba, auteur de leur

(1) Valer, Xilbridales, vol. 3, pag 152, etc.

(2) Civiui , dans ta bal, t. II, pag. 88.

(3) Batte! , dans Purcb*i, Pilgr.t I. II, pag. 074, 077.

(4) dos Sanctos, ÆU». or-, Usas Purcb., t. II, F, 1552.

code martial et des Quixilles ou lois qui les régissent, plusieurs de leurs tribus se sont établies dans les pays conquis , comme dans le Matamba dans le grand et le petit Gang/iel/a, et en d’autres endroits.

Suivant Dalzel qui compte aussi les Eyos au nombre des Giaga, ils forment encore de nos jours au N.-E. de Dahomey une puissance trèsconsidérable, qui est devenue, par sa cavalerie, la terreur des états nègres voisins ; les Giaga prélèvent même un impAt h Dahomey. On pourrait supposer que ces Eyos (Eyous, Ayos , J-ocs), sor.t les mêmes que les Ebocs (1) sur lesquels un indigène nous a transmis un récit si curieux en faisant l'histoire de sa jeunesse.

lre Remarque.

Usages propres au plateau.

Sans vouloir rapporter toutes les fables que les voyageurs ont débitées snr les habilans du plateau, nous remarquerons seulemeol qu’on trouve réunies chez eux les premières traces d’une foule d’usages nationaux, qui ne se présentent qu'isolées chez les différentes races africaines.

Ils ont 1 habitude de se tatouer et de s'inciser la figure, et c'est par là que les habitans des différentes provinces se distinguent les uns des autres (2). On trouve le même usage chez les esclaves des côtes de Mozambique et de Guinée. Ils se liment les dents œillères ou quelquefois les arrachent tout à fait, de sorte que leur denture ressemble à celle des animaux ; cet usage bizarre se rencontre souvent chez les esclaves nègres de l’intérieur de l’Afrique (3), que l’on vend sur la côte de Guinée. Isert en vit dont les dents étaient limées en trois pointes et sans émail ; d’autres auxquels la nature avait donné des dents canines avec un bel émail (4). Chez les montagnards de Sierra Leone , l’usage est généralement répandu de se limer les dents aussi aigues que celles du requin (5). Un peuple de nègres idolâtres qui habile les montagnes au sud de Darfour, lime les dents des enfans en pointe, et leur comprime ensuite les gencives pour les rendre

(1) Brun, Africa, 6* vol.,p. 33, et olaudab Equiano, Lebensgeseh, pag. 2t.

(2) Dalzel, HUtory or Dahomey, pag. XVIII.

(3j Roemcr , Nacbrlcbtcn , pag. 10. Olaudab Equiano» oder Gustav Watat des Afrlcaner» Lebcnigescblrbie , Goetling, 1702, pag. 00.

(4) I»crl, ueucRcIftc, pag. 104.

(5) Goibery, Trav., 414.

HALTE-ÀFBIQUB : IV* DltJSlOîf , J 14.

plus longues (1). Toutes les momies d'Egypte ont les dents incisives et les dents do coin plus ou moins limées (2). Edrisl, Oldendorp, Niebuhr et d’autres ont déjà remarqué ce fait (3).

On trouve encore ici , ou du moins on trouvait autrefois, l'ancien usage égyptien d’embaumer les morts , et celui des habitant de la Haute-Asie, d’enteirer les femmes avec leur mari mort. On lave le cadavre du défunt , on le couvre d’épices odoriférantes, on lui orne la télé et on le place ainsi sur un siège comme s’il vivait encore, puis on le descend dans la demeure souterraine de ses ayeux ; deux de ses femmes auxquelles on brise les bras •ont placées à côté de lui; on referme ensuite la fosse et les infortunées expirent ainsi d'une mort horrible; on répand sur le tombeau des libations de sang et de vin de palmier, et tous les mois les parens du défuut viennent y faire entendre des chants funèbres. Les trésors et les femmes qu'on enterre avec le défunt, sont destinés à lui servir encore dans l'empire des morts.

Comme il arrive souvent que les habitons du plateau sacrifient leurs propres enfaus à leurs dieux, ils reçoivent dans leurs armées les fils de leurs ennemis tués ou faits prisonniers à la guerre ; mais ces guerriers n’en demeurent pas moins dans la condition d'esclaves, jusqu'à ce qu'ils se soient élevés au rang d'hommes libres par leur bravoure. Ces étrangers sont la principale force de leur armée f comme les Shangalla qui forment la garde do corps des rois de l'Abyssinie, les Mamelouks en Egypte, cl les esclaves abyssiniens chez les rois de Kaboul en Asie, etc. Dans le combat ils poussent di s cri» affreux comme les hordes des Galla, et, semblables à ces barbares , ils recommencent chaque année leurs sanglantes expéditions; du moins en était-il encore ainsi au 16* siècle; ils passent pour très-cruels , et mangent ou sacrifienltous leurs prisonniers. LesGanga et les Singhill, leurs prêtres , passent pour de puissans magiciens; leur grand prêtre le Chiloine (4) , entretient une hiérarchie sévère , et est pour eux une idole vivante , comme le Dalaïlama du Thibet; il demeure dans le pays saint où brûle un feu sacré, etc. Il est le chef d'un nombre infini de jongleurs, de bateleurs des deux sexes, dont chacun exerce un pouvoir sur un certain mal, unecertainemaladie, sur une parliequelconqué du corps humain dont ils sont comme les médecins.

(1) Browne, Trav., pag. 310.

(2) Edrhi, Africa cura Hartmann, pag. 314.

(3) Battel, In Purcha» M*gr.» I. 11, f. 977.

(4) Cavazii, dans Labal, I. 1, pag. 254, 372,. etc.

— Les anciens prêtres égyptiens traitaient de même chacun une maladie spéciale. — • Les habilans du plateau sont fétichistes et adorent tous le mauvais principe , Dcvill, selon Battel , afin de se le rendre favorable. Us s'accordent en cela avec tous les habilans de l'intérieur de l'Afrique , autant que nous les connaissons, depuis les montagnes de Sierra Leone et le pays du Sénégal (1) jusqu'à l’empire naréanien de Gingiro (2) ; et de I E., près du Zebi, jusqu'au pays des Beeljuanes , peuple doux et paisible, qui habite 1a prolongation méridionale do plateau. — La seule fonction des prêtres Beetjuanes consiste à bénir les hommes cl les animaux pour les préserver des influences funestes, et à guérir les maladies.

Mais n'oublions pas que ces usages grossiers, uniformément répandus sur tout le plateau africain, ne caractérisent que les hordes sauvages du XVI' siècle. Déjà au milieu du XVIIe siècle, en 1648 (3), les mœurs avaient beaucoup changé dans le royaume de Malamba ; malheureusement il ne nous est parvenu depuis aucunes relations positives sur ce pays, et toutes nos nouvelles données se bornent à quelques suppositions de Dalzel et d'Equiano.

2e Remarque.

Fétichisme.

Le mot Fétichisme , si souvent employé par les navigateurs, les marchands d'esclaves, les Européens et les géographes, etc., lorsqu'il est question des peuples d'Afrique, n'appartient ni à la langue des nègres , ni à celle du Congo ; c'est tout simplement un mot portugais qui signifie sorcellerie : Toda yen te de Ethiopiaemuy dada afeitaços, i nettes esta toda a nta crençaifi (4). Ce mot a perdu sa signification primitive, et on ne remploie plus aujourd'hui que dons an sens spécial et restreint; ainsi on dit, par exemple , le tigre est le fétiche de Dahomey , le serpent est le fétiche de Whydah , etc. Le fétichisme est répandu surtout au sud et à l'ouest de l’Afrique ; il exprime de nos jours la même idée que la ynjr éix qui régnait au nord et à l’ouest (5), il y a deux mille ans , lorsque l'Etéarque d'flammon , parlant à Hérodote des nègres du Niger, loi

(t) Golberry, Trav,, pag. 38.

(2) Terri , Biatoria gcral de Ktblopla a Alla et c. 1600, ftt., pag. 321.

(3) Cavaixi, dan* l.abal, Ethiopie occid., t. II, pag. 149.

(4) Oc Barroi, Atia Dec. 1 , 1. III, c. 10, fol. 35, dans Daliel, üKtory or bab., pag. 6. — Vater, HUiridaies , 3* lb., pag. 207.

(6) Hcrod., t. Il, c. 33.

BORD OCCIDENTAL , CONGO

dit d’nne manière il précité : Civxi rimât.

TncVey nous communique une observation trèsremarquable qu'il eut occasion de faire dans son voyage tur le Zaïre , c'est que loua lea fétiches è face humaine, même ceux delïntérieurde l'Afrique, avaient des physionomies européennes ; ils avaient le front haut , le nez aquilin , et étaient peints en blanca; quoique sculptés très-grossièrement , ils présentaient tant de resaemblance avec les figures égyptiennes , et plut encore avec celles dea Etrusques, que le docteur Smith en fut frappé d'étonnement (1) (voyez pins bas les Âtkantit).

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