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DANS LE CONGO, D’APRÈS LES DERNIERS REN

SEIGNEMENS.

La seule source où nous avons puisé les document qui suivent, est le journal laissé parles voyageurs faisant partie de l'expédition au fleuve du Congo, commandée par le capitaine Tuckey , et qui, en 1816,cutuneflnsi inattendue et si malheureuse. L'expédition, animée des plus belles espérances et munie de tout ce qui était nécessaire pour étendre et avancer la géographie et les sciences sur le fleuve Zaïre, quitta, le 6 mars, les côtes d’Angleterre. Le 6 juin, elle entra h pleines voiles dans l'embouchure du fleuve et s’avança dans les terres;mais dès laflnde septembre de la même année, une grande partie de l'équipage , tous les savans de l’expédition, et le capitaine lui-mème, étaient devenus les victimes du climat africain et de leurs généreux efforts. Les observations et les découvertes nombreuses qu’ils firent dans un espace de trois mois sur une petite étendue de trois degrés de longitude (du 12» au 18” long. E. de Greenwich) et de deux degrés de latitude ( du 4” 30’ au 6° 1 S’ latit . sud ), ne nous font que regretter plus vivement leur perte prématurée.

Les résultats de leurs efforts jettent une lumière intéressante sur cette partie du monde. Nous avons communiqué , dans le chapitre précédent, les résultats de tous les autres documens plus anciens en tant qu'ils forment entre eux un ensemble et un tout; nous espérons quedeeequi va suivre résulteront avec plus de clarté qu’auparavant , l’individualité de cette contrée et ses

(I) capt. Tuckey, Narrative, pag. 887.

rapports avec les autres membres du corps africain (1).

A Embomma , marché d’esclaves sur la côte de Congo, les marchands d’esclaves donnèrent h Maxvell des renscignemcns sur la largeur du fleuve Zaïre et sur l'immeusitéde son cours dans l'intérieur des terres; ces rapports éveillèrent en lui la supposition que, contre l'opinion commune, ce fleuve pourrait bien être la véritable continuation du Niger. Cette opinion était confirmée par un autre rapport des marchands qui disaient que, venant du nord-est, il est encore navigable (2) 120 milles au-dessus des cataractes, et qu’il porte là le nom A'Enxaddi.

Mungo-Park et Barrow se déclarèrent pour cette opinion, J. Rennell la combattit. L'amirauté anglaise, voulant arriver à la certitude sur un point qui lui paraissait important, commanda deux expéditions h qui elle donna pour but de leurs travaux de confirmer ou de détruire l’identité du Niger et de l’Enzaddi. A celte fin, Mungo-Park entreprit son second voyage dans l’intérieur de l’Afrique suivant le cours du Niger , et Tuckey se proposa de remonter le Zaïre de son embouchure à sa source. La rencontre de ces deux voyageurs dans le centre de l’Afrique aurait été le plus heureux résultat pour la science, et la géographie de l’Afrique y aurait assurément gagné une forme nouvelle. Cette découverte semblait à Mungo-Park aussi importante que le fût autrefois le Périple du cap des Tempêtes, et il entreprit son second voyage animé des plus généreuses espérances; mais hélas! elles furent toutes déçues, et l’Afrique demanda encore de nouvelles victimes avant de laisser soulever le voile qui couvre ses mystères.

On verra plus bas, au système des eaux du Niger, les motifs qui nous ont fourni quelques hypothèses sur le développement de son cours; nous ne parlerons ici que de l’embouchure du Zaïre et de ses rivages. Son cours dans les terres nous est resté inconnu , et nous n'avons pas de raisons suffisantes pour le regarder comme la continuation du Niger; il nous faut atten-

(I) Narrative otsn expédition to explore ihe rlrer Zaïre muslly «lied the Congo lu aoulb Africa, In l8tfl, under Ibo direction of Copl. J. K. Tuckey, 10 wblch II odded Ibo Journsl olprofcMor smllb , etc., publlibed by pertnluioo of tbo tord» commlxilonneraol Ibeadmtrally. London, 1818,4”.

(8) Tuckey, Nxrrxtlve Introducl., p. XIV.

dre de nouvelles recherches, car nous avons déjà assez d'hypothèses.

Pour remonter plus commodément le Zaïre , Jos. Banks proposa un bateau à vapeur (1); mais la difficulté de construire un vaisseau assez fort pour Traverser l'Océan, et en même temps assez plat pour passer les cataractes du Zaïre, fit qu'on choisit un gros bâtiment, le Congo, pour le transport, et deux autres plus petits pour naviguer sur le fleuve, lis avaient à peu près 34 pieds de longueur, et pouvaient porter 35 hommes d'équipage et trois mois de vivres. Un bâtiment de transport, de 330 tonneaux, amena les provisionsde l'équipage à l'embouchure du Zaïre. Les vaisseaux devaient entrer au mois de juin dans le fleuve, et commencer le voyage dans l’intérieur avec la saison de la sécheresse.

L'expédition se composait en tout de 56 personnes; 49 appartenaient à l'équipage du vaisseau; les savans de l'expédition étaient : le professeur Smith, qui voyageait en qualité de botaniste, Granch,dc naturaliste, Tudor, d'anatomiste, Lockhart, d'horticulteur, Galway, de volontaire. Une partie de l’équipage resta sur le Congo près de l’embouchure du fleuve; le reste, avec les savans chargés de faire les découvertes, essaya de pénétrer plus avant de l'autre côté des cataractes. Un grand nombre tomba malade pendant ce pénible voyage; 14 seulement poursuivirent leur marche au delà des cataractes. Épuisés de fatigues et souffrans, ils furent forcés de retourner après les plus pénibles efforts : tous étaient malades en revenant; 18 moururent de la lièvre intermittente (2) qui règne dans ce pays et ressemble beaucoup à la (lèvre jaune. Quatre seulement regagnèrent le vaisseau qui les avait transportés, et le capitaine Tuckey luimême n'acheva pas son journal.

La chaleur du climat ue fut pas cause de ce malheur; car, d'après le journal de Tuckey, elle ne dépassa pas, pendant le jour, 76° de Fahrenheit. Mais les changcmens subits de température auxquels les voyageurs étaient exposés, la nuit, dans leurs campemens, les fit tous tomber malades ; ordinairement le thermomètre descendait la nuit 13 à 20 degrés plus bas que pendant le jour. L’abus des plaisirs sensuels chez les uns, et l’excès de travail et d'étude chez les autres, dans un climat si étranger, sous l'équateur, sontdonnés par ceux qui survécurent,

(I) Tuckey, Narrative, p. XXIV.

(2Ï Ibid., f, Xlltl.

comme la cause principale du malheur de l’expédition, et comme un avertissement pour des entreprises semblables à l'avenir (1).

Les observations de Tuckey montrèrent que, jusqu'à présent, laligne des côtes de celte partie de l’Afrique occidentale , depuis l’équateur jusqu'à l’embouchure du Zaïre , au sud , était déplacée d'un degré de longitude sur les cartes (2). Toutes les observations faites par les voyageurs prouvèrent que la côte depuis Loango jusqu'au Congo, est tracée trop à l'ouest sur toutes les cartes, au pointque, suivant ces cartes, ditSmilh, nous aurions toujours navigué dans l’intérieur même du continent. Voyez la carte rectifiéede Tuckey (3).

Tout ce littoral (4), depuis Malemba au nord de l'équateur, dans la direction du sud, est trèsuni, couvert d'épaisses forêts, et par conséquentfraiset humide ;les bois sont couronnés de vapeurs épaisses, la côte est pleine de bas-fonds, et l’air rafraîchi par le voisinage des forêts n’est pas agité alternativement par les vents de terre et les vents de mer, comme cela est naturel sur les côtes des tropiques; cela rend la navigation sur les côtes ennuyeuse, fatigante et pénible. Le rivage, vu du navire, présentait trois plaines successives, couvertes d'herbes peu épaisses, et offrait à l'œil , suivant Smith, l'aspect des côtes boisées des lies du Dauncmarck ( 5). Le pays et scs productions présentent ici la plus monotone uniformité. A l'aide du télescope, on ne distinguait dans les bois qu'une seule couleur de feuillage; quelques arbres d’espèce différente, de rares palmiers, par exemple, se détachaient parfois des masses uniformes de verdure. Tel était l'aspect du pays depuis Malembo et Quilango jusqu'à la baie du I,oango ; au sud du 3” 50' de latit. sud, le rivage, jusqu’alors complètement plane, est accidenté par des hauteurs qui récréent l’oeil fatigué d'une éternelle monotonie; la végétation la plus variée couronne ces hauteurs. Loango est mal placée sur les cartes; la pointe Indienne, au sud de la baie, est située sous le 4° 31' latit. sud (6). Le seul fleuve entre elle et Cabenda est le Loango- Louisa, ou le Cacongo des cartes, qui décharge ses eaux dans

(1) Tuckey, Narrative, p. XUV.

(2) Ibid., paie. 65 et 260.

(3) A general sketch of the coast from cape l.opea, etc., arcording to Informations obtalned by capr. Tuckey, etc...

(4j Tuckey, Narr., p. fil, 66.

(5) Smith, journal dans Turkcy, narrative, pag. 261 .

(6) Tuckry, narr., pag. 50.

BORD OCCIDENTAL, CONGO

la mer entre deux éminences de roche calcaire rouge, $oiisIe:>°17'lalit. sud.Surcette côte sont situées Malemha et Cabenda, autrefois les principales stalionsducommerce français, et aujourd'hui l’entrepôt du commerce d'esclaves des Portugais. Le pays de la côte obéit h plusieurs chrfs tributaires du roi de I.oango. Au nord, est situé Boal (1), puis Macongo avec le port Malcmba ; CAingelé, résidence du roi , est situé dans l'intérieur du pays. Au sud, vient ensuite le royaume de lY'Cvy, où se trouve le port de Cabenda : ce royaume est borné immédiatement au sud par le fleuve Zaïre et la souveraineté du Congo. Dans ie port de Cabenda étaient 9 vaisseaux portugais qui faisaient la traite des noirs. Tous les habitans nègres de la côte qui visitèrent le capitaine Tuckey sur son bord, parlaient assez de français et d'anglais pour se faire comprendre. Le chef de Malcmba se donnait luimérae le nom de Tom Lererpooi, le roi marchand : Avez-vous besoin d'esclaves? fut la première question qu'il fit aux étrangers.

1" Eclaircissement.

Le Zaïre, cours inférieur.

Quoique ce fleuve paraisse assez important, il n’avait pas encore attiré jusqu'ici l’attention des géographes; les Portugais en parlèrent h peine et le nommèrent, avec Diego Cam qui le découvrit, Congo, du nom du pays, ou Zaïre, nom commun que les habitans donnent à tous les grands cours d’eau, et qui ressèmble en cela h ceux du Nil et du Gange. Le nom propre de ce fleuve est : Boienzi-Bndaddi (2), c'est-àdire le fleure qui engloutit tous les autres. Les chroniques portugaises l'appellent aussi Zemberé (Zeinbré) , nom qui signifie mère des eaux.tl qui nous a déjà servi à expliquer le nom du lac Maravi , h l’E. (voyez plus haut, page 76). Le capitaine Maxvell attira le premier ('attention sur ce fleuve, et il devint alors le sujet de graves discussions.

Plusieurs des renseignemens donnés par les Portugais sur sa largeur et son immensité, étaient exagérés ou inexacts.

Ce fleuve Congo se jette dans la mer Éthiopique, sous le 6° latit. sud et le 13“ long, est du méridien de Greenwich, entre le cap Padron et la

(I) Tuckey, Ittrr. , pat. 85.

(*) llitd., |va|. XI, Cl pas. 119.

Shark point des Anglais au sud , et la Fathomtess point, ou pointe sans fond , au nord. Il est tellement fort (1) h son embouchure qu'il présente plus d'obstacles au vaisseau qui veut le remonter , que les courans du sud h celui qui veut doubler le cap de Bonne-Espérance. Ses eaux parcourent de 3 h 4 milles 1/2 anglais h l’heure ; ce ne fut qu'après cinq jours d'efforts quclcs Anglais purent entrer à haute marée dans son lit en longeant le rivage. Son embouchure n’a que 3 milles anglais de large, sa profondeur moyenne est de 210 pieds (10 fathom)-, mais il y a des places où il est beaucoup plus profond. En certains endroits le capitaine Tuckey ne trouva pas de fond avec une sonde de 900 pieds, et le capitaine Fitz-Maurice de 960; cependant les Portugais ont beaucoup exagéré la quantité d’eau qu’il porte h la mer.

La saillie méridionale de la presqu'île avec la Sharkpoint, est un sol de formation postérieure, dû à l'alluvion du fleuve et de la mer ; il est couvert de bois de mangroves ( rhizophora ) et de chrysobalancs, qui croissent en fourrés impénétrables dans la région marécageuse antérieure. Derrière les premières broussailles s'élève un bois de haute futaie (2) composé de palmiers , de césalpines et d'autres arbres des tropiques; végétation merveilleuse, arbres aux formes magnifiques et gigantesques, dont l'imagination seule peut donner une idée à l'Européen. L'épaisseur du bois empêchait partout le botaniste de pénétrer plus avant , et il était forcé d’aller dans l'eau pour recueillir les trésors que lui offraient ces rivages. Un grand nombre de ces magnifiques végétaux semblent appartenir h la flora de l'Amérique du sud, mais, en les observant de plus près , on reconnaît qu'ils sont de vrais enfans du sol africain (3). Entre les marais d'eau stagnante se forment une infinité de canaux ou criques, et les bois de mangroves s’étendent de 1 h 1 mille 1/2 avant que s’élève le sol primitif du pays. Le fleuve forme ainsi un grand nombre de petites Iles ; dans les grandes eaux le courant entraîne sans cesse une partie de leurs rivages ; mais les racines sont si fortement entrelacées , tiennent si fortement entre elles , que les arbres arrachés par les eaux descendent le fleuve en groupes épais , et flottent comme des Iles en pleine mer, où souvent les

(1) Tucker, Narrai., pas. 83.

(2) Smith* Journal, p*g. 273.

voyageurs rapportent avoir vu avec étonnement ces lies flottantes de verdure (1). Les bois de haute futaie, il l’ombre immense, s'étendent dans les terres jusqu'au rocher fétiche : enveloppés jusqu’à la cime de lianes , de jasmins , de flagfllaires et d'autres plantes grimpantes , les arbres s'élèvent en pyramides, en cônes de verdure, et présentent h l'oeil le plus magnifique spectacle. Au confluent des dilférens bras du fleuve , dont le plus grand et le plus au nord porte le nom de Maxwell, sont situéesun grand nombre d’Iles, les Iles de Monpanga, couvertes de lalche , de bombax et de forêts de roseaux , et peuplées de hérons et d'oiseaux aquatiques; elles servent h des époques périodiques de stations pour la pèche.

Parmi les plantes du rivage , Smith en reconnut un grand nombre dans le sable de la mer, semblables par leur forme à celles du cap de Bonne-Espérance; il y vit aussi un grand nombre de nymphées, des ményanthes, et d’autres espèces plus rares; des bois de papyrus égyptien (cypcrus papyrus) ondoyaient au vent comme des moissons ; de sorte que , dans ces végétaux et dans les Hyphœnes , la flora de la vallée du Nil se trouvait aussi représentée sur ce point. Plus haut, sur le rivage, s'élevait la grande Adansonic de la Gambie; des arbres à haute tige, épais et ombrageux , couronnaient les deux rives, comme dans les Sundirbund du Gange. Le silence majestueux de ces bois n’était interrompu que par les chants de quelques oiseaux et d'immenses volées de perroquets qui , au lever du soleil , s'élevaient des forêts de la rive septentrionale et gagnaient à tire-d’aile les plantations deinals des bordsdu sud, pour retourner le soir sous le feuillage épais des bois. L'Adansonie ( baobab ) se montrait en grand nombre dans les bois, et partout on apercevait des traces d'antilopes , de tigres-, d'éléphans et d’bipopolames; ces derniers sont en plus grand nombre encore dans le cours supérieur. Le fleuve était couvert ici d'une multitude de canots de pécheurs, de voyageurs et de marchands; mais ses rives, prèsde l’embouchure, ne présentaient aucune trace de la main de l'homme; on voit çh et là quelques huttes fixées sur des pieux, et seulement daus le temps de la pêche du poisson et des huîtres ou daus la saison de la récolte du vin de palmier.

Le Zaïre cesse de présenter une aussi grande largeur à l'endroit ml ses trois bras principaux se réunissent en un canal au premier rétrécissement du fleuve. C’est là qu’est situé le rocher fétiche, semblable à la vue à un groupe de ruines; il s'élève isolé sur un sol plane, et, de ses pics en forme de tour, commande le passage du fleuve. Ici, au pied du rocher, finit la' région pittoresque des bois du Sunderbund du Congo (v. le Gange). La végétation y est si riche qu’une excursion de quelques heures fournit au botaniste le sujet de plusieurs semaines d’études et de recherches.

Le rocher Fétiche forme la frontière naturelle, la pierre limitrophe qui sépare le Delta horizontal et le vaste Aesluarium du Congo, des terres plus élevées qui, de ce point, commencent à monter graduellement ; au delà du rocher apparaissent les premiers champs de mats, les premières plantations de tabac. Le rocher est une énorme masse de granit qui s'élève comme une Ile au milieu d'un sol plane, et se précipite perpendiculairement dans le fleuve. Dans ce granit à gros grains se trouvent intercalées d’énormes rochcsde feldspath, dont quelques-unesont, suivant Smith, plus de 100 et 900 pieds de largeur. Au pied de l’immense rocher le fleuve forme des entonnoirs, des tournons qui, dans les grandes eaux , doivent être très-daugereux ; du moins les nègres en ont-ils une si grande terreur qu'ils n’en approchent jamais. C'est là que les hippopotames ont choisi leur séjour. Du sommet de ce rocher, on aperçoit au loin un grand nombre de rochers semblables , en forme de ruines, par exemple leTaddi Enzaddi, qui s’élèvecomuie une tour à une hauteur de 1 1500 pieds. Quelques adansonies croissent encore sur ces cimes arides et nues. I.cs naturels le regardent comme la demeure du Seembi , du grand esprit qui, suivant leurs croyances superstitieuses, règne en souverain sur le fleuve (1).

A l’est du rocher paraissent les premières habitations; là est d’abord situé I.ombi, premier marché sur le fleuve, village de cent huttes; puis vient Embomma, résidence du Chenou (Tjenou) ou prince héréditaire du pays, il porte le titre de grand Mafouk ( Kings Merc/iant). Dans cet endroit, les rives du Zaïre s'élèvent en collines; c’est ici qu'est la grande limite naturelle entre les terres basses et unies du cours inférieur et

(1) Tuckcy, Narrative, pas. 85.

(1) Tuckcy , Narrai.) p. 380.

BORD OCCIDENTAL , COSGO.

le cours moyen ; le fleuve prend ici une toute autre nature, et pénètre dans le pays monlueux. La contrée monlueuse se (ermine 3 Embomma et de là elle se dessine aux voyageurs (1) dans le lointain à l’est , comme des montagnes bleues qui courent à l'horizon en lignes ondoyantes et présentent deux ou trois chaînes qui s'élèvent l’une au-dessus de l’autre. Le fleuve descend de montagnes aux cimes arrondies; leur pente est douce et graduée au nord , rapide et escarpée au sud , de sorte que les deux rives du fleuve présentent des talus opposés. La végétation perd ici toute sa magnificence ; toutes les cimes des montagnes sont chauves et nues, elles ne portent que quelques groupes isolés d’adansonics ou baobabs, et la végétation ne se montre avec quelque richesse que dans les vallées intérieures.

Kxbomma, quoiqu'un pauvre village composé de 60 huttes et de 300 habitans, est la résidence du pays et le principal marché d’esclaves sur le Zaïre. Le capitaine Tuckry y trouva 7 vaisseaux portugais à l'ancre. Les habitans nègres semblaient très-paciliques et allaient sans armes; les hommes montraient dans leur extérieur la plus grande indolence; les femmes, la lubricité la plus honteuse et l’abrutissement de l’esclavage. Les matelots portugais ou les marchands d’esclaves ont introduit dans ce pays l’usage de l’eau-de-vie et la débauche. La vente des esclaves rst l’occupation principale des habitans, et pendant l’audience fi) que le Chenou leur accorda, il demanda plusieurs fois aux voyageurs : » Les Anglais viennent-ils en marchands ou en ennemis? « — «Ni comme marchands, ni comme ennemis,» répondirent-ils, et ils s'expliquèrent: le roi prit alors une feuille d’arbre et invita le capitaine à la rompre en sincérité de ses paroles. Après cette cérémonie il lui offrit une de ses cinquante femmes pour compagne , ses courtisans suivirent son exemple et donnèrent une de leurs femmes à chacun de ceux qui l’accompagnaient. Ces propositions se faisaient avec les expressions les plus grossières usitées entre les matelots anglais, portugais et français : fruit monstrueux enfanté par la civilisation européenne jusque sur les côtes réculées de celte partie du monde!

Le Zaïre n’a plus ici ît Embomma la majestueuse apparence d’un des grands fleuves de la terre que lui ont donnée les premiers voyageurs.

(1) Smllb, Journal, p. 205. 305.

(2) Tucker, Barrai., pag. 106.

Près de Bouka Embomma, le Zaïre, dit Smith (1), n’est pas plus large que la rivière de Dramm, en Norwége; tous les rapports des voyageurs précédens sont exagérés; ses sources ne doivent pas être plus loin dans les terres que celles du Sénégal et de la Gambie, et il est à croire que l'expédition sera terminée plutôt qu’on ne l'attendait d’abord.

La contrée d'Embomma est peu cultivée et la nature ne l’a pas beaucoup enrichie de ses dons. Elle n’est défrichée qu’en quelques endroits ; il croit sur les bords du fleuve du mais . du manioc ou cassave, mais en peu d'abondance; plus haut, sur le fleuve, on trouve des pisangs , des oranges et d'autres fruits nutritifs qui, excepté la Raphia , manquent complètement dans la région des bois (3). Le pays produit en outre (3) du poivre, des noix et de l’huile de palmier, plusieurs espèces de palmiers qui donnent du vin, comme, par exemple, le Mobae t le Mozambie, deux espèces de cannes h sucre ; mais on n'y trouve pas de cocos, et ce fruit manque sur toute cette rive du Zaïre. Le produit indigène le plus important de la contrée d’Embomma est le coton qui y croit sans culture et en abondance; mais les habitans ne le recollent plus depuis que les négocians de Liverpool qui y faisaient un grand commerce d’esclaves, ne visitent plus ce pays. Quoique couverte d'une riche végétation comme tous les pays voisins des fleuves, cette contrée offre h l'homme peu de moyens d’existence, et la famine n'y est pas rare. Les principales plantes nutritives ont été importées d'Amérique (4) sur les bords du Zaïre par les Portugais, par exemple le blé de l’Inde, on mais, le manioc, ou la cassave, l'igname, les patates, le mil et l'ananas, le capsicum et le tabac. La culture de ces plantes a été répandue par les habitans d'Embomma, dans l'intérieur du pays, le long du fleuve. Les cannes à sucre, les tamarins, les limoniers, les oranger* et les bananiers, sont probablement, d’après les détails luminqux fournis par Browne, les végétaux primitifs et indigènes du pays. Le mois d’aoôt, pendant lequel l'expédition séjourna h Embomma , était l’hiver de ces contrées (5). Le thermomètre s’éle-

(1 ) Smith, Journal, pag. 307, 284.

(2) Ibid., pag. 287.

(3) Tuckry, Barrai. , pag, 119.

(4) Harrow, General obterratlonl In Tuekey Barrai., pag. 360. — R ci b. Brown, observai. Ib. , pag. 480.

(6) luckcy , Barrai. , pag. 119. Sasllb, Jouru., pag. 306.

lai

vait rarement au-dessus'de 70" de Fahrenheit , mais la nuit il descendait jusqu'il GO". Les vents de mer y soufflaient irrégulièrement depuis quatre heures de l'après-midi. Le ciel était toujours couvert de nuages, ce qui empêcha de faire des observations météorologiques importantes. Smith essaya d’observer la température de la terre, mais il trouva le sol aussi dur que de la pierre, et il ne put creuser qu'à trois pieds. Cependant, la température de la terre lui parut être de 80“ Fahr. , par conséquent plus élevée que celle de l’atmosphère en hiver. Dans l’épaisseur des bois , la température tombait ordinairement à 70°, même quand il n’y avait pas de soleil; cet abaissement était probablement produit par les fortes exhalaisons végétales.

3“ Éclaircissement.

Expédition sur le Zaïre, à trarers ta région

des cataractes , depuis Embomma jusqu'à

Soundy N'Sanga.

Les découvertes suivantes, faites dans l’intérieur des terres, sont un résultat beaucoup plus pénible encore de l'expédition sur le Congo ; il ne nous rn reste que des fragmens, mais ils sont de la plus grande importance, et la science doit les conserver avec reconnaissance. Flic chercherait en vain dans les trois derniers siècles des observations aussi précieuses que celles dont l’ont enrichie ces infortunés voyageurs, et peut-être s’écoulera-t-il encore un aussi long espace de temps avant qu'elle en reçoive de semblables!

11 ne fut donné aux voyageurs d'interroger encore l’Afrique sur ses mystères, que du 6 août au 10 septembre, c’est-à-dire un mois à peine, et les notices imparfaites de leur journal ne nous servent que comme un guide , à travers le labyrinthe du cours moyen du Moienzi-Enzaddi.

Au-dessus d’Embomma , l’entrepôt d’esclaves par où les marchands arrivrnl du plateau de l'intérieur b la terrasse des côtes, le fleuve prend tout ’a coup une autre nature; c'est ici qu'il traverse la bordure occidentale du grand plateau del’Afriqueparuneinflnitéderavins,dcdétours, de vallées, placés sur différens niveaux, et qui prennent souvent une très grande largeur. En partant de la mer, on entre ici dans le cours moyen du fleuve qui se caractérise pardes étranglcmens et des cataractes. Nous n’avons pas encore un aperçu général de l'ensemble; tout ce que nous

pouvons faire, c’est de suivre fidèlement les pas des voyageurs, mais il nous faut prendre du cours du fleuve l'idée qu’ils en eurent eux-mêmes, car il a été mal tracé, jusqu'à présent, sur toutes les cartes faites d'après les indications des Portugais. Ceci nous confirme une observation qui peut nous servir de règle pour toutes les cartes anciennes des contrées inconnues de la terre. Les parties dont on avait quelque connaissance ont été étendues d'une manière disproportionnée, de sorte qu’il ne reste qu'un très-petit espace de terre dans l'intérieur, pour les pays situés au delà , et que l'on ne connaît pas. Ainsi, par exemple, ces cartes portugaises prolongent beaucoup trop avant dans les terres l'espace découvert dans cette expédition sur les bords du Zaïre, et qui ne s'étend réellement que du 15“ 80’ jusqu'au 18“ 20’ de longitude E. du méridien de Greenwich.

D’Embomma, le capitaine Tuckey remonta le fleuve dans de petites embarcations. Vis-à-vis la ville est située l'Ue Kouka-Embonuna ; elle est formée de roche schisteuse et présentait aux voyageurs une situation magnifique pour l'établissement d'une colonie anglaise (1). Tuckey mesura, sur le rivage de cette lie, une adansonie dont le tronc avait 42 piedsde pourtour près du sol , et conservait cette dimension colossale jusqu'à 31 pieds de hauteur. De ce point, le Zaïre (3) coule entre de grandes roches schisteuses qui l’encaissent dans des rives escarpées; ces roches resserrent le lit du fleuve souvent pendant un quart de lieue. Les cimes des rochers sont , pour la plupart, arrondies, chauves et nues, et il y croit à peine quelques herbes rares et maigres. Sur les avancemens des montagnes , on voit s'élever quelques groupes isolés d’arbres de l’espèce du palmier, entre lesquels croit toujours une adansonie qui en semble être l'inséparable compagne. Quelques petits villages apparaissent, de loin en loin , à l'embouchure des ruisseaux qui descendent des montagnes. Tous les arbres que l'on rencontre sont remplis de singes ( simia cep/ius). On trouve des champs de mais dans les endroits où le fleuve a laissé un dépôt sur ses bords. Le lit du fleuve a de 4 à 8 brasses de profondeur ; il offre toujours un bon ancrage , mais il est souvent traversé par des rochers qui produisent sous l'eau beaucoup de courans.

(1) Tuckey, San*»!., p*(. 110.

(2) laid , ioj. 129 — SmltS, Jsura., fat 308.

BORD OCCIDENTAL, CONGO

Dans la contrée de Sondie (1), à une distance de 28 milles géog. de la mer (140 milles anglais), le lit du fleure se rétrécit de manière que les bords se touchent presque entre eux; jusqu'à cet étranglement, la marée et le flux de la mer s'élèvent encore de 12 jusqu'à 16 pouces. Sur la rire septentrionale surgissent des roches schisteuses, que lecapilaine Maxrell a appelées Scylla parce que des entonnoirs et des gouffres dangereux troublent ici le cours régulier du fleuve et mettent en péril les barques qui y naviguent. Cet étranglement se prolonge depuis cette Scylla (2), pendant 8 milles géog. (40 milles anglais), jusqu’à Ynga, où le lit du fleuve prend la largeur d'un lac (3). C’est dans cet espace qu’est située la région des Yeltatas , ou cataractes du Congo.

A l’entrée de l’étranglement de Sondie, on voyait aux traces laissées par l’eau sur les roches de schiste micacé qui forment les parois du fleuve, que, dans les grandes eaux, son lit s’élevait 8 à 9 pieds et demi plus haut que le niveau actuel (4).

La navigation devint alors si difficile qn’on fut obligé de laisser à l’entrée les bateaux anglais, et les voyageurs eurent ainsi à surmonter beaucoup plus de fatigues et de dangers. Les rives s’élèvent des deux eûtes en montagnes de 1 ,300 à 1,430 pieds de hauteur absolue et en rochers escarpés ; elles sont parsemées d’immenses fragmens détachés des montagnes. Au lieu du schiste qui se montrait plus bas, les roches de syénite y dominent , et on trouve beaucoup plus de sources que dans le cours inférieur.

Sur la rive méridionale du fleuve, au delà de l’étranglement de Sondie, est situé le village Moki (S), il s’élève sur la pente escarpée d'une montagne , que les voyageurs mirent deux heures ’a monter. C'est , comme Kmborum», la résidence d'un chef montagnard , d’un Chénou qui vit dans la plus complète barbarie. Toute trace de la civilisation européenne avait presque disparu ici. Pendant l’audience qu’il accorda aux etrangers, le chef était assis sur des peaux de lion et de léopard, et c’aurait été pour un de ses sujets un crime de lèse-majesté que de les fouler de ses pieds. Les hommes paraissaient peu nombreux en ce lieu , et pour les habitans de

(1) Harrow, Gen. obscrv-, pas. 330.

(3) Barrow, &en. obs., pag. 340, 341.

1 3 ) Tuckey, Narrit. , pag, 151.

(4) Tuckey , Narrai-, p. 135. SmlIbJouru., p. 300,313. (6) Tuckey, Narrai., p. 135.

ces rares cabanes, le pays au delà des cataractes était une terre complètement inconnue. Au milieu de la place du marché de ce village s'élevait un bananier [ficus religiosa), arbre sacré pour les habitans; c’était le premier que les voyageurs avaient ru encore.

Au sommet de la montagne, le capitaine Tuckey plongea au loin ses regards (1) dans le lit supérieur du fleuve. Les eaux se brisaient à grand bruit contre des rochers et s’engouffraient écumantes dans des tourbillons. Plus haut surgissait l’ Yelialla, montagne conique dont se détachent des rochers qui coupent le cours du fleuve , et , de l'ablme , montait jusqu'au voyageur le sourd bruissement des eaux. Les riverains appellent ce lieu Casan Y e Huila, c’est-à-dire ta femme de l'Yellalla, et jamais, disent-ils, un canot n'a franchi cette ligne formidable. Le naturaliste Smith compare ici le fleuve aux torrens des montagnes de la N'orwége, et surtout au illommen. C'est ici, disent les nègres, la demeure du mauvais esprit, et celui qui l'a vu une fois ne le revoit jamais une seconde.

Le 13 août, huit jours après le départ d’Embomrna, les voyageurs atteignirent la ligne des rochers de la Casan Yelialla (2); elle coupe aux deux tiers le fleuve qui , large en cet endroit de 10 minutes de traversée, y brise ses eaux avec un bruit épouvantable. Sur la rive méridionale les flots trouvent un libre passage , mais la rapidité avec laquelle se précipitent les eaux rend ce bras impraticable. On fut donc forcé de renoncer ici à remonter le fleuve sur des bateaux, et il fallut visiter par terre les cataractes supérieures.

On continua le voyage par terre sur la rive septentrionale. J-e 1 4 août on atteignit près de BanzaCoulou, une petite Yelialla qui suffit cependant pour interrompre la navigation (3). Le bord méridional du fleuve est composé de roche schisteuse; au milieu de son cours est une lie de roche schisteuse qui le sépare en deux bras. L’endroit le plus élevé de l’tlc était à 13 pieds au-dessus du niveau actuel du fleuve qui , dans les graudes eaux, monte 12 pieds plus haut. Le bras septentrional était presque à sec et présentait des rochers de schiste micacé , perpendiculairement stratifiés et traversés par des filons et des veines de feldspath compact et de quartz.

(I) Tuckey, Narrai,, pas. 144. — smllb, Journ., p. 3X5. (3) Tuckey, Narrat., pag. 145.

(3) Tuckey, Narrai., pag. 140.-— SiulUi, Jourci., p. 310.

HAtJTE-AFKlQtE : IV" DIVISION, J 14.

Ces filons et ces veines résistèrent le plus longtemps b la force du fleuve — la même chose se voit b l'étranglement du Rhin, près de Bingen, — et ils sont inclinés sous un angle de 45". Ces cataractes d'Yellalla sont situées , selon Smith , dans la ligne de la plus haute élévation de la chaîne de montagnes, et en sont les plus profondes coupures. Sur sa pente orientale, la montagne est plus déchirée, mais pas si élevée que celle du village de Noki ; les sommets sont partout d'argile durcie. Les cataractes ne répondaient pas du tout b l'attente des voyageurs ; au lieu d'une nouvelle Niagara, ils ne voyaient qu’une rivière qui roulait ses flots comme un ruisseau sur des blocs de rochers et dont la masse d’eau ne s'accordait pas avec lamajesléducours inferieur. Cela fit supposer b. Smith que l’eau se décharge peut-être dans le cours inférieur par un lit souterrain (comme le Rhône), car la quantité des eaux n'est grossie paraucun affluent plus grand qu'un ruisseau. Peut-être , dit Barrow, les redoutables tourbillons et gouffres du rocher Scylla ne sont-ils produits que par des affl uens souterrains. Selon lui, l'Yellalla inférieure a une chute de trente pieds, sur une longueur de 500 yards (aunes); mais dans les basses eaux, au mois d'août , il n'y avait , b proprement dire, pas de cataracte. Une lieue et demie plus haut que ces cataractes , est situé le village Gongola, b la frontière orientale du royaume de Congo.

Les fatigues sans nombre d'un voyage b travers des rangées de montagnes impraticables, forcèrent une partie de l'expédition a retourner, le 10 août, b Banza-Coulou. Le reste continua la marche, par terre, le long des .rochers qui bordent le fleuve, b travers les chaînes de montagnes les plus difficiles, et trouva le Zaïre, trois milles géog. au-dessus des Yellallas , près de N’ luga, n'ayant pas même 10 minutes de traversée. Ici le fleuve quitte tout b coup sa direction vers le nord et coule subitement au sud-est. L'angle formé par le fleuve présentait une grande largeur semblable b une baie. A cet endroit , 33 milles géog. au-dessus de Sondie, ou 53 milles géog. (300 milles anglais) au-dessus de son embouchure dans la mer, le Zaïre prend un aspect majestueux et ressemble b la Tamise. C’est ib qu'est situé N’ Inga , premier village des tribus de l’intérieur, b qui leurs voisins ont donné le nom de Bushmen. Rien ne semblait plus ici s'opposer b la navigation du fleuve, mais on ne voyait nulle part de canots , et jusqu’alors les arbres étaient si rares sur les bords, qu'on n’au-

rait pu trouver assez de bois de construction pour faire une seule barque.

Les montagnes latérales de la vallée du fleuve s'élevaient en parois escarpées, et plus souvent en rochers uus; leurs sommets offraient toujours des plateaux unisdont la surface était couverte de terre végétale et portait les rares banzas ou villages qu'on voit dans ces lieux. Sur la rive s'étendent des roches de schiste micacé; puis viennent des collines composées de masses détachées, de silice et de quartz; au-dessus se présentent des couches d’argile ferrugineuse, et plus haut des roches d'argile jaune et de syénite. Dans la vallée on aperçoit les traces d'un second lit, qui semble avoir été l'ancien lit, lorsque l'Yellalla était encore une chute d’eau plusélevée (1). Les parois de la montagne étaient, la nuit, éclairées par les feux que les chasseurs allument pour éloigner les bêtes féroces. Quoiqu’on se troiiTdtt dans la saison des pluies, les voyageurs manquaient souvent d’eau potable; très- rarement ils trouvaient du vin de palmier, et cette liqueur alors ranimait un peu leurs forces épuisées. On ne voyait ni moutons, ni chèvres, seulement quelques buffles. Le fleuve contenait trèspeu de poissons et de coquillages. Les rives étaient couvertes de végétaux magnifiques et toujours verts , mais on n'y trouvait aucuns fruits , aucunes plantes nutritives. 11 n'y avait d'autres arbres que le cotonnier sauvage (bombai) et l'adansonie, et leur bois était si spongieux qu'il ne pouvait presque servir b aucun usage. Les montagnes présentaient des traces de minerai de fer et de cuivre.

Les voyageurs furent forcés de stationner du 17 au 33 août, les uns étaient entièrement épuisés cl se voyaient forcés de retourner, les autres manquait de vivres et de moyens de transport , avaient besoin de quelque repos. Les habilans de N' lnga (3) n’avaient pas encore vu de blancs; on ne voyait rien d'européen chez eux, si ce n’est quelques lambeaux de vêtemens étrangers. Ils parlaient un dialecte delà langue d’Embomma, et le Chcnou de ce lieu était vassal du Benzy JY' Congo , le roi du pays , qui doit résider b 10 jours de marche au nord-est. On ne trouvait plus ici de marchands d'esclaves qui auraient pu donner quelques renseignemens sur l’intérieur. Les habitons n’allaient pas chercher euxmèinesdcs esclaves, mais ils les recevaient, selon

il ) Tueker, narrai., pas. t54.

(2) îuckor, narrai., paf. 105.

BORD OCCIDENTAL, CONGO

leur propre rapport, de» Bushmen qui rirent dans l'intérieur, sans gouvernement et sans rilles. Toutes les relations s'accordaient sur ce point, que le pays est plus difficile à trarcrser au sud qu'au nord , où il n'y a plus de missions portugaises. Le capitaine Tuckey se mit donc en marche au nord le 31 août (1). Il passa dcrant deux rilles , entre des plantations de manioc, où il rit un troupeau d'une riugtaine de chèTres, rentable merreille dans ces contrées. 11 passa derant une montagne en cône, composée de schiste micacé, appelée Sansa Badungen Mongo. Près du village Mavounda Boaya, l'expédition atteignit de noureaula rire du Zaïre, dans un endroit où il est encore encaissé dans des rochers, mais au milieu il présente une surface libre et narigable de 4000 b 6000 pieds de largeur, et promène paisiblement ses eaux. Le chef du lieu, le Macaya , reçut les étrangers arec hospitalité, leur offrit du rin de palmier et leur fournit des renseignemens très-importans pour leur royage. A 4 ou S milles géog. au-dessus des Yellallas, le Heure est de noureau narigable. et dans ta Banza ou Tillage Latounda, ils pourront acheter des canots. Il leur assura : qu'après dix jours de navigation , en canot, on arrive à une grande ite de sable qui forme deux bras, /'un se dirigeant au nord-ouest , l’autre au nord-est. Vans le dernier se trouve encore une Yellalta, mais on peut ta franchir facilement. 30 jours audessus de file de sable, le fleure sort d’un grand lac, ou marais, en une infinité de petits bras. Tel est le renseignement le plus important qu’ils obtinrent sur les sources du Zaïre, et après un tel document , il n'est plus permis de penser que ce Heure puisse s’unir au grand Niger.

U n esclave nègre, mené dans ce lieu pour y être rendu, rapporta qu'il était venu en vingt-cinq jours de Ben sa patrie , grand pays situé sur les rires du Zaïre supérieur; il aurait fait le voyage tantôt par terre tantôt par eau et avait fait halte bien des fois. Les marchands d’esclaves qui passaient par le pays, refusèrent comme partout ailleurs où on les interroge sur ce sujet (3) , de donner aucu ns renseiguemens sur le fleure, parce qu’ils désirent que les Européens ne pénètrent pas plus avant dans les terres.

On s'arrêta b N'inga afin de se procurer les

(1) rocker, Narrai., pug. 178. - smlih, Journ., p. 334. (*} Tuckcr, Narrai., pas. 183.

moyens de continuer le voyage et surtout des provisions et des canots ; car les renseignemens qu'on avait obtenus et la nouveauté du pays demandaient de nouveaux sacrifices et de nouveaux efforts. N’inga est le dernier entrepôt (1) pour les marchandises européennes que les Portugais exportent b Embomma; les marchandsd'esclaves, lorsqu’ils ont terminé leurs affaires arec les Européens b Embomma que l’on peut considérer comme le centre de ce commerce d’hommes, les transportent de cette ville dans l’intérieur. On trouve encore b N'inga du fer travaillé, des étoffes de coton anglaises et de l’eau-de-viedu Brésil.

Un bananier ( ficus religiosa) (3) s’élève sur la place du marché deN’Inga et sur celle de fous les villages que l’on rencontre plus loin ; son feuillage est aussi sacré chez ces peuples que dans les Indes orientales chez les Brahmines et les anciens Bouddhistes; c'est sous son ombre que se tiennent les assemblées, que se décident lesaffaires publiques (3). Les voyageurs anglais ayant frappé avec leurs baïonnettes l'arbre dont ils ne connaissaient pas le caractère sacré, le peuple poussa aussitôt de grands cris. Nous ne pouvons nous empêcher de remarquer que, dans cette partie de l'Afrique comme sur les bords du Gange supérieur , les lieux situés sur les bonis des torrens s’appellent Gonga, ou Ganga, Bamba- Yonga, Condo-yunga, etc. Chaque village a un grand Kissey ou Dieu protecteurappelé Mevonga et qu'on représente sous la forme humaine. Chaque huttea ses pénates, mâles ou femelles, qu’on invoque dans toutes les circonstances.

Près de N'inga , le Zaïre coulant entre des rochers a encore trois chutes d’eau rapprochées l’une de l'autre ; la plus élevée (4) est Songa Yellalta , Sanga/la selon Smith. Une excursion qu'on fit jusque-lb montra que le Heure a encore un passage libre de 80 yards (aunes) entre des bancs de schiste, b travers lequel il précipite avec la plus grande impétuosité ses eaux bruissantes en formant un grand nombre de tourbillons qui embarrassent la moitié du canal. Au-dessus de cette chute, le fieuvedevient très-large ; il roule ses eaux arec calme et majesté et est couvert d’tles. Autour sont des bois épais, séjour de buffles et d'antilopes de plusieurs espèces. Le pays montagneux qui longe les deux bords du

(1) Tuckey, Nuirut., pus. 17t.

(2) Tuckey, Surrut., pus. 181.

(3) Burrovr, cen. observ , pus. 300.

(4) Tuckey, Surrut., pus 183. Soiltk, Joum. ,puj. 33.5.

HAUTE-AValQUE : IV* DIVIS103, $ 14.

fleuve est complètement impraticable, et Tucke y se convainquit ici de l'impossibilité de poursuivre plus loin , par terre (1) , le long des rives du fleure , et à cause de la difficulté du voyage et parce qu'il manquait de toute espèce de provisions.

Il lui fut impossible, malgré tous ses efforts, de se procurer des canots ; il n'y en avait en tout qu'un ou deux sur le fleure qui servaient à le traverser les jours de marché. Le capitaine Tuckey se vit ainsi forcé de renvoyer une partie de ses compagnons déjà très-malades de leurs fatigues et , choisissant les plus robustes , il essaya de pénétrer jusqu'à Bamba Yunzy où, suivant toutes les relations, la navigation n’était plus embarrassée par des Ycllallas.

Le voyage par terre, à partir de N'Inga, du 1" au 10 septembre, est le dernier effort de ces audacieux voyageurs ; tous y succombèrent , et nous n’avons plus que des indications sur cette partie du cours du fleuve.

A l'endroit où le Zaïre s'élargit comme un lac, la crue du fiçuve se montra sensible pour la première fois , le 1er septembre à la fin de la saison des pluies. La richesse de la végétation offrit au botaniste de plus abondantes moissons qu'auparavant ; des essaims d'abeilles bourdonnaient autour des fleurs épanouies ; mais la nuit, des fourmis sans nombre ne laissaient aucun repos aux voyageurs. On marchait dans des ravins formés par les eaux des pluies et la route était fatigante et dangereuse ; dès le troisième jour plusieurs tombèrent malades et furent forcés de s'arrêter. Sur le sommet de la Bamba Yanga , ils rencontrèrent une caravane de marchands d'esclaves qui se rendaient de l'intérieur à Embomma ; elle était composée de 30 hommes dont 6 avaient des mousquets ; tous les auires étaient chargés de cassave et de noix , graund nuis. Ils donnèrent par compassion une partie de leurs provisions aux Européens affamés. Le troisième jour , à midi , à la sortie d ’lnda les Anglais atteignirent la Sangalta ou cataracte supérieure, entièrement semblable aux précédentes. Au-dessous d’Inda le Zaïre reprend bientôt une direction septentrionale (2). Au-dessus de cette sangalla supérieure à l'endroit où le fleuve reçoit un affluent ou crique appelé Condo Yonga , il tourne de nouveau au sud-est et forme , suivant Tuckey, un grand coude; il nous

(1) Tuckey, narrai., psg. 190.

{ 2 ) tuckey, Narrai., pas- tôt, 203.

est impossible de ne pas reconnaître ici le cours en xigzag que le Zaïre est forcé de prendre pour traverser le bord occidental du plateau de la Haute-Afrique. A partir du Condo Yanga , le Zaïre, dit Smith, prend l'aspect d’un lac Scandinave (1); les rives sont moins rocheuses et plus basses, mais la contrée est toujours nue et sans arbres comme auparavant; le fleuve est enfermé dans des roches schisteuses. L'expédition trouva enfin deux canots pour remonter le fleuve.

ün reconnut que le Condo Yanga était le vrai point de départ (S) d’où une expédition devrait poursuivre ses recherches sur le Zaïre. On trouve sur ses bords le bois nécessaire pour construire des bateaux et une position favorable pour y asseoir un camp. Ici , suivant l'observation de Smith , le sol s'étend en couches horizontales. Là commence un autre pays plus propre à la culture , mieux peuplé qu'auparavant et arrosé par un fleuve navigable.

Sur les rives s’élevaient des collines doucement inclinées; on trouva là pour la première fois de la roche calcaire dont les habitans faisaient de la chaux; un grand nombre de villages étaient situés sur la pente des collines et on n’apercevait plus, dans le lointain, des montagnes d’une grande hauteur; cependant au nord et au nord-est le pays était plus montueux et s’élevait toujours de plus en plus au sud et au sud-est. Le quatrième jour du départ d'inga on traversa une ville composée d'une longue rangée d’habitations situées le long du Heure. Les habitans distingués portaient encore des vêtement de tissus européens. Tuckey trouva les femmes aussi laides que celles de la Nouvelle-Hollande. Les voyageurs virent beaucoup de chiens (paria dngs) et le fleuve était rempli de poissons d'espèces entièrement inconnues. Les cham|>s étaient ensemencés de maïs et ils donnaient deux moissons par an. Enfin , le 6 septembre , on parvint à se procurer deux canots , mais chacun ne pouvait porter que huit hommes, l'nc partie de l'expédition fut donc forcée de voyager à pied malgré que tous fussent accablés de fatigue. Le fleuve (3) était rempli d’alligators (de crocodiles de l’espèce de ceux du Nil selon Barrow (4)) qui souvent s’élançaient après les femmes lorsqu'elles venaient puiser de l’eau. Les

(1) Smltb, Journ., pag. 331.

(2) Tuckey, ffarrat., pag. 205. Smith, Journ., pag. 331.

(3) Tuckey, Narra*., pag. 210.

(4) Harrow, Gêner, obserr , pag. 359.

BORD OCCIDENTAL, CONGO

hippopotames y étaient en si grand nombre que tes voyageurs en aperçurent 10b la fois au même endroit ; ils déchargèrent sur eux leurs armes à feu, mais les balles glissèrent sur leur peau.

Le Zaïre, large et calme comme un lac, présentait un aspect majestueux ; le soir on jeta l’ancre dans la magnifique baie de Covinda; mais un ne voyait pas encore sur le rivage des forêts d’arbres à haute tige. La pluie qui tomba pendant la nuit éleva de trois pouces le niveau du Zaïre. Le 7 septembre, les voyageurs doublèrent une Ile charmante, située au milieu du fleuve et bordéede rochers pittoresques de marbre cryslallin ; entre ces groupes de rochers on apercevait des vallées couvertes de riches pâturages, l'n canot sombra contre un écueil , et avec lui furent engloutis toutes les marchandises, les ustensiles, les armes et beaucoup d’autres objets de première nécessité pour continuer le voyage. U était impossible de se procurer de nouveaux canots.

On fut forcé de nouveau de continuer le voyage en partie par terre; on prit la route de Masoundy sur la rive gauche et pour cela il fallut passer le fleuve. Ce bord méridional di^Zalre est une contrée agréable , le sol y est beaucoup plus fertile que jusqu’alors; mais cependant le pays porte toujours en général le caractère d'un désert et on n’y trouve toujours pas d'arbres; on ne voit ici d'habitations que dans les interstices des montagnes. Le Zaïre a en cet endroit un mille géog. de largeur, 4 b 3 milles anglais ; mais les nègres ne connaissentpas encore pour leurs canots l’usage des voiles.

En marchant sur la rire méridionale du fleuve, on rencontra d'excellentes sources sur un terrain calcaire ; le sol était fertile , couvert de plusieurs villages dont les maisons étaient plus grandes que sur le cours inférieur du fleuve. Mais on manquait toujours des choses les plus nécessaires à la vie; on ne pouvait obtenir aucun secours des naturels qui ne sont habitués b aucun travail, et b Sundu Fi'Sanga (I) les guides refusèrent tout service. Les voyageurs désespérés montèrent sur une éminence d'où on découvrait le cours du fleuve pendant b peu près une lieue au S. E. Aucun obstacle ne semblait plus s'opposer b la navigation et on manquait de tout pour l'entreprendre ! On dressa la tente et ce fut, hélas! la dernière fois. Le 10 septem-

bre, les voyageurs épuisés de fatigues et d’efforts , malades de la fièvre , manquant de tout , furent forcés de retourner promptement sur leurs pas. Très-peu atteignirent l’endroit où stationnait le Congo , b l’entrée de l’étranglement du fleuve. La fièvre régnait en ce lieu, elle était produite par les exhalaisons des marais du Zaïre inférieur qu’apportaient les vents d'ouest. A peine survécut-il quelques témoins oculaires pour raconter la mort des infortunés et courageux voyageurs (1). Comme il ne restait presque plus de blancs, on Oit obligé de louer 13 noirs pour monter le vaisseau de transport et descendre le fleuve. L’équipage du vaisseau qu'on avait laissé en arrière b l'embouchure du fleuve, se trouvant dans une toute autre température, au milieu de la région des liois où l'air est continuellement rafraîchi par les vents de mer, était resté dans un état sanitaire parfait : vivant au milieu de la plus grande abondance de fruits, de vin de palmier et de volaille, il put du moins recevoir et soulager ses infortunés compagnons.

Cependant le niveau des eaux du Zaïre s'était considérablement élevé. Le premier septembre il était déjb monté de quelques pouces au-dessus d Jnga. le 17 il était monté de 7 pieds b son embouchure dans les bois de Mangroves , sans que la vitesse de son cours fut pour cela augmentée. I/élévation la plus grande de scs eaux est de K b 9 pieds, et jamais elle ne dépasse 11 b 12 pieds (2). Comme tous les fleuves des tropiques , il a son époque de crue et de décroissance, maia\aquantilé de sa crue est très-faible comparée b celle de tous les grands fleuves. Le capitaine explique cet accroissement faible et progressif du Zaïre en supposant qu'il est alimenté par les eaux d'un grand lac ou d'une suite de lacs situés bien loin au nord de Fcquateur. Le fait principal est probablement exact; maisla seconde proposition » situés bien loin au nord de l’équateur » que Barrow essaie d’expliquer (3), nous parait trop hypothétique encore et elle ne peut être confirmée que par de nouvelles découvertes faites sur les lieux. Barrow voit dans cette proposition la preuve de l'union du Zaïre avec le Niger par le lac Wangara , mais on peut répondre b cette hypothèse : pourquoi le Zaïre n’aurait-il pas aussi scs propres lacs générateurs qui s’emplissent et se dé-

(1) Tiitker, Narrai., pas. 811.

(1) Tuckejr, Narrai., pas. 1Ï24 .

(8) Tuckey, Narr., pas. *34.

(3) Barrow, Sen. obi., Pag. 343 349.

chargent suivant les mêmes lois? pourquoi un fleuve «le décharge qui sortirait du lac Wangara presqu'égal en étendue à la mer Caspienne , serail-il ici si peu important et si faible? pourquoi ne donnerait-on pas au Zaïre un cours moins étendu qui s’accorde avec toutes les relations et suppositions probables?

Si l'on veut poursuivre les recherches sur le Zaïre, l'expédition du capitaine Tuckey montrera qu'on n'atteindra jamais le but en partant de la 111er pour remonter le fleuve. Harrow proposa de prendre au cap Vert des bêtes de somme, des ânes et des mulets , et de transporter par terre toutes les rhoses nécessaires au voyage jusqu'au Condo Yanga(l). Là , on achèterait ou on construirait unedemi-.louzaine de canots que les charpentiers changeraient au besoin en trois doubles barques. On poursuivrait le voyage partie par eau, partie par terre , à l’aide des bêtes de somme, et on éviterait ainsi les fatigues qui ont été la cause du malheur de cette expédition.

3” Éclaircissement.

Royaume et peuple du Congo.

Quoique les relations que nous possédons sur les habitant du Congo soient restées incomplètes, elles sont cependant d’une grande importance pour l'histoire des peuples africains. Le royaume de Congo n’est pas encore déterminé dans son étendue; il est borné au nord par Loango, au sud par Angola : selon Tuckey (i) , il traverse les terres le long de la côte, au-dessous de Malomba , et s’étend jusqu’à Han /.a N’Inga; mais son étendue au sud, nous est demeurée inconnue, l.’espace qu'il occupe dans les terres varie suivant l’issue des guerres avec les tribus voisines. Ce grand royaume est divisé en un certain nombre de petits états ou Chcnous/dps; ces états sont donnés comme en fief par un chef commun qui doit résider dans les terres, mais qui ne semble pas très-connu. Ce souverain s'appelle Lindy ou lllindy A 'Congo, et il réside probablement à llanza Congo, 6 jours de marche au sud du Zaïre inférieur. Là , dit-on , les soldats vivent avec des femmes blanches, et il y a une mission portugaise , sans doute Saint-Salvador, selon l’opinion de Bar-

(1) Harrow, Gen. oba., pag. 340.

(2) Tuckey, Narrai. , psg. 180.

row (1). Si l’on en croit les traditions des habitons (éj qui n'ont ni annales ni histoire, le Congo frit autrefois un puissant empire qui obéissait aux lois d'un seul chef : le souverain à sa mort partagea son royaume entre ses trois fils. L’alné eut la partie supérieure du pays, située sur les deux rives du Zaïre jusqu'à Sangalla. ht second eut en partage la rive gauche B/andy If 'Congo, l’autre la rive droite, Banzcy N'Yonga. Tuckey appelle ces deux états deux vice-royautés ; celui qui est situé sur la rive gauche et par conséquent au sud est gouverné par le If'Sandy If 'Congo, l’autre situé sur la rive droite, au nord, par le If'Coucouta Congo : ces deux chefs résident tous deux dans l’intérieur du pays.

Les chefs de ces petits états , Chenou (Tjinou selon Smith), portent à tort le litre de rois; ce ne sont que de petits rois, reguli, des caciques, car le capitaine Tuckey traversa dans son expédition les états de six de ces princes. Leurs fiefs sont héréditaires et se transmettent par les femmes. A la mortd’unChenou, ce n’est pas son fils mais ses frères ou son oncle maternel qui lui succèdent. Son premier agent de commerce ou ministre s’appelle Mbo/oui, c’est-à-diremarcband du roi, le roi lui-même prend le titre de grandmafouk. Les gouverneurs ou employés portent le litre de mambe/la . mambom macaya, etc. Leurs résidences sont très-petites; Emhomma, par exemple, n’a que 60 huttes et U00 habitons, Loulou (foo/oo) 100 huttes et S à 600 habitai». Inga 70 huttes et 300 habitans. Le Chenou d’hinbomma possède 1000 mousquets (3). Voici comment ce peuple fait la guerre. On incendie pendant la nuit les habitations de l’ennemi , on décapite les prisonniers et on brûle leurs corps; avant les hostilités, les femmes sont envoyées dans l’intérieur des terres; tous les hommes sont forcés de prendre les armes et ils marchent sous la conduite du frère du roi qui porte le titre de Macaya.

Le plus oriental de ces vassaux du Congo était le Chenou d’Inga. Au delà de sa province, se trouvent les Buschmans, peuple que Balte), Lopez et d’autres Portugais citèrent avec horreur sous le nom deOiaggas ou Schagga, comme cannibales et mangeurs d’hommes. Tuckey, dans son expédition ne trouva aucune trace de leur barbarie. Ils ressemblent par leur caractère

(1) Barrow, Gen. obs , psg. 380.

(3) Tuckey, Sara!., psg. 106.

(3J Tuckey, Narrai , pag. 225.

BORD OCCIDENTAL, CONGO

aux autres peuples nègres et sont généralement lions et hospitaliers.

Les habitans du Congo sont assurément , dit Tuckey, un (Toupie mélangé; ils n'ont pas de physionomie nationale ; un grand nombre d’entre eux ont les traits des habitans du sud de l'Europe et descendent probablement des Portugais. Cependant il V a peu de mulâtres parmi eux ; mais ils sont moins noirs que les autres nègres, leurs formes sont moins rigoureuses, moins accusées ; ils sont de moyenne stature. On trouve eucore chez eux des missions portugaises; à Noki. par exemple, situé dans les terres prés de ïellallas, les nègres ont gardé la croix , mais ils mêlent indignement ce signe sacré au culte des fétiches et. forment ainsi un monstrueux assemblage d'idolâtrie et de christianisme. du nord du fleuve (1) on ne trouve plus de missions portugaises, mais il y en a encore au sud. Presque tous les nègres qui visitèrent les Anglais sur leur bord au-dessus d'Einbomma, se disaient chrétiens ; ils portaient une croix suspendue au cou, savaient faire le signe de la croix et étaient couverts de reliques; leur savoir allait mime jusqu’à lire les litanies et à écrire leur nom et celui de Saint-Antoine. Un d'eux qui se disait prêtre avait une femme et cinq concubines. Tels sont les avantages que ce peuplemalbeureux, corrompu par les marchands d'esclaves européens et par de grossiers matelots, abusé par les missionnaires, a retirés d’un commerce de trois siècles avec les nations civilisées. Que n’auraient pas fait dans un tel espace de temps, pour ces peuples si bien disposés et si bons, des hommes qui auraient vraiment compris la mission civilisatrice? Les habitans de ce grand marché d’rsclaves avaient pris dans les manières la courtoisie portugaise; mais leur extérieur seul était cultivé; ils étaient tous adonnés au vagabondage et à l’ivrognerie, tous plongés dans la crapule et la débauche ; sur les cAles du nord, au contraire, où étaient situés les comptoirs français , régnaient du moins quclqu'ordre et quelque moralité. La contrée située sur le Zaïre inferieur n'oHrit jamais aux Anglais une image consolante sur laquelle ils pussent reposer leurs yeux avec joie.

Le commerce des esclaves apporte avec lui les semences de la plus hideuse corruption. Les plus grands obstacles qui s'opposent à la civilisation de l'Afrique, dit Tuckey, c’est la

(IjTueXer, P»;-

difficulté de communication qui résulte de la nature du sol et de la rareté de grands cours d’eau dans ce pays (1). La suppression du commerce d'esclaves , quoique ne changeant en rien l’état de l'esclavage domestique, aurait du moins pour résultat de rendre les communications plus sûres à l’intérieur et de préserver les étrangers et les voyageurs du danger d'ètre enlevés dans la route. C’est là la cause qui s'oppose encore à tout rapprochement des nations et qui produit les guerres continuelles dont ce pays est désolé, car elles ne sont entreprises que pour faire des prisonniers et par conséquent des esclaves; de là vient encore que les habitans d'un village sont inconnus aux habitans du village voisin et qu’ils ne peuvent s'unir entre eux. Les habitans du Congo ne connaissent pas même les routrs qui conduisent chez leurs voisins. Us ne pouvaient donner aucune indication géographique; toutes leurs communications se réduisent à des messagers qui vont d’une banza à une autre.

Presque tous les esclaves que l’on vend sont enlevés sur les routes ou pris à la guerre ; quelquefois , mais rarement, ce sont des criminels dont le châtiment est d'ètre vendu; on ne trafique jamais des esclaves domestiques (3). Le commerce d'esclaves n'est plus très-actif sur le Zaïre; les deux plus grands marchés sur la rûte occidentale de l’Afriquesont aujourd'hui le golfe de Guinée au nord du Zaïre, et Loango et Benguela au sud. A l'arrivée de Tuckey, tous les Mafouks étaient très-disposés à faire le trafic d'esclaves. Les grands désiraient tous qu’il fût maintenu, parce qu'il est pour eux la source de leurs plus grands revenus, mais le peuple souhaite ardemment de le voir aboli. Jusqu’à présent on a peu fait encore pour l’abolition de l'esclavage par la suppression du commerce d’esclaves; on ne peut prévoiries résultats immédiats et prochains d'une telle mesure sur l’etat des nègres , car un usage qui a déjà duré trois siècles, peut se prolonger encore. Quoique la suppression du commerce d’esclaves faciliterait puissamment la marche de la civilisation, ce n’est pas cependant le seul moyen d’apporter scs bienfaits aux nations africaines; cela ne peut se faire, selon Tuckey, que par un bon système de colonisation, et il cite pour exemple la colonie du Cap. Le Zaïre et surtout l’ile située au-dessus

(l)Tuekej, Ssrrat., p. 100. Rsrru w.Cvn. obs., pig. 307. (3) Tuckcr, Rimt., p*j, 163.

d'Embomma offrirait un point favorable pour fonder une colonie destinée à répandre au loin la civilisation et se* bienfaits. Embomma est , il est vrai , le principal marché d'esclaves pour les Européens sur le Zaïre , mais, en elle-même, cette résidence est peu importante. l,es maisons ne sout que des huttes de gazon, les chefs seuls ont des habitations fixes, couvertes de feuilles de palmier et renfermant une espèce de cour. Les habitans en général sont pauvres, presque nus, et savent h peine cultiver la terre; ils n'ont que de mauvais instrument et manquent des choses les plus nécessaires h la vie.

Les habitans du Congo ont le caractère commun h tous les nègres : ils sont naïfs et bons ; cependant ils semblent appartenir aux races nègres les moins favorisées, et leurs dispositions naturelles ont encore été perverties par les Européens. Ils sont d'une indolence, d'une paresse extrêmes : les nombreuses missions catholiques qui, au 16' et au 17“ siècles, vinrent d'Espagne, du Portugal et de l'Italie dans le sud de l’Afrique et dans le Congo, ont été complètement stériles pour le bonheur et la civilisation de ces peuples.

Cependant les traits généraux du caractère de ce peuple sont : la loyauté, l’hospitalité et un vif sentiment de compassion pour les souffrances humaines; ils ont eu l'occasion de donner des preuves de cette précieuse qualité h la fin malheureuse de l'expédition de Tuckey.

Le fétichisme est encore un des traits caractéristiques de cette nation comme de tous les peuples nègres. Chaque Congo a un fétiche qui lui est propre, quelques-uns ont jusqu'à une douzaine de ces dieux protecteurs et tous portent le nom portugais Feitiço. Ce fétiche a une puissance sans bornes; il protège contre le tonnerre, contre les bêtes féroces, contre le poison. Aussitôt qu'il devient impuissant, on le jette de côté avec mépris. Semblable au Taboo des habitans des lies du Sud, il peut rendre tout autre objet fétiche ou sacré. A l’aide du fétiche on découvre facilement le voleur , car sa puissance s'étend surtout. C'est le moyen le plus facile dont se servent les prêtres pour abuser le peuple. Outre ces dieux privés il y a de grands fétiches, comme par exemple le rocher fétiche, génie protecteur du fleuve. Nuus avons parlé plus haut des figures fétiches faites de bois ou de pierres, telles que Tuckey en vit dans la salle d'audience d'Einbomma(l)et qui lui rappelèrent

(1, Tuckey, narrai., cas. 106 cl 380. où ion! lea destina.

les antiques figures étrusques au. nez aquilin ; à l'étranglement de Sundi où habitent beaucoup de pêcheurs, on trouve plusieurs figures faites de sable ou de cendre délrempés*et puis durcis au feu, sculptures informes dues à l'art des prêtres de Noki et vénérées comme fétiches. Le lieutenant llawkey les a reproduites dans ses dessins.

Les Congosontun pressentiment obscurd’une vie future après la mort ; ils ont aussi l'idée d'un bon génie : Zamba M'Poanga (1) et d'un mauvais esprit : Caddi M'Pimba ; mais ils craignent beaucoup plus leurs fétiches qui sont plus près d'eux.

Ils montrent la plus grande vénération pour les morts; ils poussent des lamentations de douleur, enveloppent le cadavre dans des bandes de différentes étoffes, le laissent ainsi dessécher, puis ils l’enterrent dans une fosse profonde; ils y plantent des arbres , des arbrisseaux et des fleurs, et l'entourent de fétiches.

Mous ne savons que très-peu de chose des habitans orientaux du Congo, les Buschmans (3) si maudits jusque-là par les voyageurs, race tout 'a fait différente de ceux du Cap; cependant nous en savons assez pour voir la fausseté de tout ce qu'on a dit d'eux. Le pays est plus peuplé chez eux que sur la côte; toutefois ce peuple est toujours peu nombreux en comparaison de l’espace qu’il occupe, et il ne cultive que la centième partie des terres. Le froment et les légumes de l'Europe ne viennent que sur les hauteurs. Le bord du fleuve est habité par un grand nombre de pêcheurs qui y ont élevé des huttes ou banzas. Le plus grand de ces villages banza cou/ou ( couloo ) n'avait pas plus de 300 habitans et encore les deux tiers se composaient des femmes et des enfans. Les femmes allaient presque nues, elles n'étaient vêtues que d’une espèce de tablier attaché aux hanches. Les hommes portaient des nattesdejonc pour vêtemens. Ils montraient la plus grande curiosité à la vuedes blancs qui leur étaient inconnus et ils les appelaient Moudele. Ils ne montraient aucune crainte en leur présence et leur présentaient la main avec confiance. Ils vendcntles femmes, maisils ne les offrent pas aux étrangers pour en jouir comme le font les habitans d'Embomma. Ils se peignent le corps avec de la couleur d’ocre et se font sur la peau de profondes incisions ; comme tous les

(1) Tuckey, barrit., P. 214.

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