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De la côte et des nègres qui l'habitent ; les h antis

En résumant, après cette énumération, le peu de renseignemens que nous possédons sur le pays des côtes et ses habitans, nous obtiendrons à peu près l’aperçu suivant :

1. La côte d’ApoIlonia, qui est la partie la plus septentrionale de la Côte-d’Or, a le désavantage d’être peu abordable, et c’est pour cela qu’elle est presqu’inconnue aux Européens. Les Anglais seuls sont parvenus à s'y établir; les renseignemens qu'on a recueillis des naturels, se rapportent aux temps du règne de leur roi Amoni , qui s'opposa aux premiers essais de colonisation des Hollandais. Ce prince passa arec ses armées l'Ancobra qui forme la limite de ses états; mais ayant été défait, il appela les Anglais à son secours et favorisa ensuite la construction de leur fort et l'etablissement de leur commerce. Nous avons vu plus haut en quoi consiste le commerce des Anglais sur celte côte. Jusqu'ici nous n'avons encore pu obtenir aucune lumière sur l'origine des Apolloniens; c’est à Meredith que nous sommes redevables de l'histoire du brave et courageux Amoni.

Nous avons vu ailleurs que la côte d'Ahanla, plus accessible que celle d'ApoIlonia, est habitée par un peuple de nègres paisible et agricole. A Chamah (2) situé sur le Bousempra (Boosempra), commence la contrée plaine et unie, habitée par les nègres turbulens de la côte, peuplades qui ne s’occupent presque pas d'agriculture et ne vivent que du commerce de la pèche et de la navigation.

(1) Bowdich, pag. 226.

(2) leredith, pag. 77.

BAOTE-AFilQCE ! IV* DIVISION, $ 18.

8. La côte des nègres Fantis ( Fartlee ), commence b l’E. du fleuve Bouscmpra, le plus considérable de toute la Côte-d'Or; c’est là du moins qu’on aperçoit les premières traces de leur influence sur les peuplades environnantes , quoique leur domination politique soit plus restreinte et ne commence qu’à l’E. du cap Coast-Coasle. Les Fantis, connus par leur dernière guerre contre les Ashanlis, sont la race nègre la plus remarquable, et s'il faut en croire Meredilh, la plus abjecte et la plus dépravée de cette contrée. Ils se permettent en effet toutes sortes de supercheries contre les blancs, mais en agissant ainsi ils ne font qu’exercer un droit de représailles.

Les Fantis étaient autrefois un peuple indigène, gouverné par le roi des Ashantis. S'étant révoltés contre leur souverain, ils émigrèrent sur la côte et se choisirent un chef particulier; ce chef est obligé de se faire couper le bras gauche en signe de soumission envers son peuple, mais en échange de ce sacrifice, il est investi d'un pouvoir absolu, et sa famille reçoit des titres de haute noblesse et le rang de Bra/Jne ; les BrafFoe ont seuls le droit d’habiter Abrah la capitale, et dominent avec leurs esclaves sur tous les environs de celte ville. La langue (1) des Fantis est comprise sur toute la Côte-d’Or, depuis Apollonia jusqu'à Accrah et jusque dans le pays des Ashantis; celle de ces derniers n’en diffère même que très-peu. Meredilh considère cette grande extensiou de la langue des Fantis , comme une conséquence de leurs émigrations et de leurs voyages. Il serait peut-être plus raisonnable d'en chercher la cause dans l'origine commune de ces différentes peuplades.

Quoique les Fantis aient perdu par leurs dernières guerres, une grande partie de leur puissance sur cette côte . ils sont toujours trèsremarquables encore sous le rapport ethnographique, par leur caractère particulier et l’influence qu’ils ont exercée au 18e siècle sur toute la côte. LesFanlisont un grand respect pour leurs morts qu'ils n'enterrent que dans leurs propres habitations. Ils vivent dans des dissensions continuelles entre eux; ils n’ont pas de lois écrites, mais ils terminent tous leurs différens dans des assemblées publiques , appelées Palaver. On trouve chez eux une espèce d’ordalie ou de jugement de Dieu. Pour contraindre un coupable à avouer son crime, on lui fait avaler dans de

(t) Meredilh, pat. 187.

(S) Meredilh , pig. 113, 1 16.

l’eau une racine vénéneuse; s’il vomit le poison après l’avoir pris, on l'absout ; dans le cas contraire, il est déclaré coupable. Lorsqu’une négresse a été reconnue innocente, elle se présente vêtue de blanc en signe de son innocence (1); le blanc est chez ces nègres le symbole de la vertu et de la pureté; le prêtre fétiche et le fétiche lui-même sont toujours vêtus de blanc; les rois de Congo étaient représentés aussi vêtus de blanc, usage qui s’accorderait mal avec une fable assez répandue et d’après laquelle leur diable serait blanc. Il se commet peu de crimes chez les Fantis, et ils n’ont jamais à trembler pour leur vie ou pour leurs biens, même sur les grands chemins; toute injustice commise enrers un autre entraîne la perte de la liberté; un meurtre ne peut être expié que par la mort de 7 esclaves de la maison du coupable, triste conséquence du commerce d'esclaves! Les Fantis sont très-propres; ils se lavent et se parfument très-souvent; les femmes deviennent mèresà l'âge de 10 ans; les hommes engendrent à 18 ans; mais ils vieillissent de très-bonne heure. Le poivreest un assaisonnement qu'ils emploient à tous les mets. Le principal objet de leur adoration est, dans la ville capitale d' Abrah, le H aura h Mourait Agah JVanna/t , c’est-à-dire maître, maître, père de tous. Chaque maison et chaque famille a en outre son fétiche particulier; les superstitions les plus ridicules régnent chez les Fantis. La forme du gouvernement change souvent dans les grandes circonstances et l'autorité suprême est alors confiée à un dictateur; dès que la cause de ce changement a cessé, tout rentre dans l'ancien ordre. Le royaume d ’ Astin formait autrefois un état limitrophe entre eux et les Ashantis leurs ennemis ; le roi de ce pays intermédiaire , battu par les Ashantis, vint chercher du secours à Annaboe. Les Fantis de cette ville refusèrent de livrer aux Ashanlis les vaincus qu'ils avaient généreusement accueillis et ce fut là la cause de cette guerre terrible qui devint si funeste aux Fantis (8). Victorieux uue première fois à Bouinka , le roi des Ashantis poursuivit ses succès, et des défaites réitérées accablèrent les Fantis. Abrah, capitale des Fantis, fut prise ensuite en 1800, par le roi des Ashantis, qui fit massacrer presque tous les Braff'oes , ou chefs. La puissance formidable

(1) Meredilh, pas. 108, 193.

(8) origine and billot? of Uie aibantcc »ar, b? Mcrcdltb, P*j. 129-19».

BORD OCCIDENTAL, CÔTE-D'OR

dn peuple vainqueur, inconnu jusqu’à ce jour,menaça alors les eûtes; ils s’emparèrent des forts hollandais Corinandine , Amsterdam . et Annamaboe qu’ils détruisirent. 3 à 4,000 habitans échappèrent au sort des vaincus , 8,000 Fantis furent massacrés sous le fort anglais. Les Ashantis bloquèrent alors le fort dont la garnison se montait à 30 hommes ; malgré leur courageuse drfénse, les assiégés au nombre desquels se trouvait Meredith h qui nous redevons tant de précieux details, auraient infailliblement succombé sous les attaques de leurs ennemis, s'ils n’avaient reçu le secours de 12 hommes et 4 officiers qui leur furent envoyés du cap Coast- Castle. Le 17 juin 1806, un traité de paix (1) fut conclu entre les Anglais et le roi des Ashantis; le caducée envoyé dans le camp du roi nègre, en signe de paix, fut accepté suivant les usages de la guerre chez les peuples civilisés; l’audience que le gouverneur du cap Coast reçut dans le camp des Ashantis et la visite que lui rendit le roi nègre accommodèrent tous les différens. Le roi témoigna aux Anglais toute l'admiration qu'ils lui inspiraient, et leur accorda depuis une entière confiance ; il promit respect au pavillon anglais et neutralité à tous ceux qu'il protégerait. La mortalité qui se répandit dans l'armee, força les Anglais à quitter en toute bâte le pays des Fanlis qui, affaiblis et vaincus, leur jurèrent une haine éternelle. En 1809 ils assiégèrent la ville d'Eimina, et en 1810, Accrah; en 1811 les Ashantis envahirent de nouveau leur pays, mais ils ne réussirent pas h les exterminer entièrement comme ils l'avaient projeté. Depuis cette époque, l'importance politique des Fantis a tout 'a fait disparu ; ces événemens (2) ont aussi changé en peu de temps tous les rapports politiques de la Côte-d'Or; mais n’ayant précédé que de quelques mois l’abolition de l’esclavage, ils n'ont malheureusement que trop entrave les résultats bienfaisans de cette grande et salutaire reforme; cependant l'iufluence funeste qu'ils out exercée disparait maintenant de jour en jour.

Les Fantis quoiqu’humiliés et vaincus s’opposent eocoreb l’etablissement de communications libres entre les possessions anglaises de la côte et le pays des Ashantis ; mais malgré cet obstacle, les établissemens anglais ont considérablement gagné ’a celte alliance avec l’intérieur ; car sans elle , les Fantis auraient toujours suscité de

nouveaux obstacles , comme ils en suscitèrent autrefois aux Hollandais.

La géographie doit à ces événemens de grandes lumières sur tout l'intérieur du pays habité par les Ashantis.

3. Le pays des Fantis comprend en outre la côte d’Agouua ( Agoona), dont Winnebah n’est qu’une partie. Située par les 3° lat. N. et les 10* long. O. de Green., suivant Meredith (1), cette côte est bordée au sud par la mer , h l’O. , au N. et au N.-E. par le pays des Fantis , par Akim et Accrah; l’espace qu’elle occupe est très-accidenté, tantôt plane et tantôt montueux; le sol, près de la mer , est léger , sablonneux , et cela rend la végétation moins abondante que dans d’autresconlrées; l’air saturé d'évaporations salines qu'on y respire , en rend le séjour souvent très-dangereux; plus loin vers l’intérieur, le sol devient plus fertile et propre h la culture des plantes européennes. L'époque des tomados a lieu du mois de mars au mois d'avril , la saison des pluies du mois de mai au mois d'aoôt; le reste de l’année est très-sec. Le harmattan souffle annuellement au commencement de janvier, quelquefois aussi encore pendant 4 , 6,8 et même 1» jours du mois de février; le sol est partout couvert de forêts qu'il faut défricher pour cultiver la terre. L’or est le seul métal que produise le pays , le riz et le mais sont la principale nourriture des habitans; leur langue, leurs mœurs, leurs usages ressemblent parfaitement h ceux des Fantis.

4. Les anciens voyageurs mentionnent encore un autre peuple sur le Rio-Volta inférieur, à l’E. des Fantis, les Akim (2) qui , venant des montagnes de l'intérieur , avaient jadis vaincu et exterminé les Aquamboens (3) et entretinrent des relations avec les colonies de la côte jusqu'à ce qu’au milieu du 18” siècle, ils furent eux-mèmes vaincus par d’autres nègres, les Assiantes ou Ashantis qui envahirent leurs pays en 1749, et les subjuguèrent. Les Akim disparurent alors, leurs marchands se retirèrent, et comme ils étaient très habilesdans l’art d’exploiter l’or, le commerce de ce métal disparut avec eux sur cette côte. Les Akim sont regrettés comme un peuple brave et fidèle; les anciens Danois nous dépeignent les Ashantis qui les ont remplacés

(1) Bercdltb, pas. 177.

(1) «trrdiih, pag. 147 * (8) stttner, Sac&rlclilco, pag. 18, 148, 162, 105.

(2) ■crédita, pas £04, (3) 1-trt, Srae Relie, pas 100,891.

HAÜTE-A.FMQUE : IY* D1VISIOK , $ 18.

comme plus rudes (1 ) , les voyageurs anglais modernes au contraire comme plus civilisés. Le pays à l'E. du ltio-Volta a été décrit plus haut.

Après l'esquisse que nous venons de tracer des différensétats de cette côte et des nègres qui les habitent , il nous reste 11 ajouter encore quelques observations importantes sur l'état actuel de ces habitans des côtes et leur commerce avec les Européens . d'après les dernières relationset les renseignement importansqui nousont été fournis par le gouverneur de Winnebah (2).

I.es nègres de la Côte-d’Or sont une image fidèle des races nègres des tropiques , qui se divisent en deux branches, les nègres des côtes et les nègres de l'intérieur. La différence essentielle qu'on remarque entre eux vient de ce que l'organisation de leurs états est tout opposée; cette différence a aussi sa raison dans le climat qui est ici plus égal, plus tempéré qu’ailleurs. Il est très-difficile , dit Meredilh, de tracer fidèlement le caractère de ces peuples , quand même on les aurait observés pendant plusieurs années; l’Européen n'apprend jamais à connaître le nègre que comme marchand , il le voit par conséquent du côté le moins avantageux, plein d'astuce, d'égoïsme et d’avarice.

Dans la région des tropiques , les passions des peuples nègres sont plus vivrs et plus faciles h exciter que dans les contrées moins chaudes, mais elles s'apaisent aussi plus vite ; à l'enthousiasme le plus fougueux , succède toujours le plus grand découragement; la vengeance, terrible d'abord , est bientôt apaisée. Les nègres sont en général méfians, enclins h l'astuce , sans énergie et sans persévérance. Ils ne font presqu'aucun frais pour leur nourriture , leur économie sous ce rapport touche même h l'avarice ; la vivacité de leur imagination donne h leur langue de la grâce et de l'éloquence ; ils manifestent leur joie par la danse , le chant et la musique ; leur oreille est très-sensible h l'harmonie; les femmes nègres sont laborieuses , très-fécondes, et nubiles de très-bonne heure.

Les nègres pêcheurs de la côte sont les plus connus des Européens; on les emploie ordinairement comme rameurs ou pour d'autres travaux. Ils sont bons travailleurs, mais ils exigent qu'on les paie bien et promptement. Tous les nègres sont enclins au vol.

Les nègres agricoles de l’intérieur sont plus

(t) Rtrmcr, NacbrlchUn, pag. 137.

(3) Meredilh, pag. 18.

honnêtes et n’ont pas les vices des nègres des côtes , et surtout des Fantis ; ils sont très-doux, laborieux , et il y a plus d'égalité entre eux. Les nègres des côtes quoiqu'industrieux sont au contraire paresseux , rusés et adonnés h la débauche.

La constitution politique exerce plus d'influence sur les nègres que sur aucun autre peuple de la terre ; le despotisme rend le nègre retenu , méfiant , timide , muet et soumis; la liberté, au contraire, les rend arrogans et effrénés au dernier point ; elle détruit-en eux toute moralité, brise tous les liens sociaux et les entraîne dans d'interminables et continuels débats ( palaveri ). Apolloniaest une monarchie absolue (1); Ahanla, une espèce d'aristocratie ; Fanti était un royaume électoral où le pouvoir était tantôt dans les mains d'un seul, tantôt dans les corporations et les assemblées.

Adonnés au fétichisme (2), tous les nègres de la Côte-d'Or, paraissent soumis à une superstition commune. Us n’ont qu'une idée obscure d’un Dieu créateur et conservateur du monde, cependant ils supposent l'existence d'un être supérieur comme nous l'avons vu chez les Fantis. Leurs idées sur ce sujet et sur l'état de l'âme après la mort sont très-variées. Us regardent toujours le soleil , quand ils s'adressent à leur être suprême pour lui demander les biens de la terre. C'est de lui qu’ils font descendre tous les biens et tous les maux , mais ils croient qu'il charge les fétiches de les distribueraux hommes, car, disent-ils, les fétiches émanent de lui.

Les Africains appellent ces fétiches Obi, selon le rapport des nègres , esclaves dans les rades occidentales; ils ne les honorent pas comme des dieux, mais comme des moyens de faire des conjurations et des charmes ; la foi qu’ils ont en eux ressemble beaucoup à la croyance des matelots aux signes , et h celle de tant d'hommes incrédules au hasard. Les rapports domestiques, civilset politiquesdes nègres, sont dans un état toujours si incertain, si chancelant, leur vie est exposée comme celle des matelots à tant de subites vicissitudes que la direction en semble souvent dépendre des combinaisons et des fortuités les plus extraordinaires. La vie est pour eux un jeu de hasard , et de l'a vient leur foi aux charmes des fétiches. Ils ont des jours heureux et mal-

(t) HcrcdUS, pas. 26.

(2) or. i ryden et s. Iiim», In Hliterlc. «ecoont, etc. , vol. Il, p.(. 204.

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