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BOBD OCCIDENTAL, CÔTE-D'OB

heureux; ils choisissent leurs fétiches et les changent; ils s'adressent à eux pour teut ce qu’ils désirent et leur contient tout, mais ils leur cachent leurs scrupules de conscience, et redoutent le compte qu'ils auront à leur rendre un jour. Quand la protection du fétiche est stérile on le jette avec dédain. Ils peuvent faire de tout nn fétiche, comme nous l'avons vu plus haut chez les nègres des bords du Congo. Sur la côte de Guinée, h Bénin par exemple, les nègres regardent leur ombre comme le fétiche qui les accompagne partout. Quand les fétiches apportent beaucoup de bonheur, on les élève h la dignité de dieux protecteurs de la famille et ils ressemblent alors aux lares et aux pénatesdes Humains et d'autres peuples. Quelquefois même les fétiches appartiennent à des contrées entières, et ce sont alors des montagnes, des arbres, des lacs, des fleuves et des cascades ou des rochers; nous en avons eu un exemple sur le Congo.

I-'état politique du pays, complètement changé par la chute des Fan lis et la prédominance des Ashantis amènera une époque toute nouvelle pour l’histoire de ces côtes et de leur commerce. Les Asbantis, dont auparavant on connaissait à peine l’existence, sont devenus la première puissance du pays. Les principaux objets de commerce tels que For , 1 'ivoire et 1rs esclaves , sont le produit de l'intérieur (1) du pays et non de la côte. Les Anglais se sont mis aujourd'hui en communication immédiate avec ce pays ries Ashanlis, déjà situé dans l'intérieur , riche en fruits et en troupeaux, où habite un peuple plus civilisé, état puissant, fortement constitué et vainqueur. Ils se sont ainsi ouvert le chemin à la source primitive des richesses et par là à la prépondérance du commerce. Les relations avec les nègres se bornaient jusqu’aujourd'hui au commerce des côtes; maintenant sc développe un nouveau système (i) et on sent la nécessité d'un libre commerce avec l’intérieur; les forteresses des côtes doivent être changées en entrepôts d'où on entretiendrait un commerce de caravanes avec l'intérieur, et la colonisation , entièrement négligée jusqu'alors, pourrait marcher de front avec le commerce. Ueredith démontre que les secours accordés jusqu'à présent par le parlement anglais sont insuflisans pour opérer ce changement. Il pense qu'en élevant annuellement la somme jusqu'à 40,000 et 30, (MM) liv. sterl. on ferait faire

(F) Meredllh, p. 33.

(2j SerediUo, psg. 200.

au commerce anglais les plus heureux progrès, et déjà aujourd'hui une partie de cette subvention a été votée. Pour étendre les relations, il serait nécessaire d’envoyer des ambassades aux rois nègres et aux gouverneurs des provinces. Ces envoyés noueraient arec eux des alliances pacifiques et feraient connaître aux Africains l'usage des marchandises fabriquées de l'Europe; bientôt un débouché important s'ouvrirait aux produits manufacturés de l’Angleterre qui recevrait en échange les riches productions du pays.

La communication dans l’intérieur n’csl pas favorisée, sur la Côte-d'Or , par des fleuves navigables , et le pays est divisé en un grand nombre de petites tribus et de petits états. L'abordage sur les côtes est très-dangereux à certaines époques. Ces inconvéniens sont assurément de grands obstacles aux améliorations et aux progrès , mais le deruier se rencontre à la plupart des fleuves et des côtes de l’Afrique. L'abordage sur la Côte-d’Or, depuis le cap des Trois-Pointes jusqu'à Accrah, est comparativement moins dangereux que sur la ligne des côtes, jusqu’au cap Vert au nord , et jusqu'au cap de Bonne-Espérance au sud. Quoique des bancs de sable, des écueils , embarrassent souvent les embouchures des fleuves, elles offrent cependant de grands avantages pour pénétrer dans l’intérieur comme nous le voyons, par exemple, à la Gambie et au Hio Grande. Les Fantis vaincus et humiliés sont encore un obstacle qui gène la libre communication avec l’intérieur; presque tout le gain du commerce tombant en leurs mains, ils empêchent , par jalousie , les Européens de pénétrer plus avant. Une force de 1,000 hommes suffirait, selon Mrrrdith, pour assurer aux Anglais une prépondérance entière, et mettre même dans leurs intérêts les Fantis leurs ennemis. Meredith conseille, pour concentrer les forces anglaises, de céder la possession d' Apollonia à l’O. , et d'obtenir le fort hollandais de Saint-Antoine à Axim en l'échangeant contre Wbida, marché d'esclaves entièrement inutile aux Anglais.

Les rapports politiques plus solidement fixés, feraient tomber un des plus grands obstacles (1) qui s'opposent à la culture , et qui est l'incertitude de la propriété ; ce défaut de garantie à la propriété a arrêté jusqu’à présent tous les établissemens européens. Le sol est fertile, il rendrait généreusement à l'homme le prix de ses labeurs, et les plantes de l'Europe y viendraient

(1) BercdiUi, pag 211.

BACTE-AFRIQl’E : IV* DIVISION, 5 18-

arec facilité et abondance. Les nègres imiteraient bientôt l'exemple des colons ; la civilisation suivrait naturellement , et d'elle-mème , la culture des terres et l'abondance que donne le travail. Les vices que les Européens ont portés ou éveillés sur la côte, n’ont pas pénétré encore dans l’intérieur. Le premier bienfait que les Européens apportent est l'abolition du commerce des esclaves, quoique ce bienfait ne porte pas encore aujourd'hui tous ses fruits. Avec la colonisation projetée, il faudrait établir des écoles pour frayer d'avance le chemin h la doctrine de l'évangile. Les soutiens accordés par le gouvernement au commerce anglais, sont montés, depuis l'abolition du commerce des esclaves , de 10,000 et 18,000 liv. st. jusqu'à 23,000 liv. (1) qui sont destinées à l'entretien des établissemens anglais. On a aussi envoyé des ambassades dans l'intérieur aux Ashantis.

3* Éclaircisses es t.

Pays de l'intérieur au nord de la Oile-d’Or; royaume des Ashantis (Ashantee).

Un progrès important pour la géographie de l'Afrique, c'est la connaissance précise de l’intérieur des terres qui font face à la côte de Guinée, et forment le royaume des Assianles ou Ashantis. Th. Bowdich , chef de l'ambassade anglaise, recueillit, en 1817, les premiers renscigneinens positifs (2), dans la résidence même du roi dont il avait gagné l'amitié. Ces notions ne sont pas complètes encore, et ne satisfont pas entièrement les exigences de la science; mais elles révèlent à nos regards un monde inconnu jusqu'alors , et ouvrent un chemin à la géographie jusqu'à l'intérieur du cours du Niger. Les recherches sur les traditions du pays, les nombreuses hypothèses du chef de l'ambassade anglaise à Coumassic (Coomassie), laissent beaucoup à désirer et nous regrettons surtout qu'il ne nous ait fourni aucuns documens sur l’histoire naturelle et la géographie. Nous allons extraire du volume in-4* qu'il a publie les notions suivantes qui nous paraissent les plus essentielles; ces observations , faites dans un pays complètement inconnu, jettent une grande lumière sur l'ethnographie de l’Afrique, et me-

(1) Vereditb, App., pag. 203.

(2) Tb. Etiw. Bowdicb, BUsion rrom cape roajt-Caalle to Albanie. Lond., 1819, ln-4®.

ritent à leur anteur la reconnaissance de la science.

Le nom des Ashantis, Assianle. Kassiante , Assentaï , est cité, pour la première fois, au commencement du 18* siècle, par Bosman et Barhot qui le confondirent avec celui d’/n/a. Depuis leur expédition contre les Akemisles, en 1749, les Ashantis sont cités par les auteurs danois, comme un peuple belliqueux et sauvage, au poil roux 11). Bientôt ils apparaissent à Accrah comme des marchands civilisés qui , pour arriver à la côte , prennent leur route (2) par le défilé d’Aquapim , colonie danoise , et par la terrasse des montagnes. De la côte, disent ces premiers voyageurs, on monte pendant 14 jours de marche, à travers un pays montagneux, puis on arrive dans de grands déserts inhabités ; il faut ensuite 8 ou 10 jours pour atteindre les premières habitations des montagnards. Leur nom s'est répandu à l’est , jusqu’à la cour de Dahomey, où Daliel entendit [varier d’eux ; la renommée de leur puissance et de leur trésors a pénétré avec leurs marchands, à travers toute l’Afrique septentrionale, jusqu'à Mesurata sur la côte deTripoli, où Lucas obtint les premiers renseignemens sur les immenses contrées dont ils exploitent le commerce. En 1806 et 1807, ils entreprirent contre les Fantis une expédition qui tourna à leur avantage; ils recommencèrent une seconde fois la guerre en 1811. et une troisième fois en 1816, et la victoire suivit toujours leurs armes. C’est alors que les Anglais eurent occasion de connaître ce peuple belliqueux , capable de mettre sur pied une armée de 150,000 hommes (3), et supérieur aux autres nègres de la côte de Guinée , autant par sa civilisation et ses mœurs que par sa puissance. Il se distinguait encore d'eux par une foule d'usages particuliers, mais surtout par la circoncision (4), et il excita au plus haut degré , l’intérêt et l'attention des Européens.

Le comité africain, voulant prévenir le renouvellement de la guerre sanglante qui menaçait les possessions mêmes des Européens sur la côte de Guinée, et ouvrir au commerce une route dans l'intérieur du pays, se décida, en 1817, à envoyerd es présens au roi des Ashantis. L'ambassade avait pour mission d'engager le roià recevoir un envoyé anglais à sa cour ; elle était

(1) Ramer, Racbrl., pag. 137.

(2) Rœtner, Ibid., p. 91.

(3) H. Murray, Hlit. accouot, I. II, p. 310.

(4) leredltb, pag. 190.

BORD OCCIDENTAL

chargée en outre de résoudre d'autres questions qui intéressaient la politique et le commerce de l'Angleterre. M. James conduisit l'ambassade , mais il fut bientôt rappelé de son poste. Bowdicbqui l’accompagnait fit un traité de commerce et d'alliance arec la cour de Coumassie. Après quelque temps de séjour, il revint h la côte et s’embarqua pour l’Augleterre, afin de communiquer au public ses observations et ses découvertes; M. Hutchison, son successeur, resta en qualité de résident anglais (1), dans la capitale des Ashantis.

Départ du Cap Coast-Castlc pour Coumassie.

le 98 avril , on s’enfonça (9) dans les terres par Annamabné , et on marcha jusqu'au 115 mai, pour arriver h la capitale des Ashantis. D’Annatnaboe on avança toujours au nord, à petites Journées , h travers une contrée sauvage et boisée, jusqu'au Meuve de Bousempra, au delh duquel se présentèrent les premiers champs cultivés (5).

lin mille au nord d'Annamaboe, les voyageurs traversèrent une vallée fertile, couvert* de forêts de pins, d’aloes, de palmiers, de bananiers, et après 4 heures de marche , on entra près de Payntri (5«90' 50” lat. N. et 1" 47’ long. O. Greenw.j, dans la contrée montagneuse. Les montagnes les plus élevées étaient composées de cailloux et de blocs de pierre, les montagnes plus basses étaient parsemées de pyrites blanches ; un sol noir, sans pierres, couvrait les vallées. Payntri est un lieu enchanteur ; on s’y procura sans peine des provisions pour plusieurs jours de marche, caron allait avoir h traverser de grandes forêts sauvages.

Les six journées suivantes <4) furent très-pénibles ; on marchait dans des bois épais , oit les végétaux entrelacés ne laissaient le plus souvent aucun sentier praticable ; les pieds étaient tantôt déchirés par des cailloux , tantôt ils enfonçaient dans des marais traversés par un grand nombre de ruisseaux ; le cotonnier , le bois de fer et des palmiers de différentes espèces, étendaient au loin leur ombrage; leurs racines, les troncs renversés ou morts , étaient couverts de plantes parasites et grimpantes qui arrêtaient sourent la

(t) Bowdlcb, pas. 42, 141.

(2) Bowdlcb, P. 14, 31.

(3) Ibid,, p. 26.

(4) sowdlch, p. 16.

2ATS DES ASHANTIS.

marche des voyageurs , et dans ces sentiers tortueux, on grimpait plutôt qu’on ne marchait. On ne pourait aller qu’à petites journées ; les guides et les porteurs , saisis d’une terreur superstitieuse, redoutaient tes esprits de la forêt; les bêtes féroces dont les hurlemens répétés par les échos annonçaient la présence , présentaient h tous un danger réel ; des troupes innombrables de perroquets perchés dans la cime des arbres, remplissaient le bois de leurs cris. La nuit, des essaims de lucioles , de rers luisans , augmentaient de leur lumière douteuse, l'horreur mystérieuse des bois, et souvent , près des feux du birouae , Bowdicb se crut transporté au milieu de l'cnfèrdu Dante. Toute trace d'habitation et de culture avait été détruite par les dernières guerres, jusqu’à la limite de l’ancien royaume des Fantis , dont Matuué était autrefois la ville frontière; les habitansaraient été chassés de leurs demeures , et il était impossible de te procurer des provisions.

Le sixième jour de marche depuis le départ de Payntri , les voyageurs entrèrent dans la délicieuse vallée du Bousempra (1) , qui coule ici de l’E. à l’O. et sépare les forêts sauvages des pays cultivés de l'intérieur où les Ashantis n'ont pas porté leurs ravages. C'est ici qu'on rencontra Prasou (Prasoo), ville agréable et propre; à deux journées de marche , au nord , était situé le petit village Asharaman , où furent livrés les premiers combats dans la guerre des Ashantis. Ce beu est placé sous ie 5° 59’ 90" lat. nord ; et là reparurent les premiers champs de blé depuis Payntri.

De ce point, la contrée va toujours en s’élevant de plus en plus; des pierres ferrugineuses couvrent les cimes des montagnes ; c’est ici , sous le 6° 8' 50” lat. N., qu’eu arriva àja frontière (9) du royaume des Ashantis. Le fleuve Bo/nnen forme la limite ; ses eaux , dit-on, inspirent l'éloquence, et un grand nombre d'Ashantisqui veulent posséder ce don précieux, viennent en boire une fois tous 1rs ans. C'est ici la contrée montagneuse , couverte de montagnes et de vallées, et dans laquelle on va toujours en montant. A Doumpassi (Doompassee) 6“ 11’ 50" lat. nord, lieu assez important, commencent les immenses champs de blé qui s'étendent à travers un pays bien cultivé, jusqu’à la capitale du royaume. La saison des pluies commence ici au mois de mai.

(1 ) Bowdicb, pas. 23, 26.

(2) Bowdicb, t»g. 27.

Jusqu'à la résidence du roi, à Coumassie, ce n'esl plus qu’une suit e de terres fertiles et bien cultivées, couvertes de champs de blé, d'ignames , de patates , d'encruma et d'autres plantes nutritives.

Les premiers jours du séjour de l’ambassade dans cette résidence se passèrent en audiences et en fêles. Après bien des difficultés , Uowdich conclut enfin un traité d'alliance (1), entre le gouverneur du cap Coast-Castle sur la Côte-d'Or, et le roi d’Ashanlie , Sai Toutou (Tootoo) Ç tua mina. Le royaume de Dtoabin était aussi compris dans le traité dopt voici les principaux articles : » Il y aura paix et alliance entre les sujets » des deux puissances, et dans le pays de mon- » tagnes des Ashantis , et sur les côtes : les cô- » les seront, dorénavant, à l'abri de toute inva- » sion; s’il s'élève quelque malentendu entre » les deux peuples, on ne commencera pas la » guerre avant d’avoir eu une conférence avec » le gouverneur. 11 sera toujours permis à un ■> officier anglais de résider dans la capitale des » Ashantis, pour entretenir une communication » régulière avec le gouverneur du cap Coast- » Castle. Le roi favorisera et protégera le com- » merce avec le cap Coast , et , de son côté , le » gouverneur s'engage 11 laisser jouir les Asban- » tis de tous les avantages de la côte. Le gou- » verneur punira lui-même les fautes légères » commises par des Ashantis , mais il devra en- » voyer au roi ceux qui se seraient rendus cou- » pables d'un grand crime. Les rois des Ashantis > remettront leurs fils aux soins du gouver- • neur du cap Coast pour les élever et les ins- » truiredanslesartsetlesscicncesdes Anglais. » Le roi promit en outre de donner aux états tributaires l’ordre de recevoir et de protéger le major Peddie et le capitaine Thomas Campbell qui voyageaient pour la science, s'ils venaient h entrer sur leurs domaines. Après la signature et l’échange du traité , le roi remit à B nvdieh ses présens. C'était , au gouvernement anglais, les enfans Si élever, au gouverneur, un jeune garçon et une jeune fille pour le servir, à Uowdich, le même présent, et de plus des lingots d'or; il donna , pour le musée anglais , six ouvrages en or des orfèvres du pays. 11 s'engagea à ne plus faire la guerre aux Faillis , et à les considérer Si l’avenir comme des sujets du roi d'Angleterre; mais il exigeait, en retour, que le roi d’Angle-

(t) SowdicS, p»g, 126.

terre rétablit le commerce de» esdates, dont T abolition lui était très-préjudiciable.

Cette condition pouvait devenir un écueil contre lequel viendraient échouer les espérances du gouvernement anglais. Pendant le séjour de Bowdich h Coumassie , les Espagnols en avaient exporté mille esclaves (1), et ce commerce était très-lucratif pour les Ashantis. L’arrivéedes vaisseaux négriers sur leurs côtes est pour eux une fêle, et la traite des nègres est surtout pour les grands du pays , une source de richesses ; car , presque tous les esclaves de Coumassie sont envoyés des royaumes A'Inta, Daytcumba (Üeffomba dans Lucas) par les vassaux du roi , en paiement de leur tribut annuel. Le produit de leur vente remplit les trésors du roi. Le plus grand nombre des esclaves est enlevé sur les routes; le nombre de ceux que l’on se procure ainsi est si grand, que le prix d'un esclave ne s'élève, dans le pays, qu'à 2,000 cauris, ce qui équivant à quelques noix de Goura { sterculia acuminata, dans Palissot de Beauvais, flore d’üwarc 1, pag. 41 , tab. 24). Les comptoirs danois et hollandais qui ont renoncé à la traite des nègres, sont en pleine décadence; le commerce anglais éprouve aussi de grands dommages. Comme les Espagnols continuent toujours la traite des noirs, les indigènes voient de mauvais œil les Anglais qui éloignent tous les négriers.

Quoique les Ashantis ne fassent le commerce que pour leurs besoins (2) et non comme spéculation , leurs relations ne se bornent pas cependant à la côte de Guinée. Leur commerce traverse l'Afrique jusqu’au-dessus du .Niger, et il est encore très-important dans le Fezzan. La monnaie des Ashantis est la poudre d'or. Dans les états voisins, Inta, Üagwumba, Gaman,kong, on se sert des cauris. Les Ashantis vont échanger leurs marchandises dans l’intérieur des terres, vers le Nil, jusqu’à Haussa, où les étoffes de soie tes plus précieuses trouvent un débouché rapide.

Ces relations commerciales font de la capitale des Ashantis , un centre très-important, d'où l'on peut tirer, comme l'a fait Bowdich (3), les renseignemens les plus curieux sur tous les pays de l'intérieur; car, de Coumassie, partent 9 grandes routes qui conduisent dans toutes les parties

(1) Bowdich, pag. 339.

(2) Bowdich, pag, 330, 335.

(3) Bowdich, fr. II, ch. 1. Geograpby, p. 162-214.

BORD OCCIDENTAL , BATS DES ASH ANTIS.

de l'intérieur; des contrées très-reculées dans les terres sont soumises à l’empire du roi des Ashantis. Meredith rit, dans le camp du roi, à Anuamaboé (1807), parmi les nombreux chefs qui commandaient les guerriers, dans la guerre contre les Fantis , un homme d’une grande taille, aux formes athlétiques et dont l’extérieur ressemblait à celui d’un Arabe ; il était mahométan et natif de Cassina (1), au S. E. de Tombouctou; il axait amené ses hommes au service de son prince ; des sentences du Coran , enchâssées dans des cadres d’or et d’argent, étaient suspendues h son cou et il avait été h Tunis.

Déjà des mullahs ou prêtres mahométans venant du nord , se sont rencontrés (2) dans cette résidence avec des missionnaires chrétiens arrivés du sud. Les uns et les autres s’accordent à défendre le culte des fétiches et les sacrifices humains, pour lesquels le peuple est aussi passionné que les anciens Romains pour les combats de gladiateurs. I.es mullahs jouissent d’une grande considération dans la résidence drs Ashantis ; ils enseignent h lire et h écrire l’arabe, et entretiennent des relations non interrompues avec le Tombouctou sur le Niger. L’un des plus distingués de ces mullahs était Baba (3) que Bowdich visitait trois ou quatre fois par semaine, et chez lequel il trouvait toujours réunis des Maures étrangers venus de toutes les parties de l’intérieur de l’Afrique. Ils déploraient l’ignorance et l’idolâtrie des Ashantis , et appartenaient assurément h une grande mission mahemétane qui s'étend, des contrées du Niger, jusqu'au pays des Ashantis. Bowdich trouva à Coumassie , chez le maure Apoukou (Apookoo), l’un de ces prêtres, beaucoup de manuscrits arabes et quelques livres européens parmi lesquels était une bible en hollandais.

Une tradition des Ashantis rapporte qu’ils sont venus autrefois d’un pays situé plus près de la grande eau; selon cette tradition, ils auraient conquis le royaume des Inta et deux autres états plus petits avant de fonder leur empire , et se seraient appropriés ensuite la langue et les usages des vaincus, peuples plus civilisés qu’eux. La langue des Ashantis diffère, en effet, de celles de la Côte-d’Ur ; cependant elle dérive comme celle des Fantis , celle de H arsaw, A'Akim, A'Assin, d‘ Aquapim, d’une langue mère

(1) Mcredllh, pig. 168.

(2) Bowdicb, pag.397.

(3) Bowdicb, pag. 90.

commune; selon une tradition des Ashantis , ils auraient formé autrefois douze tribus(l) : la famille des rois appartient par exemple à la tribu des Annono. Bowdich croit retrouver chez eux la division des familles patriarchales des Hébreux et d’autres peuples primitifs; une seule partie de ce peuple, les Ashantis d’Accrah, ont l’usage de lacirconcision. Des six langues (2) parlées dans la contrée, qui s'étend depuis Apoltonia jusqu’au Rio-Volta (60 mille géogr.), les langues cTAmana/iea , d’Ahanta , Fanti, Affoutou , Accra elAdampé, celle des Ashantis est la plus harmonieuse et la plus délicate; aussi ce peuple est passionné pour la musique.

La législation, les usages, le gouvernement des Ashantis offrent un grand nombre de particularités qui leur sont propres (3), Le gouvernement est entre les mains du roi, de quatre chefs et de l'assemblée des généraux ; il forme ainsi une monarchie mixte , ou monarchie-aristocratique, Bowdich en a beaucoup parlé, et nous a donné sur l'histoire de ce peuple (4) tous les documens qu'il put recueillir. Nous allons, en terminant, rapporter une tradition remarquable des Ashantis sur le choix du bien et du mal et le partage du monde entre les noirs et les blancs ; nous exposerons aussi l'idée qu’ils se font de la terre, l’ar ces deux points , ce peuple occidental se rattache aux traditions des peuples orientaux; ils sont donc du plus haut intérêt, puisqu'ils nous permettent de reconnaître une primitive fraternité entre nous et ces peuples si maltraités, si méprisés depuis trois siècles. Bowdich a écrit h ce sujet une hypothèse dont nous traiterons aussi.

Tradition des Ashantis (3).

Au commencement du monde, Dieu créa trois hommes blancs et trois hommes noirs et autant de femmes. Pour leur Oter, dans la suite, tout sujet de réclamation et de plainte, il leur laissa le choix du bien et du mal. Sur la terre furent placées une grande calebasse et un papier scellé, et Dieu laissa les noirs choisir les premiers. El les noirs prirent la calebasse, parce qu'ils croyaient qu’elle contenait tous les biens ; mais,

(1) Bowdicb, pag. 231.

(2) Bowdicb, pas- 344.

i3) Bowdicb, chip. lit, pas. 252.

(4) lbU„ pag. 231-251.

(6) Bowdich, Ibid , pa;. 291 .

HAlTE-iFBIQÏE : 1\* DIVISION, S 13.

l'afant ouverte. Us ne trouvèrent qu'un morceau d'or, un morceau de fer et d'autres métaux dont ils ne connaissaient pas l'usage. Et les blancs ouvrirent alors le papier scellé , et il leur promettait tous les biens. Dieu laissa alors les noirs au milieu des broussailles et des bois, et conduisit les blancs vers la mer. Toutes les nuits Dieu venait converser avec les blancs ; il leur apprit à construire un vaisseau , puis il les conduisit dans un autre pays. Bien longtemps après, iis revinrent apportant une foule de marchandises pour commercer avec les noirs ; et, sans leur choix malheureux, les noirs seraient devenus le premier peuple de la terre. Et, voyant que Dieu les avait abandonnés et qu’il préferait les blancs, les noirs tournèrent leurs hommages vers les esprits inférieurs et vers les fétiches qui président aux fleuves, aux bois et aux moutagnes.

Selon Hutehison voici l'idée que les Ashanlis (I) se font delà terre, llsdisent : la mer Mediterranée est située au centre «le la terre, sans communication avec l'Océan; sept fleures se dirigent de l'Afrique vers cette mer; mais deux seulement l'atteignent , comme le Nil , qui y précipite à grand bruit ses eaux rapides. La mer Bouge prend, suivant les temps, différentes couleurs; ce phénomène est cause par sept grands fleures diversement colorés qui y portent leurs eaux. Cest de lit que lui vient le nom de Majoomaal Bahare ou réunion «les fleuves. 11s appellent une troisième mer Bahare , Yahoo, c’est-à-dire eau de Yoé, parce que c’est de là qu'est sortie la grande inondation.

Ils entendent par cette mer le grand lac Caudie; suivant ta description qu'ils en font.ee lac est entouré de rochers escarpés ; mais d'intervalle en intervalle, il bouillonne , vomit au loin dénormes masses d'eau qui iuondcnttoulelacon- Uée, et, comme une mer volcanique, il a ses éruptions. Ils se représentent le monde comme une surface ronde , entourée d'une bordure de rochers; la mer ou l'océan coule entre cette bordure et la terre qui est située au centre.

1" Hkuabqce.

Les Ashantis , anciens émigrés éthiopiens ; hypothèse de Botcdich (2).

Beaucoup d'Asbanlis n'ont pas la physionomie

(t) Bulcfaison Dlarr, San» eowdtcu, psg. 408.

(2) On the origlnofUie Asbsntee, dan» le Jauni, of sciences. Lit. ans. Sr. xix, 1820, p. 72.

nègre, et no grand nombre de leurs usages et de leurs lois rappelèrent à Bovrdich les anciens Égyptiens. Les traditioos concernant les migrations de leurs triboi permettraient de les regarder primitivement comme des Abyssiniens-Êthiopiens mêlés à des colons égyptiens qui peut-être furent chassés de Taehompso , hier oë , Gojam, leurs antiques demeures. Ces Éthiopiens, pressés peut-être par la caste des guerriers venus de t'Égypte , auraient été refoulés du Ml supérieur è l'ouest.

Selon Bostdich, on retrouve rbei les Ashantis la même siugularité dans l'ordre de succession que chex les anciens Éthiopiens (1). Diodore rapporte que les Éthiopiens déposaient les cadavres de leurs morts dans i'eau ou dans leurs maisons. Suivant llutchison , les Joum- Joum qui habitent la riva orientale du Niger ont conservé le même usage et descendent dans l'eau les cercueils de leurs morts. Les habitans du fleuve Gaboun et les Fanlis conservaient les corps de leurs paréos dans leurs propres maisons.

Les Joum-Joum (Yem-Vem) et d'autres Éthiopiens de lintérieur habitent depuis le fleuve Gaboun jusqu'à l'ancienne Éthiopie, c'est-à-dire jusqu'au Ml supérieur; ce sont les Éthiopiens sauvages d'ilérodole, les anthropophages de Ptolémée, et ils ont encore aujourd'hui les mêmes usages et les mêmes mœurs que dans les temps les plus reculés du passé.

Bien différons de ces barbares, les Astbantis sont les Éthiopiens civilisés d'Hérodote et de Diodore. Refoulés à l'ouest par les colons égyptiens, ils en prirent ces arts, ces connaissances et ces usages qui aujourd’hui encore nous frappent d'étonnement sur toute la côte de Guinée. Repoussés une seconda fois par Ptolémée-Évergète , ils se retirèrent plus loin à l’ouest. A eux se joignirent d'autres peuples qui habitaient auparavant plus près de la Méditerranée et qui probablement forent chassés dans les terres par les expéditions des Carthaginois ; après la destruction de Carthage, un grand nombre de ses habitans se retirèrent aussi vers le Niger. Cette supposition est conflrmée par l’identité de plusieurs noms de peuples dans le voisinage des Carthaginois, avec d'autres qu’on trouve an sud du Niger. Buache lésa indiqués dans la carte qu'il adressée pour l'ouvrage de Ptolémée (2). Ainsi, par exempte, les Mimaki que Ptolémée place un peu au sod de Tripoli , se retrouvent une seconde fois é l'ouest du nouvel empire de Jarryba: les Yahathra qui habitaient au-dessous d'Alger , selon Ptolémée , repa-

(1) On tbe origln, etc., pas. 7A.

(2J Compares Bltbrlüalts, 3e part., I ' Sir,, p«< 123.

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