BORD OCCIDENTAL, LES FOCLAHS
et les Sousous , n'ont pas le nez aplati comme les nègres de la terrasse littorale , ils ont la peau bien plus lisse que ces dcrn iers , et, quant à la couleur , ils tiennent le milieu entre les négTes et les Arabes maures (1) : Kenndl les regarde comme les Leucœthiopes de Ptolémée et de Pline.
Ces nègres alpins sont bien plus avancés, sous tous les rapports, que les nègres de la côte; ignorant encore l'usage de la charrue, ils cultivent très-bien leur terre , en la remuant laborieusementavec de grossiers instru mens; ils forgent le fer et l’argent, travaillent très-habilement le bois et le cuir, et tissent des étoffes très-épaisses. Leurs maisons sont propres , commodes et bien construites; ilssontmahomélansetontdes mosquées et des écoles dans toutes les villes; ils ne fout des esclaves que dans la guerre , et seulement par nécessité, afin de se procurer des armes européennes et de la poudre , choses qui sont devenues indispensables pour défeudreleur indépendance. Us ont, dit-on, pour voisins 24 nations différentes, mais ils ne sont en guerre qu'avec les infidèles (les Caffres), et ce n’est que contre ceux-là qu’ils regardent la guerre comme juste et légitime. La domination du roi de Timbo s'étend , à ce qu'on prétend , 40 milles géog. , du sud au nord, et 78 milles géogr. de l'O. à l'E.
On trouve, sur la terrasse de Timbo, de l’argent et du fer en grande quantité ( ironslone ) et d'une très-bonne qualité (2), mais il n'y a pas d'or; ce métal est importé de Bouriab, pays situé à 7 journées de marche à l’E. de Timbo, le même, sans doute, que Mungo l’ark entendit nommer Bouri (3).
On compte 30 journées de marche de Timbo à Ségou , sur le Niger ; la route passe par Belia , Bouriab ( Bouri suivant M. Park) et Manda ( J Satulitujo suivant M. Park).
3e Eclaircissement.
Bordure septentrionale de la chaîne de montagnes limitrophe, te long de la Gambie , près du fleuve Nérico , à travers Tenda et If Ma , <i l'est.
Mungo Park nous a donné le premier quelques renseignemens sur cette contrée jusqu'alors in-
(ItTS. VUnterSotlom, Account oritem-Leonj,!. I, p. 184.
(2) Afcellu», Bcporl lo lue slerr.-Leona comp. In London, 1 793.
(3) X. Park, Trnvcls, In tcnnell Appentis, p>|. XXt.
connue : ce célèbre voyageur la traversa dans le voyage qu'il fit du cours supérieur du Niger et du Sénégal, à Barraconda sur la Gambie. Il erra longtemps de l'E. à l’O. , sous le 12° iat. N., à travers des déserts , sur un plateau couvert de forêts; enfin, sortant des déserts de Jalloncadou, il prit sa route vers Tenda sur le Nérico , à travers les états nègres de Saladou et Néola.
A Saladou, H. Park sortit des forêts de l’intérieur ( Tenda H ildemess) et entra dans une contrée toute différente; près de Tambacounda, à l'endroit où se partagent les eaux du Falémé supérieur et de la Gambie, il s'aperçut que le Schi ou arbre à beurre ( Schea foutu ) , qu'il arait partout rencontré dans l'intérieur de l’Afrique et qu’il regardait comme un arbre caractéristique de ces régions élevées, avait tout à coup disparu (1).
Arrivé plus à l'O. , il rencontra de nouveau des villes et des villages de Foulahs ; plus loin à l'E. il n'avait vu que des villes de Mandingos; après s’étre encore avancé quelque temps à l'O. , il atteignit le fleuve de Nérico ; à peine l'eùt-il franchi que les guides de la caravane s'écrièrent tout joyeux : « Nous sommes heureusement arrivés dans le pays du couchant! ( /and of the setting sun ). « On u’avait parcouru, jusque-là, pendant plusieurs mois, que des contrées montagneuses et couvertes de rochers; maintenant se présentait un pays plane, un sol de sable et d'argile. Les arbres étaient de nouveau chargés de singes (monJceys) ; il parait que, comme dans le Habech , ces animaux n'habitent pas la haute terrasse qui , sans don te, leur est trop froide. Les voyageurs rencontrèrent en même temps sur le rivage plane du Nérico , les premiers palmiers ( Ciboti) qui ont entièrement disparu sur la haute terrasse, et dont on trouve les derniers pieds à l'est, au-dessous du défilé de Camalia , près de la ville de Sibidoulou (c'està-dire ville du Ciboa, dans la langue des Mandingos ) (2). Avec la plaine de Toumbi-Tourila sur les bords du Sénégal, commencent ici 1rs terre* planes et d'alluvion.
Les Foulahs.
H nous est impossible, jusqu'à présent , d’in-
(1) I. Park, Travcli, pag 352.
(2) M. Park, Traveto, pag 253.
diqiter avec précision la limite naturelle de la Haute- Afrique , dans un pays aussi pru fréquenté que celui dont il est ici question. Cependant tous les phénomènes qu’on a observés ne nous laissent presqu'aucun doute sur sa véritable direction.
On pourrait appeler toute la terrasse de la pente occidentale, leplolenuon le pays il' Alpes îles Foulahs (Foullahs et l'oullos suivant De Barres), car ils sont la rare la plus remarquable de tous les nègres qui l'habitent. Tous les voyageurs s’accordent à faire leur éloge : ils l’emportent, par leurs qualités, sur leurs voisins des basses terres, les nègres de la côle(1), autant que les habilans de Cachemire l’emportent sur les Indous des basses plaines. Nous ne déciderons pas si le pays d’alpes qu'ils habitent est leur véritable patrie, ou s’ils sont aborigènes de la petiteconlrée montagneuse de Fouladou (Foo~ ladoo) sur le bord oriental du Sénégal supérieur. Nous savons seulement qu’ils sont dans un petit pays sauvage, un peuple chasseur rude et peu civilisé ; sur la grande terrasse occidentale , ils se distinguent au contraire par leurs mœurs douces et paisibles; ils y ont bâti des villes , et presque tous s’occupent avec soin de la culture de leurs terres et de leurs troupeaux. I,es Foulahs n'habitent pas seulement le royaume de Timbou ( Teemboo), ils s’étendent encore bien au delà, et forment la majorité des habilans (2), depuis le 4° lat. nord , jusqu’à la rive méridionale du Sénégal. Ceux qui habitent au nord du plateau, près de Podor et de Morphil , sur le Séuégal inférieur, ne forment qu’une seule colonie, les Foules et Poules (3) et sont placés sous la dotninaliond'un chef qui prend le titre de Siratii k( 4).
Les Foulahs sont encore le peuple le plus puissant dans le domaine supérieur du Uio- Grandc , sous le 10° lat. nord , et du «“jusqu'au 12° long. E.del’ile de Fer; c’est du moins ce que les anciennes relations des Portugais (3) du temps du roi Jean III ; ce monarque envoya une ambassade à Téniala, puissant roi des Foulahs. qui était alors en guerre avec Mandi-Mansa , roi des Mandingos. De Barres raconte qu'à la mêmeépoque , en 1334 , une grande guerre ( incendio de guerra), éclata au sud du paysdeMandingo et
|1) W inter boitant, 1. 1, psg. 200.
(3) colberry.p. 31.
(3) Donna, Voyage »u Mnêgil. t. II. p. 00.
(4) U Dat-tbe et Le Jaitle, voyage au SCnCgal, t. I, p. 40.
(0) 0e Barroa, Dec. I, lib. 3, c. II, toi. 38, b.
de Foulah. Les hordes qui firent irruption du pays appelé Fou ta { d’où vient le nom des barbares Fouta-dou ) étaient si nombreuses , qu’elles tarissaient les rivières sur leur passage ; tous les pays qu'elles traversèrent furent ravagés et détruits. Lrurs cruautés et leurs ravages firent autant de mal aux rois de Mandingo et de Foulah , que les Dalla aux empereurs d'Abyssinie. Plusieurs fois le roi de Portugal envoya des ambassadeurs à ces monarques pour leur témoigner la part qu'il prenait au malheur qui les frappait eux et leurs sujets. Peut-être ces invasions désastreuses sont-elles encore une trace de cette grande migration de peuples qui, partant du centre du plateau , s'est propagée dans toutes les directions. La manière dont ces barbares du sud apparurent et l'époque de leurs invasions sont les mêmes; nous croyons par conséquent que ces grands événemens simultanés doivent être regardés comme un fait commun à tout le plateau africain.
Os luttes avec les barbares de Foula et plus tanl avec les Mandingos qui devinrent toujours de plus en plus puissans , expliquent pourquoi l’on trouve encore des états Foulah sur la pente septentrionale du plateau. Divisé en un nombre infini d'états indépendans, ce peuple montagnard forme ici , comme nous le verrons plus bas, une grande ceinture de peuples autour de ce pays d’alpes (1).
Entre le Sénégal et la Gambie se trouve le pays de üondou (2), contrée fertile, habitée par les Foulahs, quoique soumise aux Mandingos. Comme sur la terrasse, ils se livrent ici à l'agriculture , entretiennent de nombreux troupeaux, se nourrissent de lait et de beurre et élèvent des chevaux. Leur peau, comme celle des autres Foulahs, est moins noire que relie des nègres et parfois même d’un brun olivâtre ; ils ont la physionomie agréable; leur nez n'est pas aplati, leurs cheveux , loin d’être crépus et laineux , sont doux et soyeux ( silky soft hoir ). Ils sont de belle stature, forts, robustes , dévoués à l’islamisme sans être bigots ; ils ont des écoles et des livres et regardent les nègres noirs comme bien au-dessous d’eux.
Les Foulahs sont, en général, un peuple paisible et doux, ils n'aiment pas le commerce comme leurs voisins les Mandingos et préfèrent une Tie agricole et pastorale. Cependant, à l’exemple de
(1) J. Rennell, ilam X Park'l, Tr. »pp , p. IXXXVIII.
(2) X. Parti, Irav., p. 87.
BOBD OCCIDENTAL, LES F0CLAU3.
beaucoup d'autres peuples montagnards, comme les Auvergnats, les Tyroliens, les Savoyards, ils descendent par bandes nombreuses dans les basses plaines (I) et se procurent toujours, par leur industrie ou leur activité, quelques richesses dont ils vont jouir ensuite dans leur patrie.
Plusieurs districts peu importons, habités par des Foulahs, s’étendent encore au S. E. de Bondou, p. ex. Brouka ( Hrooka ) et Foulahdou ou Fouta-dou sur le Sénégal. Wassela sur le Niger supérieur; on trouve même sur la rive septentrionale du Joliba, dans le royaume de Massina (â), une tribu de Foulahs pasteurs, qui payaient un tribut au roi des Rambarras.
Seetzen et Yaler (3) ont démontre par leurs savantes recherches linguistiques, que les Foulahs se sont même établis au milieu des Touariks d'Ader et d'Agades, jusqu'au 25° lat. N. et h PE. jusqu’à Darfour, ils vivent paisiblement au milieu des Touariks, sous le nom d 'Arabes l’/ie/Ma (Phalalija). Vers le sud, ils paraissent s’être répandus , sous le nom de Folgiens, jusqu’à la côte des Dents. Il est trcs-probable que les Foulahs n’ont été dispersés que par les barbares de Foula, car tout nous prouve qu’ils n’habitent pas depuis bien longtemps ces differentes contrées.
Rebabqce.
Langue des Foulahs, peuples d' alpes africaine,
La langue des Foulahs est la plus douce et la plus agréable de toutes les langues nègres et les voyageurs la comparent à la langue italienne (4). Suivant Winterbolloin , la langue de Sousou , qui se parle sur la côte de Sierra Leona , sur la terrasse de Tiinbou et à Jalloncadou. est un dialecte de la langue des Foulahs (3j. Les Mandingos, les Bouiloio et les Tinuuanis la comprennent, mais ne la parlent pas.
La Society for Missions to Africa and the East s fait imprimer une quantité de livres chrétiens dans la langue Foulab, pour avancer chez ces peuples avides de vérité, la propagation du christianisme , ou du moins pour s'opposer aux progrès de l'isla-
(1) Durand, t. II, p. 134.
(2) D Park, Tris., p. 214, Appendis, p. LXXXIX.
(3) V.ler, ailbrld.lvs, t. lit, 1 AljUi. , p. 143. Archives de Xoenlsberg, c. 12. p. 681.
(4) wintertvoUom, Account,!. I, p. 10. Golbcrry, p. 33. Durand, \oy , i. 1, p. 331 .
(6) Vocahularp ot ibeSoovoo, dans WinlcrDottoin. p. 362.
misme (1). Noos espérons que dans peu de temps nous pourrons citer les braves habitans do la terrasse de Timbo comme le premier peuple nègre chrétien chez lequel le commerce d’esclaves sera aLoli. Les mensonges que Macauley a débités dans YAfrican Institution ne sont pas do nature à détruire en nous cette belle espérance ; nous souhaitons aussi que, chrétiens sincères, ils ne cessent pas de se montrer aussi hospitaliers , aussi justes et aussi humains qu’ils l'ont été jusqu’à présent.
Les livres d’instruction introduits dans la langue du pays sont d’un avantage immense pour les nègres; ils mettent des bornes à la propagation de la langue arabe par le Coran , et arrêtent les progrès de la langue Gérai, espèce de patois portugais, qui est là ce que la langue franque est pour le commerce dans l’Orient. Des innovations aussi louables ne peuvent que conserver dans un peuple ces grandes qualités qui nous présagent qu’un jour il parviendra à un degré de civilisation trèf-ilevé.
Ou retrouve sur celle terrasse les mœurs chevaleresques dans toute leur pureté primitive dans les Pourah . espece d’association de guerriers qui rappellent les tribunaux vebmiques du moyen âge.
Les formes naturelles de ces pays d’alpes et le caractère de leurs habitans ont déjà attiré notre attention ; mais notre intérêt serait bien plus vivement excité encore, si nous établissions un parallèle entre des peuples d’alpes situés aux deux extrémités opposées , l’un à l’est , l’autre à l’ouest , et chez lesquels l’islamisme a également pénétré, nous voulons dire entre les habitans du pays d’alpcs de Cachemire et ceux du pays d’alpcs de Foulah. La comparaison serait encore à l’avaotage de ces derniers. En Asie comme en Afrique, même culture, même industrie, même activité, même habileté, mémo beauté; seulement , en Asie . ces qualités sont parfois relevées par la nature du continent et par la marche de la civilisation et de l'histoire. Mais la nature morale, dans ses manifestations primitives, est beaucoup plus pure cl plus naïve chez les Foulahs que de nos jours chez les Asiatiques, corrompus par la civilisation et plongés dans le vice et la sensualité. Le caractère poétique cl moral des Foulahs est fortement imprimé partout et surtout dans leur langue. La manière dont ils ont adopté la religion mahométane révèle leur sentiment religieux dans toute sa pureté; en se déclarant pour l’islamisme , ils ont écarté tout ce qu’il contient de sanguinaire et d'intolérant, et ont su conserver le même respect pour toutes lesautres religions, meme
(I) Wlotcrbottotn, p 352.
pour le christianisme (1); lit observent le pim profond silence quanti les chrétiens prient.
La langue des Foolahs est très-poétique ; Us possèdent au plus haut point le don de la parole et reloi de produire de fortes émotions ; toute expression dore des Européens fait sur eux une impression pénible, et la moindre altération de la voix influe sur leur rive sensibilité. La plut grande offense qo'on puisse faire i un Foulah est de parler sans respect de ta mire ; ils appellent cela a loi faire oolrage. a lit ont en général nne grande véoération pour les vieillards (2). Dès qu'un homme atteint un certain ige , il reçoit le titre honorable de père pa . que Ion place avant sou nom (p. ex. Pa-Ruoi, etc.); la femme celui de mère, ma (p. ex. Ma-Sbella, etc.); le vieillard celai de Les Sousous, en s'adres-
sant i quelqu'un qo'ilt veulent honorer, l'appellent : A'ammay /bores (Foori) (e'esl-èdire homme vieux) ; s’ils veulent lni faire beaucoup d'honneur, ils l’appellent : Tannum foorre , (c’est-à-dire vieux grand-père etc.). Le caractère paciGque et doux de ce peuple d’alpes africain, dont nous venons d'esquisser quelques traits , forme un pendant remarquable avec le people d'alpet du Habech, race également bien organisée et belliqueuse.