BORD OCCIDENTAL , TERRASSE DES MAND1NGOS
royaume de Bambarra , ici cesse la langue de ce pays et commence celle des Mandingos. Plus loin, à Kaarta, apparaissent déjà les cimes de montagnes plus élevées (1). Devant Bammacou, les montagnes s'avancent en rochers escarpés jusqu'au .Niger où elles rétrécissent et traverscntson cours impétueux et rapide; le Seuve précipite ses eaux par-dessus les rochers en bruyans rapides , précisément dans la contrée où , après avoir roulé au nord, il s’échappe des hautes montagnes, et commence (2) son cours large et magnifique h l'est, h travers les vastes plaines de la Nigritic où il devient navigable.
Là commence le défilé escarpé de Camalia (3) qui conduit à travers des monts sauvages dans le payshospitalierdes Mandingos. Mais des baudes de brigands rendaient dangereuse l’entrée du plateau; elles en défendaient l’accès au voyageur, absolument comme les llazortas celui du Taranta , les Galles celui du défilé de Duan sur la terrasse de Tigré, les Kourdes celui des défilés de l'Arménie. L'intrépide M. Park n'échappa que par miracle à leur férocité. Au-dessus de cette passe , se trouve Sibidou/ou , ville frontière du pays de Mandingo, située au milieu d'une magnifique vallée; elle repose à l'abri des désastres qu’entraînent les guerres avec les peuples voisins, les Bambarras, les Foulahs , les Mandingos. De là , jusqu'à la frontière occidentale où est situé le village de AVoroumbana, s’étend la terrasse cultivée qui forme le partage entre les eaux du Sénégal et du Niger, et dans laquelle on trouve du shiste, du quartz et des pierres ferrugineuses. Les Mandingos qui l’habitent regardent leur pays comme le plus beau du monde, et sc croient euxmêmes le plus heureux de tous les peuples. C’est là qu’est située Camalia, où Mungo Park dut sa guérison à l'hospitalité du nègre Carfa (i), et où il put reprendre les forces nécessaires pour s'en retourner.
De la terrasse de Mandingo, on voit s'élever à l’ouest, le haut pays de montagnes de Jallonkadou (3). C'est un plateau traversé par un grand nombre de rivières descendant des montagnes et coupé par des vallées qui courent parallèlement du sud au nord; couvert de forêts, hérissé de rochers, accessible seulement par des défilés
(1) a. Park, Trav., pas. 220.
(2) 1. Park, Ibid., pag. 237.
(3) a. Park, Ibid , pag. 240.
(4) a. Park, Ibid., pas. 233.
(5) a. Park, Ibid., pag. 232.
presque impraticables, il présente au voyageur un grand nombre de dangers. La caravane do nègres (i) le traversa le plus rapidement possible; on parcourut en cinq jours 20 milles geog.
(100 milles), de Kcnytakouro sur le kocora, l« plus oriental des ruisseaux qui alimentent le Sénégal, jusqu'à Sousita sur le Bafing, sans rencontrer une seule habitation; c'est pourquoi cette contrée est appelée par les voyageurs , le désert de Jallonka ; (la syllabe dou , qui se trouve à la fin de tous les noms de lieux , signifie terre dans la langue du pays). On eut 12 rivières à passer; le sol était presque toujours rocailleux et les bords des rivières se composaient de roches noires que Park appelle Jf /timtone; probablement ce sont des roches de basalte. La contrée était couverte deboisà i'épaisse feuillée, aux cimes hautes et ombrageuses ; dans les lieux bas et humides, on voyait de larges forêts de bambous ; souvent de légers ponts de bambous étaient jetes sur les rivières.
Plus loin , à l’ouest , le sol présentait encore * la même conformation , seulement il était plus habité. Sur le partage des eaux (2) du Bafing et du Falémé, dans le pays de AVorada et de Concodou , il fallut ensuite franchir une montagne élevée et rocheuse, dans laquelle on trouve beaucoup d’or vers le nord. Après neuf jours de marche forcée, on arriva enfin sur les bords de Falémé. De là , tout ce plateau se dégrade rapidement dans une grande profondeur ( great deteent). C’est ce que prouvèrent à Mungo Park les six affluens de la Gambie qu’il fut obligé de traverser sur la rive gauche, avant d'arriver au Nérico. Dans le second voyage que Mungo Park fit, en 1805, il repassa dans les mêmes lieux à l'ouest du Falémé , mais jl ne nous en dit rien de nouveau.
Cette pente de la haute terrasse est très-graduée à l’ouest (bu degrecs). Depuis le Falémé, elle semble ne plus faire qu’un seul gradin avec la terrasse des Foulahs; beaucoup moins élevée en ce lien , elle donne naissance à la Gambie, rivière très-pauvre , tandis que dans le Jallonkadou, où elle est plus élevée, elle alimente les sources du Sénégal et du Niger. La pente de cette haute terrasse vers l’est ou vers l’intérieur de l’Afrique est très-subite et trcs-escarpée. Suivant des informations prises sur les lieux mêmes , les sources du Sénégal et du Niger sont situées sur
(1} I. Park, Tr*v , pag. 320.
(2) S. Park, Ibid., pag. 340.
le plateau , au sud de la route des caravanes , et éloignée d’environ 30 milles géog. l’une de l’autre; elles se trouvent h peu près sous le 10° ou 11° de latit. nord. Cette pente du haut Soudan, prolongée ainsi à l’est, se trouverait sous la même parallèle que la pente de la llautc-Ethiopie.
lre Remarque.
Analogie dans la formation des plateaux.
Cette première terrasse, située au sud de la route des caravanes, que nous avons citée plus haut , est encore pour nous une terre complètement inconnue, et nous ne savons rien de plus d'elle, sinon qu’elle existe : le journal seul de Mungo Park nous fait connaître le passage des caravanes nègres sur sa pente septentrionale; c'est par là que les marchands du pays de l’intérieur communiquent avec cens des côtes de la mer , à l'embouchure de la Gambie.
Comparons cette route avec celle que nous avons décrite plus haut, au bord septentrional des Alpes du ilabech, c'est-à-dire avec la route qui conduit de Sennaar au rivage de la mer par Ras cl-Fil, le Lamalmon , les afûuens du Tacazzé, et l’avantterrasse d’Axuro : nous serons frappes de la ressemblance que nous offrira la nature dans tous ses phénomènes, à l’est et à l’ouest, sur le bord septentrional du grand plateau. Placés au centre de l'immense plateau , portons nos regards à l est et à l'ouest, et les mêmes rapports, la môme similitude se présenteront à nos yeux étonnés. Les noms des pays que Mungo Park traversa ne semblent être tous, plus ou moins, que des appellations synonymes dont la signification primitive rappelle le mot Kong (montagnes) , et ne désigne probablement qu’un pays montagneux (1). De là vient sans doute aussi le nom de Kong que portent les montagnes tracées plus à l’est sur nos cartes, et dont Mungo Park a aperçu du Niger les hautes cimes; elles courent au sud et sc trouvent à 10 journées de marche de Ségo.
On ignore encore aujourd'hui quelle est la largeur de cette terrasse de montagnes qui horde le plateau , au nord. Mungo Park , dans sou second voyage à travers Koncodou et Foulahdou , parcourut uneconlréesituée un peu plus au nord que cette haute terrasse, et il en toucha souvent la bordure septentrionale dans son second voyage (voyez plus bas, deuxième terrasse . Reunell regarde, d'après Mungo Park , comme appartenant encore à la pre-
(1) Mungo p«rk, Appendis, p. XIX.
mière terrasse, les pays de Foulahdou , de Broka, une partie de Kasson , Kaarta , et l’ouest du Bambarra ; pour nous , nous croyons qu'ils sont compris dans la seconde terrasse qui aurait alors la forme d'un grand triangle; une ligne tirée du fleure Néola à l'ouest jusqu'à la Gambie , à l’est jusqu'à Jabbi sur le Niger dans le Bambarra, en formerait la base ; son sommet toucherait aux cataractes de Félon du Sénégal , dans le royaume de Kasson ; le partage des eaux du Falémé , du Nérico et du Néola serait le côté occidental du triangle , et la ligne tirée de Jabbi aux cataractes de Félou , le côté occidental.
Nous laissons à de nouvelles découvertes le soin de confirmer ces données ; un seul fait nous semble certain, c'est que cette seconde terrasse inférieure que Mungo Park a traversée, entoure connue d un demi-cercle, la première haute terras-e où se trouvent les sources du Sénégal cl du Niger , et qui est restée, jusqu'à présent, impénétrable aux voyageurs.
2e Remarque.
Découverte des sources du Sénégal, de lu Gambie et du Rio-G ramie par Mollien .
Le voyage de G. Mollien (1) avait pour but de découvrir les sources du Sénégal , de la Gambie et du Niger (Dilli-fia) , et aurait pu donner des révélations très-importantes sur celle contrée du monde jusqu'alors inconnue. Des obstacles insurmontables s’opposèrent à la dérouverte des sources du Niger; celles des quatre autres fleuves, le Sénégal ou Baflng , le Faléraé , la Gambie et le Rio-Grandc se trouvèrent si près l’une de l’autre, enlro les 13° 20' et les 13° 38’ long, est du méridien de Paris et le 10° 6’ et le 10° 37’ de lat. nord) , qu’elles doivent être situées sur le même plateau de Timboct de Labba, à quelque* journées de marche l’une de l’autre. Mais la précision astronomique de ces indications nous présente beaucoup de doutes, surtout parccqu’elles s’éloignent sensiblement des idées adoptées jusqu’à ce jour d'après les rapports de Mungo-Park (2). La jeunesse du voyageur ne nous offre pas d'ailleurs assez de garantie* pour admettre légèrement scs données. On trouve dans ses récits
(1) G. Mollien, Voyage dans rinlf rieur de l'Afrique an* sources du Sénégal el de la Cimtitc fait eu 1818, etc. Pari*, 1820, t. I cl II, ln-8".
(2) Comparez Eyrirs, Observations gén-r. sur lesdèeeijvertes en Afrique, par Mo lien, etc., et sur la carte jointei sa relation, Ibid., pag. 291 310.