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même, c'est-à-dire jusqu'à Taffara, et Jabbi. C'est une langue gutturale (1) comme celle de tous les peuples montagnards.
La conformation des Mandingos s’éloigne entièrement du type connu des races nègres ; leur physionomie se rapproche plus de celle des Hindous au teint Foncé , que de celle des nègres entièrement noirs. La couleur la plus claire , chez eux, est l'olivâtre; leur visage est régulier, ovale, plus agréable que celui des nègres des bassesterres, leurs voisins; leur taille est belle, haute, élancée ; la barbe est, chez eux , le signe de la liberté; leurs vétemens sont faits d'étoffes de coton (2). Ils ont l'air ouvert, gai et bienveillant; leurs manières sont simples, nobles et adroites: ils sont curieux, compatissans et hospitaliers. Leurs chefs se distinguent par leur éducation, leurs connaissances et jouissent d'une grande considération , près du peuple. L'hospitalité et la compassion désintéressées qu'ils témoignèrent à l’infortuné Mungo I’ark lorsqu'il se présenta à eux demi-nu, malade, semblable à un vagabond repoussé par les hommes, infidèle maudit du ciel selon leur croyance, doit leur assurer, dit llennell , une haute place parmi les peuples de la terre; la générosité, la sensibilité dont ils firent preuve alors, peuvent servir de modèle, même aux Européens. Sous le rapport de la délicatesse et de la pureté de leurs sentimens, ils mériteut bien le titre d 'Hindous île l'Afrique , que leur a donné ce grand géographe (3).
Les Mandingos des hautes terres ont une constitution républicaine; dans toutes les provinces conquises, la forme du gouvernement est une monarchie tempérée par le conseil des anciens; leurs colonies sont soumises h une constitution aristocratique (1). La religion mahométane s'est répandue partout où ils ont pénétré, et la Gambie (3) n’est déjà plus aujourd'hui , comme le croyait Golberry, la limite entre l'islamisme et le culte des Fétiches. L'islamisme , né sous le même climat que les nègres et légitimant la polygamie, trouve un accès plus facile dans ces contrées que le christianisme. Chaque village a son école où on lit et explique le Coran. Quoiqu’a Hachés encore au fétichisme, ils sont de zé-
(1 ) Winterbottom, Account, t. I, pag. 10.
(2) Durand, Voyage au Sénégal, 1. 1, pag. 330. Golberry, pag. 285.
(3) Mennell, Appcndlx A X, Park, P. ICI!.
(4) X. Park, pag. 19. Durand, Voyage, I. I, pag. 310.
(5) Golberry rr.j p. 39.
lés mahométans , mais leur dévotion est exempte de fanatisme et ils sont pleins de tolérance pour les hommes d'une autre croyance. L’islamisme a pénétré avec eux à l'ouest (I), sur le Sénégal, par Woulli et Barraconda, au-dessous des cataractes jusqu'à la mer, près de la Gambie où le royaume de Barré esl gouverné par des Mandingos (2). Dans les états nègres soumis aux Mandingos la masse de la population appartient aux Cafirs ou infidèles.
Chaque ville (3) a un juge ou alcade et les habitans libres de la cité se réunissent pour délibérer sur les affaires, dans des espèces de palavers. Les lieux d'assemblée sont des échafauds trèsélevés que l’on dresse sous des arbres au vaste feuillage. Leurs procès se jugent d’après la coutume ou d'après le Sharra , commentaire du Coran, et les avocats sont très-exercés à la parole.
Les Mandingos l’emportent sur les peuples voisins autant par leur esprit commercial que par leur habileté gouvernementale. Ce sont les marchands les plus entreprenans, les plus adroits et les plus riches que l'on trouve depuis le Niger jusqu'à la mer. Le commerce de l'or du Bambouk (4), le trafic des noirs, celui de l'ivoire est presque exclusivement entre leurs mains; les Jololfes babitans des rives du Sénégal y prennent seuls quelque part. La contrée de Bomlou (3) dans le Mandingo est là, comme Kaboul et Kandahar en Asie , la véritable voie de communication; c'est dans ces nombreuses passes étroites que la plupart des caravanes prenuent leur route pour aller de l'intérieur du pays à la côte. Aussi les plus grands revenusdu roi sont le produilde l'impôt qu'on y lève sur les voyageurs.
Le commerce d’esclaves est moins barbare chez les Mandingos, en ce que la loi leur défend de tuer ou de vendre les esclaves nés dans leur maison. Ils n’exportent de leur pays que ceux qu'ils prennent à la guerre ou qu’ils reçoivent de l’intérieur de l'Afrique (6).
Les Mandingos sont très-disposés à recevoir les améliorations elles progrès; déjà la manière de cultiver la terre et les usages des Européens ont été transportés par plusieurs d'entr'eux.sur le plateau jusqu'au Falémé (7).
(1) H. Park, p. 35.
(2) Durant!, Voyage, t. F, p, 120.
(3) M. Park, p. 21.
(4) Durant!, Voyage, I. Il , p. 290.
(5) X. Park, p. 52. Durand , Voyage, t. Il, p. 280. *
(6) Durand, Voyage, t. I, p. 124.
(7) X. Park, p. 346.
BAUTl-ArBIQEE : IV' DIVISION , $ 17.
Le siège de ce peuple montagnard né pour la domination et l'empire semble être ainsi b la pente septentrionale du Haut-Soudan. Un phénomène très-remarquable aussi, c’est l’apparition de leurs colonies et de leurs missions pour la propagation de leur puissance et de leur foi, sur les pentes occidentale et septentrionale. Ces colons et ces missionnaires Mandingos ne le cèdent en rien aux colons et aux missionnaires européens sous le rapport du zèle et de l’habileté avec lesquels ils poursuivent leurs projets et leurs plans ; on pourrait dire , sans crainte d'exagération, que souvent même ils les surpassent.
Leur colonie la plus occidentale est le royaume de Barre où est situé Yllifri , h l'embouchure de la Gambie (1); le roi de Barre est le souverain le plus puissant , sur ce fleuve.
Sur le cours supérieur du fleuve Géba qui se jette dans la mer , au nord du llio-Grande, habite une colonie de Mandingos (2) peu nombreuse, mais très-remarquable par la considération dont jouissent ses membres. On les appelle Mullahs , c’est-à-dire prêtres; semblables aux Mara-Bouts du nord de l'Afrique, on les regarde comme des hommes sacrés; exempts d'impôts en faveur de leur piété, ils amassent presque toujours d'immenses richesses (3). Ce sont souvent des voyageurs nomades très-riches, car une partie du commerce des côtes avec la terrasse des Foulabs est dans leurs mains. Dans tous les lieux où ils passent ils sont reçus par les plus distingués des habitans et sont conduits dans la demeure du roi. Ils portent toujours avec eux de l’encre , un roseau et du papier, et en échange de l'hospitalité et des présens qu'ils reçoivent , ils écrivent pour leurs bôles des sentences du Coran appelées Gris-gris (4) que les nègres regardent comme de précieuses amulettes. A l’exemple des Mullahs, Mungo-I’ark écrivit ainsi le Pater noster.
Dans le Timbo (3), sur la terrasse des Foulabs, ces Mandingos sont appelés IS'yamatas ou Nyalas, noms qui viennent peut-être du mot tttulta/i ; ils connaissent l'art de travailler l’argent et l'or et savent donner au cuir une magnifique couleur; ils en font du maroquin et le rendent propre encore h un grand nombre d'usages. Ils
(1) Durand, l. I, p. 122.
(2) Bcarer'» arricao lemorand», p. 323.
(3) Procrcdlng» ofauoc. of Africa , I. I, p. GS. (41 ». Pars, p. 39.
(3) Wau ai wintrrDoitom dans Beaver, p. 363.
enseignent aussi l'islamisme et le peuple croît qu'ils conversent avec Dieu. Ils manient la parole avec habileté et, seuls, ils osent dire aux rois nègres la vérité en face. Lorsque deux peuples nègres sont prêts d'en venir aux mains et qu'un Nyamalah se présente au milieu d’eux , il* sont tenus de suspendre leur fureur et d’écouter ses paroles avant de vider leur querelle par les armes; souvent les Nyamalahs pacifient ainsi les ennemis les plus acharnés.
Des Mandingos se sont établis aussi sur la côte de Sierra Leona(l),hquelques journées de marche de la mer, sur la pente des pays montagneux ; ils y ont fondé des écoles où ils enseignent l’arabe et expliquent le Coran. Ils ont converti beaucoup de nègres à l’islamisme , entr'autres les Sousous, et ont détruit, chez eux et chex d’autres peuples barbares , l'usage infâme d’enlever les hommes et de sacrifier des victimes humaines. Avec eux ont disparu , en partie , ces guerres continuelles qui dépeuplaient régulièrement le pays. L’agriculture, l'industrie et le commerce répandent leurs bienfaits sur toutes les contrées qu'ils visitent et la considération dont ils jouissent les a rendus possesseurs d’une immense étendue de pays ; leurs colonies se sont établies d'abord sur le fleuve Kissi (A ïssee), et c’est là qu’ils ont jeté, il y a environ un siècle, les premiers fondemens de leur domination pacifique déjà si étendue aujourd'hui sur la terrasse desFoulahs.C’élaitpours’opposer à la propagation de l'islamisme par les Mullahs, qu'on fit imprimer à Sierra Leona , des livres chrétiens dans la langue des Foulahs. Mnngo-Park proposa de répandre le christianisme chez ces peuples , au moyen de catéchismes écrits en arabe et, dans son second voyage, il distribua un grand nombre de bibles traduites en arabe.
Ces Mandingos ont déjà pénétré , à travers le pays de l'intérieur, jusqu'à la côte de Guinée et dans le royaume de Dahomey (2); ils y portent le nom de lUalley ». Ils jouirent d'abord d’une grande considération à la cour du roi à cause des avantages qu'on tirait de leur habileté et de leur connaissance, mais on les garda bientôt comme prisonniers; on leur laissait toute liberté dans le pays , excepté celle de retourner dans
(1) Wlnlcrbottom Xccounl of Sierra-Leon», 1. 1, p. #„'e» Report by tbe court ordlrvctor» or Sierra-Leon» to tbe boute of Commoo».
(2) X. Bain! BUlory of Babooiey,p. 133