BORD SEPTENTRIONAL , LES MANDIXGOS
leur patrie. Les relations de leurs voyages (1) au sud sontpeu authentiques jusqu'aujourd'hui; elles se rapportent peut-être plutôt aux expéditions des Gibhertis du Habech, car, au milieu du seizième siècle, il exista des relations (2) entre ce royaume et l'Afrique occidentale à travers l'intérieur du pays.
Sur toute la côte occidentale de l'Afrique, le nom de Mandingo est devenu, chez les nègres, un titre d honneur dont chacun se parc volontiers. Dans l’intérieur de ce pays où ils vont propager l'islamisme, ces Mandmgos sont connus sous les noms de Marabouts , Marbouts, Maharabouts.
REMARQUE
Ressemblance de famille entre les peuples ; contraste
des nègres montagnards et des nègres des plaines.
Tons cens qui ont visité ces contrées ont été frappés d'une observation très importante poor 1 histoire universelle des peuples , c’est qu'ici, en Afrique, la différence entre les individus est moins grande, l'homogénéité des peuples, considérés, comme masses, plus forte, plus dominante que dans les autres parties du monde. Au-dessus de tous les habitans de l'Afrique plane une conformité générale (3) qui a sa cause dans la simplicité et l'oniformité des rapports au milieu desquels ils vivent. Conformation physique, genre de vie, nourriture, costume, tout chez eux se rapproche et se ressemble. La marche de leur développement intellectuel est presque partout la même ; leurs langues mêmes, leurs constitutions politiques présentent dans deslieox opposés (4) les plus touchans rapports. Cn air de famille, une merveilleuse ressemblance. sur laquelle nous reviendronspluslard, les unit tous comme des enfans d'une mère commune (a national family likeness).
Citons à l’appui de celte observation un exemple tiré de leurs mœurs politiques, baizel qui vécut deux ans à Aborney , situé à 60 milles géographiques ou 300 milles anglais de Wbydah, dans les terres, nous rapporte que, dans le Bénin même, les fonctionnaires les plus considérés et les ministres ne s’approchent jamais du roi qu’en rampant et en souillant dans la poussière leur tête et leur corps. Jobsou remarqua le même usage en 1621) à Tenda, sur la Gambie, 166 milles géogr. plus
loin à 1 est , Drownc fut témoin de cette cérémonie dans le Dar-Four, 600 milles géogr. plus à l’est, et cette coutume est conservée comme un symbole dans le rojaume de Bornou (1).
Et cependant tous ce» peuples sont séparés l’un de l'autre en groupes différens, de la manière la plus prononcée.
Les nègres des côtes diffèrent autant des nègres montagnards 2), cn habileté et en expérience, que les paysans diffèrent, en Europe, des habitans des villes. Les nègres qui vivent seulement au milieu de leurs semblables et ceux qui sont en communication avec les Européens ont pris, dans leur développement, deux directions tout à fait différentes.
Le nègre montagnard de la terrasse des raandingos et le Foulah différent complètement des nègres des plaines, par exemple du Yoloff ; impétueux et fort , parlant une langue riche et énergique, celui-ci est belliqueux et a la peau noire comme l'ébène ; par exemple encore, du Serawoulli, à la peau luisante et noire (3) , qui vit dans le Kadschaaga, sur le Sénégal : c’est le Saragolees des Portugais et le seracolet des Français.
Les nègres montagnards se distinguent encore entre eux par des traits caractéristiques , comme le Mandingo du Foulah, qui d'ailleurs se rapproche de très-près du premier. Ces deux peuples vivent aujourd'hui en bons et pacifiques voisins (4).
11 est à remarquer que les petits peuples nègres isolés, habitant la bordure septentrionale de ce pays d'Alpes que nous avons appelé terrasse des Mandingos. noos apparaissent partout sous un jour moins favorable que les habitans des hautes terres. On nous les représente (5) tous comme moins développés, moins civilisés que leurs voisins des hauteurs ; tels sont les Kassou qui exercent leurs brigandages près des cataractes de Félou, les lâches et voluptueux Bamboukaius, les grossiers et stupides Kaartas et llambarras, etc.
Le peu de connaissance que nous avons de ces peuples qui habitent la limite entre les hautes et les basses terres ne nous permet pas encore d’en tracer exactement le caractère et les mœurs. Un fait qui nous saisit et nous étonne, c'est l'analogio de celte bordure du plateau , à l’ouest , avec la ceinture des races Shangalla qui entoure le plateau
(1) Valte-Enm, De*rrlpf. de l'Afrique.
(2) i*c Carre* , Asn Bec. I, llb. 3, c. 11, toi. 38, b.
(3) ». Park, Trav., pag. 561.
(4) Olaudab Equiano, pag. Ô3, et Durand , Voyage, t. Il, P*g. 315.
(1 ) Proceedlngi of lhe afr. as»., 1. 11, pag- 35! , et t. ! , P»g- 349.
(2} ». Park, Trav., pag. 10.
(3) ». Park, Trav., pag. 64.
(4) Watt et WintcrboUoro.
(fi) Celberry, pag. 31, 143, et ». Park,Ji>ag. 7i.
sue
do l’est. Ici, comme à l’est, ce sont toujours cos peuples qui subissent en plus grand nombre la condition de l’esclavage. Ils sont formés probablement par les débris de races barbares plus anciennes, qui auraient trouvé un asile contre la puissance envahissante des races postérieurement arrivées, dans ces lisières de montagnes impraticables que la nature semble avoir élevées comme des forteresses dans toutes les parties du monde, pour la défense des peuples aborigènes.
8” Éclaircissement.
Second royage de Mungo-Park par-dessus la terrasse moyenne du pays montagneux à t'est du Kambouk ; ou royage du Ha/ing, principal bras du Sénégal , au Ikigcr.
Pour compléter les ilocumens antérieurs que nous avons exposés dans les pages précédentes, nous avons maintenant à examiner en particulier les résultats du second et malheureux voyage de M. Park à travers la contrée qui s'étend à l’est du Bainbouk. C'est dans cette étendue de pays que tant de compagnons de son expédition trouvèrent leur tombeau ; c’est là que Mungo-Park lui-mème ertt à lutter avec toutes les horreurs et tous les dangers; le magnanime voyageur en sortit victorieux, comme par miracle, pour y succomber , quelques mois plus tard , dans les eaux du Niger.
Le but de son voyage était de découvrir le cours définitif du Niger ; nous en parlerons plus tard, en son lieu, nous ne suivrons ici le voyageur que jusqu'au Niger qui s’échappe a l’est de cette terrasse de montagnes. Ces relations ne se composent que de notes fugitives (1), écrites à la hâte pendant le voyage et que Mungo-Park put faire parvenir au inonde avant d’ètre enlevé par la mort; ce ne sont que des fragmens isolés, et il est impossible de 1rs faire entrer dans une exposition géographique , comme un ensemble continu. Cependant la géographie doit conserver, au moins comme notice historique, les dernières et précieuses observations du grand voyageur , jusqu'à ce que d’autres jettent plus de lumière sur cette contrée.
Mungo-Park qui, par son premier voyage, avait donne à la géographie une forme nouvelle,
(1) Tbc Journal of a mission to IbP Intcrior nf Africa In the jrear 1805, by Mungo-Park. Togetcher wlita olbcr documents, de. , with an accounl of the lire of M, Pari, tond., 1816.
résolut, après dix années de repos passées en paix au sein de sa famille, d’en entreprendre un second plus périlleux encore. II voulait descendre le Niger , depuis sa sortie du pays des Mandingos, prèsdeBammakou , jusqu’à son embouchure. Il fut déterminé à celle grande entreprise par l’hypothèse devenue en lui presque une certitude, que leNigerinférieurétailidenliqueavec le cours supérieur du Congo ( Zaïre ).
11 fut accompagné par Anderson , un de ses parens, et par le peintre Scott, jeunes gens pleins de courage, et d’enthousiasme, compatrioleset amis. Le roid'Angleterrenomma Mungo- Park capitaine en Afrique, et Anderson son lieutenant. On lui accorda pour son voyage une somme de 8,000 liv. st. Le 50 janvier 1805, Mungo-I'ark mit à la voiledes côtes d’Angleterre, accompagné, outre de scs deux amis , de quatre charpentiers; il acheta, auCap-Vert, 41 ânes pour porter les bagages, et engagea, avec la permission du gouvernement, 53 volontaires de la garnison anglaise de Corée ; on leur promit double solde pendant l’expédition et leur congé au retour. Ilpritcncoreavec lui un officier , le lieutenant Martyn , et deux matelots pour former l’équipage de la barque qu'il devait construire afin de descendre le Niger. Il lui fut impossible d’engagerunseulnègrcà veniraveclui. 11 remonta ensuite la Gambie jusqu'à Kayi ( Kayce ), près de l’isania, d’où il avait pour la première fois, commencé son voyage. Le 2G avril 1803 , il écrivit à Jos. Banks que, dans six semaines (1), il espérait boire à la santé de sa femme et de ses enfans dans les eaux du Niger.
A Kayi , sur la Gambie , un prêtre mandingo , intelligent et fidèle, nommé lsaaeo, se montra disposé à accompagner 1rs blancs en qualité de guide et d'interprète. La caravane, bien pourvue de munitions et d'armes , accompagnée d’un riche transport de marchandises, de présens et d'instrumens , s'engagea , pleine il’esperance et d'ardeur, dans le sein de la mystérieuse Afrique.
Le départ de Kayi , de l'isaiiia et Madina, fut retardé jusqu’au 11 mai; la saison de l’année la plus favorable au voyage s’etait passée dans ces entrefaites; ce jour même tombaient les premières pluies des tropiques, accompagnées des tornados si dangereux pour les Européens. Les caravanes, même des nègres, ne voyagent jamais dans cette saison orageuse des ouragans et des pluies, et l’entreprise des Eu-
(1) Account of the llfc of Mungo l**rk, p.
BORD SEPTENTRIONAL, TOYACE DE HlINCO PARE
ropëens était ainsi d'une témérité audacieuse. Il fallait ou différer sept mois encore, jusqu'en novembre, le voyage préparé à si grauds frais , ou atteindre en toute hâte les bords du Niger. Dans cette alternative , on presse le départ ; mais desobstaclesimprévusrctienuent plus longtemps qu’on n'avait pensé : les bétes de somme et les hommes n’avancent qu'à petits pas; les difficultés que présentent le passage des fleuves , des combats fréquens avec des tribus nègres; un grand nombre d'accidens fâcheux arrêtent et retardent la marche; un essaim d'abeilles (I) fond avec fureur sur la caravane , fait périr sept des ânes qui portent les bagages, couvre les hommes de douloureuses piqilres, disperse la caravane, et peus'en faut qu'il nemetteflnà tout le voyage.
l)u 11 mai au 13 juin, Mungo-Park s’avança le long de la rive septentrionale de la Gambie, jusqu'à Fankia (13° 22’ 30" lat. N.) (2) et resta sur l'ancienne route qu’il avait parcourue à son premier voyage et que nous avons indiquée plus haut. A partir de Fankia , près du Bafing supérieur , il tourna plus au nord avec sa caravane et s'engagea à travers des contrées nouvelles et inconnues.
Ce second voyage nous apprend peu de choses nouvelles sur cette étendue de pays , déjà traversée. La route des éaravancs allait toujours, comme la première fois, de l’O. à l'E. à partir de Madina , sur la rive septentrionale de la Gambie ; ccpcrtdaul celte fois , elle évita les sinuosités du fleuve, pour abréger la route; le 14 mai, on entre, à l'est de Koussai ou Sisecounda.dans le désert des forêts de Simbani (3). Le 16 , ou passa le fleuve Ncaulico, et le 17, le Nérico. Au delà de ce fleuve, les voyageurs entrèrent dans le désert de Tonda , où on franchit la première chaîne de montagnes du bord occidental du pays montagneux à l’est de Suutitabba , sous le 13” 33’, 53” laL N.; c’est de cette chaîne, que coule la rivière lïealo-Kaba. Mungo-Park appelle celle passe de montagnes. Panorama- H il I, à cause de la scène magnifique qui , sur cette hauteur, se déroulait à sa vue. De là, s’étendait à l’est le pays montagneux (4) et , arrivés sur la terrasse plus élevée, les voyageurs aperçurent de nouveau le Sc/ii ou arbre à beurre -, le premier qu'ils rencontrèrent, à l’est de Sibikillin était chargé de fruits qui, à la fin de mai , n'étaient pas murs encore. Le sol
(1) P.rk Journal , i>a; 07.
<2) Viril Journ , pal 65.
(3) Pirk Joum.. pag. 18, 30.
(.4) Hrk Jouriul , psg. 38.
était de nouveau couvert de minerai de fer, et on rencontrâmes fonderies des babitans des montagnes. A l’est de Badou ( llndoo ) où la Gambie tourne subitement du S.-E. à l'ouest son cours peu connu jusqu'aujourd’hui, commence un pays montagneux hérissé de rochers et dont le sol est parsemé de débris de quartz et de pierres ferrugineuses. La route conduisit , dans ce pays, à travers Jouli-Founda (I), ville importante qui compte deux mille habitons et où passe la route commerciale de Bain barra, qu and la guerre ferme les autres chemins aux caravanes. Les habilans commercent avec le crédit que leur font les marchands européens sur la Gambie , le Rio- Nuncz et à Kajaaga. Ils se nomment Jouli, par opposition, aux Slalis ou marchands qui commercent sur leurs propres capitaux. Le roi de Foula-Jalla les a forcés de se faire mahométans. La position de cette nouvelle colonie est très-favorable au commerce, car elle esl située entre les sources d’un affluent de la rive droite de la Gambie et le partage des eaux du Falémé.
Le 7 juillet, Mungo-Park atteignit au-delà du partage des eaux de la Gambie et du Sénégal , le Samakou (2). premier affluent gauche du Falémé, qui va se jeter dans ce fleuve, au nord. Son nom lui vient des innombrables troupes d'éléphans qui se baignent dans ses eaux. C’est là la dernière limite pour les éléphans sur la terrasse des montagnes; les voyageurs n'en trouvèrent plus audelà jusqu'au Niger, au-dessous de Itammacou, où ils aperçurent un très-gros elépbant dans une ile, près des cataractes du Niger.
Après avoir franchi le cours rapide du Falémé, les voyageurs arrivèrent aux mines d'or de S/irondo (3) , les tornados et les pluies des tropiques exercèrent alors une influence terrible sur la santé des Européens; déjà douze membres de la caravane étaient tombés malades ; alors commença pour Mungo-Park le temps des inquiétudes et des malheurs , et il fut saisi d’effroi à la pensée qu'on n'avait fait encore que la moitié du voyage. Sh rondo est situé sur la frontière méridionale du pays de Bambouk, si riche en or, à un quart de lieue de mines d’or très-riehe» qui . d’après la description détaillée de Mungo- Park , ressemblent entièrement à celles du Bambouk (4); on sépare l'or, en le lavant, du sable et des fragmens de quartz qui le contiennent. On
( l ) Park Journ., pas. 44.
(3) Park Journ., pas. 60, 142.
(3) Park Journ., pas. 53, 60, et Addenda, p. XIX.
(4) Yoy. plua haut : Baotbouk, terrant de l'Or.
trouva encore des lavoirs d’or aussi productifs à Diudikou, une journée de marche plus à l'est. Dans ces deux endroits , on tire le sable qui contient l'or dans des fosses à ciel ouvert , qui ont jusqu'à douze pieds de profondeur. Il appartient au sol d'alluvion de la chaîne de montagnes primitive, située entre le fleuve Falémé ( Bafaleme) et le fleuve Fing ( Ba-Fing ) , ou au Sénégal supérieur, où le sol est parsemede fragmens de quartz et où on trouve ce sable alternant avec une espèce de terre jaune, des pierres ferrugineuses et des cailloux de quartz, gros commeunœufdepi gcon.Ces mines sont d’une très-grande richesse, car , en présence de Mungo-Park , une négresse retira d'une demi-livre de sable , un grain d'or, en deux minutes; ainsi le lavage avait donné plus de 1/1000 d’or. Ce résultat est très-important; car les lavoirs les plus productifs du Brésil (I) ne donnent pas 20 grains d'or sur deux tonnes, et ainsi seulement 1/18000 du cascal/iao ou sable d'alluvion qui contient For du Brésil. Dans les mines de l'Europe, on exploite souvent le minerai pyriteux pour en retirer For; il ne donne que 1/100000 de ce métal, et ce produit est encore avantageux. Les mines de l'Afrique surpassent ainsi de beaucoup les précédentes et , si elles étaient bien exploitées, elles produiraient assurément de très-riches trésors.
Mungo-Park trouva à Shrondo , chez le frère de son ancien hôte Karfa , qui l’avait reçu à Kamalia, dans le pays des Mandingos. une grande collection de livres arabes; il l'augmenta, à la grande joie de celui qui recevait le présent, de la traduction arabe du Nouveau Testament (2) , dont llungo-Park répandit encore un grand nombre d’exemplaires en Afrique.
A partir de ce lieu, commencent les montagnes sauvages et rocheuses de Koncodou, formées par des roches primitives, que I'ark compareau granit rouge de la Corse. La contrée prend un aspect accidenté et romantique; l'œil s'étend sur des jientes de rochers aux flancs escarpés et nus, dans des vallées sauvages, sur des champs, des terres cultivées , couvertes de villages ; sur les hauteurs, les regards plongent à travers les vallées qui courent, au nord, jusqu'au Falémé et au Ba-Fing, et, au sud (4). jusqu'aux montagnes du pays le plus élevé, dont les chaînes s'étendent, suivant l’indication expresse de Mungo- Park , de l'ouest à l’est, dans la même direction
(I) \aj. Mme Trjvell lner.U1, pas. 227,
t2) Park Journal, pas, 58, fS) Park Journal, pas. 60.
que les montagnes de Konkodou. On ne voit plus de lions sur les hauteurs, quoiqu'on les trouve en grand nombre au pied des montagnes, dans les basses terres.
Mungo-Park voulait éviter probablement, cette fois, cette haute chaîne de montagnes, où souvent les passes sont impraticables, etdont ilavait connu toutes les difficultés dans son premier voyage. C'est pourquoi, en sortant de Fankia, il avait pris sa roule plus au nord ; mais ce chemin ne fut pas plus commode , et il semble u'avoir fait qu'un détour. 11 ne nous parle pas, dans son journal, de cette circonstance. La route s'avance de là à travers Konkodou et Foutadou.Ou franchit la montagne de rochers de Tambaura, au nord-est de Fankia, et on arrive à Fajrmmiia (1), résidence du chef le plus puissant de Konkodou , où les caravanes sont obligées de payer un très-fort droit de passage. Mungo-Park tomba malade en ce lieu. De là on s'avança au Ba-Li ou fleuve du Miel, qui forme une inflnité de cascades dans un lit coupé par des rochers de basalte ( H'binstone ). A l’est de ce fleuve, se succèdent sans interruption des villages et des champs, jusqu’à ce qu’on atteigne les montagnes rocheuses qui forment le partage entre les eaux du Ba-Li et du Ba-Fing. Les amas d’eau qui sc trouvent dans les enfoncements des rochers sont remplis de tortues ; les forêts sont couvertes de singes. Les masses de granit qui surgissent de toutes parts donnent à la contrée un aspect pittoresque, indescriptible et grandiose qui surpasse tout ce que Mungo-Park avait vu jusque là. Le 26 juin, on arriva au fleuve Ba-Fing, que l'on passa sur de frêles embarcations. Ce fleuve était large , navigable , rapide et débordé à deux pieds de hauteur; on filait trois nœuds ou milles marins à l'heure. Les habitans de ses bonis, dit M. Park dans son journal , sont tous voleurs. F.n allant de ce fleuve à l’est , la route devient difficile : on passe devant de grands monceaux de pierres, élevés par les passans sur les cadavres de ceux qui ont été assassinés dans ce» lieux sauvages. Ces tombeaux ressemblent aux tertres tumulaircs ou cairns que l’on voit dans la patrie de Mungo-Park, en Ecosse. Il n’y a pas un seul sentier frayé (2) à travers ces déserts. Souvent la caravane était forcée de se disperser ; les bêtes de somme, les soldats, les malades, ceux qui ne pouvaient suivre à cause de la fatigue s'éga-
(1) Park Journal, p-g. 70.
l2) Park Journal, pag. 81,86.
BORD SEPTEKTB10RA L , VOT.VCE DE MCRGO PARE.
nient dans ces solitudes; ils étaient li chaque pas attaqués par les bêles féroces , surtout par des loups et des lions , ou pillés par des voleurs. Les malades mouraient , les bagages se perdaient souvent en passant les fleuves aux eaux rapides. la tornados se levaient soudain, et presque tous les jours, sur les voyageurs; chaque fois leur souffle mortel causait des attaques de fièvre, le délire et, après quelques accès, ia mort. Les bêtes de somme étaient attaquées et dévorées la nuit, au milieu du camp, par les lions et les loups; d'autres tombaient du bautdea rochers; d'autrea, épuisées de fatigue, succombaient sous leur charge ; les ebevaux ne pouvaient plus suivre la marche ; les hommes, après des efforts et des fatigues inouïs , tombaient découragés et moiirans sur la terre. Lorsqu’on fut arrivé au fleuve rapide de Wonda , les bêtes de somme et les bagages ne purent le passer en un jour. Isaaco, guide de la caravane , fut saisi par un crocodile; après une lutte terrible et sanglante , le nègre iulrépide, déjà à moitié englouti dans la gueule do monstre, lui creva les yeux avec son pouce, «I quoique dangereusement blessé, échappa ainsi à 1s mort. Tous ces accidens retardèrent longtemps la marche.
Le 11 juillet, on arriva à Keminoun (1), située au delà du Kocoro , ou fleuve fiait ; c'est la forteretae de pierres la plus solide que Mungo Parle eut vue encore en Afrique. Kile est habitée par un chef barbare et d'une avidité insatiable, «t la contrée qui s’étend de là jusqu'au pays montagneux de Fouladoit , est peuplée par les voleurs et les brigands les plus audacieux. Un est saisi d’effroi à la description de la marche des Européens, en grande partie malades, à travers ee* pays sauvages. On fut obligé de prendre, à prix d’argent, dea nègres du pays pour transporter les fardeaux sur les ponts formes à la hâte avec de» arbres abattus ; on passa ainsi le rapide fior- W’oulima , bras le plus orientai du Sénégal (sous le H* l’Iat. nord.et le 3“ 13” long, ouest de tir.): les ânes avaient déjà assez de peine de traverser le fleuve à la nage, et les Européens étaient tous malades, sans exception, l'n bruit singulier précédait chez les nègres montagnards ia marche de la caravane des blancs, c'était, disait-on, un Doummoulafang , c’est-à-dire une chose envoyée pour être mangée (a liant/ sent to be ealen).
On arriva ensuite à 1a ville de Bangassi , si-
(1 ) p.rk , Journal, p*l . M, 97.
tuée sous le 14’ Iat. nord (1), dans le pays des Mandingos et fortifiée comme Keminoun , mata quatre ou cinq fois plus grande; Mungo Park y trouva un accueil hospitalier près du Serenoummo , le chefdu pays , qui avait déjà entendu parler des blancs , lors du premier voyage de l’intrépride Écossais. Il lui promit un sauf conduit dans le royaume de Bambarra jusqu'à Ségo; il devait même le faire accompagner de son fils qui avait 300 minl/alli d‘or à payer en tribut au roi du Bambarra.
Mungo Park acheta danscette'ville dea ânes et des provisions de vivres. Cinq soldats et les charpentiers refusèrent d'aller plus loin et restèrent découragés dans ce lieu /plusieurs autres moururentsur la route. Les tornados, les plus violens qu’on eût éprouvés encore, fondirent sur la caravane; Mungo Park, 'malade, abattu, élaitfbrcé de conduire lui-même son cheval , qui se traînait avec peine devant lui. Les fleuves grossissaient toujours de plus en plus, les chemins devenaient plus défoncés, plus glissans; la nuit, les loups et les lions s'approchaient plus nombreux et avec plus d'audace; leurs attaques étaient plus terribles, et à chaque instant répétées, car ils semblaient sentir au loin une odeur de cadavre qui les attirait vers ces infortunés consumés par la fièvre. Le 30 juillet, tous les ânes qu'on avait pris sur la Gambie avaient été dévorés par les bêtes féroces ou avaient succombé à la fatigue. On traversa beaucoup de villes ruinés parlesdernières guerres. Anderson, beau-frère de Mungo Park , tomba aussi malade , et l’héroïque voyageur le porla sur ses épaules à travers le fleuve Bo-Woulli; malade lui-même, il le trarersa seize fois pour faire passer toute sa troupe à l’autre bord. A chaque station, on laissait en arrière des malades ou des morts. La vue seule de la dernière chaîne de montagnes (2) qui courait à l’horizon , et la pensée que son versant méridional était baigné par les eaux du Niger, remplirent seules Mungo Park de force et d’espoir; ranimé à l'approche du grand but que poursuivaient ses efforts, il triompha de la situation horrible où il se trouvait.
A partir de Bangassi, la route, qui jusque-là avait été de l’ouest à l’est, tourna de nouveau au sud-est, Karfa de Kamalia, le bienfaiteur Mandingo de Mungo Park, ayant entendu parler
(1/ Park Journal, pas. 1 1 3.
(2) Park Journal, pag. 115.
de l’expédition des blancs, vint b Doumbita (1), h la rencontre île son ancien ami, pour lui offrir des secours et raccompagner jusqu'à Ségo, avec scs trois esclaves; consolation inattendue au centre de l’Afrique!
Le 19 août on franchit, près de Tomba , la dernière montagne (2) qui forme le partage des eaux entre le dernier bras du Sénégal , au sudest, et le .Niger. C'est là que Mungo l’ark vit avec admiration, pour la seconde fois, le majestueux Niger rouler ses immenses eaux. Il était en cet endroit si près de sa source, plus gros que le Sénégal et la Gambie (5). Quoique large d'un mille anglais, il n'était pas encore débordé sur ses rives. Les faibles débris de la caravane descendirent avec peine les hauteurs escarpées et arrivèrent sur les bords du grand fleuve, près de Bummakou.
Ce but était vivement désiré, mais trop chèrement acheté. Ile 34 soldats et 6 charpentiers qui avaient quitté la Gambie, 6 soldats et un seul charpentier atteignirent le Niger, et sur 40 Européens, 11 seulement Tirent ses eaux. Parmi ceux qui ne virent pas le Niger, est le peintre Scott , qui était resté malade en arrière, et qui mourut bientôt. Anderson arriva sur ses bords atteint d'une maladie mortelle. La caravane atteignit ce fleuve sept semaines plus tard que Mungo Park ne l'avait calculé sur la Gambie, et la triste issue du voyage doit être attribuée à ce qu'on était parti trop tard. .Mais Mungo Park ne laissa pas fléchir son courage dans celte situation désespérée; les plus grands dangers s’approchaient, et on manquait de charpentiers pour construire les barques qui devaient descendre le Niger. Park écrivait alors dans son journal :
« Une caravane d’Européens a donc réussi à » pénétrer dans l’intérieur de l'Afrique , à tra- » vers une étendue de pays de 800 milles anglais, » et cela malgré les obstacles les plus iusurmon- » tables, les circonstances les plus contraires, » sans verser une goutte de sang et en demeu- » rant toujours en bonne intelligence avec les » nègres. 11 est démontré ainsi, pour l’avenir, i* qu'il est possible de transporter des mareban- » dises, par terre, de la côte de la mer et du s fleuve de la Gambie, jusqu’à l'endroit où le » Niger est navigable, pour être expédiées de là, » par eau , dans les grands marchés du Soudan.
(1) P»rk, Joarrtil, psg. 137.
(2) Park, Journal, p. 140.
(3) Park, Journal, p. 143.
" En commençant l'expédition dans le temps de >' la sécheresse, une seconde caravane qui par- « courrait la même route , ne devrait compter « perdre que 3 ou 4 hommes sur 89. On metn trait le commerce des caravanes sous la pro- » tection d'une escorte militaire, et on ouvrirait » ainsi un nouveau monde au génie spéculateur » de l'Angleterre ; l’excès de ses produits fabri- » qués trouverait un débouché immense cbet » tant de millions d'habilans de l'intérieur de » l’Afrique. » C'est sur ces données que le colonel Gordon (1) avait basé la nouvelle expédition qu’il devait entreprendre avec le secours des régimens nègres de Sierra-Leona et dont il eiposa le plan à l'institut africain.
Mungo Park commença à Bammakou sa navigation sur le Niger, dont nous étudierons les résultats plus bas, quand nous traiterons du système du fleuve.
Nous remarquons au sujet de la carte (2) qui trace le second voyage de Mungo Park , qu’elle n’a été dressée qu’en partie d'après les indications du major Rennell, auteur de l’ancienne carte du nord de l'Afrique, pour l'intelligence des voyages de Mungo Park. Au milieu de ses dangers et de ses fatigues , Mungo Park avait déterminé , avec une présence d'esprit admirable, plusieurs latitudes astronomiques et quelques longitudes. Mais dans le journal qu’il fit parvenir en Europe manquaient souvent les distances et les directions des roules, de sorte qu’on fut obligé de baser la carte sur les observations astronomiques. L'itinéraire que Mungo Park parcourut dans son second voyage de 1903, a été ainsi tracé un peu plus au nord et sous de plus grandes latitudes qu’on ne l'aurait pu calculer d'après la première carte de Rennell, pour le premier voyage de 1790. Ceci ne doit servir que comme d'une notice pour juger les inexactitudes de l'itinéraire suivi par Mungo Park, en 1803, dans sa seconde expédition.