GRADINS : I" DIVISION
ci la rouie était embarrassée par des buissons épineux qui , suivant le nom qu'on leur donne , semblent dire au passant : Arrête-toi ! Arrivé enfin au gué le plus commode qui conduit à Griquastadl, les voyageurs trouvèrent des Ruscbmaus et des Coranas qui les aidèrent à passer.
Hemaeoce.
Grtquaetadt. Million centrale.
Celte colonie, qui tient son nom de la principale race de set habilan», n’est qu'4 dix journée» de marche, au sud, de Litakou, ville de» Beeljuane» ; la frontière de la colonie, au sud, dans la direction de Graaf-Hevnett, n'en est qu'à douie journées de marche. Campbell mit quatone jour» pour aller de la source du Malalarin à Griquastadl. Les habitant de cette contrée sont un mélange de différentes race»; on leur donne le nom de Hottentots bâtarde. Ile» missionnaires se tout établis parmi eux , et ce n'est qu'après cinq ans qu ils parvinrent à les faire renoncer à leur vie errante , qu ils les habituèrent à construire des huttes et à cultiver la terre. Us leur en donnèrent eux-mémet l'exemple en fondant un grand et fertile jardin , qui produisit bientôt des abricots, des prunes, et en 1812, le» premier» raisins. Depuiscelteépoque, tous les colons plantèrent dans leurs jardins des citrouilles , des haricots , des pois , du millet , du maïs et des pommes de terre ; ces dernières viennent aussi bien ici que dans le» paramoe de leur patrie. Burchcll les répandit encore plu» loin dans l'intérieur de l'Afrique. La principale culture est celle du tabac; tous les Africains du sud ont pour celte plante une passion invincible. La paroisse de Griquastadl compte déjà un très-grand nombre de membres; là, au centre de l'Afrique, une cloche européenne les appelle tous le» joursà la prière, lin jour qu'on célébrait la sainte cène, on voyait au nombre des communians des Griquas, des Hottentot», de» Hollandais, de» Anglais cl des Ecossais. Plus de cent naturels avaient déjà appris à lire, et s'édifiaient à la lecture do la Bible. Le nombre des auditeurs se montait toujours à trois cents, lorsque Campbell prêchait.
Les Griquas sont honnêtes et fidèles ; les habilans de la colonie du Cap leur font crédit , à ccnt mille de distance. Mais il» ne sont pas encore aseexcivilisés pour se garantir contre les fourberies des blanc» avec lesquels iis sont en rapport , et qui les trompent facilement. Un missionnaire les dit tendres, sensible», irréfléchis et oublieux. l.a mission de Griquastadl, dit Campbell, est un grand bienfait pour toute l'Afrique méridionale. A l'est, sur le Malalarin supérieur, Malapixe cl Makun- Kraal, sont destinés à recevoir de nouvelles missions , ainsi que Litakou, au nord ; les chefs et les
rois de ces contrées voient avec plaisir les missionnaires européen», Matibi , roi des Beeljuane» , disait à Campbell, dans l'audience qu il lui accorda î « Envovex-moi des maîtres, je leur servirai de père. »
A quelques journées de marche , à l’ouest de Griquastadl, on rencontre la station la plu» occidentale de la mission, Hardcastle, située au milieu de montagnes d'asbeste, dans une magnifique contrée. Cette commune comptait, à l'époque od Campbell la visita, 8 8 S membres, tous chrétiens.
Griquastadl est destinée à devenir très-importante dans l'histoire du développement de la civilisation sur ce plateau. Elle est située au centre de l'Afrique, sur le plus grand fleuve de la contrée, et c’est là que ta culture a pris d'abord racine; c’est là qu’a été rédigé le premier code , composé de quatorze articles; les Africains qui, jusqu alors, n'avaient reconnu ni juges , ni loi» , 1 ont accepté volontairement, et ont juré de lui obéir ; les membres de toutes les autres missions, dans I intérieur du pays, se sont empressés de suivre 1 exemple des habitons de Griquastadl.
Cours moyen.
A partir de Hardcasttc, le grand fleuve prend son cours vers l’ouest entre le 28° et le 19° de lalit. sud et sans jamais dévier de sa direction normale, si ce n’est dans ses méandres; il ne reçoit plus aucun affluent jusqu’à son embouchure , son cours moyen n’a pas de vallées, le bord septentrional ne présente que de vastes plaines qui sont presque de vastes déserts; sur le bord méridional, l’Oranjc s'étend le long d’une contrepente escarpée, dont les rochers nus et à pic s'étendant du sud au nord , atteignent souvent le fleuve , le traversent même quelquefois, et rendent ainsi le voyage sur ses bords impossible.
I.’Oranje se montre ici comme tout ce qui apparait sur le Platrau , dans un état imparfait et peu dévéloppé ; il ressemble au Sénégal par son cours vers l’ouest ; il se rapproche de ce fleuve ainsiquedu Niger et du Nil, en ce que tous quatre ne sont grossis par aucun affluent , ni dans leur cours moyen , ni dans leur cours inférieur (nous savons du moins que le Niger n'en reçoit pas du nord), phénomène qu'on aurait peine à retrouver dans les autres parties du monde.
Jusqu'à présent le fleuve d’Oranje manque encore entièrement de rivages fertiles ; nulle part le sol n’est couvert de terre végétale. Près de scs sources comme près de son embouchure ,
FLEUVE D'ORAXJE , HAUTE-TERHASSE.
Janscn et Paterson trouvèrent partout le sol encombré de cailloux (1); Campbell nous dit la même chose de son cours moyen. D'innombrables blocs de pierre , des cailloux et des débris de rochers barraient le passage, et rendaient ainsi le chemin presque infranchissable pour les voitures attelées de boeufs, tandis qu'à côté de la roule, les roues s’enfonçaient jusqu'à l'essieu dans le sable. Un grand désert de sable commence sur la rive droite du fleuve, et va se perdre au nord dans les plages lointaines et inconnues du centre de l'Afrique. Des Beetjuanes racontaient qu’ils y avaient erré pendant cinq mois, se dirigeant d'abord vers le nord-est et ensuite vers le nord, mais qu'ils n'y avaient trouvé d’autre nourriture que des melons sauvages, qui donnent de l'eau quand on les expose au feu. Ces faits furent confirmés par les Coraoas.
Les tourbillons de sable causent souvent de gTands ravages dans ces terres élevées où l’on éprouve en même temps le plus grand contraste de chaleur et de froid ; l’hiver il gèle souvent la nuit , tandis que dans le jour, les rayons du soleil sont presque insupportables. On s'étonne que, malgré les changemens subits que cette variété de température fait éprouver à l'atmosphère, il ne tombe ni pluie ni rosée pendant la moitié de l’année. Il parait que ces grands contrastes dans l’atmosphère ne sont pas sans influence sur la stupidité des habitans.
Les animaux sont rares dans ces contrées , l'hippopotame qui , le jour, se tient caché dans le fleuve, ne monte que la nuit sur le rivage; des lions parcourent les frontières du désert; les rives seules du fleuve sont couvertes de broussailles épaisses et rabougries ; çà et là on aperçoit dans le désert un buisson d'épine dont les pointes semblent vouloir s'arrêter et saisir tout ce qui passe. Quelques plantes juteuses se rencontrent sur les cimes des rochers. Iles végétaux , qui s’élèvent en pyramide jusqu'à la hauteur de 16 pieds , ont souvent 10 à 12 pieds de pourtour. L'arbredes giraffes est très-commun, les oiseaux sèment sur scs branches des plantes parasites de toute espèce. Le petit nombre de Coranas qui habitent dans ces tristes déserts, par exemple dans la Filps-Huimans et Koks- Kraal, vivent dans la plus abrutissante inaction; on les voit étendus sur l'herbe à côté de leurs chiens, se réchauffant aux rayons du soleil jus-
(I) Puer»». K*rr., p. 63.
qu'au retour du repas prochain, et passant tout leur temps à dormir pendant que leurs troupeaux paissent à loisir dans ces vastes plaines. Ils ne plantent ni ne sèment. Quand les étrangers arrivèrent , ils les regardaient d’un œil morne et hébété, et ne faisaient attention ni à leur présence au milieu d'eux , ni à leur séjour.
« Ils sont enfermés, dit Campbell, comme entre des murailles dans le centre de cette grande partie du monde, et ils semblent même n'avoir jamais entendu parler de la mer. Sans volonté et sans force, ils ne se montraient disposés ni à recevoir les missionnaires, ni à rejeter les lois qu'on leur proposait; nous sommes, disaientils, un peuple divisé et ne pouvons rien décider. » Les oiseaux qui, dans ce pays, paraissent aussi rares que les hommes, habitent comme eux les Kraal; souvent on voit sur un rocher vingt à trente nids, tandis qu'à l'entour on n'en trouve pas un seul. Ces nids, communs à plusieurs familles , ont souvent 4 yards (aunes) de circonférence, et jusqu'à dix-sept entrées; ils sont la demeure de petits oiseaux de la grosseur des chardonnerets.
Remarque.
Cristallisations, absence de pier rte précieuses.
La rive droite du fleuve, près de Ilardcastle, et la contrée qui entoure cette mission , an nord , et qu’on appelle le Coin final de la terre, se distinguent par des montagnes d’asbeste qui brillent des plus belles couleurs;ellesparaissentverles, bleues, etc., et servent ici à réparer les chemins. Une colline , près de Grlquastadt, et une autre, prèsdeKolrs- Kraal , étaient couvertes de magnifiques géodes (sans doute de cristal de roche). Nous citons ceci comme un fait remarquable, car, à l’exception des montagnes de cristal du Congo, des mines d’émeraude, sur ta mer Rouge, et du corindon, sur la côte de Guinée, nous ne connaissons pas un endroit dans toute l'Afrique qui produise de beaux cristaux. Celle forme, la plus parfaite des formations inorganiques, serait-elle plus rare en Afrique que dans les autres parties du monde 7 N’y trouverait-on pas de cristaux , comme on n'y trouve pas de volcans ? N’est-il pas toujours remarquable que, tandis que la Üaute-Asie est célèbre, dans l'Altaï, par ses bérylles, dans l'Imaiis , par ses rubis, les terrasses, par leurs diamans, etc.; I Europe et l'Amérique , par des cristallisations non moins développées, des turmalioes, des vésuviancs, etc., l’Afrique n'ait pas encore produit une seule pierre précieuse? Nous n'eu trouvons pas la moindre Indication ni dans les auteurs anciens, ni dans les modernes, cependant l'on s’est livré de
0RADINS : 1” DIVISION, S I!>.
Intit temps à la recherche de l'or dans l intérienr de l'Afrique, et si l'on «sait trouvé des pierres précieuses, on eu aurait failassurémeul usage. Il n'en est jamais question dans le commerce du Soudan, et elles ne sont jamais fornemculdcs rois africains; taudis qu'elles caractérisent d'une manière toute particulière l'Orient asiatiquo.
3« Eclaircissement.
Cours inférieur.
A partir de Koks ou Ortam-Kraal (21"longit. est), à l’ouest, le rivage »lc l’Oranje, que les naturels n’appellent que le Grand-Fleuve, est hérissé rie rochers, et souvent si impraticable qu'il faut faire de grands détours à travers les montagnes du sud pour atteindre son cours inférieur.
("est ici, à ce qu'il parait, qu’il faut placer la première pente de la Haute-Terrasse qui, jusquelà, s'étendait sur une vaste plaine, et ne s'inclinai t qu’inscnsibUment à l’ouest. Au-dessus de ces passes de rochers est situé le pays des Griquas; au-dessous, "al’ouest, Icpays des Aaniaquas. lieux F.uropéens, avant Campbell, avaient déjà essayé une fois de prendre cette route pour arriver au cours inférieur de l’Oranje ; mais, n’ayant rencontré sur les bords du fleure, jusqu’à quelques milles dans les terres, que des rangées de rochers impraticables et un pays sec et aride, ils crurent impossible de pénétrer plus avant et s’en retournèrent à Griqua. Campbell, accompagné de ses fldèlesllottentols, surmonta toutes les difficultés rt tous les dangers auxquels on est exposé dans ces affreuses gorges de rochers et dans les déserts brûlons où les lions, les serpens et les Buschmans suscitent à chaque pas de nouveaux périls au voyageur, A quelques journées de marche à l’ouest de Koks-Kraal, tout le pays offrait le tableau de la plus sauvage confusion. « On pourrait, dit Campbell, appeler cette contrée la capitale des rochers. Ils couvrent la surface à plusieurs milles à la ronde; parloutchauves, denteléset déchirés, ils s'élèvent à pic comme des monceaux de ruines ; à travers leur profondes coupures se précipite le fleuve, dont les rives escarpées et perpendiculaires ont quelquefois 300 pieds de hauteur. » Cette description nous rappelle les rochcsde grès que traverse l’Elbe dans son cours depuis la Bohème jusqu ’à Pirna en Saxe. Les rochers présentaient des excavations de couleur rouge; sur les deux côtés du fleuve s'élevaient deux rochers isolés de couleur noire; on aurait dit deux énormes masses de fer ; pcut-èlrectail-ce
du basalte. La scène présentait partout la grandeur, la confusion et l'horreur ; les graminées qui couvraient lesot fourmillaient de serpens ; les fentes des rochers étaient remplies d'eau , et les chaînes qu’ils formaient s'étendaient au loin dans l'intérieur. Le jour suivant, on aperçut une prolongation de cette chaîne semblable à la grande muraille de la Chine, et qui s’étendait au nord jusqu'à trente milles anglais dans le désert. Le désert de sable qui entoure l'extrémité de ces rangéesde rochers est rempli de lézards, de souris et de lions; on n'y rencontre d’autres végétaux que quelques plantes juteuses; c’est lerepairedes Buschmans qui guettent le passage des caravanes pour dépouiller les voyageurs.
Au dire des Hottentots, le Grand-Fleuve doit former ici de hautes chutes d'eau ; Campbell ne vit que de petites cataractes et d’impétueux rapides, mais à une profondeur vertigineuse ; peutêtre n’apercoit-on les cataractes qu’à l’époque du gonflement des eaux, peut-être même sontelles situées plus haut ou plus bas.
Les étrangleinens du fleuve se prolongent au loin à l’ouest, au delàdcs monts Cabas et jusqu'à l’ella . première colonie de Nainaquas, où l’on arrive en descendant une longue colline. Campbell mit trente-trois jours pour aller de Griquastadt à Pclla. Cette colonie est située à un mille du fleuve sur un sol de sable, sec et blanc, couvert seulement de quelques misérables buissons. La contrée est aride et encaissée au nord et à l’est entre de hautes montagnes noires et sauvages. Les bords de l’Oranje sont tellement encombrés de rochers qu’il serait impossible d’y habiter. Dans un ravin qui conduit de la colonie à l’üranjeestune rivièred’eau salée qui , pendant le voyage de Campbell, disparut huit fois. Les bords du fleuve étaient couverts de rochers nus, de couleur rouge et noirci, comme s’ils avaient été brûlés dans une fournaise ( cette couleur leur vient peut-être de l’oxyde de fer ). Ils s'élèvent en mas: es énormes et présentent la plus bizarre structure. Campbell sortit de la vallee du fleuve par un autre ravin, formant un escalier immense de deux milles anglais de longueur. Ces degrés avaient souvent jusqu'à deux pieds de hauteur, et, parfois seulement, 3 ou S yards ( aunes ) de largeur, ce qui les rendait très-difficiles à gravir pour les chevaux; ce sont probablement des roches horizontales oudesbancsderoches secondaires. Arrivé à la cime des rochers, on voyait s’étendre la vaste plaine de sable couverte de salpêtre comme d’une croûte de neige.
Le cours du Grande-Fleuve, à jvarlir de Pclla,
FLEUVE d’oRAXJB, HAUTE-TERRASSE.
est , h ce qu'il parait , très-peu connu; Campbell ne nous en dit rien. D'anciennes relations (1) racontent que le fleure se perd dans le sable, qu’il est absorbé par les déserts, et qu'il disparaît avant d'atteindre le rivage de la mer; elles ajoutent que ce phénomène s’explique, en partie, par le contraste que présente le climat sur les deux côtes de l’Afrique. En effet, le fleuve rouleses plus grandes eaux dans les basses terres, ii l’époque où le soleil, presque perpendiculaire, a entièrement desséché et enflammé le désert de sable; et, dans la saison froide, période où les pluies sont fréquentes sur la côte occidentale, il n’a plus la force de se frayer une route h travers le sable. De celte manière, il n’a pas d'embouchure proprement dite ; et , si jamais il réussit h porter ses eaux jusqu'à la mer, les sables mouvans l’auront bientôt comblé.
Cependant Campbell apprit h la ville dn Cap qu’une lie est située h l'embouchure du Grand- Fleuve , et que cette Ile avait été donnée à un particulier, par le gouvernement; qu’elle est entourée d'autres petites lies qui peut-être sont submergées dans la saison des pluies ; qu’il y a quelques petits arbres sur le rivage, et qu’on y trouve aussi vraisemblablement des puits. On lui dit entre autres que le fleuve est traversé, dans la période du flux, par une barre de cinq brasses de profondeur; que sur le rivage est un attérage capable de protéger deux vaisseaux, et qu'en toute saison on peut y envoyer de ta ville du Cap des vaisseaux chargés.
Ces deux relations, quoique contradictoires en apparence, peuvent très-bien s’accorder entre elles. La forme fluide et la forme solide sont encore ici en lutte, et aucune d'elles ne l'a emporlé sur l’autre.
Nous en sommes encore ici h l’histoire primitive de la terre. L’Oranjc est un système de fleuve non-développé , qui, cependant, atteint quelquefois l'Océan . Nous ne remarquons pas en • core, dans son berceau, de haute vallée profonde; son cours moyen n’a pas encore déposé de terrain fertile sur les vastes plaines qu’il traverse ; les murs de rochers s’élèvent encore gigantesques et audacieux , tout le long de ses ré- Irécissrmens et s'étendent pendant plusieurs journées de marche du côté de la Haute-Afrique. Son cours moyen n'a pas d’aifluens, parce que le Kourotuan (Krooman) au nord elle Sackrivler
(I) UcJilCMlcia, > , il, P es.
au sud, fleuves qui, peut-être après des siècles, lui seront tributaires, se perdent maintenant encore dans les sables.
4* Éclaircissement.
Habitons des bords du fleure.
Les habitant des bords de l’Oranje sont parfaitement en accord avec le système du fleuve et la conformation générale de cette partie de la terre qu'on appellele cœur de l’Afrique ; ils sont plongés dans cette vie instinctive et sensuelle qui est l'état naturel de tous les peuples non encore développés, llsn’ont ni religion, ni lois, ni arts, et ne connaissent, h proprement parler, ni vices ni vertus. Ceux de l'est sont robustes et forts, ceux de l’ouest, d'un naturel debile et faible; mais tous ont les plus heureuses dispositions à devenir meilleurs. Dès qu'on s'approche d'eux avec bienveillance, ils reçoivent volontiers les conseils et les leçons qu'on leur donne; ils sont dociles comme des enfans, et comine eux facilement impressionables, insoucians et oublieux. Non-éveiliés encore à la vie spirituelle par la religion, ignorant les sentimens et les vertus qui résultent des liens de familles, des rapports politiques et sociaux, ils sont entièrement esclaves des forces matérielles de la nature, et ce n’est que peu 'a peu qu'il sera possible de les arracher h sa fatale puissance ; si les peuples qui les ont devancés se font les sages tuteurs de ces infortunés enfans, alors, avec le secours d’en haut, pourra luire sur eux une nouvelle lumière. La propagation duchristianisme a déjà fait des merveilles, etil est vraiment touchant d’entendre des paroles de sentiment et d'amour sortir de la bouche des peuples les plus sauvages: mais la reconnaissance de la vérité n'est que le premier pas pour arriver à la civilisation, car alors commenceront pour eux des luttes et des combats qu’ils ne connaissaient pas auparavant. Le devoir de ceux qui se sentent appelés à devenir leurs bienfaiteurs et leurs maîtres sera de ne|>as les abandonner, comme on l’a déjà fait en tant d'autres contrées de la terre, daus une lutte où ils ne sont pas capables de s'aider eux-mêmes.
A côté du bien vient toujours le mal pour s'y opposer et le combattre. Le christianisme est prêché aujourd’hui dans seize missions ; mais, à la suite des vrais apôtres, ont paru de faux prophètes et des imposteurs ; avec les hommes de civilisation et de paix sont venus des bandes de brigands, comme celles que commandaient les
deux chefs redoutés, appelés l’ Africain et J. Bloom. En introduisant sur le Plateau la culture des plantes européennes, on y a aussi introduit celle du tabac, et l’usageen est devenu une passion chez ces peuples sensuels: l'habitude desliqueurs spiri tueuses ne tardira pas non plus h exercer sa funeste influence. Dans lecommerce, les Européens trompent facilement ces peuples ignorans, et leur enlèvent leurs enfans pour les vendre comme esclaves.
Le meurtre et le vol étaient , jusqu’alors , des crimes inconnus chez les habitans du Grand- Fleuve, excepté chez les hordes errantes des sauvages Buschmans ; la probité et la fidélité étaient en eux des vertus généralement reconnues. Le plus grand nombre menait une existence misérable et errante ; les plus malheureux, comme les Coronas de la FHp-et-U uirnans-Craat , étaient plongés dans un engourdissement morne et stupide; les plus sauvages, les Buschmans, courent çà et là comme les bêtes feroces à la poursuite de leur proie. Quelques-uns cependant se sont déjà éveillés de ce sommeil à des senlimens plus doux, et la paix, la satisfaction intérieure qu’ils éprouvaient, est le premier signe d’une véritable régénération.
Lesétrangers apparaissaient généralement aux indigènes comme «les êtres supérieurs. Matibi , roi des paisibles Betjuanes, disait à ses compatriotes en parlant des missionnaires: » Ces hom- « mes sont nés avant nous, ils en savent plus » que nous , et leur sagesse nous rend muets. » On demandait à une Ilotlentote, après une prédication ïGroene-Kloo f, la cause «lesesbruyans soupirs. « Je ne puis , disait-elle , retenir mes » larmes, quand je pense que des hommes sont » venus de si loin pour voir de pauvres llotten- » lots.» Après le discours d’adieu de leur missionnaire, les esclaves hollentots du cultivateur Roos s'appuyaient tristes et pleurant contre la muraille et disaient: Comment maintenant marcherons- » nous notre chemin? «
Leur esprit comme leur corps n’est capable d’aucun elforl , et il se fatigue facilement. Les malheureux Buschmans ne sont pas tous des sauvages barbares; ceux qui habitent la vallée inférieure ou les prairies du Grand-Fleuve sont moins grossiers que ceux du cours supérieur qui vivent à la frontière du Carrou et des déserts , où ils errent sans cesse à la recherche du miel, à la poursuite du gibier et de leur proie.
Ce n’est pas le lieu de rapporter ici les traditions peu authentiques qui nous sont parvenues sur les rapports ethnographiques de l’intérieur
de l’Afriqpue ; nous aurons bientôt des notions exactes et complètes si la chaîne des missions réussit 'a traverser le centre de l’Afrique en suivant le cours du Grand-Fleuve. Elle formerait ainsi une route de communication entre la côte orientale et la côte occidentale, et alors se lèverait une époque nouvelle dans ('histoire de cette partie du monde.