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SYSTÈME D'EAU DU SÉNÉGAL

Le Sénégal prend son origine sur la terrasse des Mandingo, et son cours de l’est au nordouest marque la pente du plateau africain vers l'Océan atlantique. Ce fleuve et la Gambie , au sud, otfreut un parallélisme complet, non-seulement dans leur direction , mais dans tous les rapports de leur système. Le même parallélisme se manifeste, mais sur une plus petite échelle, entre la Gambie et le Rio-Grandc. La triple analogie de ces formations vient donc confirmer encore l’uniformité qui caractérise toute la nature africaine. Cette ressemblance , cette communauté de formes exerce partout son influence dans cette partie du monde; elle unit, comme par un lien commun , tous les êtres , même les plus «léveloppés, l'homme, les peuples et les états. Les parties de l'Afrique ne sont nulle part séparées en individualités isolées ; elles nous apparaissent, au premier coup d’œil , comme les membres intimement unis d'un seul et même corps.

1" Éclaircissement.

Cours supérieur du Sénégal.

La source (1) du Sénégal, sous le ll'lat. non), est située à peu près 16 milles géographiques (80 mites anglais) à l’ouest de la source du Niger, et 40 milles géographiques (100 miles anglais) à l’est de celle de la Gambie. Le domaine des sources du Sénégal comprend une étendue de

(1) SungO'Psrk Trav., dam nenucll, Appsnd. , p.AV.

sé^éc^i»

40 milles géographiques (200 miles anglais) en largeur. La ligne que Mungo l’ark lira de Kamalia à Néola , sur la terrasse des Mandingo , traverse tous ses nombreux affluens dans leur direction commune de l'est au nord-ouest. Trois d'entre eux se distinguent par leur grandeur extraordinaire.

Le Bafing , (1) qui signifie le fleuve noir, est situé entre le Cocora et le Falémé , et passe , chez les Mandingo, pour le principal bras du Sénégal. Mungo-Park le vit couler près deManna, entre des forêts de bambous; son cours était calme , et son lit très-profond. Après l’avoir franchi sur un frêle pont de bambous, il rencontre sur le bord occidental du fleuve une trèshaute chaîne de montagnes qu'il fut obligé de franchir.

L'affluent oriental du Sénégal, le Cocora (2), coulant entre des rochers escarpés, croit, dans la saison des pluies, jusqu'à une hauteur perpendiculaire de 20 pieds ; il est, dit-on , très-facile à passer, dans la saison des sécheresses; son nom de fleuve du danger indique assez qu’à toute autre époque de l'année, il est presque impossible de faire la route par les déserts de Jollonkadou ou par le domaine des sources du Sénégal , et qu’en tout temps , on y est exposé à des périls de tout genre, comme Mungo-Park en fit la triste expérience.

Le Falémé (5), affluent occidental du Sénégal, était à sec lorsque le major lloughton le passa. Mungo-Park n’y trouva que deux pieds d’eau , près de Satadou , non loin de sa source. Il traverse le pays de Satadou , dans la direction du nord, et se précipite, non loin de la frontière septentrionale, comme un torrent impétueux, à travers des chaînes de rochers , où il forme les cataractes ou plutôt les rapides de Caynoura. Mungo-Park le passa à cheval, au-dessous des rapides , dans la saison de la sécheresse ; il avait de l'eau jusqu'aux genoux ; le fleuve était lympide et poissonneux, llubaultle passa à dos de chameau. Le Falémé est, jusqu'aujourd'hui, le plus grand affluent du Sénégal. Au-dessous des rapides de Caynoura, qu'on parvient toutefois à passer avec des canots, dans les hautes eaux , le Falémé est navigable jusqu'à son confluent avec le Sénégal, près de Tafatisga.

(1 ) «unjo Park Trmr., dan, Rctincll, Appelai. , P. lit. (S) Ibid., p. 328.

(3) Preceediog», I, p. 247. — gungo-Park Trsv., p. 348, et Durand, rur., 11, p. 318.

Le fort Saint-Pierre, dernier établissement des Européens sur cette côte , et en même temps le principal marché pour le commerce de l’intérieur (1) , est construit au-dessous des rapides du Falémé. Ce fleuve est ici alimenté par un affluent oriental, le Sunon-Colez (Serra-Cole* , suivant lloughton) (2), c’est à dire le fleuve d*or, Venant du pays de Bambouc.

Le Cocora et le Baflng, en se réunissant, traversent la chaîne de montagnes , et forment les cataractes de Govima ; de là , ils continuent leur cours à travers des lits de rochers, et, à l’endroit où ils coupent la chaîne limitrophe, ils forment la cataracte de Félon et un grand nombre d'autres rapides et de cascades que de Barros compare aux cataractes du Nil (3). Suivant les anciennes relations, deux cataractes de 30 toises de hauteur se précipitent du haut de rochers perpendiculaires, et les eaux serpentent ensuite, pendant plusieurs lieues , à travers une gorge très-étroite. Les nouvelles relations ne donnent à ces cataractes que 80 pieds de hauteur.

L'He de Lantou est située au-dessous de la cataracte de Félou (4) , et le dernier rapide est, à ce qu'il parait, au-dessus de Sami. Le Sénégal roule ici ses eaux calmes et limpides sur un lit de cailloux et de sable, bordé de rivages verdoyans et bien cultivés. Mais bientôt il quitte la nature pittoresque de la terrasse de Félou et de Bambouc , pour eutrer dans les basses terres(S), où il est très-profond. Ses eaux, claires jusquelà, deviennent troubles et foncées, et il n’est guéable nulle part. On le traverse sur des barques; les chevaux et les autres animaux le passent à la nage.

Cours moyen , depuis la cataracte de Félou jusqu'au Delta.

Le fort Saint-Joseph , à 7 milles au-dessous de la cataracte de Félou , est situé dans le royaume que les Français appellent Gatam, et les nègres (6), Kajaaga ; ce nom est, dit-on, bien plus usité que celui de Galam. C'est ici que se

(t ) Durand , 11, p. 264.

(3) ProcetaUngs, I, p. 280.

(3) Du diitos , Atla ace. , I, llb. 3, c. 8, toi. 33 b, et Labal, Souaclle Délation de l'Afrique occidentale, II, p. 167.

(4) Durand , II, p. 68, et J. -B Polraon , Cartea du court du Sénégal , depuis son embouchure jusqu '1 la cataracte du relou, 4 feuillet, 1802.

(6) Mungo-Park Trar-, p. 73.

(6) Ibid., p, 63.— Labal, S oui elle gelai., f, p. 44,

conci'nlrent les forces des Européens de l’ouest, des Maures ou des Berbères du nord, et des Mandingos de l’est; ce n’est qu’à grand’ peine que les Européens ont pu se maintenir jusqu’à présent en équilibre avec leurs voisins, dans ces contrées lointaines. A partir de Galant, le fleuve commence son cours calme et tranquille à travers un pays plane et horizontal , et ne rencontre plus d’autre obstacle qu’un écueil , près de Vongtiel. La cataracte de Félou est à ICO lieues de la mer , en droite ligne ; mais le Sénégal parcourt, pour y arriver, un espace de 200 à 280 lieues (1), à peu près le double de la distance (2); de là son grand nombre de méandres. La pente du fleuve est , à ce qu’il parait, très-peu considérable.

Près du fort Saint-Joseph , appelé Dramanet par les indigènes , les inondations et les marais du Sénégal y rendent l’air très-insalubre. Les dernières relations nous apprennent que ce fort est maintenant abandonné (3). Les dangers du climat sont encore plus redoutables dans les basses plaines, depuis Podhor jusqu'au Delta. Le fleuve forme ici plus de quarante lies, dont celles qui avoisinent le Delta sont petites, bien cultivées et couvertes de villages nègres. Son cours est une barrière remarquable (4) entre les Maures ou Berbères, habitant la rive septentrionale, et les nègres Jolof (B), habitant la rive méridionale ; ces derniers forment avec les colonies Foullah de Horphil , depuis plus de trois siècles et demi une quantité de petits états nègres indépendans , qui s'étendent , h peu d’exception près, jusqu'au Delta du Sénégal. On ne rencontre que peu de nègres sur la rive droite, et encore moins de Maures sur la rive gauche.

Cours inférieur. Delta.

Après un nombre infini de tours et de détours, les méandres du fleuve prennent fin sur la rive septentrionale et méridionale , dans les lacs de Cayor et de l'anirfoula (0). Podhor est un fort français , situé à l'entrée du Delta , à CO lieues de la mer. A l’époque du gonflement du Sénégal , les deux lacs que nous venons de nommer s’emplissent par l’abondance des eaux du fleuve,

(1) libat, 11, p. 157-172.— -l.ab*iibe et La Jaillc, Voyage, r. 40.

(2) tioliscrry, p. 05.

(3) UbirilM, p. 48, et Proccediitgs I, p. 252.

(4) Durand, II, p. 60. — ncnncli, Appctxlix , p. 80.

(6) De Bain», Asla Dre., 1, 11b. 3; c. 8, M 33 a.

(6) DuranJ , 11, p. A3.

et, comme le lac Mœris dans le Delta du Nil , inondent au loin les pays voisins. Ces terres, ainsi submergées, gagnent, pendant l'espace du mois de mai au mois de décembre, une telle fertilité qu'elles rendent , au milieu des déserts de sable, les plus riches moissons de mats et de riz (1) ; la plus fertile de ces contrées est le pays de Marigot de Cayor , situé au nord et habité, comme les autres , par les nègres ; il a 30 lieues de tour.

La marée remonte jusqu’à Podhor, et peutêtre même au delà, jusqu'à Donghel, dernier banc de rocher (2). Près de Podhor, non loin des forêts de gomme, à l’entrée du Delta, sont situés les trois endroits appelés Escale du désert (3) , où les Maures ou plutôt les Berbères transportent deux fois par an , au mois de décembre et au mois de mars, d'énormes quantités de gomme qu’ils vendent aux Français. Le désert de Sahara touche ici immédiatement à la partie la plus fertile du Delta.

Au-dessous de Podhor, le Sénégal se sépare eu plusieurs bras ; le plus large prend d’abord son cours vers l'ouest ; mais , au lieu de se jeter directement dans la mer, il se courbe soudain vers le sud, près de Serinpatc , en formant un angle droit, et n'arrive ainsi qu'obliquement à la mer , ce qui fait qu'il s’y jette sans aucune violence (4). La côte qui le force à cette déviation et qui est appelée la langue de la Barbarie, est un long banc de sable mis à scc; il doit sans doute son existence aux rouraus de la mer , qui se brisent avec violence contre la côte et rendent ainsi l'entrée du Sénégal très-dangereuse.

Cette langue de sable coupe aussi transversalement le fleuve et forme ainsi une barre trèsdangereuse qu’il serait imprudent de vouloir passer , surtout dans la saison de la sécheresse où l’eau n'a que 12 à 13 pieds de profondeur; les vaisseaux qui ne tirent que 10 pieds d'eau peuvent seuls en tenter le passage, les autres sont condamnés à rester en rade. Dés qu'un vaisseau est parvenu à passer la barre, il trouve partout 7 à 8 brasses d'eau et pourrait facilement remonter, avec le flux, jusqu'à Podhor.

A trois milles de là, vers l'intérieur, est situé, sur une des Iles fertiles du Delta, le fort

<1 ) I -ib,r:hc cl de 1» S. «le, Vuy , |i. 39.

( 2 (.ollierry, p. 06.

(3) Durand, 11, p. 1 13.— LabarUic, p. 30.

1,4) colberry, p. 55.

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