IMPORTANCE COMMERCIALE
dans la consommation indigène; les seuls objets manufacturés que l’Europe reçoive aujourd’hui des Indes sont les fameux châles de Cachemire et de Lahore, les foulards aux couleurs fines et brillantes, les sacs d'emballage en toiles de jute, et quelques rares tissus, Les indigoteries, les sucreries, les magnaneries ont pris au contraire d’immenses développements, grâce à l'introduction des procédés européens, et compensent la ruine ou la décadence des autres industries indigènes.
Situation et impertance commerciale, — Les Indes avec leur prodigieuse fécondité, leur admirable position commerciale qui domine l'océan Indien et les routes de l’extrêmeOrient, leur civilisation, dont les origines échappent à l’histoire, ont été de tout temps le rêve des conquérants, et le centre du commerce de l'Asie.
Alexandre, les Arabes, les Mongols, les Afghans les ont tour à tour ravagées ou soumises. Pendant l'antiquité, l'Arabie, les grandes villes de Phénicie, et plus tard Alexandrie durent une partie de leur richesse au commerce des Indes, dont elles étaient les entrepôts, Au moyen âge, les Arabes eurent le monopole de cet immense trafic. Leurs navires apportaient à Suez et à Bassora, les épices, les étoffes, et les pierres précieuses que les caravanes transportaient à Alexandrie, à Tripoli, à Beyrouth, où venaient les chercher les Vénitiens, les Génois et les Grecs,
La découverte du cap de Bonne-Espérance opéra une révolution dans les relations de l’Europe et des Indes. Les Portugais remplacèrent à la fois les Vénitiens et les Arabes, et fondèrent un empire qui s’étendit un moment d’Aden à Malaka. La ruine du Portugal, conquis par l’Espagne, amena la dissolution de son empire colonial, et laissa les Hollandais maitres du commerce de l’Inde jusqu’au milieu du xvi* siècle où les deux grandes compagnies anglaise et française s’en emparèrent à leur tour, Après une période brillante signalée par les noms de Dupleix et de la Bourdonnaye, la ruine des établissements français fut consommée par le traité de 1763 : l'Angleterre, désormais sans rivale, écrasa les résistances indigènes ; et quand
elle eut perdu ses colonies d'Amérique par le soulèvement des États-Unis, elle reporta sur son empire des Indes toute son activité conquérante et commerciale. Aujourd'hui, la conquête est un fait accompli malgré des insurrections terribles dont la dernière, la révolte militaire de 14857, a amené la suppression de la Compagnie des Indes, et l’attribution du gouvernement direct à laCouronne britannique.
Rattachée à la métropole par une chaîne de colonies et de stations maritimes qui dominent toutes les voies de communication, la route du Cap par Maurice, le Cap et Sainte-Hélène ; celle de Suez par Gibraltar, Malte, Perim et Aden; celle du golfe Persique, par l’île de Karrack et le rocher d'Ormuz; entourée d’une ceinture d'États indigènes, alliés ou vassaux, à l’ouest l'Afghanistan, sur la route de la Perse et de la Boukharie; au nord, le Cachemire etle Ladak sur la route du Thibet; à l’est, l'empire Birman sur celle de la Chine, l'Inde est le foyer de l'influence anglaise en Asie, le centre du commerce et de la puissance britannique, et l’un des plus vastes débouchés pour les produits de la métropole.
Principaux perts. — Le littoral de l’Hindoustan et du Dékan est baigné à l’ouest par la mer d'Oman, à l’est par le golfe du Bengale; celui de l’Indo-Chine anglaise et la presqu'ile de Malaka par le golfe du Bengale, le golfe de Martaban, et le détroit de Malaka, qui sépare la presqu'île de l’île de Sumatra.
Cette immense ligne de côtes, dont le développement est de 16,000 kil., présente sur la mer d’Oman depuis le delta de l’Indus et la presqu’ile de Guzerat jusqu’au cap Comorin, pointe extrême du Dékan, des escarpements formidables, mais des rades nombreuses et sûres (côte de Malabar): sur le golfe du Bengale, depuis le détroit de Palk, qui sépare du continent l’île de Ceylan, jusqu'aux bouches du Gange, la côte est plate, bordée de bas-fonds, sans ports, et inabordable pour les gros navires (côte de Coromandel). Au delà du Della, immense marécage qui occupe 2,400 à 2,800 kil. de côtes, commencent les rivages de l’Indo-Chine, bas et humides jusqu’à la presqu'île de Malaka,
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espèce d'isthme montagneux large de 420 à 460 kil., long de 800, et qui sépare l'océan Indien de l'océan Pacifique.
Dans le versant de la mer d'Oman, deux ports atlirent à eux presque tout le commerce extérieur, Kouratchi (Kurrachee) et Bombay.
HKurrachee, chef-lieu du Sindhy, dans le delta de l’Indus, sur les confins du Béloutchistan et de l’Hindoustan, accessible aux plus forts navires, rattaché à Bombay par une ligne de vapeurs, à tout le bassin de l’Indus par un chemin de fer, est le rendez-vous des caravanes du Mekran et de l'Afghanistan qu’attirent ses foires annuelles, le centre du cabotage et de la pêche dans le golfe Persique, le point où vient aboutir le télégraphe indien. Ses relations directes avec l’Europe s’accroissent chaque jour, sa population a monté en 20 ans de 15,000 à 40,000 habitants ; etsa position le désigne comme le futur débouché du commerce de l’Inde occidentale, et d’une partie du centre de l’Asie.
Bombay (240,000 b. en 1856 ; 818,000 en 1865), situé dans une petite île séparée du continent par un bras de mer de 1 kilomètre, chef-lieu d’une des trois présidences, est un des meilleurs ports de l’Inde et tend à devenir le principal entrepôt du commerce avec l’Europe. Bombay n’est qu’à six jours d’Aden ; des chemins de fer qui s’achèvent rapidement le rattachent à Calcutta, à Madras, au bassin de l’Indus ; et lorsque le canal de Suez sera ouvert, il n’est pas douteux que le trafic européen ne préfère cette voie à celle de Calcutta, et ne fasse de Bombay la première place de commerce de l’Asie.
Cinq lignes de paquebots le rattachent à Aden, à Pointe de Galles, à Kurrachee, à Surate, etc.
Les cotons, les céréales, les cafés, le poivre, la laine, les graines oléagineuses, sont les principaux objets de ses exportations; son importation consiste surtout en marchandises anglaises (220,000,000 en 1684), en soies écrues de Chine et de Perse, en ivoire et épices des pays de la mer Rouge, en perles du golfe Persique, destinées à la réexportation. La valeur totale des échanges s'élevait en 1862 à plus de 800 millions de francs.
Bombay a hérité de la prospérité de tous les ports de la côte de Malabar. Cambaye n’est plus qu’un port ensablé, de 35,000 habitants, au lieu de 160,000 qu'il comptait autrefois; Surate (150,000 h.), Cochin, Calicut, les entrepôts du commerce du Portugal et de la Hollande, au xvi° et au xvur° siècle, ne reçoivent plus que des navires de Mascate, des barques de pêcheurs, et quelques rares bâtiments européens : les colonies portugaises, Diu, Damao, Goa, la reine de l'océan Indien, aujourd’hui ruinée et remplacée par une ville nouvelle de 20,000 h. entretiennent quelques relations avec la côte de Mozambique, et arment de nombreux bâtiments pècheurs : enfin le comptoir français de Mahé (7,000 h.) présente un mouvement annuel de 50 à 60 bâtiments.
Au sud-est du cap Comorin, à l'entrée du golfe du Bengale, s’étendent les côtes rocheuses mais découpées de l’île de Ceylan, l’une des plus riches dépendances de l’Inde, et l’une des positions maritimes les plus importantes de l'océan Indien: ses trois ports principaux sont Colombo, capitale de l’île et principal débouché de. son commerce, sur la côte sud-ouest; 7ringuemale, l’un des mouillages les plus sûrs de la mer des Indes, sur la côte nord-est; Pointe de Galles, à l'extrémité sud-est de l’île, à dix jours d’Aden, à cinq jours de Bombay, à sept de Calcutta et de Singapour, relâche des Messageries Impériales et des lignes anglaises de l’Inde, de la Chine, et de l'Australie. Le chiffre des importations de houille, qui dépasse 10 millions, peut donner une idée du mouvement de navires à vapeur qui viennent s’y approvisionner,
La côte de Coromandel jusqu'aux bouches du Gange, est sans ports, presque sans rades, et d’une pente si adoucié que les navires d’un fort tirant d’eau ne peuvent com- À muniquer avec la terre que par des bateaux plats construits de maxière à s’échouer sans danger. Cependant, c'est sur ce.ie côte inhospitalière que s’élève la troisième place de commerce de l'Inde, Madras, chef-lieu de présidence (400,000 h.) desservie par les bateaux des Messageries Impériales et de la Compagnie péninsulaire et
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Les autres ports anglais, tels que 7ranquebar, ancienne colonie danoise, Mazulipatam, etc. n’ont plus de relations directes avec l’Europe.
C'est sur la côte de Coromandel que se trouvent les plus importants des établissements français dans les Indes, Pondichéry le chef-lieu (45,000 h.), Æarikal, Yanaon, desservis par les Messageries Impériales.
Dans le delta du Gange, le centre du commerce et de la navigation est Caleutta, sur l’Hougly, à 160 kil. de la mer, capitale des Indes anglaises, résidence du gouverneur général, et qui datant à peine d’un siècle et demi, compte aujourd'hui plus d’un million d'habitants. Centre des chemins de fer et des télégraphes de l'Inde, rattachée à l’Europe par les Messageries Impériales et la Compagnie
péninsulaire et orientale (trajet en 28 jours) ; à l'extrême
Orient, par les correspondances de la Chine et de l’Océanie; Calcutta est encore la première place de commerce de l'Asie, l’entrepôt de l'importation britannique, américaine et française; le principal débouché des opiums, des indigos, des riz, des sucres, de la jute, des soies, des graines oléagineuses, des cotons de l'Inde orientale et septentrionale; le centre des relations avec l’Indo-Chine, la Chine et les Indes néerlandaises, et le grand marché financier de l’Asie anglaise. Le mouvement des échanges, en 4863, atteignait un milliard, et celui de la navigation 1,600,000 tonneaux.
La ville française de Chandernagor, siluée sur l’Hou- 8ly, à 25 kil. au-dessus de Calcutta, n’est plus aujourd'hui qu'un comptoir en dehors des routes commerciales, et sans relations directes avec la France.
Au sud-est de Calcutta, dans une île située à l’embouchure du Gange, s’élève la ville d’Akyab, enrichie en
quelques années par le commerce du riz, et qui occupe aujourd'hui l’un des premiers rangs parmi les ports du golfe du Bengale.
Le littoral anglais de l’Indo-Chine, qui s’étend des bouches du Gange au détroit de Mulaka, a pour principaux ports Rangoun, à l'embouchure de l’Iraouaddy, entrepôt des provinces anglaises du Pégou, de Martaban, d’Aracan, de Tenasserim et du royaume indépendant des Birmans; Amherstown et Maulmein, qui disputent à Rangoun le commerce du riz, des bois de construction et du pétrole, principales richesses du pays. Enfin, sur le détroit de Malaka, grande route de la Chine et de l'Océanie, sont échelonnées trois positions stratégiques et commerciales de premier ordre : au débouché du golfe du Bengale, l'ile de Poulo-Pinang ; au centre du détroit, Walaka, et à l'ex- | trémité, l'ile et la ville de Singapour (100,056 .), la clef de l’océan Indien, vaste bazar placé à la jonction des deux routes maritimes de l’extrème Orient, libre entrepôt des produits de l’Europe, de l’Océanie et de l'Asie, rendezvous de toutes les races orientales et européennes, port de relâche pour tous les navires qui franchissent le détroit, Station des lignes anglaises et fraïtaises de la Chine, point de départ des correspondances pour Batavia, réunissant à la fois les avantages qu'offre la situation de Malte et celle de Gibraltar.
En 1864, le commerce de Singapour s'élevait à 325 millions, et à 425 en y comprenant Poulo-Pinang et Malaka.
Ces ports ont été visités en 1862-63 par 2,647 navires, jaugeant 613,187 tonneaux.
Navigation intérieure. Fleuves et canaux. — La nature a donné aux Indes deux des plus belles voies navi- È gables du monde : le Gange et l'Indus, qui prennent leur source, le premier dans le versant méridional, le second dans le versant septentrional de l'Himalaya, pour se jeter, À l'un dans le golfe du Bengale, l’autre dans la mer d'Oman. |
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