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CHRISTOPHE COLOMB ET LA DÉCOUVERTE DE L'AMÉRIQUR

la côte de Guinée ». Son esprit chercheur ne s'instruisit pas seulement par la pratique des choses, mais par celle (les livres et des hommes; i^rand lecteur de la Bible, de V Imago iniindi de Pierre d'Ailly — résumé des opinions de la science antique sur la « figure du monde », — Colomb recherchait l'entretien de tous les savants de son temps, « ecclésiastiques ou séculiers, latins et grecs, juifs et mores, et de beaucoup d'autres sectes « ; il correspondait avec ceux qui habitaient dans des pays étrangers.

Riche de connaissances, il ne l'était guère d'argent. Il vivait très à l'écart ; on le tenait pour un homme de caractère ombrageux, concentré, d'une fierté intraitable, d'un abord difficile, et l'on n'avait pas tort de le juger ainsi. Fils de la pauvreté et de la solitude, Christophe Colomb avait acquis, par ses luttes contre les difficultés de l'existence, par ses voyages, ses lectures et ses études, l'originalité d'esprit, la force d'âme et l'orgueil légitime de ceux qui se sont faits eux-mêmes. — Il se savait supérieur à sa fortune : en lui, l'homme de génie souffrait de son obscurité; l'Italien épris de richesses souffrait de sa médiocre condition. De là son humeur sombre, ses ambitions, l'emphase un peu théâtrale de ses moindres actes, l'énergie tendue qu'il conserva dans la prospérité comme dans le malheur.

Jamais jusqu'alors la physionomie d'un découvreur de mondes ne s'est présentée à nous avec un relief aussi accentué que celle de Colomb. Avec les temps modernes, les découvertes revêtent un caractère de plus en plus personnel : elles sont l'œuvre des individus plus encore que celle des peuples.

Son dessein. — Ce caractère personnel se marque fortement dans les découvertes de Christophe Colomb, dans cette réalisation opiniâtrement poursuivie d'une seule et grande idée.

L'idée n'est pas aussi neuve qu'on serait tenté de le croire, et qu'on l'a souvent dit : c'est tout simplement l'idée portugaise, en cours de réalisation, d'une route vers les pays d'Orient, vers l'Inde, le Cathay et le Zipangu de Marco Polo ; Colomb ne cherchait pas autre chose que les Portugais, mais ii le cherchait par une autre voie.

Nous avons vu précédemment sur quelle erreur s'appuyèrent tout d'abord les découvertes portugaises. Les Géographie oénérale. ^

découverles espagnoles ne furent pas exemptes de ce vice, et, cette l'ois encore, l'erreur ne l'ut pas moins féconde.

L'idée de Colomb est fdle de la science antique et de la « science », ou, pour parler plus juste, de rem[)irisme du moyen Age. Elle procède de trois faits principaux, |)uisés, les deux premiers dans les écrits de Pierre d'Ailly fl ), le troisième dans ceux de Marco Polo (2) : la sphcricité de la Terre, — le rapprochement de VEspagne et des Indes, — la grande extension de VAsie vers l'est.

En comparant ces trois faits l'un à l'autre, Colomb élait amené à conclure très naturellement que, pour aller d'Espagne aux Indes, il n'y avait qu'à franchir une assez courte étendue de mer. La cartographie défectueuse de l'antiquité, celle plus défectueuse encore du moyen âge le portaient à s'exagérer encore le peu d'importance de l'intervalle qui, selon lui, séparait l'Europe occidentale de l'Asie orientale.

En elïet, la carte de Ptolémée, qui faisait autorité alors, donnait à l'ancien continent, depuis l'Espagne jusqu'au pays des Sinae (Chine), une étendue égale à la moitié de la sphère terrestre. — Or, les savants du moyen âge, sans se rendre compte que la Chine de Marco Polo et celle de Ptolémée étaient identiques, les ajoutèrent bout à bout sur leurs cartes, ce qui allongeait démesurément l'Asie, à travers l'Océan, jusqu'à 120° de l'Espagne et 90° des Canaries.

Telle élait l'opinion de tous les hommes de science d'alors, et en particulier d'un des correspondants de Colomb, le cosmographe et mathématicien florentin Toscanelli, dont l'opinion eut sur l'esprit du futur découvreur du Nouveau Monde la plus décisive influence.

La Terre étant ronde, l'Asie orientale (Cathay-Zipangu- Indes) n'étant qu'à 120" de l'Espagne et 90° des Canaries, il semblait facile d'y arriver directement à travers l'Atlan-

(1) Le livre de Pierre d'Ailly n'-sumait les opinions d'Aristote sur la sphéricité de la Terre, de Strabon et de Senèque sur le rapprochement de l'Espagne et de l'Inde.

[2) On a contesté riiilUicnce de Marco Polo sur Colond). Colomb, dit-on, ne cite Polo nulle part. 11 ne l'a connu qu'indireclenient, par l'internir-djaire de Toscanolli, sans doute. En réaliti', peu importe la façon dont Cohimi) a eu connaissance du livre de Marco Polo. Ce qui est vrai, c'est qu'il eu a été très frappé.

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