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CHRISTOPHE COLOMB ET LA DECOUVERTE DE L'AMÉRIQUE

tique, plutôt ([ue par le fastidieux périple de l'Afrique auipiel s'acharnaient depuis [)rcs d'un siècle les caravelles portugaises.

Premier voyage de Colomb. — Ce projet, arrêté dès 158i chez Christophe Colomb, rencontra des obstacles sans nombre. Après avoir essuyé, pendant plusieurs années de déboires et d'attente, les refus du roi de Portugal, de la république de Gènes, — qui ne voyaient en lui qu'un aventurier téméraire, — après avoir subi les hésitations des souverains espagnols, le mauvais vouloir des courtisans, des docteurs, du peuple même, Colomb partit enfin de Palos, le 3 août 1492, avec trois vaisseaux équipés à grand'peine.

Seul confiant en le succès de son entreprise, il allait encore avoir à combattre l'hoslilitô des éléments et la défiance de ses propres compagnons.

Son plan, très simple, fut rigoureusement exécuté. Il consistait à cingler vers les Canaries et, de là, à s'avancer, toujours en ligne droite, jusqu'au littoral de l'Asie orientale, qu'on pensait atteindre en cinq semaines. Le grand navigateur ignorait qu'en réalité la distance était double, et qu'un nouveau continent séparait l'une de l'autre à travers l'Atlantique les deux extrémités de l'ancien.

A certains signes, cependant, Colomb eût dû reconnaître qu'il s'engageait dans des parages soumis à des lois inconnues : la déviation de l'aiguille aimantée, le souftle tiède des vents périodicjues « doux comme un printemps d'Andalousie », les flots herbeux de la mer des Sargasses, excitaient la crainte et les terreurs de l'équipage et provoquaient l'étonnement de 1' « almiranté », sans modifier pourtant sa conviction.

Lorsqu'on prit terre, le 12 octobre, dans l'île Guanahani, l'une des Lucayts actuelles, Colomb crut aborder « aux Indes occidentales », et son erreur persiste encore dans le nom d'Indiens appliqué à tous les habitants de l'Amérique : car c'était bien l'Amérique qu'il venait de découvrir.

Derniers voyages de Colomb. — On sait les tribulations qui suivirent cette découverte, le retour triomphal de Colomb en Espagne, la réception presque royale que lui

firent les rois catholiques, les honneurs (pii lui furent accordés, à lui et à sa descendance ; ou sait aussi les amertumes dont l'abreuvèrent ses ennemis, les difficultés qu'ils lui suscitèrent dans le gouvernement des pays découverts, les accusations dont il fut l'objet, la tristesse de ses dernières années. Au cours de tous ces événements, il fit encore trois autres voyages, qui ajoutèrent aux Lucayes et aux Grandes Antilles (1492) les Petites Antilles, la Jamaïque et Porto-Rico (1496), — la Trinidad et les bouches de l'Orénoque (1498), l'Amérique centrale (1502). Mais, jusqu'à la fin, il paraît avoir persisté dans l'erreur de génie qui lui fit prendre l'Amérique pour l'Inde : pour lui, Haïti fut toujours le Zipangu, et l'Amérique centrale la Cliersonèse d'or (presqu'île de Malacca).

Effet de ses découvertes sur la science. — Déjà cependant, du vivant de Colomb, plusieurs contemporains, Pierre Martyr, entre autres, émettent des doutes sur l'identité des régions nouvellement découvertes avec les contrées décrites par Marco Polo. Peu à peu, une reconnaissance plus complète des prétendues « Indes » alï'ermit dans les esprits la notion d'un Nouveau Monde, « orbis novus ».

L'odyssée portugaise avait atteint la vraie Inde en cherchant la fausse (Abyssinie) ; l'odyssée espagnole atteignit la fausse Inde (l'Amérique) en cherchant la vraie.

Les deux entreprises sont sœurs cependant, et marquées du même caractère. Une route sûre, commode, exclusive, vers les riches pays d'Orient ; une chaîne de comptoirs et de colonies, marchés d'exploitations fructueuses pour la métropole : le plan de la |)olitique espagnole ne diffère en rien de celui de la politique portugaise. Les Portugais recherchent surtout les épices ; les Espagnols recherchent surtout l'or : c'est la seule dilTérence.

Trouver de l'or est la grande préoccupation de Colomb et de ses successeurs. Sans cesse revient dans les lettres de r « almiranté » l'éloge de 1' « or », « de cette chose excellente avec laquelle on peut faire tout ce qu'on désire en ce monde ». « On peut dire que la répartition locale des métaux précieux a dominé la marche des découvertes et la colonisation espagnole en Amérique. » (Peschel.)

Découverte et colonisation se poursuivent parallèle-

CHRISTOPHE COLOMB ET LA DÉCOUVERTE DE L'AMERIQUE. K.*î

ment, avec une aciivité fébrile, dès 1472. Sur les traces de ('-hrislophe Colomb se précipite l'essaim cruel et rapace des chercheurs d'or.

Rivaux et continuateurs de Colomb. — La plupart sont des ligures intéressantes, vigoureuses, d'un relief et d'une couleur extraordinaires ; mais les exploits d'un Corfez, d'un Pizarre appartiennent plutôt au roman d'aventures qu'à l'histoire des découvertes. De ces expéditions follement hardies à la recherche de l'or, des perles, de la fonlainede Jouvence, de toutes les promesses de l'inconnu, nous ne signalerons que les résultats géographiques.

En 1499, Ilojeda explore la « côte des Perles », du golfe de Paria à l'embouchure du Magdalena. La même année, Pinzon visite le Brésil jus(iu'au cap Saint-Augustin ; peu de temps après, le pilote portugais Pëdralvarez Cabrai, entraîné par une tempête vers les côtes brésiliennes, redécouvre le pays que viennent explorer, vers 1502-1504, plusieurs expéditions officielles portugaises. L'une d'entre elles pousse la reconnaissance de la région du cap Saint- Augustin jusqu'au rio de la Plata, sur les bords duquel Diaz de Salis trouve la mort.

Ponce de Léon découvre la Floride (1512) ; Balboa le Pacifique (1513); Grijaluo le Mexique et le Yucatan(1517); Cariez conquiert le Mexique et découvre la Californie ; Pizarre et Almagro le Pérou et le Chili (1536).

Conséquences scientifiques des découvertes du Nouveau- Monde. — Le retentissement de toutes ces explorations et de toutes ces conquêtes fut grand en Europe ; l'expansion hispano-américaine coïncida avec ime renaissance des études géographiques dont le centre principal fut l'Allemagne. Or, un navigateur florentin, Amerigo Vespucci, à la fois aventurier et cosmographe, sorte de Martin Behaim espagnol, compagnon des Hojeda, des Pinzon et des explorateurs portugais du Brésil, adressa à plusieurs savants et souverains d'Europe des lettres où il décrivait les pays nouvellement découverts, le Nouveau Monde, avec sa puissante et sauvage originalité, la douceur de son ciel, l'exubérance de sa flore, l'étrangeté d'une civilisation à la fois très rudimentaire (dans les Antilles) et très avancée (chez les Aztèques du Mexique et les Incas).

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Les \olircs (ï A merigo Vespucci furent publires en llalie dès 1504. L'une d'elles, adressée au duc René de Lorraine, allira sur son auteur l'attention des savants cosmographes dont le duc se plaisait à partager et à protéger les travaux. C'est l'un d'entre eux, Waldseemuller, qui, dans un livre publié à Saint-Dié en 1507, désigna le premier le monde anonyme découvert par Christophe Colomb par le nom qu'il porte encore aujourd'hui, celui de son « révélateur » Amerigo.

Voyage de Magellan. — Un fait très important clôt cette période si féconde en grands résultats : c'est le voyage de Magellan.

Étranger (1) comme Colomb, et, comme lui, au service de l'Espagne, il reprit la tentative de Diaz de Solis, mort sur les bords du rio de la Plata au cours d'une expédition ayant pour but de chercher, par le sud de l'Amérique, une route vers les Moluques, les fameuses îles àépicesque détenaient les Portugais.

Magellan partit de San Lucas de Barrameda (port de Séville), en septembre 1519. Il suivit le chemin de ses prédécesseurs, le long des côtes orientales d'Amérique jusqu'à l'embouchure du rio de la Plala; de là, il longea le littoral, cherchant le passage espéré ; il atteignit enfin le détroit qui sépare le sud de l'Amérique de la Terre de feu, et, continuant sa route à travers l'Océan, il aborda, après quatre-vingt-dix-neuf jours de marche, aux îles Mariannes et aux Philippines. Magellan avait accompli la première circumnavigation du globe, relié les découvertes de Christophe Colomb à celles de Vasco de Gama, clôt dignement le cycle des exploits hispano-portugais au delà des mers.

Désormais, d'aulres nations vont prendre la place des deux peuples ibériques, absorbés par l'exploitation de leurs conquêtes. La domination de l'Espagne et du Portugal, une fois établie dans ces régions, ferma le Nouveau Monde à la curiosité des voyageurs. Ce n'est que vers la tin du xvni" et le commencement du xix" siècle que les Ilumboldt, les Bonpland, les Darwin et autres grands initiateurs feront la redécouverte littéraii'e et scienliliquedes deux Amériques.

M) Magellan (Magalhaes) était Portufçais.

L'EXPLORATION DES MERS AUSTRALES. bo

Les découvreurs américains de France et d'Angleterre. — .Iiis(juc-là, les seules parlies ouvertes aux explol'atours et aux colons él rangers sont : l" les régions de rexlrème Nord (Spilzborg, Groenland, Labrador, etc.), où, dès le xvi" siècle, s'aventurent, sur les traces oubliées de Wnlfstan, d'Other et des vikings du x'= siècle, les premières expéditions polaires (1); 2" le Canada, exploré en 1533 par le Français Jacques Cartier, et colonisé par Samuel de Champlain (lGOl-1635) ; 3" le littoral oriental, entre les Alleghanys et la mer, où se développent obscurément les futurs dominateurs du Nouveau Monde, les colonies anglaises qui deviendront les États-Unis d'Amérique ; 4" la région du Mississipi, explorée par Cavelier de la Salle (1682).

Peu à peu, 1' « orbis novus » se peuple d'Européens. La France y prend grande place et y fait noble figure. A côté des conquérants espagnols et des traitants portugais, elle se présente aux indigènes comme une protectrice tutélaire. C'est vers elle que se tournent toutes les espérances du Nouveau Monde, annexé désormais à la vieille Europe, et soumis pour plusieurs siècles à sa domination sans pitié. L'avidité des chercheurs d'or européens n'est-elle point déjà châtiée par l'invasion contemporaine de l'or américain : guerre hispano-américaine, affaire des trusts, doctrine de Monroë, ne sont-ce pas là des revanches, mais des revanches qui enrichissent des fils de l'Europe, les descendants mômes des coupables?

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