L'EXPLOMATION DES MERS AUSTRALES
les deux peuples en comparant à ce passage des Instructions de Cleorge 111 la lettre qu'adressa Louis XVI aux commandants des navires français alors en i^uerre contre l'Angleterre, lors({ue l'expédition de Cook revint en Europe : « Le capitaine Cook doit être sur le point de revenir en luirope. De pareilles entreprises sont clune utilité générale pour toutes les nations, et la volonté du roi est que le capitaine Cook, partout où les commandants de nos vaisseaux rencontreront ce navigateur célèbre, soit traité comme le commandant d'une puissance neutre et alliée. » Ici encore se mar<|ue le généreux esprit de la France, cet esprit qu'elle portait dès le commencement du xvu" siècle dans la colonisation d'une partie de l'Amérique. De tels sentiments devaient puissamment contribuer aux progrès des découvertes : Français et Anglais s'y employèrent avec ardeur.
Dampier, Byron, Wallis, Carteret. — De Tasman à Cook, la transition est faite par les boucaniers anglais, dans leurs courses hardies à travers les vastes étendues du Pacifique austral. L'un d'eux, Dampier, découvrit la Nouvelle-Irlande et la Nouvelle-Bretagne (1G99-1701). Mais les grands voyages scientifiquement organisés ne recommencèrent qu'e.n 1764 avec le commodore Byron, en 1766 avec Wallis et Carteret qui découvrirent les îles Pomotou et l'île de George III (Taïti).
Bouvet, Marion, Kerguelen, Bougainville. — De leur côté, les Français avaient cédé depuis longtemps à l'espèce de fascination qu'exerçaient sur eux les mers australes. Quantité d'audacieux marins. Normands surtout, en qui revit le vieil esprit d'aventures, s'engagent sur ces routes encore mystérieuses, semées de périls et d'écueils : c'est Gonneville, dès les premières années du xvi^ siècle, Bouvet des Loziers (1738), Marion, Kerguelen, et surtout Bougainville, qui résume et complète les eiforts des explorateurs français, comme son illustre émule Cook résume et complète ceux des explorateurs anglais de son temps.
Antoine de Bougainville est un des héros de notre histoire coloniale française, en même temps qu'un des plus grands navigateurs du xvui" siècle. Aide de camp de Cheverl, auxiliaire de Montcalm au Canada, il défendit valeu-
reuscment contre rAnglclerre les « quelques arpents de neige » donl le «j;()Uvernenu;nL de Louis XV' faisait si bon marché. Après le traité de 17<)3, il entra dans la marine et olttint de fonder une colonie aux îles Malouines; on l'abandonna aux espagnols. P>ou<^ainville avait prodiiçué on vain, pour la défense et l'extension de noire empire colonial, les ressources du plus brillant courage et du plus énergit[uc esprit d'entreprise. 11 résolut alors de consacrer ce cpii lui restait d'activité à la gloire scientifique du nom français. En 1766, il partit pour les mers australes, qu'il parcourut pendant trois ans, au milieu de difficultés de tout genre. Il redécouvrit Taïti, quelques mois après Wallis, dont il ignorait le passage dans cette île ; dans le nom qu'il lui donna, la Nouvelle-Cylhère, se reflète l'impression de douceur et de charme ({u'éprouva le navigateur Irançaisà la vue de cette heureuse terre, la « perle de rOcéanie ».
Bougainville redécouvrit encore les Nouvelles-Hébrides (1), bien oubliées depuis le xvi'' siècle, et qu'il nomma Grandes Cyclades, — et les îles Salomon. Ses découvertes proprement dites sont : les archipels Dangereux (îles Pomotou), des Navigateurs (Samoa) et de la Louisiade.
11 revint en France en 1769 et publia en 1771 la relation de son « Voyage autour du monde ». — L'infatigable marin, le soldat héroïque qu'était Bougainville estimait n'avoir pas encore assez fait pour sa patrie. Il combattit sous de Grasse pendant la guerre d'Amérique, et, la guerre terminée, sollicita le commandement d'une expédition au pôle Nord ; mais on lui refusa cette « faveur » : là s'arrête sa carrière.
Cook. — Cook est digne de figurer à côté de son grand rival. Apprenti mercier, entraîné par une irrésistible vocation vers les choses de la mer, d'abord mousse à bord d'nu navire charbonnier, puis enfin officier de la marine royale, il est de la forte race des « fils de leurs œuvres ». Des connaissances astronomiques solides et étendues, une grande expérience nautique (2), un esprit net et précis, un carac-
(1) Le nom iléliuitif do Nouvelles-IIéhrUlcs leur fut donne plus tard i)ar Cook.
[2) Cook avait attiré sur lui l'alteution par une série de travaux de