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LE XIX"" SIECLE

Sommaire.

Au xix* siècle, la géographie, devenue une véritable science, est étudiée dans tous les pays de l'Europe. C'est en Allemagne surtout que se produit d'abord une véritable renaissance géographicfue avec Alexandre de Hwnboldt (ncO-lS.^Î)) et Karl fiitter (17 79-1859), qui établirent les rapports qu'il y a entre la science de la Terre et la science de l'Homme. Dans son (Cosmos, Humboldt emploie une véritable métliode, ptirtant la lumière dans l'étude de la géoirraphie, jusque-là trop confuse. Ritter, de son côté, y porta la vie. Sa Géographie générale comparée 18 1 7! ; il vivifie, en effet, la géographie par l'étude de l'histoire et établit des généralisations puissantes et originales. Peschel et Richtho/én continuent noblement ces traditions en Allemagne.

L'entrée en scène de la France est plus récente; dans le domaine de la géologie, MM. Fouqué, de Lappai-enl, Marcel Bertrand acquièrent uu grand renom. Mais la géologie n'absorbe pas la géographie. M. F. Ratzel et la géograplne humaine (anthropogéograpliie). ^1M. Himly, Levassour et surtout Elisée Reclus représentent la France. — Les sociétés de géographie. — Progrès de la cartographie et de la technique des cartes. Les cartes d'état-major. Les bureaux topographiq\ies.

Généralisation du goût des études géographiques en Europe. — Vers la fin du xviu" siècle, le grand mouvement

d'études de géographie scientifique qui s'était manifesté en France avec tant d'éclat gagna les autres pays d'I'^uropc. Les Allemands surtout montrèrent un zcle particulier pour les entreprises topograpliiques dont les savants fran- (;ais venaient de donner si magistralement l'exemple. La plus remarquable de ces entreprises, due à l'initiative du général allemand Bayer, fut organisée en vue du mesiirarje des régions comprises entre les Méridiens de Bonn et Kœnigsberg, et entre les parallèles de Christiania et de Palerme.

Une série de conférences générales, après avoir obtenu l'adhésion successive des grandes puissances, éhu'git les limites de l'entreprise et les étendit, d'abord à l'Europe centrale, puis à l'Europe entière, enfin à tout l'Univers. Depuis 1886, il existe donc une entreprise internationale de mesiirage de la Terre^ qui a été organisée parla Conférence de Berlin, tenue en 1893. Elle fournit des résultats chaque jour plus complets, et permet ainsi d'asseoir sur des fondements solides une science et une cartographie en voie de constitution définitive.

Constitution de la science géographique. — On peut en effet dire sans exagération que la géographie s'est vraiment constituée au xix'' siècle, en même temps que l'histoire. Tandis que l'école historique faisait d'une science morte, exsangue, une oeuvre palpitante de vie et de couleur, une résurrection, l'école géographique, à son tour, ressuscitait la science de la Terre et de rHonime. Définie et comprise comme elle le devait être par le pénétrant génie des Anciens, oubliée et obscurcie au cours des siècles, puis retrouvée par fragments, lentement reconstituée par l'esprit moderne aidé du souvenir de la science antique, la géographie va enfin reconquérir ses titres perdus et reprendre son rang parmi les sciences.

Il y a de singulières analogies entre .son histoire et l'histoire des découvertes, quand on les rapproche lune de l'autre : des deux parts, c'est un éternel recommencement . Devant cet effort persistant de l'esprit de l'homme « qui se lasse de tout, excepté de comprendre », on sent plus vivement que jamais que cet esprit porte en lui-même un principe supérieur qui, après avoir résisté à tous les obstacles, fiait tôt ou tard par les vaincre.

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C'est ainsi qu'après bien des siècles de trnvaux et de patientes recherclies, on finit, non seulement par revenir à la vraie conception de ce que doit être la géographie, mais à compléter et à dépasser les Anciens sur bien des points.

Déjà, dès le milieu du xvui" siècle, on s'était efforcé de réagir contre le caractère purement conventionnel des livres d'enseignement géographique.

Tout arbitraire qu'il fût lui-même, le système de Buache navait pas moins exercé une action salutaire, en montrant que les faits d'ordre physique, les faits de relief entre autres, n'avaient pas moins d'importance que les faits d'ordre politique dont on s'était jusqu'alors presque exclusivement occupé : la notion de pays commença dès lors à poindre, à côté de la notion d'ElaL

Division du travail scientifique en géographie. — D'autres théoriciens, Allemands pour la plupart, distinguèrent plusieurs parties dans la géograj)hie : une partie mathématique, une partie physique, une partie politique ou chorographie; mais ces divisions ne passèrent pas dans la pratique : elles restèrent à l'état d'idées, de principes, et l'on continua à ne voir dans les diverses régions du Globe que des êtres abstraits et factices.

Après le système de Buache qui lui porta le premier coup, ce furent les grands bouleversements territoriaux de la Révolution et de l'Empire, qui battirent en brèche la géographie politique.

D'autres causes favorisèrent la formation d'un esprit nouveau ; des œuvres comme celles de Buflbn et de J.-J. Rousseau, des voyages comme ceux de Cook et des Forster, en développant et en enrichissant le sentiment de la nature, contribuèrent à ramener les esprits à l'étude des phénomènes physiques.

Enfin, les travaux spéciaux dont nous avons précédemment énuméré les principaux otlVirent un véritable trésor d'observations, dans lequel il n'y avait plus qu'à puiser. La mise en œuvre de tous ces éléments appartient à l'Allemagne, qui redevient au xix" siècle le théâtre de la seconde renaissance géographique, comme elle avait été, aux xv^ et xvi" siècles, le théâtre de la première.

La renaissance géographique en Allemagne. — Deux

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hommes de grand savoir et deux grands esprits, Alexandre de nnmholdl (lim-li^y.)) el Karl Bit 1er {1119- iSb'.)), constiluèi-enl la géographie comme science, en reprenant ce qu'il y avait de plus juste et de plus fécond dans les vues des Anciens, et en y ajoutant ce qu'il y avait de plus neuf et de plus original dans les acquisitions de la pensée moderne.

Ils mirent en relief cette idée, déjà exprimée, mais non appliquée avant eux, que tous les phénomènes d'ordre physique et politique, étudiés Jusqu'alors isolément, j)résentaient entre eux une étroite connexion et formaient, selon l'expression même de Ritter, un ensemble virant.

Avant eux, on n'avait vu dans la géographie que la science de la Terre ou la science de rHomme : personne n'avait établi de rapports entre les deux termes de la définition, Humboldt et Ritter se consacrèrent à l'étude et à la démonstration de ces rapports : à une sèche juxtaposition de travaux de détail, sans unité, sans lien, à un mécanisme, ils substituèrent une synthèse raisonnée, vivante, un organisme. Par là ils firent œuvre de créateurs.

Alexandre de Humboldt. — Humboldt, moins exclusivement ^eo^ra/>/ie que Piitter, fut un esprit universel. Il rassembla en une encyclopédie gigantesque, le Cosmos, publié en 1845, les résultats de toute une vie d'observations, d'études et de lointains voyages (1) : c'est une prodigieuse accumulation de faits qui se rattachent à tous les ordres de connaissances, géographie, agriculture, économie politique, archéologie, histoire naturelle, botanique.

Mais ce qui dislingue le Cosmos d'une compilation dans le genre de VHistoire naturelle de Pline, c'est qu'il y a dans l'œuvre de Humboldt plus et mieux qu'une riche moisson de faits : // y a une méthode ; l'esprit y domine la masse des notions; il les organise par des généralisations puissantes. Humboldt est à la science moderne, dans une certaine mesure, ce qu'Aristote fut à la science antique : un organisateur de premier ordre. Il excelle à classer les faits qu'il expose, à démêler leurs caractères communs, à les réunir en catégories distinctes, à dégager, en les rattachant à leurs causes naturelles, les lois physiques qui les

(1) Ses voyages les plus célèbres sont ceux d'Amérique et d'Asie centrale.

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n'fj^issent. Il mit ainsi l'ordre à la place du chaos, et en mémo temps, en découvrant entre certaines catégories do faits des analogies insoupçonnées jusqu'alors, il créa de nouvelles branches d'études géographiques, entre autres la climalologie (1) et la physique des mers.

Karl Ritter. — Si Humboldt porta surtout la lumière dans ces études, Hitler y porta surtout la vie. Le litre de son œuvre principale, publiée à Berlin en 1817, Géographie générale comparée, définit bien le but qu'il s'est proposé. « Ce qui caractérise une Géographie générale, a-l-il dit, c'est qu'elle s'elVorce d'être une science comparée^ c'està-dire de représenter les rapports changeants de la nature organique et inorganique et de l'histoire des peuples. » — Le grand service que Ritter rendit à la géographie, ce fut de la vivifier par l élude de ihistoire; il essaya de fondre les deux ordres de sciences, naturelles et historiques, dont on avait jusqu'alors totalement oublié, négligé ou méconnu les rapports. Si Humboldt fut en matière géographique l'Aristole du xix'' siècle, Ritter en fut à la fois le Polybe et le Slrabon. 11 établit d'une manière décisive que le milieu physique a de tout temps exercé une puissante influence sur les civilisations, et qu'il y a des peuples dont le caractère et l'histoire sont écrits sur la carte.

On conçoit que Ritter ait été amené ainsi à saisir très vivement la physionomie particulière de chaque pays; dans une série d'études spéciales, qui ne sont que l'application de ses principes généraux, il détermine le caractère des grands individus terrestres, comme il aimait à dire, par de fines analyses, des rapprochements perpétuels, des comparaisons ingénieuses et neuves.

La géographie dans l'enseignement et dans l'éducation. — Les conceptions de Humboldt et de Ritter dominent encore la science contemporaine. Sans doute, il y a dans leur œuvre des parties caduques. On a reproché au premier nombre de généralisations trop hardies, au second des rapprochements forcés, des conclusions

(1) C'est à. lui qu'on doit le système des lignes isothermes; le premier il montra l'importance des catégories de climats maritimes et de climats conlinenlaux.

(l'une exactitude conleslable (1). Mais ces témérités, inséparables d'une science encore incomplète, no doivent pas faire oublier les grands mérites des travaux de Humboldt et de Ritter : sans parler de rélévalioii de leur pensée, de cette sorte d'enthousiasme pour les idées générales qui est la marque de leur époque et <[ui prèle à toutes les œuvres de ce temps des accents si entraînants et si nobles, — sans parler de tout cela, la méthode seule des deux grands savants a exercé sur la géographie une intluence décisive; non seulement elle en a fait une science autonome^ mais encore elle en a fait une discipline pour l'esprit^ un objet d'enseignement et d'éducation générale.

Cette manière nouvelle d'envisager la géographie se retrouve aujourd'hui dans tous les pays civilisés. Les efforts des savants continuent sans doute à se porter vers des points spéciaux et à enrichir toujours davantage le domaine, singulièrement étendu désormais, de la science de la Terre et de l'Homme ; mais ces travaux ne restent plus, comme autrefois, enfouis dans des archives d'État ou confinés dans des bibliothèques particulières ; on travaille à les mettre à la portée de toutes les intelligences, à en vulgariser les résultats les plus marquants, à mettre, eu un mot, l'opinion publique au courant de la science, sans jamais laisser oublier le grand principe d'unité qui rattache les unes aux autres ces études d'ordres divers, et qui fait de la géographie la science de l'organisme terrestre, l'explication raisonnée de l'Univers.

La géographie après Ritter : Peschel, Richthofen. — C'est dans cet esprit qu'est conçu l'enseignement géographique tel qu'on le donne à présent en Allemagne et en France. L'Allemagne vit un instant se manifester chez les successeurs de Humboldt et de Ritter une tendance à la spécialisation qui ne laissa pas d'inquiéter les adeptes de la «Géographie générale «: un moment, la scission faillit s'accomplir entre les éléments physiques et les éléments politiques dont Ritter avait si hautement proclamé l'étroite

(1) Par exemple, lorsqu'il explique la supériorité actuelle de rEuro[)e — supériorité qui s'est si fort atténuée depuis le temps où écrivait Piitler — par le calcul d'une proporlioa entre la surface de l'Europe et le développement de ses côtes.

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