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LE XIX' SIÈCLE

connexité et la liaison nécessaire. Mais on revient aujourd'hui aux principes du maître, et les spécialistes les plus déterminés, comme Pesc/iel, Richlhofen, partagent leur temps entre l'étude des questions j^énéralcs et particulières et Ihisloire proprement dite de la géographie : renseignement reste pénétré, à tous ses degrés, de ce grand souftle de généralisation, de cette haute inspiration philosophique dont le mérite remonte à Humboldt et à Karl Ritter.

Géologie et géographie; rôle de chacune. — En France, la rénovation des études géographiques est de date plus récente. Notre pays avait, à la fin du xvni® siècle, toutes les chances d'inaugurer ce magnifique ensemble d'études à la fois scientifiques et morales qu'il fut donné à un Ritter de mettre en œuvre sous le nom de géographie ; et cependant ce sont d'autres qui ont récolté ce que nous avions semé. Du moins avons-nous su leur en faire honneur sans réserve et prendre à leur école les modèles et les inspirations nécessaires.

Comme eux, la fièvre de spécialisation nous a saisis tout d'abord, surtout en matière géologique. Les progrès immenses de la géologie au cours de ces vingt dernières années ont même failli mettre en péril l'enseignement géographi([ue. Les admirables travaux de maîtres tels que Fonqiié, de Lapparent, Marcel Bertrand, dignes rivaux d'Edouard Suess, auteur de VAntlitz der Erde (Face de la Terre), etc., ont élargi le domaine de la science géologique jusqu'à le rendre absolument contigu de celui de la géographie. Géologie et géographie ont même à plusieurs reprises failli se confondre. Mais la science géologique est devenue assez étendue pour exiger l'effort exclusif de savants originaux, et les progrès de la physique des climats, de la géographie botanique et zoologique, de l'anthropologie et de l'ethnographie, en sollicitant aussi l'attente des géographes, les ont obligés à faire œuvre de sélection dans leurs emprunts géologiques comme dans les autres.

L'équilibre se rétabht peu à peu. La plupart des géographes estiment aujourd'hui que leur domaine est bien assez vaste en se tenant limité à l'étude des phénomènes actuels et laissent aux géologues le soin de reconstituer l'histoire

lointaine de la Terre, dans les âges où il n'y avait point d'humains et, par là môme, point de rapports à établir entre les humains et la nature.

La géographie humaine. — Ce retour à la discipline prêchée par Itilter a été l'occasion d'une enquête de plus en plus détaillée et intéressante sur les rapports des sociétés humaines avec leurs habitats. Le géographe allemand Ralzel a pu, en s'inspirant de ces principes, faire la belle enciuêle philosophique à laquelle il a donné le nom de Géographie humaine (Anthropogéographie).

Il serait injuste de ne point citer, parmi les grands rénovateurs de ces études de géographie appliquée aux sciences politiques et sociales, plusieurs maîtres français : ^4. Himly, auteur de VÉtude sur la formation territoriale des États de VEurope centrale, et E. Levasseur, initiateur de la géographie économique en France, et surtout Elisée Beclus, dont l'œuvre à la fois vaste, sûre et élégante, constitue un véritable monument.

Les sociétés savantes. — C'est aussi dans notre pays que les sociétés de géographie ont peut-être le plus contribué à répandre le goût de cette science, nouvelle ou renouvelée. En organisant des bibliothèques et des conférences, en provoquant des congrès, ces sociétés ont provoqué un mouvement d'opinion irrésistible en faveur de la géographie.

Représentations de la Terre. — Cartographie savante. — La représentation de la Terre, inséparable de la description ou, plutôt, de l'explication complète et raisonnée de l'Univers, n'a pas accompli de moins grands progrès. Ce qui caractérise la cartographie contemporaine, c'est une précision qui tend à devenir de plus en plus rigoureuse ; c'est encore l'étude approfondie des projections, et le perfectionnement de plus en plus grand de la technique.

Jusque vers le milieu du xix" siècle, on vécut, en France et en Europe, sur les cartes de Cassini. Mais, peu à peu, les nécessités de la politique et de la guerre firent sentir l'importance de cartes détaillées, indiquant toutes les parlicularilés d'une région, composition du sol, orographie, climat, régime hydrographique, ressources de toute nature,

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réparlilion des populations, frontières, le tout cnvisa<^é au point de vue militaire. Dès lors commença la période, des cartes dites d'élal-major, dressées par des officiers spécialement chargés de ce travail. Ces cartes ont même histoire et même caractère dans tous les pays d'Europe. Tous les États ont aujourd'hui leur carte d'état-major et leur bureau topographiijue spécial relevant du ministère de la Guerre. La carte détat-major de France a été commencée en 1818 et achevée en 1878 : elle comprend 274 feuilles.

Grands sont également les perfectionnements techniques qui ont été apportés au tracé des autres cartes. Les fleuves sont indiqués avec toute l'exactitude désirable : on ne représente plus le relief, comme autrefois, par des chaînes rigides, mais par un système de hachures plus ou moins espacées, de manière à indiquer l'altitude par le rapprochement plus ou moins sensible des traits, ou par une série de teintes dégradées, disposées de manière à donner les mêmes indications.

Le progrès de la technique des cartes a bénéficié de quantité d'inventions telles que la gravure sur acier (1820;, la lithographie (1825), la galvanoplastie (1842), la photographie {l8oC)), V héliogravure (1869), la chromolithographie (1876), etc., et autres découvertes, conséquences du merveilleux essor des sciences au xix" siècle et de leurs applications pratiques.

11 va aujourd'hui des cartes de toute nature, générales et spéciales, mettant en lumière une ou plusieurs séries de faits géographiques, des cartes géologiques, climatologiques, orogra|)hi({ues, agricoles, industrielles, militaires : il n'est pas un ordre de faits qui n'ait été ou ne soit actuellement l'objet d'études cartographiques détaillées. La cartographie de notre temps, plus encore que celle des époques précédentes, est le reflet fidèle d'une science qui présente encore beaucoup de lacunes, mais qui s'elîorce tous les jours d'acquérir plus de lumières et de répondre dignement aux intentions et aux espérances de ses grands fondateurs.

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