GÉOGRAPHIE MATHÉMATIQUE ET PHYSIQUE CHAPITRE PREMIER
LA TERRE DANS l'uNIVERS. — SA POSITION DANS l" ESPACE ',
l'Évolution de ses formes.
SomMAIRE.
La Terre est une planète du système solaire. EUe accomplit en 365 jours sa révolulioa autour du Soleil, et ce mouvemeut détermine la marche des saisons. Elle tourne sur elle-même en vingt-quatre heures, ce qui produit la succession des jours et des nuits. Les zones : zones glaciales, zones tempérées, zone torride. La notion de saison n'a pas la même valeur pratique pour tous les pays. Elle ne rend pas compte du fait des échanges de température et d'humidité qui oot lieu dans les différentes régions du Globe.
Étude des périodes géologiques; leur détermination par l'étude des fossiles et des plantes. Division de l'histoire de l'é'corce terrestre en trois ères : 1" ère primaire ou paléozoïque. La mer s'étend sur tout l'hémisphère austral et des deux cotés de l'équateur; végétation très riche d'un petit nombre d'espèces; faune comprenant des amphibies, quelques reptiles et les crustacés trilobites; "iP ère secondaire. Richesse beaucoup plus grande de la flore et de la faune ; modifications importantes dans la répartition des terres et des mers; 3" ère tertiaire. Augmentation des étendues continentales, plus grande intensité et plus grande diversité de la vie des plantes et des animaux. L'ère quaternaire^ caractérisée par l'apparition de l'homme, l'est aussi par une modilicalion climalérique qui eut pour elîet de soumettre les continents à l'action érosive des glaces et des eaux courantes.
Permanence de l'océan Pacifique, qui aurait eu les mêmes contours à la fin des temps primaires qu'aujourd'hui ; formation tardive et graduelle de l'Atlantique. Gommunicatio[i des océans les uns avec les autres.
Intérêt des études de géographie mathématique. — Toute étude géographique du Globe terrestre commence par l'exposé des conditions de place et de mouvement de
la Terre dans Tespace, Il n'est, nullement indifférent, en etïet, de savoir de quel groupe d'astres notre Globe suit le mouvement, comment il se présente à laclion de la chaleur solaire qui est la force originelle d'où dérive la vie sur noire planète. C'est à cette seule condition que l'on peut tracer des cartes exactes et rendre compte avec rigueur d'un grand nombre de phénomènes climatériques. En cette matière, comme pour tout le reste de la science géographique, le géographe doit s'en tenir à l'exposé des phénomènes actuels, de ceux qui expliquent les conditions physiques de la vie des sociétés humaines.
MaJs il serait dangereux de croire que la position de la Terre par rapport au Soleil, que ses évolutions dans l'espace, que les mouvements auxquels sont dus les changements de saison soient des explications suffisantes des phénomènes de la vie qui intéressent l'homme le plus directement. Le secret de ces explications ne peut être pénétré qu'à partir du moment où l'on connaîtra, en môme temps que toutes ces causes d'influence extérieure, la structure même de la Terre, la répartition proportionnelle des terres et des eaux, celle des montagnes et des plaines, enfin les perpétuels échanges d'air à températures différentes qui se produisent en toutes les régions les plus éloignées. La mathématique de la Terre n'en est point la géographie ; mais elle aide à la comprendre.
Peut-être la science astronomique est-elle plus riche en explications de la vie du Globe que nous ne l'avons cru jusqu'ici. Ainsi plusieurs astronomes éminents estiment que le déplacement des taches du Soleil exerce une influence prépondérante sur les variations périodiques de climat que l'on a observées dans des régions étendues. Mais nos observations n'ont encore jusqu'ici porté que sur des coïncidences entre les deux ordres de faits : de ce qu'ils se produisent simultanément ou se succèdent avec régularité, il ne s'ensuit pas encore qu'ils soient enchaînés par des liens de cause à effet. C'est sous ces réserves que l'on peut procéder à Tétude de la géographie mathématique.
Place de la Terre dans le système solaire. — La Terre n'est pas un corps indépendant qui roule dans l'espace. Elle appartient à un groupe de planètes dont le Soleil est le centre.
Fig. I. — Les planètes.
De CCS planètes, les unes, Mercure, Vénus, Mars et la Terre, sont de dimensions plus petites, et se meuvent à une moindre distance du Soleil; les autres, Jupiter, Neptune, Saturne et Uranus, plus éloignées de lui, sont aussi de plus fortes dimensions que les premières. Toutes ces planètes sont appelées par les astronomes salelliles du Soleil, parce qu'elles obéissent à son influence.
La Terre elle-même a un satellite qui est la Lune, cinquante fois plus petite que le Globe terrestre, et éloignée de nous d'environ 400000 ki- 1 omèlres.
Ce sont les révolutions de la Lune autour de la Terre qui règlent la succession des juois lunaires. On appelle ainsi le temps qu'emploie notre satellite à passer par ses quatre phases, nouvelle lune, premier quartier, pleine lune et dernier quartier. Il s'écoule une durée de vingt-neuf jours et demi environ avant que la Lune se retrouve de nouveau en face du Soleil.
Le Soleil, autour duquel toutes les planètes accomplissent leurs révolutions, a un diamètre 109 fois plus grand que celui de la Terre. Il est séparé de nous par une
distance d'environ 150 millions de kilomètres. C'est un globe incandescent de gaz et de vapeur dont on n'a pas pu déterminer encore exactement la composition. On pourra se faire une idée de sa haute température en songeant que plusieurs métaux, dont l'homme obtient avec peine la fusion par les procédés scientifiques les plus perfectionnés, n'existent que sous forme de vapeurs dans la masse solaire. Le Soleil lui-môme n'est pas immobile; il est emporté vers la constellation d'Hercule.
tune
Fig. 2.
■La Terre et son satellite la Lune.
Mouvement de la Terre autour du Soleil. — C'est le mouvement de la Terre autour de cet astre qui explique la succession des saisons, puis des jours et des nuits, dont nous sommes témoins.
La TERltE DANS L'UNIVERS. 161
Lorsque nous reg'aidons avec quelque attention le Soleil et les étoiles, il nous semble que tous ces astres se lèvent à l'est, se meuvent en montant au-dessus de nos têtes dans la direction de l'owest, et disparaissent à l'horizon dans cette même direction après avoir décrit un arc de cercle. Aucun indice ne peut nous faire croire d'abord que la Terre se déplace dans l'espace. On dit, en vertu de cette illusion, que le Soleil se lève, qu'il monte, qu'il redescend et se couche : on emploie les mêmes expressions en parlant des étoiles. Les anciens Grecs, peuple de navigateurs, imaginaient que le Soleil disparaissait le soir dans rOcéan, et sortait le lendemain des vagues pour la nouvelle aurore.
On comprend que l'intelligence des hommes ait été longtemps trompée comme leurs yeux. Les premiers astronomes eux-mêmes se laissèrent gagner par cette erreur si naturelle.
Aussi Ptolémée, astronome grec qui vivait en Egypte au second siècle de notre ère, expliquait le mouvement des astres en faisant de la Terre le centre de leurs révolutions. Pour lui, le Soleil et les étoiles étaient fixés à la voûte céleste qui entraînait tous ces corps en tournant autour de la Terre considérée comme une sphère immobile.
La théorie de Ptolémée, reposant sur cette erreur, dirigea jusqu'au xv* siècle tous les efforts des savants. C'est Copernic, mathématicien polonais né à Thorn en 1474, qui, étudiant les mouvements des planètes, dont les Anciens n'avaient jamais pu se rendre compte, démontra clairement que la Terre tourne autour du Soleil et que cet astre lumineux est le centre du monde planétaire dont nous faisons partie.
Il expliqua comment la sphère terrestre, accomplissant en 36.5 jours sa révolution autour du Soleil, tournait aussi sur elle-même en l'espace de vingt-quatre heures.
Au commencement du xvii^ siècle, Kepler compléta ces découvertes en déterminant les lois précises du mouvement des planètes autour du Soleil : elles décrivent autour de cet astre, non pas des circonférences, comme on l'avait cru, mais des ellipses. Après lui, Galilée, Cassini, Newton, Huyghens, Herschel, Laplace, Arago rendirent plus parfaite encore la connaissance des révolutions des corps
célestes. On appelle hijpolhèse de Laplace la théorie que ce savant a imaginée pour montrer comment les planètes du système solaire, faisant partie, à l'origine, de celle masse de l'eu, s'en seraient séparées et seraient devenues, de corps vaporeux ou gazeux, des sphères de matières solides. Ainsi, la Terre aurait été autrefois un globe de feu, comme semble l'attester le noyau incandescent que l'on suppose en occuper aujourd'hui le centre, et qui donnerait naissance aux éruptions volcaniques.
On peut sexpliquer, par une comparaison toute vulgaire, l'illusion que nous éprouvons en croyant que la Terre est immobile et les astres en mouvement autour d'elle. Oui de nous n'a été dupe d'une illusion analogue? Pendant un voyage en chemin de fer, par exemple, ne prêtons-nous pas aux arbres, aux maisons, à tous les objets qui s'offrent à nos yeux, le mouvement qui nous emporte nous-mêmes? C'est ainsi que, la Terre nous entraînant avec elle, nous n'avons pas conscience du déplacement qu'elle subit.
Rotation de la Terre sur elle-même. Le jour et les
heures. — En outre de son mouvement autour du Soleil, la Terre accomplit un mouvement de rotation sur ellemême. Le Soleil semble se mouvoir de l'est à l'ouest; le mouvement réel de la Terre est nécessairement l'inverse de celui-là, c'est-à-dire de l'ouest à l'est. /^ \ On donne le nom de jour à la durée de
p.hVtHoy-jji. * cette révolution. Cette durée est divisée
V,^y elle-même en 24 parties qu'on appelle
Fig. 3. — Rotation h<^il''es.
de ];i Terre. Puisque le Soleil éclaire l'un après
l'autre les divers points de la surface terrestre, on comprend que l'heure varie pour les lieux qui ne sont point placés sous le même méridien. Il y a avance si nous allons vers le levant; retard, au contraire, si nous allons vers le couchaut. Ainsi, lorsqu'il est midi à Paris, les horloges ne marquent encore que 7 heures du matin à New- York, et déjà 5 h. 45 du soir à Calcutta.
C'est ce mouvement qui explique aussi la surprise des marins qui avaient fait le tour du monde sous la conduite de INIagellan, lorsque, revenus en Espagne, ils remarquèrent que le calendrier de leur navire était en retard d'un jour sur la date qu'indiquaient les calendriers de terre. En effet
naviguant d'est en ouest, ils avaient accumulé un relard de vingt-quatre heures. Si l'on accomplissait le même voyage en sens inverse, on arriverait en avance d'un jour sur la vraie date.
De même, un télégramme envoyé de Paris à Conslanlinople arrive à destination avant l'heure de son départ, s'il est transmis en moins de 1 h. 46 minutes, différence exacte de l'heure des deux villes.
Le phénomène qui avait tant étonné les compagnons de Magellan est de nos jours fort utile aux navigateurs ; car si, au bout de quelques jours de route, ils peuvent connaître à la fois l'heure du port qu'ils ont quitté et l'heure de l'endroit où ils se trouvent, ils mesurent par ce moyen la distance parcourue. Voici quel procédé ils emploient : ils emportent sur leur navire une montre très exacte appelée chronomètre, qui marque l'heure du continent d'où ils sont partis. Puis, chaque jour, ils déterminent, en observant le Soleil, l'heure de l'endroit de l'Océan qu'ils ont atteint. La ditïérence des deux heures leur donne la différence des deux longitudes.
Les jours et les nuits. Leur inégalité. — La durée du mouvement de rotation de la Terre sur elle-même est appelée yoar par les astronomes. Mais, dans cette durée de vingt-quatre heures environ, nous distinguons deux périodes, l'une de lumière, l'autre d'obscurité, que nous appelons le jour et la nuit. Ces deux périodes ne sont d'égale durée pendant le cours d'une année que pour les régions du Globe terrestre situées sur la ligne de l'équateur. Au contraire, les pôles et les régions qui en sont voisines ont alternativement six mois de lumière perpétuelle et six mois d'obscurité ininterrompue. Dans les zones comprises entre l'équateur et les pôles, c'est-à-dire dans les zones que nous appelons tempérées, les jours sont plus longs et les nuits plus courtes en été, les nuits plus longues et les jours plus brefs en hiver. Enfin, on peut aisément observer que plus un point est éloigné de l'équateur et rapproché du pôle, plus est grande la durée du plus long jour de l'année. Ainsi, au Caire, ce jour dure quatorze heures; à Paris, à Nancy, environ seize heures ; à peu près dix-sept à Kœnigsberg et dix-huit et demie à Saint- Pétersbourg.
La raison de ces dilTérencos est la suivante : la Terre, dans sa révolution autour du .Soleil, ne se présente pas toujours aux rayons de cet astre directement ni dans la même position. S'il en était ainsi, toutes les régions du Globe auraient des jours et des nuits de durée égale. Mais rinclinaison que la Terre prend dans son mouvement fait que la circonférence marquant la limite entre la moitié obscure et la moilié éclairée ne passe pas par Taxe de notre planète.
En dehors des régions équatoriales, le jour et la nuit ne sont partout d'égale durée que le 21 mars et le 23 septembre.
Fiff. -4. — Jours et nuits.
C'est pourquoi on a appelé ces dates équinoxes, c'est-à-dire époques où les nuits sont égales. L'une est nommée équinoxe de printemps^ l'autre équinoxe d'automne.
Nous pouvons vérifier l'exactitude de ce fait d'une manière tout élémentaire, et constater ce mouvement de la Terre en observant les déviations que parait subir le Soleil à son lever. Si nous regardons, en effet, chaque matin, à partir de l'équinoxe de printemps, le point de l'horizon où apparaît cet astre, nous constaterons bientôt que ce point est de plus en plus rapproché du nord jusqu'au 21 juin. Or, nous savons que ce n'est point le Soleil qui se déplace, mais la Terre; et nous nous rendons compte ainsi très simplement du mouvement qui cause l'inégalité des jours et des nuits.
Au contraire, à partir du 21 juin, cette déviation apparente du Soleil dans la direction du nord cesse ; le Soleil semble s'arrêter, d'où le nom de solstice donné à cette
LA TERRE DANS L'UNIVERS. IffS
date; c'est le solstice d'été. Les jours diminuent dans notre hémisphère jusqu'au 21 décembre, date qu'on appelle solstice d'hiver.
On comprend que la succession des équinoxes el des solstices est différente dans l'hémisphère austral.
Les points auxquels le Soleil paraît s'arrêter au moment des solstices s'appellent tropiques. Ils sont éloignés de la ligne de Téquateur de i>3°27'. On a nommé le tropique de l'hémisphère boréal tropique du Cancer et celui de l'hémisphère austral tropique du Capricorne.
Saisons et zones. — En même temps qu'une quantité inégale de lumière, et pour la même cause, les différentes régions de la Terre reçoivent du Soleil des doses inégales de chaleur. En effet, en vertu du mouvement d'inclinaison de la Terre sur son orbite d'un solstice à un autre, la chaleur ne lui parvient ni aussi directement ni aussi longtemps. C'est ce qui explique le phénomène des saisons. La Terre est comme un réservoir qui emmagasine la chaleur du Soleil pendant le jour et la laisse échapper pendant la nuit. Or, lorsque les heures d'échauffement, c'est-à-dire les jours, sont plus nombreuses que les heures nocturnes de refroidissement, la Terre ajoute chaque jour à sa réserve de chaleur; c'est l'époque que nous appelons saison chaude.
Le phénomène contraire se produit quand les jours diminuent et que les nuits augmentent : la Terre perd la chaleur accumulée et la laisse échapper par rayonnement; c'est alors la saison froide.
Puisque la cause de la ditTérence des saisons est la même que celle de la dilférence des jours et des nuits, leur durée relative variera selon qu'une région sera plus rapprochée de l'équateur ou des pôles. Aussi a-t-on réparti en plusieurs zones les contrées qui couvrent la surface de la Terre :
1° Deux zones glaciales, limitées par les circonférences des cercles polaires, la zone glaciale arctique et la zone glaciale antarctique, s'étendant du 66* degré (66*'30') au 90* dans les deux hémisphères;
2° Deux zones tempérées, comprises entre les circonférences des cercles polaires et les lignes des tropiques;
3" Enfin la zone torride, s'étendant également jusqu'à la ligne tropicale dans chaque hémisphère.
ZONCOLACIAU
NORDN
TORRIDC
ZONEGLAClALK
Le nom de chacune de ces zones explique sa nature parliculière. Les zones glaciales, qui reçoivent très obliquement les rayons solaires, ont un hiver presque permanent.
Dans les zones tempérées, qui renferment d'ailleurs des régions très dilïérentes de climats, le fait caractéristique est la division nettement marfiuée de nél'ane en quatre saisons : printemps, été, automne, hiver. En efîet, si ces deux portions du Globe ne reçoivent jamais que des rayons obliques de chaleur solaire, pour chaque période de cousuj/ l'année l'obliquité de ces rayons est très variable.
La zone torride reçoit deux fois par Fig. 5. — Les zones. ■ ,• .
* an des rayons verticaux, et presque
toujours la chaleur lui parvient suivant une ligne voisine de la perpendiculaire. Dans une pareille zone, il ne peut y avoir de véritable saison froide : une saison de pluies rompt seule la monotonie de la chaleur. Il ne faut pas croire que toutes les régions comprises dans une même zone éprouvent exactement les mêmes alternatives de chaleur et de froid. Cela n'est vrai que d'une manière toute générale. Bien d'autres causes modifient à la surface de notre Globe l'action de la chaleur solaire, c'est-à-dire la température. Deux villes situées dans le même hémisphère, sous la même latitude, peuvent jouir de climats très différents. La latitude d'une région, sa position dans une zone, indique seulement ce qu'on appelle le climat absolu ou mathématir/ue, et non le climat réel; on ne peut déterminer ce dernier qu'en tenant compte d'un grand nombre d'influences différentes, notamment de l'altitude du sol au-dessus du niveau de la mer.
Valeur pratique de la notion de saison. — De même que l'on ne doit pas considérer comme dotées d'un climat analogue des régions situées sous la même latitude, ainsi il ne faut pas croire à l'efficacité ou même à la réalité des saisons astronomiques. Il estdespays à saisons nettement tranchées, il en est d'autres où l'année n'est pas réellement partagée en quatre saisons. La géagraphie mathématique ne nous donne en cette matière qu'une indication théorique et qui
n'est pas souvent conforme aux faits, puisque le froid, la chaleur et riiumidité sont transportés d'une zone dans l'autre par les vents.
Les saisons astronomiques ne sont des réalités que dans les pays où l'insolation joue un rôle prépondérant, par exemple dans un désert où les alternances de froid et de chaleur dépendent purement et simplement de Tinclinaison des rayons solaires et de la quantité de chaleur absorbée pendant un nombre d'heures donné. Encore faut-il observer qu'il est peu d'étendues désertiques qui soient complètement dans cette condition et que n'entame sur leurs limites aucune influence de nature maritime.
Les saisons sont complètement oblitérées dans des pays comme Java, où la température et l'humidité sont d'une constance remarquable d'un bout à l'autre de l'année. Il n'y a là ni printemps, ni été, ni automne, ni hiver, mais une température de serre chaude à peu près régulièrement maintenue au même niveau. Les pays de mousson, comme l'Inde, rindo-Chine et la Chine, n'ont guère que deux saisons, la saison humide et chaude, la saison relativement froide et sèche. L'alternance des vents déterre et des vents de mer y détermine les saisons beaucoup plus que le cours du Soleil.
Il en est sous les latitudes tempérées de même que sous les tropiques. Dans notre France, par exemple, les pays de l'Ouest et du Centre ont des saisons variables. Tel été est humide, tel autre est chaud et sec, ce que prouve la succession de récoltes différentes suivant la température et l'humidité : à l'été humide correspond la prospérité des pâturages, et, s'il n'est pas trop humide, la quantité des blés; tandis qu'un été très chaud prédispose la terre à donner de belles vendanges. Il se peut que l'hiver d'une année soit plus doux que le printemps d'une autre, et les chaleurs de l'automne après un été froid ne sont pas sans exemple. Bref, les pays à pluies et à vents variables sont des pays à saisons inconstantes.
Au contraire, dans les régions quebaigne la Méditerranée et où les pluies sont rares, la température suit assez régulièrement le cours des saisons.
En revanche, dans les pays de climat continental de la zone tempérée, comme dans la Paissie, le Canada, on compte surtout deux saisons, lune très chaude et l'autre
très froide ; les saisons intermédiaires sont fortement atténuées.
On voit quel degré de vérité renferme au juste la conception nialhématique des saisons; elle ne rend aucun compte du fait primordial des échanges de température et d'humidité qui ont lieu entre les différentes régions du Globe. C'est une théorie tenant compte des angles suivant lesquels le Soleil envoie ses rayons à chaque zone du Globe terrestre, mais ne faisant pas intervenir les qualités plus ou moins grandes de transparence, de richesse ou de pauvreté en vapeur d'eau des couches atmosphériques à travers lesquelles passent les rayons solaires. Or, c'est là l'essentiel pour le géographe qui doit étudier l'intluence de la ciialeur et de l'humidité sur la vie végétale, sur la vie animale et, par là, sur les sociétés humaines.
Intérêt de l'étude des périodes géologiques. — Le géographe n'est point tenu d'étendre son investigation à l'examen des phénomènes qui ont précédé la période actuelle. Le domaine propre de son étude, c'est la considération des phénomènes tels qu'ils s'enchaînent aujourd'hui ou, du moins, tels qu'ils paraissent s'être enchaînés depuis qu'il y a des sociétés humaines soumises à l'influence plus ou moins impérieuse des conditions physiques. On pourrait dire qu'il est tenu de faire l'histoire du Globe dans les limites oi^i il lui est possible de faire l'histoire des hommes. Mais il est instructif pour lui d'emprunter aux géologues des notions et des hypothèses qui montrent, dans un passé lointain de l'histoire de la Terre, des enchaînements de phénomènes analogues à ceux qu'on observe aujourd'hui, de même que l'étude du présent rend le géologue plus capable de pénétrer les secrets du passé. C'est donc une curieuse introduction à l'étude des phénomènes actuels que l'examen des époques géologiques qui ont précédé la nôtre. Il se faut bien mettre dans l'esprit que nous ne connaissons encore que d'une manière bien précaire les traits essentiels de la géographie du passé, tels que la permanence ou la variation des étendues océaniques, et qu'à cet égard les géologues eux-mêmes sont loin d'être d'accord entre eux. C'est sous la réserve de ces remarques que l'on peut jeter un coup d'oeil sur les époques géologiques qui ont précédé la nôtre.
170 GÉOGRA.PniE GÉNÉRALR.
Méthode de détermination des époques géologiques. — C'est par l'étude des fossiles, <jue l'on retrouve cristallisés dans chacune des couches sédimenlaires, que le géoloj^ue peutdélenniner les |)rincipales phases de l'histoire de la formalion du Globe. Eu môme temps qu'il observe les débris d'animaux de chacun des dépôts de stratification, il en étudie également les plantes; en rapprochant les observations des deux ordres, il peut fixer d'une manière approximative une sorte d'histoire géologique.
Toutefois, l'enquête des géologues n'a encore porté d'une manière rigoureuse que sur la moitié environ des terres émergées; à l'estime de M. de Lapparent, il reste encore quinze centièmes de la terre ferme qui sont encore absolument inexplorés et trente-cinq autres centièmes « qui n'ont été l'objet que de reconnaissances et d'itinéraires tout à fait sommaires ».
Si l'on se rend compte aussi delà condition tout à fait rudimentaire de notre savoir en géologie sous-marine, on ne peut que se montrer extrêmement réservé dans l'exposé des hypothèses de cosmogonie (jui ont été proposées en ces dernières années pour expliquer le plus grand nombre des faits observés.
Undesmaîtresdecette science nouvelle, M. de Lapparent, observe lui-même combien l'interprétation de certains faits qui importent beaucoup à l'établissement d'une doctrine géologique est encore délicate et difficile. Ainsi, en étudiant la base cristalline que Ion rencontre à l'origine de la série sédimentaire. c'est-à-dire les roches dont tous les éléments ont été cristallisés et qui ne paraissent pas formées de débris minéraux empruntés à des roches préexistantes, il se garde bien d'affirmer que ce terrain fondamental représente une écorce primitive ; et il observe que certains schistes cristallins ne sont peut-être que des sédiments plus anciens que les autres, mais qui ont été soumis au métamorphisme, c'est-à-dire recristallisés et débarrassés de toute trace de fossiles. Aussi propose-t-il de ne considérer comme des indices certains que ceux de la série des roches vraiment sédimenlaires.
En vertu de ces remarques, les géologues divisent généralement en trois ères l'histoire de l'écorce terrestre : 1° l'ère primaire ou paléozoïque ; "2° l'ère secondaire ou mésozoïque ; 3° l'ère tertiaire ou néozoïquc. Ils mettent à part l'ère
/. .. 'if
i,^^^^^;:| — ^^er^^
moderne ou quaternaire, au cours de laquelle apparut l'homme : c'est peut-être pour les géographes la plus intéressante. Chacune de ces grandes ères ou périodes est caractérisée par un développement diflerent des surfaces maritimes et des surfaces continentales, et par la présence d'un certain nombre d'animaux typiques.
Caractères généraux de l'ère primaire. — De lensemble des études des géologues, on peut conclure qu'au temps de l'ère primaire la mer s'étendait largement sur tout l'hémisphère austral et des deux côtés de l'équateur. Au delà du tropique du Cancer de l'hémisphère nord, des sédiments se sont déposés très activement au fond des mers; sur cette surface s'élevaient seulement de rares flots ; enfin, une large bande de terre ferme semble avoir émergé alors, peut-être sur plus de la moitié de la surface de l'hémisphère boréal.
Sur les terres émergées se développait une végétation très riche, mais comprenant un nombre assez médiocre d'espèces, principalement, croit- on, des cryptogames. Quant à la vie animale, elle fut représentée pendant la dernière partie de cette ère par des amphibies et par quelques reptiles. Beaucoup plus nombreux sont, à cette époque, les crustacés trilobites.
Caractères généraux de l'ère secondaire. — L'ère secondaire a été caractérisée par une richesse beaucoup plus grande de la vie des plantes et des animaux, soit sur les terres, soit dans les mers. C'est le temps où foisonnent des reptiles marins et terrestres dont quelques-uns de dimensions colossales. Enfin apparaissent alors les plantes dicotylédonées angiospermes, dont plusieurs espèces à feuilles caduques attestent qu'il y a eu dès ce moment des contrastes de saisons.
D'importantes modifications se produisent dans la répartition réciproque des terres et des mers. C'est ce que l'on peut voir en considérant une carte hypothétique des continents tels qu'ils existaient ou semblent avoir existé à la fin de la période jurassique.
Caractères généraux de l'ère tertiaire. — Les temps tertiaires paraissent avoir donné lieu à des vicissitudes très importantes de la disposition, de l'étendue et du relief des surfaces continentales et océaniques.
C'est alors que la Méditerranée aurait été restreinte et fermée dans sa partie orientale. Des temps tertiaires dateraient également les plissements qui auraient formé rilimalaya, les montagnes de l'Iran, le Caucase, les Alpes el leurs dépendances et le système del'Atlas. Enfin, on a été amené à supposer qu'une grande masse continentale se serait elïondrée sur l'emplacementque recouvre aujourd'hui l'Atlantique Nord.
Fig. 8. — Carte du terrain occupé en Europe par les glaces pléistocènes au moment de leur plus grande extension (de Lapparent, Abrégé de géologie).
Les masses continentales étant à la fois plus étendues au total et de formes plus variées, la vie des plantes et des animaux est à la fois plus intense et plus diverse. On estime que, vers le milieu de l'ère tertiaire, dominaient sur les terres émergées de nombreux arbres aux feuillages caducs et une admirable parure de palmiers. Parmi les animaux, la prépondérance des mammifères est désormais nettement marquée. Bref, monde des plantes et monde des animaux sont d'une complexité supérieure de beaucoup à ce que l'on avait observé pendant les ères précédentes.
Toutefois, dans la dernière partie des temps tertiaires, une invasion considérable des glaces fît reculer vers le sud cette vie animale et véo^étale si merveilleusement riche.
Caractères généraux de lere quaternaire. — On donne le nom d'ère moderne ou qualernaire, ou d'époque pléistocène, dénomination adoptée par Lyell, à la période de l'histoire du (jilobe ([ui est caraclériséo par l'apparition de l'homme. Celle ère n'est pas essentiellement dilTérente des derniers temps de l'ère tertiaire, si ce n'est par l'entrée en scène des humains.
Elle est toutefois caractérisée par une modification climatérique qui eut pour effet de soumettre les continents à l'action érosive des glaces et des eaux courantes. Les phénomènes caractéristiques d'une grande extension des glaces et d'une extraordinaire diffusion des pluies abondantes ont été observés avec certitude par les géologues. Ils ont noté que les glaces avaient graduellement empiété du nord au sud.
Si des faits d'effondrement ou de formation de continents nouveaux ne se sont pas produits pendant les temps quaternaires avec la même intensité que l'on a cru distinguer pendant les périodes précédentes, il semble du moins que cette évolution dans l'étendue réciproque des terres et des mers ne s'est point arrêtée. On cite comme deux des traits les plus notables de cette ère la fin de l'écroulement des terres qui auraient autrefois couvert l'Atlantique Nord, et l'ouverture dune communication entre la mer Egée et la mer Noire.
Conclusion. — L'observateur impartial peut-il retrouver dans le dessin actuel des continents et des océans la trace visible et authentique de ces grandes révolutions du passé, ici l'indice d'un maintien des conditions anciennes ; là, au contraire, la preuve de modifications profondes ? L'hésitation des savants les plus compétents se montre dans ce fait du désaccord qui sépare et semble devoir séparer longtemps les écoles géologiques en ce qui concerne le degré de permanence des fosses océaniques. Or, si l'on ne sait pas dans quelle mesure les cuvettes qui contiennent aujourd'hui les océans ont été rélrécies ou élargies pu créées de toutes pièces au cours des évolutions de grande amplitude de la chronologie géologique, la même prudence s'impose en ce qui concerne les contours des continents, car les deux études sont étroitement solidaires.
Toutefois, à titre d'hypothèse que rien n'est venu jusqu'ici délruire, mais que rien n'a prouvé complètement,
les géologues les plus autorisés admettent que l'un des trnils essentiels de la fixité du dessin de la Terre est \a permanence de V océan Pacifique ; cet océan aurait eu, si nous en croyons les spécialistes de ces études, à peu près les mêmes contours à la fin des temps primaires que nous lui reconnaissons aujourd'hui. Au cours de ce laps de temps colossal qui confond l'imagination, rien n'aurait troublé l'unité stable de ce dessin caractéristique de notre Globe. « Rien naulorise à croire, dit M. Suess, qu'une partie quelconque de l'espace recouvert par cette vaste nappe d'eau ait jamais été émergée .« Il est vrai aussi que rien ne défend de le supposer et que, au témoignage de quelques géologues autorisés, la présence de fosses brusquement accentuées sur la large bande de moindre profondeur qui s'étend de l'Asie orientale aux côtes chiliennes serait un indice, et non des moindres, d'etïondrement. D'une manière générale, rappelons ici que notre connaissance de la répartition des profondeurs marines est encore beaucoup trop rudimentaire pour être utilement rapprochée des indices bien autrement précis que nous révèle l'étude géologique des continents.
A la fixité de l'océan Pacifique, on se plaît à opposer la formation tardive et graduelle de l'océan Atlantique. D'après la théorie de Suess, la formation de cet océan serait due à deux elîondremenls gigantesques qui auraient fait disparaître un continent entre le Brésil et rAi"ri({ue équatoriale dans l'Atlantique Sud, et un autre entre les deux rivages opposés de l'Atlantique Nord.
Notons toutefois que la forme des rivages du Pacifique n'est pas aussi caractérisée qu'on veut le dire par la présence de chaînes de montagnes disposées en bordure sur ses côtes. Si cette remarque est vraie du littoral américain, elle est grandement contestable pour le littoral asiatique. Enfin, si l'on veut observer qu'une grande partie des plaines qui sont interposées entre l'Atlantique actuel et les Andes, par exemple la plaine de l'Amazone et celle de la Plata, sont de formation récente, on serait tenté de considérer à la limite les Andes comme une ancienne bordure occidentale de l'océan Atlantique.
Et puis, pourquoi isoler ainsi le dessin des océans puisqu'ils communiquent tous largement les uns avec les autres ? Le dessin de l'Indo-Chine et de l'archipel Malais
176 GÉOGKAI'IIIE GÉNÉRALE.
est-il valable k titre d'argument géologique pour le Pacifique seul ou pour l'océan Indien ? Le relief de l'Amérique centrale vaul-il pour le Pacifique seul ou pour le golfe du Mexique et la mer des Antilles, (pii sont parties intégrantes de l'Atlantique? Si l'océan (ilacial du Nord, que nous commençons à connaître, est enfin lui-même une unité, les faits que l'on observera sur son pourtour vaudront-ils pour le Pacifique ou pour l'Atlantique, ou pour les deux ? Autant de questions embarrassantes quautorise la condition précaire de nos connaissances océanographiques.