‹ Géographie généraleChapitre 28 sur 82 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Sommaire.

Preuves de la sphéricité de la Terre. Son aplatissement. Ses dimensions. Pôles, équateur, points cardinaux et collatéraux. Lono:itude et latitude. — Répartition des terres et des mers; concentration des terres dans rhéraisphére nord ; hémisphère continental et hémisphère maritime. La division du Globe en parties du monde et en océans ne repose sur aucune base scientifique. — Divisions géologiques de la terre ferme : VEw^asie et VIndo-Afrique. — Classification mixte de M. de Lapparent. — Classification des océans et des mers; classification géologique des océans; division en Méditerranées et mers côUères. — Les dépressions méditerranéennes.

Sphéricité de la Terre; principales preuves. — La Terre a la forme d'une sphère; il est aisé de le constater par des observations de toutes sortes, les unes élémentaires, les autres d'un caractère plus scientifique.

Si nous regardons du bord delà mer un navire s'éloigner, nous remarquerons que les parties qui le composent, la coque et les mâts, ne disparaissent pas pour nous uniformément, comme un corps qui se déroberait à nos regards sur une surface plane. La coque disparaît la première et semble s'enfoncer dans la mer, puis nous perdons de vue les bas mâts et les grosses vergues ; le sommet de la mâture s'efface enfin à l'horizon. Si nous montons alors sur une haute

tour, nous apercevons de nouveau les flèches extrêmes des mâts. De même, si nous assistons à l'arrivée d'un vaisseau, nous distinguons successivement la mâture, puis la coque; et un paquebot à vapeur se signale de plus loin encore par la colonne de fumée qu'il envoie dans les airs. Or, si la surface de la mer était plane, le corps du navire, beaucoup plus massif que les mâts, resterait le plus longtemps en vue lorsque le navire s'éloigne et se montrerait le premier lorsqu'il vient vers la terre. Nous sommes donc forcés d'admettre que la surface du Globe, terre ou mer, est convexe, comme il convient à une sphère.

Une preuve décisive du même fait fut donnée par le navigateur Magellan. Sorti du port San Lucar en Espagne, il se dirigea vers l'ouest, traversa l'Atlantique et le Grand Océan. 11 périt pendant le voyage, mais ses compagnons continuèrent leur route et revinrent au point d'où ils étaient partis. Pour la première fois, ils avaient fait le tour du monde, c'est-à-dire décrit une circonférence autour de la sphère terrestre.

Ce que nous avons constaté pour un navire qui s'éloigne ou se rapproche de nous, nous pouvons l'observer également pour le Soleil à son lever et à son coucher ; il suffît de se rappeler ce qui a été dit plus haut de la ditférence des heures locales. Les habitants des régions situées à l'est de la France voient le Soleil se lever avant nous : cet astre a paru au-dessus de leur horizon quand il est encore au-dessous du nôtre. Au contraire, les pays placés plus à l'ouest jouissent encore du Soleil quand nous ne le voyons plus. Si la surface de la Terre était plane, tous les hommes verraient exactement à la même heure le lever et le coucher du Soleil.

Les astronomes sont arrivés à la même conclusion en étudiant la forme des ombres que la Terre projette sur la Lune, lorsque notre planète se trouve placée dans l'espace entre son satellite et le Soleil, dont elle intercepte ainsi les rayons: l'ombre de la Terre est bien celle d'un corps sphérique.

Cependant la Terre n'est pas un globe de forme parfaitement régulière : quand on dit familièrement qu'elle ressemble plutôt à une orange qu'à une boule, on entend qu'elle est aplatie aux pôles et renflée à l'équateur.

GÉOaRAPUlË GÉNÉRALE. 12

Aplatissement de la Terre. — C'est le grand mathématicien Newton qui a le premier établi par la théorie que Ja Terre n'est pas une sphère parfaite, en observant dans son livre des Principes que « la Terre pouvait être assimilée à une masse fluide homogène dont toutes les parties s'attirent en raison inverse du carré de la dislance, ce qui assigne au Globe terrestre la forme d'un eUipsoïde dans l'évolution ». Mais son élude de doctrine mathématique avail été grandement facihtée par les expériences de Richer sur la longueur du pendule à seconde dans la ville de Cayenne, en 1672; elle l'avait été également par les mesures du mathématicien Picard déterminant la longueur de l'arc d'un degré, entre Amiens et Mal voisine, en 1670. Huyghens, par une autre voie, était arrivé à la même conclusion que Newton. C'est au xvin siècle que furent faites, sur l'iniliative de l'Académie des sciences de France, les opérations expérimentales qui vérifièrent ces théories. En 17o5, Irois académiciens, Bouguer, La Condaniine et Gandin, se rendaient au Pérou pour etïectuer la mesure de l'arc du méridien au voisinage de l'équaleur. L'année suivante, Mauperluis, Clairaut, Camus et Le Monnier se rendaient en Laponie pour y faire la même mesure à proximité du pôle. Ainsi furent démontrés l'aplatissement polaire elle renflement équalorial.

Dimensions de la Terre. — De nos jours seulement, les savants ont réussi, à force d'observations et de calculs, à connaître les principales dimensions du Globe que nous habitons. Mais on avait déjà fait, avant notre époque, plusieurs tentatives pour mesurer la Terre. Nous connaissons celle dont le géographe grec Ératosthène fut l'auleur au m-- siècle de notre ère. Nous avons vu, en étudiant l'histoire des découvertes, comment une erreur dans l'évaluation des dimensions du Globe avait été la cause déterminante du grand voyage de découverte de Colomb.

Quand on énonce les chifl'res qui représentent les dimensions de la Terre, on ne tient pas compte des irrégularités de sa surface. Ces irrégularités, que nous appelons grandes montagnes, comme les Alpes et les monts Himalaya, sont peu de chose en comparaison de la masse terrestre et doivent être considérées comme des plis insignifiants. Si l'on représentait la Terre par une sphère d'un diamètre de

15 mèlres, la saillie des plus grosses masses montagneuses ne dépasserait guère 1 centimètre.

Le diamètre de la Terre est d'environ 12 500 kilomètres.

La circonférence de la Terre est d'environ 40000 kilomètres.

La superficie de la Terre est d'environ 500 millions de kilomètres carrés.

Pôles, équateur, points cardinaux et collatéraux. — Si l'on suppose que la Terre exécute son mouvement de rotation sur elle-même autour d'un axe, les deux points où cet axe, purement imaginaire, perce la surface du (îlobe, seront appelés /)o/es. L'un est le pôle Nord, que l'on nomme aussi arctique ou boréal; l'autre est \e pôle Sud antarctique ou austral.

On imagine qu'à égale distance des deux pôles un cercle partage le Globe en deux parties égales ou hémisphères. Pour cette raison, la circonférence de ce cercle est appelée équateur, c'est-à-dire ligne de partage égal. Au nord de cette ligne est situé l'hémisphère boréal, au sud l'hémisphère austral. L'équateur traverse les océans Pacifique, Atlantique et Indien, les continents d'Afrique et d'Amérique du Sud, les archipels océaniens.

Les points cardinaux servent à nous indiquer notre position à la surface de la Terre par rapport aux pôles, et, comme on dit vulgairement, à nous orienter. Quand nous sommes tournés vers le pôle nord, dont l'étoile polaire nous indique à peu près la direction, le point est se trouve à notre droite, le point ouest à notre gauche, le sud derrière nous, à l'opposé du nord. Si létoile polaire est un point de repère utile qui signale le nord aux marins, nous pouvons aussi reconnaître approximativement la position de l'est en observant le lever du Soleil et des étoiles : c'est pourquoi Vest est appelé levant ou orient ; les astres disparaissant de notre horizon dans la direction opposée, on a donné au point ouest le nom d'occident ou de couchant.

Les points collatéraux désignent des directions intermédiaires entre deux points cardinaux. Par exemple, si nous nous dirigeons à mi-chemin entre le nord et lest, on dira que nous marchons vers le nord-est, et ainsi de suite... Les quatre points collatéraux sont donc : le nord-ouest et le nord-est, le sud-ouest et le sud-est.

Fii;. 0. — La rose des vents.

Enfin, prenons-nous noire orientation en suivant une lii^ne (jui passe cuire un point cardinal et un [)oint collatéral, nous marcjuons en ce cas notre direction (ui nommant deux fois le point cardinal le plus proche. Ainsi l'orientation comprise entre le nord et le nord-est s'appelle nord-nordesl, etc.

La rose des vents est la figure qui montre la position de tous les points cardinaux et collatéraux autour d'un observateur.

Sur terre, il est aisé de déterminer un grand nombre de points de repère. Mais sur mer, on a grand'peine à se rendre un compte précis de la direction qu'il faut suivre. Les marins se guident au moyen de la boussole. La pièce essentielle de cet instrument est une aiguille aimantée horizontale, dont la pointe indique le pôle magnétique assez voisin du pôle nord. Les Chinois se servaient déjà depuis longtemps de la boussole, lorsque Flavio Giqja en révéla ou en généralisa l'usage parmi les marins d'Europe.

Longitude et latitude. — Les géographes ont voulu déterminer avec une précision mathématique la position des pays et des villes qui se partagent la surface terrestre. Il ne nous suffit pas, pour être bien renseignés sur la situation des lieux, de savoir reconnaître même exactement la direction des quatre points cardinaux et des points collatéraux. Quand nous parlons d'un État qui s'étend vers le nord ou vers l'est, par exemple, nous désirons savoir quel espace il couvre, combien de temps il nous faudrait marcher dans une orientation pour atteindre ses limites. Si l'on nousparled'une ville placée au sud-sud-est du point où nous noiis trouvons, si l'on nous indique même très précisément à l'aide de la boussole l'endroit de l'horizon vers lequel nous devons nous porter pour arriver au terme de notre voyage, nous ferons aussi la question suivante : à quelle distance trouverons-nous cette ville? En divisant idéalement la surface terrestre, en l'envelo^ant comme d'un réseau de lignes qui marquent la longitude et la latikide, il

sera possible de se rendre compte immédiatement, au jMomier examen d'une carte, de la position d'un point ou d'un espace de la surface terrestre par rapport au reste. Une comparaison familière nous le montrera tout de suite : si, à la surface d'un ballon enveloppé dans un filet, on mar- (pie deux points, on pourra apprécier la distance qui les sépare en comptant le nombre des mailles comprises entre eux en longueur et en largeur. C'est en quelque sorte l'image de la division du Globe d'après la longitude et la latitude.

Le mot loîujilude signifie longueur et le mot latitude, largeur. La longitude nous inditjue la position d'un lieu par rapport au levant ou est, c'est-à-dire dans le sens de la marche apparente du Soleil autour de la Terre. Il est la même heure pour tous les lieux de la surface terrestre situés sur un même méridien : on appelle méridien une des lignes qui, menées d'un pôle à l'autre, servent à indiquer la longitude.

Une de ces lignes, choisie comme point de départ pour compter les degrés de longitude à l'est et à l'ouest, est nommée pour cette raison méridien d'origine. On n'est pas parvenu à se mettre d'accord pour l'adoption d'un môme méridien, car aucune raison mathématique ne force à choisir une ligne de préférence à une autre. Ainsi, dans nos cartes françaises, le méridien d'origine, correspondant à zéro, est celui qui passe par l'Observatoire de Paris; en Angleterre, c'est celui de Greenwich.

La surface de la sphère terrestre a été divisée par ces lignes, menées d'un pôle à l'autre, en 360 parties ; on en compte 180 à l'est du méridien d'origine et 180 à l'ouest. La Pig. lo. — Longitude et distance comprise entre deux de latitude,

ces lignes est appelée degré de

longitude ; chaque degré est divisé en 60 parties ou minutes, chaque minute en 60 secondes.

Grâce à ces subdivisions, on peut représenter très exactement par un chififre la longitude d'un lieu. Ainsi Greenwich est à 2°20'14" à l'ouest de Paris. C'est là un chiffre qu'il est utile de connaître, car le méridien de Greenwich est employé sur beaucoup de cartes étrangères.

De môme, les degrés de latitude divisent l'espace qui s'étend (Mitre réqualonr et chacun des pôles. On su[)pose 90 circonlerences [jarallèles à celle de récjuateur, tracées entre cette ligne et le pôle Nord, et 90 jusqu'au pôle Sud. L'équateur est pour les latitudes ce qu'est le méridien d'origine pour les longitudes, c'est-à-dire que l'on compte les degrés de latitude de 0 à 90 entre l'équateur et les deux pôles. Les degrés de latitude sont subdivisés, comme les degrés de longitude, en minutes et en secondes.

Ce sont les latitudes qui limitent les zones dont il est question plus haut.

L'observation des longitudes et des latitudes précise donc rigoureusement les notions générales que fournit l'étude de l'orientation par les points cardinaux et collatéraux. Elle est le fondement de la géographie mathématique.

La longitude et la latitude ne nous indiquent pas seulement la position des lieux à la surface du Globe; elles nous rendent également facile l'évaluation de la dislance qui sépare deux points.

Les marins se servent d'une évaluation ditïérente. Leur mesure de longueur est le mille marin : 1 degré contient 50 milles marins de 1852 mètres. Quand ils disent qu'un navire file 13 nœuds par heure, ils emploient le mot nœud comme synonyme de mille, et désignent une vitesse de 13 fois 18.)2 mètres. Les Anglais expriment les vitesses des bâtiments tantôt en milles identiques aux nôtres, tantôt en milles terrestres de 1609 mètres.

Antipodes. — On appelle antipodes deux points placés à la surface du Globe à chacune des deux extrémités d'un même diamètre. Deux localités qui sont antipodes l'une de l'autre sont donc séparées par 180 degrés de longitude, mais se trouvent sous la même latitude dans deux hémisphères différents. Par exemple, l'antipode de Paris est une petite île de l'Océanie, voisine de la Nouvelle-Zélande (au sud-est), située, comme la capitale de la France, à 48 degrés de latitude, mais dans l'hémisphère austral. Par rapport aux Parisiens, les habitants de cette petite île ont la tète en bas et les pieds en haut : c'est ce que veut dire le mot antipode (qui ont les pieds opposés), dérivé du grec. Mais ce n'est là qu'une apparence, car, pour tous les

hommes, le véritable haut est l'atmosphère qui entoure éi^alement tout le Globe, et le bas est mar(iu6 par la verticale, c'est-à-dire par une liiii-ne menée du point où nous reposons sur le sol jusqu'au centre de la Terre.

Répartition des terres et des mers; ses conséquences. — L'un des traits essentiels de la répartition des masses émergées du Globe est leur concentration remarquable dans l'hémisphère nord. On a souvent observé que le centre des terres émergées se trouverait à peu près dans la région de la Manche ou de la mer du Nord. Aussi a-t-oii dessiné des cartes qui. sans tenir compte des données astronomiques pures, indi^^uent d'une manière saisissante ce que l'on appelle VhémUphère continental du Globe et son hémisphère maritime. L'hémisphère maritime forme à la surface du Globe ainsi divisé une énorme masse homogène composée essentiellement des mers australes et de l'océan Pacifique.

Une autre observation intéressant l'étendue et la répartition des terres émergées a été jointe à la précédente. Géologues et géographes ont observé que les masses continentales se développent suivant la latitude, c'est-à dire d'est en ouest dans la zone qui comprend l'ancien continent, tandis que le nouveau continent ou continent américain se développe surtout dans le sens des degrés de longitude, et cela dans les deux hémisphères. Enfin, on a cru voir une des indications les plus significatives du dessin terrestre dans le fait de la terminaison en pointe des continents qui s'achèvent dans l'hémisphère austral, Amérique du Sud, Afrique, Australie.

Il y a entre ces deux ordres de remarques une sorte de contradiction. Établir d'une part que l'ancien continent se développe d'est en ouest, c'est masquer passablement l'importance de ces terminaisons dans l'hémisphère austral, l'Afrique et l'Australie : car les mêmes savants qui assimilent la Méditerranée américaine, dans son rapport de fosses de séparation, aux deux autres étendues marines ou mixtes qui séparent l'Afrique de l'Europe et l'Australie de l'Asie, n'ont pas, à vrai dire, le droit logique de ne plus tenir compte, dans une étude des formes continentales, de cette valeur essentiellement séparative du rôle du golfe du Mexique et de la mer des Antilles; ou bien

184 GÉOGRArilIE GÉNÉBALK.

il l'iuil aussi négligoiles deux autres médilerranées, et alors parler des terminaisons australes de l'ancien continent comme de celles du nouveau. On doit ou tout séparer ou tout unir, négliger les méditerranées ou les considérer complètement.

D'ailleurs, ce caractère de terminaison en pointe des continents dans l'hémisphère austral est quelque chose de bien approximatif. Que l'Amérique du Sud se termine en pointe de mieux en mieux caractérisée, cela est admissible à la rigueur, quoique sa chaîne terminale d'îlots indique une véritable courijure. Cette courbure prend une belle amplitude au sud de l'Afrique qui est largement développé et ne saurait sans imprudence être assimilé à une pointe. Et quant à l'Australie, elle est aussi bien terminée en pointe sur sa face qui regarde les mers australes que, par exemple, l'Afrique sur son littoral méditerranéen. Ce sont donc là de superficielles analogies du dessin des côtes telles que l'on peut en considérer sur de petites caries: il n'y a là rien de bien établi et surtout rien de bien significatif.

La simple considération des lignes de dessin qui marquent le contact de l'élément solide et de l'élément liquide est d'ailleurs d'une portée singulièrement restreinte : car ici la mer commence nettement par de grandes profondeurs, tandis que là un socle continental prolonge sous les flots le dessin caractéristique des terres. Le géologue surtout, qui considère en elle-même l'architecture du Globe, sans s'arrêter aux conséquences qui eu peuvent résulter pour les humains, ne saurait, sans renier le principe de toutes ses études de relief, s'en tenir à des analogies aussi superficielles.

Quant au géographe, il ne les peut considérer que comme un ordre de faits qui n'influencent la géographie physique et économique de la Terre que dans la mesure où ils se combinent avec d'autres faits de relief, de climat, etc. Par exemple, au lieu de s'arrêter à la comparaison simple et stérile de l'Afrique avec l'Amérique du Sud, sous prétexte que ces deux masses continentales sont triangulaires, il fera mieux d'observer que l'Amérique du Sud présente une large plaine aux vents marins de l'est qui y versent la fécondité dans sa partie tropicale, tandis que l'Afrique ODuose aux nuées de l'océan Indien une assez compacte

DIMENSIONS ET FOKiMES DU GLOBE TERRESTRE. ISû

1)01(1 lire de plateaux et de monta içnes qui en atlénuen'^^ reflet. De même, la comparaison, devenue classique, des trois péninsules qui terminent l'Europe avec les trois autres qui terminent l'Asie est une remarque qui risque d'entraîner l'esprit à des idées fausses, si on ne la corrige immédiatement par des remar(jues empruntées à d'antres ordres de phénomènes géographiques. On compare les groupes suivants: l'Espagne, massive comme l'Arabie; l'Italie mieux découpée, comme déjà l'Inde, et terminée par la Sicile comme l'înde l'est par Ceylan; enfin la péninsule des Balkans merveilleusement découpée comme l'Indo- Chine. L'analogie est fausse même en matière de dessin, puisque, entre les deux séries de trois péninsules, on en oublie une septième qui est l'Asie Mineure. Enfin l'Espagne n'a point le caractère continental de l'Arabie, quoique sèche elle-même, et n'est point comprise entre deux fournaises marines comme le golfe Persique et la mer Rouge; l'Inde est un pays aussi riche en humidité que l'Italie péninsulaire et profite de ce bien; enfin l'Indd- Chine, fécondée par le souffle des moussons, ne saurait être comparée sans injustice à la Grèce, beaucoup plus petite, beaucoup plus découpée il est vrai, mais beaucoup plus desséchée. Une comparaison géographique ne doit jamais s'en tenir à un seul ordre de phénomènes, sous peine d'être fausse.

Division du Globe en « parties du monde » et en « océans ». — 11 est manifcsto que la division traditionnelle des continents en parties du monde et de l'étendue marine en océans distincts ne présente aucun des caractères scientifiques requis par une classification. Elle est une sorte de compromis entre des habitudes historiques et l'application encore bien hésitante de quelques principes de la géographie physique.

Chacun se rend compte que les mêmes termes, Europe, Asie, Afrique, n'ont pas signifié le même contenu pour tous les peuples qui les ont employés, et que même peu d'hommes de science, qu'ils aient été Grecs de l'antiquité ou Européens d'aujourd'hui, n'ont eu d'illusions sur la validité d'une répartition semblable. L'Europe pour les Grecs comprenait surtout la plupart des pays que baigne aujourd'hui la Méditerranée dans sa partie septentrionale,

puis qtielques contrées beaucoup moins connues dont on savait surtout (lucllos étaient habitées par des Celtes ou par d'autres barbares des pays du Nord. La Libye des voyageurs helléni(|uos était nécessairement une partie infime de ce qu'est aujourd'hui l'Afrique. Quant à l'Asie, elle évoque surtout dans l'imagination des penseurs grecs ridée des pays où jadis avaient régné de grands rois et où se développa ensuite la conquête d'Alexandre; cette notion ne s'élargit dans les (esprits qu'après la conquête de l'Inde. Plus tard, dans le monde gréco-romain on prit conscience qu'il y avait au delà de l'Inde des pays lointains et riches qui faisaient suite à l'Asie traditionnelle. De même, quand les Plolémées eurent développé sur le continent africain leur Etat d'Egypte, les commentants des régions méditerranéennes apprirent peu à peu qu'il y avait bien au sud du haut Nil de vastes pays qui continuaient l'Afrique et où les envoyés des Ptolémées allaient chasser l'éléphant et d'autres animaux sauvages.

Mais le savant Eralosthène ne se dissimulait pas le caractère précaire et provisoire de la division du monde habité en parties qui s'appelaient Europe, Asie, Afrû/ue; il observait combien il était téméraire de diviser en parties ce qu'on ne connaissait point dans sa totalité, et trouvait dans son bon sens des raisons que, dans la suite, des explorations rigoureuses et des observations scientifiques détaillées ont rendu de plus en plus valables à nos yeux. Il ne se faisait pas faute, en effet, de demander si la limite de l'Asie était la mer Rouge ou le Nil et il se gardait bien de trancher avec assurance un problème de cette nature.

Quand eut lieu la découverte du Nouveau Monde, quand les explorations eurent permis aux savants de connaître la limite des continents émergés et les contours rigoureux des mers, c'est-à-dire au xvni' siècle, après les mémorables explorations de Cook, il était tout juste temps de se poser la question. Encore aurait-on pu attendre les éclaircissements que viennent de nous donner les dernières explorations polaires antarctiques, car il n'est pas indifTérent, pour une bonne nomenclature des terres et des mers, de savoir s'il y a oui ou non un continent austral.

La répartition des grands États humains ne prouve pas davantage la nécessité ni la légitimité de la division Iraditiouuelle en parties du monde. La séparation classique

et dépourvue de raison entre l'Europe et l'Asie serait à rocherclier sur le territoire du même empire russe dont les princes n'ont pas JK'sité à constituer des provinces dont une partie se trouve en Europe et l'autre en Asie. Le Grand Turc, si son empire n'était en décadence, attesterait que le Bosphore ne lui semble pas séparer nettement l'Europe de l'Asie.

Ce furent et ce sont encore vains discours que les propos menaçants adressés jadis aux Russes d'avoir à se considérer comme des Asiatiques, et que le souhait souvent répété de voir les Turcs retourner en Asie, d'où ils sont venus.

Dans le Nouveau Monde, la division en trois Amériques est aussi quelque chose de bien subtil. Dire que l'Amérique centrale est la région des isthmes n'est pas une limite, car, parmi ces isthmes, il en est de larges etd'étroits, et, eûton déterminé le dernier vers le nord, qu'on ne pourrait, de ce chef, déclarer que, par exemple, le Mexique, république latine, comme les autres pays d'Amérique centrale, doit être naturellement rattaché à l'Amérique du Nord.

Seulement, comme il n'y a aucune chance de mettre rapidement hors d'usage des mots traditionnels et des expressions depuis longtemps usitées, même si le sens en est douteux ou s'il est douteux qu'Usaient un sens, on doit, tout en se rendant compte de la vanité de semblables appellations, continuer à parler comme tout le monde.

Valeur physique de la division en parties du monde. — Ces objections sont parfaitement du domaine de la science, puisque l'histoire est une science et que ces raisonnements sont empruntés à l'histoire. Mais il convient de rechercher aussi quelles objections spéciales de géographie physique soulève la division traditionnelle.

Si l'on était rigoureusement logique et si l'on ne devait mettre à la place même de la géographie physique l'idée essentielle de grouper l'étude des phénomènes naturels de manière à éclairer les phénomènes sociaux, il ne devrait y avoir aucune division en parties du monde. En eifet, la géographie physique, telle du moins que l'entendent les savants spécialistes de la géolegie, nous prouve, par des exemples éclatants, que le niveau de la mer est une simple ligne conventionnelle, et non pas une ligne séparative de

•188 GÉUGnAPIlIE GÉNÉRALE.

phénomènes profondément (lislincls les uns des autres. Ainsi fonl-ils quand ils nous montrent que la mer de la Manche, fraction de l'Atlantique, fait partie du môme ensemble que les pays baignés, d'un côté, par la Seine et, de l'autre, par la Tamise; quand ils nous révèlent l'existence d'un socle sous-marin sur lequel repose l'Europe du Nord- Ouest; enfin et surtout quand ils établissent un rapport entre la nature du relief (jui borde un continent et celle de la mer qui lui est adjacente. Donc, une classification rigoureuse, reposant sur la nature du relief d'ensemble du Globe, devrait tenir compte de tous les phénomènes de cette même nature, qu'ils soient observés à la surface des continents ou au fond des mers. On arriverait ainsi à passer de la notion d'un océan très ancien et immutable, paraît-il, comme l'océan Pacifique, à l'idée d'océans composites et passagers comme l'Atlantique, qui ont beaucoup varié au cours des âges, pour aboutir, dans la même suite d'idées, aux méditerranées, puis aux mers rigoureusement fermées qui sont évaluées généralement dans leur superficie avec les continents qui les enchâssent et comparées dans leurs reliefs avec les terres voisines.

Mais l'étude des océans anciens est encore trop récente et de valeur trop précaire pour permettre une classification universelle et scientifique de ce genre. Oui sait si la suite des découvertes géologiques ne nous prouvera pas que le Pacifique est partiellement moins ancien qu'on ne l'imagine et l'Atlantique davantage? On ne fait pas des classifications avec des hypothèses même vraisemblables. Aussi les géologues ont-ils proposé, provisoirement sans doute, et en attendant l'heure de cette classification d'ensemble, de s'en tenir aux analogies et aux dissemblances du relief émergé.

Divisions géologiques de la terre ferme. — Deux divisions ont été proposées, qui s'appliquent surtout à la masse considérable et si peu homogène de l'ancien continent. Plusieurs savants, observant combien l'Amérique équatoriale et australe, l'Australie, l'indoustan et l'Aiabie présentaient de ressemblance de structure, ont considéré ce groupecomme homogène en lui-mêmeetcomme parasite par rapport au reste de l'ancien continent. En vertu de cette remarque, ils estiment que l'on doit appeler Eurasie, c'est-

à-dire me'/an^e d'Europe efcf'yls/e toute la partie de l'ancien continent située au nord du vaste bourrelet de plissements qui commence à l'Atlas et se termine dans les chaînes de monlaii:nes qui bordent l'Inde au nord et coupent la Chine. Le reste de l'ancien continent, auquel on ajoute le plus nouveau de tous les continents, l'Australie, prendrait le nom à" Indo- Afrique.

M. de Lapparent critique cette division et propose de reconnaître trois sections essentielles de l'ancien continent et du très nouveau. Ce serait :

<i 1° Au nord, le reste depuis longtemps aplani de l'ancien continent boréal ou paléarctique, comprenant le nord des îles Britanniques, la Scandinavie, toute la Russie et la majeure partie de la Sibérie;

« '1" Au centre, la zone des grands plissements pyrénéens et alpins, qui est en môme temps celle des effondrements que nous appellerons méditerranéens ;

" 3° Au sud, les restes morcelés du vieux plateau indoafricain. »

Il applique cette méthode au nouveau continent et, en cela, sa classification est plus compréhensible que la précédente. Il propose de distinguer en Amérique :

« 1° L'ancien massif canadien, homologue de la Scandinavie et qui, à toutes les époques géologiques, s'est avancé comme un coin vers le sud ;

« '2" La zone plissée, aux sédiments secondaires et tertiaires, qui fait le tour de ce massif depuis l'Alaska jusqu'aux Appalaches, zone en avant de laquelle s'est produit l'elTrondrement des Antilles, prolongement des angles, recourbé autour du noyau de la Guyane comme s'il allait rejoindre sous l'Atlantique l'Atlas marocain ;

« 3° Le massif stable du Brésil, ancienne dépendance de l'Afrique, contre lequel le bourrelet des Andes s'est collé exactement comme les montagnes de la Nouvelle-Galles du Sud et de la Nouvelle-Zélande sont venues s'appliquer contre l'extrémité australienne du plateau indo-africain. »

Cette classification est manifestement valable pour les géologues, auxquels il est permis de faire des divisions fondées sur la seule considération du relief. Elle a seulement l'inconvénient d'avoir recours à des considérations tirées du passé géologique, et notamment de tirer parti d'hypothèses encore bien incertaines qui intéressent l'au-

cienno extension de continents aujourd'iiui effrondrés sons les (lois ou que, du moins, on suppose s'être elïbndrés. On aboutit alors à se demander dans quelle mesure est légitime ce mélange de considérations empruntées à la condition actuelle des continents émergés et à la condition passée de ceux qui ont disparu. Ne vaudrait-il pas mieux monticr, d'une part, avec toutes les réserves auxquelles on est obligé en matière si délicate, les évolutions et les changements qui se sont produits dans la forme des continents et des océans, au cours des âges géologiques, puis s'en tenir, pour la classification actuelle, à la considération de ce qui est. Sous réserve de cette observation, la classification de M. de Lapparent, toute mixte qu'elle est, a l'avantage de donner aux esprits l'idée de lextrème mobilité de la plupart des traits de l'étendue du relief des continents et des océans, c'est-à-dire qu'elle donne une vive impression d'évolution.

Classification des océans et des mers. — Nous avons déjà vu que la classification des étendues marines était, d'une manière générale, beaucoup plus précaire encore que celle des étendues continentales. C-ar c'est bien l'étendue marine qui est d'un seul tenant, — - continente. Les dénominations que l'on a appliquées aux mers et aux océans se ressentent de leur extrême variété d'origine. L'océan Atlantique porte le nom que lui donnaient les Grecs, en raison d'une croyance mythologique, et sans s'être aventurés fort loin sur ses flots. L'océan Indien fut nommé ainsi par les navigateurs grecs qui, débouchant de la mer Bouge, savaient que cette étendue marine touche la riche péninsule qu'Alexandre avait atteinte par terre. L'océan Pacifique dut son appellation aux navigateurs espagnols qui le traversèrent dans la région peu agitée des alizés. Les termes d'océan Glacial arctique et anlarctiqiie sont des termes d'astronomie, rien de plus.

Le géographe allemand Krummel a essayé de mieux répartir les étendues océaniques. Il a proposé de distinguer seulement trois océans, le (îrand Océan, l'océan Indien et l'océan Atlantique. Il remarque avec juste raison que l'océan Glacial antarctique n'est, depuis que Cook en a déterminé l'étendue et le caractère, qu'une série de dépendances des trois masses océaniques intercontinentales, et

DIMENSIONS ET FORMES DU GLOBE TERRESTRE. \9i

il regarde l'océan Glacial arctique comme une sorte de nier intérieure dépendante de l'Atlantique avec lequel il communique largement.

11 vaudrait mieux prendre très nettement conscience du fait de la large et libre communication de toutes les mers entre elles, et continuer à donner aux étendues marines les termes que la coutume a consacrés.

La classification géologique des océans. — Faut-il avoir recours, pour classer les océans, aux considérations que les récentes études de MM. Suess et Neumayer ont mises en valeur? Ces savants, en examinant les conditions diverses d'ancienneté ou de formation récente des cuvettes océaniques, ont proposé quelques hypothèses qui éclairent d'un jour nouveau l'histoire des modifications de l'architecture du Globe.

Ils considèrent l'océan Pacifique comme le plus ancien de tous les bassins maritimes, observant que, sur les bords de locéan Pacifique, les couches triasiques sont les plus anciennes qu'on rencontre dans les régions plissées.

Quant à l'océan Indien, ils considèrent qu'il a été formé par l'effondrement d'un vaste continent qui unis.sait l'Indoustan avec l'Australie et l'Afrique australe : cet effondrement aurait eu lieu après le dépôt du jurassique moyen.

L'Atlantique ne serait qu'un bassin maritime de formation assez récente : il daterait de l'âge du crétacé moyen ou supérieur. L'Atlantique Sud aurait été barré pendant le cours de la période jurassique par une masse continentale qui aurait uni le Brésil à l'Afrique. L'Atlantique Nord aurait été occupé par une autre masse de terre, appelée continent néarctique et qui aurait compris l'Ecosse, le Groenland et le nord de l'Amérique.

Si dignes d'intérêt que soient ces considérations, elles ne sauraient sortir du domaine géologique pour entrer dans le domaine de la géographie. Le g«''ographe étudie les phénomènes marins ou continentaux tels qu'ils sont dans le laps de temps qui est un moment passager pour les géologues, mais qui s'étend jusqu'aux souvenirs humains les plus anciens. Il doit étudier les océans tels qu'ils sont, en raison des facilités qu'ils otïrent ou des dirticultés qu'ils opposent aux communications 'des humains. La loi de s'en tenir à ce qui est s'impose pour

l'étude des océans comriKî pour celle des continents. C'est pourquoi nous considérons ici uniquement la condition présente d'étendue, de profondeur, de température, etc., des océans cousidérés dans leur ensemble.

Méditerranées et mers côtiéres. — Du moins, l'effort de classification des savants s'est porté avec plus d'efficacité sur l'étude des mers méditerranées et des mers secondaires. Krummel a proposé de distinguer les étendues marines secondaires, qui représentent à peine 7 p. 100 de surface liquide, en mers méditerranées et en mers côtiéres. Sous le nom de méditerranéen il indique trois étendues : 1° la Méditerranée d'Europe; 2» la Méditerranée australo-asiatique ; 3° la Méditerranée américaine. Nous avons eu déjà l'occasion, en étudiant les grands traits du relief du Globe, de démontrer combien ces trois étendues marines également qualifiées de médilerranée étaient différentes entre elles. La méditerranée qui s'étend entre l'Europe, l'Asie et l'Afrique, la Mésogée des Grecs, est véritablement bien fermée et n'a que deux communications étroites avec d'autres mers, l'une naturelle, le détroit de Gibraltar, l'autre artificielle, le canal de Suez. La Méditerranée américaine ne peut être véritablement considérée comme fermée par le chapelet d'îles très distantes les unes des autres qui s'interposent entre elle et l'océan Atlantique : il n'y a entre ces deux étendues marines aucune ressemblance profonde de nature et de forme. Bien plus dissemblable encore est le mélange de petites mers et d'îles de tailles diverses qui- s'étendent entre l'Indo-Ghine et l'Australie : là, en tout cas, la communication se fait très largement entre l'océan Indien et les mers de Chine, par cette étendue mixte de terre et d'eau ; et elle se fait si bien que c'est une zone de climat maritime par excellence.

D'autre part, comment établir une limite vraiment exacte et logique entre la catégorie des méditerranées et celle des mers côtiéres ; car on se demande, en vérité, quelle méditerranée n'est pas une mer côtière, et les mers côtiéres sont toutes, par définition, plus ou moins apparentées aux méditerranées.

On pourrait être tenté de les distinguer les unes des autres suivant qu'elles sont fermées par des presqu îles attachées à la masse continentale ou par des îles ; mais

DIMENSIONS ET FOKMES DU GLOBK TERRESTRE. 193

tout dépend encore de l'étendue relalive des presqu'îles eL des îles. Un chapelet d'îles bien serrées, montagneuses, reposant sur un socle de haut lond, peut mieux enfermer une m<T qu'une presqu'île étroite, plate, coupée d'isthmes et qui laisserait entre son extrémité et le continent voisin une large ouverture. Il y a là des dilTéreuces de degrés, non des contrastes de nature.

Sous ces réserves, on doit continuer à se servir des termes habituels que de longs siècles d'emploi ont consacrés sans que la science ait la moindre part à cette consécration.

Caractère des dépressions méditerranéennes. — Parmi

les traits essentiels du dessin des dépressions maritimes, les géologues signalent la présence des dépressions qu'ils qualifient du terme d'ensemble de médiierranée (1). Ils ne réservent pas ce nom à la mer comprise entre l'Europe, l'Asie et l'Afrique, et qui, pour cette raison, a de toute antiquité été appelée Méditerranée, mais ils l'étendent à toute une série de mers qui partageraient en deux les masses continentales. Cette série de parties déprimées de la surface terrestre comprendrait, d'abord la Méditerranée classique, qui se termine au nord-est par la mer Noire, et à laquelle on associe quelquefois, en dépit de l'état de séparation actuel, la dépression aralo-caspienne. La mer Rouge, le golfe Persique et les dépressions de l'océan Indien formeraient jonction entre cette première Méditerranée et une seconde, celle qui se développe dans les parages des îles delà Sonde, entre l'Indo-Chine et l'Austrahe. Enfin, le golfe du Mexique et la mer des Antilles formeraient un troisième groupe méditerranéen. Cette dépression de caractère quasi universel, composée d'une « traînée de mers continentales », comme dit M. de Lapparent, serait à la fois « une région faible de l'écorce terrestre prédestinée de longue date à l'aiTaissement » ; ce serait aussi « la zone où se sont concentrés les efforts de refoulement qui ont dressé en plis gigantesques les bords de cette dépression, partout serrée, pour ainsi dire, entre deux bandes stables ».

Les bandes stables de continent qui se dressent partout

(1) De Lapparent, Leçons de géographie physique, p. 24 et suivantes. Géoobaphie gé.nérale. 13

194 GÉOGRAPHIE GÉNÉRALK.

des deux côtûs de celte dépression seraient, par exemple, les deux Amériques de cIiîkjuc côté de la Méditerranée des Antilies et du Mexifpie, puis T Indo-Chine et l'Australie de chaque côté de la Méditerranée australasiatique.

Pour prouver que ce sont là des parties faibles de l'écorcc terrestre, on invoque la présence « d'une série de fosses d'effondrement qui s'y succèdent, entourées par des volcans actifs ou récemment éteints ». On remarque aussi que la fréquence des tremblements de terre dans tous ces parages montre que la croûte terrestre n'y est pas dans un état d'équilibre. Si l'on considère cette théorie d'un point de vue purement géologique, et sans se confiner dans la rigueur de méthode qui convient à la géographie, science des phénomènes actuels, et de tous les phénomènes acliiels, on trouve quelque vraisemblance à cet exposé de doctrine. Toutefois, dans l'état actuel de nos connaissances des fonds océaniques, il est permis de regretter que la jonction des trois zones méditerranéennes ne puisse être observée que d'une manière bien précaire. Entre la Méditerranée de nos parages d'Europe et d'Afrique et celle de l'Australasie, la jonction est fort mal indiquée dans toute la longueur de l'océan Indien : l'océan Indien n'est pas une méditerranée, et pourtant on lui prête, pour l'explication du phénomène des grandes montagnes de l'Asie, comme l'Himalaya, la môme valeur explicative qu'à la Méditerranée traditionnelle, si étroitement bloquée entre des masses continentales. A travers l'Atlantique, du détroit de Gibraltar au chenal de la Floride, on n'a relevé aucun indice de jonclion particulièrement accusée. Force est donc de considérer jusqu'à nouvel ordre chacun des trois groupes, non pas comme un fragment d'une zone annulaire de moindre résistance de l'écorce terrestre, mais comme une région isolée et n'attestant ce caractère de déséquilibre et de fragilité de l'écorce terrestre que sur une surface étroitement limitée.

En second lieu, la parenté, même simplement architecturale, de ces trois zones n'est pas suffisamment démontrée; et môme chacun de ces groupes est loin de présenter de l'homogénéité. Par exemple, sur la fraction de l'écorce terrestre que l'on appelle Méditerranée aiislralasialiquey l'observateur serait bien embarrassé de dire si le fait normal est l'effondrement du fond de la mer en cuvettes j)ro-

fondes comme celles de la mer de Banda, ou si ce n'est pas, au contraire, la présence de grandes aires au puissant relief comme Java, Sumatra, Bornéo et Célèbes; si les volcans y ont déterminé des cassures, ils ont aussi parfois changé la disposition des fonds dans un sens avantageux au gain de la terre ferme, et les tremblements de terre n'y sont pas moins fameux pour avoir travaillé à des apparitions qu'à des disparitions : tel le grandiose phénomène que représente en 1883 l'éruption du Krakatoa. Au reste, cette remarque est pleinement conforme à la doctrine généralement admise des rapports rigoureux qui existent entre des effrondrements et des plissements. Les volcans eux-mêmes, considérés en dehors de leur rapport avec les tremblements de terre, ne travaillent-ils pas au moins autant, sinon davantage, à la confection d'une nouvelle écorce terrestre qu'à la brisure de l'ancienne : sans le prodigieux développement des appareils volcaniques dans lîle de Java, la mer qui s'étend entre Java, Sumatra, Bornéo et l'Indo-Chine ne se comblerait pas avec cette rapidité, qu'explique d'ailleurs le régime des pluies de ces parages, phénomène auquel il faut toujours penser quand on parle de diminution ou d'accroissement des masses continentales. Or, voilà une étendue de la fameuse Méditerranée australasiatique qui est bel et bien en train de se combler, de devenir terre ferme, ce qui n'est pas précisément l'indice d'une région déséquilibrée de l'écorce ter restre. C'est tout simplement un phénomène d'alluvionnement grandiose, comme celui qui nous explique dans le passé et dans le présent le comblement de régions aujourd'hui continentales, comme celles des parties basses de la plaine amazonienne.

On pourrait invoquer dans le même ordre d'idées l'œuvre de comblement graduel de la Méditerranée américaine par les alluvions du delta du Mississipi qui y progressent avec la rapidité que l'on sait et travaillent sous nos yeux à accroître la surface des continents, autre phénomène de reconstruction et non pas de fracture; à ce labeur direct s'ajoute celui de la masse des alluvions de l'Amérique du Sud qui débouchent de l'Amazone, gagnent les parages des Antilles en encadrant la côte des Guyanes. Ce phénomène de reconstruction est moins frappant dans la Méditerranée d'Europe-Asie-Afrique, parce que les montagnes qui l'en-

196 GÉOGRAPniE GÉNÉRALE,

lourent sont beaucoup moins crodées [)ar les pluies ({ue celles des parages anuricains ou javanais. Kncore le travail de comblement d'un Danube, d'un Nil, d'un l*ô, d'un Uhùne vaut-il la peine d'être considéré comme diminuant graduellement, quoique moins vite, dans celte Méditerranée, la part de la mer, au bénéfice de celle de la terre. Le comblement de l'ancien golfe où fut jadis la mer par les alluvions du Pô est un événement signilicalif de rem])lissage, à ce qu'il semble. Prenons garde d'attacher Irop d'importance aux brusques phénomènes de cassure des volcans et des tremblements de terre, et de ne pas considérer avec assez de continuité la progression des plages qui, de siècle en siècle, gagnent sur les mers et accroissent la superficie de nos continents. Certains géologues ne considèrent-ils pas que cette abrasion des montagnes de la Terre, qui deviennent deltas d'abord, puis plaines littorales, puis continents, nous conduisent graduellement à un aplatissement final de la planète? Et cela ne veut-il pas dire que les plaies ouvertes dans la croûte terrestre par les volcans et les tremblements de terre sont vile ou lentement refermées par cet apport d'une peau nouvelle. Nous ne connaissons les grands effondi'ements de masses continentales que par hypothèse; nous connaissons les grands dépôts d'alluvionnements deltaïques et autres par observation sûre et directe.

Enfin cette classification, au défaut d'être contestable, joint celui de n'être pas géographique. La seule et vraie méditerranée, mer située au milieu des terres, même à ne considérer que le dessin et le relief du Globe, est la Méditerranée à laquelle les Latins avaient donné ce nom. Ce que l'on appelle la Méditerranée américaine est beaucoup moins une méditerranée, puis([u'elle est beaucoup moins fermée, et même beaucoup j)lus ouverte, très largement ouverte môme du côté de l'océan Atlantique, et fermée d'une manière fort précaire dans les parages où l'on creuse le canal de Panama, qui deviendra son détroit de Gibraltar artificiel. Quant à la Méditerranée australasiatique, c'est un carrefour d'océans bien plus encore qu'un carrefour de continents : et la preuve en est que les influences maritimes y dominent d'une manière incontestable, tant et si bien que rien ne ressemble moins que Java aux îles pelées de l'archipel gréco-turc.

Critique des divisions empruntées à la science géologique. — Mais ce qui est permis aux géologues ne s'impose pas lu'cossniremenl aux géographes; et, si hautes et belles (jue soient toutes ces spéculations, il importe de ne rechercher une classification des continents et des océans qu'en faisant appel à tous les ordres de phénomènes, sans exception, qui intéressent la géographie. Or les classifications géologiques ne reposent que sur des analogies de relief et de nature du sol, corroborées, il est vrai, par des appels aux faits du même ordre que l'on suppose s'être produits dans les âges géologiques antérieurs. Une division des masses continentales, s'il est nécessaire d'en établir une, doit être fondée aussi sur des considérations de climat, de végétation, de vie animale, considérations qui sont de première valeur pour expliquer les chances de développementdes sociétés humaines. L'Arabie, l'Indoustan et l'Australie ont beau se ressembler par quelques traits de leur relief et surtout s'être ressemblés autrefois, ce sont terres qui ne restent pas moins profondément contrastantes : et ce n'est pas faire acte de géographie physique que de rapprocher dans une môme classification l'Indoustan foisonnant de richesses et pullulant d'hommes, l'Arabie où le soleil des tropiques produit surtout des phénomènes de misère et d'aridité, l'Australie qui n'est ni de même latitude, ni de même végétation, et où il y a de très riches terres à coté de déserts affreux. Ce sont là aussi des caractères naturels et qu'il importe d'observer au même titre que les indications du passé géologique, la géographie étant une science appliquée et une science actuelle.

Ce que l'on dit du défaut de ces rapprochements faits en vertu du seul passé ou des seuls faits actuels de relief et de composition du sol, on peut le dire également de ces étendues appelées méditerranées : notre méditerranée classique, celle d'Australasie, celle d'Amérique, dont la seule ressemblance serait un trait commun de l'histoire des cassures du Globe dans le passé. Un naturaliste ne peut pas admettre que l'on compare ces trois étendues dont les climats sont si différents les uns des autres, que l'on mette dans une même série notre méditerranée dont les îles sont affligées d'un climat si sec, celle d'Amérique où se dressent les merveilleuses Antilles, celle d'Australasie où sont les plus riches terres du Globe et où d'ailleurs l'espac ■

respectivement réparti aux étendues marines et aux étendues terrestres n'est pas dans la môme proportion que pour les deux autres méditerranées.

Sans même avoir recours à ces considérations empruntées à d'autres phénomènes, on pourrait prouver que les divisions soit de masses continentales, soit d'étendues marines proposées dans les classifications des géologues, et d'ailleurs valables pour la science géologique, ne sont môme pas homogènes pour qui veut considérer avec attention le relief actuel : si l'Afrique australe rappelle à certains égards l'Australie, les reliefs de l'Arabie et de l'indoustan ne sont pas rigoureusement disposés de même et surtout n'ont pas les mêmes effets pour la répartition des climats, puisque l'une des péninsules, l'Arabie, est enchâssée entre des continents qui la saturent d'air sec, tandis que la péninsule arabique bénéficie largement des influences marines.

Quant aux étendues marines, quelle ressemblance y a-t-il entre la Méditerranée qui baigne nos pays d'Europe, avec ses répartitions assez régulières et monotones de profondeur, et la Méditerranée de l'archipel Malais où il y a, à côté des fonds de mer en voie d'émersion par le fait de l'alluvionnement et du progrès des deltas, des fosses étroites, profondes et brusquement ouvertes, comme celle de Banda? D'ailleurs, la proportion des étendues marines et des étendues insulaires sur un espace qualifié du nom de méditerranée est en elle-même un fait de relief; et à cet égard, même pour le relief, les trois méditerranées ont chacune un caractère. Tout au plus pourrait-on dire que la Méditerranée de nos pays et la Méditerranée américaine ont pour caractère commun d'être divisées en deux : pour tout le reste, elles sont dissemblables.

Conclusion. — Continuons donc à parler des parties du monde comme la coutume s'en est établie, mais ne nous autorisons jamais de cette coutume pour induire quoi que ce soit dans le domaine des sciences naturelles. Et si nous recherchons dans ce domaine une classification nouvelle, ne la recherchons qu'en considérant sans exception tous les phénomènes naturels, climatériques et autres de chacune des étendues du Globe. Il y a bien, dans le domaine des sciences morales, un rudiment d'homogénéité européenne. Dans le monde américain, le moraliste peiit

observer aussi de certaines analogies et les observer d'autant mieux en raison du contraste qui sépare ces civilisations nouvelles de nos vieilles civilisations. Il n'y a point de relief de l'Europe, de relief de l'Asie, il n'y a point de climat de l'Afrique ; car il est absurde, a priori^ de prendre pour cadre de constatations de sciences naturelles des divisions factices qui ne valent un peu que dans l'ordre moral. Et c'est pourtant ce que nous avons coutume de faire à tout propos. Môme dans l'ordre moral, il faut être très circonspect lorsqu'on s'avise de généraliser quelque peu. Les mêmes hommes ne parlent-ils pas de politique coloniale en Afrique et de politique coloniale en Océanie, sans réfléchir que la première partie du monde est réunie sous un seul nom, parce qu'elle est d'un seul tenant continental, tandis que la dernière doit cette coutume au phénomène contraire, à la dispersion sur un immense océan. C'est là peut-être le trait le plus incohérent de l'actuelle division du monde en parties; les unes sont des masses de terre plus ou moins homogènes et cohérentes, l'autre est un amalgame d'îles qu'on sait petites et semées aux quatre coins d'un océan plus vaste à lui seul que toutes les terres émergées.

Sommaire.

A. La nature de l'écorce terrestre. — Le sol et le sous-sol. Deux catégories de roches : cristallines et sédimentaires. Les roches cristallines se divisent à leur tour en roches fondamentales et en roches éruptives. Les roches fondamentales constituent le terrain primitif et se composent du gneiss et des schistes cristallins. Les roches éruptives comprennent principalement le granit, le porphyre, les trach3'tes. Les roches sédimentaires d'origine détritique, chimique ou organique se composent de couches parallèles (stratification] et comprennent le calcaire, le sel gemme, l'argile, les roches siliceuses. On trouve dans les roches sédimentaires des fossiles dont l'étude a permis de distinguer quatre séries ou périodes principales (terrains primaires, secondaires, tertiaires, quaternaires). Mouvements d'exhaussement et d'affaissement de la surface du Globe. Hypothèse du feu central

Utilité (le la connaissance de la composition du sol (mines de houille, de fer, etc.). Nécessité d'étudier non seulement la composition du sol profond, mais surtout le sol snperfifiel. Les cartes géologiques. La nature chimique des terrains ne suflit pas à expliquer lo.s faits hydrographiques; il faut, en outre, élu<linr le régime des pluies; aucun terrain n'a en soi l'explication enti<Ve de sa perméabilité, par exemple. La composition chimique du sol n'explique pas seule la fertilité des terroirs; cette fertilité est un fait complexe de celle composition et de la nature du climat.

B. Le relief du Globe. — Nécessité de s'en tenir à l'étude du relief actuel lement existant. L'orogénic d'après Duff'on et Bunche. Élie de BeaumonL et la théorie des soulèvements : les montagnes doivent leur relief à un soulèvement produit par l'action du feu intérieur, et les chaînes de montagnes parallèles ont été soulevées à la même époque. Constant Prévost propose, au contraire, d'expliquer l'origine des montagnes par une suite d'ondulations, d'affaissements ou retraits de la croûte terrestre. Théorie de Lory (dite des failles) : les reliefs ne proviennent pas de soulèvements, mais de grandes failles dont l'une des lèvres s'est affaissée, tandis que l'autre restait en place. D'après Suess (théorie dite des plissements), Tinfluence la plus énergique provient d'un refoulement horizontal que subissent les couches de terrain « dans une direction perpendiculaire à celle qui est aujourd'hui celle du système ».

Pour mesurer les hauteurs, on a pris comme point de départ le niveau de la mer, qui n'est pas, comme on le supposait, uniforme dans toutes les régions du Globe. Définition des termes essentiels du relief: montagnes, plaines, plateaux. Difficulté d'une classification des montagnes. Causes contribuant à la formation d'une montagne: accumulation de matériaux, déformation de l'écorce, morcellement par érosion. Massifs, chaînes. Hauteur moyenne d'un système. Évaluation du relief par l'estimation du volume total des masses soulevées au-dessus du niveau de la mer. Système de Sonklar. Disposition des vallées ; vallées longitudinales et transversales; vallées de déchirement, de plissement et d'érosion. Cols et passages. Versants, lignes de faîte, nœuds. Chaînes.

Évaluation d'altitude des continents et des parties du monde. Calculs de Huniboldt. D'après des calculs plus récents, l'altitude moyenne des continents est supérieure à 500 mètres. Parties du continent situées au-dessous du niveau de la mer (mer Caspienne, mer Morte, dépression lihyque). Insuffisance de notre connaissance du relief sous-marin. Loi de dissymétrie du relief terrestre; nombreuses objections. En réalité, le relief du Globe, ici interrompu ])ar l'élément liquide, là, au contraire, complètement développé au contact de l'atmosphère, offre des variétés infinies de disposition et d'intensité.

Comparaison du relief émergé et du relief sous-marin. Le relief terrestre semble plus déchiqueté et plus dentelé que le relief sous-marin. Nécessité d'éviter tout excès d'opposition des étendues continentales et des surla'-L'S immergées.

A. — La nature de Vécorce lerresire.

L'écorce terrestre. — Le sol proprement dit, c'est-à-dire l'amas de matières le plus souvent friables (|ui forme

l'écorce même de la Terre et lui permet de se couvrir de végétation, n'a généralement qu'une très faible épaisseur. Souvent même le sol n'est formé que des débris dus à la décomposition de la roche qu'il recouvre et, sous cette soric de mince épidémie, on rencontre bientôt la roche elle-même dont les différentes espèces constituent ce qu'on appelle le sous-sol. Les géologues distinguent deux catégories générales de roches : les roches cristallines et les roches sédimentaires.

Les roches cristallines doivent leur origine à l'action du feu. Elles sont venues de l'intérieur du sol s'épancher à la surface ou s'intercaler au milieu des matériaux de l'écorce terrestre. Elles se composent d'un amas de petits cristaux inégaux et ne peuvent se casser que par éclats.

Parmi les roches cristallines, on distingue les roches fondamentales et les roches ériiptives. Les roches fondamenlales paraissent êlre la première enveloppe solide qui se soit formée sur la planète. Les roches éruptives sont dues à l'épanchemcnt des masses fluides de l'intérieur au travers des roches sédimentaires; elles composent souvent l'ossature des plus hautes montagnes.

Roches fondamentales. — Les roches fondamentales constituent le terrain primitif appelé aussi archéen. Elles se composent du gneiss et des schi^^tes cristallins. Le gneiss est le terme le plus ancien du terrain primitif et contient les trois minéraux suivants : feldspath, quartz et mica noir.

Au-dessus du gneiss se montrent les schistes, qui se superposent en plusieurs étages. Le plus inférieur est le micaschiste, composé de quartz et de mica noir. Au-dessus on rencontre généralement les schistes à minéraux (mica blanc, grenat, tourmaline, etc.). C'est dans cette zone aussi que se trouve l'or à l'état natif.

Enfin la couche supérieure du terrain primitif est constitué par les roches que l'on nomme amphiboloschistes ou schistes à séricite

C'est dans le terrain primitif que l'on rencontre les marbres cipolins, le graphite et les gisements de fer magnétique.

Le terrain primitif se trouve principalement dans l'Amérique du Nord; en Europe, dans les Alpes, la Bohême, la

Suède cl la Norvège; en France, dans la Bretagne, les Vosges, les Alpes de Savoie, de Dauphiné el de Provence elle Massif central.

Roches éruptives. — Une des roclies érupLives les plus connues est le granité, constitué, comme le gneiss, par le feldspath, le quartz et le mica noir. C'est la roche éruptive la plus ancienne, car elle est traversée par toutes les autres et n'en traverse aucune. Malgré sa dureté, le granité s'altère profondément au contact de l'eau, grâce à l'acide carbonique que l'eau tient en dissolution. 11 se transforme alors en sable ou arène jusqu'à une profondeur de 15 à 20 mètres. C'est également par cette action corrosive des eaux que s'expliquent les dentelures profondes des côtes granitiques (Bretagne, Cotentin, îles Cliausey).

A côté du granité, il faut citer parmi les roches éruptives \q porphyre, dont la pâle est fortnée de cristaux très petits ou de matière vitreuse, et dont les éléments sont les mêmes que pour les roches granitiques, mais avec prédominance du quartz (Plateau central, Morvan, rade de Brest); la sye'nite, absolument dépourvue de quartz et qui se présente quelquefois sous l'aspect de fdons d'un beau rouge (Saxe, Vosges).

Parmi les roches éruptives les plus récentes, il convient de signaler les trachytes, roches dures au toucher et qui se présentent sous forme de pâte grisâtre ou violacée, terne, et contenant de grands cristaux blancs et vitreux. Parmi les variétés de trachyte, on distingue la domite (Puy-de-Dôme, Ténérifï'e), les ponces, les phonolithes (Auvergne, Velay) et surtout les basaltes, que l'on trouve en très grande quantité dans le Velay, l'Ardèche, l'Irlande et l'Écogse. Cette roche se découvre souvent en colonnades majestueuses et de formes saisissantes (orgues d'Espaly, dans le Velay; chaussée des Géants, en Irlande).

Roches sédimentaires. — Les roches sédimentaires constituent les quatre cinquièmes de l'écorce terrestre et sont d'origine complexe. Les unes sont détrili/jiies, c'està-dire qu'elles proviennent de la destruction par la mer, les eaux courantes ou l'atmosphère, de roches préexistantes. D'autres ont une origine chimique; d'autres enfin sont dues à des organismes (coraux, foraminifères, décomposition des végétaux). Quelle que soit leur origine, elles

se sont déposées dans l'eau et, pour cette raison, elles se composent de couches p-aralièles. C'est ce qu'on appelle la disposition slralifiéc. Mais les terrains sédimenlaires ne conservent pas toujours la disposition horizontale qu'ils avaient à l'origine. En beau<"Oiip de points, ils sont redressés dans vine position oblique ou même verticale. Parfois on observe des cassures qu'on nomme failles et qui interrompent la régularité des couches. Les terrains forment aussi des plissements et des ondulations comme il s'en produit sur une étoile que l'on froisse.

Au premier rang des roches sédimentaires, il faut citer le calcaire, composé de carbonate de chaux, qui se présente en beaux cristaux et sous deux formes différentes : le spath d'Irlande (qu'on ne trouve en abondance qu'au bord des ruisseaux irlandais) et l'ami^o/uYe (Espagne). Les calcaires compacts et susceptibles d'être polis se nomment les marbres; ceux qui sont formés de grains arrondis, assez semblables à des œufs de poisson, se nomment oolithes; les calcaires ternes et grisâtres, mais compacts et à texture serrée, donnent les calcaires lithographiques ; le calcaire grossier et criblé de trous, qui sont des empreintes de coquilles, donne la pierre à bâtir (Paris). Quand les morceaux de calcaire ont été roulés par les eaux et ont ainsi perdu leurs angles, ils se nomment poiidingiies; enfin, le calcaire friable et qui se laisse rayer par l'ongle donne la craie et le l)lanc d'Espagne (Meudon, les falaises de Normandie).

Certains calcaires sont formés par les coquilles de mollusques et triturés par les vagues (sous-sol de la Floride, baie du mont Saint-Michel, les marbres griottes des Pyrénées); d'autres sont produits par les coralliaires. Certains organismes enlèvent aussi à l'eau de mer son carbonate de chaux et, par l'accumulation de leurs coquilles, fournissent d'énormes masses de calcaire. Tels sont les foraminifères.

Certaines roches ont été longtemps confondues avec les calcaires, mais le minéralogiste Dolomieu reconnut, en 1771, que ces roches avaient une densité supérieure à celle du marbre et qu'elles se composaient de carbonate de chaux et de carbonate de magnésie. Cette espèce de roches reçut alors le nom de dolomie. On la trouve en abondance dans le Tyrol méridional.

Enfin, il faut citer parmi les roches sédimentaires des masses composées de chlorure de sodium et que l'on désigne sous lo nom de sel gemme. Ouclqucfois elles sont formées de sulfate de chaux hydraté, et c'est alors \e gypse, qui peut se rencontrer sous forme de masses cristallines de couleur Monde (Jura, Karpathcs, mer Caspienne, mer d'Aral, plateau du Tibet).

L'argile, connue sous le nom de [erre glaise, qui se laisse rayer par l'ongle et ne fait pas effervescence avec les acides, crée par agglomération les roches argileuses. Cette argile mêlée à l'eau s'appelle argile plastique; disposée en feuillets, c'est du schisle argileux; quand elle contient des éléments cristallins, on la nomme phijllade (les ardoises) ; mélangée de calcaire, elle devient de la marne (plateau ardennais). L'argile rouge que l'on rencontre au fond des mers est de composition analogue, ainsi que Vargile pure et blanche ou kaolin fenvirons de Limoges, Basses-Pyrénées).

Citons enfin les roches siliceuses composées de quarlz ou cristal de roche. Les principales variétés de roches siliceuses se nomment :

Silex. C'est le mélange de la silice non cristallisée et de la silice cristallisée.

Sable, qui est formé de petits grains de quarlz isolés et irréguliers.

Grès. Ce n'est que du sable dont les grains sont agglutinés par un ciment siliceux, calcaire ou argileux.

Meulières, silex criblés de trous (Brie, Beauce).

Tels sont, d'une façon très générale, les principaux éléments qui constituent notre sous-sol. Ajoutons que dans les roches sédimentaires on trouve des fossiles, c'està-dire des restes d'animaux et de végétaux qui vivaient au moment du dépôt. C'est l'étude de ces fossiles qui a permis aux géologues de distinguer quatre séries ou périodes principales auxquelles correspondent :

Les terrains primaires ou paléozoïques;

— secondaires ou mésozo'iques;

— tertiaires ou néozoïques ;

— quaternaires.

En constatant les profonds bouleversements que les terrains ont eu à subir, on se rend compte de la mobilité de l'écorce terrestre. La surface du Globe a été soumise à

des mouvements d'exhaussement et d'affaissement; ces mouvements ont change à diverses époques la distni)ulion des terres et des mers. Ils ont porlc sur les plus hautes montagnes des terrains formés à l'origine au fond des mers, tandis que des continents s'affaissaient sous les eaux. On suppose souvent, pour expliquer les révolutions de notre planète, et les érup- "^

lions volcaniques notamment, ^^'?- ''• — Dispositions diverses 11 • 1 r !• i • des couclies stratifiées.

1 existenced unleusouterram.

Dans quels cas la composition du sol est de valeur prépondérante. — Dans certains cas, les faits de composition du sol ont une valeur prépondérante que l'on ne saurait nier. C'est, par exemple, dans l'étude des ressources que l'homme trouve en exploitant les métaux, la houille, le fer et autres métaux usuels, puis les métaux précieux. Là, les observations empruntées à la minéralogie sont de tous points de précieuses indications pour l'étude du géographe. Il n'est point indifférent de savoir si tel bassin houiller contient du charbon gras ou maigre, à longue ou à courte flamme, si c'est de la houille ou de l'anthracite, dans quelle mesure le plomb argentifère contient du métal précieux et le métal usuel, etc., etc. Là, la science géographique doit prendre, presque sans modification, des mains des savants spéciaux les résultats essentiels de leurs découvertes. Ailleurs, elle a une œuvre d'interprétation qui lui est propre et dont elle doit s'acquitter.

Valeur géographique des études de composition du sol. — La science géologique, en raison des procédés d'analyse que la chimie, science déjà constituée, a mis à sa disposition, a pu déterminer la composition des principaux types de terrain dont se compose la crotjte terrestre. C'est cette partie chimique de la science géologique qu'on appelle la minéralogie.

Longtemps, lorsque les études des géologues commençaient à pénétrer ilans le domaine de la géographie, on a nourri l'espoir d'expliquer par les faits de composition du sol un grand nombre de phénomènes physiques, sinon

tous, et de démêler le grand secret de liniluence de la Terre sur T Homme. Assurément, c'est là une notion très importante : mais il importe de n'en pas exat^érer la valeur. D'abord une carie i^éolof^ique ne représente pas les éléments qu'il importe le plus au géographe de connaître ; elle les représente môme inexactement, du moins dans l'ordre des considérations qui intéressent la géographie. On ne doit donc consulter les cartes géologiques pour en tirer des conclusions géographiques qu'avec une extrême réserve.

Une carte géologique n'est pas rigoureusement véridique dans la mesure qui intéresse le géographe. En eflet, le géologue qui la dessine se préoccupe beaucoup moins que le géographe de marquer l'existence des roches superficielles que la présence d'une roche sous-jacente quand cette présence est pour lui un argument qui l'éclairé dans la recherche des grandes lois de la nature : ainsi, telle carte du nord de la France, ou des îles Britanniques, ou de la Chine, représente de grandes étendues de terrains carbonifères, alors qu'il existe au-dessus de ces terrains des couches superlicielles qui enrichissent l'agriculture. Pour le géologue, le signalement du terrain carbonilere, même surmonté d'autres terrains, estunfaitcapital; le géographe, qui est tenu de rechercher toutes les causes de richesse ou de pauvreté des sociétés humaines, ne doit pas négliger la couche de quelques centimètres d'humus qui fournit de belles récoltes de blé ou d'autres plantes précieuses. Pour l'un, c'estla connaissance du sol profond qui importe ; pour lautre, l'étude du sol superficiel ne doit pas davantage être négligée.

Un observateur qui, sans avoir voyagé, et sans connaître l'aspect vrai de la nature, consulterait une carte géologique de la France, risquerait fort de croire que la Corse et la Bretagne se ressemblent beaucoup, car, pour ces deux pays, l'indication des granits, des gneiss et des schistes cristallins est identique sur nombre de cartes géologiques. Or, il est de grandes étendues de Corse où ces roches sont à nu et, par conséquent, dépouillées de toute végétation, parce que l'action des pluies orageuses et violentes, à la suite d'une insolation intense, ont amené ce dépouillement des couches superficielles de décomposition : dans de nombreux pays des bords de la Méditeiu-anée soumis au même

L'KLÉMENT SOLIDE ; L'ÉCORCE TERRESTBE, SON RELIEF. 207

climat, ces roches sont généralement dénudées, en raison du climat particulier qui y règne. Au contraire, en Bretagne, la terre de granit n'a été, comme le dit le poète Brizeux, « recouverte de chênes » que parce que les roches dures sont surmontées d'une couche de terres meubles qui sont demeurées en place, se sont môme accrues à cause de la plus grande douceur des pluies de ce pays. Les pentes occidentales de notre Massif central, dans le Limousin par exemple, présentent un type intermédiaire entre la condition de la Bretagne, où la roche vive est recouverte d'une enveloppe propre à la végétation, et la Corse, où les faits de dénudation des terrains durs sont caractéristiques.

La nature chimique des terrains n'explique pas seule les faits hydrographiques. — C'est pourquoi il est important de rechercher dans la considération des terrains, môme réellement présents à la surface du sol, une explication complète et satisfaisante des phénomènes naturels, et particulièrement des phénomènes d'hydrographie. Un volume déterminé d'un certain terrain analysé dans un laboratoire peut être réputé jouir d'une certaine propriété, par exemple la perméabilité ou rimpcrméal)ilité. Mais ce n'est pas celte nature observée dans le laboratoire qui importe, c'est la nature réelle du terrain considéré à sa place topographique. Or deux terrains dillerents situés sous des climats difïerents peuvent donner lieu aux mêmes faits hydrographiques : deux terrains identi([ues, situés dans des conditions climatériques ditîérentes, peuvent produire des sources ou des torrents de nature absolument opposée. Si le terme d'imperméabilité est vrai, absolument vrai pour un certain nombre de roches compactes et impénétrables, d'autre part telle autre nature de terrain réputé perméable ne le demeure que si la quantité d'eau tombée du ciel reste incapable de la gorger; mais tel terrain est perméable ici qui là ne l'est plus, parce qu'il est toujours imprégné d'une quantité d'eau suffisante pour le saturer. Une éponge complètement gorgée d'eau n'en peut prendre plus qu'un bloc de pierre.

Seulement, nous avons contracté l'habitude d'étudier la composition chimique du reste du monde, dans sa nature propre comme dans ses effets, avec les mêmes idées arrêtées que nous donne l'observation des phénomènes

particuliers à nos pays d'Europe. Il est difficile à un Franç;ais du Nord ou du Centre de concevoir que les terrains argilo-siliceux sans excès d'arg^ile qui composent, par exenqile, une notable partie du bassin de Paris soient autre chose que des terrains perméables et fertiles. Et pourtant ces mêmes terrains ont les sorts les plus différents sous le l'apport de la perméabilité, suivant les régions où on les observe. Au Sahara, la question ne se pose même pas de savoir s'ils sont perméables ou non, puisqu'ils ont de bien rares occasions d'exercer cette faculté. A Java et à Sumatra ou dans les régions humides du bassin de l'Amazone, leur originalité disparaît et leur faculté d'absorber s'exerce au point qu'ils ne la possèdent presque jamais, étant presque toujours gorgés. Dans une région d'alternance des saisons humides et sèches comme la plaine indo-gangétique, leur histoire annuelle est bien curieuse encore : ils sont à leur maximum de perméabilité à la fin de la saison sèche, quand l'humidité du sol est complètement épuisée; revienne la saison humide des vents de mer, et leur vertu de perméabilité s'exerce, suivant l'épaisseur de la couche, soit pendant quelques jours, soit pendant quelques semaines, suivant la durée de temps et la quantité d'eau nécessaires pour la mettre à néant; enfin, cette faculté se réveille quand revient la saison sèche, ou, plutôt, elle ne s'exerce plus. La môme remarque d'évolution des facultés d'un terrain perméable pourrait être faite pour chacune des compositions chimiques du sol, ou des dispositions moléculaires qui impliquent la perméabilité ou la pénétrabilité.

En veut-on la preuve ? Nous avons l'habitude d'expliquer la constance du régime de la Seine par la prépondérance des roches perméables dans son bassin. Et à la Seine, si douce et régulière, nous opposons la Loire, irrégulière et violente, dont nous expliquons les écarts de régime par la présence de nombre de roches imperméables dans le bassin supérieur de la Loire, de l'Allier et d'autres affluents du Massif central. Or, si la Seine ne devait qu'à la composition du .sol de son bassin la remarquable mais non absolue constance de son régime, on ne la verrait jamais déborder, puisque la composition du sol ne change pas d'une année à l'autre : et ce fleuve pacifique a pourtant débordé et infligé parfois à ses riverains de cruels dommages. Comment se produit ce phénomène? 11 se produit toutes les

fois que les pluies ont été ou trop brusques ou trop durables pour permettre au sol d'exercer sa vertu de perméabilité et d'épargner dans des sources profondes l'excédent des eaux de pluie. Par conséquent, si les terrains dont se compose le bassin de la Seine en majeure partie ont cette faculté de perméabilité, ils l'ont tout à la fois en raison de leur constitution moléculaire, mais aussi en raison de l'originelle douceur des pluies, qui, dans les pays baignés par la Seine et la plupart de ses affluents, sont assez divisées sur un grand nombre de jours, assez nettement séparées par des périodes de temps serein pour laisser au sol pénétrable le temps de se reprendre et de s'assécher. Donc, il faut regarder le ciel comme la terre si l'on veut comprendre la régularité d'un fleuve comme la Seine, et aucun terrain n'a en soi l'explication entière de sa perméabilité. Et la Loire ? Ne déborde-t-elle qu'à cause de la présence des terrains imperméables sur le parcours d'un grand nombre de rivières de son réseau? Non, assurément; car, s'il en était ainsi, on ne la verrait point pendant de longs mois, parfois pendant des années, semblable à sa sœur la Seine, et ses terribles inondations ne seraient point des accidents si elles étaient dues à une cause de valeur permanente. La Loire inonde ses rives lorsque de terribles orages surviennent dans les vallées encaissées du Massif central. Imperméabilité des terrains, rapide inclinaison des pentes, mais aussi et surtout brusquerie et surabondance des pluies, voilà les explications multiples et complexes de ses écarts de régime. La preuve en est que sa voisine de l'Est, l'Ardèche, dont le cours se développe partiellement au milieu de terrains perméables, est tout aussi dangereuse et cruelle aux riverains que les torrents issus du granit. La perméabilité des terrains que cette terrible rivière traverse, au lieu de rester une vertu d'épargne, devient un danger de plus, car perméabilité signifie alors faculté de se laisser enlever et transporter en tranches d'autant plus grandes, et le charroi des boues rend plus dangereux encore l'accroissement du volume des eaux.

La composition chimique du sol n'explique pas seule la fertilité des terroirs. — Il faut user de la même prudence lorsqu'on parle des facultés productives des différents terroirs. Les naturalistes ont espéré autrefois expliquer Géographie générale. 14

à peu près intégralement la nature des plantes par la nature des terrains; à mesure que nos connaissances des climals se sont étendues et précisées, ils ont dû renoncer à colle illusion. On ne croit plus aujourd'hui A la classilicalion des plantes en calcicoles, siliricoles, calcifnges, silicifuges, car on sait que deux terrains divers peuvent produire les mômes piaules sous un climat vraiment constant et identique et que deux terrains identiques présentent des végétations fort inégales en vigueur et fort diflérenles par les espèces s'ils ne sont point soumis au même régime climatérique.

Là, comme dans l'étude d'un cours d'eau, nous avons érigé en théorie les cas particuliers dont nous étions témoins dans nos pays d'Europe occidentale et centrale. Dans notre t^'rance de l'Ouest et du Centre, nous observons avec grand soin, et avec raison, les ditTérenees de composition du sol des régions voisines et nous y croyons voir l'explication des contrastes de la vie végétale et animale. Explication classique et traditionnelle que celle de la qualité des vins de Bourgogne ou de Bordeaux par la nature des terroirs. Et, en elîet, dans des contrées comme les nôtres oi^i le climat est si variable d'une année à l'autre et est un élément d'une inconstance extraordinaire, nous raisonnons assez justement en prêtant une attention majeure aux phénomènes dont la constance n'est point discutable, à la composition des terroirs; mais il ne faudrait pas exagérer cette méthode d'explication. En effet, si la composition du sol était la cause véritable déterminante des qualités d'une récolte de vin ou de blé, il est trop évident que ces récoltes seraient d'une année à l'autre sensiblement les mêmes. Orelles diffèrent beaucoup, comme chacun sait : la Bourgogne et le Bordelais connaissent des vendanges désastreuses, moyennes ou remarquables. Par conséquent, ces variations sont attribuées à l'élément variable par excellence, qui est le climat ; même dans des pays de condition moyenne et de phénomènes généralement équilibrés comme les nôtres, la fertilité n'est jamais un fait de composition du sol, mais un fait complexe de cette composition du sol et de la nature du climat. Ouiconque se refuse à voir la part des deux explications se condamne à raisonner faux. Ne voyons-nous pas que, dans certaines zones de climat Ij'ès caractéristique et stable

(l'une année à l'aulre, la végéLalion présente des carac- Irres fort voisins sinon semblaljles, dans des eondilions 1res diverses de composition du soi? En Grèce, pays de f>randes et longues sécheresses, oliviers, orangers, cilroniers, vignobles se présentent avec des caraclères analogues dans des terrains très dilVérenls. L'ensemble des pays méditerranéens, où les compositions de terroir sont si variées, présente cependant d'un bout à l'autre un grand air de parenté. Que dire des pays de climat monotone à outrance comme Java? Les hommes s'attachent partout à chercher une explication aussi complète que possible dans l'étude du phénomène phvsique qui est prépondérant, climat ou composition du sol ; mais ils auraient tort de négliger, à côté de l'élément de constance, l'élément de variabilité, toujours si intéressant dans le domaine des scieilces naturelles. L'étude de la géographie physique est une perpétuelle obéissance aux prescriptions logiques des fameuses « tables de présence ou d'absence ».

B. — Le relief du Globe.

Principe de l'étude géographique du relief du Globe. — L'étude géographique des phénomènes de relief, comme de tous les phénomènes de géographie physique qui sont à la base de la géographie humaine, à titre d'explication, doit se renfermer dans l'examen et la classification des formes actuellement existantes. La recherche de l'origine des montagnes actuelles, des ordonnances orographiques qui ont pu précéder celle dont nous sommes témoins aujourd'hui, est du ressort des géologues. Il n'y a en etïet que le relief actuellement existant que l'on ait le droit de mettre en rapport de connexion avec les climats actuels, avec la vie végétale et animale telle qu'elle existe aujourd'hui. Assurément, il est intéressant pour la science géologique d'établir une filiation entre les montagnes du présent et celles du passé. Mais le géographe ne saurait entrer dans cette voie sans se condamner en môme temps, s'il veut être logique, à rechercher dans les climats des âges antérieurs l'explication du climat actuel, à examiner comment la végétation qu'il a sous les yeux est sortie par évolution ou par révolution des flores dont les couches profondes du sol nous révèlent l'existence, etc.; c'est-à-dire

qu'il doit s'en tenir rigoureusement aux faits actuels ou faire une enquêle complète sur le passé, donc devenir encyclopédiste. Citons quelques exemples à rap[)ui de cette règle de méthode. Le fait de la séparation actuelle des Pyrénées et des Alpes est le seul l'ait de relief qui intéresse vraiment la répartition des climats de notre temps : l'existence de terres basses, d'étendues marines, de seuils peu élevés entre les deux masses montagneuses, est une raison suffisante de les séparer pour le géographe, tandis que le géologue, s'intéressant aux phénomènes en euxmômes et sans envisager leurs relations avec les sociétés humaines, peut et doit fonder sa classification sur l'enchaînement des phénomènes orographiques de tous les âges.

Origines de l'étude scientifique du relief. — Les investigations scientifiques sur la formation des montagnes sont, en somme, de date assez récente. C'est de Bulîon et de Buache que datent les premières théories dignes de ce nom. Butïon pensait que « les montagnes doivent se rattacher les unes aux autres, divisant la Terre en compartiments dans chacun desquels se déverse un fleuve ». Il croyait aussi que « le flux et le reflux ont formé les plus grandes montagnes; quant aux antres, elles proviendraient de causes accessoires et de mouvements particuliers ». Dans cette orogénie bizarre se trouve cependant un principe extrêmement juste. « Le relief du Globe, ditil, n'est pas définitif et les forces de la nature continuent à l'altérer. » C'est là la seule idée féconde de cette théorie. De même Buache, proposant, en 1756, « des vues générales sur l'espèce de charpente du Globe, composée de chaînes de montagnes qui traversent les mers et les terres ».

Théorie d'Élie de Beaumont. — Mais, en réalité, il faut arriver à Elie de Beaumont pour trouver un système cohérent et profond. Aucune des doctrines antérieures, si ingénieuses qu'elles fussent, ne pouvait expliquer comment l'alignement des roches primaires granitiques, par exemple, ne coïncidait pas toujours avec l'axe d'un système montagneux. On observait déjà que le granit, même ^recouvert par des formations ultérieures, ne formait ni

Taxe d'une chaîne, ni l'épine dorsale d'un massif, comme on disait alors ! Elie de Beaumont donna de ce fait une explication plausible : « Si un soulèvement de l'écorce terrestre se produit, il n'est pas nécessaire que l'effort le plus violent se manifeste suivant l'alignement des roches les plus anciennes, le soulèvement se fait sentir dans une direction qui détermine l'emplacement de la ligne de faîte, et cette direction ne dépend en aucune façon de la disposition géologique des terrains. Quand l'etlort de la croûte terrestre donne lieu à une fracture, et que cette fracture pratiquée dans des roches sédimentaires met à nu le granit, il peut arriver que le granit reste encore dominé par les roches superposées, et que, dans la boutonnière ainsi formée, ces dernières constituent les points culminants. C'est ainsi que, dans la branche occidentale des Pyrénées, il se trouve même une région où le granit n'apparaît pas jusqu'au jour et reste masqué sous les roches sédimentaires que le soulèvement, survenu après leur dépôt, a bombées et exhaussées. »

La doctrine des soulèvements a été perdue par ses exagérations. Élie de Beaumont essaya de ramener à quelques directions particulières les directions des principaux groupes de montagnes, et les classa en « déterminant l'angle qu'elles faisaient avec le méridien de Paris ». D'après lui, les montagnes doivent leur relief à un soulèvement produit par l'action du feu intérieur, et les chaînes de montagnes parallèles ont été soulevées à la même époque.

En présence d'une montagne à étudier, il pense qu'il faut déterminer : « quelles couches ont été soulevées, quelles couches ont gardé leur horizontalité ». On peut conclure que le soulèvement est postérieur à l'apparition des premières et antérieur à celle des autres. « 11 est ainsi aisé d'assigner à toute chaîne un âge relatif. » De ces prémisses, Élie de Beaumont déduisait les conclusions suivantes :

1° Tous les alignements montagneux peuvent se ramener à un petit nombre de directions simples ;

2° Le Globe terrestre étant sphérique et sa croûte considérée comme d'épaisseur uniforme, l'action du feu central étant partout égale, on peut rattacher les fractures de l'écorce à un réseau de lignes formant à la surface des polygones réguliers et égaux.

Théorie de Lyell et de Constant Prévost. — En France, à rimilation de Lyell, ce lui Constant Pi'évost qui conihallit la théorie des soulèvements d'ÉIie de Beaumont et attribua une large influence aux a causes acliielles ».« Peutêtre, disait-il, trouvera-t-on plus naturel de considérer la sortie des granits, des porphyres, des basaltes et des laves par les fissures du sol disloqué comme une conséquence de la dislocation et non comme la cause de celle-ci. » Il ajoutait qu'aucun fait observé ne conduit réellement à supposer que, sous le sol ou dans son épaisseur, il se soit développé périodiquement ou accidentellement une force capable de pousser devant elle, de l'intérieur à l'extérieur, des masses résistantes de plusieurs milliers de pieds d'éjiaisseur. Du reste, l'expérience donnait une valeur sérieuse à ces objections. Le système d'ÉIie de Beaumont était contredit par un grand nombre de faits. On arriva donc à se demander pourtiuoi la rupture de l'horizonta' lité ne proviendrait pas d'un affaissement autant que d'un soulèvement sur le point du relief actuel. Aussi, en 1855, Constant Prévost proposait d'expliquer l'origine des montagnes par une suite d'ondulations, d'affaissements ou retraits de la croûte terrestre.

Ainsi, aux théories neptuniennes succédaient les théories plutoniennes dont un savant, Léopold de Buch, avait eu la première idée.

Théorie de Lory. — En 1868, Lory précisa encore cette théorie en disant : « Les roches éruptives n'ont pas été les instruments nécessaires des dislocations. Loin d'avoir déterminé par leur poussée les fractures du sol, elles n'ont fait que se mouler dans ces fractures, sans y occasionner des dérangements nouveaux, et elles ont pris ainsi leur forme de fdons ». Rajoutait que« la direction d'une chaîne ne peut avoir qu'un intérêt orographique, mais que nous ne saunons considérer celte direction comme caractérisant une époque unique et particulière de dislocation ». On arrivait ainsi à penser que les reliefs ne proviennent pas de soulèvements, mais de grandes failles dont une des lèvres s'est a (laissée, tandis que l'autre restait en place. Aussi, « est-ce dans Panalyse des fcdlles, concluait Lory, que doit se trouver ta théorie de la formation des monta- (jnes ». Il y aura désormais deux écoles en présence: l'école

L'ÉLÉMENT SOLIDE; L'ÉCORCE TEKRESTRE, SON RELIEF. 21î>

de Lory {failles) et l'école de S\iess{plissements). Ces deux écoles ont ceci de commun qu'elles adtnetlenl à l'origine une cause identique, le refroidissement et la contraction de l'écorce terrestre.

Théorie de Suess. — Pour Suess, l'influence la plus énergique provient d'un refoulement horizontal que subissent les couches de terrain « dans une direction perpendiculaire à celle qui est aujourd'hui celle du système ». La pente abrupte représenterait le côté d'où est partie la poussée ; puis, l'eflort diminuant d'intensité avec la distance, les rides deviennent de moins en moins saillantes et les dernières se perdent dans le plateau qui est à leurs pieds. Comme le refroidissement s'est d'abord fait sentir dans les régions polaires, les plissements de cette époque géologique sont encore visibles jusqu'en Norvège et en Ecosse. A la fin de cette période, le refoulement s'est fait sentir aux abords d'une ligne qui va d'Angleterre en Bohème et en Silésie. Pendant la période tertiaire s'est produit le relief actuel de nos grands systèmes (Balkans, Karpathes, Alpes, Pyrénées).

Le défaut de toutes ces spéculations tient à deux causes, l'une générale, l'autre particulière. D'abord, malgré quelques remarques préalables, elles isolent trop le relief terrestre du relief sous-marin, ensuite elles ne prêtent pas assez d'attention à l'extrême variété des détails du relief. 11 reste toujours une grande inconnue dans le problème, c'est la géologie des mers qu'on n'a point faite. Les mêmes forces ont travaillé le fond des mers et la surface des continents, et, tant que cette étude ne sera pas sérieusement entreprise, les théories orogéniques seront toujours contestables. Le système de Suess n'explique donc pas tous les faits, mais, en somme, c'est le plus satisfaisant de tous, celui qui explique le plus grand nombre des phénomènes orographiques.

Niveau de la mer. — Il a fallu, pour apprécier par des mesures exactes les inégalités de formes si différentes qui couvrent la surface du sol, prendre un terme commun de comparaison. On a choisi comme point de départ des mesures de hauteur le niveau de la mer, niveau que l'on supposait uniforme dans toutes les régions du Globe. Est-

il aujourd'hui prouvé que l'appréciation des hauteurs est nécessairement peu exacte, puisque le niveau de la mer paraît être variable? Le niveau se surélève-t-il dans le voisinage des grandes masses, par suite de l'attraction? De plus, l'inégalité de salure produit-elle l'inégalité de niveau ? Il n'y a peut-être aucune surface absolument exacte de comparaison; cependant, la comparaison avec le niveau de la mer est celle qui donne l'évaluation la plus rapprochée de la vérité.

Définition des termes essentiels du relief. — Les définitions géographiques des termes du relief, nionlagne, plateau^ plaine, vallée, etc., doivent cLre rigoureusement empruntées à la considération des formes actuelles du terrain, de même que l'ordonnance et la classification des montagnes. Réunir aujourd'hui, sous prétexte d'une parenté ancienne, les Alpes aux Pyrénées, alors que le phénomène de la séparation est un phénomène actuel et visible, est commettre la même erreur que commettaient jadis les géographes en enchaînant tant bien que mal, pour former une ligne de partage des eaux, toutes les formes montagneuses de l'Europe de^juis le nord-est de la Russie jusqu'au sud-est de l'Espagne.

M. de Lapparent n'hésite pas à recommander, dans le domaine géographique, des définitions différentes de celles que peuvent adopter les géologues. C'est ainsi qu'il recommande la définition d'une montagne que fournit le dictionnaire de l'Académie : « Grande masse de terres ou de roches fort élevée au-dessus du terrain qui l'environne. » Ce géologue loue également la comparaison des lettrés qui n'ont voulu établir aucune différence spécifique entre une montagne et une colline et qui définissent ainsi une colline : <( Petite montagne qui s'élève en pentes douces au-dessus de la plaine. » Au nom du même principe de nomenclature géographique, il proteste contre l'habitude qui tend à s'établir d'appeler montagnes des surfaces aplanies qui se révèlent à nous, en raison de l'allure des plis du terrain ainsi rasé, comme ayant jadis porté des chaînes de montagnes. Ce sont là des principes excellents de définition géographique. On ne peut que les appliquer dans une autre circonstance, en écartant de la nomenclature le terme trop complexe et peu précis ûe [jénép laine. Ce terme

a été proposé par M. Morris Davis, géologue américain, pour désigner l'état final (raplanissemcnl d'un pays qui a été entièrement façonné par l'érosion : le mot (\c pénéplaine, c'est-à-dire presque plaine, ne signifie point tout ce que renferme l'explication de M. Davis; et peut-être, pour rendre pleinement le contenu de son ingénieuse remarque, suffirait-il de dire, tout en appelant l'espace observé plaine, à quoi il doit d'être dans cette forme.

Plaines. — Tous ces mois . plaine, plateaux, montagnes, sont des expressions géographiques conventionnelles et essentiellement relatives.

On classe surtout les différentes formes de relief d'après leur rapport avec l'ensemble de pays dont elles font partie. C'est ainsi qu'on donne le nom de plaine à l'indoustan, plus élevé que le plateau de Lorraine, parce qu'il joue bien le rôle de plaine par rapport à la masse continentale asiatique et aux immenses plateaux qui la couvrent. En France, on appelle montagnes de légères ondulations de la plaine, comme les monts de Bretagne, qui n'atteignent pas 400 mètres.

Naturellement, si un plateau d'une élévation moyenne de 500 mètres, comme le plateau de Bavière, par exemple, s'abaisse graduellement, on ne lui donnera pas tout à coup, au point où son altitude n'est plus que de 200 mètres, le nom de plaine. De môme, si une plaine qui, dans sa plus grande partie, ne dépasse pas en moyenne 200 mètres, élève progressivement son niveau au delà de cette limite, on ne dira point qu'elle s'arrête et devient plateau au moment où l'on a franchi ce degré d'altitude. Gomme dans l'étude des montagnes, on ne doit apprécier alors que les hauteurs moyennes et le caractère général.

Il y a entre toutes les plaines des différences essentielles au point de vue de leur disposition et de leur élévation. En Amérique, elles se développent du nord au sud parallèlement aux grandes lignes de hauteur. En Europe et en Asie, elles se développent surtout au nord. L'Afrique compte un très petit nombre de plaines.

D'ailleurs, il est fort rare qu'une plaine soit complètement horizontale. On cite, comme exceptions, les plaines de la Hollande, celles de la Grau à l'embouchure du Rhône, le delta du Nil. D'une façon générale, les plaines

que la nier a rrcemmoDl abaiidonnées se distinguent par une horizontalité plus grande. Les autres s'inclinent presque toujours par une pente graduelle assez sensible. D'autres sont sillonnées par de larges et lentes ondulations (prairies de l'Amérique du Nord, pampas de l'Amérique du Sud). On voit combien ce simple mot : plaine, peut avoir de sens dilïercnts quand on pénètre dans le détail.

Les plateaux, leurs différentes dispositions. — Souvent un massif de hauteurs, au lieu de se terminer par des sommets et de s'effiler en pics, présente à sa partie supérieure une surface plane de grande étendue, et comme une véritable plaine. Ce sont alors des plateaux. Il est rare cependant que les plateaux présentent une surface parfaitement unie. Celte disposition se rencontre dans l'Amérique du Nord, où le Llano Eslacado, plateau du Texas, est d'un niveau presque horizontal. « Ce plateau est tellement près de l'horizontalité parfaite qu'il faut se coucher pour s'apercevoir qu'il s'incline un peu vers l'est. Je ne puis mieux le comparer, comme aspect, qu'à l'Océan par un jour de calme. » (J. Marcou.)

Mais le plus souvent la surface d'un plateau est, ou surmontée de hauteurs, ou coupée de vallées.

On dislingue les plateaux à bordures surplombantes des plateaux adossés d'un seul côté aux montagnes. Les plateaux à bordures sont enfermés dans une sorte d'enceinle montagneuse; ce sont des forteresses où l'on ne pénètre qu'avec beaucoup de peine. Le l'ebord montagneux qui les entoure défend l'accès des étendues monotones et généralement stériles qui s'étendent à l'intérieur. Tels sont les plateaux de l'Asie centrale, limités par d'énormes plissements montagneux comme l'Himalaya et le Kouen- Lun. Les plateaux adossés, au contraire, sont plus pénétrables. Leurs eaux ne coulent pas vers des bassins intérieurs sans issue vers la mer. Tel est, en Europe, le plateau de Bavière, qui n'est adossé que du côté des Alpes.

Les plateaux frappent moins l'esprit et les yeux que les montagnes; leur importance est cependant très grande dans l'économie générale du (ilobe. Ce sont en général des zones climatériques d'un caractère très saillant et en contraste avec les pays environnants.

Les flancs d'un plateau s'abaissent de différentes ma-

L'ÉLÉMENT SOLIDE; L'ÉCOUCE TEKRESTRE, SON RELIEF. 219

iiières. On dislinguc trois variétés de pentes : 1" chute Innisque; 2° pente graduelle et lente; 3** abaissement en terrasses.

Les plateaux sont de hauteur très variable : celui de Pamir, en Asie, atteint 4 000 mètres en moyenne; celui de la Lorraine, en France, seulement 200.

Difficulté d'une classification des montagnes. — Après de nombreux et vains essais de classification systématique, géologues et géographes se mettent aujourd'hui d'accord pour substituer aux dénominations systématiques de montagnes les termes généralement adoptés pour désigner la manière d'être d'ensemble d'un groupe de montagnes. C'est une pensée que M. de Lapparent a mise en relief avec une vigueur particulière : « Rien n'est plus difficile, dit-il, que de démêler dans l'allure actuelle d'un massif de montagnes la part relative de l'efîort orogénique et celle qui revient à l'érosion. Il est inexact de considérer les montagnes comme les ruines d'un édifice primitivement continu et dont on pourrait entreprendre de reconstituer géométriquement l'architecture originelle. De tous temps une vraie montagne a dû être une ruine ; jamais on ne pourra savoir, au moins d'une façon précise, jusqu'à quel point le modelé actuellement acquis est récent ou ancien, et dans quelle mesure exacte le creusement des gorges a interféré avec les poussées internes qui ont modifié les pentes ou bouleversé la stratification. » En conséquence, il propose de reconnaître trois causes qui concourent à la formation d'une montagne :

<x 1° Une accumulation de matériaux venant à se produire sur un point quelconque de la surface terrestre ;

« 2" Une déformation de l'écorce, produisant une surélévation plus ou moins étendue;

« 3° Le morcellement par érosion d'un massif de terrain, isolant des parties qui demeurent comme des érainences au-dessus du pays environnant. »

Au reste, chacun de ces cas présente lui-même plusieurs variétés. Ainsi les montagnes d'accumulation peuvent être dues soit à l'action des glaciers, soit à celle des vents, soit à celle des volcans. Les hauteurs qui ont été produites par une déformation terrestre sont beaucoup plus variées. Tantôt ce sont des altérations de forme à la suite d'un

220 GÉOGRAPHIE GÉNÉHALE.

plissement, comme celui du Jura; lanlùl, comme dans les Alpes, c'est un mélange d'actions diverses dont la première paraît être le ciioc des terrains plissés et par là soulevés contre des buttoirs. Sous les noms de flexnres, les géologues désignent des sortes de plis en genou.

Montagnes. — Nous avons coutume de désigner sous le nom de monlagnes, d'une manière générale, toule élévation considérable du sol, tandis que nous appelons collines les soulèvements de la surface terrestre inférieurs à une moyenne de 500 mètres, et limités à des régions peu étendues. Mais il y a bien des distinctions à établir entre toutes les hauteurs que nous nommons uniformément monlagnes. Tantôt c'est un amas confus de hauteurs; tantôt ce sont des alignements conservant une même direction. Dans le premier cas, l'ensemble des montagnes prend le nom de massif, comme, par exemple, le groupe des hauteurs du Cantal en France. Dans le second, le mot chaîne répond mieux à la disposition des monts : telles sont, peut-être, les Pyrénées, qui nous séparent de l'Espagne; en effet, les Pyrénées sont orientées suivant une ligne menée de l'est à l'ouest (1). Souvent, enfin, une série d'élévations qui se succèdent sans interruption présentent tour à tour les formes et les dispositions les plus variées : un même système montagneux peut comprendre des massifs et des séries de chaînes.

Les chaînes de montagnes elles-mêmes difïèrent beaucoup les unes des autres. Certaines chaînes ont une régularité presque parfaite : elles se composent d'une crête principale donnant naissance à des arêtes transversales, à la manière dune feuille de fougère qui se divise en rameaux. Cette simplicité, qui d'ailleurs n'est jamais parfaite, se rencontre assez rarement. D'autres systèmes sont composés de plusieurs chaînes parallèles et presque uniformes, disposées comme une série de murailles : le Jura en ofTre un excellent exemple. On trouve aussi des chaînes à bifurcations ; elles se partagent, puis se rejoignent pour se dédoubler de nouveau. Les Andes de l'Amérique du Sud appartiennent h cette catégorie.

La masse primitive des montagnes a été profondément

(I) En réalité, les Pyrénées n'ont (l'une c.ii.iîne que l'apparence (cf. Sclirader, Élude su/la sLruclure des Pyrénées).

modifiée par raclion des forces extérieures. Les glaces, les pluies, les eaux courantes ont sculpté les vallées et fouillé les roches. A la longue, ces forces ont graduellement abaissé les montagnes. D'autre part, la physionomie extérieure des montagnes ditïère beaucoup suivant la nature des roches qui les composent.

Hauteur moyenne et sommets. — L'aspect des montagnes ne nous donne point toujours une idée exacte de leur élévation ni de leur importance. Ainsi, un sommet isolé sélevant brusquement et se détachant avec netteté, soit des hauteurs peu considérables qui l'environnent, soit de la surface même de la mer, comme un îlot volcanique, par exemple, nous frappe très vivement; tandis qu'un pic entouré de beaucoup d'autres, et reposant sur un vaste piédestal en forme de plateau, paraît beaucoup moins important qu'il n'est en réalité. Trompés par cette illusion, les hommes ont cru longtemps, avant l'invention des procédés exacts de mesure, que le pic de Ténéritïe, émergeant de la mer dans une des îles Canaries, était la plus grande élévation du Globe. Or, en réalité, il ne dépasse point 3720 mètres, et le mont Blanc, qu'on lui croyait de beaucoup inférieur, mesure 4 810 mètres. Mais ce sommet des Alpes repose sur une masse montagneuse très épaisse et très élevée, dont nous ne tenons point assez de compte dans une appréciation faite à première vue.

Les sommets eux-mêmes, quelles que soient d'ailleurs leups dimensions réelles, ne peuvent pas donner une idée absolument juste de l'importance d'une chaîne ou d'un massif de montagnes. Pour apprécier exactement cette importance, on a coutume de considérer surtout la hauteur moyenne du système entier de montagnes, et non point l'élévation des pics. Il peut se faire qu'un groupe montagneux, dont les sommets dépassent d'assez peu la masse continue des hauteurs, soit plus important qu'un autre d'où se détacheraient des cimes p}«s remarquables, mais où le soubassement qui les porte serait moins massif. Citons en Europe un exemple frappant de ce fait : les Alpes, qui comptent, outre le mont Blanc, plusieurs sommets dépassant 4 000 mètres, sont beaucoup moins élevées en moyenne que les Pyrénées, dont les principaux pics n'atteignent point 3500 mètres ; c'est que la chaîne pyrénéenne est plus

conlinnc, moins ébrôchre de cols et de passages, ou, du uK^ins, qu'il y a un conlraste peu tranché entre l'élévalion ordinaire de l'cnsenihle et la surélévation exceptionnelle des pics. L'arèle des Alpes est moins haute; bref, sa hauteur moyenne est inférieure.

Évaluation du relief par la masse. — Une école de géographes, dont le principal représentant a été le colonel Sonklar, topographe des plus distingués, a mis à la mode une curieuse évaluation du relief des masses conlinenlales en général et des systèmes montagneux isolés. 11 proposait d'en estimer l'importance de relief non pas d'après l'altitude des sommets exceptionnels, ni même en raison de la continuité des lignes de crêtes, mais par l'estimation du volume total des masses soulevées au-dessus du niveau de la mer.

Cette méthode est excellente dans son emploi aux recherches de la science géologique. En effet, c'est bien le volume total d'une masse de relief qui représente l'intensité de l'effort des plissements qui ont donné naissance au système montagneux; et, à cet égard, il est très intéressant de savoir quelle est, parexemple, jugée d'après ce procédé, l'altitude moyenne des parties du monde qui composent soit l'ancien continent, soit le nouveau. L'inconvénient assez grave de cette méthode réside dans la difficulté de son application, car, pour cuber des masses aussi considérables et aussi variées de formes, il faut posséder sur les régions que l'on veut ainsi caractériser non seulement une connaissance géographique approfondie, mais une topographie détaillée comme celle que le colonel Sonklar avait acquise, au prix de longues années d'efforts, pour quelques modestes fragments du système des Alpes.

Quant aux géographes, le relief ne les intéresse pas seulement pour cette raison de science absolue et indépendante de l'intérêt humain. Ils le doivent étudier dans son rapport avec la répartition des climats et, par là, de la vie végétale et animale, dans son rapport avec l'état de séparation bien moins nette de sociétés humaines réparties sur les différents versants d'un môme système montagneux, dans l'intérêt des voies de communication qu'il conviendra d'établir un jour, etc., etc. Or, ce sont là des rechertdies auxquelles la connaissance du volume des systèmes mon-

tag^neux n'apporte aucune solution, ou seulement une solution fort incomplète. Un plateau de médiocre élévation et qui ne sépare pas les nations établies sur ses pentes peut rejirésentcr un volume beaucoup plus considérable qu'une chaîne de montagnes peu large, niais abrupte, et qui est une ligne séparative des climats, des végétations et des peuples. Ce n'est pas davantage la masse soulevée, mais la valeur de l'obstacle opposé aux pluies, le redressement et la dislocation des couches qui peuvent fournir des explications satisfaisantes des phénomènes d'érosion et des phénomènes d'alluvionnement qui en sont la conséquence. Ainsi, à tous égards, il faut préférer à une évaluation de volume la considération délicate de l'altitude, de sa continuité, de sa di.sposition par rapport à la circulation des courants atmosphériques d'air sec ou d'air humide.

Disposition des vallées. — Souvent l'extrémité d'un soulèvement se marque par la divergence des collines, qui prennent la forme d'une patte d'oie ou d'un éventail (ballon d'Alsace, plateau de Lannemezan). Au-dessous des grands sommets se dessinent des rides produites par le travail des eaux. Ces rides, après s'être graduellement rapprochées, se réunissent en un certain nombre de ravins qui se ramènent ensuite à un seul. Le courant, quelquefois très puissant, a dénudé la montagne, creusé les gorges, rempli les parties creuses de ses alluvions jusqu'au moment où il a atteint la partie la plus basse de la vallée. On distingue deux sortes de vallées, les vallées longitudinales et les vallées transversales.

Les vallées longitudinales sont celles qui s'étendent dans la direction de la longueur de la chaîne; telles sont, par exemple, les vallées qui sont formées entre les chaînons parallèles du Jura. Le Doubs, dans son cours supérieur, suit une vallée de ce genre dans laquelle il est encaissé. Dans les Alpes, le Rhône, Tlnn coulent au milieu de vallées longitudinales.

Les vallées transversales sont, au contraire, des sillons qui se creusent dans un sens opposé à l'orientation normale de la chaîne, c'est-à-dire dans le sens de la largeur. Les Pyrénées françaises en présentent un grand nombre, entre autres les vallées supérieures de la Neste, affluent de la Garonne, et de la Nive, affluent de l'Adour.

Les géologues donnent le nom de vallées de fraclure à des vallées « dont le vide résulte d'une cassure béante ». M. de Lapparent observe avec beaucoup de raison que ce terme a été trop souvent appliqué à des vallées dont la forme se pouvait expliquer sans peine par le seul elVet de l'érosion. Mais il ajoute que très souvent une vallée que l'érosion a formée dans ses traits essentiels peut devoir aussi son origine à des cassures même superficielles de la croûte terrestre.

Le général Niox a proposé une autre classification des vallées. D'après lui, il faudrait distinguer :

Les vallées de déchirement^ qui seraient produites par les fentes de tout genre dues aux dislocations. Leurs escarpements seraient rapides et l'on pourrait y relever une série d'épanouissements et d'étranglements ;

Les vallées de plissement, dont l'existence serait due au croisement de deux soulèvements voisins ;

Les vallées d'érosion^ qu'il faudrait attribuer à l'action des eaux et qui se trouveraient surtout en terrain calcaire.

Cette classification nous paraît plus rationnelle, puisqu'elle tient compte de toutes les causes qui peuvent expliquer l'existence d'une vallée.

Mais ni ces termes, ni ceux de vallées longitudinales et de vallées transversales, ne rendent compte de l'infinie variété des formes de creusement. En outre, il est périlleux de parler de vallées longitudinales pour désigner, comme on le fait souvent, les vallées à peu près rectilignes de systèmes montagneux développés en arcs de cercles. Comment classerait-on telles vallées des Alpes centrales qui se développent autour de massifs arrondis?

En se servant de ces vallées, l'homme a pu établir des routespassant d'un côté delà montagne à l'autre, et perçant la barrière montagneuse en ses points les moins épais ou les moins élevés. Ainsi le tunnel du mont Cenis traverse les Alpes à l'endroit où la vallée de la Dora Riparia en Italie et celle de l'Arc en France se rapprochent le plus du centre d'une chaîne de part et d'autre. Ailleurs, on a utilisé les vallées du Tessin et de la Reuss pour trouer le Gothard d'un souterrain de 15 kilomètres où passe la voie ferrée.

Les cols et les passages. — On désigne sous le nom de cols les dépressions qui permettent le passage d'un côté à

l'autre de la monlagne. Tantôt ces ouvertures se trouvent au point où deux vallées se rencontrent et ne sont séparées que par un seuil facile à franchir; tanlôt le passage est favorisé par une véritable échancrure qui coupe la masse montagneuse et y pratique une tranchée. On voit donc que de la direction et de la convergence des vallées dépend la facilité des communications à travers les montagnes.

Les versants, les lignes de faîte et les nœuds. — Les deux côtés d'une ligne de montagnes, séparés par la chaîne continue des hauteurs, s'appellent versants. La plupart du temps, l'aspect des deux versants dilîère beaucoup, surtout dans les systèmes de montagnes qui, comme les Alpes en Europe et les Himalayas en Asie, s'étendent en longueur de l'est à l'ouest. L'un des versants étant exposé au nord, l'autre au midi, ils subissent des influences climatériques toutes contraires : il en résulte des différences notables entre leur végétation.

Il importe aussi de considérer l'étendue de chaque versant et son degré d'inclinaison. Ainsi, dans la portion des Alpes qui forme la frontière de France au sud-est, le versant français s'abaisse en longue pente, tandis que le versant italien est très abrupt.

L'arête qui sépare deux versants s'appelle ligne de faîle. Naturellement, il ne peut y avoir de ligne de faîte que dans les chaînes de montagnes proprement dites. Un massif montagneux présente, selon sa structure particulière, un nombre de versants toujours supérieur à deux. Enfin, môme dans une chaîne, la distinction entre les deux versants est plus ou moins tranchée selon la forme de la ligne de faîte : ici, elle est effilée comme une lame; là, elle présente une succession de croupes plus ou moins arrondies et plus ou moins larges; dans ce second cas, il n'y a même pas, à proprement parler, de ligne de faîte.

Lorsque, dans un système montagneux, la chaîne dominante ou ligne de faîte se subdivise en plusieurs chaînes d'égale importance, les points auxquels elles se dénouent delà ligne de faîte ou s'y renouent sont, pour cette raison, appelés nœuds. On cite dans les Alpes le nœud du Saint- Gothard, auquel aboutissent les Alpes Bernoises, les Alpes Pennines et les Alpes Rhcliques,

Géographie générale, ilî

Chaînes. — On connaît déjà los caractères principaux de ce qu'on appelle chaîne de montagnes : développement longitudinal accentué et plissement marqué. Sauf quelques cas spéciaux où les formes se confondent (Oural, Alleghanys), le contraste entre les chaînes de montagnes et les autres régions de relief est très frappant. Non seulement les chaînes isolées se détachent nettement du i»ays environnant, mais on peut, dans les parties bien connues du Globe, distinguer, en généralisant davantage, quelques zones largement développées dans lesquelles les chaînes de montagnes se rattachent et se tiennent, tandis qu'elles font défaut dans les autres pays.

D'après Suess, ce sont presque toujours les jeunes montagnes, les hauteurs de formation récente qui se forment ainsi en chaînes, tandis que les hauteurs plus anciennes et de formation antérieure se disposeraient en massifs et en plateaux. Suess a même essayé d'en déterminer la distribution géographique. D'après lui, la principale zone de montagnes en chaînes se développe autour du Pacifique, à l'est, au nord et à l'ouest, puis, se rapprochant de la moitié est de la Méditerranée centrale, se glisseentrePIndo-Afrique, d'une part, et la masse principale de l'Eurasie, de l'autre.

Essais d'évaluation d'altitude des continents et des parties du monde. — C'est Humboldt qui a entrepris le premier grand travail de nivellement. « Il mena à travers les continents une série de coupes verticales suivant des plans parallèles entre eux; puis il évalua la surface comprise, pour chaque section, entre le profil du sol et la ligne représentant le niveau de la mer. Il recherchait alors le volume de chaque portion en multipliant la moyenne arithmétique des surfaces de deux coupes consécutives par la superficie de la bande comprise entre deux lignes de coupes. Enfin, il additionnait tous les volumes élémentaires ainsi obtenus et divisait le total par la superficie de l'ensemble continental. » D'après ses calculs, l'égalisation du relief en une couche unique ferait un plateau de 300 mètres. Cette moyenne serait obtenue par les chiffres suivants :

Europe 205 mètres.

Asie 3ô5 —

Amérique du Nord 2*28 —

Amérique du Sud 351 -^

Les calculs faits depuis lors indiquent que ce nombre est trop faible, et M. de Lapparent a donné un remarquable essai d'évaluation nouvelle.

Ce savant a cherché d'abord à évaluer l'altitude moyenne de chacune des cinq parties du monde, en distinguant les zones d'altitude de 0 à 200 mètres, de 200 à 500, de 500 à 1 000, de 1 000 à 2 000, de 2 000 et au-dessus ; puis il a évalué la surface de chaque zone. C'est un procédé plus compréhensif, d'autant plus que ce géologue avait établi ses chiffres de moyenne d'après un relevé complet de toutes les évaluations connues. Ces résultats ont été non seulement confirmés, mais encore dépassés par des déterminations nouvelles auxquelles se sont livrés MM. John Murray et Supan en se fondant, comme le dit M. de Lapparent luimême, sur des documents encore plus précis. On a ainsi le tableau suivant :

Page 1