‹ Géographie généraleChapitre 29 sur 82 · CHIFFRES · texte numérisé non relu

CHIFFRES

de

Supan.

Europe

Asie

Afrique

Améritiue flu Nord

Amérique du Sud. . .

Oeéanie

De là on peut déduire l'altitude moyenne de la terre ferme. On fait intervenir le coefficient exprimant la part de chaque continent dans la surface totale du Globe. D'après ce nouveau système, l'altitude moyenne des continents serait supérieure à 500 mètres, plus voisine de 600. Cette évaluation est à peu près double du chiffre qui avait été primitivement accepté.

Il ne faut pas oublier non plus que certaines parties relativement petites des continents sont situées au-dessous du niveau de la mer et seraient recouvertes par les eaux marines s'il n'existait entre elles et les côtes de larges et puissantes barrières. C'est ainsi qu'autour de la mer Caspienne, un espace supérieur d'un tiers à la France (700000 kii. carrés) se trouve à 28 mètres au-dessous du

niveau des eaux. La vallée de Génésareth ef la mer Morte sont à 394 mètres au-dessous; le Sahara, dans la dépression libyque (13000 kil. carrés), est également au-dessous du niveau de la mer. On peut encore citer les côles de Hollande.

Pour déterminer la hauteur d'un point quelconque, on mesure les saillies du sol au moyen d'observalions de deux espèces : tantôt on emploie des procédés géométriques et Ton opère à l'aide du théodolite; tantôt on se fonde sur des observations physiques fournies par le baromètre et le thermomètre.

Valeur des calculs d'altitude moyenne des parties du monde. — Puisque l'on est convenu d'admettre que les reliefs de l'écorce terrestre, qu'ils soient émergés ou immergés, proviennent d'un même ensemble de causes, les unes brusques comme les érosions volcaniques et les tremblements de terre, les autres agissant à longue échéance, comme ces « forces tectoniques » qui sont d'ailleurs si mal observées et si mal définies, une évaluation de la hauteur moyenne des terres émergées n'est pas légitime si on l'isole absolument d'une évaluation du relief sous-marin. A plus forte raison est-ce une classification bien précaire que celle qui donne pour cadre aux estimations d'altitude moyenne la division en parties du monde qui est partiellement de valeur historique ou plutôt qui, même historiquement, n'a pas de valeur. D'ailleurs, si les chitïres proposés pour les profondeurs sous-marines sont d'une valeur presque nulle dans l'état de nos connaissances, ceux que l'on propose pour chaque partie du monde renferment aussi une large part d'hypothèse. L'Europe est la seule partie du monde dont la connaissance soit actuellement assez avancée pour permettre une estimation de cette nature. Mais on voudra bien observer qu'une moitié environ de l'Asie se dérobe encore à l'investigation de la géographie vraiment mathématique, qu'il reste en Afrique d'énormes territoires dont l'exacte nature de relief nous échappe complètement, que la carte de l'Amérique du Sud est à peine dressée et celle de l'Amérique du Nord fautive encore dans bien des parties. D'ailleurs, l'altitude moyenne d'une partie du monde n'a, comme nous l'avons déjà observé, qu'une portée très médiocre pour l'étude de

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sa géographie physique, puisque la hauteur absolue d'un relief, son tlogré d'ébrècheinenl, son orienlalion par rapport aux vents marins ou aux vents continentaux sont les traits essentiels qu'il faut mettre en lumière.

En physique pure et simple du Globe, sans aucune considération de ce qui intéresse l'homme, il faudrait associer intimement l'étude des deux reliefs immergé et émergé ; dire, par exemple, comme le propose M. de Lapparent {Leçons de géographie ])liijsif/ue, p. 42), que la fosse marine de Taltal, profonde de 7 626 mètres, et la crête voisine de la Cordillère des Andes, haute de 5000 mètres, font un relief vertical de 12 600 mètres, et que là, par conséquent, est sans doute l'abrupt de relief le plus caractérisé de tout le Globe. Mais il est bien évident qu'une géographie physique destinée, comme c'est sa fonction, à préparer la suite des éludes de tous les autres phénomènes, doit surtout tenir compte du relief émergé qui détermine les séparations climatéricjues, les versants tluviaux, les grands faits d'érosion et d'alluvionnement, et parfois les séparations des peuples, etc., tandis que rOcéan, à partir d'une profondeur d'une quinzaine de mètres jusqu'aux grands abîmes do 9 000 mètres et plus, peut rendre aux humains les mêmes services de navigation et de commerce.

Loi de dissymétrie du relief terrestre. — Les admirables progrès réalisés par les géologues dans l'étude de l'architecture des montagnes et par les océanographes dans la connaissance des profondeurs marines ont induit quelques savants à poser une loi générale qui rendrait compte de la disposition du relief terrestre et de son rapport avec le relief sous-marin : c'est ce que l'on a appelé la loi de la dissijmélrie des lignes de relief. Son expression la plus scientifique a été donnée par M. de Lapparent (1) ; en voici les termes :

« Toute grande ligne de hauteurs, immergée ou non, est une arête saillante, formée par l'intersection de deux versants inégalement inclinés. Le plus abrupt plonge vers une grande dépression habituellement occupée par la mer ; le moins raide s'abaisse doucement sous la forme

H) Traité de géologie, p. 68 et suivantes.

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(J'ondulalions successives vers une dépression moins marquée qui, le plus souvent, peut rester continentale. Le pied du versant abrupt est l'arôte en creux d'une intersection inverse de la première et dont le talus à pente modérée remonte peu à peu jusqu'aux régions de profondeur moyenne des océans. »

A l'appui de cette loi, de nombreux exemples ont été invoqués, tels que celui du Jura franco-suisse, abrupt sur son versant helvétique et s'abaissant en ondulations vers le territoire de la France, des Apennins de Ligurie qui tombent presque plus brusquement sur la Méditerranée que sur la plaine lombarde, de l'Himalaya, etc.

En faveur de la même démonstration appliquée à l'étude du relief sous-marin, M. de Lapparent cite les curieux exemples de la dépression qui borde les Antilles du côté de l'Atlantique, tout contre les îles Saint-Thomas et Porto- Rico, tandis que l'abaissement est beaucoup plus doux dans la direction du continent américain.

Ce n'est pas là, à proprement parler, une loi, bien qu'on lui ait donné ce nom, mais une remarque qui définit un fait fréquent dans le relief terrestre, qui groupe un certain nombre de cas particuliers. Il est vrai que cette disposition se rencontre fréquemment, en particulier dans le relief émergé, le seul dont nous possédions actuellement une connaissance suffisante pour oser généraliser. Toutefois, il convient de se rappeler qu'une loi en matière de sciences physiques et naturelles ne doit pas rendre compte seulement d'un grand nombre de faits, mais de tous; faute de quoi, elle n'est pas une loi.

Même considérée comme une remarque de haute portée, la prétendue loi de dissymétrie du relief terrestre se heurte à un bon nombre d'objections. D'abord elle donne une idée inexacte et trop peu variée des manières infiniment diverses d'association du relief émergé au relief immergé. Il n'est pas habituel que le versant d'une grande ligne de hauteurs plonge vers une grande dépression occupée par la mer. Si le versant occidental des Andes est en contact avec l'océan Pacifique, l'énorme masse de relief de l'Himalaya tombe sur une plaine ; il en est de même des monts Thian Chan ou Célestes et de beaucoup d'autres systèmes colossaux de l'Asie centrale. Enfin, il y a de grandes plongées du relief océanique au voisinage de plaines ou d'îles

basses : ainsi la fosse du Tuscarora, se développant avec plus de 8 000 mètres de profondeur, le long du chapelet d'îles basses que sont les Kouriles. Au large de la plaine de l'Amazone, on rencontre vite des profondeurs aussi considérables qu'au large des montagnes du Chili méridional et central. Pourquoi ne pas admettre tout simplement, comme la variété des faits observés nous en fait une loi, que le relief du Globe, ici interrompu par la présence de l'élément liquide, là, au contraire, complètement développé au seul contact de l'atmosphère, ollVe des variétés infinies de disposition et d'intensité ? Un grand relief sous-marin peut commencer à la chute d'une plaine exactement comme un grand relief émergé, tel que l'Himalaya, peut être adossé à une vaste zone de plateaux. Ailleurs le relief peut être partagé en sections à peu près égales et se répartir en profondeurs de 5000 à 6 000 mètres et en hauteurs voisines de la même valeur. Puisque ce relief est dû aux mêmes causes qui plissent et façonnent la croûte terrestre, il les faut additionner et non comparer, car comparer c'est dissocier.

En outre, cette croyance exagérée à l'homogénéité du dessin des versants montagneux risque fort de rétablir sous une autre forme la notion fausse des lignes de partage des eaux que, précisément, les géologues combattent avec la môme énergie que les géographes. Simplifier en deux versants toute l'architecture des grandes lignes du relief du Globe, c'est oublier que nombre de ces lignes de relief sont composées de massifs accolés les uns aux autres, coupés de vallées, affectant ici l'allure de chaînes, plus loin celle de hauteurs isolées. C'est risquer de ne point faire comprendre la structure si variée de masses comme celles des Alpes et de l'Himalaya, où il n'y a pas deux versants, mais un nombre beaucoup plus considérable de pentes variées. Unir par l'imagination en une ligne les points que marquent sur la carte des massifs isolés, c'est substituer une abstraction à la réalité et employer dans le domaine des sciences naturelles la méthode des sciences abstraites qui n'ont point de contenu ; c'est la même faute que celle de Buache, également porté aux spéculations mathématiques et qui faussa la nature pour avoir voulu la trop ranger suivant des lois absolues. Malgré tout, l'observation à laquelle on a donné à tort ce nom

de loi reste de 1res haule valeur, parce qu'elle s'applique à un nombre considérable de cas observés el déjà connus dans leur détail.

Comparaison du relief émergé et du relief sous-marin. — Les géolojrues el même les géographes ont coulunie de comparer et même d'opposer le relief émergé des continents au relief sous-marin. Or, quelle qu'ait été l'extension des recherches sous-marines depuis vingt ans, nous sommes beaucoup trop loin d'une connaissance, même rudimentaire, des profondeurs marines pour nous permettre une comparaison de ce genre. Même notre connaissance de l'océan Atlantique, qui doit tant à la pose de câbles sous-marins nombreux, se réduit au tracé de quelques lignes suivant lesquelles ont été posés ces câbles entre les continents des deux rives. Donc, le plus souvent, nous parlons d'une fosse sous-raarine quand nous n'avons constaté qu'une inclinaison du fond suivant une ligne; et rien n'est plus conjectural, dans l'état actuel de notre savoir, que les cartes de profondeurs sous-marines dont la publication a déterminé beaucoup trop rapidement des comparaisons aventureuses. Pendant longtemps la découverte de la fosse du Tuscai'ora, dans le nord du Pacifique, exposa quelques savants à l'imprudence d'affirmer que la plus grande profondeur était sensiblement égale à la plus grande altitude. Et voilà que tout à coup des sondages parfaitement authentiques ont révélé une profondeur de 9500 mètres dans le même océan Pacifique, au voisinage des îles Tonga et Kermadec : c'en était fait de tout espoir de symétrie. Et pourtant, rien ne nous autorise à croire que les plus grandes profondeurs aient été découvertes, tandis que nous sommes assurés de connaître, à peu de chose près, les grandes altitudes.

D'ailleurs, ce sont les découvertes et les hypothèses des géologues qui nous autorisent à rapprocher ces deux éléments au lieu de les comparer. Ne sont-ce pas, en effet, les mêmes forces, exception faite de l'érosion, qui ont modelé le fond des mers et la surface des continents. Par conséquent, le niveau de la mer n'indique nullement une limite au delà de laquelle les phénomènes de relief cessent de revêtir une certaine forme pour en prendre une autre; ce n'est qu'une fiction mathématique, et tout au plus la

limilc au delà de laquelle lY'rosion atmosphérique cesse de travailler sur une partie de la surface terrestre.

Il résulte de là que, dans une bonne élude du relief du Globe, on ne doit pas opposer, par exemple, une montagrne <jui borde la mer aux ])rofondeurs de cette nier, mais considérer les deux faits comme absolument solidaires et de môme nature. On arrive ainsi à une conception beaucoup plus juste et plus variée du relief des terres et des mers. On comprend que relief émergé et profondeur marine peuvent se trouver l'un avec l'autre dans les rapports les plus variés. Et l'expérience justifie celte manière de voir, car il y a des grandes profondeurs marines au voisinage de plaines, de petites profondeurs au voisinage de montagnes, ou, ailleurs, des profondeurs moyennes à côté de hauteurs moyennes. Il y a donc un intérêt majeur, en vérité scientifique, à cesser d'opposer et de comparer dans une intention de symétrie les grandes montagnes des continents .et les profondeurs des océans. Là, comme en toutes choses, la nature est infiniment variée ; et, comme toujours, plus les découvertes se sont multipliées, plus elles ont détruit d'idées toutes faites et de faux principes dus à une généralisation hâtive, sinon à une mauvaise interprétation des faits.

Toutefois, on doil. reconnaître, avec M. de Lapparent [Leçons de géographie phgsique, p. 17 et suivantes), que le tracé du relief des continents s'est jusqu'ici révélé à nous plus déchiqueté et plus dentelé que le relief sousmarin. Le savant géologue observe que les dentelures et déchiquetures du relief terrestre « sont le résultat évident de l'érosion qui a découpé toute la terre ferme pour y procurer l'écoulement des eaux courantes. Au contraire, en mer, au moins au-dessous de 200 mètres de profondeur, il n'y a plus, en général, de puissance capable d'alVouillement ». Bien entendu, cette remarque comparative laisse de côté les zones de contact immédiat entre la mer et la terre, car c'est un fait connu de tous les marins, et en particulier des plongeurs qui opèrent dans le voisinage des côtes, que souvent les mêmes caractères de déchiqueture que l'on a observés sur le continent voisin se continuent assez loin sous les flots. Il est bon aussi de remarquer que l'action des forces volcaniques, comme celle qui fut observée dans les grands cataclysmes du Krakatoa et de la montagne Pelée de la Martinique, peut contribuer à découper et à denteler d'une manière très abrupte des étendues même considérables du fond de la mer. Enfin, la science géologique nous amène de plus en plus à croire que les vicissitudes de plissement du Globe ont ici remplacé la terre par la mer, là substitué des continents aux océans. Or, si des surfaces continentales notables, longtemps travaillées par l'érosion, se sont brusquement éventrées en quelques parages de l'Océan situés peu loin des autres masses continentales, le relief, déjà très varié par l'érosion au moment de l'immersion, aura pu être dentelé beaucoup plus encore par la catastrophe finale qui a déterminé sa disparition.

Un autre ordre d'idées nous met également en garde contre tout excès d'opposition des étendues continentales et des surfaces immergées. Il y a, à la surface des continents, de vastes étendues qui semblent tout aussi monotones par leur relief que les plus monotones des fonds de mer. Ce sont, par exemple, les surfaces sablonneuses des déserts comme on en rencontre de vastes étendues dans le Sahara et en Australie, ou bien les énormes étendues de plaine comme celles de la Russie et de la Sibérie ; de sorte que s'il y a (et nous ne le savons pas très bien) de

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vastes étendues planes sous les flots, nous savons très pertinemment qu'il y en a à la surface des terres. La dcchiqueture, l'œuvre de l'érosion ne sont pas partout, même sur la terre Terme, des laits normaux; il y a des pays d'érosion intense, d'érosion moyenne, d'érosion presque nulle, et c'est dans la distinction de ces particularités et de ces degrés que l'on peut arriver à découvrir ces vérités régionales dont les géologues nous ont les premiers signalé l'importance. Rien ne ressemble plus au fond de la Méditerranée voisine que la surface du désert libyque. Sur tout le pourtour maritime du Sahara, la chute des sables dans la mer y détermine des étendues de dunes analogues à celles du continent voisin. Dans un pays de faibles pluies comme la région méditerranéenne, les profils du relief sous-marin sont, sauf au voisinage du débouché des grands fleuves et des transports sablonneux des grands déserts, variés, heurtés, pittoresques à l'inlini comme la surface des continents. Les pêcheurs d'épongés de l'archipel Grec le savent mieux que personne. En revanche, sur les continents et sous la mer, il y a des zones analogues d'alluvionnemeni, soit par le charroi des eaux, soit par l'action des vents.

En tout état de cause, il faudra longtemps attendre encore pour nous croire en mesure de faire une comparaison légitime entre le relief émergé et le relief immergé; nous commençons à bien connaître le relief de la Terre, l'étude du relief sous-marin nous réserve encore de nombreuses surprises. Du moins, le peu que nous savons nous prouve l'existence de grandes surfaces monotones sur les continents et d'ombilics brusquement ouverts dans le fond des mers, comme la fosse de plus de 6 500 mètres que l'on a observée devant Iquique.

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