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CHAPITRE IV

l'élément liquide. — LES OCEANS ET LES MEHS.

Sommaire.

Notre connaissance des océans est encore très partielle et précaire. Vocéanoçjraphie. Action exercée par les mers sur la civilisation : la Méditerranée. Étendue des mers: 73 p. 100 de l'étendue totale; contraste entre l'hémisphère nord et l'hémisphère sud. Niveau irrégulier du lit de la mer, soulèvements et dépressions. Profondeurs raaxima atteintes jusqu'ici: dans le Pacifique, 9 00o mètres; dans l'Atlantique, 8 500; dans l'océan Indien, G "200 mètres; dans les mers polaires, qu'on croyait peu profondes, Nansen a trouvé des ahîmes de 4 000 mètres pour l'océan Glacial arctique, et dans l'océan Glacial antarctique la sonde est descendue jus(iu'à 5 500 mètres. Variété du relief sous-mariu.

Dans le centre de l'Atlantique se trouve un soulèvement du nord au sud ; la hauteur de ce plateau a :2 000 à 3000 mètres ; de chaque côté, on trouve d'assez grandes profondeurs.

Division de la Méditerranée en deux bassins par un seuil s'étendant entre la Sicile et la Tunisie. Grande inégalité du fond du Pacifique. Fosses du Tuscarora, du Challenr/er et des Tonga. La profondeur moyenne de l'océan Indien serait d'un peu plus de i 000 mètres.

Composition du sous-sol marin; dépôts côtiers et dépôts d'eau profonde. La faune sous-marine. Température des eaux marines ; leur densité : elle dépend à la fois de la quantité de sel entraînée et de la température. La coloration de la mer.

Le mouvement oscillatoire et les vagues. Leur dimension. Vagues produites par la pression du vent et vagues de tremblement de terre. Les marées ; attraction de la Lune et du Soleil. Marée montante (flux, flot) ; marée des cendaute (reflux, jusant). Le mascaret. Raz de marée.

Les mers polaires ou paléocrystiques. Glaces flottantes, icebergs; champs ae glace ou banquises; glaces de pied. Végétaux (sargasses) et animaux marins.

Corail et récifs coralliens. Espèces coralligènes : série animale, polypiers et bydroïdes ; série végétale, deux espèces d'algues pierreuses, nullipores et corailines. Différents types de récifs coralliens : récifs frangeants, récifs-barrière, atolls, hats. "Théories de Darwin et de Murray.

Courants mai'itimes. Leurs causes : les vents réguliers, différence de température et de densité de l'eau de mer, configuration des continents, etc. Courants chauds et courants froids. Courants de l'Atlantique : courant équatorial de l'Atlantique et Gulf-stream ; courants de Guinée, du Brésil, des Falkland, de Benguela. Courants du Pacifique : le Kuro-Siwo et le courant de Humboldt. Courants de l'océan Indien : courant de Mozambique. D'une manière générale, dans l'hémisphère boréal les côtes occidentales des continents sont baignées par un courant chaud, les côtes

orientales par un courant froid; dans rhémisphère austral, au contraire, les côtes occidentales des continents sont baignées par un courant froid, les côtes orientales par un courant chaud.

État de nos connaissances. — Nous aurions tort de' nous exagiMcr In vîilcurdc noire connaissance des océans : clic est encore très partielle et lonle précaire. Les exploralions océanographiques commencent à peine à s'organiser scientifiquement. Il nous arrive de parler de la répartition des profondeurs d'une immense étendue comme l'océan Pacifique, alors que cette immense étendue n'a été sillonnée que par des traversées souvent distantes les unes des autres de plus de 1000 kilomètres. Si nous connaissions le relief des continents comme la profondeur des mers, nos cartes ne porteraient sans doute pas mention des Alpes, ni des Andes, ni de l'Himalaya : on peut dire que la part des hypothèses, dans les théories qui intéressent les phénomènes maritimes, est encore immense.

Valeur géographique de l'étude des océans et des mers.

— L'étude des mers, à laquelle se sont attachés des savants spéciaux qui ont pris le nom d'océanographes et fondé la science de l'océanographie, ne doit pas être absolument séparée, ni par sa méthode, ni parle choix des faits qu'elle contient, de la géographie proprement dite. Cependant, le simple bon sens montre que l'action des mers, qu'elles soient grandes ou petites, ouvertes ou fermées, chaudes ou froides, calmes ou agitées, n'exerce pas sur la civilisation des hommes, par les phénomènes dont elles sont le théâtre, une action comparable à celle des continents avec leurs climats variés, leurs richesses végétales plus ou moins grandes, leur population d'animaux sauvages ou domestiques. Il y a cependant, dans l'action bienfaisante ou dans la gêne qu'exercent les étendues marines sur les sociétés humaines, bien des degrés. La Méditerranée de nos pays, en raison du rapprochement de ses rives, du nombre de ses îles et de ses presqu'îles, de la clémence de son climat, est un des traits géographiques les plus bienfaisants de la surface du Globe. Les géographes ont tous remarqué combien est avantageuse pour les échanges des humains la situation des avancées continentales qui rendent plus facile le parcours entre les deux rives de l'Atlantique. L'alternance des moussons à la surface de l'océan Indien

explique pour beaucoup la commodité des navigations qui se sont laites dès la [)lus haute anti(|uité entre rAlrique orientale, rArabi(\ l'Inde et l'indo-Chine. En revanche, le grand océan Pacifuiue, par la rareté ou la petitesse des terres qui sont à sa surface, par l'immensité des distances qui séparent ses deux rives, est, pourrait-on dire, une mer beaucoup moins sociable que les précédentes. Voilà des considérations essentielles d'une géographie des mers : elles intéressent la répartition et les échanges des peuples civilisés; tandis qu'on ne saurait se taire illusion sur la portée des grandes et intéressantes remarques ou hypothèses qui attribuent à l'océan Pacifique une antiquité et une permanence considérables, qui font de l'Atlantique un océan formé, pour ainsi dire, après coup et sujet à de multiples variations au cours des âges géologiques. Là encore, le domaine de la géographie et celui de la géologie et de l'océanographie sont essentiellement distincts. L'océanographie touche encore de moins près aux études géographiques que la géologie.

Étendue des mers. — On a cru longtemps que les océans devaient occuper exactement sur la sphère terrestre le même espace que les terres émergées. Hipparque avait professé l'équilibre parfait entre les terres et les mers, et Ptolémée, partant de cette idée, avait tracé, au sud de la mer des Indes, une côte qui s'étendait de l'Afrique aux Indes. Les voyages de Vasco de Gama, de Magellan et de Cook ont fait renoncer à l'idée longtemps admise de l'existence d'un continent austral de grande étendue. Un simple coup d'oeil jeté sur une mappemonde montre que la plupart des terres se trouvent situées dans l'hémisphère nord pendant que l'hémisphère sud contient une étendue très considérable de mers. Dans l'hémisphère nord, en elîet, nous trouvons : l'Europe, l'Asie, les deux tiers de l'Afrique, l'Amérique du Nord et presque un quart de l'Amérique du Sud, tandis que l'hémisphère sud ne renferme, au contraire, qu'un groupe assez petit de terres polaires, une partie de l'Afrique et de l'Amérique du Sud, l'Australie et un certain nombre d'îles.

Dans les deux hémisphères, entre l'Australie, l'archipel Malais et la côte orientale d'Asie d'une part, et, de l'autre,

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l(^s rivages occidentaux des deux Amériques, on renconlre rimmensc étendue du Grand Océan ou océan Pacifique. En somme, les océans occupent 374 millions de kilomètres carrés, soit 73 p. 100 de Tétendue totale, et les terres 136 millions, soit 27 p. 100.

Traits généraux de la répartition des profondeurs marines. — Le lit de la mer, comme la surface des continents, est de ni veau irrégulier et présente tantôt des soulèvements et tantôt des dépressions. C'est ce que des expéditions récentes ont démontré. Les premières recherches vraiment scientifiques ont été faites par le Lightning et le Porcupine, et surtout parle navire de guerre anglais Challenger de 1873 à 1876. Depuis, elles ont été continuées sans interruption. Malheureusement, nous n'avons encore que des résultats approximatifs, parce que les sondages ont été faits irrégulièrement et suivant des itinéraires peu nombreux.

Il est impossible de dire dans quels parages de l'étendue marine se rencontrent les plus grandes profondeurs. Jusqu'ici, le point où la sonde a touché le fond le plus bas est une fosse située dans l'océan Pacifique, à Touesl des îles Tonga et des îles Kermadec : on a trouvé là brusquement une profondeur de plus de 9000 mètres. On voudra bien remarquer que cet abîme se rencontre au voisinage d'îles médiocrement élevées et ne peut, par conséquent, être mis en rapport avec aucun relief.

Les profondeurs de 8 000 à 8 500 mètres ont été observées dans l'océan Pacifique et l'océan Atlantique. C'est le cas de la fosse du Tuscarora, allongée tout contre les îles Kouriles, et où il a fallu dérouler plus de 8500 mètres de fil de sonde. Dans l'océan Atlantique, c'est près des îles Vierges, dans les parages des Antilles, que l'on a trouvé le fond le plus bas, 8300 mètres. La fosse des Carolines, dans le Pacifique occidental, est à peu près de même valeur.

Dans l'océan Indien, c'est sur les bords sud-ouest de Sumatra et de Java, et à médiocre distance de ces terres, que l'on a observé les profondeurs les plus considérables, 6200 mètres.

Les savants avaient été amenés, par un certain nombre d'observations dues à Nordenskiôld, à croire que l'océan Glacial était un bassin peu profond, une médilerrnnée recouverte d'une mince couche d'eau. On s'était trop pressé

de conclure, d'après Texamen des parages voisins de la Sibérie et aussi d'après quelques sondages du commandant de Long. La croisière du Fram, après le départ de Nansen, a révélé, dans ces mers polaires, des abîmes de 4000 mètres. Quant à l'océan Glacial antarctique, que de belles expéditions scientifiques commencent à nous faire connaître, il a aussi ses fosses profondes. Le Valdivia a rencontré, à l'ouest de la terre d'Enderby, un trou de plus de 5500 mètres. Or, si nous connaissons mal des étendues océaniques pourtant très fréquentées comme l'Atlantique et l'océan Indien, à peine quelques fragments de l'Océan universel qu'est le Pacifique, notre savoir sur les régions polaires est sans doute plus rudimentaire encore. Il est donc trop tôt pour essayer, soit d'indiquer un chilîre de la profondeur moyenne des océans, soit de dresser une carte des grandes zones de haut fond ou de bas fond de chacun des océans : notre connaissance est trop inégalement répartie. Ce n'est guère qu'à propos de l'océan Atlantique, et surtout de ses dépendances voisines de l'Amérique et de l'Europe, ou de l'océan Indien, que l'on peut indiquer timidement quelques hypothèses sur la disposition des profondeurs marines. On a si vite fait, dans l'impatience de découvrir de grandes lois, de supposer des lignes où l'on ne connaît que des points, et de dessiner soit des cuvettes, soit des plateaux où l'on ne connaît que des lignes !

Exemple de brusque dénivellation des fonds sous-marins. — Sous les mers comme à la surface des continents, les formes du relief sont variées à l'infini. C'est à tort qu'on a pensé longtemps que le profil du relief immergé était le plus souvent moins brusque que celui du relief émergé ; si peu que nous soyons encore renseignés sur l'allure vraie des formes du terrain que recouvre la mer, nous avons déjà quelques exemples remarquables de changements aussi brusques de niveau que ceux dont nous sommes témoins à la surface des continents. Les navires Egeria et Pengiiin, en visitant les parages compris entre la Nouvelle-Calédonie, la Nouvelle-Zélande, les îles Fidji et les Tonga, ont signalé l'irrégularité extrême des fonds. En particulier, après avoir relevé, sur le plateau des îles Tonga, des hauts fonds de 1 200 et 1 800 mètres, ils ont constaté tout à coup l'existence d'une fosse de 9 427 mètres, la

GÉOGKAPHIE GÉMÉKALE. 16

plus profonde que l'on ait rencontrée jusqu'ici. La coupe ci-jointe, dessinée par M. de Lapparent, donne une idée juste de cette variai ion rapide des fonds marins.

Considérons le fond do. la mer do la mémo manière que la surfacedesconlinents. Enelï'el, le lit sur lecjuel reposent les eaux océani(jues est arcidenlé tout comme le sol sur lequel nous marchons: les grandes profondeurs marquent comme des vallées, les moindres nous indiquent la présence de montagnes sous-marines ; les îlots, les écueils, doivent nous rappeler tantôt les pics de nos régions montagneuses, tantôt les cratères de nos volcans. .Si Ton admet que la

IM'^"*Calédonie

/ViuecuL' de' ïa^ mer

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Fig. 14. — Coii|io (lu Paciluiue unTiiiioiial, cuire la Xouvelle-CaLédouie et la fosse des Tonga (d'après M. de Lapparent).

moyenne de ces profondeurs est de 3 600 mètres, nous la représenterons sur un globe terrestre de 15 mètres de diamètre par une entaille d'environ 4 millimètres. Nulle part elle ne dépassera 1 centimètre, au moins dans l'état actuel de nos connaissances.

C'est sous bénéfice de ces réserves que l'on peut exposer l'état de notre connaissance des principales régions océaniques. Les chiflVe.s de })rofondeurs moyennes sont, en particulier, fort sujets à caution ; quant au rapport que l'on s'efforce d'établir, en vertu de la « loi de dissymétrie du relief terrestre », entre le relief des océans et celui des continents, il est discutable dans son principe même, et douteux dans ses applications (1).

Aperçu des principaux sondages; l'océan Atlantique. —

C'est dans cet océan, où la navigation est plus active

(1) Cf. ci-dessus, pages '250 à îoâ.

que partout ailleurs, que les sondages ont été le plus nombreux. Il a fallu, d'ailleurs, en connaître exactement les profondeurs pour immerger les câbles télégraphiques qui reposent sur le lit de l'Océan. On a établi qu'au centre de l'Atlantique se trouve un soulèvement du nord au sud, en forme de S. Ce soulèvement porte les îles volcaniques et sépare le bassin oriental du bassin occidental. Ce plateau sous-marin se dirige d'abord du sud-ouest de l'Islande à la Guyane et émerge avec l'archipel des Açores. Puis la série des terres sous-marinos s'infléchit vers le sud-est ; les îles de l'Ascension, de Sainte-Hélène, de Tristan d'Acunha en marquent les jalons. Enfin une bande, qui est comme une subdivision du plateau, sépare la dépression de l'est du bassin du Cap. Nulle part, la mer au-dessus du plateau ne dépasse 2 000 à 3 000 mètres.

Mais, de chaque côté du plateau, les fosses de plus de 5000 mètres sont fréquentes. Celles de 6000 mètres, au contraire, se rencontrent seulement au nord-ouest et vers les Antilles. Le point où la sonde est descendue le plus bas est à 8300 mètres au-dessous du niveau, près des îles Vierges, aux Antilles. Une autre dépression se rencontre sur les côtesdu Brésil. Enfin, au large des côtes de France, d'Espagne et d'Afrique, la dépression de l'est paraît avoir une profondeur moyenne de 5000 mètres.

Le soulèvement de l'Atlantique Nord aboutit finalement au large plateau d'Islande, qui se prolonge jusqu'au Groenland d'une part et jusqu'à la mer du Nord d'autre part. Au delà de ce soulèvement, la vallée atlantique se continue dans les bassins de l'océan Glacial arctique. La ligne du plateau de l'Atlantique est donc la vraie limite entre l'Ancien et le Nouveau Monde, limite que l'on chercherait vainement dans les différences de structure géologique des continents, car, sous la mer de Behring, les deux terres se rejoignent sous une couche peu épaisse d'eaux marines.

Les dépendances septentrionales de l'Atlantique qui entament l'Europe sont très peu profondes. Les îles Britanniques reposentsur un plateau sous-marin de 200 mètres de profondeur qui les réunit à la France et s'étend sous une grande partie de la mer du Nord, La Manche, dont la profondeur moyenne n'est que de 86 mètres, est une simple vallée de ce plateau. La profondeur moyenne de la mer du

Nord est de 86 mètres ; celle de la Baltique est plus faible encore (67 mètres).

La Méditerranée contient une épaisseur d'eau relativement plus considérable; elle est divisée en deux cuvettes par un seuil sous-marin qui s'étend entre la Sicile et la Tunisie. Le bassin oriental et le bassin occidental sont subdivisés eux-mêmes en plusieurs mers intérieures. La profondeur moyenne est évaluée à 1 300 mètres. On a sondé récemment des fonds de 4080 et de 4404 mètres au sud du cap de Malapan.

La même division en deux parties se retrouve dans la mer des Antilles et le golfe du Mexique. Entre la Floride et Cuba, l'épaisseur d'eau de l'isthme caché ne dépasse pas 700 mètres. Dans la mer des Antilles se rencontrent des profondeurs de près de 7000 mètres ; le golfe du Mexique est de beaucoup inférieur.

Océan Pacifique. — Le Pacifique, parsemé d'archipels dans sa partie centrale, présente un fond très inégal ; d'ailleurs, les sondages directs n'ont été pratiqués qu'au nord et à l'est. Au nord de cet océan, entre l'Amérique septentrionale et le Japon, les sondages du navire américain Tuscarora avaient amené à croire qu'il existait une fosse profonde. Au sud des îles Kouriles, la soude n'avait pas rencontré le fond à 8500 mètres. C'était la fosse du Tuscarora. Il est prouvé aujourd'hui que les grandes profondeurs existent seulement le long des Kouriles et des îles Aléoutiennes, tandis que le fond est moins déprimé au centre du Pacifique Nord. Au nord des Carolines et près des îles Mariannes, les profondeurs sont également considérables. Ainsi, la fosse du Challenger offre une profondeur de 8 372 mètres. D'une façon générale, il est à remarquer que, dans cette région, les fosses et les soulèvements se succèdent brusquement sur toute l'étendue du Pacifique.

Entre le 25° de latitude nord et le 19" de latitude sud, par 147° de longitude ouest, les sondages manquent complètement, sauf en ce qui concerne les mers côtières (entre l'Amérique, Hawaï, les îles Marquises, l'île de Pâques). Les profondeurs varient dans ces parages entre 4000 et 4700 mètres. La profondeur moyenne du Pacifique entre les côtes de la Colombie et le groupe des Sandwich serait, d'après le Vellor Pisani, de 4 570 mètres.

Dans le Pacifique Sud, on trouve des profondeurs plus considérables <mcore : à l'ouest des îles Tonga et des îles Kerniadec, on a trouvé plus de 9 000 mètres.

D'autres dépressions, dont l'étendue n'est pas encore parfaitement connue, ont été rencontrées. Il semble que, dans le Grand Océan, la plupart des archipels et des chaînes de récifs soient portés par des piédestaux immergés, longues ondulations parallèles entre lesquelles se placent les parties plus déprimées. Les mers intérieures formées par le Pacifique sont d'ordinaire presque aussi profondes que l'Océan lui-même.

De la pauvreté en îles de cette partie du Grand Océan, certains savants ont cru pouvoir conclure que le lit se trouve partout à une profondeur moyenne de 4000 mètres et qu'il s'abaisse par endroits à 6000 mètres, comme le prouvent les sondages de V Alaska, sur la côte du Pérou; mais le profil n'est pas encore exactement déterminé.

Océan Indien. — La profondeur moyenne de l'océan Indien serait (d'après John Murray) de 4 233 mètres. Dans sa partie septentrionale, l'océan Indien serait divisé en deux vallées sous-marines par la péninsule de l'Indoustan. Riais les plusgrandes profondeurs ont été observées jusqu'à présent dans les parages situés entre la côte nord-occidentale de l'Australie et les îles de Java et de Sumatra.

Sous-sol marin. — Le lit des océans n'est pas formé des mêmes matières que notre sol continental, si ce n'est sur les côtes et dans de petites profondeurs, où l'action des vagues et des fleuves ronge la terre et détache ainsi des débris qui vont tapisser le fond. IMais, dès que la couche des eaux salées atteint une épaisseur de 400 mètres, la sonde ne rencontre plus le roc au fond de la mer et le lit est le plus souvent composé de matières meubles. Le travail s'y poursuit sans cesse et les dépôts des mers sont des alluvions proprement dites. Aussi distingue-t-on, d'après leur origine et leur disposition, les dépôts côtiers et les dépôts d'eau profonde. A la première catégorie on rattache les matières que les vagues arrachent continuellement aux côtes et celles que les fleuves apportent de l'intérieur des continents. Mais ces matières sont sans cesse soumises à une œuvre de broyage et de désagrégation. Les plus gros

morceaux restent dans le voisinage de la côte; le sable est emporté plus loin et la boue fine plus loin encore. Au point où se rencontrent les courants porteurs de sable ou de boue se forment les bancs de sable et les bas-fonds. Les uns dépassent le niveau de la mer; d'autres ne se découvrent qu'à marée basse; d'autres enfin (ce sont les plus dangereux) ne sont jamais signalés que par la coloration et le clapotement particulier des vagues. Souvent ils sont coupés par des dépressions qui forment des chenaux utiles à la navigation (par exemple à Dunkerque) ; mais la position et la profondeur de ces chenaux sont sujettes à des variations considérables.

Aux dépôts de sable succèdent, en allant vers le large, les bancs de vase (exemples : toute la zone littorale et tout le lit de la Méditerranée européenne et de la Baltique ; lit de l'océan Atlantique). Par endroits, d'autres dépôts remplacent la vase bleue côlière.

Les dépôts littoraux les plus fins peuvent être souvent entraînés par des courants maritimes jusqu'à 300 kilomètres du rivage, mais sans jamais atteindre le lit proprement dit des océans. Là, c'est en effet presque exclusivement le monde organique qui fournit les dépôts du fond. Les recherches scientifiques des dix dernières années (dragages en eau profonde du Travailleur et du Talisman, travaux de Milne-Edwards) ont donné de merveilleux résultats. On croyait autrefois que le manque de lumière devait arrêter la vie organique à 200 mètres de profondeur, mais il est prouvé aujourd'hui que la faune maritime ne connaît point de limite en profondeur. Au contraire, sa richesse est surtout prodigieuse dans les couches supérieures et inférieures, moindre dans les couches intermédiaires. Les animalcules tombent sur le fond et s'y accumulent. Le Travailleur, aux endroits les plus profonds du golfe de Gascogne, a ramassé, dans un centimètre cube de vase, des foraminifères ou radiolaires. Ces animaux microscopiques sont les constructeurs des couches profondes du lit marin. Mais on ne sait encore s'ils ont commencé de leur vivant à édifier ces masses qui forment le relief de l'Océan, ou s'ils n'ont formé leurs accumulations que par chute et après leur mort. Ces sortes de vases ne dépassent pas une certaine profondeur; quant aux grands fonds de mer, ils sont occupés par une argile rouge très fine qui paraît pro-

venir de matières volcaniques altérées par l'aclion de l'eau de mer.

Température et densité des eaux marines. — Les eaux

dos océans absorbent une plus ou moins grande (jiianlilé de la chaleur du Soleil, suivant la place qu'elles occupent dans les dillerentes zones du Globe. Mais l'action échauffante des rayons solaires est annulée dans les couches profondes par l'influence des eaux glacées que les courants apportent des régions polaires dans toutes les parties du bassin océanique. Cette cause de refroidissement est si puissante qu'à 1000 mètres de la surface en moyenne l'eau est à une température de 4" C. au-dessus de zéro. Plus bas, le thermomètre marque zéro.

Quant à l'étude de la densité de l'eau de mer, elle intéresse le chimiste plus encore que le géographe. Cependant, elle est aussi du domaine de la géographie, parce que très souvent les mouvements de la mer, les courants, sont déterminés par des ditïerences de densité. La densité des eaux océaniques dépend surtout de la quantité de sel qu'elles entraînent, mais elle dépend aussi de la température. Par conséquent, la densité de l'eau de mer a une périodicité quotidienne et annuelle et varie beaucoup suivant qu'on s'éloigne plus ou moins de l'équateur. Mais l'observation démontre que ces contrastes de température ne sont remarquables que dans les couches superficielles soumises à l'action de l'atmosphère. Les différences cessent dans les mers ouvertes, au-dessous de 370 mètres.

La quantité de sel, pour les couches supérieures, atteint son maximum dans le voisinage des régions subtropicales; en effet, les pluies y sont relativement rares et l'évaporation, qui n'enlève à la mer que de l'eau et, par suite, rend l'eau qui reste plus salée, est très active. Dans la zone des calmes, la proportion de sel diminue, puisque les pluies très abondantes versent un excédent d'eau douce dans la mer; d'autre part, elle diminue aussi à mesure qu'on se rapproche des hautes latitudes, puisque, dans ces régions, les pluies suffisent à contre-balancer l'effet de l'évaporation.

Dans l'océan Atlantique comme dans le Pacifique, la salinité de la moitié méridionale (australe) est plus grande que celle de la moitié septentrionale, ce qui s'explique par le développement de la zone des alizés dans l'hémisphère

austral. De ce fait que l'océan Atlantique reçoit de la Méditerran(;e d'Europe un afflux d'eau 1res dense, on peut conclure qu'il est (Irpassé en salinité par les autres océans (38 centièmes de sel en moyenne). Mais est-il dépassé en densité par les océans polaires? Buchanan, partant de ce fait que, dans la formation de la glace des océans polaires, le sel est éliminé, conclut que ces océans ont une très forte proportion de sel. Mais, d'après Tornoë, l'eau chaude de l'ouest de la Norvège est beaucoup plus riche en sel que l'eau de la mer polaire proprement dite à Test du Groenland.

Dans les mers secondaires qui sont seulement séparées par des groupes d'îles, la salinité est la même que dans les régions limitrophes des océans. Dans la mer Rouge, pauvre en pluies et exposée à la chaleur, où aucun fleuve important ne débouche, la salinité atteint jusqu'à 41 et 43 centièmes, et dans la Méditerranée d'Europe, où l'elTet de l'évaporalion excède l'apport des pluies et où les fleuves sont d'un débit médiocre comparés à l'étendue marine, la proportion atteint 3,79 p. tOO. Au contraire, dans la mer Noire, la surabondance de l'eau venue des terres abaisse la salinité à 1,82 p. 100 et dans la Baltique à 0,47 p. 100.

Coloration. — La coloration de la mer varie du bleu au bleu verdâtre ou azur et au vert sombre. Dans le voisinage de la côte, la mer est différemment colorée par les sédiments qu'apportent les flots; ainsi la mer Jaune doit sa coloration et son nom aux apports du Hoang-Ho. Ailleurs, ce sont des milliards d'organismes microscopiques qui donnent la variété des couleurs : ainsi s'explique le phénomène des mers phosphorescentes, particulièrement dans les parages des tropiques et dans le Levant. Quant à la mer Rouge, elle doit son nom à des milliers de petites plantes microscopiques en suspension dans ses eaux. Les études sur la coloration de la mer ont été commencées, il y a quelques années, par les savants et les marins embarqués sur la Gazelle. Elles ont été continuées, en 1892, par MM. G. Pouchet et Charles Rabot dans les mers polaires. Ces savants attribuent le vert glauque des océans polaires à la présence de millions d'animalcules, ce qui expliquerait en même temps le nombre prodigieux do poissons que l'on rencontre dans ces parages,

l'élément liquide. — LES OCÉANS ET LES MERS. 249

Les vagues. — Si l'on jette une pierre dans une eau calme, son état d'équilibre est détruit par la formation de vagues concentriques. Au point où la pierre atteint la surface de l'eau, cette eau est déprimée et la pression se communique à toutes les particules de proche en proche; ainsi un lieu de dépression amène une surélévation du niveau de l'eau. C'est ce qui explique justement les vagues. Cette première vague s'aifaisse sur elle-même, mais oscille avant de retrouver sa position d'équilibre; alors se forme à la place de la vague en montagne une vague en vallée qui produit elle-même sur sa périphérie de nouvelles vagues en saillie. De cette manière, le mouvement se communique jusqu'au moment où le frottement produit par la vague oscillatoire a perdu sa force. C'est donc la force oscillatoire qui se transmet et se déplace, et non les particules de l'eau ; voilà pourquoi le mouvement oscillatoire se distingue essentiellement du mouvement de courant dans lequel l'eau elle-même se déplace.

A cette catégorie de vagues appartiennent les vagues produites par la pression du vent. Ce sont, le plus souvent, des vagues petites et irrégulières; mais lorsque, par hasard, elles ont de l'espace pour se développer, elles deviennent grandes et étendues (1). Voilà pourquoi les lacs peuvent avoir leurs vagues. Mais la mer est le lieu où se forment les vagues véritablement fortes. Le mouvement des lames se transmet bien au delà des limites du champ d'action de la tempête. Ainsi, il se transmet souvent des latitudes moyennes de l'Atlantique (qui sont les régions de tempêtes) à travers la zone des alizés jusqu'aux îles Ascension et Sainte-Hélène. Les navires sont souvent secoués dans des parages que n'a pas visité la tempête.

Les lames les plus hautes ne dépassent guère 15 mètres entre le creux le plus déprimé et la crête la plus haute. La vitesse atteint dans les plus grandes vagues jusqu'à 6 ou 10 mètres par seconde, de sorte que le mouvement des vagues peut se communiquer, en vingt-quatre heures, des côtes de France à celles d'Algérie. Dans de violents cyclones, cette rapidité serait, d'après Stephenson, de 14'",50,

Sur les rivages, les vagues sont naturellement su-

(1) Les marins donnent le nom de lames aux vagues lorsqu'elles sont longues et se succèdent régulièrement avec crêtes saillantes. Le mouvement des vagues s'avançant les unes à la suite des autres s'appelle houle.

jclles à des altérations suivant la forme du littoral et les variations des profondeurs. Au bord des îles et des continents, les vagues acquièrent une élévation et une force prodigieuses, parce qu'eL s prennent en hauteur ce qui leur manque en amplitude.

Quant aux vagues de tremblement de terre, elles dilTèrent essentiellement des vagues produites par le vent. Leur rapidité de transmission dépend uniquement de la profondeur de la mer. Ainsi, lors du terrible tremblement d'Arica, au Pérou, la vague se propagea jusqu'aux îles Sandwich en onze heures, au Japon en vingt-deux, et en Australie en vingt-deux heures et demie.

Les marées. — On appelle marée le mouvement régulier que subit deux fois la mer en l'espace d'environ vingtquatre heures, et qui élève et abaisse successivement son niveau. La cause de ces oscillations de la surface des mers est l'attraction qu'exercent sur notre planète la Lune et le Soleil. Deux fois par jour, sous cette influence, la mer se soulève graduellement ; ce premier phénomène est ce que l'on nomme marée montante, flux ou, encore, flot. Puis, après ce premier mouvement, la surface de la mer reste immobile pendant quelques minutes; enfin, le niveau s'abaisse peu à peu comme il s'était élevé. Ce phénomène d'abaissement s'appelle marée descendante, reflux ou jusant.

Les effets de la Lune et du Soleil tantôt agissent de concert, tantôt se contrarient. Les marées les plus fortes ont lieu à l'époque de la nouvelle lune ; les marées les plus faibles ont lieu lorsque la Lune est dans son premier ou dans son dernier quartier.

Les marées sont d'une hauteur variable suivant la forme différente des rivages contre lesquels le flot parti de la haute mer vient se choquer. Elles sont faibles là où la mer est large et profonde ; elles augmentent surtout dans les mers resserrées; elles atteignent 10 mètres dans le canal de Bristol, 15 mètres dans la baie du mont Saint-Michel, 21 mètres dans la baie de Fundy, sur la côte du Canada. Ce sont les plus fortes marées observées jusqu'ici.

Si le flot de marée rencontre l'embouchure d'un fleuve, il remonte le cours jusqu'à une certaine distance, en soulevant parfois, à la surface des eaux fluviales, une vague que l'on appelle barre d'eau ou mascaret. Ce phénomène

ne se produit que dans les fleuves qui déposent des alluvions à leur embouchure de manière à exhausser le fond. Les vagues viennent se heurter contre cet obstacle sousmarin et s'y arrêtent jusqu'au moment où elles le franchissent avec leurs forces et leurs hauteurs accumulées.

Ouand le flux est arrêté quelque temps dans sa marche ascendante par une proéminence du rivage, comme un cap ou une presqu'île, le courant qu'il forme ensuite en reprenant sa direction première, courant violent en général, est dit raz de marée. On donne aussi ce nom aux énormes lames qui peuvent se propager très loin à la surface de rOcéan, à la suite d'un tremblement de terre.

Les mers intérieures ont leur mouvement de marée, mais il est beaucoup plus faible que celui de l'Océan. La Méditerranée a des marées peu sensibles ; elles ne dépassent pas l'",80, si ce n'est dans le golfe de Gabès, sur la côte de Tunisie. On a constaté sur le lac Michigan, en Amérique, une marée de 7 centimètres.

Régions polaires. — L'aspect de la mer est tout différent dans les régions glacées qui avoisinenl les deux pôles. Les eaux se sont transformées en glace sur de grandes étendues : en certains endroits plus rapprochés du pôle, elles le sont depuis nombre de siècles. Aussi donne-t-on à ces portions de mers polaires solidifiées anciennement le nom de mers paléocrystiques (mot tiré du grec et qui signifie gelée depuis longtemps).

Lorsque le navigateur arrive à l'entrée des régions polaires, soit au sud, soit au nord, il rencontre d'abord, flottant à la surface de la mer, des fragments de glaces plus ou moins gros. On appelle ces fragments glaces flottantes ; ce sont tantôt des glaçons isolés, tantôt de véritables îlots. Ces débris sont emportés par le courant vers réquateur;ils fondent en route. Parmi eux se trouvent des montagnes de glace ou icebergs, véritables falaises ambulantes sur lesquelles les flots déferlent. Ces barrières de glace, qui atteignent quelquefois une hauteur de 50 à 55 mètres, ne seraient autre chose que la glace de terre lentement poussée vers la mer par la pression des masses de l'intérieur. Elles s'approchent quelquefois jusqu'à 20 et 30 kilomètres de la côte. Certains blocs présentent un mur de 8 et 10 kilomètres de long, creusé à la base. Il s'avance

avec lenteur, se rompt avec un bruit de tonnerre et les morceaux se rapetissent peu à peu. Ces blocs ne dépassent presque jamais le 50'' degré <le latitude ; cependant certains vaisseaux en ont aperçu jusque dans les environs du cap de Bonne-Espérance, et les glaces du pôle antarctique sont charriées à 400 kilomètres plus loin que celles du pôle arctique.

La hauteur des blocs détachés peut atteindre 75 à 80 mètres. Cependant les marins de Cook aperçurent un bloc de 100 mètres et Wilkes parle d'une masse de 130 mètres. La largeur varie entre 450 et 900 mètres, et ils contiennent quelquefois des rochers emprisonnés dans leurs parois.

A mesure qu'on avance vers le pôle, la quantité de glaces flottantes augmente ; puis on aperçoit à l'horizon une bande blanche si éblouissante que les nuages, quelque épais qu'ils soient, ne peuvent en obscurcir l'éclat. Ce sont les champs de glace qui commencent.

Ici la mer est prise sur presque toute son étendue, et sa surface est hérissée déglaces de toutes dimensions soudées entre elles: c'eut la banquise. Par endroits, à travers cette banquise, s'ouvrent des passages navigables, des chenaux par lesquels les navires des explorateurs pénètrent plus avant vers le pôle.

Enfin la navigation s'arrête devant une banquise sans chenaux ; c'est la région des glaces de pied. Une épaisseur permanente de glace s'étend uniformément partout, de sorte qu'il est souvent difficile de juger si cette croûte recouvre le sol ou la mer.

Le trait le plus saillant de ces régions est le silence qui y règne : « Tout se tait sur les champs polaires, sauf l'ours blanc quand il marche presque sans bruit dans les brumes, sous la pluie de neige ou sous le pâle soleil ; sauf le phoque, lorsqu'il plonge pour échapper à l'ours ou qu'il vient respirer à la surface de l'eau dans un trou creusé par lui à travers la banquise. La glace aussi, glace infinie qui fuit on ne sait où, est muette les trois quarts de l'année, tout le long de la nuit polaire et dans les premières semaines du jour. Alors, le dégel venant, elle vibre, elle s'étiole, elle casse et se disperse en glaçons; puis, avant même que recommence une nuit de plusieurs mois traversée de lunes éclatantes, le froid ressaisit la mer arc-

L'ELEMENT LIQUIDH:. — LES OCÉANS ET LES MEttS. 253

tique et la mer antarctique ; elles redeviennent banquise et sur la banquise redescend la neige polaire. — Ainsi renaît d'elle-même la glace immortelle de i'entour des pôles, cramponnée çà et là à quelques misérables terres. »

Végétaux et animaux marins. — On sait que la végétation de la mer consiste surtout en algues de difl'érentes couleurs, mais d'espèces peu nombreuses. La température basse des eaux océaniques explique la pauvreté de cette végétation comparée à celle des continents. La plus connue des plantes marines est la sargasse, ou vigne de mer, qui recouvre une partie de la surface de l'Atlantique à l'ouest des îles Canaries : cet amas d'algues est si considérable (ju'on a donné à l'endroit qu'il occupe le nom de mer des Sargasses. Christophe Colomb passa à travers la mer des Sargasses en se dirigeant vers l'Amérique.

Au contraire, l'Océan renferme une variété infinie d'espèces d'animaux qui vivent à toutes les températures et à toutes les profondeurs, depuis les énormes cétacés jusqu'aux animalcules imperceptibles que le naturaliste étudie à l'aide du microscope. Combien de milliers d'hommes vivent du produit des pèches maritimes !

Corail et récifs coralliens. — Parmi les organismes marins, il est certaines espèces qui, en plus de la faculté de sécréter le calcaire, possèdent encore celle de s'associer en colonies et de construire. Elles occasionnent donc un mode de sédimentation active, qui s'oppose à la formation passive des autres roches calcaires. Le terrain ainsi constitué s'appelle le corail.

Espèces coralligènes. — Ce sont actuellement :

1° Dans la série animale : les polypiers, constitués par une cavité stomacale s'ouvrant par une bouche à tentacules ; la cavité est sectionnée par des cloisons oij l'animal sécrète le calcaire ; — les hydroïdes, qui se distinguent des polypiers par l'absencede compartimentage interne ; — les bryozoaires, dont la cavité stomacale a deux ouvertures ;

2° Dans la série végétale, deux espèces d'algues pierreuses : les nullipores, qui croissent sous forme d'incrustations à l'extérieur des récifs ; — les corallines, dont les ébris s'étalent en dépôts sur les rivages.

Pour leur développement, les espèces coralligènes exigent que la température marine ne descende jamais audessous de-f-20°. A plus de 37 mètres de profondeur, les individus peuvent encore vivre, mais deviennent incapables de s'associer pour construire.

Calcaires coralliens. — Les calcaires coralliens présentent deux sortes de variétés caractéristiques :

1° Les unes dues à l'association et à la reproduction normale des individus, les intervalles seuls étant remplis par des dépôts élastiques et qui se forment à l'abri de l'action destructive des vagues;

2° Les autres résultant de la destruction des édifices coralligènes et de la recomposition de leurs éléments par les vagues. Si cette destruction produit des fragments grossiers, on se trouve en présence d'un conglomérat de coraux; si elle donne du sable, sa cimentation donne naissance à un calcaire compact. Parfois, là où de fortes marées déterminent des successions d'humidité et desécheresse de la roche, cette dernière prend une structure oolithique.

Bécifs coralliens. — Les constructions des coraux s'appellent des récifs. On en connaît actuellement quatre types :

1° Les récifs frangeants, ceinture de calcaire qui vient au contact d'une côte en la bordant (exemple : Yucatan);

2° Les récifs-barrière, qui s'allongent au large parallèlement aux côtes, en étant séparés par un chenal (exemple : Australie orientale) ;

3° Les atolls, îlots indépendants de toute côte, ayant une forme circulaire, caractérisés par la présence d'une lagune interne, avec ou sans communication avec la mer (exemple : les Touamotou);

4° Les « hats », îlots également indépendants de toute côte, également circulaires, mais sans lagune interne, et de dimensions généralement plus restreintes. On en a signalé sur les côtes du Brésil (Abrolhos), et récemment aux Nouvelles-Hébrides.

Parfois ces hats s'accumulent au point de se souder, ne formant plus qu'un vaste plateau. C'est le cas d'un récif des Abrolhos.

Plusieurs types de récifs peuvent se rencontrer en un même point, comme à Vanikoro, entourée, au nord, à l'ouest, au sud, d'un énorme récif-barrière, et bordée, à

L'ÉLÉMENT LIQUIDE. — LES OCEANS ET LES MERS. 2o5

l'est, d'une frange nettement caractérisée. Un même récif peut présenter des aspects différents : ainsi, celui de la Nouvelle-Calédonie, barrière à l'est, puis se rapprochant des côtes et y adhérant en frange vers l'ouest.

l'infin, par suite de mouvements tectoniques du sol, les récifs peuvent émerger et, les coraux continuant leur travail dans les eaux, d'assez curieuses combinaisons de formes se produisent : l'île d'Espiritu-Santo (Nouvelles- Hébrides) est archéenne dans sa moitié occidentale et corallienne dans sa moitié orientale. Au contact du corail émergé et de l'archéen, se dresse un hat, qui domine d'une centaine de mètres le sol voisin. Vient ensuite une dépression, limitée par une barrière, également émergée. Au niveau de la mer, cette barrière est à son tour enserrée par des fragments de franges en construction. La chaîne de Mallicolo, dans le même archipel, est entourée de récifs-gradins qui ne sont que des franges superposées.

Théories des récifs coralliens. — Deux théories se partagent actuellement la faveur des géologues :

1° Théorie de Darwin : On a constaté maintes fois que les murailles coralliennes ont une épaisseur fréquemment bien supérieure à 37 mètres, ligne de fonds au delà desquels ne peuvent construire les coraux. Darwin considère donc les franges comme le type normal des récifs coralliens; les barrières sont formées par l'affaissement de la côte, qui, en s'immergeant, s'éloigne du récif, ce dernier conservant son niveau par suite de l'activité des organismes ; les atolls sont dus à la disparition d'une île interne sous les eaux. Les franges ne peuvent, au contraire, indiquer que la stabilité du sol, ou son exhaussement récent, portant au niveau de l'eau un récif qui n'y était pas encore arrivé.

2" Théorie de Murray : On a constaté, depuis Darwin, quil arrivait qu'un même récif, comme celui de la Nouvelle-Calédonie, présentât plusieurs formes; or, comme il est impossible de concevoir que, toutes ses parties étant contemporaines entre elles, il soit à la fois la preuve de stabilité et d'atfaissement, la théorie de Darwin ne saurait être admise, du moins intégralement. Négligeant les régions coralliennes à substratum archéen, sir John Murray pense que les atolls seraient dus au développement des coraux sur une plate-forme arasée, d'origine éruptive,

n'ayant pas alleint le niveau marin ; que les franges et barrières résulteraient de leur croissance autour d'un cône volcanique ayant dépassé ce niveau ; el que ce type barrière ou ce type frange se produirait selon l'intluence du degré de proximité de l'île sur la nourriture des organismes. Ces deux théories sont trop absolues; satisfaisantes pour l'explication de certains phénomènes locaux, elles ne supportent pas l'épreuve d'une généralisation. On a déjà vu la critique de l'hypothèse de Darwin ; on pourrait objecter à sir John Murray la raideur de pentes, jusqu'aux grandes profondeurs, du sol limitant certains récifs, raideur incompatible avec le profil d'un cône volcanique.

Les courants maritimes. — Les eaux qui remplissent les ditîérentes parties du bassin océanique sont loin d'être immobiles. Outre le mouvement régulier de va-et-vient qui produit les phénomènes des marées, il y a entre les mers de toutes les zones des échanges d'eaux ; certaines régions de la surface des mers sont traversées par des courants dont on a pu étudier la direction, la vitesse, la température, les effets sur les continents qu'ils baignent, tout comme à l'intérieur des terres on observe le cours des fleuves.

La science ne sait pas encore exactement sous l'influence de quelles causes s'établissent ces courants maritimes. On croit que les vents réguliers sont la véritable origine des courants superficiels des océans. Les différences de température et de densité de l'eau de mer, inégalement chauffée par le Soleil dans les zones torride, tempérée et glaciale, le mélange de l'eau douce que de puissants fleuves versent par leurs embouchures, jouent aussi un grand rôle dans la formation des courants et dans leur marche. Enfin la configuration ditTérente des continents, des archipels qu'ils rencontrent sur leur chemin, peut modifier leur direction primitive, ou les diviser en plusieurs bras.

L'existence des courants réguliers est attestée par un grand nombre défaits. Ainsi, nous savons qu'un immense fleuve d'eau froide part des régions polaires, boréale etaustrale. Ce sont les courants qui nous apportent, des montagnes déglace, des icebergs, toujours vers les mômes points, sur la côte de l'Amérique, aux environs de Terre-Neuve, dans notre hémisphère, et presque en vue du cap de Bonne- Espérance, au sud de l'Afrique, dans l'hémisphère austral.

Souvent aussi les épaves d'un navire qui fait naufrage

dans la région équatorialeont été portées sous des latitudes très ditïérentes. Enfin, les marins savent bien luotiter de ces fleuves d'eau marine et se faire porter par eux.

Courants de l'Atlantique. — On appelle courant équatorial le mouvement qui se forme vers l'équateur à la surface des océans, sur un vaste espace de 8 à 10 degrés de latitude et qui se dirige de l'est à l'ouest. Ce courant est double, car il existe dans l'hémisphère nord et dans l'hémisphère sud. Entre ses deux branches se forme un contrecourant dirigé en sens inverse.

La régularité des courants est interrompue par la rencontre des continents et par leur disposition. Ainsi \e courant équatorial de f Atlantique Aord subit une déviation aux approches de l'Amérique, à la hauteur du cap San Roque. Il se divise ; la branche la plus importante pénètre dans la mer des Antilles et gagne le golfe du Mexique. Après 1 avoir traversé, cette branche ne trouve d'issue qu'entre la presqu'île de Floride etl'île de Cuba. Au sortir du détroit, elle est rejointe par l'autre partie du courant équatorial, qui n'est pas entrée dans le golfe et qui s'est portée vers les îles Bahama. Dès lors, le courant change de nom et devient le Gulf-stream.

Le Gulf-stream n'est qu'une dérivation du courant équatorial de l'océan Atlantique. Les eaux, pendant le long trajet circulaire qu'elles accomplissent dans la Méditerranée américaine, se réchauifent très fortement, puisq u'elles restent dans la région tropicale ; c'est à cause de son séjour dans le golfe du Mexique et de la transformation qu'il y subit que le courant équatorial prend le nom nouveau de (« courant du golle » (Gulf-stream). Lorsqu'il a d(''passé la presqu'île de la Floride, ce fleuve marin, dont la rapidité est d'au moins 8 kilomètres par heure, suit la <lirection de la côte de l'Amérique du Nord jusqu'au moment où, choqué par des courants froids venant du nord, il est forcé de s'infléchir et de se porter vers l'est. Après avoir détaché une première branche vers les côtes occidentales du Groenland, il se déploie et s'étale sur l'Atlantique, mais, en même temps, sa profondeur et sa rapidité diminuent. Aussi devient-il plus difficile de préciser nettement sa marche dans les mers de l'Europe

258 GROGRAPHIE GÉNÉRALE.

occidentale. Le plus fort continc^ent de ses eaux passe entre les îles Brilanni(iues et l'Islande pour g^agner les régions polaires. Il détache un rameau jusque sur les côtes occidentales de France et d'Angleterre.

Une dernière branche du Gulf-slream s'engagerait dans le golfe de Gascogne, longerait les côtes d'Espagne et de Portugal, passerait aux Canaries et aux îles du Cap-Vert pour revenir au courant équatorial. Ainsi se terminerait le circuit complet formé par les courants dans l'hémisphère boréal.

En même temps que les courants d'eau chaude, nés sous les latitudes équatoriales, se dirigent, en se scindant, à la rencontre des continents, vers les zones tempérées et glaciales, l'équilibre est rétabli par l'apport des eaux froides qui viennent des deux pôles. Dans l'Atlantique Nord, un courant froid suit la côte orientale du Groenland. Un autre, venu de la mer de Baffin, longe le Labrador; il suit, en sens contraire du Gulf-stream et plus près, la côte orientale de l'Amérique du Nord. Il forme une sorte de muraille froide, et, plongeant sous le courant chaud, constitue, pour ainsi dire, le lit et les rives de ce fleuve océanique.

Tels sont les courants de l'Atlantique boréal. On observe la même disposition, avec moins de régularité et d'intensité, dans VAtlanliqne austral. Au delà du contre-courant appelé courant de Guinée, on retrouve le courant équatorial qui se dirige vers l'ouest et vient heurter la pointe de l'Amérique. Mais la branche la plus considérable se dirige au nord vers la mer des Antilles, où elle va augmenter l'importance du Gulf-stream. Celle du sud prend le nom de courant du Brésil. A partir de la Plata, le courant quitte la côte; il est rejeté vers l'est par les eaux froides venues des mers antarctiques, qu'on nomme le courant des Falkland. 11 traverse l'Atlantique, puis vient buter contre le continent africain au cap de Bonne-Espérance. Son long séjour sous de basses latitudes en fait un courant froid, celui de Benguela, qui longe la côte occidentale d'Afrique; il va rejoindre le courant équatorial en s'échaulfant peu à peu, et complète ainsi le circuit de l'hémisphère sud.

Courants de l'océan Pacifique. ~ Les courants du Paci-

fi(|iio sont moins connus que ceux de l'Atlantique; cependant on y a observé aussi un double système de circulation, formé de deux remous immenses. Dans l'hémisphère nord, les eaux équatoriales, portées de lest à l'ouest, rencontrent le continent asiatique, et, frappant les côtes de la Chine, sont forcées de changer de direction; mais surtout l'alternance dos vents de moussons influe sur la maiche de ces eaux marines. Elles dévient vers le nord, et longent à l'est les côtes du Japon. C'est le Kuro-Siwo (» fleuve noir » en japonais), le Gulf-stream de l'océan Pacifique. Comme ce dernier, le Kuro-Siwo n'est autre chose que la continuation de la branche septentrionale du courant équatorial. ]\lais ce n'est qu'une frêle imitation du courant du golfe; il est moins rapide et moins chaud, moins puissant de toutes manières. Le Kuro-Siwo traverse le Pacifique dans toute sa largeur et vient baigner les côtes ©ccidentales de l'Amérique du Nord. Une de ses branches longe la Californie; l'autre se dirige plus au nord, mais sans pénétrer toutefois dans l'océan Glacial. Le Kuro-Siwo est surtout intense pendant la durée de la mousson du sud et du sud-est.

Un faible courant froid vient de la mer d'Okhotsk et se porte sur la côte orientale d'Asie.

Dans l'hémisphère sud, le courant équatorial du Pacifique, séparé du courant équatorial dw nord par un contrecourant de sens inverse, se dirige vers la Nouvelle-Calédonie. Là, il se divise en trois branehes : lune passe au nord de la Nouvelle-Guinée, la seconde entre cette île et l'Australie, la troisième touchela côle orientale d'Australie. A partir de la Nouvelle-Z,élande, le courant chaud se dirige vers l'est parallèlement au courant froid. Leurs eaux se mélangent et prennent une température inférieure à celle des mers fcropicales. Ce courant froid vient frapper la côle ouest de l'Amérique du Sud et, par un phénomène analogue à celui qui se produit pour l'Afrique, il dévie au nord. C'est le courant de Humboldt, très froid sur les côtes du Chili et du Pérou. Il fait sentir son influence jusque sous une latitude très voisine de l'équateur et rejoint le courant équatorial, achevant le ctixuit méi'idional.

Courants de l'océan Indien. — L'océan Indien étant fortement encaissé au nord, et n'ayant qu'une faible partie

de ses eaux dans Thémisphère boréal, n'a point de circuit au nord. Là régnent des vents alternants, les moussons; les courants alternent, comme eux, suivant les saisons. Le courant équatorial qui se forme à la surface de l'océan Indien va de l'Australie à la côte orientale d'Afrique, puis il se porte tout d'une pièce dans la direction du sud. — Resserré entre l'île de Madagascar d'un côté, et de l'autre la côte de Mozambique, qui lui donne son nom, il porte ses eaux chaudes et rapides très loin dans l'hémisphère austral. H va rejoindre le puissant courant froid du sud, qui parvient jusqu'aux rivages occidentaux de l'Australie.

Disposition générale des courants, leur température, leurs principaux effets. — Tous ces courants, et sans doute bien d'autres encore, qui se produisent, soit à la surface, soit dans les couches plus profondes de l'Océan, amènent un échange perpétuel d'eau chaude et d'eau froide entre les régions polaires (car il s'agit là de celle du sud aussi bien que de celle du nordy et équatoriale. En jetant les yeux sur une carte des courants, on voit que, d'une manière toute générale, dans rhémisphère boréal les cotes occidentales des continents sont baignées par un courant chaud, les côtes orientales par un courant froid.

Dans l'hémisphère austral, le phénomène inverse se produit : les côtes occidentales des continents sont baignées par un courant froid, les côtes orientales par un courant chaud. Mais on remarquera que l'échange des eaux ne se fait point exactement de même dans les deux hémisphères, à\ cause de l'inégale répartition et de la configuration variable des mers et des continents.

Dans l'hémisphère nord, l'océan Indien n'a point accès jusqu'aux latitudes boréales; le Grand Océan ne communique avec les mers glaciales que par le détroit de Behring; seul l'Atlantique s'ouvre assez largement au nord. Il en résulte que, dans ce dernier océan seulement, l'échange de courants chauds et froids, entre zones de températures ditTérentes, peut avoir une influence réelle. C'est ce qu'a prouvé l'expérience. En effet, si le courant froid polaire amène des glaces flottantes jusqu'au 40^ degré de latitude, au sud de Terre-Neuve, dans l'Amérique septentrionale, en revanche, les eaux chaudes du Gulf-stream pénétrant jusque dans les régions polaires vont fondre les glaces

SOUS (les latitudes très boréales : l'explorateur suédois Nordenskiold a constaté que ce courant attiédissait les flots de l'océan Glacial jusque sur les côtes de Sibérie. On sait depuis loni,4eiTips que le courant de Rennell contribue à rendre plus tempéré le climat de nos côtes de Bretagne et celui de l'Irlande.

Dans l'hémisphère austral, les trois océans Pacifique, Atlantique, Indien, communiquant librement avec les régions polaires antarcticpu's que les continents n'envelo|)penl point comme le pôle Nord, l'échange des courants chauds et froids s'accomplit sans obstacle. Rien de plus régulier que leur disposition dans cet hémisphère : l'Australie, l'Amérique du Sud, l'Afrique sont uniformément baignées à l'est par un courant chaud équatorial, et à l'ouest par un courant froid polaire. Mais ces continents, sauf l'Australie, n'étant que partiellement compris dans l'hémisphère sud qui est surtout océanique, et ne poussant leur extrémité méridionale que très loin encore du pôle, ne ressentent point sans atténuation les effets des courauts froids; la masse glaciaire du pôle Sud est beaucoup plus importante et plus régulière en ses contours que celle du pôle Nord, et, pour cette raison, il fait plus froid dans l'hémisphère austral à la même latitude ; mais la situation des continents compense celte inégalité.

Les courants océaniques se distinguent par une très grande diiléro-nce de température des autres eaux qui les environnent; aussi n'est-il pas étonnant qu'ils modifient parfois le climat et la végétation des terres qu'ils baignent. Le Gulf-stream, à la sortie du golfe du Mexique, est une masse d'eau chauffée à 30 degrés centigrades ; le courant de Mozambique, entre Madagascar et la côte d'Afrique, a la même température ; autour de ces fleuves, l'eau du reste de la mer se différencie à certains endroits par ce (pi'elle est plus froide de 10 ou même 15 degrés. Le coiirant de UumboUlt, qui longe les côtes de la Patagonie, du Chili et du Pérou, est plus froid de 12 degrés que les eaux qui l'enveloppent et forment comme son lit. On a pu dire justement que, sans son action rafraîchissante, le Pérou serait un désert.

Les elVets des courants marins sur le climat du monde, sur la végétation des terres, sur la civilisation même des hommes sont innombrables. Nous n'avons pu énumérer

ici que les principaux. Ces grands mouvements d'eaux marines tempèrent la chaleur des contrées tropicales, comme aussi le froid des régions polaires, et facilitent les rapports des hommes entre eux en rendant la navigation plus régulière et moins pénible.

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