CHAPITRE V
Sommaire.
La géographie des climats, inconnue dans l'antiquité, se distingue de la météorologie, qui est la science de la composition de l'atmosphère et de ses mouvements. Elle se borne à mettre en évidence les influences de l'atmosphère soit sur la vie humaine, soit sur les cours d'eau navigables ou utiles aux agriculteurs. Elle complète et corrige les inductions que l'on serait tenté de tirer du seul examen de la composition du sol et de son relief. Danger de l'emploi des tracés des lignes isothermes. Climats maritimes et climats continentaux; ils ne sont pas absolus et ont uneinfiiiilè de degrés soit d'intensité, soit de durée. De leur nature dépendent les (jualités des fleuves, des lacs, la richesse de la végétation, le développeinent de la vie animale, l'aisance ou la misère de la vie humaine.
Climats maritimes. Le climat maritime est surtout caractéristique dans la zone tropicale (évaporation intense, diffusion de l'humidité) et en particulier dans l'archipel Malais, dans la plaine de l'Amazone et sur les bords du golfe de Guinée. Dans l'archipel Malais, à Java, par exem[)le, il n'y a pour ainsi dire pas d'oscillations de température et les saisons ne sont pas distinctes les unes des autres. 11 n'en est pas tout à fait de même dans la plaine de l'Amazone et dans l'Afrique occidentale.
Climats des pays de moussons ou d'alternance de saisons, l'une sèche, l'autre humide; plaine du Gange, Indo-Chine, Afrique occidentale.
Climat maritime de la zone tempérée; on le trouve dans les îles Britanniques, la France du .Midi, sur la côte norvégienne, sur le littoral de la Colombie britannique et dans les parties moyennes et méridionales du Chili. Régions de climat atlantique du nord-ouest de l'Europe ; constance remarquable de la température, très différente cependant de la monotonie de la zone tropicale.
Même dans les hautes latitudes, il y a un certain empiétement du climat maritime qui adoucit la température et entretient l'humidité; ce fait tient à la direction générale des vents et à la forme des continents et des masses océaniques.
Climat continental. Caractères distincts et degrés du climat continental,
264 GÉOGRAPMIli GENERALE.
suivant qu'il alToclc îles régions plus ou moins prorlms rie IVquateur ou des polos, suivant qu'il est perpétuel ou soumis à des alternances, tantôt réfTuliéres et déterminées par les saisons, tantôt absolument irrégulières.
bous les tropiques, le elimal continental existe dans le Sahara, le Kalahari et le désert australien. Écarts extraordinaires de température. Il se retrouve également dans la plupart des pays de moussons durant la saison sèche ; là encore, les oscillations de température sont très grandes. Elles sont souvent encore plus marquées pour les climats continentaux de la zone tempérée, avec une plus grande fréquence de gelées. Diversité de situation de ces pays. C'est la Sihirie centrale et orientale qui est la région de climat continental le plus caractérisé; Verkoyansk et le pôle du froid ; Mongolie, plateaux du Colorado et de l'Utali: plateau de Castille. Dans la plus grande partie de la Russie d'Europe et dans le Manitoba, le climat continental est moins rigoureux. Les régions polaires.
Nature et degrés du climat méditerranéen. Il n'est pas exclusivement maritime; les bords de la Méditerranée orientale sont d'une très grande sécheresse. Le climat méditerranéen est plutôt un climat de transition à prépondérance continentale. Oscillations très importantes de la température.
Difficulté d'expli(iuer les variations climatériques séculaires.
A. — Méthode géographique d'étude des climats.
Importance de la géographie des climats. — L'étude delà géographie des cHmals n'a pas été ius(ju'ici mise à la place importante qui lui appartient dans la géographie, ni envisagée avec la méthode qui convient à une science à la fois physique et naturelle, mais aussi morale et politique. Et pourtant, aucune partie de la géographie physique nest plus riche en explications qui intéressent les richesses végétales et animales exploitées par l'homme.
La géographie des climats ne pouvait être connue que le jour où les explorations scientifiques auraient atteint des pays de toute nature, et où les instruments de physique seraient assez perfectionnés pour permettre des observations rigoureuses. Aussi, dans l'antiquité, les peuples les mieux initiés aux découvertes de l'astronomie ne purent faire qu'une théorie rudimentaire des climats. Pour les Grecs habitués à la constance merveilleuse du climat méditerranéen, la découverte des pluies d'été de l'Inde au moment où Alexandre y conduisit son armée, la reconnaissance du climat du nord-ouest de l'Europe par le navigateur Pythéas, furent de mémorables surprises dont ils cherchèrent vainement rexplication. Strabon, étonné de la douceur du climat de l'Europe occidentale, se contentait de révoquer en doute rauthenlicité du voyage de Pythéas,
qu'il qualifiait de menteur, et de corriger les données de latitude appuyées sur les observations les plus rigoureuses, pour se tirer de l'embarras où le mettaient les contrastes cliniatériques violents des pays sur lesquels s'étendait romj>ire romain.
Même aujourd'hui, nombre d'observations sont laites dans des conditions tellement précaires qu'elles inspirent aux hommes de science des doutes justifiés. Le météorologiste Duclaux déclare pour cette raison que le thermomètre mériterait quelquefois, tant on s'en sert mal à propos, d'être relégué au dernier rang des instruments météorologiques. Mais la météorologie n'est point la géographie des climats : elle s'en distingue profondément. La météorologie est en effet la science qui étudie, sans aspirer à une application qui intéresse soit les plantes, soit les animaux, soit les hommes, les éléments dont se compose l'atmosphère, les variations qui surviennent dans la nature de lair et, en particulier, la proportion de vapeur deau que contient l'atmosphère, puis la température, enfin les échanges que déterminent les vents entre les différentes régions de l'atmosphère : c'est la science de la composition de l'atmosphère et de ses mouvements. Aussi la météorologie ne prend-elle pas nécessairement contact avec les sciences comme la botanique et la zoologie qui s'occupent des objets et des êtres influencés par la composition de l'atmosphère et par ses mouvements.
La science de la géographie des climats est de la météorologie appliquée. De même que le géographe a le devoir de laisser au géologue le soin d'évoquer le souvenir des montagnes qui se sont dressées sûrement ou probablement sur les emplacements des plaines actuelles ou des mers, ainsi doit-il laisser de côté les recherches de météorologie préhistorique qui ajoutent à la complexité de l'œuvre des géologues. Mais, dans les connaissances mêmes qui sont acquises par l'observation du monde actuel, lesquelles faut-il détacher de la météorologie pour former le faisceau de la science géographique des climats? Si la géographie est, comme on est forcé de le vouloir sous peine d'aspirer à l'encyclopédie, la science des rapports de la Terre avec les sociétés humaines, la géographie des climats est la part de cette science qui met particulièrement en évidence les influences de l'atmosphère, soit
directement sur la vie humaine, précaire, possible on aisée, soit ce qui intéresse le sort des humains, sur les cours d'eau navigables ou utiles aux agriculteurs, etc., etc. C'est pourquoi les œuvres dans lesquelles les géographes trouvent les enseignements les mieux adaptés à leurs études ne sont pas celles des purs météorologistes, mais, par exemple, celles des ingénieurs hydrographes qui étudient le cours des fleuves et leur régime, celles des agronomes qui déterminent dans quelle mesure les conditions cliniatériques influencent la végétation et, par là même, la vie animale, enfin les médecins et les hygiénistes qui montrent quels éléments de climat doivent intervenir soit pour assurer à une race humaine qui se déplace un milieu conforme à son tempérament et à ses antécédents, soit pour employer au soulagement des santés atteintes les vertus spéciales de tel ou tel climat.
L'étude géographique des climats est précieuse parce qu'elle complète et corrige les inductions que l'on serait tenté de tirer du seul examen de la composition du sol et de son relief.
Le climat d'un pays est ce qui lui donne la vie, ce qui y fait surgir certaines espèces de plantes, qui permet à certaines races d'animaux d'y vivre et, par là, met les sociétés humaines dans des conditions plus ou moins favorables. Savoir le climat d'un pays, c'est échappera la tentation d'expliquer le régime de ses fleuves par la seule composition du sol ; c'est éviter le danger d'expliquer une végétation par la seule nature chimique des terrains. Un géologue qui connaît la science des climats ne se risquera jamais à dire d'une manière absolue qu'un terrain est perméable, parce qu'il saura bien que la condition de perméabilité ne tient pas seulement à la structure chimique du terrain, mais à la manière dont les eaux du ciel y tombent et s'y infiltrent. Tel terroir est perméable dans une région de pluies moyennes et espacées, qui devient imperméable sous un ciel toujours pluvieux et où les rayons du Soleil ne viennent jamais rendre au sol sa faculté d'absorber à nouveau. Ce sont encore les conditions cliniatériques qui permettent d'expliquer pourquoi, de deux cotes de composition et de relief semblables, l'une reste à peu près intacte, l'autre est détruite avec rapidité ; ici c'est une zone climatéri(jue de grand calme, ailleurs c'est
une zone climatérique d'agitation majeure de l'atmosphère qui se communique aux flots de la mer. Bref, l'étude des climats est comme une élude intermédiaire entre la connaissance de la matière inorganique et la connaissance des conditions de la vie: là est toute son iraporlance.
Danger de l'étude des moyennes climatériques ; critique de l'emploi des lignes isothermes. — On no saurait trop dire combien est précaire et dangereux l'emploi des tracés de lignes isothermes en matière d'étude géographique des climats. Le météorologiste Duclaux a montré que l'équateur thermique tracé sur les caries d'isothermes n'est pas un isotherme, puisque c'est la ligne qui passe par ceux des points du Globe dont la température est le plus élevée. Quant aux lignes isothermes, elles ont l'inconvénient de réunir dans une même catégorie des étals de température dont les effets sur la végétation, la vie animale et la vie humaine sont absolument diflerents : ainsi la môme ligne isotherme passe souvent dans une partie de son parcours sur des régions de climat constant et sensiblement égal aux chiffres de cet isotherme, tantôt ailleurs sur des pays où la moyenne est simplement une combinaison de deux températures extrêmes, toutes les deux dangereuses pour la vie végétale et animale. En veut-on un exemple : l'isotherme de + 10° passe par le sud de la région des lacs canadiens, par l'Irlande et l'Angleterre, la Belgique, la Bussie méridionale, la rive méridionale de la mer Noire, de la mer Caspienne et la mer d'Aral, la Chine du Nord, la Corée et l'île de Nipon au Japon. Or l'Irlande, TAngieterre et la Belgique sont des pays remarquables par la constance et la douceur de leur température, tandis que les régions riveraines des lacs canadiens, la Bussie, les bords de la mer Noire el de la Caspienne et la Chine septentrionale connaissent à la fois des étés torrides et des hivers rigoureux. La connaissance d'ime température n'est intéressante que si c'est la connaissance d'une réalité, car une moyenne abstraite ne signifie rien, ni pour les plantes, ni pour les animaux, ni pour l'homme, et c'est justement à tous ces égards que le géographe est tenu d'étudier les phénomènes physiques.
Quand les météorologistes donnent le nom d'anomalie de tempéraliire à toute température qui n'est pas rigou-
reusement celle qui se produirait si la chaleur dépendait de la seule latitude, ils donnent une définition qui n'est nullement valable pour les géographes, à peine pour les naturalistes ; car il n'y a ])oint d'anomalie dans la distribution des températures : elles sont partout ce qu'elles doivent être et jamais autre chose. Ce qui est une erreur, c'est de s'habituer à considérer la latitude comme un indice majeur de la répartition des températures. Au lieu de dire, au début d'une étude des climats : « Si le Globe terrestre était homogène, les températui'es seraient ainsi réparties », il vaudrait mieux partir tout simplement du fait originel et constater le partage du Globe entre les continents et les océans. Il en résulte qu'en fait toute température, quelle quelle soit, n'est jamais une anomalie; c'est toujours le résultat d'un ensemble de conditions dont nous connaissons quelques-unes et dont d'autres nous échappent.
"Valeur vraiment géographique de la notion des climats maritimes et des climats continentaux. — La notion véritablement instructive qui montre au géographe l'intluence des climats sur tous les ordres de phénomènes qu'il est chargé d'étudier est la notion des climats maritimes et des climats continentaux. Assurément, il est nombre de pays de la Terre où le climat est mixte, maritime pendant une saison, continental pendant une autre : on connaît aussi des régions de vents et pluies variables où les deux sortes de climats se succèdent à intervalles assez rapprochés. Si l'on s'en tenait à l'énumération des pays où règne le pur climat maritime et de ceux qui sont exposés au pur climat continental, on risquerait fort de n'avoir à étudier que des déserts ou des forêts vierges. Mais le principe de caractériser un climat par son humidité plus ou moins grande autant et plus que par sa température haute ou basse ne peut être que profitable en géographie; et, à vrai dire, c'est bien l'étude du caractère plus ou moins maritime ou plus ou moins continental de l'ensemble des régions du Globe. Il ne s'agit pas, bien entendu, de se complaire dans l'habitude vicieuse de croire que tout pays situé au bord de la mer est nécessairement un pays de climat maritime et que toute région profondément enfoncée à l'intérieur d'un continent est nécessairement éprouvée par le climat continental : la mer, comme il y en a de nombreux
exemples, sur la côle de Tripolitaine, sur celle du Sahara occidental, sur les deux rives de la mer Rouge, etc., i)eut fort bien laisser dans la plus alï'reuse sécheresse le pays qu'elle baigne ; même l'influence de la terre, influence asséchante, se fait souvent sentir bien au delà de la lisière littorale, comme le prouve la prodigieuse sécheresse des îles à guano qui bordent l'Amérique du Sud près de son littoral Pacifique. Il pleut du sable sur la mer, au large du Sahara et ailleurs, tout comme il pleut de Teau sur les continents. En revanche, la mer peut envoyer à quelques milliers de kilomètres à l'intérieur des continents le bienfait de ses pluies; c'est ce que prouve l'exemple de la vaste plaine de l'Amazone que les alizés venus de l'Atlantique balayent dans toute son étendue.
Le climat maritime et le climat continental ont donc une infinité de degrés soit d'intensité, soit de durée. Ici ils sont constants, là instables et capricieux; cela n'empêche point que de leur nature dépendent les qualités des fleuves, des lacs, la richesse de la végétation, le développement de la vie animale, l'aisance ou la misère de la vie humaine; et c'est en nous inspirant de ce principe que nous allons essayer une revue des principaux climats de la Terre.
B. — Les climats marili/nes.
Le climat maritime de la zone tropicale. — Dans la zone tropicale, le climat maritime est naturellement caractérisé, dans les parages de basse latitude où, d'une part, l'évaporation est intense, par ce fait même, et où les conditions de dimension, de structure et d'exposition des terres favorisent la diffusion de l'humidité. Ainsi, ce climat maritime est très nettement caractérisé dans l'archipel Malais, où les terres sont coupées en plusieurs groupes d'îles, où la mer s'insinue partout et où l'eflet utile des pluies est encore accru par la présence de hautes montagnes. Cependant, la grande plaine de l'Amazone, bien exj)osée au souffle de l'alizé venu de l'Atlantique, présente aussi des phénomènes de climat maritime analogues à ceux de l'archipel Malais; l'absence d'obstacles montagneux importants sur sa façade maritime de l'Atlantique, l'existence de l'énorme masse des .\ndes qui agit comme condensateur à l'issue du continent déjà visité par les
pluios, tout explique la propagation des effluve? de l'ALlan(i(jue. Enfin, les régions maritimes de l'Afrique occidentale, sur les bords du golfe de Guinée, sont, à un moindre degré, marquées du même caractère.
Climat maritime de l'archipel Malais. — L'archipel Malais est sans conteste la région du Globe où le climat maritime est le plus accentué. On l'observe surtout à Java, Sumatra et Bornéo. A mesure que les îles sont plus proches, soit de l'influence de l'Australie, comme une partie de la Nouvelle-Guinée, soit delà péninsule d'Indo-Chine, la sécheresse devient plus fréquente et plus appréciable. La ville de Batavia, dans l'île de Java, ne connaît pour ainsi dire point les oscillations de température. Sa moyenne annuelle (-[-25°, 9) est bien l'image exacte de la température qui y règne presque toujours, car la moyenne des mois les plus chauds, de mai à octobre (-j- 26°, 4), et celle des mois les plus froids, janvier et février (+ 25°, 3), ne s'écarte pas sensiblement de cette moyenne. La plus forte température que l'on ait observée depuis longtemps est de -f-32°,7, donc bien voisine de la normale, et le plus grand froid, -[-20'', 6, ne s'en éloigne pas beaucoup. L'humidité relative que l'on a observée varie à peu près de 80 à 90 p. 100. Le naturaliste Wallace a nettement caractérisé ce climat essentiellement marin, en remarquant qu'il est difficile de saisir dans ces parages les etYets de changement de mousson; car, si le vent change de direction, il ne change pas de nature. Même quand il ne pleut pas, l'atmosphère est tellement chargée de vapeur d'eau que le sol, les plantes, les habitations humaines, en sont perpétuellement imprégnés. C'est un véritable bain de vapeur. On se demande vraiment ce que peuvent signifier, dans de semblables conditions, les termes de printemps^ d'e'/e, à'automne et d'hiver que nous employons dans nos pays. Non seulement les saisons ne sont pas distinctes les unes des autres, mais on a grand'peine à distinguer les limites d'une année, qui n'a plus vraiment, comme chez nous, la signification d'un ensemble déterminé de périodes contrastantes.
Climat maritime de la plaine de l'Amazone. — La plaine massive de l'Amazone, comme les iles découpées de l'ar-
chipel Malais, jouissent sans oLslacle du clinial maritime. Toutefois, la continuité des vents humides, des pluies et du brouillard n'y est pas aussi grande que dans les parages de FAustralasie.
Dans la ville de Santarem, à 500 kilomètres environ de l'emliouchure du fleuve, ce que Ton appelle la saison sèche d'août à février n'est une saison sèche que par périodes intermittentes, car il y tombe, même en cette saison, de fréquentes averses. Même sur le haut Amazone, une quinzaine de jours sans pluie est un phénomène rare. A Iquitos, la température moyenne {-{-'25°) n'est guère dilférente de ce que l'on observe en novembre (-j--5°.81, mois le plus chaud, et en juillet (-[-^3°, 4), mois le plus froid.
Zone de climat maritime d'Afrique occidentale. — Dans l'Afrique occidentale, les bords du golfe de Guinée sont aussi le siège d'un climat maritime caractérisé, mais seulement à une petite dislance de la mer. Il n'y a point là, en elïet, de condensateur comparable à la longue chaîne de volcans de .Tava, ou aux montagnes de Bornéo, ou surtout aux Andes qui bordent la plaine de l'Amazone. Aussi, quoi(|ue le vent de mer règne le plus souvent dans la région maritime de nos colonies de la Côte d'Ivoire, du Dahomey et du Congo, on connaît parfois, même aux portes des villes maritimes, les souffles asséchants de l'intérieur. Par exemple, au Dahomey, les vents marins du sud-ouest régnent pendant les quatre cinquièmes de l'année. A Cotonou, on compta, dans l'année 1893, deux cent quatre-vingtquinze jours de ce vent, trois de vent du sud-est et soixante-quatre de vent variable; la saison des pluies compte au moins huit mois; les averses commencent dans la deuxième quinzaine de février et les dernières tombent en décembre. Les plus grands froids que l'on y observe sont de + 1^"^ ^^s plus grandes chaleurs de + 31". Si les visites du vent de terre sont rares, elles produisent, dans ce pays d'humidité ordinaire, de cruelles surprises et de véritables désastres ; telle cette tempête de vent du nord qui souffla du 18 au 23 janvier 1893, et qui, faisant succéder une extrême sécheresse à une humidité intense, tordit et dilata dans des proportions incroyables tous les objets de cuir.
Géographie génébale.
Saison maritime des pays de moussons. — Les pays de moussons, c'est-à-dire d'allernance de saisons, l'une sèche, l'autre humide, jouissent naturellement, pendant une partie de l'année, du climat maritime; et ce climat maritime d'une partie de l'année est d'autant plus accentué que la voie d'appel qui détermine l'arflux des vents marins est de plus grande importance, et que la constitution orographique du pays se prêle mieux à la dilïusion des pluies amenées par ces vents et à leur répercussion.
Ainsi, la mousson pluvieuse qui visite l'Inde pendant la saison de l'été boréal est d'autant plus efficace que l'énorme massif de l'Himalaya constitue un château d'eau où les pluies, après avoir visité la péninsule et la plaine indo-gangétique, s'abattent une dernière fois et épuisent leur provision d'humidité. C'est ce qui fait l'admirable richesse des plaines où coule le Gange. C'est ce qui fait ce fleuve sacré des Indous si majestueux pendant les mois de la mousson du sud.
L'Indo-Chine présente une autre structure montagneuse à la mousson humide. Au lieu d'un plateau de plus en plus aminci vers le sud et d'une plaine étalée à la base d'un grand système montagneux, elle offre une série de couloirs généralement étroits, puis, à l'intérieur du continent, bien au delà du point d'attache de la péninsule à la masse asiatique, se dressent de hautes montagnes qui expliquent beaucoup plus que les montagnes de l'indo- Chine elles-mêmes la majesté de fleuves comme l'Irraouaddy et le Mékong. La Chine s'ouvre à l'action des vents pluvieux venus du sud-est et de l'est en vallées bien autrement ramifiées et épanouies, mais les variétés de position de ses systèmes montagneux introduisent nécessairement de très grandes diversités locales dans la valeur des pluies de la mousson d'été.
L'Afrique occidentale est un autre type de pays caractérisé par l'alternance d'une mousson maritime et dune mousson continentale. Là font défaut les grandes montagnes qui multiplient l'action fécondante des pluies venues de la mer dans des péninsules comme l'Inde et l'Indo- Chine. Aussi la saison maritime n'est-elle de longue durée que sur le golfe de Guinée et à peu de distance à l'intérieur; on passe par une série de nuances des pays de prépondérance maritime, comme le Dahomey et la Côte
L'ÉLÉMEiNT GAZEUX. — LES CLIMATS. 27S
d'Ivoire, aux régions de savanes grasses, puis maigres, où déjà les mois de sécheresse sont en majorité, puis aux steppes où la mousson maritime ne parvient, précaire et diminuée, qu'à la fin de l'été, comme à Tombouclou, enfin au désert. C'est ce qui explique que, en dépit de certains enthousiasmes, l'Afrique occidentale ne puisse aspirer aux destinées de l'Inde.
Rôle du climat maritime dans les pays de la zone tempérée — l'Ai (leliors des tropiques, et exception laite des pays de moussons, le climat maritime prend des allures singulièrement complexes : il présente une infinité de degrés dans la constance et la régularité. Là, comme sous les tropiques, la disposition des reliefs continentaux, l'exposition plus ou moins heureuse des terres aux vents dominants, leur accumulation en masse considérable ou leur dissociation en îles ou en presqu'îles, enfin le caractère de mer ouverte ou de mer fermée des étendues d'eau salée qui baignent la terre, telles sont les causes de la valeur plus ou moins grande du climat maritime. En effet, si la mer est à son comble de pouvoir et d'influence dans la zone tropicale où lévaporation est intense, où l'atmosphère se charge vite d'humidité, elle est dans sa condition de moindre influence au voisinage des régions polaires, et, naturellement, les régions tempérées des latitudes moyennes présentent une sorte de climat intermédiaire.
Qu'il s'agisse d'îles petites ou grandes, de presqu'îles, de lisières restreintes ou de parties notables des continents, les variations annuelles de chaleur donnent aux saisons une valeur nécessairement mieux marquée qu'entre les tropiques. Les mers de ces latitudes emmagasinent une moindre quantité de calorique et l'atmosphère capte moins d'Iiumidilé parle fait de Tévaporation. En etïet, les climats maritimes des pays de moyennes et de hautes latitudes, comme l'Europe occidentale et la Norvège, sont moins caractérisés encore par l'influence immédiate des étendues marines et continentales contiguës que par le transport à grande distance, et avec une constance de direction variable, d'ailleurs, de couches d'air chaud provenant des régions maritimes déplus basses latitudes où l'insolation est plus forte et l'évaporalion plus intense : c'est essentiellement un phénomène de transport à grande distance du
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climat niarilime. Entre le climat maritime d'une partie de l'année de la Chine orientale et celui de l'Europe du Nord- Ouest s'observe cette dilïerence essentielle que, sur la face asiatique de l'ancien continent, le climat maritime affecte assez régulièrement une moitié déterminée de l'année, tandis que, sur la face européenne, la visite des vents marins d'ouest et du sud-ouest est un fait assez constant en diverses saisons, mais, en toutes saisons, sujet à des intermittences allant de quelques jours à quelques semaines.
Climats de prépondérance maritime dans la zone tempérée. — On connaît les types classiques de ce que nous avons coutume d'appeler le climat maritime de la zone tempérée. A vrai dire, il ne s'y rencontre d'une manière à peu près continue, ou du moins constante, que dans des parages assez restreints, par exemple dans les îles Britanniques, dans la France du Nord-Ouest, sur la côte norvégienne, puis dans deux régions des bords américains du Pacifique, sur le littoral de la Colombie britannique et dans les parties moyennes et méridionales du Chili. Ce sont là les exemples les plus caractéristiques ; ils tiennent à la condition générale de la direction des vents, puis subsidiairement à l'afflux de courants chauds sous des latitudes élevées. C'est pour cette raison que les météorologistes classent à part les pays insulaires ou péninsulaires du nord-ouestde l'Europe sous le nom de régions de climat Atlantique. Ce climat particuliera été étudié dans ses détails et bien caractérisé par Buchan pour les îles Britanniques, par Mohn pour la Norvège, par Angot pour la France. Le trait le |)lus caractéristique de ce climat, c'est la constance remarquable de la température, bien que l'on ne trouve plus là d'exemple de la prodigieuse monotonie thermométrique des pays maritimes de la zone tropicale; par exemple, l'archipel des îles Hébrides, par 5h° de latitude nord, jouit d'un hiver plus doux que celui de Bordeaux, qui est situé sous le 45". L'Irlande, sur sa face ouest présentée aux vents de l'Atlantique, à \'alencia, par exemple, jouit d'une température remarquablement égale et d'une humidité très constante : la moyenne de janvier est de -j- 7". i, celle d'avril de + 9°,6, celle dejuillet de + 15°, 3, celle d octobre de -f 11°, 6. Dans ces parages des îles Britanniques, la gelée est un phénomène extrêmement rare. La péninsule française
do Bretagne connaît déjà de plus grandes oscillations de tomprrature; tandis que Dublin est rarement r|)rouvé par (les températures inférieures à 0** en hiver, et suint tout aussi rarement des chaleurs de -[- 29° à + 30°, on a observé à Brest — 6°enhiverel + 3G°,7 en été. C'est que la persistance des vents de l'est peut alTecter une péninsule et n'a pas la même influence sur des îles. Londres, qui n'est séparée des étendues continentales que par un étroit bras de mer et que des hauteurs abritent partiellement des vents mouillés del'ouest, ades saisonspluscontrastantesque,parexemple, Liverpool ou Valencia. De même, la massive presqu'île Scandinave oflre sur son rivage occidental, à Berghen, par exemple, et bien plus loin au nord, une température remarquablement égale, famiis que sur l'autre versant Stockholm connaît déjh des soubresauts et des exagéralions de température en froid et en chaud. On voit que, sous les latitudes tempérées comme sous les tropiques, la qualité de péninsule ne confère pas nécessairement à un pays l'avantage du climat maritime, et que, pour comprendre le climat sur une étendue continentale qu'on décore de ce nom, il faut considérer, au lieu des contours, l'ampleur de la surface, la disposition des reliefs, la direction des vents dominants, la qualité des mers ouvertes ou fermées qui baignent les dilférents rivages d'une même péninsule. Notre Paris, qui n'est point sur une péninsule, jouit d'un climat singulièrement plus doux que Stockholn? ou Upsal, ou que Madrid.
Ces remarques sont valables pour l'étude des autres zones de climat à prépondérance maritime sous les latitudes tempérées, Colombie britannique et Chili méridional, par exemple.
On aurait tort d'assimiler à la légère le diiuat le plus souvent maritime qui règne , par exemple, dans notre France du Centre et du Nord-Ouest au phénomène bien autrement régulier de climat maritime dont nous avons cité des exemples à propos de la zone tropicale ; il faudrait dire, pour exprimer la vérité, qu'à travers des variations fréquentes et qui n'ont point de rapport avec le mouvement astronomique des saisons, ces pays sont plus souvent sous l'influence de la mer que sous celle des continents. Mais ne sait-on pas, par l'expérience des cultivateurs comme parcelle des astronomes, que les années se classent
chez nous par cycles d'années sèches ou d'années humides de dillV-i'cnles durées, el (jue le pt'overbe « les années se suivent et ne se ressemblent pas » semble bien être l'ait pour la météorologie de nos pays. Nos paysans ne saventils pas qu'un hiver maritime de douce température est favorable au développement des parasites dans la terre, qu'un été sec à l'excès amène la pénurie de pâturages, la belle qualité, mais non point l'abondance des bh's, et qu'il prépare, en général, une vendange de bonne qualilé sinon abondante. Chacun de nous peut se rappeler que, dans une même année, le printemps ou l'automne ont été plus ensoleillés et plus chauds que l'été, ce qui veut dire que l'été a été maritime, le printemps et l'automne continentaux; parfois, c'est le printemps qui est plus froid que l'hiver. En outre, que de surprises dans les variations de ce climat que nous appelons maritime pour caractériser des faits non pas constants, mais d'une grande fréquence ! N'a-t-on pas vu, après une vigoureuse poussée des plantes au printemps, des gelées de mai ou même de juin ravager l'espoir des récoltes quand à des périodes de vents tièdes et doux succèdent des jours el surtout des nuits de vent du nord-est avec ciel découvert. On doit toujours se rappeler que nous sommes dans la zone des vents et pluies variables par excellence.
Le climat maritime sous les hautes latitudes. — On savait depuis longtemps, par les pratiques de la navigation <les pêcheurs de baleines dans les mers boréales, que jusque sur les confins du cercle polaire il y a certain empiétement du climat maritime qui adoucit la température et entretient l'humidité. Le fait tient à la direction générale des vents et à la forme des continents et des masses océaniques : ici les mers polaires sont masquées des vents venant des régions plus chaudes par le fait d'interposition de continent ou de chapelet dîles, là un large détroit de communication s'ouvre entre les mers polaires et les mers tempérées, facilitant les échanges de température Ainsi les parages des mers du Nord situées au delà des caps extrêmes de la Norvège subissent Tinfluence réchauffante des vents du sud-ouest et des courants chaude venus de la même direction : ce fut le chemin de prédilection des pêcheurs et des explorateurs des
reliions polaires arctiques jusqu'au moment où les progrès réalisés dans la construction des navires destinés à ces voyages eurent permis d'aborder les parages polaires par (les détroits plus resserrés et dans des régions de climat plus constamment rude. Nansen a bien observé, dans son mémorable voyage, 1 action des courants chauds venus de l'Atlantique sur les eaux et les glaces de la région polaire. Les récentes expéditions entreprises dans les régions polaires antarctiques (Voy. Première partie, Histoire des explorations, p. 99) ont démontré, comme on pouvait s'y attendre dès le jour où l'on connaissait l'étendue approximative des terres et des glaces qui environnent le pôle austral, que les froids y sont répartis sur le pourtour avec beaucoup plus de régularité que dans les régions polaires boréales. On a observé qu'en général, à latitude Comparable, les rigueurs du froid y étaient plus cruelles que dans les zones glacées qui bordent au nord nos continents. Toutefois, la comparaison n'est juste que si l'on prend la peine d'avertir combien les faits observés sont différents sur le pourtour du cercle polaire arctique, suivant qu'on envisage des régions polaires bordées au sud d'un océan ou d'une masse continentale, communiquant par de larges détroits ou par des chenaux resserrés avec les mers plus chaudes qui les avoisinent. En somme, il y a beaucoup plus de variété dans les faits observés aux abords du pôle boréal qu'aux abords du pôle austral ; et il n'en peut être autrement.
C'est le cas d'observer ici combien peuvent être dangereuses certaines observations faites à la seule vue des cartes et sans la connaissance de la nature vraie des pays. Ps'a-t-on pas longtemps comparé les découpures du nord de l'Europe et celles du nord de l'Améritiue septentrionale? Or ces découpures sont pour l'Europe une réalité, en raison de la liberté et de la température relativement douce des eaux marines qui s'étendent, par exemple, au nord de la Norvège et des archipels britanniques, mais elles ne sont que fiction si l'on veut bien penser qu'au nord de l'Amérique septentrionale tout ce dédale d'îles, de presqu'îles et de bras de mer n'est libéré de glaces que pendant une partie de l'année, et que, par conséquent, les vents qui soufflent de ces parages sur les continents sont rigoureusement continentaux, ayant passé au-dessus de
bras de mer, mais de bras de mer presque toujours glacés. Que ce soit la terre ou la mer ([ui soit couverte de glace, l'action exercée sur les couclies d'air qui touchent la surface est toujours la même.
C. — Pays de climat conlinenlal ou dotés d'une saison de cette nature plus ou moins caractérisée.
Les divers caractères du climat continental. — Le climat continental a, comme le climat maritime, ses caractères distincts et ses degrés, suivant qu'il affecte des régions plus ou moins proches de l'équateur ou des pôles, suivant qu'il est perpétuel ou soumis à des alternances, tantôt régulières et déterminées par les saisons, tantôt absolument irrégulières. Entre le désert plat et dépourvu de végétation d'une part, indice extrême du climat continental, et les pays noyés de pluie où foisonne la forêt vierge, expression suprême du climat maritime, il y a une infinité de transitions. Tel, par exemple, le climat méditerranéen. Le climat continental n'est pas plus nécessairement caractérisé sur les vastes surfaces émergées, pas plus nécessairement contradictoire dans les péninsules et dans les îles, que le climat maritime n'est limité aux formes les plus découpées du Globe. Les mêmes considérations de relief, d'exposition vaudront pour l'étude des zones de climat continental que nous avons fait valoir dans l'examen du climat maritime.
Pays ou saisons de climat continental sous les tropiques. — Le climat rigoureusement continental s'affirme sous les tropiques par la présence de larges zones de désert, comme le Sahara, le Kalaliari et le désert australien. C'est une raison absolue de s'abstenir de parler de climat tropical comme si le climat tropical était caractérisé par l'humidité. Il y a autant de variétés de climat tropical que de climat tempéré : ici il est humide, là il est sec, ailleurs caractérisé par des alternances d'humidité et de sécheresse. Il est dangereux de parler de climat tropical en général, en sous-enlendant, par une habitude inconsciente, des conditions d'égalité et de température, et d'humidité de l'atmosphère, parce que, en parlant ainsi, on contracte la coutume de croire que tout pays tropical est
dolé d'une végétation riche : or cette erreur est une des j)lus graves que Ion puisse commettre dans le siècle de colonisation où nous sommes. N'a-t-on pas dit que l'AIVi- ([ue était le continent tro|)ical par excellence? Et n'a-t-on pas entendu signifier par là que c'était, de toutes les étendues continentales situées sous les tropiques, la plus riche et la plus favorable à la colonisation? Or, si l'Afrique contient des contrées fort riches, elle est, en revanche, la partie du monde où le climat continental, don désertique des tropiques, alfecte les plus vastes espaces : et par là elle est loin de la merveilleuse égalité de climat et de richesse que l'on observe soit dans l'archipel Malais, soit même dans des péninsules comme l'Inde et l'Indo-Chine, où le climat tropical s'exerce par des alternances d'humidité et de sécheresse.
11 est aisé de prouver le caractère continental du climat saharien dans le voisinage du tropique exactement comme dans ses parties tempérées : car c'est le climat continental (|ui fait l'unité de cette étendue de territoire désolé. A Toro, dans le Borkou, on observa, le 15 mai 1871, -J- 15° au lever du soleil, c'est-à-dire une température singulièrement froide sous cette latitude, et -|- 46",? à deux heures de l'après-midi dans la même journée, c'est-à-dire une oscillation de li'2 degrés en quelques heures. Voilà bien lindice du climat continental. Mais, fidèles à nos habitudes d'Européens, nous tenons moins compte d'une variation de température caractérisée par ces chitfres que des écarts de nos pays qui seraient, par exemple, dans une même journée de — 16° et -f- 16", et pourtant c'est la môme chose. Le Kalahari, masqué des vents de l'océan Indien par les montagnes de l'Est africain, et ne recevant de l'Atlantique (jue de très rares averses, est un pays de terribles écarts de température. Même dans la zone de steppes qui le borde à l'ouest à Omarourou, en pays Namaqua, on a observé dans la même année 1883 un froid de — A" et une chaleur de + 42°.
La péninsule Arabique, quoique et parce que baignée par deux mers intérieures que surchauffent les terres voisines, la mer Rouge et le golfe Persique, est une région où, sous les tropiques, les nuits d'hiver sont cruellement froides et où le thermomètre monte en été à -\- 50 comme au Sahara. Les îles de la mer Rouge reçoivent
beaucoup plus l'influence des terres voisines que de la mer qui les baigne ; elles ont aussi un climat rigoureusement continental.
Saison continentale des pays de moussons — Dans la plupart des pays de moussons, sous les tropiques ou dans le voisinage de la zone tropicale, l'une des saisons est marquée par des influences continentales. Ce n'est pas un tait rigoureusement normal dans tous les pays de moussons : car nous avons vu que les moussons de l'archipel Malais comportaient une variation dans la direction des vents, mais non un changement dans leur nature.
Les pays de moussons contrastantes n'ont, d'ailleurs, pas tous la même durcie de saison continentale. Ainsi, dans i'Indo-Chine, la Cochinchine, on n'a pas une saison sèche aussi constante ni aussi caractérisée que celle du Tonkin. Et l'on peut vérifier le fait par l'étude des oscillations de la température, qui sont d'autant plus grandes que l'état hygrométrique de l'atmosphère varie davantage. Saigon ne connaît guère de température plus froide que -f- 15° et ses plus fortes chaleurs sont rarement supérieures à + 30°, tandis que Hanoï, dans le Tonkin, subit une saison d'hiver pendant laquelle il faut faire du feu et supporte, à la fin de la saison sèche, des chaleurs voisines de -}- 40».
La môme difl'érence s'observerait si l'on comparait, dans rindo, Ceylau et le Bengale, par exemple. Au sud, la saison humide est en général beaucoup plus longue qu'au nord.
C'est ce que révèlent les dernières explorations faites dans l'Afrique occidentale. Tandis que les régions maritimes du Dahomey, de la (^ôte d'Ivoire, de la Guinée sont caractérisées par la prépondérance de la saison humide, le Sénégal n'est visité qu'en mai ou juin par la mousson du sud-ouest : son hivernage ou saison humide n'est guère que de quatre mois; celui de Tombouctou, à l'intérieui" des terres, dure beaucoup moins encore. Ainsi se marque la diminution du caractère maritime et rigoureusement du caractère continental de ces pays.
Dans toutes les contrées de moussons contrastantes et surtout dans celles où la saison de froid relatif et de sécheresse a la plus longue durée, c'est dans cette même saison sèche que l'on observe à la fois les températures
l'élément gazeux. — LES CLIMATS. 283
les plus basses et les plus hautes. Ainsi, au Sénég-al, les journées les plus froides, en janvier ou lévrier, ne sont séparées des plus chaudes que par quatre mois environ (en mai). 11 en est de même au Tonkin, où les fortes chaleurs ont lieu généralement en mai, avant la saison humide, tandis que les mois de juillet et août, en raison de l'humidité, ont une température plus basse. Le fait s'explique facilement : ce sont les vents d'origine continentale qui amènent à la fois, en raison de la siccité dans l'atmosphère qu'ils déterminent, les grandes baisses et les hausses les plus remarquables du thermomètre.
Climats continentaux des latitudes tempérées. — Les climats continentaux de la zone tempérée sont caractérisés paf des oscillations de température souvent supérieures à celles qu'on observe dans la zone tropicale. Mais les phénomènes caractéristiques de la gelée y sont naturellement plus fréquents.
Ces pays de climat continental sont situés, d'ailleurs, dans les conditions les plus diverses : ici, au bord d'une mer qui, loin d'influencer le continent, est influencée par les vents qui en viennent, comme le Sahara occidental ; là dans des enclaves de plateaux plus ou moins grandes que le relief environnant isole des influences marines, comme au Tibet ou sur les plateaux de l'ouest des Étals-Unis d'Amérique; enfin, à l'intérieur, des masses continentales comme le Turkestan et la majeure partie de la Sibérie.
La région de climat continental le plus caractérisé qui soit au monde est assurément la Sibérie centrale et orientale. On a donné à la ville de Verkoyansk, en Sibérie, le nom de pôle du froid ; et, en vérité, c'est bien le lieu du monde oîi l'on a jusqu'ici observé à la fois les froids et les chaleurs les plus caractérisés. Le thermomètre y a enregistré des froids de — 65° et des chaleurs de -[-30°. La ville de Yakoutsk est dans des conditions analogues.
On sait quelles rigueurs eut à souffrir, sur les plateaux de la Mongolie, l'explorateur russe Prjevaleskiy. Ne raconle-t-il pas que, ayant à prendre une température à lombre et l'autre au soleil, il avait les mains brûlées quand il tendait le thermomètre au soleil et glacées quand il les ramenait à l'ombre!
Les enclaves de plateaux du Colorado et de IX'tah dans
les ?!lals-Unis d'Amérique sonl aussi des zones de climat conlinenlal j)arfailoin<Mit défini. Il n'est pas rare que l'on y observe des saules de lempéralure de 30 degrés entre le lever du soleil et le commencement de l'après-midi. Dans nos régions tempérées de l'Europe, le plateau de Castille est réputé à cause de son « air assez subtil pour tuer un homme et ne pas éteindre une bougie ». C'est à cette région de Castille que s'applique un autre proverbe espagnol : << Neuf mois d'hiver, trois mois d'enfer ». Madrid supporte en hiver des froids de— 10", en été des chaleurs torrides de -j- 39°, 6. La qualité de péninsule de l'Espagne ne l'empêche pas plus que l'vXrabie de connaître le climat continental dans les régions fermées à l'influence des océans.
Il n'est si petite île qui ne puisse, à l'occasion, connaître, en dépit de la mer qui la baigne de tous côtés, un climat d'une extrême sécheresse; les exemples les plus caractéristiques qu'on puisse citer à cet égard sont ceux des îles à guano qui bordent le littoral de l'Amérique du Sud vers le Pacifique. Le climat continental ne s'offre pas partout, sous les latitudes tempérées, avec ce caractère de rigueur qui exclut ou rend difficile la vie humaine. Ainsi la majeure partie de la Russie d'Europe est bien caractérisée par le climat continental : c'est aussi le climat du pays de Manitoba dans l'Amérique du Nord, si merveilleusement riche en blé. Ces contrées appartiennent à la catégorie des climats continentaux prépondérants, mais non absolument dominateurs; car enfin, si le froid d'hiver est rigoureux en Russie et si les chaleurs estivales y sont cruelles, le manteau de neige qui couvre le sol pendant l'hiver est bien, tout comme les pluies, un signe et un don du climat maritime, un produit de l'évaporation. Seulement, le bénéfice en est retardé pour les hommes pendant plusieurs mois. En outre, la Russie connaît des pluies de printemps ou d'été; c'est dire qu'elle est influencée à celte époque par des vents d'origine maritime. Peut-être observe-t-on trop les grands soubresauts de température qui y sont les indices du climat continental, et pas assez les neiges hivernales et les pluies estivales qui, les unes et les autres, ont la même signification et la même influence que les pluies dans nos pays de l'Ouest. Au lieu d'avoir sur leurs montagnes les névés et les glaciers qui soutiendront leurs
tleuves pendant la saison chaude et sèche, les Russes les ont difïus et disséminés à la surface de leurs grandes plaines. Les glaciers qui nourrissent leurs fleuves sont dans le lit môme de ces fleuves pendant l'hiver; c'est un phénomène d'épargne de l'humidité exactement comme celui dont les glaciers des Alpes sont le siège, et, au même titre, un phénomène de circulation de l'humidité, donc un indice de l'influence à longue distance des océans sur les terres.
Nous avons vu que les régions polaires, du moins dans l'hémisphère boréal, se distinguaient les unes des autres, à peu près comme les pays situés sous d'autres latitudes, par le caractère plus ou moins maritime ou continental de leur climat. Une diflerence essentielle doit être notée entre les parages tempérés de mer libre et les parages polaires. La mer, dans les parages continentaux des latitudes polaires et subpolaires, n'a même plus l'influence précaire qu'elle avait, sous les latitudes tempérées, sur les pays de caractère continental qu'elle avoisinait. Gelée elle-même, elle cache sous son manteau de glace les eaux plus chaudes qui lui viennent des mers extérieures, et elle devient, pendant la majeure partie de l'année et sur la majeure partie de son étendue, l'élément solide à l'égal des continents. Ce n'est plus ici le lieu de songer au principe initial et fondamental de la minéralogie: « l'eau de mer prend plus lentement et garde plus longtemps la chaleur solaire ». La mer, comme les continents, n'est plus, pendant neuf ou dix mois sur douze, qu'une surface de glace et un corps solide. La question dvi climat continental ne doit donc plus y être envisagée par l'opposition des espaces de terre et des espaces de mer : cette opposition n'a plus de sens ou n'en a presque plus. Ce sont termes qui ne gardent une signification que pour quelques parages et, dans ces parages, pour quelques semaines de l'année.
Le climat méditerranéen; sa nature et ses degrés. — Le climat méditerranéen est un de ceux qu'il est le plus difficile d'analyser. Deux causes ont obscurci son caractère vrai. D'une part, nous avons coutume, tant nos esprits sont habitués à étudier l'antiquité phénicienne, grecque, carthaginoise et romaine, de considérer ces parages comme dotés du climat maritime, par le fait même que des civi-
lisations marilimes s'y sont développées. Et c'est là un sophisme : car les bords de la Méditerranée, et surtout de la Méditerranée orientale, sont d'une sécheresse qui exclut, pour peu qu'on veuille y réfléchir un instant, l'idée d'un climat maritime : et c'est justement parce que nombre de riverains de cette mer qui distribue avec parcimonie l'humidité à ses rivages étaient mal à l'aise et pauvres chez eux, qu'ils ont pris le chemin de la mer et la vocation du commerce. Entin, une cla^^sification géologique que légitime, dans une certaine mesure, pour les géologues seuls, une analogie de structure et de relief, a communiqué aux géographes l'habitude d'appeler méditer ranées, au même titre que notre mer intérieure, les étendues marines qui baignent le Mexique et les Antilles d'une part, el, de l'autre, les îles de l'archipel Malais.
Nous avons déjà essayé de démontrer ailleurs combien ces trois étendues de mer, semées du reste de terres en plus ou moins grande quantité, étaient différentes les unes des autres, même par l'étendue comparée des fonds ou des reliefs et surlout par les climats. Ce que l'on appelle la Méditerranée asiatique est la région la plus grande et de la plus constante humidité qu'on connaisse sur le Globe ; la Méditerranée américaine est une région de moussons ; il semble bien que les parages de la Méditerranée européenne soient surtout remarquables par leur sécheresse, c'est-à-dire qu'ils présentent les traits de caractère prédominant du climat continental. Si paradoxal que cela puisse paraître en raison de nos habitudes d'esprit, c'est pourtant la simple vérité, mais une vérité délicate et qui comporte beaucoup de degrés.
Appelons, si l'on veut, le climat méditerranéen un climat de transition à prépondérance continentale. En effet, suivant l'importance de l'étendue marine interceptée, suivant l'étendue et le relief des terres qui renferment les eaux, les effets des deux natures, maritime et continentale, sont plus ou moins marqués. Surtout l'influence adoucissante de notre Méditerranée est un fait apparenté à celui de la constance de température des pays que baigne de ses souffles dominants une mer ouverte : c'est aussi un fait de même nature que celui de l'épargne de soubresauts climatériques extrêmes procurée par une étendue acustre aux pays environnants. Or, ni les lacs canadiens ni la
(Caspienne ne sauvent les pays de leur voisinage du climat continental caractérisé. Et si les environs de la Caspienne en sont moins exempts que ceux des lacs canadiens, ou même du lac de Genève, c'est que lacs canadiens et lac de Genève et tant d'autres sont aidés par le voisinage plus ou moins marqué ou par l'influence plus ou moins active, en dépit de la dislance, de la mer ouverte, tandis que la Caspienne est annihilée par l'entourage de grandes surfaces continentales. C'est ainsi que notre Méditerranée est aidée à l'ouest, dans son œuvre de tempérance opposée à celle des masses continentales, par le voisinage de l'AtlanLique. Au contraire, son bassin oriental n'a aucun relais d'humidité majeure dans le voisinage et est bloqué de toutes parts entre des masses continentales puissantes. Toutefois, même dans le bassin occidental et sur ses limites, les souffles de la mer ouverte sont de bien médiocre influence; en effet, le Portugal, baigné par l'Atlantique, est bien à peu près aussi sec que les huertas d'Espagne baignées par la Méditerranée, et le Maroc atlantique n'est pas beaucoup plus humide, exception faite du bienfait que lui valent ses hautes montagnes, que l'Oranie dans l'Algérie française. Mais il reste vrai que les bords du bassin oriental de la Méditerranée soutirent d'une plus grande sécheresse que les bords de la Méditerranée occidentale. Il y a une autre cause à ce contraste : les hautes terres du Maroc et de l'Algérie-Tunisie évitent à la Méditerranée occidentale un excès d'influence des vents secs venus du désert, tandis que la fournaise africaine s'ouvre librement sur la Méditerranée orientale par les débouchés en pays plat compris entre l'Egypte et la Cyrénaïque.
Il convient de remarquer que notre attention est détournée de la sécheresse extrême de ces parages par le spectacle de quelques grands fleuves qui y débouchent. Mais c'est là une apparence par laquelle il ne faut pas se laisser tromper. Si de grands fleuves comme le Rhône, le Pô, le Danube et le Nil débouchent dans ces régions sèches et y sont des bienfaiteurs des populations éprouvées par un soleil trop constant, qui ne comprend que ce bienfait est un emprunt à d'autres climats et non un résultat du climat méditerranéen? Ce sont les vents de l'Atlantique qui sont les meilleurs pourvoyeurs des glaciers des Alpes d'où vient au Rhône, au Pô et au Danube, comme au Rhin, la
raoillpure part de leur richesse : et si le ÎVil vainqueur du désert arrive à la Méditerranée, masquant d'une merveilleuse oasis allongée l'étendue du Sahara qui le serre de près sur ses deux rives, il le doit aux vents pluvieux de l'océan Indien qui s'abattent sur le plateau des grands lacs et sur l'Ethiopie.
Dégageons les pays méditerranéens de ces merveilleuses survenances empruntées au dehors, et nous prendrons conscience de leur état d'assèchement, très caractérisé dans la péninsule des Balkans et en Espagne, un peu moins rigoureux dans l'Italie péninsulaire.
Un premier fait observé partout, c'est la prépondérance des pluies de l'hiver et de pluies qui prennent trop souvent la l'orme d'orages violents et de courte durée : c'est aussi la sécheresse des mois de l'été. Le fait de la continentalilé du climat s'y traduit d'une manière très visible par la merveilleuse et justement célèbre sérénité du ciel.
Mais si l'on observe le mouvement des températures pendant les diverses saisons, on acquiert vite la conviction que les oscillations y sont d'une grande importance, autre signe de la sécheresse de l'air. On sait aussi que l'humidité relative y est de très faible valeur. La ville de Montpellier, clans la zone méditerranéenne française, connaît d'aussi grands froids et de plus grandes chaleurs que Paris : on y a observé souvent des froids de — 9° et des chaleurs de -|- 37°. N'est-ce pas un trait apparenté au climat continental que ces brusques et redoutables changements de température produits par le rayonnement sous un ciel serein et dans une atmosphère sèche, au moment du coucher du soleil? A Athènes plus qu'à Paris les hommes doivent se prémunir contre le brusque refroidissement qui suit la disparition du soleil à l'horizon. Est-il enfin preuve plus convaincante des influences continentales que ces visites désastreuses du sirocco d'Afrique en Espagne et en Sicile, que ces chutes de sables venus du continent du sud, et s'abattant sur les terres européennes après la traversée d'un bras de mer? Certaines fractions de la Méditerranée baignent des pays d'un climat très rigoureux, été comme hiver. Ne faut-il pas souvent, en hiver, pour entrer dans le port d'Odessa, s'ouvrir un chenal à travers la glace ; et n'est-il pas beaucoup de Français qui ont goûté, au temps de la guerre de Crimée,
GÉOGRAPHIE QÉNÉRALE. 19
sur les bords de la mer Noire, fraction de la Médilerranée, des froids de — 20° et des chaleurs de -[- 3.")"? On doit donc considérer, sans oublier toutes sortes de nuances qu'expliquent l'exposition, le relief de chacun des pays riverains, le climat de la Méditerranée comme un climat de transition avec tendance continentale marquée. Au reste, n'est-ce pas ce que l'on doit attendre d'une mer enserrée de tous côtés par la terre, donc soumise à l'influence continentale : c'est ce que signifie justement le nom de médilerranée. Et en quoi est-il plus étonnant de voir des masses continentales réagir au loin sur l'atmosphère au-dessus même des flots marins, que de constater, comme à la surface des plaines de l'Amazone, l'invasion des influences marines à plus de 2000 kilomètres de l'océan qui les envoie?
Les faits de transport climatérique sont souvent plus intéressants et plus riches en conséquences que les faits de production sur place de ces phénomènes.
Variations climatériques séculaires. — Leurs causes. — S'il est impossible de prouver qu'il y ait eu vraiment des changements climatériques de quelque valeur au cours des temps historiques, tant les témoignages que l'on invoque pour le prouver sont discutables dans leur authenticité et leur valeur, on peut du moins affirmer qu'il s'est produit, dans les relations de la Terre et du Soleil, des modifications significatives dont la cause, d'ailleurs, échappe encore. Ainsi les géologues inclinent à croire qu'il s'est produit, depuis les temps les pins anciens de la chronologie géologique jusqu'à l'époque actuelle, une diminution graduelle de la chaleur sous les hautes latitudes de notre Globe. Par exemple, il semblerait que, dans tout le cours des temps primaires, une chaleur constante et humide influençait toutes les étendues du Globe entre les pôles et l'équateur, bref qu'il n'y avait pour ainsi dire qu'une zone de climat tropical, qui se serait restreinte dans la seconde moitié de l'ère secondaire.
Comment s'est produit ce remarquable changement? On ne peut l'expliquer par l'intci-vention ou la modification d'aucun des phénomènes actuels dont nous sommes témoins. M. de Lapparent montre avec raison que môme la disparition d'un phénomène géographique aussi considé
rnble que le Gulf-stream ne pourrait être invoquée comme la cause d'un bouleversement aussi profond : même un déplacement de Taxe terrestre ne serait point une explication satisfaisante. Les astronomes, parmi lesquels M. Blandet, sont amenés à croire que le Soleil, jadis plus dilaté, envoyait à la Terre tout entière des rayons plongeants el enveloppants. Voilà un cas oîi il faut faire appel à des hypothèses empruntées au domaine de l'astronomie et invoquer un changement dans la nature même du Soleil pour répondre à une question que les investigations des géologues ont nettement posée.