I. — Les volcans
Hypothèse d'un feu intérieur. — Des indices sérieux permettent de supposer l'existence d'un feu intérieur, et cette hypothèse est souvent admise. Il est vrai que nos mines les plus profondes ne pénètrent pas loin dans l'intérieur de la terre, et les profondeurs extrêmes n'ont guère dépassé un kilomètre, alors qu'il y a plus de 6300 kilomètres de distance entre la surface et le centre de la terre. Mais les arguments ne manquent pas en faveur de l'hypothèse. Sans parler de la température bien connue des mines et des sources, qui augmente à mesure qu'on s'enfonce davantage dans les entrailles du sol, l'eau du puits artésien de Grenelle jaillit d'une profondeur de 547 mètres avec une chaleur de 27 degrés centigrades.
Les eaux thermales sont d'autant plus chaudes qu'elles proviennent de couches plus basses. Celles de Plombières ont 70 degrés, celles d'Ax 77 degrés. Les eaux de Chaudes- Aiguës sont à 87 degrés. Les geysers d'Islande, d'Amérique et de Nouvelle-Zélande indiquent qu'il y a une source de «haleur dans l'intérieur de la terre. On a même pu calculer, d'une façon à peu près exacte, l'accroissement de la chaleur avec la profondeur. Elle serait de 1 degré pour 30 mètres. Or certains géologues admettent qu'au-dessous des profondeurs que nous connaissons, cette progression calorifique continue de suivre la même loi, ce qui nous donnera, à la profondeur de 60 kilomètres (et nous sommes séparés du centre du Globe par 6 000 kilomètres), une température de 2000 degrés. Or à cette température, que les chimistes savent produire, tous les métaux, même les plus réfractaires, entrent en fusion. Donc la croûte solide du Globe n'aurait pas plus de 60 kilomètres et le noyau terrestre serait constitué par un feu iuiérieur.
Ce réservoir représenterait le reste de l'énergie calori-
LES MODIFICATIONS ACTUELNES DE LA TEROE. 3o9
flque « emmagasinée à l'origine dans la masse brillante de notre planète, alors que, selon la belle conception de Laplace, elle venait de se détacher de la nébuleuse solaire avec la- (|uellojusqu'alors elle avait été confondue »(De Lappahent). On pourrait le considérer comme un bain de matières métalliques en fusion où dominerait le fer, ce qui expliquerait, d'ailleurs, la forte densité du globe terrestre et justifierait le magnétisme de notre planète. On se représente alors, sans difficulté, la croûte solide (dont l'épaisseur et la résistance ne sauraient être partout les mêmes) pesant sur la masse fluide interne d'un poids inégalement réparti. Cette masse tend à monter à travers les fissures de l'enveloppe et se fait jour dans les parties disloquées.
A vrai dire, ce ne sont encore là que des présomptions ; et nous ne sommes pas en présence d'une certitude scientifique, il faut l'avouer. Le géographe Elisée Reclus combat fortement l'hypothèse du feu intérieur (Cf. La Terre, 1. 1, p. 16 -26).
Les éruptions. — Tout le monde connaît la description de ces montagnes coniques dans lesquelles s'ouvre un cratère siège des éruptions. Au centre du cratère se trouve une cheminée par où passent les matières rejetées. Ce sont ces matières qui forment peu à peu la montagne par les débris accumulés. Primitivement, le volcan n'était qu'une fissure du sol d'où s'échappaient les laves. C'est donc le volcan qui crée peu à peu son cône, ce qui explique pourquoi les débris sont généralement disposés en pentes inclinées. Certains volcans nouveaux ne laissent aucun doute sur cette construction. Le Methana (Archipel), qui apparut au ras du sol 285 ans avant .lésus-Christ, a aujourd'hui une hauteur de 200 mètres. Le Monte Nuovo, qui manifesta son existence le 25 septembre 1538, possède une altitude de 143 mètres; enfin le cône du Jorullo (Mexique), commencé en 1759. atteint aujourd'hui 480 mètres.
En général, les volcans n'attestent leur activité par des éruptions qu'à intervalles assez éloignés. Il est même rare qu'ils dénoncent par un jet continu de fumée ou de vapeur la permanence de leurs foyers souterrains. Le Slromboli, au nord de la Sicile (îles Lipari), paraît être seul dans ce cas; sa colonne de fumée lumineuse sert, la nuit, de phare aux marins. Quand le volcan est en repos, la cheminée
s'obslrue par des matières solidifiées qui s'y étaient élevées à l'état liquide au moment de l'éruption. Il peut arriver que les laves soient assez liquides pour ne pas fermer la cheminée. L'épanchement de la lave se fait alors d'une façon constante et régulière, mais sans jamais produire d'éruptions. Tel est le cas des volcans des îles Sandwich et aussi du Stromboli, si bien que cet état d'activité est connu sous le nom de mode Slrnmbolien. Mais c'est là le cas le plus rare; généralement les volcans procèdent par éruptions soudaines et espacées.
Mécanisme des éruptions. — Lorsqu'une éruption doit se produire, elle s'annonce par quelques indices. Ce sont d'abord des tremblements de terre, des bruits sourds et prolongés qui se font entendre dans le voisinage du volcan ; les sources tarissent ou diminuent de débit. Le panache de fumée grandit, puis s'étend dans le ciel sous la l'orme d'un pin parasol, suivant l'expression même de Pline le Jeune. Cette fumée, grâce à la réverbération des laves, ressemble pendant la nuit à une colonne de feu et des orages terribles bouleversent l'atmosphère.
C'est alors seulement que l'éruption commence. De formidables explosions se font entendre; il semble que la montagne se brise en plusieurs morceaux, tant les craquements sont répétés. Des masses de vapeurs d'eau et des blocs de pierre arrachés aux parois de la cheminée sont projetés au dehors avec une violence extrême. Cette vapeur d'eau est chargée de gouttelettes de lave qui se solidifient au contact de l'air et retombent sous forme de cendres à de très grandes distances (la cendre du Vésuve en éruption arrive à Constantinople); celle du volcan de Timboro (île de Soembava) fut emportée à plus de cinq cents lieues de distance (avril 1815). Quelquefois ces fragments sont plus volumineux et retombent sous forme de pierres {lapilli). D'autres débris descendent comme des torrents boueux sur les flancs de la montagne et produisent en se solidifiant les roches qu'on appelle tufs volcaniques.
Les laves. — Après les premières manifestations, souvent la lave apparaît et se précipite en ruisseaux enflammés vers la plaine. Ces laves ont d'abord une couleur claire ^sse? semblable au fer en fusion, qui passe au noir ou qm
brun foncé. Comme elles ne sont jamais complètement li(Hiides, elles s'avancent lentement et deviennent de moins en moins rapides à mesure qu'elles s'éloignent de leur point de départ. On signale, il est vrai, la vitesse de la coulée qui sortit du Vésuve le 12 août 1805, et qui parcourut dans les quatre premières minutes un espace de 5 kilomètres et demi. La lave de l'Etna parcourt 1 kilomètre en deux ou trois heures; quelquefois aussi, elle met une heure pour parcourir 1 mètre (1820). Dolomieu a même constaté un torrent de lave qui datait de deux ans et qui parcourait encore quelques centimètres à l'heure.
Les laves se couvrent presque immédiatement d'une gaine de scories sous laquelle elles circulent. Quand la coulée cesse, le canal se vide peu à peu en formant une sorte de tunnel assez grand parfois pour livrer passage à un homme. C'est à cet ordre de phénomènes qu'appartiennent la caverne du Roséraontà la Réunion, les cavernes d'Islande. Souvent aussi les laves s'amassent dans les dépressions et se solidifient en colonnades bizarres l'grotte de Fingal dans l'île de Statïa; orgues d'Espaly, près du Puy-en-Velay).
Il arrive souvent aussi que la lave, poussée par les gaz intérieurs, fait éclater la paroi qui s'oppose à son passage et détermine ainsi sur les flancs de la montagne une série de cônes parasites auxquels on a donné le nom de cratères adventices. Les bouches secondaires de l'Etna datent de 1667; une déchirure subite du même genre causa, le 25 avril 1872, la mort d'un grand nombre de curieux.
Des expériences scientifiques ont permis de déterminer exactement la composition chimique et la puissance calorifique de la lave. Les laves se composent généralement de feldspath, de pyroxène et de fer titane. Lorsque les laves contiennent 66 à 68 p. 100 de silice, on dit qu'elles sont acides ; lorsqu'elles en contiennent seulement de 40 à 55 p. 100, on dit qu'elles sont basiques. La roche basique par excellence est le basalte; la roche qui contient le plus de silice est le trachyte.
Quant à la chaleur de la lave, qui a été étudiée dès 1787, elle est considérable. M. Sainte-Claire Deville a pu s'assurer que la lave sortant des crevasses avait une température de 1 000 degrés. Si l'on place un cône de plomb de 15 grammes sur la lave ardente, le cône entre en fusion au
bout fie quatre minutes; si l'on place un cône de même dimension sur une polie rougie au feu, il lui faudra pour fondre sept minutes et demie. Mais, chose curieuse, celle chaleur n'est aucunemenl rayonnante. La lave peut traverser une forêt sans carboniser les arbres et longer un mur en bois sans le détruire complètement. En revanche, la chaleur peut se conserver pendant fort longtemps. Sept ans après sa sortie du Vésuve, la lave de 1858 avait encore une température de 72 degrés.
La masse de laves que peut émettre un volcan en éruption est parfois considérable. Lors de son éruption de 1794, le Vésuve lança au dehors 2 804 000 tonnes cubiques de débris; l'éruption de l'île Bourbon en 1787 en donna 1 1 700000 tonnes. Enfin, on a calculé que, dans son éruption qui dura deux ans, le Skaplar-Jokul d'Islande vomit une quantité de laves égale à la masse du mont Blanc.
« La plus grande coulée des temps modernes est celle qui s'est échappée en 1855 et 1856 du Mauna Loa, aux îles Sandwich. Elle avait 100 kilomètres de longueur, 4 800 mètres de largeur moyenne et, en certains points, jusqu'à 100 mètres d'épaisseur. » (De Lapparent.)
Éruptions connues. — M. Kluge a relevé le nombre des éruptions survenues depuis la période historique. 11 en a compté 1 297 avec 348 foyers. Il y a enfin des périodes de recrudescence deséruptions; on en relève 368 pour la seule année 1700. Quelques-uns de ces mouvements sont particulièrement renommés. Sans parler de la fameuse éruption du Vésuve, en 79, qui ensevelit sous une pluie de cendres les villes d'Herculanum, de Pompéi et de Stabies, on peut citer encore l'éruption du Timboro en avril 1828, celle du Cotopaxi en 1742 et surtout la terrible catastrophe du Krakatau en 1883. Jusqu'à cette époque, le Krakatau s'élevait à 852 mètres. La dernière éruption datait de 1680, et depuis cette époque le volcan n'avait donné aucune preuve d'agitation, lorsque brusquement il se réveilla. Sur les épaulements septentrionaux, les détonations et explosions de fumée se succédèrent, la terre se fendit et les flammes jaillirent. Mais jusque-là celle éruption n'avait pas dépassé en intensité les éruptions ordinaires, lorsque brusquement le volcan s'exaspéra. A 150 kilomètres le fracas était si terrible qu'on pouvait croire à une catastrophe voisine; sur
toutes les mers de la Sonde et du Bengale on entendait des décharges terribles et la quatorzième partie de la surface terrestre en fut impressionnée.
Les cendres, projetées en nuages jusqu'à 27 kilomètres de hauteur, s'abattirent autour de l'île. A 15 kilomètres le lit de cendre atteignit 1 mètre; à plus de 150 kilomètres, 5 à 6 centimètres; et à 1 200 kilomètres du cratère les cendres poudroyaient encore. Le vent en apporta jusqu'à Madagascar, et l'on évalue à 18 milliards de mètres cubes la masse de pierres ponces et de cendres lancées par le volcan. Au plus fort de l'éruption, une vague d'une hauteur de 30 à 36 mètres déferla sur la côte, et 40 000 personnes périrent. Deux tiers de l'île furent détruits; l'île Verlaten doubla de superficie.
L'éruption volcanique de la Martinique. — La plus terrible éruption volcanique qu'il ait été donné d'observer pendant ces dernières années est celle qui détruisit en 1902 la ville de Saint-Pierre dans l'île française de la Martinique. Au mois d'avril 1902, on entendit pendant plusieurs jours une série de violentes détonations, puis des pluies de cendre se produisirent, de nouveaux cratères s'ouvrirent. Le 5 mai un gigantesque torrent de boue, remplissant la vallée de la rivière Blanche, recouvrait plusieurs groupes d'usines et de maisons. Le 7 mai, la ville de Saint-Pierre, terrorisée par des grondements souterrains comparables à une canonnade violente, recevait une pluie prolongée de cendre fine. Le lendemain 8, un peu avant huit heures du matin, une véritable trombe de gaz et de feu balayait la population , blessant, asphyxiant ou brûlant les malheureux; des navires étaient coulés en rade, arrachés de leurs ancres, troués par la chute de blocs de pierre considérables. Les savants inclinent à croire qu'il s'est produit là un phénomène dont on n'avait pas encore eu d'exemple ou, du moins, dont on n'avait point constaté d'exemple dans les éruptions volcaniques les plus violentes : la ville de Saint- Pierre a été détruite par des gaz qui, après leur sortie des flancs du cratère, se sont oxydés et ont fait explosion. En même temps que l'éruption de la montagne Pelée, se produisait celle du volcan appelé la Soufrière, dans l'île de Saint- Vincent. En mai et en juin delà même année, les volcans du Guatemala et du Mexique entrèrent en éruption.
Ce brusque réveil de l'activité volcanique a prouvé qu'on ne doit point trop se hâter de donner à d(.'s volcans la qualification de volcans éteints; on s'était plu à croire que cette dénomination convenait à plusieurs volcans des Petites Antilles; ce cruel événement a démontré le contraire.
Ordonnance et formation des volcans. — L'étude scientifique des volcans est de date trop récente pour nous permettre l'espoir d'établir une théorie applicable à tous les volcans. D'ailleurs, il n'est pas nécessaire d'imaginer qu'il y a un seul type de volcan et, partant, une seule et même cause de formation. Il est probable que les phénomènes volcaniques offrent une très grande variété de mécanisme et, si courte que soit notre expérience actuelle, on peut affirmer qu'un même volcan a présenté, au cours de son histoire, des manifestations très diverses d'activité. Donc, rien de plus dangereux que de s'imaginer qu'il y a un volcan type, par exemple le Vésuve ; ce que nous appelons un volcan type, c'est apparemment celui que nous connaissons le mieux et que nous observons scientifiquement depuis la plus longue durée de temps. Plus nos observations s'étendent et plus apparaît cette extrême diversité des phénomènes d'éruption volcanique, qu'il s'agisse d'un même volcan considéré dans ses manifestations de plusieurs époques ou de plusieurs volcans étudiés dans leurs éruptions diverses de la même époque. Tel volcan, comme le Cotopaxi, offre à peu près toute la série des phénomènes éruptifs que l'on a rencontrés partout ailleurs. Tel autre volcan, comme le Kilauéa des îles Sandwich, nous est signalé comme ayant la spécialité des lacs de lave en fusion, qui pourrait d'un moment à l'autre nous donner un tout autre spectacle ; on s'est bien trompé, et cruellement trompé, sur la classification de volcans actifs et de volcans éteints ; à plus forte raison faut-il se garder de vouloir spécialiser à outrance le genre d'activité de chaque bouche volcanique ou de chaque groupe de volcans.
Au reste, la variété des explications proposées prouve bien elle-même l'extrême variété des conditions et des causes d'éruption *, et il est fort probable qu'il y a dans chaque théorie une part de vérité. La théorie de Sangay, d'après laquelle l'activité des volcans paraît être en raison inverse
Les modifications actuelles de la terré. âe^
dclciir hauteur, est confirmée par quelques faits, contredite par d'autres. On eut tort aussi de vouloir expliquer la formation de tous les volcans par l'infdtration des eaux marines dans l'intérieur des cratères, et de marquer par là un lien de cause à eflet entre le grand nombre des volcans qui se dressent au bord de la mer ou en pleine mer et ce mécanisme hypothétique de l'éruption. M. de Lapparent a raison d'observer que « si la situation littorale ou insulaire des volcans est incontestable, ce n'est cependant pas par ellemême et directement que la mer intervient dans le phénomène volcanique ». Mais, n'est-il pas excessif d'affirmer « que les volcans font défaut sur toutes les côtes plates ainsi qu'au voisinage des mers sans profondeur », et que « les lignes de côtes ou d'îles jalonnées par les volcans sont celles qui bordent les hautes chaînes formant, comme les Andes, une brusque saillie, ou celles qui marquent le contour rectiligne d'une dépression océanique à flanc abrupt». Que signifieraient alors les volcans groupés dans les îles Aléoutiennes? Si l'on peut expliquer leur présence par les grandes profondeurs du Pacifique qui les borde au sud, il n'est pas davantage illogique de les mettre en rapport avec les faibles profondeurs de la mer de Behring qui s'étend au nord de cette même ligne. Il y a là une explication à deux tranchants. On pourrait discuter de même la position de beaucoup d'autres groupes volcaniques : en effet, il y a des volcans dans les positions les plus différentes par rapport au relief értiergc et à la profondeur marine.
II est donc trop tôt pour affirmer « qUe les volcans sont établis sur les grandes lignes de dislocation de l'écorce terrestre ».
Leur disposition n'a point cette rigueur : ici nous les Voyons alignés sur une grande chaîne de montagnes, continue comme les Andes, ou plutôt disséminés Sur cette chaîne de montagnes, car l'idée de continuité qui nous vient à l'esprit quand nous regardons une carte des volcans des Andes n'est autre chose qu'une fiction géométrique qui ordonne suivant des lignes, qui aligne des points fort distants les uns des autres. On pourrait soutenir qu'il y a des groupes distincts tout aussi bien qu'une série continue. Ailleurs, les volcans jalonnent des groupes d'îlots ou d'Iles, tantôt émergés ou en relief avec continuité
366 GÉOGKAPllIE GÉNÉUALE.
sur un long espace, tanlùl immergés, dispersés et fort éloignes les uns des autres; dans le premier cas est le Japon, dans le second la série des îles Aléoutiennes, série dont quelques anneaux sont à 700 et 800 kilomètres les uns des autres. Gomment réduire à une même ordonnance tous les volcans des Tonga, des Nouvelles-Hébrides, des îles Salomon, delà Nouvelle-Guinée et de l'archipel Malais? Dans une môme classification on unit arbitrairement tous ces groupes insulaires que séparent de grandes distances et de vastes abîmes, et ailleurs on consacre l'unité des bouches volcaniques auxquelles les Andes semblent former un socle de quelque continuité. Il y a donc beaucoup d'arbitraire dans ces classifications. Le géologue Suess a présenté une théorie unitaire de la formation des volcans qui a entraîné l'adhésion de beaucoup de savants. D'après lui, dans les régions déjà disloquées par la contraction générale de l'écorce terrestre, se produisent des effondrements de la croûte superficielle vers l'intérieur ; sous l'action de la pesanteur seule, ilse formerait ainsi de grandes cavités (que M. Suess appelle des macules) dans lesquelles pénètrent les matières fondues. Si la voûte ne s'écroule pas, les laves se solidifient dans la cavité ; mais les plissements du sol peuvent donner lieu à un écroulement de la voûte : alors, par les fentes et les crevasses la lave jaillit, une éruption a lieu et c'est ainsi que se forme le volcan.
Distribution géographique des volcans. — C'est de cette théorie que l'on s'est inspiré pour proposer une explication de la distribution géographique des volcans; c'est ainsi, notamment, que l'on a essayé d'expliquer la présence d'un si grand nombre de volcans sur le pourtour de l'océan Pacifique. On les a groupés sous le nom de cercle de feu de rocëan Pacifique. Il faut un excès de bonne volonté pour percevoir la continuité de l'action volcanique sur le pourtour de cet océan, et surtout pour « constater la disposition en cercle ». Si l'océan Pacifique est bien une dépression longitudinale du Globe, terme qui est fort gênant appliqué à un océan aussi large d'est en ouest que le reste du monde, il faut avouer que la position des volcans n'est point précisément longitudinale. Notamment l'ensemble volcanique qui commence à Sumatra pour linir aux îles Tonga paraît aligné, s'ill'est vraiment, beau-
LES MODIFICATIONS ACTUELLES DE LA TERtlE. 367
coup plutôt d'est en ouest que du nord au sud. Est-il besoin de dire d'ailleurs que, si l'on conçoit l'ensemble des volcans de borduredu Pacifique comme un cercle, ce groupement ne peut avoir de signification ni longitudinale, ni transversale. Admettons que ce soit la bordure d'une grande l'osse. Dans ce cas, le pourtour est bien irrégulièrement jalonné; ici ce sont les Andes avec des séries volcanicjuesbien caractérisées; sur la côte asiatique, des volcans disposés, ou que l'on dispose en guirlande, forme essentiellement capricieuse ; au sud-ouest, le grand relief de l'Australie orientale qui n'a point sa garniture de volcans. Enfin, pourquoi comptera la fois l'alignement de Sumatra et de Java pour l'océan Indien et pour l'océan Pacifique, non sans lui assigner en plus un rôle dans la Méditerranée australasiatique ? Dans l'Amérique centrale, le groupe du Mexique, du Guatemala et du Nicaragua a-t-il autant et plus de signification pour indiquer la dislocation de la Méditerranée américaine que pour servir de lisière à la bordure américaine du Pacifique ? Quel rapport assigner surtout au groupe des îles Sandwich qui se trouve en plein milieu du Pacifique, à 2 kilomèli'es du groupe des Mariannes et à une égale distance des volcans mexicains? En vérité, on doit se contenter, jusqu'à plus ample et plus détaillée analyse des faits volcaniques, de constater l'intensité de ces phénomènes sur le pourtour et à l'intérieur du Grand Océan. Cette pensée devient déjà plus restreinte si le groupe formidable des îles de la Sonde compte pour l'océan Indien et le groupe de l'Amérique centrale pour l'océan Atlantique. Enfin, la récente étude de la répartition des profondeurs dans l'océan Glacial antarctique semble du même coup mettre fin à l'hypothèse qui faisait du continent austral une terminaison des pointes continentales de l'ancien et du nouveau continent, et aussi à celle qui rattachait les volcans — Erebus etTerror — au fameux grand cercle de feu du Pacifique.
Si l'on veut établir une relation entre les phénomènes volcaniques dont les trois méditerranées géologiques sont le théâtre, la croyance à l'unité encore bien hypothétique de la série de dislocations méditerranéennes fait tort à la croyance qu'on paraît avoir pour le jalonnement volcanique original de chacune des grandes dépressions longitudinales. Si les mômes volcans peuvent signifier autant de
causes à la fois, ne sommes-nous pas par là sur le chemin d'une recherche de causes et de coïncidences bien plus nombreuses encore ?
Autres phénomènes thermaux. — Ce n'est pas seulement par les éruptions volcaniques que se manifeste l'activité des sources de chaleur interne, feu central unique ou foyers divers, etc., etc. Un certain nombre de phénomènes s'expliquent par les mêmes ordres de considération. En premier lieu, il faut citer les geysers ou sources d'eau bouillante.
Un geyser n'est, en somme, qu'une éruption volcanique, mais qui se borne à vomir de l'eau. L'eau qui remplit le canal y arrive par infiltration grâce aux fissures du sol et s'échauffe par le voisinage des masses en fusion et des gaz et des vapeurs qui émanent du foyer volcanique. Cette théorie explique d'ailleurs l'intermittence des geysers. Il faut que l'eau puisse arriver et s'échauffer dans le canal du geyser.
L'eau des geysers connus contient à peu près 1 p. 100 de matières minérales. La silice y entre presque pour la moitié. On y trouve, en outre, du sel marin, du carbonate de soude, du sulfate de soude et du sulfate de potasse; la silice provient des roches sur lesquelles l'eau bouillante a agi comme dissolvant.
Les principaux geysers se trouvent en Islande, dans la Nouvelle-Zélande et aux États-Unis près des sources du Madison (National Park). Certains de ces geysers envoient leur jet à 200 pieds au-dessus du sol. Cependant, la hauteur ne dépasse pas 20 à 30 pieds en général.
On peut rattacher à la catégorie des geysers les suffioni de la Toscane. Les suffioni sont constitués par des éruptions de vapeurs chargées d'acide borique et se rencontrent surtout dans les maremmes à Possara, à Castel-Nuovo, sur le Monte-Cerboli. Ces vapeurs ont, en moyenne, une température de 96 à 100 degrés et quelquefois 175 degrés. Une partie s'échappe des crevasses des roches; une autre de flaques d'eau d'où elles font surgir de petits cônes d'argile liquide. A cet ordre de phénomènes se rattachent les solfatares ou dégagements de soufre, si fréquents aux environs de Pouzzoles.
« On peut considérer les salses ou petits volcans de boue
comme formant la Iransilion des jets de vapeur et des sources thermales aux redoutables éruptions des monts ignivomes. » (IIuMBor.nï.) Ces volcans en miniature se présentent sous la forme de petites collines coniques terminées par un cratère. La boue qui s'en échappe a une température de 36 degrés à peine et dégage de l'hydrogène carboné. Les salses les plus fameux ont été observés en Sicile et au pied des Apennins. Tel est, par exemple, le Macaluba de Girgenti. Le Caucase en contient également un certain nombre, en particulier le Koukou-Oba dans la péninsule de Taman. C'est aux salses que se rattachent les sources de pétrole si abondantes des bords de la Caspienne.
Les sources thermales ne sont-elles autre chose qu'une manifestation de l'activité volcanique? On n'oserait l'ariirmer. Ces eaux se classent suivant leur composition chimique et leur température. Les eaux les plus froides sont celles de Vichy, qui n'ont que 17 degrés, les plus chaudes celles des Chaudes-Aiguës (Cantal), 87 degrés. On a calculé que, pour obtenir quotidiennement la même quantité d'eau chaude, il faudrait employer de 5 000 à 6 000 kilogrammes de houille ou 12000 kilogrammes de bois. Mais on cite certaines eaux thermales qui dépasseraient ce chiffre. Les eaux de ]\Ieskoutine,dans la province de Constantine, accuseraient en moyenne une température de 95 degrés.
Pour terminer l'énumération des phénomènes dus à l'action volcanique, il convient de citer les émanations gazeuses qui accompagnent et suivent la sortie des laves et qu'on appelle le?, fumerolles ou mofelles. Ces émanations chargées d'acide carbonique survivent quelquefois de longs siècles à l'éruption. C'est aux environs de Naples, dans la célèbre grotle du Chien, que se trouvent les mofettes les plus abondantes.
IL — Tremhlemenls de terre.
Description du phénomène. — « Si, disait Humboldt, on pouvait avoir des nouvelles de l'état journalier (,1e la surface terrestre tout entière, on serait probablement convaincu que cette surface est toujours agitée par des secousses en quelques-uns de ses points et qu'elle est
GÉOGUAPHIE GlÎNÉitALE. *4
incessamment soumise à la réaction de la masse intérieure. «
Un tremblement de terre s'annonce souvent par les mêmes signes que les éruptions volcaniques. « La mer est unie comme une glace, le ciel est couvert, l'atmosphère pèse lourdement sur la terre ». Puis des grondements souterrains se font entendre qui précèdent quelquefois les secousses de fort près. Outre ces bruits, le seul signe précurseur est la terreur que manifestent les animaux à l'approche du phénomène.
Les secousses sont tantôt trépidatoires ou verticales, tantôt horizontales ou ondulatoires, quelquefois même ces deux mouvements sont simultanés (tremblement de Riobamba, rép. de l'Equateur, en 1797). Les secousses sont quelquefois giratoires, bien que ce phénomène soit plus rare. Ces oscillations ne constituent même pas une catégorie particulière de phénomènes. On les attribue souvent à ce fait que deux mouvements ondulatoires partis de centres différents se rencontrent et se combinent ; la composition de ces mouvements donnerait naissance à celte secousse rotatoire (tremblements de Tokio en 1880, de Chio en 1881 et d'Hopango dans l'Amérique centrale en 1889).
On ne connaît point jusqu'ici de tremblement de terre composé d'une seule secousse. Les secousses se succèdent d'une allure variable, et peuvent durer de quelques jours à quelques mois. Mais il n'y a aucun rapport fixe entre l'intensité d'un tremblement de terre et l'étendue sur laquelle il se fait sentir. Les tremblements de terre dus aux éruptions volcaniques se localisent ordinairement dans un rayon de quelques kilomètres. Parfois aussi les tremblements de terre non volcaniques sont très peu étendus (Essen, 1885), mais en général ils ont une aire de propagation énorme. Le tremblement de terre de Lisbonne se fit sentir jusqu'à Mogador au sud, la Hollande au nord et la Suisse vers l'est.
Des recherches sérieuses ont été faites pour déterminer la rapidité avec laquelle se propagent les secousses de tremblements de terre. Le résultat de ces recherches a été de montrer que les tremblements de terre « sont des vibrations du sol, déterminées par un ébranlement initial survenu au-dessous de la surface et se propageant comme tous les mouvements vibratoires, c'est-à-dire avec une vitesse in-
Huencée par la nature des terrains et leur état de dislocation » (De Lapparent). En arrivant à la mer, la vibration s'y transmet suivant les lois ordinaires et détermine une vague de translalion. La vitesse de la secousse, qui peut varier, serait de 150 à 300 mètres par seconde dans l'eau et 800 mètres à travers les couches solides.
Les plus fameux tremblements de terre connus sont ceux de l'an 5"26, qui fit périr sur les bords de la Méditerranée I-JOOOO personnes, au moins; de Lisbonne en 1753, qui en fit périr 30000; de Galabre en 1783, de Caracas en 1812; celui de 1868, qui coûta, dit-on, la vie à 170 000 victimes, et enfin la catastrophe d'ischia qui, en 1883, détruisit 1 200 maisons dont les débris écrasèrent 3 000 personnes. Celui de Chio fut tout aussi terrible. Il convient de remarquer que de pareils bouleversements sont assez rares. Il est certains pays où les mouvements du sol sont presque permanents et où ne se produisent jamais de véritables catastrophes. C'est ainsi que dans l'Amérique du Sud les tressaillements sont si fréquents que les habitants n'y prêtent pas plus d'attention que nous n'en accordons à la foudre.
Cause des tremblements de terre. — On a attribué pendant longtemps les séismes à des causes volcaniques. S'il est vrai que très souvent les tremblements de terre sont intimement liés aux phénomènes éruptifs, cette explication ne vaut pas pour les tremblements locaux qui se produisent loin de tout volcan, comme en Suisse par exemple. Bischoff et Volger ont alors attribué ces mouvements locaux aux éboulements souterrains. Cette explication ingénieuse ne peut suffire pour les tremblements de large envergure. Aussi M. Suess a-t-il songé à faire intervenir les mouvements de l'écorce terrestre et à distinguer nettement les séismes d'origine volcanique des séismes tectoniques ou de dislocation. Les secousses qui arrivent à la surface ne seraient déterminées que par le défaut d'équilibre de la croûte et ne seraient autre chose que l'indice de grands mouvements se produisant dans la profondeur et qui auraient pour elTet de modifier le relief. Pour lui, la formation des chaînes de montagnes a été certainement accompagnée de violents séismes. A vrai dire, tous les séismes, volcaniques ou non, sont tectoniques dans quelque
mesure, si ce moL est employé clans son sens étymologique.
Mouvements lents du sol; soulèvements et affaissements. — Outre ces brusques secousses, le sol subit des mouvements plus lents qui Télèvent et l'abaissent sur de grands espaces. Il semble aisé de vérifier ce fait sur les côtes de la mer. Ici, assez loin du rivage, on retrouve des substances végétales rangées en lignes régulières comme aux endroits mômes où le flot s'arrête de nos jours ; donc, l'ancien rivage a été soulevé à des époques successives, comme l'attestent ces lignes de végétaux d'origine marine. Là, se présente un phénomène contraire : quand l'eau de la mer est calme et claire, nous apercevons, à quelques mètres du niveau, des vestiges de prairies, de forêts et de maisons. Donc, le sol s'est affaissé et a glissé sous les eaux. On cite, comme exemple remarquable de soulèvement, l'Amérique du Sud, où, sur certains points du littoral de l'ouest, les terres que baignait jadis l'eau marine sont maintenant exhaussées jusqu'à 400 mètres au-dessus d'elle. Le plus considérable soulèvement a été constaté sur la côte du Chili. La Belgique et la Hollande sont des exemples du fait contraire ; on les désigne sous le nom général de Pays-Bas, parce que le niveau du sol est, dans les provinces maritimes, plus bas que celui de la mer; sans la construction d'un grand nombre de fortes digues, les flots de la mer les couvriraient.
On a encore constaté d'une façon certaine un soulèvement lent de la côte de Norvège et un affaissement des côtes de l'Adriatique. Mais ces sortes de phénomènes sont particulièrement difficiles à bien observer, puisqu'ils se produisent d'une manière lente et séculaire ; en outre, deux éléments peuvent varier : le niveau du sol ou celui de la mer.
Pendant longtemps on a attribué à la mer la cause des changements de niveau. « Celsius, dit M. Elisée Reclus, savait que le golfe de Botnie diminuait sans cesse en profondeur et en étendue » ; il en avait conclu que la mer Baltique diminuait de hauteur. C'est seulement en 1740 qu'Antoine Lazzaro écrivit le premier : « C'est la terre et non point la mer qui est, en réalité, l'élément mobile et changeant », ce qui n'est pas vrai non plus d'une façon
absolue. 11 n'en reste pas moins évident que l'écorce terrestre se moditie constamment. « Le temps viendra, dit Darwin, où les géologues regarderont comme aussi peu probable que le sol puisse avoir conservé le même niveau pendant toute une période géologique, qu'il le serait que l'iitmosphère fût restée constamment calme pendant toute une saison. » M. Suess et de nombreux géologues contestent la réalité des faits de soulèvement et d'affaissement séculaires. C'est une critique excessive. Variété des causes et variété des etfets est d'ordinaire la vérité dans le domaine des sciences physiques et naturelles.