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CHAPITRE PREMIER

Sommaire.

Apparition fie r homme. — L'âge paléolithique. Unité ou diversité primitive de la race liumaiue. — Répartition des populations humaines. Différence dans la densité des populations des régions du Globe suivant leur fei'lilité, leur nature et leur avancement de civilisation. — Régions de grandes densités de la population : ce sont celles où le climat maritime tropical ou le climat des moussons assure d'abondantes récoltés; les régions les plus peuplées se trouvent sous les tropiques ou aux environs des tropiques. Inde et Chine (180 liab. au lui. carré dans le Bengale; 221 dans le Chang- Toung . L'agriculture, principale ressource de la Chine. Exemple de Java (195 hab. au kil. carré). Les Antilles. — Pays tropicaux non exploités en Afrique et en Amérique. — Densité de la population dans les pays de la zone tempérée; à l'agriculture vient se joindre l'industrie. Population moyenne de la France (72 hab. au kil. carré), de l'Allemagne (104), de ia Grande-Bretagne (i;î2). Conditions de l'agriculture et de l'industrie dans ces pays; les débouchés. L'Italie a 11:5 habitants au kil. carré. Les États-Unis, pays d'abord exclusivement agricole, aujourd'hui pays de grande industrie; exportation égale de matières alimentaires et de produits manufacturés. Pays agricoles : Canada, Brésil, République Argentine, Chili.

Conditions d'accroissement, de stagnation ou de diminution des sociélrs humaines. — Excès de bien-être, excès d'épreuves physiques. Grands accroissements dans les sociétés où les conditions d'existence tiennent à l'intensité du travail, soit agricole, soit industriel, soit m.ixte. La Chine et la Russie pays agricoles, la Grande-Bretagne et l'Allemagne pays industriels.

Répartition des races humaines. — Influences climatériques dépendant de l'altitude, de l'exposition, de la situation maritime ou continentale du pays habité par l'homme. Limites de latitude et d'altitude de l'habitat

liiimain. Les trois rafcs ; hlariclio, jaune, noire. Défectuosités de celle classilicalion.

Race blanche. — Groupes, langues, religions. Les peuples de race blanche sont répartis eu Europe (3.S0 tnillions), dans une pirlie de l'Asie occidentale, en Amérique et en Australie: ils sont au nombre de plus de 000 millions. Expansion de la race blanche en dehors de l'Europe : Espagnols et Portugais dans r.\mérique du Sud (occupation des hauteurs), Anglo- Saxoiis et Français dans l'Amérique du Nord. Langues : langue anglaise (120 millions), langue russe, langues latines. Religions • groupe catholique (165 millions en Europe); Église grecque orthodoxe; Églises protestantes (90 millions en Europe), juifs (7 millions). Diversité et complexité des sociétés formées d'hommes de race blanche.

La race jaune. — Indices physiques. Les peuples de race jaune sont répandus surtout en Asie (nord, centre, est) et dans quelques contrées de l'Europe (vallée inférieure de la Volga) ; ils sont au nombre d'environ 400 millions ; très grande homogénéité de caractères. La Chine, pays essentiellement agricole. Manque d'unité linguistique et religieuse.

La race noire. — Dénombrement impossible. Diversité du type nègre. Négritos. Parmi ces peuples, les uns sont agriculteurs, les autres nomades éleveurs et pasteurs. Au point de vue religieux, la majeure partie est idolâtre, mais l'islamisme a fait de grands progrès.

Races secondaires ou intermédiaires. — 1° Race boréale, Groenlandais et Esquimaux ; 2" race américaine ou Indiens ; ceux de l'Amérique du Nord sont très différents de ceux de l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud; 3" race malaise ou polynésienne, dispersée à la surface de l'océan Indien et du Pacilique ; pas d'unité; 4° race australienne; la race tasmauienne a disparu.

Apparition de l'homme. — L'homme a fait son apparition ou, du moins, nous avons retrouvé des restes de l'iiomme au cours de l'ère moderne ou quaternaire. Les archéologues ont étudié non seulement les restes de Ihomme, mais les armes et les outils dont il se servait aux âges les plus reculés et dans l'état de civilisation le plus primitif. Ils inclinent à croire que le premier âge, le plus sauvage pour la condition humaine, est caractérisé par l'emploi des pierres taillées à éclats : c'est ce qu'ils appellent Vâge paléolithique. Ce n'est que plus tard que les humains auraient appris à polir la pierre en même temps qu'à la tailler. L'âge de la pierre polie marquerait déjà un progrès sur l'âge paléolithique. Bien que ces études commencent à être faites avec une méthode rigoureuse, on ne dispose pas encore d'éléments assez nombreux pour reconstituer une histoire des progrès et de la division des races humaines. Chaque pays d'aujourd'hui retrouve et

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étudie ses ancêtres les plus lointains. Au reste, d'où venaient-ils ? Étaient-ils de môme teint que les habitants actuels ? Autant de questions qui restent sans réponses. On imagine quelquefois de trouver un centre géométrique de dispersion des humains ; et l'on propose le Pamir parce que l'on trouve autour de ce vaste plateau des hommes ayant les trois teints qui nous servent d'indices dans la division des races. La présence d'hommes de trois races autour d'une môme montagne peut tout aussi bien prouver qu'ils y sont arrivés après de longues migrations que nous porter à croire qu'ils sont là à leur point de départ. D'ailleurs, c'est beaucoup simplifier les variétés extrêmes des races humaines que les apprécier en raison de l'observation de trois teints entre chacun desquels il y a beaucoup d'intermédiaires. Cette extrême variété des types humains, ces passages graduels d'un teint à l'autre, la similitude fréquente de stature et de traits entre des hommes qui sont de couleurs très différentes, sont-ce là des arguments en faveur d'une unité primitive de la race humaine ou d'une diversité primitive? Les croyances religieuses et scientifiques se partagent les esprits à cet égard : il n'y a pas chance que ce mystère de nos origines soit jamais éclairci par des arguments décisifs. En elTet, à mesure que les humains d'aujourd'hui retrouvent et étudient un plus grand nombre de débris des humains d'autrefois, leurs relations de race à race deviennent si intimes et si fréquentes que des races nouvelles s'ajoutent aux races anciennes, que les différences s'atténuent, les ressemblances se multiplient. Bien des races que nous estimons pures aujourd'hui, parce que les traits physiques nous en paraissent caractéristiques, ne sont que des races métissées h l'infini.

Répartition des populations humaines. — Chacun sait combien est différente la densité de population des régions du Globe, suivant leur fertilité, leur nature et leur avancement de civilisation. Ici c'est la culture du sol qui permet à l'homme de vivre sur place en nombre considérable; là c'est le développement de l'industrie ou du commerce qui donne à l'humanité la faculté d'acheter au loin les denrées nécessaires à la vie; ailleurs c'est un mélange de fixation sur place par la richesse agricole et aussi par le dévelop-

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pement industriel ou commercial. En un mot, il y a des peuples à peu près rigoureusement agriculteurs, d'autres dont les fonctions maîtresses sont soit l'industrie, soit le commerce; certains enfin où toutes les raisons de prospérité et d'aisance s'équilibrent pour ainsi dire. Jus([u'ici le privilège de grand développement de l'industrie et du commerce est demeuré aux mains des peuples de race blanche; toutefois, un fait aussi remarquable que l'éveil du Japon à l'industrie manufacturière et au commerce lointain prouve nettement que la supériorité des Européens n'est pas strictement un fait de nature, mais un fait de long entraînement et de tradition. Or, aujourd'hui, il n'y a plusde secret pour les découvertes industrielles qui tombent librement dans le domaine commun : par conséquent, un peuple, pourvu qu'il soit doué naturellement d'intelligence, peut très rapidement, si son sol est riche en houille, en pétrole, en métaux, etc., se mettre à la hauteur des plus vieilles nations du monde.

Régions de grande densité de la population. — Si l'on considérait uniquement le rapport qui existe entre des régions très originales et très peu étendues et la population qu'elles portent, il n'est guère de pays du monde où l'on ne rencontrerait ce phénomène du groupement des hommes dans les parages les plus avantageux. Citer le chiffre de la densité moyenne d'une grande partie du monde comme l'Asie et l'Europe, qui d'ailleurs ne sont pas des unités ni naturelles ni historiques, c'est risquer de faire croire à un rapport de cause à elfet, là où il n'existe pas.

Mais ce fait d'une grande densité de population peut tenir à des causes très différentes. Assurément, à l'origine du groupement des hommes, il y a toujours l'influence d'une terre féconde, d'un climat salubre, des eaux abondantes et saines. Souvent aussi l'influence d'une heureuse position à l'issue d'une vallée, au continent de plusieurs cours d'eau, à portée d'un cap où passent nécessairement les navigateurs. Mais, à toutes ces causes complexes se sont ajoutées celles qui tiennent à l'initiative de l'homme, à son activité industrielle et commerciale; et partout, ou presque partout, il y a, à des degrés divers, influence puissante ou répercussion lointaine de toutes ces causes.

Dans toutes les conditions climatériqucs, on observe ce curieux mélange.

Les pays de plus grande densité de la population sont assurément les pays où le climat maritime tropical, ou bien le climat de moussons, assure d'abondantes récoltes. C'est sous les tropi(iues ou aux environs des tropiques, dans les zones de climat que nous venons de définir, que l'on rencontre les régions les plus peuplées du monde et dont le peuplement s'explique le mieux par des causes locales. L'Inde et la Chine sont de véritables fourmilières d'humains. C'est peu dire que d'observer que l'Inde compte 232 millions d'habitants pour 3 millions de kilomètres carrés, c'est-à-dire 74 habitants au kilomètre. Dans un pays resté essentiellement agricole comme l'Inde, ce qu'il faut noter, c'est l'énorme accumulation d'habitants dans certaines provinces particulièrement favorisées. Le Bengale a 186 habitants au kilomètre carré, les provinces du nordouest 171. Dire qu'il n'y a point de vie industrielle et commerçante dansées sociéléssurpeuplées, c'est commettre une erreur : il y a là des industries familiales et un commerce fait de proche en proche qui contribuent à augmenter les ressources de la population. La colonisation anglaise, en déterminant l'établissement des voies de communication, des canaux d'irrigation, et en laissant subsister certaines coutumes industrielles du pays, contribue assurément à rendre plus fructueux et plus varié le labeur de ces populations. Il n'en est pas moins vrai qu'elles trouvent leur subsistance sur place, que leur sort tient à la richesse des rizières et à la multiplicité d'autres cultures qui assurent une alimentation abondante.

La Chine, qui compte dans ses provinces proprement dites plus de 60 habitants au kilomètre carré, possède certainement les districts où la population est la plus serrée qui soit au monde. Le Chan-Toung a 221 habitants par kilomètre carré, le Kiang-Sou 184, le Fo-Kien 176, le Hou-Pé 156. Or cette énorme population vit d'agriculture, et même d'une agriculture qui est toute proche du jardinage tant elle est perfectionnée, tant le sol est travaillé avec soin. On sait que l'agriculture est considérée en Chine comme chose sacrée, et que ce peuple regarde ses progrès dans la mise en valeur du sol comme supérieurs à ceux que les peuples de l'Occident ont réalisés dans l'industrie.

Pour tout dire, cette aii^riculture est une véritable industrie, tant elle est poussée loin et minutieuse. Mais il convient de remarquer que les Chinois sont aussi conscients du bienfait de leur climat que du succès de leur labeur, tout comme les Indous. Pourtant, dans la Chine comme dans l'Inde, il y a une industrie traditionnelle, de vieille date, arriérée dans ses procédés, et qui néanmoins donne satisfaction aux besoins de cette société essentiellement agricole.

L'Indo-Chine, encore moins avancée en civilisation que la Chine et l'Inde, développe, sous l'influence de la civilisation européenne, ses merveilleuses qualités de richesse agricole et d'esprit industriel. Mais elle n'a point de grandes vallées largement développées comme celles du Gange et du Yang-Tsé-Kiang; ses terres fertiles se limitent à des deltas ou à quelques élargissements des vallées qui s'ouvrent entre des masses de plateaux et de montagnes.

Java est un autre exemple de remarquable densité d'une population vouée à peu près exclusivement à l'agriculture. C'est bien laque l'on peut mesurer ce qu'une terre fertile, sous le plus favorable des climats, peut donner de nourriture aux humains. Java nourrit sans peine une population de 195 habitants au kilomètre carré, soit près de 26 millions d'hommes sur une surface qui n'est pas même le quart de celle delà France. Or, malgré cette consommation énorme de denrées alimentaires, elle est encore capable d'exporter du sucre, du café, du riz, du thé, des muscades, de l'indigo et du poivre, pour plusieurs centaines de millions.

Les Antilles sont un autre grou[)e de pays que la faveur d'un excellent climat et d'un sol fertile a dotés d'une population nombreuse. Mais là, comme à Java, on se tromperait en croyant que cette extrême densité de la population résulte de l'emploi sur place des ressources de l'agriculture. Dans bien des cas, par exemple dans les colonies françaises de la Guadeloupe et de la Martinique, la population vit de la vente des produits du sol, vente qui lui procure les moyens d'acheter au dehors ce qui lui est nécessaire. Dans d'autres pays, comme Cuba, l'exploitation du sol faite en Vue du commerce est le trait distinctif .

Combien de pays riches attendent encore sous les tropiques une population digne de leur fertilité ! A côté de Java

riche et surpeuplée, Sumatra reste encore dans une condition moyenne, et Bornéo n'est qu'à l'aurore de son peuplement et de sa civilisation. En Afrique, de longs siècles de guerres entre les peuplades, de longs siècles d'esclavage aussi ont porté le trouble dans les sociétés humaines, qui sont beaucoup moins nombreuses qu'elles ne devraient être : la colonisation européenne, en y organisant le travail, aurait pour effet, proche ou lointain, de créer des groupes d'humains plus solidaires et mieux organisés pour une vie heureuse. Dans l'Amérique du Sud, la vaste plaine de l'Amazone est en grande partie déserte : or, si son climat interdit aux Européens l'espoir d'y coloniser en sociétés nombreuses, il y a là, pour d'autres races que la nôtre, un champ immense de colonisation. Ainsi, sous les tropiques, comme dans les régions tempérées, il y a de singuliers contrastes de densité de population; et si ces contrastes sont partiellement l'image des contrastes de fertilité naturelle, souvent aussi l'absence ou la rareté des humains peuvent être attribuées à des causes d'ordre historique.

Il est beaucoup plus difficile d'analyser, dans les pays de la zone tempérée, les causes beaucoup plus complexes de la densité de la population. Sans doute il y a là, comme sous les tropiques, des sociétés auxquelles l'agriculture donne encore la majeure partie de leurs ressources. Mais ce n'est plus un fait aussi constant. Depuis un siècle, la création de la grande industrie mécanique, le développement du commerce par voies rapides de terre et de mer ont introduit une perturbation et quelquefois un véritable déséquilibre. Un pays comme la France doit assurément beaucoup à son agriculture qui demeure sa force essentielle. Une population moyenne de 72 habitants n'est pas un chiffre qui représente dignement les admirables facultés nutritives du sol français. Or, môme dans ce pays d'une agriculture très riche, la grande industrie a déjà attiré, autour des régions de bassins houillers, une population plus dense que partout ailleurs, autour de Lille, de Saint- Étienne, de Lyon, etc., etc. Très différente est la condition de l'Allemagne qui, sur un sol beaucoup plus pauvre, nourrit 104 habitants au kilomètre carré. Seulement, pour les nourrir sur place et pour guérir le fléau de l'émigration qui affaiblissait si rapidement autrefois la population allemande il a fallu trouver dans les gains industriels et com-

mercîaux la rançon de la pauvreté du sol : or, ces gains industriels et commerciaux ne peuvent être ojjlenus que si les grands marchés du monde restent pleinement ouverts au commerce allemand, ce qui est une condition précaire. Pour comprendre comment les Allemands vivent si serrés ot riches pourtant sur leur sol, il faut noter qu'ils achètent pour 2 milliards chaque année d'objets d'alimentation : ils les payent par letravailindustriel, parl'exportation d'objets manufacturés.

L'exemple de la Grande-Bretagne est encore plus probant : elle porte 42 millions d'habitants sur 314000 kilomètres carrés, c'est-à-dire 132 au kilomètre carré. Or il serait impossible au sol britannique de nourrir des habitants en si grand nombre : et voilà longtemps que l'on a renoncé à cet espoir, puisque les terres de culture anglaises deviennent de plus en plus désertes à mesure que la population devient plus nombreuse et se convertissent souvent en simples territoires de chasse et de plaisance. Mais il y a enlre l'Allemagne et la Grande-Bretagne celte différence essentielle que la Grande-Bretagne tire ses denrées alimentaires en grande partie de pays qui lui sont soumis ou qui sont de même langue et de mêmes mœurs, et qui entretiennent avec la métropole des relations de solidarité bénévoles ou forcées. En tous cas, l'explication de la densité du peuple anglais se trouve non pas sur le territoire anglais, mais dans l'ensemble des territoires de toutes les parties du monde qui sont de langue ou d'autorité britannique. Aussi est-ce pour la Grande-Bretagne une condition beaucoup moins précaire que pour l'Allemagne, beaucoup moins tributaire, si l'on peut dire, que d'avoir à acheter pour 1 300 millions de céréales, pour 900 millions de viandes, pour 600 millions de beurre et de fromage, pour 500 millions de sucre, 300 millions de fruits, 250 d'animaux vivants, 250 de thé, 125 de vin, autant d'œufs, etc.

Dans la zone de climat méditerranéen, la plupart des peuples sont beaucoup plus proches encore de la condition de densité à laquelle les astreint une agriculture laborieuse, mais souvent pauvre : le ciel n'est pas avare de chaleur sèche, mais d'humidité. La petite et ingénieuse Grèce ne nourrit ses 2 millions et demi d'habitants (37 au kilomètre carré) que grâce à un labeur de commerce dont elle a appris le secret dès l'antiquité. L'Italie vit en grande

partie de son sol, et doit à la condition favorisée de pays admirablement fertiles, comme la vallée du Pô, la Toscane, le Napolitain, etc., de faire vivre en grande partie des biens de la terre ses 33 millions d'habitants (113 au kilomètre carré). Mais sa plaine du Pôdoit sa merveilleuse fertilité à l'inépuisable contingent des glaciers alpestres : ce n'est pas une condition purement locale. De môme l'Egypte proprement dite, qui porte près de 10 millions d'habitants sur moins de 30 000 kilomètres carrés, est, comme le disait Hérodote, un don du Nil : et le Nil est un don de la mousson de l'océan Indien.

De l'autre côté de l'Atlantique, la grande république des États-Unis a longtemps vécu de l'agriculture, et vécu si grandement à l'aise que les vieux pays industriels d'Europe avaient à la longue formé l'illusion de garder cette clientèle pour leurs manufactures. Et puis là, comme en Europe au commencement du xix" siècle, mais beaucoup plus vite, l'activité industrielle est venue segrelïer sur l'activité agricole. Avec les richesses acquises par la vente des denrées alimentaires recueillies sur de vastes espaces, à l'aide d'un petit nombre de bras, donc à bon compte, les Américains ont créé du premier coup l'industrie la plus perfectionnée du monde. Aussi certains districts qui vivent à la fois de la vie agricole et de la vie industrielle ont-ils déjà une densité de population égale et supérieure môme à celle des régions les plus civilisées d'Europe.

Le Connecticut a 70 habitants au kilomètre carré, le Massachusetts 130,1e New-Jersey 93, la Pensylvanie 54. La condition d'aisance et d'équilibre de cette société se traduit par une exportation également importante de matières alimentaires et de produits manufacturés. C'est une condition tout à fait originale et unique au monde. Parmi les autres Étals américains, on ne compte guère encore que des pays fondant leur prospérité sur le développement de l'élevage et de la culture : tels le Canada, le Brésil, la République Argentine et le Chili. Ces pays, comme l'Afrique australe tempérée, comme l'Australie et la Nouvelle Zélande, s'approchent graduellement, à mesure que leur population s'accroît par l'immigration, des sociétés européennes, du moment où, comme les Etals-Unis d'Amérique, ils seront en mesure de joindre aux prolils de Tagricullure ceux de l'industrie,

Ainsi se nivelle peu à peu, par la colonisation d'influence el (k' peuplement, la condition des divers peuples. Les États-Unis d'Amérique étai(Mit, il y a un siècle, moins avancés que ne sont aujourd'hui la République Argentine et le Brésil. Les progrès do la Nouvelle-Zélande et de l'Australie ont été parmi les plus prodigieux, tant pour l'accroissement de la population que pour la multiplication des moyens de richesse. L'émigration soulage les pays surpeuplés, et rapproche d'eux ceux qui longtemps n'ont été que leurs clients ou leurs colonies. Nous ne sommes qu'à laurore dos révolutions économiques qui changeront la face du monde et mettront chaque pays à la place que lui assignent ses richesses, le nombre et l'ingéniosité de ses habitants. Il est impossible qu'un pays riche en houille comme la Chine ne devienne pas rapidement un pays industriel, à l'imitation du Japon. Déjà l'Inde anglaise fait concurrence à sa métropole pour les colonnades. Le Canada et les républiques de l'Amérique du Sud commencent à s'outiller pour la lutte industrielle. Les colonies d'Angleterre d'Afrique australe et d'Australasie profiteront au moins aussi rapidement de la parfaite initiation que la métropole leur donne en leur envoyant des immigrants.

Il est difficile de comparer rigoureusement la condition actuelle de la densité de la popuhdion du monde à la condition passée, parce que les renseignements rigoureusement exacts nous font défaut pour une grande partie du passé historique. Même pour des pays de civilisation bien étudiée, et souvent connue dans le détail, comme celle de la Grèce et de Rome, nous ne pouvons point risquer des évaluations de nombre absolu et des densités relatives de population ; à plus forte raison, ces investigations nous sont-elles difficiles quand nous observons d'antiques sociétés comme celles de l'Inde et de la Chine.

Natalité et mortalité. — Dans la période de civilisation et de communications faciles où nous vivons, il est rare qu'une société humaine se recrute rigoureusement sur place par le seul fait de la succession d'une génération à l'autre. Le plus souvent il y a influence des sociétés les unes sur les autres, alliances de familles, échanges de population. Mais les conditions d'accroissement, de stagnation ou de diminution des soo'étés humaines n'en sont pas

GiO'.n.VPHIE GÉNÉRALE. -^

moins curieuses à observer clans les différents États sociaux el sous les divers climats. On peut dire d'une manière générale qu'il faut à une société humaine, pour qu'elle s'accroisse rapidement, un certain degré d'avancement de civilisation et de bien-être. Le nomade, le pasteur, exposé à de perpétuels changements d'habitation, en proie aux intempéries, ne peut donner à sa famille les soins physiques qui protègent l'enfance et assurent par là un rapide accroissement des familles. D'autre part, dans des sociétés déjà avancées en civilisation et trop pourvues de bien-être, on voit la race déchoir en qualité et diminuer en nombre. L'excès de bien-être est mauvais à la race, comme l'excès d'épreuves physiques. On ne constate donc ni la présence de nombreuses familles, ni le développement rapide des peuples dans ces deux conditions : dans l'un et l'autre cas, il y a une sorte de lassitude morale des individus qui pèse sur le sort de la communauté.

Les grands accroissements de population se produisent en général dans les sociétés où les conditions d'existence tiennent à l'intensité du travail, soit agricole, soit industriel, soit mixte. Parmi les peuples de civilisation agricole où la population s'accroît le plus rapidement, on peut citer l'Inde et la Chine, où pourtant, de temps à autre, de cruelles famines lauchent les habitants par millions, où de grandes épidémies, peste, choléra, épuisent les rangs de ces sociétés si serrées ; mais l'accroissement normal a vite fait de compenser ces pertes. Dans les régions tempérées, la Russie peut être considérée comme un des États de tempérament agricole où l'accroissement de la population est le pins rapide. Depuis quelques années, l'empire russe s'accroît chaque année, par l'excédent des naissances sur les décès, d'environ 1700 000 habitants. Môme dans des pays où la densité de la population est déjà assez forte pour obliger un grand nombre des moins fortunés à s'expatrier, comme l'Italie, la progression est remarquable ; pour une population de 'à'2 millions d'habitants, l'Italie s'accroît annuellement de 350000 à 400000 personnes. Dans ce cas, l'émigration est un soulagement pour une population aussi serrée sur son sol (113 au kilomètre carré). En France, l'accroissement de la population est à peu près insensible ; et c'est un grand dommage |)our l'avenir de notre pays. Pour certaines nations, comme l'Espagne, où, pendant plus d'un

La l'Ot'ULATION DU GLOBE. 387

siècle, la populalion restait sédentaire ou par momfnls décroissait, il semble (ju'il y ait un renouveau d'activité et de développement.

L'accroissement est très remarquable dans un grand nombre de pays de forte industrie, à condition que cette industrie soit rémunératrice par le fait de sa bonne organisation et d'un fonctionnement normal du commerce. C'est ce que l'on remarque dans la Clrande- Bretagne et en Allemagne, où l'essor industriel et commercial a coïncidé avec un essor de la population. L'empire d'Allemagne, au cours des dernières années, gagne à peu près 800 000 habitants par an ; et son commerce a si bien suivi son industrie que l'émigration, jusqu'ici très considérable, s'est à peu près arrêtée ou est devenue peu importante.

On doit cependant se garder de croire que la condition physique d'un peuple explique seule sa croissance ou sa diminution. Il est des peuples que la prospérité n'atteint pas dans leur vigueur morale, et d'autres que l'épreuve ne réussit pas à tremper ; à côté des causes géographiques, il faut toujours envisager les causes de valeur morale.

Difficulté d'une recherche de l'histoire des races. — Rien n'est plus difficile que d'associer, dans l'étude d'une même race, les constatations certaines et rigoureuses de la science contemporaine avec les assertions souvent vagues et suspectes du j)assé historique.

C'est seulement en notre siècle de voyages étendus et d'enquêtes rigoureuses sur les caractères de chaque groupe de population que l'on a constitué l'étude de l'ethnographie et de l'anthropologie. Dans le passé, beaucoup de peuples merveilleusement doués d'esprit scientifique n'ont été pourtant que médiocrement intéressés par l'observation des traits essentiels qui les séparaient des peuples d'autre teint, d'autre stature, d'autre langue, d'autres mœurs. Les Hellènes s'en tinrent pendant longtemps à l'application du nom de barbares à tous les peuples qui n'étaient point helléniques. Le contact des peuples de race blanche avec les nègres eut longtemps pour résultat beaucoup de mépris chez les civilisés, beaucoup de soulTrance chez les noirs que cette civilisation atteignait douloureusement. L'idée môme que chaque race avait son habitat déterminé par une série de caractères physiques ne put

se faire jour pendant longtemps ; et longtemps aussi, au lieu d'observer, on se contenta de discuter dogmatiquement sur les croyances opposées du mouogénisme ou du polygénisnie.

Enfin il arriva que, même après plusieurs siècles de fréqucnlaLion d'une race dilTérentede la nôtre, comme la race noire, on s'exagéra, de parti pris et par insouciance, l'homogénéité d'un groupe d'hommes pourtant composé de fractions très ditférentes les unes des autres, exactement comme parmi les tribus d'hommes blancs. Les siècles de la traite des noirs, au lieu d'intéresser les blancs au sort des malheureux qu'ils achetaient et vendaient, n'aboutirent qu'à créer une nomination abstraite et absolue des caractères distinctifs du nègre; et celte nomination classique, qui n'est que le résultat d'une généralisation hâtive des faits observés en Afrique occidentale, est encore dominante dans nombre d'esprits cultivés. Ainsi, il est très difficile de consulter utilement les observations des siècles antérieurs, et précaire d'essayer de les rattacher aux observations actuelles, qui sont à la fois plus rigoureuses et moins intéressées.

Si Ton consulte, à l'aide des méthodes scientifiques, les restes des humains des âges lointains, que l'on retrouve dans les sépultures, et auxquels on peut attribuer des dates de quelque vraisemblance, on éprouve une autre difficulté, dès que l'on sort des périodes probablement historiques pour remonter aux âges primitifs. Les mensurations de squelettes et toutes les données qui en découlent se rattachent médiocrement aux classifications actuelles dans lesquelles la couleur de la peau et d'autres indices qui nous échappent chez ces primitifs ancêtres jouent le principal rôle. Tels squelettes que nous livre le sol profondément creusé peuvent être de même stature que les hommes vivants du même pays ou d'un pays voisin ou d'un pays lointain : mais les ressemblances et les différences osseuses ne nous révèlent qu'une part insuffisante des secrets du passé ethnographique et ne nous permettent pas denchaîner ce passé mystérieux au présent que la science nous fait si merveilleusement connaître.

LA POPULATIUN UU GLOUE. 389

Baces et religions. Langues.

Répartition des races humaines. — On (Walue à environ 1 milliard 600 millions le nombre des hommes. L(>s nalnralistes ont observé que l'homme en général supportait beaucoup mieux que les animaux les variations de température et les changements de climat; que, grâce à son ingéniosité et à son industrie, il résiste aux chaleurs de la zone tropicale comme aux i'roids des régions boréales ou des zones de climat continental. Cette remarque doit être cependant corrigée, si Ton veut bien noter que ces dilîérenles endurances ne sont pas le privilège d'une même race, mais sont au contraire réparties d'une manière inégale entre les diiïérentes races ou iractions de races de l'humanité. L'homme résiste au froid assurément, mais ce n'est pas le cas de l'homme noir en général ; l'homme résiste à la chaleur humide, il est vrai, mais ce n'est point le cas de la plupart des hommes de race blanche. Parmi les blancs eux-mêmes, il en est que les facultés particulières contractées depuis des générations rendent supérieurs en endurance aux autres. Le Russe est accoutumé par son pays de climat continental à supporter d'extrêmes froids et d'extrêmes chaleurs; le Français, enfant d'un pays de climat maritime et doux, n'a point ce privilège au même degré, comme le prouva la campagne de Russie; et parmi les Français, les uns, comme les Bretons, supportent mieux le climat humide sous diiïérentes latitudes ; les autres, comme les Lorrains et les Francs-Couitois, sont plus résistants dans des épreuves de chaud et de froid, pourvu qu'ils soient sous un climat sec. Ainsi, ce que l'on appelle V endurance générale de rhumanité s'émietteen plusieurs facultés dont chacune appartient à une race ou à un fragment de race ; et ce que l'on appelle Vendurance même d'un peuple n'est point quelque chose d'homogène.

C'est sous réserve de ces observations qu'on peut dire dans quelle mesure l'homme est soumis aux influences climatériques qui dépendent de l'altitude, de l'exposition, de la situation maritime ou continentale du pays qu'il habile, exactement comme les végétaux et les animaux. L'espèce humaine ne réussit pas à fonder des établissements durables au delà du 70° de latitude. Mais comme la

latitude ne règle point les climats, il vaudrait mieux observer que les pays les plus proches du pôle où les humains peuvent encore vivre en société sont précisément ceux où se fait sentir l'influence de courants marins venus du sud ; cette observation est plus vraie et plus intéressante qu'une observation de latitude. On ne peut pas davantage fixer une limite rigoureuse d'altitude à l'habitat des populations montagnardes ; car, si cette limite est à 1800 mètres dans les Alpes, et varie d'ailleurs dans les Alpes mômes suivant le versant que l'on considère, la grande altitude de 3000 et 4000 mètres est au contraire, dans des montagnes comme l'Himalaya, situées au voisinage des tropiques, une condition excellente d'habitabilité humaine. Que dire du Kilimandjaro et du Kénia, qui sont iustement pour les Européens habitant l'Afrique des zones de refuge ? Ici, c'est la plaine qui est rigoureuse ; là, c'est la montagne ; dans le môme pays, la montagne peut ôtre favorable aux uns et nuisible aux autres.

Division en races. — L'usage s'est conservé de diviser les hommes en trois races : 1° la race blanche; 2" la race iaune ; 3° la race noire.

Cette classification, pour être ancienne, n'en est pas meilleure. D'abord la couleur n'est pas le seul ni le meilleur indice de distinction des races, et, le fût-il, qu'on s'en servirait difficilement, puisqu'il y a dans chaque couleur un nombre considérable de nuances qui confinent à chacune des deux couleurs voisines. L'Européen du Nord- Ouest, à la peau blanche, est à certains égards plus différent de teint du Sicilien que le Sicilien ne l'est de certains noirs. C'est l'incertitude de cette classification qui oblige les ethnographes et les anthropologistes à imaginer la catégorie des races secondaires, dans lesquelles on range tous les humains qui ne répondent pas rigoureusement à l'un des trois signalements de coloration.

Enfin, ces traits physiques, fussent-ils réellement distinctifs, auraient moins d'importance, aux yeux du géographe chargé d'étudier les rapports entre la terre et l'homme, que les traits de coutumes et de mœurs. Or il y a des blancs, des noirs et des jaunes, ici agriculteurs et sédentaires, là industriels, ailleurs nomades, etc., etc. Et plus la civilisation se répand , plus les dilférences de

La population du globe. 3tJl

mœurs et de coutumes s'aplanissent et se nivellent, en même temps que l'union des races jadis considérées comme distinctes crée physiquement des types nouveaux mélanines, métissés, et dont les descendants auront dans mille ans, comme nous aujourd'hui, la prétention de descendre d'une race pure. Examinons donc non point les caractères, mais les diverses nuances de chacun des groupes de races, puis leur répartition géographique, leurs mœurs, leurs aptitudes ou naturelles ou acquises; car ce que nous considérons aujourd'hui comme une aptitude naturelle est tout simplement une aptitude dont nous ne savons pas l'origine première.

La race blanche, ses groupes, ses langues, ses religions. — On est d'accord en général pour reconnaître que les caractères principaux de la race blanche sont : d'abord, comme le nom l'indique, le teint blanc plus ou moins clair ou foncé, puis la taille assez élevée; les écrivains de race blanche ajoutent, bien entendu, que l'heureuse proportion dos membres est un caractère de leur race. 11 est plus vrai d'observer, ce qui n'est plus une question d'esthétique, que la plupart des hommes de race blanche ont les cheveux souples et longs, le front large, le nez saillant et les paupières fendues dans le sens horizontal ou en arc de cercle à peine indiqué. Mais que de différences entre les branches qui composent la race humaine! Les Scandinaves, les Allemands du Nord, les Ecossais et une partie des Anglais sont généralement de haute taille, il est vrai ; mais nombre de peuples de l'Europe méridionale sont <ie taille très inférieure à la plupart des tribus noires de l'Afriqwe. D'autre part, cet indice de la haute taille est-il donc tellement significatif? Beaucoup de peuples de l'Europe moyenne et méridionale qui sont de petite taille sont d'une force supérieure aux peuples de haute taille du Nord. Enfin tel peuple que nous considérons comme de race jaune, parce qu'il a certains traits du visage communs avec les Chinois, par exemple les Turcs, sont presque aussi blancs que les Européens occidentaux et souvent plus que les Européens méridionaux. Gomment en serait-il autrement, puisque beaucoup des Turcs actuels sont descendants des conquérants de race jaune, mais aussi des races parfaitement blanches au milieu desquelles les con-

quérants se sont installés et ont contracté des alliances ? Un peuple qui pratique la polygamie et qui ne s'est installé au milieu des autres qu'à l'état d'armée se fond nécessairement au milieu des autres.

Les peuples de race blanche sont répartis en Europe, dans une partie de l'Asie occidentale et centrale, enfin dans le Nouveau Monde d'Amérique et d'Australie. Ils sont au nombre de plus de 600 millions; i'Iuirope seule en contient environ 380 millions ; le groupe le plus important est celui de l'Amérique du Nord, où la population totale du Canada, soit 5 millions d'habitants, est exclusivement de race blanche, et où, dans les Etats-Unis d'Amérique, on compte 67 millions de blancs sur 76 millions d'habitants. Dans l'Amérique du Sud, il est plus difficile de faire la part rigoureuse de l'élément blanc et de l'élément indien, parce que les deux races se sont, rapprochées et mélangées. Les groupes d'Australie et de Nouvelle-Zélande, dont la croissance est si rapide, sont parmi les plus purs de race blanche. Dans l'Inde, il y a environ 10 millions d'Aryens de pure origine, c'est-à-dire nettement apparentés aux races blanches de l'Europe, tandis que les langues aryennes sont parlées par plus de 170 millions d'Indous. L'affinité linguistique est donc là beaucoup plus grande que l'affinité ethnographique.

Les peuples de race blanche se sont répandus avec une grande rapidité hors de l'Europe, depuis que les grandes civilisations maritimes se sont établies dans ce pays et ont rendu possibles les grandes émigrations qui ont suivi de près la découverte du Nouveau Monde. La marche transatlantique de la race blanche a d'abord été rapide dans l'Amérique du Sud où se sont établis les conquérants espagnols et portugais; puis, à partir du xvn* et du xvni* siècle, dans l'Amérique du Nord qui a été le siège d'une émigration française et anglaise. Il faut se garder de dire que les Européens du Nord ont choisi l'Amérique du Nord parce qu'elle leur convenait mieux et les Européens du Midi l'Amérique du Sud parce qu'elle répondait mieux à leurs aptitudes. En effet, l'Amérique du Sud n'a oflert aux immigrants européens de nos pays du Midi un habitat conforme à leurs facultés physiques qu'en raison de la présence de hautes montagnes, qui ont permis à ces enfants d'un pays sec d'Eu-

rope de retrouver, au-dessus des plaines tropicales humides, un séjour analogue à leur patrie. C'est bien pourquoi il ne faut pas reprocher aux Espagnols et aux Portugais de s'être fièrement installés dans les montagnes au lieu de coloniser les plaines ; les seules plaines du sud de l'Amérique méridionale leur étaient accessibles en raison du climat, mais, dans toute la région septentrionale de cette même partie du monde, ils ne pouvaient vivre qu'à condition de rechercher les grandes altitudes. Enfin, dans la période contemporaine, les Européens du Nord et du Centre, Français dans la République Argentine, Allemands dans le sud du Brésil, ont fait la preuve que ces pays étaient à leur convenance.

De même, si l'Amérique du Nord a surtout reçu des Anglo-Saxons et des Français dans la première période de sa colonisation, il a d'abord fallu à ces deux races, ou plutôt à ces deux peuples, de longues années d'accoutumance et plusieurs traits de leur caractère primitif de race ont évolué et se sont modifiés au contact de ce nouveau pays, plus sec et plus continental dans vm grand nombre de ses parties que ne sont la France et l'Angleterre. Puis, dans la période contemporaine, les Européens du Midi se sont mis à émigrer aussi vers l'Amérique du Nord, témoin l'importance des colonies italiennes qui s'y sont fixées. Enfin, il ne faut pas croire, parce que les Etats-Unis d'Amérique sont une ancienne colonie anglaise, que le fond de la population soiten majorité écrasante d'origine britannique. Si l'on étudie l'origine des immigrants dans la période de peuplement entre 1820 et 1900, on observe que le total des immigrants originaires de la Grande-Bretagne est loin d'atteindrele nombre des Allemands, Suédois, Norvégiens, Autrichiens, Russes, Italiens et Français qui s'y sont fixés. C'est la langue anglo-saxonne qui fait l'unité, et non pas le sang anglo-saxon. Sur 18 millions d'immigrants reçus par les États-Unis d'Amérique entre 1820 et 1900, il n'y avait que 7 millions de personnes originaires de la Grande-Bretagne. Au Canada, sur r> millions d'habitants, il y a un groupe compact de 1700000 Français, d'autant plus cohérent que ce groupe avoisine, dans la région des lacs, un autre groupe fixé aux États-Unis d'Amérique, et qui est plus nombreux encore ; les 3 millions d'habitants que les statistiques qualifient souvent d'Anglais doivent être divi-

ses en Anglais, Écossais cl Irlandais. Or ces dei-niers ne sont point des Anglo-Saxons, et ils n'ont que la langue qui leur soit commune avec les Anglais : cette communauté de langue fait-elle équilibre à l'antagonisme de race et de religion? Dans de pareils cas, on doit analyser en détail les statistiques. Les peuples de race blanche sont en eflet assez diiïerents les uns des autres par la langue et par la religion. Le groupe le plus nombreux est assurément le groupe de langue anglaise, qui compte près de 120 millions d'adeptes. Mais le groupe russe lui fait désormais équilibre. Si l'on comptait ensemble tous les peuples blancs de langue d'origine latine. Français, Italiens, Espagnols, le total serait largement voisin des précédents ; mais l'homogénéité n'est point la même, et c'est faire un assemblage sa vaut, mais factice, que mettre ensemble Français, Italiens et Espagnols, qui ont besoin d'un effort d'étude pour se comprendre. C'est bien pourquoi il ne faut pas parler de races latines. On ne saura jamais quelle part de sang gaulois, de sang romain, de sang germain, recèle la race française actuelle. L'Italie renferme assurément des descendants de Gaulois dans ses parties septentrionales et des descendants de Grecs dans ses parties méridionales. L'originalité des Espagnols atteste, à défaut de documents statistiques, que les Ibères n'ont pas été complètement romanisés et que les Maures ont laissé dans la péninsule des traces de leur passage. Ainsi, une limite de langue n'est pas une limite de race, et la langue que parle un peuple ne témoigne pas certainement quelle est son origine.

, La diversité religieuse des peuples de race blanche n'est pas moindre que leur diversité linguistique. Elle est même plus considérable. Il y a trois groupes principaux de religions. Au premier rang est le groupe catholique qui comprend la France, l'Espagne, l'Italie, l'Autriche-Hongrie, un contingent notable de l'Allemagne du Sud et du Centre, une partie de la Belgique et de la Suisse, l'Irlande, les républiques du Mexique, d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud, et une population nombreuse aux États- Unis et au Canada. En Europe seule, il y a 1(55 millions de catholiques. L'Église grecque ou orthodoxe a le plus grand nombre de ses fidèles en Russie, en Grèce, en Roumanie, en Serbie et en Bulgarie : elle compte 105 millions

d'adeptes. Les diverses Églises protestantes, qui comprennent beaucoup de confessions dogmatiques distinctes, rallient en Europe seule 90 millions d'âmes. Mais leur domaine est très étendu dans l'Amérique du Nord, où elles lorment la majorité aux États-Unis.

Les juifs ou israélites sont au nombre d'à peu près 7 millions, en Russie, en Pologne, en Turquie, en Roumanie, en Portugal, en Allemagne et en France. Là il y a une plus grande coïncidence de l'unité ethnographique et de l'unité religieuse : c'est pourquoi le groupe israélite est celui où les hommes sont le plus solidaires les uns des autres. Il faut dire d'ailleurs, pour être juste, que la persécution a, pendant de longs siècles, contribué à resserrer celte solidarité.

Les sociétés formées d'hommes de race blanche sont très diverses et présentent une complexité remarquable. Ici c'est l'Anglo-Saxon aux aptitudes industrielles et commerciales; là le Français, l'Italien, l'Espagnol, plus fidèles, soit en Europe, soit dans les pays de colonisation, à la tradition des œuvres agricoles, moins exclusifs, plus souples peul-èire. En Europe orientale et en Asie, le Slave, quasi pasteur le siècle dernier, devenu agriculteur émérite, colon dune énergie incomparable, s'est initié, en l'espace de quelques années, avec une facilité merveilleuse à tous les secrets de la vie industrielle.

JMais il ne faudrait pas expliquer par des prédispositions de race ce qui n'a été souvent qu'une conséquence des faveurs ou des rigueurs de la nature. La Grande-Bretagne ne serait point devenue le peuple exclusif d'industrie et de commerce qu'elle est, sans la découverte et la rapide mise en valeur de ses bassins houillers : la preuve en est dans la merveilleuse renaissance de la vie agricole anglaise d'autrefois dans certains pays d'outre-mer, comme la Nouvelle- Zélande. C'est une ancienne aptitude qui se réveille : elle ne faisait que sommeiller. La France fût-elle restée aussi profondément agricole, si elle avait trouvé trois ou quatre fois plus de houille dans son sol? Que manquait-il aux Italiens, si ingénieux et laborieux, si profondément artistes, pour constituer de belles et puissantes industries, si leur sol leur avait donné généreusement la houille? On doit seulement noter que les peuples de race blanche sont très souples dans leurs facultés et très actifs. Mais cela même

396 GÉOGKAPHIE GÉNÉRALE.

n'est point affaire de sang ni de teint : la cause de cette supériorité est dans les conditions favorables de climat où celte race s'est développée, puis dans une longue série de traditions morales, religieuses, historiques. Les .Japonais nous prouvent depuis vingt ans que la race blanche n'a point ce monopole : demain peut-être ce seront les Chinois qui nous fourniront un autre exemple. On doit se garder de l'orgueil de race.

La race jaune, ses groupes, ses langues, ses religions. — On estimequ'il existe tout près de 40(> millions d'hommes de race jaune. Le type de la race jaune est caractérisé par les traits suivants: d'abord le teint dun blanc jaunâtre, une taille moyenne, des cheveux droits, gros, brillants et noirs, le visage aplati, les pommettes saillantes, les yeux écartés, les paupières obliques et bridées, le nez épaté. Mais il s'en faut de beaucoup que tous les rameaux de la race chinoise présentent les mêmes indices physiques. Certains Chinois des régions de montagnes de l'intérieur, par exemple au Yun-Nan, sont d'assez haute taille, tandis que les Annamites sont à la fois de moins haute stature et de constitution plus grêle que les Chinois. Plus on étudie de près ce monde de race jaune, plus il révèle de variétés et de nuances.

Cette race occupe une très grande partie de l'Asie, surtout les régions du Nord, du Centre et de l'Est, et quelques contrées d(^ l'Europe, en particulier la vallée inférieure de la Volga. Elle comprend : en Asie, les Mongols, les Chinois, les Annamites qui habitent l'Indo-Chine, les peuples du Turkestan oriental; en Europe, les Samoïèdes établis sur les bords de la mer Blanche, les Finnois répartis en Finlande, en Livonie et en Esthonie, provinces riveraines de la mer Baltique; une partie des Turcs, les Magyars de Hongrie et de Transylvanie. Dans la période actuelle, une colonisation chinoise active envahit l'archipel Malais, l'Australie du Nord et les États occidentaux des États-Unis d'Amérique, qui, d'ailleurs, se sont défendus par des lois contre l'immigration chinoise.

C'est une coutume consacrée, mais mauvaise, semble t-il, d'appeler les gens de race jaune peuples de race mongolique. Il se peut que les Mongols actuels aient subi l'influence de la colonisation chinoise au point d'être devenus

des exemplaires rigourcusemcnl exacts de la rare jaune. Mais les Mongols, qui sonl connus dans l'hisloire pour avoir fait de grandes invasions, étaient une confédération de peuples de races différentes, c'est-à-dire tout le contraire d'une race.

La race jaune présente une homogénéité de caractères sociaux beaucoup plus grande que ceux de la race blanche. La Chine, qui renferme la plus grande partie des hommes jaunes, est un pays essentiellement agricole et dont la civilisation très vieille repose précisément sur la prépondérance du métier d'agriculteur. Au reste, c'est là tout autant le résultat d'une disposition naturelle d'un pays merveilleusement riche par le sol et par le climat que l'expression de l'aptitude spéciale d'un groupe d'hommes. La race jaune a en effet son siège dans la grande région physique des moussons de l'Asie orientale, région qui est assurément, avec l'Inde, l'une des plus favorisées du monde. Les hommes de race jaune ont donc développé avec une persistance de tradition remarquable leur civilisation agricole dans le sens même (jue leur indiqua la nature, nature moins variable et, par là, plus impérieuse dans ses sollicitations que celle de nos pays de la zone tempérée. Une description de la Chine empruntée à Marco Polo est, à certains égards, vraie aujourd'hui.

La race jaune est-elle sur le point d'évoluer, à la suite du contact des Européens et la mise en valeur des richesses industrielles de son sol va-t-elle transformer de fond en comble cette civilisation antique? Sans se dire prophète, on peut croire, justement parce que le secre de la civilisation d'un peuple n'est pas renfermé dans son ethnographie, que les mêmes causes produiront les mêmes effets que dans les pays de race blanche, et qu'il y aura bientôt activité industrielle chez les Chinois comme chez les blancs.

Mais il est une question à laquelle l'étude de la nature physique des hommes de race jaune et d'autres considérations géographiques permettent de répondre. La crainte de l'invasion chinoise est une chimère. Le plus grand nombre des hommes de cette race sont aptes à vivre dans les conditions particulières des pays de moussons de la zone tropicale. Les jaunes du nord de l'Asie orientale, les seuls qui se pourraient risquer, sans être d'ailleurs assurés

du succès, dans une lutte pour conquérir le domaine des blancs, sont les moins nombreux de tous. C'est dans la zone tropicale et sur ses confins que foisonne la race jaune, ce qui précise et limite ses aptitudes. Quant à l'invasion du commerce et de l'industrie de la race jaune, ce n'est point un danger plus grave que celui de l'invasion que les blancs de divers peuples font les uns chez les autres; et c'est avec les mêmes moyens qu'on peut la combattre.

Il faut penser, d'ailleurs, qu'il n'y a point d'unité linguistique parmi les peuples de race jaune : la langue chinoise, la plus répandue de toutes, est restée à l'état rudimentaire; il n'y a pas en Chine de langue nationale parlée, on ne peut s'entendre que par la langue écrite, langue idéographique. Un Chinois du Sud ne comprend ni celui du Nord, ni celui du Centre, à moins qu'il ne s'agisse de lettrés entre lesquels la langue est commune.

L'unité religieuse n'est pas plus marquée. Ainsi, en Chine, il n'y a vraiment point de religion au sens que nous attachons à ce mot. Le confucianisme issu de l'ancien culte national n'est plus qu'une sorte de philosophie morale pratiquée par les gens des hautes classes. Le taoïsme a fini par se réduire à une sorte de magie ; quant au boudhisme, c'est une sorte de culte des génies et des mânes. Un seul culte groupe solidement ses fidèles en Chine : c'est le culte de l'islamisme, qui compte 25 millions de fidèles dans les provinces du Sud, fidèles dont la communauté d'intérêts a été héroïquement attestée par l'insurrection qui éclata en Chine méridionale il y a trente ans. L'unité de l'empire chinois, si précaire, faillit y périr.

La race noire; principaux groupes; état social; religions. — 11 est impossible, dans 1 état actuel des statistiques, d'offrir un dénombrement même approximatif des hommes de race noire. Quelques régions peuplées de nègres, comme le bassin du Congo et le Soudan, n'ont point été régulièrement recensées. A plus forte raison ne peul-on faire la part des métis qui se sont formés sur les confins de tous les groupes de race noire.

D'ailleurs, le type de la race nègre échappe, comme tous les autres, et pour les mêmes causes, aux tentatives de définition d'une science précise. On caractérise le plus souvent le nègre par son teint d'abord, puis par ses cheveux

courts, noirs et crépus, par la position de ses youx logés à fleur de tète, par la forme de son nez large et épaté à la base, par la grandeur de sa bouche, l'épaisseur de ses lèvres, la saillie de sa mâchoire inférieure et le retrait du mon Ion. Or ce portrait n'est autre chose que le portrait traditionnel qu'on s'était accoutumé à tracer au temps où les lùiropéens pratiquaient la traite sur la côte occidentale d'Afrique. Est-il besoin de dire que la curiosité scientifique des négriers était médiocre et que, d'ailleurs, ils s'adressaient, pour leur honteux commerce, presque toujours aux fournisseurs des mêmes parages. Cependant, les négriers mêmes étaient mieux informés que les savants d'Europe de cette époque de la variété des races noires. Tel registre de bord d'un négrier signale que les « poules», c'est-à-dire les « peuhls », ne sont point de véritables nègres, mais ont seulement le teint cendré. En tous cas, les négriers même les plus déterminés ne connaissaient qu'une faible partie des noirs d'Afrique. Aujourd'hui, l'exploration africaine a mis fin à cette légende de runiformité du type nègre. D'abord, on a constaté de grandes ditïérences de teint entre les peuples que désigne ce môme nom de noirs. Ainsi, au Soudan, les Ouolofs, les Toucouleurs, les Sarakolés et les Mandingues se distinguent par leur nuance de teint : les uns sont noir de jais, les autres gris cendré. Si beaucoup de nègres d'Afrique occidentale ont le nez large et épaté, les lèvres é[)aisses, il n'en est pas de même des belles tribus de Gafres de l'Afrique du Sud-Est, où souvent sous un teint noir on voit des traits aussi réguliers que ceux de maint Européen. Il n'est pas vrai davantage que tous les noirs aient les cheveux crépus : c'est là surtout un caractère distinctif d'un grand nombre de tribus d'Afrique occidentale. Les noirs d'autres pays que l'Afrique, par exemple les noirs de l'Inde, Bandjaris, Gonds, Bodos, ont conservé un teint très foncé, mais ont été indianisés de telle manière que souvent leurs traits rappellent beaucoup ceux des Aryens. Que dire des noirs que la traite a transportés d'Afrique aux Antilles ou en Amérique continentale, sud des États-Unis, Brésil, etc. ? Ils sont les descendants authentiques du nègre africain; et pourtant, combien ils en sont devenus ditïérents, bien que de longues années d'esclavage ne les aient point précisément prédisposés à la civilisation! Là même leur initiation a été ditTérente,

et, pour ne prendre que l'exemple des Antilles, les noirs descendants d'esclaves se sont façonnés à la civilisation suivant les exemples bons ou mauvais, mais différents, que leur donnaient leurs maîtres d'autrefois, aujourd'hui leurs associés. Américains, Anglais, Franc^ais ou Espagnols.

On doit rattacher aussi à la race noire les groupes de nègres de petite taille appelés Négrîios, en particulier ceux des Philippines. Or, s'ils sonl de même teint que les nègres d'Afrique, ce que l'on ne peut dire, puisque les nègres d'Afrique sont eux-mêmes de teints différents, ils s'en distinguent par toutes sortes de caractères physiques, la petite taille, la gracilité des membres, la nature des cheveux. En poussant à bout cette classification qui repose sur l'analogie du teint, nous devons compter, dans le même groupe que les nègres africains, les Papous ou Papois, qui habitent la Nouvelle-Guinée et d'autres îles d'Océanie.

On voit donc combien les divers rameaux de l'arbre généalogique nègre sont nombreux ; en Afrique même, les zones de peuples de chaque groupe sont assez rigoureusement déterminées. Le Hottentot vit sous les latitudes les plus méridionales au sud du tropique du Capricorne, le Cafre plus au nord jusqu'au fleuve Zambèze. Dans le Soudan et le Sénégal, rien n'est plus distinct que le caractère de peuplades juxtaposées les unes aux autres, comme les Ouolofs, les Sérères, les Mandingues, au milieu desquelles on rencontre un fort contingent de Peuhls, qui sont aussi blancs que certains Européens méridionaux ou même davantage, et dont la présence parmi tous ces noirs -est un mystère d'ethnographie et d'histoire.

Est-il besoin de dire combien tous ces peuples sont différents les uns des autres? Les uns sont agriculteurs et l'étaient déjà quand les Européens pénétrèrent en Afrique, par exemple dans la région du Sénégal ; les autres sont des nomades éleveurs et pasteurs, en particulier sur la lisière du Soudan et du Sahara. Sur la côte de Guinée, les Kron sont de remarquables matelots. Parmi les nègres océaniens, les Papous se distinguent aussi par leur habileté maritime.

Très différentes aussi sont les religions des peuples noirs. La majeure partie en Afrique est idolâtre et n'a que des formes rudimcntairesde culte et de morale. Mais l'influence arabe a répandu au Soudan et en Afrique orientale l'isla-

LA POPULATION ni) GLOlîE. 401

mismo, ({ui a cerluinoinent coniriljm'' à ii,rouper en unités plus puissantes des peuplades jadis absolument dispersées. Le grand explorateur Binger se plaît à rendre justice à la belle tenue reli£?ieuse et morale des musulmans de Kong. Au moment de l'histoire où nous sommes, les nègres, africains ou autres, subissent de plus en plus l'influence des sociétés européennes qui les colonisent : on voudrait que l'Europe n'eût envoyé en Afrique que des Livingstone et des Brazza ; l'éveil de la civilisation y eût été, sinon plus rapide, au moins plus sûr et plus sincère.

Races secondaires. — On donne ce nom de races secondaires à des races pour ainsi dire intermédiaires entre les types humains que nous appelons blancs, noirs ou jaunes, et qui présentent à dilïérents degrés un mélange des caractères physiques propres aux grandes races. Les principales races secondaires que l'on a coutume de distinguer sont les suivantes :

1° La race boréale. Gomme ce nom l'indique, les hommes de cette race habitent les régions les plus voisines du pôle boréal. Sont-ils différents de leurs voisins du Sud parce qu'ils descendent d'autres ancêtres ; ou bien leur type s'est-il graduellement modifié dans les épreuves de la vie cruelle que leur imposent ces pays? On ne sera sans doute jamais en mesure de répondre à cette question ; et, à vrai dire, nous distinguons surtout les Groenlandais et les Esquimaux de leurs voisins des plus basses latitudes parce qu'ils sont isolés, et ont, en raison de leur isolement même, des coutumes absolument caractéristiques. Les explorateurs polaires nous les ont décrits ; et il est vrai que dans l'étal actuel ils sont distincts fortement des tribus voisines des parages plus tempérés. Ils sont généralement de petite taille, leur peau est grisâtre, leurs cheveux noirs, rares mais longs, leur visage est curieusement creusé à la naissance du nez, les pommettes sont saillantes ; les paupières de leurs yeux noirs sont faiblement fendues.

"i" La race américaine est la race qu'assujettirent les y)remiers conquérants européens de l'Amérique et que la colonisation refoule aujourd'hui de plus en plus à l'intérieur des terres. Le terme général d'Indiens qu'on leur applique n'a d'ailleurs pas plus de signification nette que le terme Américain ; on les appela Indiens parce que les Géoguaphie générale. 26

voyageurs européens qui découvrirentrAraérique croyaient arriver aux Indes. D'ailleurs, les Indiens de rÀmérique du Nord ne sont semblables ni aux Aztèques, ni aux nombreuses tribus de l'Amérique du Sud. Ces Indiens du Nord, que le développement de la colonisation aux Etals-Unis et au Canada a refoulés dans des réserves ou contraints à se mêler aux blancs, sont des hommes de haute taille et de forte corpulence ; il ne semble pas que les Aztèques et les Caraïbes aient été des races aussi vigoureuses. Le teint varié chez les indigènes d'Amérique depuis le rouge cuivré jusqu'au jaune; la plupart ont le front bas, les yeux enfoncés et petits, le nez aquilin, mais ce ne sont pas là des traits de caractère d'une fixité bien constatée.

3° La race malaise ou polynésienne est un assemblage encore moins homogène. Il est, en effet, assez curieux que l'on ait mis dans une même catégorie, sous le même nom tVIndiens, tous les indigènes des deux ou des trois Amériques, sous le prétexte qu'ils habitent un seul et môme continent, et que l'on réunisse Malais et Polynésiens de différents types pour la raison toute différente de leur dispersion à la surface de l'océan Indien et du Pacifique. Les Malais proprement dits qui peuplent une partie de l'Insulinde, et notamment .lava, se rattachent assez nettement, du moins par le teint, à la race jaune. Le plus souvent on réserve le nom de Polynésiens aux habitants de teint clair ou cuivré d'une partie des archipels du Pacifique. Mais entre les Polynésiens et les Papous il s'est fait des alliages à degrés divers, qui ont déterminé toutes sortes de tribus et de races de transition. L'étude de plus en plus attentive des Japonais a porté certains observateurs à croire qu'une partie de la population japonaise, notamment dans l'aristocratie, était apparentée aux Polynésiens.

4" La race australienne, qui occupe l'Australie et quelques îles du voisinage, devrait être, si les classifications ethnographiques étaient toujours logiques, rattachée à la race noire, puisque tel est leur teint. Mais les autres caractères physiques ont fait classer à part ces malheureux que la colonisation européenne fait rapidement disparaître. Il y eut une race tasmanienne, d'un teint noir, d'un type absolument original et distinct de tous ceux que les ethnographes avaient observés chez les autres noirs; elle a disparu.

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