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CHAPITRE PREMIER

Sommaire.

Principales cultures alimentaires. — Le froment. Sa diffusion sur un grand nombre de territoires qui diffèrent par la composition du sol et aussi par le climat. Emploi de vastes espaces (Russie m perfectionnement de la culture (France). Grands pays producteurs : États-Unis, Russie, France, Autriche-Hongrie, Indes anglaises, Allemagne, etc. Pays exportateurs : États-Unis, Russie, Indes anglaises, etc. C'est à la fois une des plus précieuses ressources d'alimentatiou sur place et un des objets de commerce les plus importants.

Le riz, céréale servant d'aliment au plus grand nombre d'hommes (Chine, Inde, Indo-Chiue). Il est cultivé surtout sous les tropiques. Antiquité prodigieuse de la culture du riz en Chine. Nécessité d'une humidité constante pour la culture du riz. Espaces où l'on pourra cultiver le riz (Amazonie, Afrique intérieure, etc.). Le riz, base d'alimentation des Chinois, est moins exclusivement consommé aux Indes. Progrès de la culture du riz dans l'Indo-Chine française.

La pomme de terre. — Culture à la fois alimentaire et industrielle. Valeur annuelle des récoltes: 3 à 4 milliards. Son introduction en Europe et en France (xviiie siècle). Principaux pays producteurs : États-Unis, Allemagne, Russie, Autriche-Hongrie, France.

La vigne se plaît sous des climats fort peu semblables. Principaux pays producteurs : la France (avec l'Algérie et la Tunisie), l'Italie, l'Espagne, etc. Progrès de la culture de la vigne aux États-Unis (Californie) et en Australie. Grande importance du commerce des vins : exportations de la France, 225 à 250 millions par an ; de l'Italie, 40 à 60 millions ; de l'Espagne de 80 à 90.

La betterave, culture industrielle d'alimentation. Betterave fourragère et betterave à sucre. Développement extraordinaire de cette culture dans la

seconde moitié du .\ix« siècle; progrès de la chimie a^'ricole (engrais). Contérence de Bruxelles (1902). Principaux pays de production : Russie, Allemagne, France, Autriche-Hongrie. Exportations de l'Allemagne : 2.j() milhons par an; de la France : 180 à 200 millions; clientèle des États-Unis et de l'Angleterre.

La runne à sucre demande un climat humide et chaud. Essor pris par cette culture dans le Nouveau .Monde et en particulier dans les Antilles. C'est l'archipel Malais qui produit la plus grande quantité de sucre de canne, puis viennent les États-Unis depuis qu'ils se sont annexé Cuba, Porto- Rico et les lies Haïti : lile .Maurice, le Brésil, la République Argentine, l'Australie, les Antilles sont les autres principaux pays producteurs de canne à sucre.

Le café. — Nombreuses variétés. Son introduction en Europe et en France (xviie siècle). Deux espèces principales : caféier d'Arabie et caféier de Libéria. Accroissement de la production du café ; elle a plus que quintuplé depuis 1828. Principaux pays producteurs : Brésil (469 000 tonnes), archipel .Malais (Java, Sumatra, Gélèbes;, Venezuela, Colombie, Guyanes, Haïti, Cuba, Porto-Rico, Inde, côte occidentale de l'Airique. Grands marchés : États-Unis, Allemagne (Hambourg), France (le Havre), Angleterre, Mélanges.

Le thé sert de boisson dans des pays très peuplés comme la Chine, et de consommation auxiliaire dans d'autres (Russie, Angleterre, France) : il est cultivé surtout en Chine et au Japon, aux Indes anglaises, à Ceylan, à Java.

Cultures alimentaires secondaires : .\rbres fruitiers, épices, bière.

Les grandes cultures alimentaires se développent dans les pays où la végétation spontanée a été supprimée et remplacée par des plantes utiles. Exemple des pays de la zone tropicale ou des pays de moussons; espaces gagnés sur la forêt. Le F'ar-West américain. Cette extension se trailuit donc par une restriction de la richesse de la flore, par la consécration du sol à un nombre de plantes restreint, après sélection attentive, mais ce n'est pas une cause d'appauvrissement, au contraire. La faculté d'acclimatation des plantes étrangères se mesure dans un pays à la souplesse des conditions climatériques. Plus un pays est de climat souple, plus son état cultural est complet ; plus un pays est de climat régulier, plus sa condition est simple.

Réserves du Globe en terres cultivables : Sumatra, Bornéo, l'Amazonie.

Interprétation des faits économiques en géographie. — On se contente souvent de rapprocher deux faits, croyant mettre en rapport un etlet et une cause. C'est pourquoi le géoi^raphe ne doit consulter et interpréter les données de la statistique qu'avec la plus grande prudence. Les précautions doivent être surtout minutieuses en ce qui concerne le commerce. Ainsi, le tonnage colossal du port de Constan-

tinople, de celui do Singapour, et de beaucoup d'autres placés au point de resserrement d'un détroit, est le résultai de la nécessité puie et simple où sont beaucoup <lo navires de passer là; ce n'est pas une preuve d'une c^rande ' tnité des échanges, mais seulement d'une grande fréquence des passages. D'ailleurs, la prospérité d'un port n'atteste en rien la prospérité du pays auquel il appartient. Anvers est autant et plus un témoignage de la prospérité des commerces anglais et allemand (|ue dv. l'activité du commerce lielge.

Le port français de Cherbourg prouve, par le rapide accroissement du chiffre de son tonnage, un seul fait celui '•e l'habileté de l'Allemagne, qui a su en obtenir l'emploi pour ses lignes postales; la France n'y gagne rien, ou presque rien : elle y perd même, puisque l'activité qui son siège à Cherbourg est le fait d'étrangers qui font concurrence à sa marine. 11 en est ainsi de nombre de constatations statistiques qu'il faut savoir diviser et discuter.

Quelle que soit l'importance des faits climatériques sur 1 1 répartition des cultures, il est impossible, tant sont variées les espèces de plantes qui poilent le même nom, de s'en tenir à la vieille classifical'on des cultures tropicales et des cultures tempérées Le liz j ousse à Java dans une région de climat maritime tropical très caractérisé : des régions de moussons, remarquables par l'alternance d'une siison chaude et humide, d'une saison sèche et froide, comme l'Inde, l'Indo-Chine, la Chine, ont de merveilleuses rizières. Mais il y en a aussi en Egypte et en Italie. C'est que, dans tous ces pays, la plante, dont les espèces sont d'ailleurs variées, rencontre des conditions de |)rospérité : nulle part, il n'y a un froid assez rigoureux dans ces pays, ni une sécheresse trop prolongée pour mettre en péril cette plante.

Le mais n'est pas davantage une plante tropicale, bien qu'on le récolte en abondance dans nombre de pays, et d'ailleurs f(jrt divers les uns des autres, situés sous les tropiques.

La pomme de terre, dont l'expansion est si remarquable dans nos régions tempérées d'Europe, ne vient-elle pas des régions chaudes de !'Aniéri(^ue du Sud, du Chili moyen?

LES PRODUITS ALlMEiNTAIRES. 433

Principales cultures alimentaires.

Le froment. — Le froment est une des céréales qui con tribuent le plus à l'alimenlation des hommes. De tout temps on vanta sa bienfaisance. Les Grecs ne célébraientils pas, dans les mystères d'Eleusis, le don par Demeter de cette précieuse plante ? Et non seulement sa culture est caractéristique de quelques-uns des terroirs les plus féconds du Globe où elle a attiré une population dense et heureuse, mais encore nombre de pays cultivent le blé bien au delà de leurs besoins et dans le but d'en livrer de riches cargaisons au commerce.

Les conditions de la culture du blé sont assez variables : d'ailleurs, il y a un certain nombre de variétés de cette plante dont chacune requiert des circonstances de nature, de sol et de climat assez particulières. On sait que l'Algérie et la Tunisie excellent dans la production du blé dur. Et, en France même, on cultive plusieurs variétés de froment. Il n'en est pas moins curieux de constater qu'il y a des champs productifs et prospères en France sous un climat doux et assez humide, dans la zone de climat continental de la Russie, de la Sibérie, du Manitoba, dans les régions sèches de l'Afrique mineure et de l'Afrique australe

Voilà nombre d'années que le blé a fait son apparition dans les régions du nord-ouest de l'Inde; la République Argentine, après s'être adonnée à l'élevage ou à la culture du maïs, devient un important pays de production du blé.

Au reste, par le fait même de sa dilïusion sur un grand nombre de territoires qui diflerent par la composition du sol et aussi par le climat, la culture du blé donne d'une année à l'autre des résultats fort différents. On estime que, dans les années les plus généralement heureuses, les terres à blé du monde entier ont fourni plus d'un milliard d'hectolitres, c'est-à-dire 700 à 800 millions de quintaux. La moyenne est estimée à 925 millions d'hectolitres. Elle ne peut manquer de s'élever, puisque le blé gagne chaque année de nouvelles terres, en Sibérie, au Canada, aux États-Unis, dans l'Argentine et dans le centre du Brésil ; en outre, la culture donne desrésultats deplusen plusavantageux, àmesure que l'homme y apporte plus de science et de soin. Il est tel ch imp de France, dans l'arrondissement de Valen-

'lîÉOQRAPDlE GÉNÉRALE. 28

ciennos, où l'on oblient plus de 30 hectolitres de blé à l'hectare. Dans des champs d'expérience traités suivant les méthodes les plus scientifiques, on a récolté jusqu'à 50 et même 60 hectolitres. La différence est grande entre les divers pays qui sont grands producteurs de blé : les uns, comme la Russie et les États-Unis d'Amérique, obtiennent de grandes récoltes grâce à l'emploi de vastes espaces, tandis qu'en France c'est le perfectionnement de la culture, devenue intensive, qui permet d'arriver à des récoltes considérables.

Il est besoin de dire qu'en raison des différences de position, de terroir et de climat de tant de pays producteurs de blé, la récolte a lieu à des époques diverses. En France, en Autriche- Hongrie, en Russie méridionale, la récolte a généralement lieu en juillet. Le nord des États- Unis, le bas Canada, le Manitoba, les pays du nord de l'Europe ne récoltent qu'en août et même, dans les régions les plus septentrionales du Canada, la moisson ne se fait qu'en septembre; il est même des districts à blé du nord de la Russie qui ne récoltent qu'en octobre. Dans les pays chauds et secs, la récolte est généralement avancée : ainsi la haute Egypte récolte en février ou en mars, la basse Egypte en avril, l'Algérie et la Tunisie en mai ou juin ; les récoltes du Penjab dans les Indes se font dès février et mars. Dans l'hémisphère austral, ce sont, bien entendu, les mois de notre hiver, de l'été austral, qui sont les mois de récolte ; ainsi, le Chili récolte en janvier comme la France en juillet, de même l'Argentine et le sud de TAustralie.

Les grands pays producteurs de blé sont :

1" Les États-Unis, 180 millions d'hectolitres;

2° La Russie (Europe et Asie), 165 millions d'hectolitres;

3° La France (avec l'Algérie- Tunisie), 125 railhons d'hectolitres ;

4° L'Autriche-Hongrie, 70 millions d'hectolitres;

5° Les Indes anglaises, 70 millions d'hectolitres ;

6° L'Allemagne, 50 millions ;

7° L'Italie, 43 millions;

8° L'Espagne, 38 millions;

9° L'Argentine, 37 millions ; 10° Les îles Britanniques, 21 millions;

11° La Roumanie, 19 millions ;

12° L'Austrahe, 18 milhons;

13° La Turquie, 18 millions;

14° Le Canada, 16 millions;

15° La Bulgarie, 12 millions.

Viennent ensuite :

Le Japon, 17 raillions;

La Perse, 6 millions;

Le Mexique, 5 millions et demi;

L'Egypte, 5 millions ;

La lielgique, le Chili, la Serbie, le Portugal, l'Uruguay, etc.

Parmi tous ces États producteurs, les uns récoltent dans linlérêt du commerce autant et plus que dans l'intérêt de leur alimentation, les autres surtout dans l'intérêt immédiat de la consommation locale. Les pays qui ont un libre excédent à exporter sont :

Les États-Unis, 35 millions de quintaux;

La Russie, 30 millions ;

Les Indes anglaises, 10 millions;

La Roumanie, 8 millions ;

L'Autriche- Hongrie, 4 raillions. Puis la Bulgarie, la République Argentine, l'Australie, le Canada et le Chili, pour des quantités moindres. Parmi les plus grands acheteurs de blé flgurent les îles Britanniques, 45 millions de quintaux; la France, 10 à 15 millions, en général, la Belgique, l'Italie, l'Allemagne, la Suisse, la Hollande, etc.

Le blé est donc en même temps une des plus précieuses ressources d'alimentation sur place des sociétés sédentaires et un des objets de commerce les plus importants. Les cargaisons de blé expédiées des Étals-Unis, de Russie, des Indes, de la péninsule des Balkans, de la République Argentine et du Canada, représentent pour la marine marchande un fret d'une haute valeur.

Le riz. — Le riz est assurément la céréale qui sert d'aliment au plus grand nombre d'humains. C'est la nourriture do la Chine et de l'Inde en très grande partie, la nourriture à peu près exclusive de l'Indo-Chine, Les naturalistes vantent les qualités que lui donne son extrême richesse en fécule, ladécorlication facile de son grain qui permet de l'utiliser sans mouture, enfin sa faculté de longue conservation.

Le riz n'est pas une culture exclusivement tropicale, à

supposer qu'il y ait des cultures tropicales, au sens étendu de ce terme : il n'y a pas plus de cultures exclusivement tropicales qu'il n'y a de climat tropical ; mais c'est en somme sous les tropiques, soit dans les pays d'humidité constante comme Java, soit dans les pays ofi l'année se divise en deux moussons, l'une sèche, l'autre humide, que le riz rencontre les conditions les plus favorables. Il est nombre de champs de Java, de la Cochinchine et de l'Inde où l'on fait deux récoltes par an, ce qu'il ne faut pas ovdjlier lorsque l'on compare la production du blé à celle du riz sur une même surface d'un hectare.

Les Européens n'ont connu le riz qu'à partir de l'expédition d'Alexandre dans l'Inde : il semble bien que c'est Théophraste qui en fait la première mention et le premier éloge. La propagation de la culture du riz dans la Babylonie et dans la Syrie ne dut pas devancer de beaucoup l'ère chrétienne ; l'Egypte ne la connut sans doute que vers le v^ ou le VI* siècle : c'est de là qu'elle fut importée dans la vallée du Pô, en Sicile, dans le sud de l'Espagne et, plus tard, dans la Caroline et dans la Louisiane. Son centre de diffusion est dans l'Inde, la Chine et l'Indo-Chine. En Chine, cette culture remonte à une antiquité prodigieuse, puisque l'on constate que l'empereur Chin-Nung institua une cérémonie en l'honneur de la culture du riz plus de deux mille huit cents ans avant notre ère.

Les cultivateurs de riz ont coutume dédire que la plante se plaît les pieds dans l'eau et la tète au soleil. C'est en eifet cette condition que rencontre la culture du riz dans les divers terroirs où elle prospère. Rien de plus facile dans les plaines de Java, oîi l'humidité est constante, où il n'y a pas, à vrai dire, de saison sèche. Le problème est déjà plus difficile à résoudre dans des pays comme la Cochinchine et le Tonkin où, pendant les mois de sécheresse, il faut avoir recours à des irrigations. C'est une condition aisément obtenue, en dépit de la sécheresse du ciel, en Egypte et en Lombardie : en Egypte, la plaine bénéficie, sous un soleil implacable, des pluies de mousson que l'océan Indien a envoyées dans la région du haut Nil ; et dans l'Italie septentrionale, l'abondance des affluents du Pô, nourris aux glaciers des Alpes, est une compensation à la sécheresse de l'atmosphère delà plaine. Donc, quand ce n'est pas le ciel qui, par les pluies, assure une humidité

constante, ce sont des fleuves qui l'amènent, soit de très loin comme le Nil, soit de près, mais de très haut, comme le Pô; ici ce sont les grands lacs, là les grands glaciers qui sont les bienfaiteurs des ri/.ières de la plaine.

Mais il existe aussi plusieurs variétés de riz de montagne, et en particulier des variétés précoces qui rendent les plus grands services à Java, en Indo-Chine et en Chine. Dans ce cas, la culture ne peut avoir lieu qu'à l'aide dune irrigation savante, qui pourvoit, par terrasses successives, les plants de l'humidité nécessaire.

Le riz est loin d'occuper encore tous les pays qui lui offrent des conditions favorables. Il est à peine besoin de faire remarquer que la plus grande partie de l'immense plaine de l'Amazone serait favorable aux rizières, et qu'à l'intérieur de l'Afrique, dans le bassin du Congo et dans les parties les plus humides du Soudan, des millions d'hectares restent encore à la disposition des cultures de riz. C'est à peine si, dansles deltas de Bornéo, aussi capables de produire le riz que les meilleurs terroirs de Java, on a commencé la plantation de la précieuse céréale. C'est que le riz, supérieur au blé à tant d'égards, lui est inférieur en ce qu'il ne peut être cultivé qu'à l'aide d'une maind'œuvre extrêmement nombreuse et habile. Tandis que le Far- West américain et le Manitoba canadien ont pu être conquis à la culture du blé par quelques escouades de colons bien outillés et pourvus d'excellents moyens mécaniques, il faudrait, pour gagner à la culture du riz les immenses espaces du Globe qui lui sont propices, commencer par y établir une population nombreuse; or, de quoi vivra la population nombreuse en attendant les récoltes de riz ? L'œuvre de déboisement, de drainage, de mise à niveau de terres comme celles du bassin de l'Amazone est tout simplement une œuvre de géants. Aussi a-t-on vu la culture du blé se développer avec beaucoup plus d'aisance et de rapidité que celle du riz.

La Chine et l'Inde sont assurément les pays de plus grande production du riz. On n'a pas de statistique rigoureuse de la production rizière de la Chine, mais on est porté à croire, par la comparaison des chilïres de consommation de chaque province, que l'on récolte en Chine au moins 500 millions d'hectolitres de riz. Cette culture ne dépasse pas vers le nord le cours» inférieur du Hoang-Ho.

438 GÉOGRAPHIE GÉNÉKALE.

Le riz n'est pas seulement la culture favorite des Chinois: c'est la base de leur alimentation plus encore que le blé est la base de l'alimentation française. En efl'ct, la Chine, cultivée comme un jardin et non comme un champ, n'a plus qu'une très petite quantité de bétail et la nourriture animale de la population est surtout assurée par quelques animaux de basse-cour et par le poisson. Aussi une partie de la Chine doit-elle faire venir du dehors sa subsistance en riz. On se rappelle que c'est le blocus du riz, fait par l'escadre de l'amiral Courbet, qui mit en 1885 la Chine à la raison.

L'Inde consomme une énorme quantité de riz; mais on y emploie aussi beaucoup d'autres céréales et d'autres produits de culture, blé, orge, millet, pommes de terre, légumes divers, etc. Depuite 1870, la culture du blé a notamment fait des progrès rapides dans le Penjab, dans les provinces du Nord-Ouest et dans les régionsde la vallée du Gange situées à l'ouest de Bénarès. La surface cultivée en riz représente environ 24 millions d'hectares, dont 14 dans le seul Bengale. On ne sait pas rigoureusement la production, qui ne doit guère s'élever au delà de 350 millions d'hectolitres. Mais les Indiens, ayant recours à beaucoup d'autres végétaux pour leur nourriture, exportent chaque année une certaine quantité de riz; il reste chaque année un excédent disponible pour l'exportation, d'une valeur de 180 à 200 millions. Les famines montrent quelquefois que l'on se presse trop d'exporter.

Le .Japon, sur 1 million et demi d'hectares, produit souvent 40 à 50 millions d'hectolitres. Le rapide accroissement de sa population a contribué en ces dernières années à ralentir le mouvement des ventes de riz.

C'est en particulier dans l'Indo Chine, anglaise et française, que la culture du riz est faite sur de vastes espaces vacants, dans le but de donner un aliment au commerce. Rangoum dans l'Indo-Chine anglaise, Saigon dans l'Indo- Chine française, sont les deux grands ports d'exportation du riz. Ce progrès a été particulièrement remarquable dans rindo-Chine française. En 1863, après la conquête, la Cochinchine n'exportait point de riz. En 1881, elle en expédiait 250 000 tonnes, plus de 500 000 en J885, 800000 en 1898, et dans les dernières années plus de 1 million de tonnes. La vente du riz représente seule pour l'Indo-Chine

LES PRODUITS ALIMENTAIRKS. 439

près de 80 p. 100 des exportations totales, et atteint .souvent une somme de 90 à 100 millions.

La pomme de terre. - La culture de la pomme de terre est à la fois une culture alimentaire et une culture industrielle. Au reste, quelle est la culture alimentaire qui nest point quelque peu industrielle? Ne fait-on pointde Talcool de riz et de l'alcool de grain, tout comme de l'alcool de pomme de terre ?

Alexandre de Humboldt déclarait avec raison que les humains n'avaient fait depuis les âges historiques aucune acquisition capable de rivaliser avec celle de la pomme de terre. La pomme de terre renferme en effet une énorme quantité de matières nutritives, et s'accommode d'un certain nombre de sols pauvres. Cette plante, à laquelle personne ne voulait toucher en France à la fin du xvni'' siècle, donne chaque année à l'humanité des récoltes dont la valeur oscille entre 3 et 4 milliards de francs. Elle est originaire des régions de grande altitude et de climat tempéré du F^érou et du Chili : c'est de là que les Espagnols la répandirent dans la plupart de leurs colonies d'Amérique du Sud et d'Amérique centrale. On attribue à Raleigh le mérite de son introduction en Europe. Mais c'est le Français Parmentier, pharmacien des armées, qui, ému de voir soutïrir les populations de France dans les années de mauvaise récolte de blé, vanta, dans un mémoire a l'Académie de Besançon, en 1772, la valeur nutritive de la pomme de terre. Il fit mieux : cultivant lui-même la pomme de terre dans quelques champs, il en distribua graduellement dans les campagnes des échantillons aux paysans curieux de cette nouvelle culture. C'est le naturaliste Cuvier qui fit l'éloge de Parmentier devant l'Académie des sciences.

Aujourd'hui, la pomme de terre est cultivée sous les climats les plus divers, et joue, dans les pays de la zone tempérée, le rôle que jouent l'igname, le taro, la patate dans les pays de la zone tropicale. Elle compense pour certains pays pauvres en blé, comme l'Allemagne, cette infériorité culturale. Pour d'autres, où le blé réussit, comme les États-Unis, la Russie, l'Autriche- Hongrie et la France, elle fournit un très précieux appoint d'alimentation. En dehors de l'Europe, les régions de plus grande culture de

la pomme de terre sont la Chine moyenne, le Canada et les États-Unis d'Amérique, les hautes régions de climat tempéré des Andes.

Ce sont les États-Unis d'Amérique qui, grâce à l'énorme étendue de leurs terres disponibles, récoltent la plus grande quantité de pommes de terre, environ 550 millions de quintaux. Dans l'Allemagne, qui vient au second rang (380 millions de quintaux), la pomme de terre est véritablement un des éléments essentiels de l'alimentation. Sans ce bienfait, l'émigration eût fait assurément en Allemagne de bien plus grands vides, et il serait beaucoup plus difficile à ce pays d'industrie intense et de commerce de porter une population aussi dense s'il s'en fût tenu à la culture des céréales riches. En Russie (200 millions de quintaux), la pomme de terre est la culture caractéristique des provinces baltiques et des plaines polonaises. L'Autriche- Hongrie (150 millions de quintaux) et la France (120 millions de quintaux) ajoutent cette ressource à un ensemble très complexe de cultures alimentaires. L'Angleterre (60 millions de quintaux) donne à cette culture alimentaire, comme aux autres, le caractère de science et de recherche que portent ses autres cultures.

La vigne. — La vigne, dont on ne sait rigoureusement ni l'origine, ni la date d'exploitation régulière, est une des plus précieuses cultures auxiliaires d'alimentation. On ne peut lui assigner de rigoureuses limites en latitude, puisqu'elle se plaît, tout en donnant des produits de qualités très différentes, sous des climats fort peu semblables. On sait que longtemps les Romains ne permirent point la culture de la vigne en Gaule, dans la crainte de faire tort aux exportations d'Italie. En général, la vigne se plaît sous un climat sec et à été chaud. Il lui faut, dans la période de formation des bourgeons, une température régulière, exempte de gelées et de vents trop violents ; dans la période de formation des grappes, une atmosphère plus humide avec une insolation pourtant suffisante; et dans la dernière période de maturation, une chaleur sèche ou rarement tempérée d'humidité. Les produits que donne la vigne diffèrent beaucoup au gré de toutes ces conditions. Les régions des bords de la Méditerranée donnent des vins forts en couleur et en alcool ; i>lus légers mais plus savou-

reux sont les vins des pays à climat moins rigoureusement chaud, comme le Bordelais, la Bourgogne et la Ciiampagne. D'ailleurs, dans ces pays de vents et pluies variables, le vin se ressemble beaucoup moins d'une année à l'autre que dans les pays de climat régulier.

Le pays de plus grande richesse viticole est la France ; et nos cultivateurs ont eu grand mérite à triompher de la crise du phylloxéra qui ravagea leurs vignobles. II y a en France environ 2 millions d'hectares plantés en vignes. Les récoltes, très variables, comme l'explique la diversité de climat de nos pays, ont oscillé, dans les dix dernières années, entre 25 et 70 millions d'hectolitres. Dans les années de grandes vendanges, on a récolté jusqu'à 35 hectolitres de vin à l'hectare ; dans les années défavorables, 11 à 12 seulement.

A ces récoltes de France, il faut ajouter celles de l'Algérie, produisant jusqu'à 4 millions et demi d'hectolitres sur moins de 150 000 hectares, et de la Tunisie, qui recueille dès maintenant plus de 200 000 hectolitres par an.

Après les vignobles de France, il faut citer ceux de rUalie et de la péninsule Ibérique. L'Italie a de riches vignobles dans presque toutes ses provinces, depuis le Piémont et la Vénétie jusqu'aux provinces adrialiquesen passant par la Toot^ane. Sur 3 millions et demi d'hectares, elle fait des vendanges de 40 à 45 millions d'hectolitres. Les vendanges italiennes, comme le climat italien, sont plus régulières d'année en année que les vendanges de France. D'ailleurs, les vignobles de ce pays se sont développés avec une grande rapidité à la suite de la crise qui a éprouvé l'agriculture française, lors de l'apparition du phylloxéra. L'Espagne a des vignobles presque aussi étendus que ceux de France, 2 millions d'hectares ; mais ses récoltes ne dépassent guère en moyenne 25 milhons d'hectolitres. La vigne prospère dans un grand nombre de provinces espagnoles, Andalousie, province de Grenade, etc., etc. Le Portugal récolte 6 raillions d'hectolitres sur 300 000 hectares.

Dans la péninsule des Balkans, la Grèce, la Roumanie sont pays de production viticole assez importants. La Grèce notamment produit jusqu'à 3 millions d'hectolitres de vin et exporte, en outre, plus de 1 million de quintaux de raisins secs.

Mais la plus grande diffusion de la vigne s'est faite, pendant ces dix dernières années, en Amérique. Les États- Unis d'Amérique ont organisé dans la Californie une très riche exploitation de la vigne, à laquelle manque seulement raboudance de la main-d'œuvre. Les Australiens ne sont pas moins fiers de leursvignobles du Sud-Est, dont ils ont pu à plusieurs reprises écouler les produits sur le marché français ; la République Argentine possède à son tour de belles plantations dans ses provinces voisines des Andes.

Le commerce des vins est l'un des plus importants du monde. La valeur du produit ne dépend pas seulement des conditions naturelles au milieu desquelles s'est développée la plante, mais aussi du savoir et de l'habileté des vignerons, de la nature des récipients et des caves où on le conserve. Tels vins de Champagne, de Bordeaux et de Bourgogne, longtemps conservés, sont devenus de véritables objets de luxe et se payent très cher. La France exporte en moyenne des vins pour une somme variant de 225 à 250 millions de francs, c'est-à-dire représentant seulement le quart ou le tiers de sa récolte totale. Pour Tltalie, cette somme a varié de 40 à 60 millions. Pour l'Espagne, de 80 à 90. Les transactions annuelles auxquelles la vente du vin donne lieu entre nations ne représente pas une valeur inférieure à 500 ou 600 millions de francs; c'est bien plus encore si l'on ajoute la somme des produits, plus ou moins authentiques ou falsifiés, que l'on appelle dérivés du vin, eaux-de-vie^ etc.

La betterave. — La betterave est encore, à un phis haut degré que la pomme de terre, une culture industrielle d'alimentation. Mais elle est cultivée pour des usages multiples, ici à titre de fourrage, là pour la distillerie, surtout pour la fabrication du sucre. C'est le développement des cultures de betteraves sucrières qui a déterminé dans la condition sociale et dans le commerce humain les plus grandes révolutions. En 1757, le chimiste Margraff découvrait l'identité du sucre renfermé dans la betterave et de celui qu'on avait coutume d'extraire de la canne. Mais c'est surtout Achard qui fut l'initiateur de l'installation des usines à fabriquer le sucre de betterave. Néanmoins, ces découvertes capitales, faites à la fin du

xviu* siècle, puis sous le premier Empire, ne trouvèrent leur application que dans la seconde moitié du xix' siècle. Jusqu'à cette époque, les gouvernements et les assemblées législatives de France essayèrent d'arrêter par des mesures prohibitives l'expansiondune culture ([ui devait en efï'et porter un coup fatal à la culture de la canne à sucre dans nos vieilles colonies. En 184G, la France ne produisait encore que 35000 tonnes de sucre de betterave. Bientôt les agrononus firent valoir l'intérêt qu'il y avait à cultiver allernativement dans nos terres riches le blé et la betterave ; pendant la dernière partie du xix* siècle, cette culture devint très prospère en France comme en Allemagne, grâce ;i l'octroi de subventions ou de primes d'exportation aux cultivateurs. Ce qui a rendu cette culture prospère et rémunératrice, c'est le progrès de la chimie agricole qui a permis d'appliquer aux champs de betteraves le traitement dos engrais à base de potasse. Une conférence internationale, réunie l'année dernière à Bruxelles, en vue de la suppression des primes à l'exporlation du sucre de betterave, a valu à cette culture si riche en France une épreuve que ne compenseront pas sans doute les progrès de la fabrication du sucre de canne dans nos vieilles colonies; il est en effet trop évident qu'un pays comme l'Angleterre, qui ne peut cultiver la betterave sur son sol, et des nations comme la France et l'Allemagne, dont c'est une grande part de richesse agricole, n'ont pas les mêmes intérêts.

La betterave sucrière ne peut réussir que dans les pays où la sécheresse estivale n'est pas trop caractérisée ; aussi réussit- elle très bien dans la France du Nord et du Centre où le régime des vents d'ouest doux et humides se prolonge souvent jusqu'à l'automne, saison de l'arrachage des betteraves. Il lui faut d'ailleurs des terres riches, une fumure abondante, des soins rigoureux. Ajoutons que le cultivateur doit faire preuve d'un grand discernement dans le choix de ses graines.

En Europe, les pays grands producteurs de sucre de betterave sont la Russie, l'Allemagne, la France, l'Autriche- Hongrie, la Belgique et la Hollande. La Suède. l'Italie et le Danemark en produisent encore de notables quantités. Hors d'Europe, c'est aux États-Unis, notamment dans les plaines du Sacramento et du San Joaquim, en Californie, que l'on rencontre les plus beaux champs de betteraves.

Est-il besoin de montrer quel rôle important joue la culture de la betterave à sucre dans les pays civilisés. On en peut citer deux exemples, celui de la Russie et celui des États-Unis. L'introduction de la culture de la betterave en Russie eut l'importance d'une révolution sociale et économique. Depuis vingt ans Tinvasion s'étend de proche en proche en Russie à toute la zone des terres noires, modifiant le sol par l'engrais, changeant les habitudes et les anciens procédés de travail, les mœurs, l'esprit même des populations, transformant l'élevage, stimulant, par l'établissement des usines, l'extraction du combustible minéral. On ne saurait exagérer la gravité du changement ainsi opéré dans le gouvernement de Karkoff, qui est le centre des cultures betteravières, où il y a des plantations de 1000 et de 2000 hectares d'un seul tenant. Pour cultiver avec profit de tels espaces, on a employé les machines agricoles les plus perfectionnées ; et, soudain, la culture intensive est née dans un pays très arriéré encore il y a quelques années. Les terres ont acquis dans un court espace de temps une valeur considérable.

On ne saurait oublier que ce sont les efforts du trust du sucre des États-Unis ou Sugar-trust qui ont déterminé la conquête de Cuba et des autres colonies espagnoles. Les États-Unis, dont les cultures de betteraves n'étaient ni assez étendues, ni assez perfectionnées, étaient tributaires des importations de sucre d'Europe pour une somme de 400 ou 500 millions par an ; pour s'affranchir de ce tribut, on a pris les colonies espagnoles.

Le commerce du sucre a été pendant de longues années, notamment pour l'Allemagne, la France, la Russie et l'Autriche-Hongrie, une source de gros revenus. Dans les années de grande prospérité de l'exportation, l'Allemagne a exporté pour 250 millions de sucre par an, la France pour 180 ou 200 millions; des peuples riches comme la Grande- Bretagne et les États-Unis d'Amérique étaient les clients fidèles de ce commerce actif. Il semble que le parti pris des États-Unis d'Amérique d'organiser scientifiquement et commercialement les pays producteurs de canne à sucre qui dépendent d'eux et que le dessein non moins avoué de l'Angleterre de favoriser ses colonies richf s en canne à sucre vont marquer pour cette grande produc-' tion agricole de l'Europe un temps d'épreuve. Depuis la

perte de ses colonies sucrières, l'Espagne s'est initiée à la culture de la betterave.

La canne à sucre. — La canne à sucre est une plante de la l'amille des graminées dont la tige, capable d'atteindre jusqu'à 3 mètres de hauteur, contient une très grande quantité de sucre. On ne sait de quel pays la canne à sucre est originaire; il est probable que les plus anciennes cultures ont été entreprises dans l'Inde et dans la Cochinchine. Son importation en Chine ne semble dater que du secoiul siècle avant l'ère chrétienne. Le monde méditerranéen en eut sans doute connaissance à la suite de la grande expédition d'Alexandre. Mais sa difTusion ou, du moins, l'exportation de ses produits dans les pays européens ne semble remonter qu'à l'époque des conquêtes arabes. Ces conquérants avaient installé des cultures de canne à sucre en Andalousie au x" siècle ; les premières plantations siciliennes furent faites deux siècles plus tard.

Mais rien n'égale en importance l'introduction de cette culture dans le Nouveau Monde. Cet événement détermina en effet l'extrême prospérité des Antilles, fut cause aussi du déchaînement du fléau de la traite destinée à pourvoir ces îles de travailleurs. On peut dire qu'au xvii^ et au xvni® siècle c'est la culture de la canne à sucre qui détermine le plus grand mouvement de négoce entre l'Amérique et l'Europe ou, du moins, le négoce le plus riche. Deux ans après la découverte de l'Amérique, Saint-Domingue recevait les premiers plants de canne à sucre. Le Mexique en était pourvu dès le commencement du xvi*^ siècle, la Guadeloupe et la Martinique vers le milieu du xvn% l'île Maurice au milieu du xv^I^

Il y a un très grand nombre de variétés de cannes à sucre : la canne blanche ou de Batavia, cultivée surtout à la Réunion, la canne du Bengale, la canne bambou ; certaines cannes sont rayées, d'autres rouge plus ou moins foncé. Ce ne sont peut-être d'ailleurs que des variétés, et non des espèces ditférentes.

La canne à sucre, quelle qu'en soit la variété, a besoin d'un sol riche et dont la richesse soit souvent renouvelée par l'engrais; elle absorbe beaucoup de sels de soude et de potasse. Le climat qui lui convient le mieux est un climat humide et chaud ; mais l'humidité est beaucoup

plus nécessaire encore aux racines mêmes delà planle qu'à la tige, laquelle peut atteindre un excellent développement dans une atmosphère sèche, si les racines sont abondammenl pourvues d'humidité. C'est ce qui explique que la canne prospère à la fois dans un pays où le sol et l'atmosphère sont également humides comme Java, et dans une région comme l'Egypte, où l'atmosphère est caractérisée par une chaleur très sèche, mais où le sol est bien pourvu d'eau par l'irrigation. On a obtenu dans certains champs d'essai de Demerara, spécialement soignés et garnis de variétés excellentes de cannes, des récoltes atteignant jusqu'à 77000 kilogrammes de cannes à l'hectare, ce qui correspond à plus de 12 000 kilogrammes de sucre. La récolte annuelle de sucre de canne a été en moyenne, pendant les dix dernières années, de 2 500000 tonnes, c'est-à-dire à peu près la moitié de la production totale de sucre du monde. 11 est vrai que la consommation du sucre est loin d'avoir atteint un chilïre élevé. Si un Anglais consomme en moyenne 40 kilogrammes de sucre par an, un Français se contente d'un peu plus du quart, environ 11 à 12 kilogrammes.

Il est difficile de donner des chitîres exacts de la récolte de tous les pays en canne à sucre ou de leur production en sucre de canne. En ell'et, il en est où cette culture est très répandue, comme la Chine et le Japon, mais où la récolte entière est consommée sur place, au fur et à mesure des besoins domestiques. Enfin, d'autres régions, comme les Antilles françaises, la Réunion, l'île Maurice, emploient une notable partie de leurs récoltes de canne à la fabrication du rhum. Le pays qui en produit le plus est probablement rarciiipel Malais, ou les colonies hollandaises; notamment Java exporte beaucoup de sucre. Java, pendant les dix dernières années, a régulièrement exporté 7 ou 8 millions de quintaux de sucre de canne. Les États-Unis, si l'on compte dans leur production de sucre de canne Cuba et Porto-Rico, qu'ils ont conquis, auraient une récolte supérieure à celle des colonies hollandaises, à peu près 10 millions de quintaux, auxquels il est permis d'ajouter les 3 millions de quintaux des îles Hawa'i, qui sont une sorte de ferme de la grande république américaine. Ensuite l'île Maurice, le Brésil et la République Argentine récoltent une quantité variant entre 1 million et demi et 2 millions de quintaux. L'Australie, quia introduit cette culture dans

ses districts du Nord, le Pérou, la Guyane anglaise, l'Egypte et le Mexique disposent chacun d'à peu près 1 million de quintaux de sucre de canne. On sait combien nos colonies des Antilles et la Réunion furent |)rospères autrefois grAce à cette richesse ; le développement de la culture betteravière en France n'est d'ailleurs peut-être pas la seule cause de la crise qui sévit dans ces pays. Mais il est juste de dire que, si les progrès scientifiques des cultures de canne dans nos colonies n'ont pas été plus rapides, cela tient pour une forte part à l'état de malaise et d'inquiétude où les tenait cette concurrence de la métropole.

Le café. — Le café, dont il existe des variétés nombreuses, semble originaire de l'Ethiopie, et non d'Arabie, comme on le croit d'ordinaire. Les Arabes ne semblent l'avoir connu que vers le xni* siècle de notre ère, et peutêtre le cultivèrent-ils plus tard. C'est à la suite de nos relations avec les pays turcs du Levant que le café fut introduit en Angleterre et en France dans le courant du XYu** siècle : pendant longtemps on le faisait venir des marchés d'Egypte. C'est en 1672 que fut établi, à la foire de Saint-Germain, le premier café, tenu par l'Arménien Pascal. Sa vogue n'était point très grande, puisque Mme de Sévigné, critiquant Racine, affirmait qu'il passerait comme le café. Il n'en fut rien ni pour le café ni pour Racine.

Le café appartient à la famille des rubiacées : dans certains pays, c'est une plante herbacée, ailleurs un arbre. Les principales espèces répandues aujourd'hui dans les grands pays de culture sont le caféier d'Arabie et le caféier de Libéria. Le caféier d'Arabie n'est qu'un arbuste ; le Libéria est un arbre qui atteint quelquefois 8 à 10 mètres de hauteur (1).

Il est évident, puisque les espèces de café diffèrent si profondément, qu'on ne peut définir rigoureusement les conditions qui conviennent au café en général. Certaines variétés prospèrent en Arabie, sous un ciel assez sec, d'autres à Java sous un climat perpétuellement humide. Il semble que le caféier d'Arabie est plus rustique et

(1) Le café a été magistralement étudié, dans un livre spécial, par M. le professeur Henri Lecomte. — Paris, Carré et Naud, éditeurs, 1899.

résiste mieux au froid, que le café de Libéria est plus sensible à ses effets. Le café de Libéria prospère surtout dans les régions basses ; il faut au caféier d'Arabie, à climat égal, une élévation plus considérable. Au reste, dans chacun des pays de grande culture du café on étudie encore les conditions rigoureusement requises pour la prospérité de chacune des espèces de plante. Ici Ton protège le caféier par des arbres d'ombrage et d'abri, ailleurs on le laisse sans protection exposé aux rayons du soleil. Ce que l'on sait bien, c'est que la culture du café est une culture épuisante pour le sol : il faut à ces plantations de nombreux engrais. La date de la récolte varie non seulement suivant l'hémisphère du pays que Ton envisage et les conditions topographiques des plantations d'un même pays, mais encore pour le même arbre : ainsi, en Arabie, la maturation des fruits ne se faisant pas pour tous à la même époque, on fait une récolte précoce et une récolte tardive sur le même arbre. La quantité de fruits récoltés est également fort variable. Certains arbres, dans un sol neuf et à l'âge de la pleine production, donnent tout près de 1 800 grammes par an; d'autres, dans un sol épuisé, à peine 300 ou 400 grammes. En moyenne, on estime qu'un hectare de caféiers d'Arabie fournit dans les années de belle récolte 900 à 1 000 kilogrammes de café marchand.

La production du café n'a cessé de s'accroître très rapidement depuis moins de cent ans : elle n'était en 1832 que de 96 millions de kilogrammes ; elle atteignait 260 millions en 1845, 326 en 1855, dépassait 500 en 1875. L'une des plus fortes récoltes, celle de 1897-1898, a dépassé 800000 tonnes.

Le premier rang parmi les pays de production et d'exportation appartient au Brésil, qui produit 460 000 tonnes et en exporte 435 000. Le commerce du café entre le Brésil et le reste du monde atteint une très haute valeur : c'est la plus grande richesse de ce pays. Au second rang viennent les colonies hollandaises de l'archipel Malais, Java, Sumatra, Célèbes (production 70000 tonnes, exportation 65000), mais le groupe d'Amérique centrale et du Mexique a, depuis quelques années, une production aussi importante, une exportation à peine moindre. Les progrès du Venezuela, de la Colombie, de la Nouvelle-Grenade, du Pérou, de la Bolivie et des Guyanes n'ont pas été moins remarquables : ils se placent exactement au même rang. Les pays

de grande exportation sont ensuite Haïti et Saint-Domingue (26 000 tonnes), Cuba et Porto-Rico (25000 tonnes), rinde (15 000 tonnes); la côte occidentale d'Afrique, où il y a tant de districts favorables à la culture du café, n'exporte encore que 10 000 tonnes environ.

Les grands marchés du café sont les Etats-Unis, l'Allemagne, la France et l'Angleterre. Les entrepôts de Hambourg et du Havre sont particulièrement consacrés à la vente des cafés du Brésil. D'ailleurs, il est difficile de reconnaître, sur les marchés d'Europe et des Etats-Unis, la provenance vraie du café : et il est plusieurs raisons de cette difficulté. Tout d'abord les cafés du Brésil, de Java, de Haïti, de Saint-Domingue et de Moka sont composés de grains de formes et de dimensions très irrégulières. De plus, le commerce a pris l'habitude de procéder à des mélanges, au lieu de vendre strictement les cafés avec une rigoureuse indication de provenance.

Le thé. — Le thé est un arbrisseau à feuillage toujours vert, dont la dimension varie entre 8 et 12 ou 15 mètres. On en prépare les feuilles, qui, convenablement séchées, sont employées pour faire une infusion qui sert de boisson dans des pays très peuplés comme la Chine et de consommation auxiliaire dans certains pays de la zone tempérée comme l'Angleterre, la Russie, la France, etc. La culture du thé, qui exige des soins très délicats, s'est surtout développée jusqu'ici en Chine et au Japon, aux Indes anglaises et à Ceylan, enfin à Java.

Il est impossible de connaître rigoureusement la quantité des récoltes que l'on fait en Chine et au Japon, puisque la consommation locale est extrêmement importante. On sait que les plantations de thé occupent en Chine de vastes espaces entre le 25" et le 32° de latitude. Les Anglais, pour se soustraire au tribut de thé de la Chine, ont introduit cette plante dans l'Assam et à Ceylan avec un très grand succès. Les Hollandais ont fait de même à Java ; et, depuis quelques années, l'Indo-Chine française, notamment l'Annam, a produit une notable quantité de thé, qui est presque toute importée en France. Ceylan, qui n'exportait que 7 millions de kilogrammes de thé il y a quinze ans, en exporte aujourd'hui près de 60. En dix ans, l'exportation de Java passait de 2 400 000 kilogrammes à 4500000.

GÉ0GRA1>UIE GÉiNÉIlALE. 20

4o0 GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE.

L'Inde continentale anglaise a exporté en moyenne, pendant chacune des cinq dernières années, 70 millions de kilogrammes de thé d'Assam.

Les pays de grande consommation du thé sont la Grande- Bretagne, la RussieetlesEtats-Unisd'Amérique. En France, on consomme plus de café que de thé.

Cultures alimentaires secondaires. — Il est nombre de cultures alimentaires qui ne jouent point un grand rôle dans l'œuvre du commerce entre nations, mais qui sont fort importantes parce qu'elles font vivre surplace de nombreuses sociétés humaines. Si l'on célèbre avec justice les bienfaits de la culture de la pomme de terre, on ne saurait oublier les services que rendent à l'alimentation, dans un grand nombre de pays des tropiques, les patates, l'igname, le taro, etc. ; si l'on a raison de vanter les avantages de la viticulture, on ne saurait méconnaître combien utile est la culture d'arbres fruitiers bienfaisants sous les climats les plus divers, depuis les beaux arbres de nos pays, pommiers, poiriers, pêchers, cerisiers, etc., jusqu'aux bananiers, aux cocotiers et autres arbres de la zone tropicale. Enfin, à côté des aliments moins utiles, comme le café, le thé, etc., ne faut-il pas mentionner les épiées qui donnèrent lieu autrefois à un commerce si actif et éveillèrent tant de convoitises au temps où les Portugais passèrent le cap de Bonne-Espérance pour atteindre l'archipel Malais. Poivre, cannelle, gingembre, etc., etc., sont des condiments qui représentent une valeur considérable de commerce.

Bien plus importante encore est, à côté des produits de la vigne, la boisson que l'on fabrique avec l'orge et le houblon, la bière, que des pays comme l'Angleterre et l'Allemagne consomment en quantité si considérable. Plus un peuple est avancé en civilisation et pourvu de bien-être, plus le caractère de ses consommations alimentaires devient complexe et difficile à définir.

Classification^ localisation. Pai/s producteurs et consommateurs.

Les grandes cultures alimentaires. — L'étude des cultures d'alimentation, faite suivant la méthode géographique, rencontre deux difficultés : l'une dans la limita-

lion de son usage, car il y a des plantes alimentaires à des degrés bien dilVérenls, l'autre dans la recherche des conséquences qu'exercent ces cultures sur les localisations des sociétés humaines. En elïet, ce ne sont point toujours les pays les plus riches en cultures alimentaires qui sont les plus riches en population, et bien souvent les plantes alimentaires d'une région mal peuplée ou presque déserte vont, grâce au commerce, nourrir, à quelques milliers de kilomètres de là, une population trop dense que ne peut nourrir son sol. Il y a dans cette étude trois parties : la détermination des plantes alimentaires les plus utiles, leur rapport dans la tixation sur place des peuples dont elles satisfont les besoins, et en troisième lieu leur transport à courte ou grande dislance, dans des pays dont les habitants ne peuvent se suffire. Autrement dit, culture, alimentation surplace, alimentation à grande distance résultant du commerce.

Il ne suffit pas d'observer que le terme de culliire alimentaire est susceptible de plus ou de moins, ici suivant les facultés nutritives de la plante qu'on étudie, ailleurs suivant l'usage qu'en font les hommes. 11 y a nombre de cultures indirectement nutritives et alimentaires : et plus la science avance, plus on se rend compte de celle vérité.

La nourriture animale ayant pris une place de plus en plus grande dans l'alimentation humaine, il est évident que les prairies d'élevage sont, par transition, l'objet de cultures alimentaires. Bien plus, nombre de plantes alimentaires que pourrait consommer l'homme, et qu'il consommait autrefois, sont devenues nourriture de bétail, comme, par exemple, le maïs, et contribuent de deux manières à l'alimentation des hommes, soit directement, soit indirectement.

L'histoire du développement des cultures alimentaires est l'histoire du défrichement de nombreux pays où la végétation spontanée a été supprimée et remplacée par des plantes utiles. Le plus grand nombre des pays maritimes de la zone tropicale ou des pays de moussons sont des espaces gagnés sur la forêt. Nombre de champs de blé de l'Europe se développent dans des parages où la conquête romaine se heurtait à de vastes forêts. Cependant, il ne faut pas prendre au pied de la lettre ce que raconte César de l'étendue et de l'épaisseur des forêts de la Gaule : s'il y

452 GÉOGRAPflIE GÉNÉRALE.

avait eu tant de forêts, il n'aurait pas pu faire avec succès tant de réquisitions de blé que racontent ses Commenlaires. Aux États-Unis d'Amérique, les champs de blé du Far- West ont remplacé les savanes qui s'étendaient sur les territoires de parcours des Indiens. L'implantation de la culture du blé dans le Manitoba canadien a été, dans le nord-ouest de l'Inde, une œuvre voulue, méditée, exécutée par des moj'ens de colonisation bien réglés d'avance. L'extension des cultures alimentaires se traduit donc dans le domaine de la nature par une restriction de la richesse de la flore, par la consécration du sol à un nombre de plantes restreint, après sélection attentive. Par là, cette étude aboutit à nous faire constater, avec une adaptation progressivement plus utile du sol, une destruction de la variété des espèces végétales dans la nature. L'homme détruit pour simplifier. Plus un pays devient riche en culture alimentaire, plus sa flore s'appauvrit : et ce pays n'en est que plus riche dans l'intérêt humain. Voilà pourquoi les métiers du géographe et du botaniste, aujourd'hui diflerents, le premier s'attachant à la recherche végétale utile à l'homme, le second étudiant la recherche de la nature inutile, indifférente ou nuisible à l'homme, vont se rapprochant de jour en jour, à mesure qu'à l'état de nature fait place l'état d'adaptation culturale. Et même ce que le naturaliste pourrait considérer, dans des pays où a passé la civilisation et d'où elle s'est éloignée, pour un état de nature, n'est qu'une condition mixte, qui doit quelque chose à la nature et quelque autre chose à l'homme. L'observation des faits d'acclimatation doit dominer une étude de ce genre. Dans quelle mesure un état naturel peut-il être détruit ou modifié dans l'ordre végétal? La faculté d'acclimater des plantes étrangères se mesure dans un pays à la souplesse des conditions climatériques. Une région du Globe où les faits de climat ont une invincible régularité et un caractère rigoureusement déterminé risque d'être un champ d'acclimatation très difficile. En veut-on la preuve ? La zone de climat méditerranéen d'Europe, d'Asie et d'Afrique est une de celles qui sont restées le plus semblables à elles-mêmes depuis les temps les plus anciens que nous rapporte l'histoire jusqu'à nos jours. La Grèce d'aujourd'hui porte les mêmes cultures caractéristi(iues ([ue nous signalaient les Anciens. Les Français sont bien

tenus de recommencer en Tunisie ce que firent les Romains dans leur province proconsulaire d'Afrique. L'Italie s'est modifiée par un progrès des cultures nécessaires à sa nombreuse population, mais beaucoup moins par une transformation des espèces: c'est que le climat méditerranéen, avec ses étés secs et chauds, avec sa remarquable sérénité du ciel, avec ses orages brusques et peu durables de la saison froide, est un des climats les plus fixes du monde. Voyez, au contraire, combien la France d'aujourd'hui est dissemblable de la Gaule, et même combien peu les cultures alimentaires de notre époque rappellent celles d'il y a deux ou trois siècles. C'est que la France est dans la zone de vents et pluies variables ; les années climatériques s'y suivent et ne s'y ressemblent pas. A la faveur de ces variations, et grâce à la douceur générale de la température, nombre de plantes apportées du dehors peuvent, sinon prospérer, du moins vivi-e, subsister.

Plus un pays est de climat souple, étant donné que son sol est apte à la culture, plus son état cultural se révèle complet. Plus un pays est de climat régulier rigoureusement, plus sa condition culturale est simple. La France de rOuest, du Nord et du Centre n'est-elle pas un exemple do complexité culturale merveilleuse entre toutes, avec son mélange de champs de grande culture, de jardins, de vergers, de cultures maraîchères, etc., etc. Essayez de faire la nomenclature des plantes alimentaires de France et des plantes alimentaires d'Italie : vous serez surpris de la variété d'un côté, de la simplicité de l'autre.

La condition culturale d'un pays ne dépend pas d'ailleurs rigoureusement de sa seule nature; ainsi les champs de culture d'Angleterre sont devenus rares ou se sont transformés en terres de chasse, parce que l'Angleterre est un pays de grand commerce et de grande colonisation. L'explication de la vie culturale anglaise est dans l'Inde, dans le Canada, dans la Nouvelle-Zélande, dans l'Australie, et même partiellement chez ses voisins du continent européen, qui lui vendent beaucoup de denrées. Au contraire, l'Italie a les cultures qui conviennent et suffisent à son existence. Il arrive que plus un pays s'est enrichi par le commerce et a étendu sa domination sur un grand nombre de colonies, plus son alimentation est compliquée. Le régime de vie des Anglais, par exemple, tient beaucoup

à la multiplicité des importations des denrées alimentaires les plus diverses. Rien de simple comme l'alimentation d'un Italien.

Valeur sociale du développement des cultures alimentaires. — La production et l'importation des plantes alimentaires ne témoii^nent pas d'une manière rip^oureuse et absolue du même fait social d'alimentation dans toutes les sociétés. Il y a des peuples, comme les Indous, qui absorbent surtout des substances végétales pour se nourrir ; on sait, d'autre part, que certaines tribus des bords iraniens de l'océan Indien, dans le Baloutchistan, par exemple, sont à peu près exclusivement ichtyophages. En Europe, il y a des différences notables entre peuples voisins : le Français est grand mangeur de pain et de légumes, l'Anglais est grand mangeur de viande, etc. Donc, à côté des constatations concernant les faits de production et de commerce des plantes alimentaires, il faut placer des remarques relatives au genre d'alimentation de chaque peuple, si l'on veut saisir rigoureusement un rapport.

La fécondité d'un pays en plantes alimentaires n'est pas encore, à l'heure actuelle, en raison de sa richesse propre. Il y a de vastes étendues de terres fécondes par le climat qui les traite comme par leur composition chimique, et qui ne sont encore que des déserts sans utilité pour les humains. Telle la grande plaine de l'Amazone, qui présente aujourd'hui à nos yeux le spectacle de ce que furent avant la colonisation des pays comme Java. L'Afrique tropicale commence à peine à donner à l'humanité ce qu'on est en droit d'attendre de la fertilité de ses meilleurs districts. Quel contraste avec la Chine moyenne et méridionale où, véritablement, l'agriculture, quoique traditionnelle et dépourvue d'engins mécaniques, nourrit sur place, presque sans aucun apport du dehors, des populations de 200 et 300 habitants au kilomètre carré! A Java, c'est le fait prodigieux d'une production suffisante à nourrir des habitants déjà très nombreux, et capable aussi de suffire à une exportation considérable de produits alimentaires. Il y a dans la zone tempérée des inégalités analogues. A côté de la France, qui pourrait nourrir beaucoup plus d'habitants qu'elle n'en porte et qui, d'ailleurs, vend aux pays voisins des denrées alimentaires pour une somme notable, on

LES PRODUITS ALIMENTAIRES. 4;jd

pont citer en Europe des exemples de pays (jui ne se suffisent plus, et d'autres qui commencent à peine à se mettre en valeur; et ces diiïérences sociales tiennenl ;\ des causes nndtiples et diverses. L'Angleterre fait appel aux importations étrangères, non pas seulement parce que sa population est trop dense, mais parce que l'essor de l'industrie, ses profits considérables ont détaché la population agricole de la terre. En Allemagne, (pielle que soit la science des agronomes, le sol est et restera incapable de nourrir la population présente. La Russie ne connaît encore, dans bien des districts oîi les steppes ont été transformés en champs de culture alimentaire, que les résultats médiocres de la culture intensive. De l'autre côté de l'Atlantique, les États-Unis d'Amérique et le Canada regorgent de cultures alimentaires au point de peser, par la force du commerce, sur la condition culturale des autres pays du monde. Et il arrive ainsi que la décadence des cultures observée en certains points du monde tient à l'essor qui s'est produit en d'autres endroits. Le commerce des denrées alimentaires est donc une sorte de rétablissement de l'équilibre, lequel est déterminé par des cultures entreprises en vue de satisfaire à des besoins réels, mais il devient une cause de déséquilibre quand il n'est que spéculation, quand il résulte d'une mise en valeur de champs de culture entreprise dans le seul but de faire échec à d'autres.

La faculté de production de denrées alimentaires s'explique par un ensemble complexe de causes, climat, nature du sol, etc. Mais il en faut toujours revenir à cette cause première de richesse qu'est l'action du soleil chauffant la terre de plus près et lui donnant, par l'évaporation marine, les pluies en plus ou en moins grande abondance. C'est ce fait primordial que révèle la prodigieuse richesse culturale de pays comme Java, l'Inde, la Chine et l'Indo-Chine. Si riche que soit le sol des meilleurs pays de la zone tempérée, le soleil y travaille moins à l'irrigation et à la fécondation par la chaleur sèche. Il est possible qu'un hectare de belle terre à blé, par exemple, dans notre arrondissement de Valenciennes, produisant jusqu'à 30 hectolitres à l'hectare, fournisse autant d'alimentation pour les humains que la récolte d'un bel hectare de riz en Cochinchine. Seulement, l'hectare de riz de Cochinchine est égal à deux hectares, parce qu'il donne deux récoltes. Le fait de la

supériorité alimentaire des pays de climat maritime ou de moussons do la zone tropicale éclate dans le fait de la densité de la population, population qui vit sur place, qui vit bien réellement de la terre qui la porte. Car c'est bien de la terre de Chine que vivent les Chinois du Fo- Kien, du Houpé, du Ilouan, au nombre de 100 à 200 au kilomètre carré. Tandis que les grandes densités de population de l'Angleterre, de la Belgique ne peuvent subsister qu'à la condition d'un apport étranger de denrées alimentaires. L'Egypte est un prodigieux exemple d'une richesse qui fait vivre sur place de très nombreux habitants et permet aussi une exportation considérable.

Les réserves du Globe en terres cultivables. — La science a mis aux mains de l'homme les moyens de tirer des mêmes étendues de terre, mieux aménagées, des récoltes de plus en plus considérables : et c'est l'un des beaux spectacles de la civilisation contemporaine que son adaptation de la science à l'agriculture comme à l'industrie. Mais on doit aussi observer que bien des espaces de la terre sont encore fermés à la culture et constituent pour l'avenir de précieuses réserves. A côté de Java qui est surpeuplé, activé à outrance dans certaines de ses parties, et que les voyageurs portugais de la fin du xv® siècle trouvèrent loin de cette condition actuelle, nous voyons de grandes îles comme Sumatra et Bornéo, qui sont à peine entamées par le défrichement, et où des millions d'humains pourront trouver place un jour. Seule, cette immense étendue de l'Amazonie, qui atteste sa force de production par le dédale inextricable de ses forêts vierges, représente pour l'avenir des champs de riz, de cannes à sucre, de cacao, etc., etc., capables de nourrir des populations analogues à celles de l'Inde ou de la Chine. Tout ce que l'on peut dire en restriction de cette pensée d'avenir, c'est que la connaissance où nous sommes du climat de ces solitudes où éclate la vigueur végétale du Globe détermine d'ores et déjà la nature des colons (ju'elles pourront recevoir, nourrir et constituer en peuples nouveaux. Nous sommes trop portés aujourd'hui à penser aux victoires que l'avenir nous réserve sur la stérilité des régions sèches du Globe et ne nous rappelons pas assez qu'il y a d'immenses étendues à féconder sans trop de peine, avant qu'il soit

nécessaire d'arracher aux sables ce que peut donner demain sans peine la terre des grandes forêts désertes.

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