‹ Géographie généraleChapitre 43 sur 82 · LES TEXTILES. — PAYS PRODUCTEURS ET PAYS MANUFACTURIERS · texte numérisé non relu

LES TEXTILES. — PAYS PRODUCTEURS ET PAYS MANUFACTURIERS

Sommaire.

Cultures proprement industrielles, donnant lieu non plus à une préparation sommaire, mais à des opérations complexes et déJicates qui accroissent grandement la valeur de l'objet fourni par la culture. Développement de ces cultures; évolution de leur emplacement géographique. Essor de l'industrie mécanique.

Le lin et le chanvre. — Pays producteurs du lin : Russie, Élats-Unis, Indes anglaises, République Argentine. Pays manufacturiers : Angleterre, France, États-Unis. Pays producteurs du chanvre : Russie, Italie, Autriche-Hongrie, France. Le jute est produit par l'Inde anglaise.

Le coton. — Sa diffusion dans les régions méridionales des États-Unis au commencement du xix« siècle; ils fournissent les deux tiers du coton manufacturé en Europe, les quatre cinquièmes de celui manufacturé en Amérique. Le grand port d'exportation est la Nouvelle-Orléans. L'Inde exporte pour 20() à 'i.ôO millions de francs de coton par an. L'Egypte produit près de I million et demi de balles de coton. La Chine, la Corée, l'Asie centrale russe, le Brésil, etc., sont aussi au nombre des pays producteurs de coton.

La laine est un textile d'origine animale dont le travail industriel a été extrêmement perfectionné par l'industrie mécanique. Pays producteurs : l'Australie (120 millions de moutons), la République Argentine (90 millions), Russie méridionale (43 millions), États-Unis (40 miUions). Pays manufacturiers : France, Angleterre, Etats-Unis, Allemagne, Russie.

La soie. — Pays producteurs et manufacturiers : la Chine, le Japon, la France, l'Italie et l'Allemagne. Efforts des États-Unis pour s'émanciper de l'Europe.

Valeur des cultures proprement industrielles. — S'il est des cultures alimentaires qui doanent lieu à des industries importantes, il y a toutefois un certain nombre de cultures industrielles qui ne sont qu'industrielles, qui ont déterminé la naissance de grandes industries, qui ont été entreprises d'abord, développées ensuite en vue de ces

4u8 GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE.

industries. Telles sont les cultures du coton, du chanvre, du lin, du jute, de l'indigo, etc. On les appelle cultures industrielles, parce qu'elles donnent lieu, non plus à une préparation sommaire, mais à des opérations complexes, délicates, donc en somme à plus d'industrie. C'est alTaire de degré plutôt que de dilVérence. Si belle que soit l'industrie de la meunerie, très perfectionnée à notre époque, et celle de la fabrication des semoules, des pâtes alimentaires, de la boulangerie, le travail humain n'est point dans ce cas la valeur essentielle, tandis que, entre l'arrivée d'une balle de coton ou de jute à l'usine et la vente d'une pièce de cotonnade ou d'un beau sac à café, il y a modification profonde et très grand accroissement de la valeur de l'objet qu'a fourni la culture.

L'adoption des cultures industrielles a pris de nos jours une importance considérable. Leur répartition dans le monde explique l'existence et la direction de quelques grands courants commerciaux. Leur valeur, sur le sol même de chaque État, indique le degré de civilisation et les mœurs de cet État : par exemple, le renoncement d'un peuple à certaines cultures alimentaires en faveur de cultures industrielles indique le dessein, chez ce peuple trop nombreux, trop serré, très avancé en civilisation, de réaliser des bénéfices commerciaux pour acheter sa nourriture au lieu de la produire directement. C'est l'indice du choix du labeur le plus lucratif et non le plus immédiatement utile à la subsistance.

L'emplacement géographique des cultures industrielles a grandement évolué au cours des âges. Dans l'antiquité gréco-romaine, on constate que les cultures industrielles sont moins agglomérées, plus dispersées, plus familiales que les cultures alimentaires. Le travail des femmes, le travail des esclaves ont suffi, dans la plupart des pays riverains de la ÏMédilerranée, à l'emploi du lin et des autres textiles que l'on cultivait suivant les besoins de la consommation du groupe familial. Cependant, il y eut quelques centres importants d'emploi des plantes industrielles : la Phénicie en avait donné l'exemple et cumulait la filature, le tissage et la teinturerie. Carthage imita sa métropole et dans ses ruines on a retrouvé de longues avenues, le long desquelles sont encore les puits des teinturiers.

C'est donc l'essor de la grande industrie mécanique de

iiolre époque qui a délerrainé la culture sur de vastes espaces el rexploitalion en quantités considérables des plantes industrielles. Les usines ont exercé leur attraction à un dei,n"é que l'on ne connaissait pas jusque-là. A Manchester, à Rouen, etc., etc., sont pour ainsi dire les foyers d'appel des cotons cultivés aux États-Unis, dans Tlndeeten Egypte; à Dundee, le foyer d'appel des jutes, etc., etc. De là un mouvement commercial de matières premières dans un sens, puis, dans un autre sens, une diffusion d'objets manufacturés qui laissent dans le pays manufacturier un bénéfice considérable.

Le lin et le chanvre. — Le lin et le chanvre étaient autrefois, avec la laine, les matières textiles les plus employées. La diffusion du coton leur a fait tort et a amené le retrait des cultures de ces plantes dans des pays qui en étaient jadis extrêmement riches, en France en particulier.

Le lin est une plante textile très supérieure au chanvre en souplesse et en finesse et dont la culture exige des soins dirrigation. La plante acquiert toute sa valeur dans les terres riches et sous le climat doux du nord de l'Europe, comme la Flandre, l'Artois et la Picardie, ou bien dans les pays delà Méditerranée où l'irrigation est facile. Le chanvre exige un sol riche, meuble, entretenu et fumé avec un soin rigoureux. Sa période de maturation est très courte, de quatre mois dans nos pays, de trois mois au plus dans les régions chaudes et humides des tropiques, d'un peu plus de trois mois dans les régions bien arrosées du climat méditerranéen.

Aujourd'hui, c'est dans les provinces baltiques de la Russie, dans les plaines du bas Danube et du Pô, en Pologne, en Irlande, dans la France du Nord et du Nord- Ouest que l'on trouve les plus beaux champs de lin. Le pays de plus grande production est ensuite la région de la rive droite du Mississipi, entre Saint-Paul et Saint-Louis ; puis les Indes anglaises, l'Argentine et l'Autriche-Hongrie. La Russie a produit jusqu'à 9 millions d'hectolitres de graines, donnant 6500 000 quintaux de filasse, les États-Unis 7 millions, les Indes anglaises 4 300 000, la République Argentine 3 200 000. La Russie est donc le grand pays exportateur. Les pays manufacturiers qui

traitent le lin sont la Grande-Bretagne, Tlrlande, la France et les États-Unis d'Amérique, où l'on a procédé en ces dernières années à l'installation d'un outillage très perfectionné. Chez nous, c'est la Flandre qui est le pays par excellence de fabrication des tissus de lin.

C'est aussi la Russie qui a la prééminence dans la culture du chanvre; cette plante y est cultivée dans les districts de Smolensk, de Tcherniof, de Riazan, etc., etc. Mais les chanvres les plus légers sont les chanvres italiens de Bologne. La Russie produit 2 500 000 quintaux de fdasse, l'Italie 700 000, l'Autriche-Hongrie 600 000, la France et l'Algérie 185 000. Pour le chanvre comme pour le lin, nos provinces du Nord sont le siège de la grande industrie.

Les valeurs fournies au commerce, soit par le lin et le chanvre à l'état brut, soit par leurs dérivés manufacturés, sont très loin d'égaler la valeur du coton. Ainsi la Russie n'a exporté en 1900 que pour 49 millions de roubles de lin, et pour 9 millions de roubles de chanvre.

Parmi les autres végétaux textiles qui sont fort employés dans l'industrie, on doit citer le jute, plante de terres riches, meubles et qui exige un climat humide et très chaud. Avec le jute, on fabrique des tissus grossiers, spécialement les sacs qui servent au transport des grains. L'Inde anglaise, où le Bengale offre d'admirables conditions à la culture du jute, en a presque le monopole : elle en exporte annuellement pour 20 millions de francs, qui sont dirigés soit vers la manufacture de Dundee, la plus considérable du monde, soit vers les manufactures françaises de Picardie, d'Artois, de Flandre, ou vers l'Allemagne. Depuis quelques années, on a essayé d'introduire à Java la culture du jute.

Le coton. — Le coton existe soit à l'état de plante herbacée, soit à l'état d'arbre. C'est le coton herbacé qui est cultivé aujourd'hui dans les pays de grande production cotonnière. Il existait probablement de toute antiquité dans plusieurs centres de production actuels. Il fut révélé aux Grecs à la suite de la campagne d'Alexandre dans l'Inde : les écrivains de cette langue nous le signalent en racontant qu'il y avait dans l'Inde un arbre qui portait de la laine.

La diffusion des plantations de coton dans les régions méridionales des États-Unis d'Amérique ne date que du

commencement du XIX* siècle. Jusqu'à celte époque, c'étaient les colonies françaises, notamment la Guadeloupe, qui exportaient en Europe la plus grande quantité <le coton. L'île de la Barbade contenait également des plantations célèbres. Est-ce de la Barbade, est-ce des Antilles françaises que le coton fut introduit dans la Caroline du Sud? On ne le sait pas rigoureusement. Mais c'est de quelqu'une de ces îles que fut importé le fameux coton longue soie, le Sea Island, si élastique, si brillant, si soyeux, qui fit la fortune des États-Unis. Il est vrai, d'ailleurs, que les colons de la Virginie avaient planté le coton dès le xvu" siècle, mais seulement dans l'intérêt de la consommation locale. Aujourd'hui, les plantations de coton occupent un vaste espace au sud du 36^ degré de latitude dans la vallée du Mississipi. Les États qui produisent le plus sont : le Mi.ssissipi, la Caroline du Sud, l'Alabama, la Géorgie; puis la Virginie, la Caroline du Nord et leTenessee. La supériorité des États du Sud s'explique par le danger que court la plante du fait des gelées tardives du printemps et hâtives de l'automne.

Non seulement la culture du coton fut grandement encouragée aux États-Unis, mais la supériorité de ce grand pays fut assurée par la découverte que firent ses ingénieurs des meilleurs moyens de nettoyer les fibres à l'aide de machines. Aujourd'hui, les États-Unis d'Amérique fournissent les quatre cinquièmes du coton manufacturé en Amérique et les deux tiers de ce qui est fourni à l'Europe. Dans les années de bonne récolte, l'exportation du coton des États- Unis représente plus d'un tiers de l'exportation totale. Plus d'une fois, au cours de ces dernières années, la récolte a atteint 2 millions de tonnes. Dans la seule ville de la Nouvelle-Orléans, 100000 personnes sont employées au chargement des cotons : c'est cette récolte qui donne une grande part de son activité à la ville de la Nouvelle-Orléans. « Après la récolte des cotons, lorsque la première crue a dégagé les bateaux qui opéraient leur chargement sur les divers affluents du Mississipi, on voit parfois jusqu'à cinquante léviathans descendre le fleuve en un seul jour, portant sur leur pont et sur leurs galeries 3000, 4000 et 5000 balles de coton. » (Reclus.) Galveston est, comme la Nouvelle- Orléans, un grand port d'exportation des cotons.

Le colon de l'Inde est moins léger que le coton des États-

Unis d'Amérique : sa fibre est moins longue et son nettoyage est moins parfait. Pourtant, le regar des plateaux du Dekkan, sol noirâtre accumulé dans les dépressions du trapp, est un terroir léger. L'Inde profita de la guerre de Sécession pour étendre ses champs de coton et, à cette époque, la Grande-Bretagne acheta quelquefois à sa colonie de l'Inde pour plus de 500 millions de coton par an. Aujourd'hui, la valeur de l'exportation du coton de l'Inde est inférieure à celle de l'exportation du riz, du jute et de l'opium, parce que l'Inde commence à manufacturer une partie du coton qu'elle produit. L'exportation du coton brut de l'Inde a varié au cours de ces dernières années entre 200 et 250 millions de francs.

Le troisième marché de coton du monde est l'Egypte. Le coton y fut introduit au xix" siècle par le Français Jumel, qu'encourageait Méhémet-Ali. L'Egypte, comme l'Inde, profita de la guerre de Sécession américaine pour étendre ses plantations de coton. On n'y recueillit, en 1820, que 2 tonnes de coton, moins de lOOÔO en 1830, plus de 120000 en 1882; en 1898, sa production atteignait 1375000 balles de 200 kilogrammes chacune.

Après ces trois grands pays producteurs, on peut citer la Chine et la Corée, qui produisent 1600000 balles, mais qui emploient sur place une notable partie de leur production ; l'Asie centrale russe, dont la récolte de 400000 balles commence à trouver preneur dans les grandes manufactures d'Europe ; ensuite le Brésil, le Mexique, etc., etc.

On estime que la récolte totale du coton dans les cinq dernières années a été en moyenne de plus de 3 milliards 500 millions de kilogrammes. La production actuelle du coton est localisée d'une manière à la fois trop rigoureuse, trop restreinte et trop artificielle pour rester longtemps fidèle au même pays.

A mesure que les Etats-Unis d'Amérique s'appliquent à transformer sur place le coton qu'ils produisent au lieu d'en faire l'expédition intégrale en matière première, les grands pays manufacturiers d'Europe sont portés, en revanche, à développer les plantations de leurs colonies de la zone tropicale. La Grande-Bretagne a commencé à s'affranchir en cultivant de plus en plus le colon dans l'Inde et en subventionnant de plus en plus les plantations de l'Egypte. Nul doute que la France ne trouve bientôt l'emploi de ses

LES ThXTlLES. 463

nombreuses colonies tropicales pour fournir à ses nianuraclures de colonnades les fihres nécessaires. D'heureuses tentatives ont été déjà faites en Indo-Chine et au Soudan. On appréciera la valeur de la production cotonnière en considérant, d'une part, le chiiîre des ventes de la matière première et, de l'autre, le chifïrc des ventes de produits manufacturés. La Grande-Bretagne a acheté, dans chacune des cinq dernières années, pour 42 millions délivres sterling de coton ; elle a vendu pour (>() millions de livres sterling de tissus de coton, 8 millions de livres sterling de filés de coton, sans compter la valeur des tissus mêlés. L'Allemagne, en 1901, a acheté pour 316 millions de marks de coton; elle a vendu, pour les seules cotonnades, une valeur de 2-20 millions de marks. La France, en 1900, a demandée l'étranger pour 249 millions de francs de coton; elle a revendu, rien qu'en tissus de coton, pour 175 millions de francs, et sans doute en tissus mêlés, filés, etc., etc., une somme encore très considérable.

Les textiles d'origine animale. La laine. — Le travail industriel de la laine est un des plus anciens de l'humanité. Mais le développement de l'industrie mécanique à notre époque l'a singulièrement perfectionné. Au lieu d'être, comme jadis, une industrie pour ainsi dire diffuse et dans laquelle la supériorité d'un pays sur les autres n'était point rigoureusement établie, l'industrie lainière s'est spécialisée en même temps qu'elle s'est perfectionnée ; et bien plus encore l'élevage des animaux à laine s'est concentré dans les pays où il se pouvait faire à moins de frais et dans les conditions naturelles les plus avantageuses. Jadis, cette industrie avait son siège dans les pays d'élevage; désormais, elle s'est fixée dans les pays de grande richesse houillère où force motrice et mécanisme abondent.

L'élevage du mouton à laine fine exige, avec les conditions de nourriture indispensables sur l'espace laissé au parcours des animaux, un climat assez sec. Aussi, les pays où l'on obtient les plus belles laines sont justement aussi ceux où la sécheresse risque de faire le plus de ravages dans les troupeaux. Au premier rang des pays riches en moutons se place l'Australie, qui nourrit 120 millions de moutons. Les plus grands troupeaux sont élevés dans la Nouvelle- (ialles du Sud, qui possède à elle seule plus de la moitié du

4G4 GÉOGHAPfllE GÉNÉRALE.

troupeau australien. Il y a là des fermes d'élevage qui olTreiit aux troupeaux des territoires de parcours de 200000 hectares. Les laines d'Australie sont très appréciées à cause de leurs qualités de blancheur, de résistance et de finesse, qui sont dues à rexlrème sécheresse du climat. Au cours de ces dernières années, l'Australie a souvent exporté plus de 350 millions de kilogrammes de laine, d'une valeur supérieure à 500 millions de francs.

Après l'Australie, c'est la République Argentine qui élève le plus grand nombre de moutons, environ 75 millions, plus de 95, si l'on compte le contingent de tous les États de la Plata. La Pampa est, comme les districts voisins du désert australien, un pays sec qui convient merveilleusement à l'élevage des moutons. Dans les steppes du sud et du sud-est de la Russie ou de la Sibérie occidentale, en Tauride, dans le gouvernement de Kerson, sont d'immenses troupeaux, souvent à l'état presque nomade. Leur nombre est de 43 millions de têtes, ce qui suffit à peine aux besoins de la fabrication nationale. C'est à peu près la condition des États-Unis d'Amérique, où l'on élève environ 40 millions de moutons, en particulier sur le vaste espace de la « Prairie » dans le Texas, le Nouveau-Mexique, l'Arizona et le Colorado.

Tous les autres pays, îles Britanniques, France, Autriche- Hongrie, Allemagne, ont des troupeaux trop peu nombreux pour n'être pas obligés de recourir à l'importation des laines étrangères.

La belle industrie de la laine est une des plus complexes qui soient au monde. Notre pays a gardé, jusqu'à ces dernières années, une prépondérance que la supériorité d'autres nations en richesse houillère et, par suite, un outillage mécanique, tendent à atteindre de plus en plus. A côté de la France et de l'Angleterre, grands pays de fabrication des lainages, se placent rapidement les États-Unis d'Amérique, qui ont improvisé du premier coup des manufactures merveilleusement pourvues. L'Allemagne a regagné le temps perdu, la Russie et l'Autriche-Hongrie produisent à leur tour. La condition de notre pays montre néanmoins combien cette industrie détermine de mouvements commerciaux. Il suffit de citer Roubaix, Tourcoing, Fourraies, Elbeuf, Reims et Sedan pour donner une idée de la haute valeur d notre industrie. La laine est l'article que la France

LRS TEXTILES. 465

achète à l'étranger pour la plus haute valeur, 425 millions de francs : nos ventes de tissus de laine s élèvent à 227 millions, nos ventes de laine à 200 millions, et beaucoup de tissus comportent un mélange de laine, colon, etc. La Grande-Bretagne, pour ses usines du West l\iding et de l'Ecosse, demande chaque année à l'Australie ou à la République Argentine de la laine pour une valeur de 600 millions de francs. Les usines d'Allemagne en font venir pour 290 millions de marks. C'est un commerce qui est l'origine de grands gains pour quelques-unes des lignes de navigation les plus fréquentées du Globe; car c'est une part notable du fret des navires qui vont d'Australie et d'Amérique du Sud en Europe. L'industrie lainière est de tous points comparable, tant pour la valeur delà matière première à laquelle elle fait appel que pour les bénéfices de la vente de ses produits manufacturés, à la grande industrie du cotpn.

La soie. — L'industrie de la filature et du tissage de la soie, si fine et si délicate, est restée plus fidèle aux pays qui possédaient la tradition de ce labeur. Ce fut longtemps matière de grand luxe dans les pays d'Europe. C'est à peine si, dans l'antiquité gréco-romaine, quelques rares échantillons de l'étofle tissée dans la Sérique, nom de la Chine, étaient importés dans les cours ou dans les sociétés riches. Marco Polo redit à l'Europe les merveilles de l'industrie du Cathay et du Zipangou. Quand des relations s'établirent entre les marchands des pays d'Europe et ceux des pays musulmans, sur les marchés d'Alexandrie, de l'Asie Mineure et des bords de la mer Noire, l'usage de la soie devint un peu plus connu et même plus fréquent. Longtemps, toutefois, l'industrie de la soie resta le privilège des grandes sociétés manufacturières de l'Italie. Enfin, au xvu® siècle se développèrent en France de grandes manufactures, bientôt imitées en Angleterre, et dont le secret fut porté en Allemagne par nos exilés de la révocation de l'édit de Nantes. Malgré les progrès de l'Europe, c'est encore l'extrême Orient asiatique qui est le pays de la plus grande production et du plus grand travail de la soie.

Le tissage de la soie est au premier rang des industries de la Chine. On la travaille à peu près dans toutes les pro-

GÉOQRA|>iiI§ GÉNÉRALE, 3Q

vinces, mais le principal centre manufacturier de ce produit est Hang-Chéou, non loin de Changhaï, qui en est le grand entrepôt commercial. Il est impossible de fixer le cliilïre de la production séricicole de la Chine. C'est manifestement le pays du monde où l'on en fait la plus grande consommation, et cependant l'empire chinois en vend encore chaque année pour une somme de 330 à 350 millions de francs. Le Japon, où ce travail de la soie simple ou brochée est pousse à sa perfection, est en train d'accroître sa production de beaucoup en introduisant dans les districts de sériciculture des machines perfectionnées et en concentrant dans des usines le travail difficile et artistique. En 1900, il vendait pour 175 millions de francs de soie à l'étranger.

En Europe, la France et l'Italie se disputent la palme du travail de la soie ; ou , pour mieux dire, l'Italie exporte une plus grande quantité de soie brute, la France de la soie travaillée pour une plus grande valeur. En effet, tandis que le climat de l'Italie se prête merveilleusement à la culture du mûrier et à l'élève du ver à soie, la France ne peut les pratiquer que dans ses régions méridionales du climat le plus doux; en revanche, à l'aide d'importations de soies étrangères, elle donne au labeur de ses belles manufactures, et spécialement des fabriques de Lyon où l'on fait des produits d'une réputation universelle, l'aliment de leur travail. L'Italie exporte pour 420 millions de soie chaque année ; la France achète pour 370 millions de soie et de bourre de soie. En Allemagne, ce sont les manufactures de Crefeld, de Barmen et d'Elberfeld qui sont les métropoles de la soie. Mais l'Allemagne doit acheter sans exception toutes ses matières premières, soit une somme d'environ 130 millions de marks; elle vend des soieries pour une somme à peu près égale.

Les États-Unis d'Amérique s'efforcent, pour l'industrie de la soie comme pour les autres, de s'émanciper de l'Europe. En dix ans, de 1890 à 1900, le nombre des broches à filer et à retordre la soie est passé de 700 000 a 1400000, le nombre des métiers de 21000 à 48000. Si la grande république achète encore pour 230 millions de francs de soie grège et 160 millions de soieries, elle compte s'atïranchir promptement de ce tribut comme des autres.

Quant à la France, elle aurait grand intérêt à déve-

lopper, pour être plus libre vis-à-vis des marchés étrangers, la production de la soie dans ses colonies, dont plusieurs sont si favorables, depuis l'Algérie-Tunisie, qui pourrait lui donner une part de ce qu'elle achète en Italie, jusqu'à l'Indo-Chine, qui pourrait la libérer de ses achats en Chine et au Japon.

Page 1