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CHAPITRE III

SOMMAIIUC.

Formation de la houille par racciimiilalion de plantes, l'arrachage et le flottage de forêts dans les âges géologiques antérieurs. — Origine de rexploitation : Chine, Angleterre, Lièvre, Saint-Étienne. Réserves houillières : Chine, Japon, Austrahe, Amérique du Sud. Actuellement, le premier rang pour la production de la houille, après avoir longtemps appartenu à l'Angleterre, est passé aux États-Unis. L'Allemagne vient au troisième rang, puis la France, la Belgique. l'Autriche-Hongrie, le Japon, l'Espagne. Avantages des pays nouveaux au point de vue de l'exploitation du charbon. Conséquences de l'exploitation de la houille : naissance sur place de grandes industries. Exemple de l'Angleterre, qui doit a sa richesse en charbon sa prépondérance maritime; mêmes conséquences pour l'Allemagne et les États-Unis. Groupements de populations produits par l'exploitation de la houille, perfectionnement de l'outillage. Avenir de la Chine.

Le pétrole. — Origine minérale et végétale. Principaux gisements : les États-Unis (forage du premier puits en 1859) ont plus de 20 000 puits; gisements russes de Bakou et de la Caspienne ; Roumanie et Galicie. Le Japon, Java, Sumatra.

L'asphalte, le bitume, la tourbe, la lignite.

La houille. — En dépit de la découverte de sources de pétrole de plus en plus nombreuses et de l'emploi de plus en plus ingénieux de la force motrice des chutes d'eau et des courants, la houille reste encore, comme on l'a dit, le pain de V industrie, le diamant noir. C'est, comme le disent familièrement les Anglais, le vieux roi Charbon, old king coal. On appelle houille ou charbon de terre une roche charbonneuse contenue dans nombre de terrains et dont

on dislingue plusieurs espèces d'après la richesse en carbone : anthracite, 90 p. 100 de carbone; houille, 75 à 90 p. 100; lignite, 55 à 75 p. 100.

La houille, comme l'ont montré les belles études des naturalistes, est un emprunt du règne minéral aux richesses végétales. Le carbone qu'elle renferme, avec de l'hydrogène et de l'oxygène, provient d'accumulations de plantes qui se sont formées dans les âges géologiques antérieurs. Les géologues font remonter l'origine des formations de houille à la fin des temps primaires, à une période qui porte justement pour cette raison le nom de période carbonifère. Pendant la période carbonifère, des terres assez étendues auraient déjà émergé ; grâce à un climat chaud et humide, la végétation foisonnait. Cette végétation se composait de fougères, de prêles et de lycopodes d'une taille et d'une richesse que nous ne pouvons môme soupçonner aujourd'hui. Les lycopodes carbonifères pouvaient atteindre 30 et 40 mètres de hauteur. Comment la houille s'est-elle formée par l'accumulation et la décomposition de ces végétaux? Certains savants estiment que ces forêts gigantesques ont été arrachées et enfouies à la suite de quelque brusque révolution du Globe. Mais M. Grand'Eury a observé que, dans un grand nombre de cas, les végétations qui composent la houille n'ont pas été enfouies sur place, mais charriées et transportées. La houille serait donc produite par l'arrachage et le flottage de forêts, phénomènes analogues à ceux que Ion voit se produire dans la région de l'Amazone, mais avec une intensité beaucoup plus grande qu'explique le régime des pluies de la période carbonifère. D'ailleurs, rien n'empêche d'admettre que certaines houillères aient été formées sur place, d'autres par transport : la généralité de l'une des deux explications n'empêche pas d'admettre l'autre.

Origine de l'exploitation de la houille. — Il semble bien que ce sont les Chinois, dont le pays est d'ailleurs le plus riche en houille de l'univers, qui se sont les premiers livrés à cette exploitation. Quand Marco Polo les vit se servir de pierres brûlantes ou pierres arses, il y avait longtemps qu'ils en connaissaient l'emploi pour la cuisson de la porcelaine et pour les usages domesli(|ues. En Euro.pe, le plus vieux témoignage est sans doute une charte anglaise de

l'abbaye de Pelerl)orough datant de 853 et dans laquelle il est question de l'usage du charbon par les vassaux du seigneur de l'endroit. On sait ([ue Guillaume le Grand ne négligea pas de s'approprier, pour en faire partage avec ses vassaux, les mines de houille de Newcaslle. Dans le Ilainaut et dans le pays de Liège, l'emploi de la houille semble remonter au xui" ou au xii" siècle : c'est à peu près à la même époque que les Français du pays de Saint-Étienne mirent en valeur cette richesse. Mais ce sont les progrès de linduslrie mécanicpie au xix" siècle qui ont vraiment fait de la houille le pain de Tindustrie.

Production de la houille. Sa consommation. — Nous

sommes loin encore d'une exploitation normale et rationnelle de la houille, bien que la consommation absorbe facilement aujourd'hui les 750 millions de tonnes qui sont tirées des mines. Mais combien de pays sont encore au début de leur exploitation ! M. de Richthofen conclut de son exploration des bassins houillers de la Chine, et des renseignements ultérieurs qui lui sont parvenus, que l'empii'e chinois contient à lui seul beaucoup plus de houille que toute l'Europe. Le Japon commence seulement à mettre en valeur ses belles mines. L'Australie et la Nouvelle-Zélande se sont aussi engagées dans l'exploitation des houillères. Dans l'Amérique du Sud, le Brésil et la République Argentine ont eu le bonheur de reconnaître sur leur territoire d'abondantes mines de charbon. Il faut donc dès maintenant prévoir une extension et une généralisation de la richesse houillère, réservée jusqu'au milieu du siècle dernier à l'Europe, et longtemps partagée depuis entre l'Europe et les États-Unis d'Amérique. Cette constatation est importante ; le nivellement de la richesse houillère peut être le prélude du nivellement industriel, dépouiller de leur prépondérance; certains États favorisés aujourd'hui et répartir plus également ce bienfait du pain de l'industrie. La prééminence, qui appartint longtemps à l'Angleterre, est passée depuis l'année 1899 aux États-Unis d'Amérique. La Grande-Bretagne vient ensuite, puis l'Allemagne, la France, la Belgique, rAutriche-IIongrie, le Japon, l'Espagne, etc. Si l'on ajoute à la production métropolitaine anglaise celle des colonies (le l'Inde, du Canada, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande et de l'Afrique du Sud, la Grande-Bretagne est à peu près

exaclemenl au même rang que les Etats-Unis, avec une production de 250 millions détonnes. L'Allemagne a extrait 111 millions de tonnes en 1900, la France 34 millions en 1901, la Belgique 23 millions.

Il ne faut pas considérer seulement l'abondance du combustible minéral contenu dans les mines, mais aussi la facilité plus ou moins grande de l'exploitation. Un Américain, M. Edwards Made, observe que dans les mines européennes le charbon voyage quelquefois pendant près d'une demi-heure avant d'atteindre le sommet du puits, que le mineur européen doit combattre l'eau, le gaz, la chaleur, l'éboulement ; rien de tout cela en Amérique, où les mines sont de simples carrières de charbon. Aussi une tonne de charbon exploité coûtait en 1899, sur le carreau de la mine, 5,75 aux Etats-Unis d'Amérique, 8,25 en Angleterre, 9,60 en Allemagne, 11,40 en Belgique et 11,70 en France. Aussi a-t-on vu les cargaisons de charbon américain se répandre dans le monde et l'Angleterre elle-même n'a pas été exempte de ces importations. Il faut remarquer aussi que les plus anciennes mines, comme celles de l'Angleterre, sont, sinon menacées d'épuisement, au moins dans une condition de mise en valeur de plus en plus onéreuse. Une évaluation récente de la richesse du monde en houille classait les pays dans l'ordre suivant, en marquant le nombre de kilomètres carrés de terrain exploitable que possédait chacun d'eux:

Chine 600.000 kilomètres carrés.

États-Unis 520.000 — —

Canada 170.000 — —

Inde anglaise 92.000 — —

Australie 65.000 — —

Russie 62.000 — —

Grande-Bretagne 31.000 —

Espagne 13.000 — —

Japon 13.000 — —

France 5.400 — —

Autriche-Hongrie 4.600 — —

Allemagne 4.500 — —

Belgique 1.400 — —

Au reste, l'enquête est encore bien incomplète. Si restreinte qu'elle soit, elle prouve que les gisements de houille ne se trouvent pas dans le seul terrain carbonifère. « Enréalilé, la houille peut se trouver dans les états géologiques

les plus divers, depuis le dévonien jusqu'au quaternaire; c'est ainsi qu'on exploite du charbon dans le permien, dans rindc et dans le Transvaal ; dans le jurassique du sud de la Sibérie et du Tonkin, dans le tertiaire du Chili et du Venezuela (1). »

Conséquences de l'exploitation de la houille. — L'exploitation de la houille a d'abonl fait naître sur place de grandes industries. Si rAntçlelorrc a été longtemps le pays industriel prépondérant du monde, c'est parce qu'elle avait la première bien mis en valeur des mines de houille, d'ailleurs naturellement très riches. La marine marchande étant une véritable industrie dépendante, elle aussi, de la houille, depuis que les paquebots tendent à remplacer les voiliers, la prééminence maritime de lAnglelerre s'explique aussi en grande partie par sa richesse en charbon. La marine de guerre actuelle employant un matériel métallique et qu'on ne peut mettre en mouvement qu'avec une grande dépense de houille, comme on ne le construit qu'à grand renfort de diamant noir, la richesse en houille de la Grande-Bretagne est aussi l'un des éléments de sa supériorité maritime si longtemps incontestée.

L'Allemagne n'est devenue la grande puissance industrielle et maritime qu'elle est aujourd'hui que du jour où ses belles raines de Silésie, de Saxe et de la région rhénane ont été mises en valeur à l'intérieur des frontières d'un État unifié. Si l'Allemagne a une belle flotte de commerce et une flotte de guerre qui commence à compter, elle ne le doit pas au nombre ni à l'éducation de ses populations maritimes. C'est une conséquence de son industrie, et son industrie dépend de ses mines de houille.

Si, de l'autre côté de l'Atlantique, grandit l'industrie des États-Unis, si leurs flottes de commerce et de guerre commencent à inquiéter les vieilles marines d'Europe, c'est encore à l'exploitation des gîtes de combustibles minéraux qu'est dû ce phénomène. Aujourd'hui, grandes découvertes de la science, grandes applications de l'industrie tombent très vite dans le domaine commun : il n'y a plus guère de secrets de science, ni de secrets de laboratoire. Donc, un peuple n'est plus riche en raison de

(1) Cf. l'excellent ouvrage de E. Caustier, Les entrailles de la Terre. Paris, Nony, 1902.

son activité intellectuelle dont le voisin bénéficie dès qu'il veut, mais aussi en raison de sa faculté naturelle d'appliquer ce que la science à découvert. Et parmi ces facultés naturelles, la possession de la houille est l'une des plus remarquables.

L'exploitation de la houille, qui détermine ou, du moins, a déterminé jusqu'ici la localisation et l'importance des autres modes d'activité industrielle, a produit aussi un effet social de haute valeur, en groupant les populations industrielles. Il est des pays comme la Grande-Bretagne, où la diiïusion de l'industrie a détruit, a oblitéré l'activité agricole, attiré dans les villes des habitants des campagnes, c'est-à-dire amené une dépréciation delà terre. En revanche, dans des pays neufs, comme le Far- West américain, ou les provinces centrales du Dominion canadien, telles que le ]\Ianitoba, l'agriculture est née et agrandi soudainement grâce aux perfectionnements industriels de l'outillage employé. Quelle révolution va produire l'exploitation de la houille dans un pays comme la Chine où la population, si dense et si laborieuse, n'a pas trop de tout son temps pour faire produire au sol la nourriture nécessaire! Une Chine qui deviendra industrielle est-elle une Chine qui cessera d'être agricole, et comment envisager l'équilibre des deux espèces de labeur dans une société si traditionnelle?

Le pétrole. — L'emploi usuel du pétrole est probablement aussi vieux que l'emploi de la houille, mais son usage industriel est de date toute récente, à moins que l'on ne considère comme un emploi industriel la consommation de corps bitumineux que faisaient les Romains et les Grecs pour l'éclairage. On connaît les propriétés du pétrole dans la région du Caucase depuis vingt-deux siècles au moins et le culte du feu institué chez les Perses n'était peut-être qu'une interprétation morale du fait physique de la présence du pétrole. La Perse fit un commerce important de pétrole du x^au xui*^ siècle, mais l'exploitation industrielle date de la découverte des grands gisements aux États- Unis en 1859 et de la mise en exploitation régulière des pétroles russes du Caucase en 1879.

Le pétrole est un mélange d'hydrocarbure de différentes espèces et à dilïérentes doses. Les pétroles des États-Unis d'Amérique, composés de carbures forméniques etdeparaf-

fine, sont d'une fluidilc remarquable ; les pétroles russes de Bakou, riches en e^oudron, sont plus épais ; la cire minérale de Galicie, qui est un pétrole, est une matière solide. Le pétrole est-il purement d'origine minérale, et s'est-il formé par l'action de la vapeur d'eau sur des carbures métalliques? Ou bien est-il dû à la décomposition des végétaux? lise peut fort bien que des pétroles se soient formés sous les deux influences. M. de Lapparent, étudiant les phénomènes volcaniques, compare les gisements de pétrole aux phénomènes appelés les salses. On ne connaît encore qu'une partie restreinte de la richesse du Globe en pétrole, et déjà de nombreuses explications du phénomène, presque toutes vraisemblables, ont été proposées. La suite des découvertes en suggérera aux savants beaucoup d'autres encore.

Principaux gisements de pétrole. — Les principaux gisements de pétrole sont ceux des Etats-Unis et de la Russie qui représentent plus de 90 p. 100 de la production totale du monde, soit 220 millions d'hectolitres, que les deux États se partagent à peu près également.

Voilà quatre siècles que les Peaux-Rouges signalèrent à des missionnaires l'existence de pétrole en Amérique, dans la région de l'Alleghany. Mais c'est seulement en 1859 que fut foré le premier puits par le colonel Drake ; l'exploitation commença deux ans après et fournit du premier coup plus de 3 millions de barils d'huile minérale. Aujourd'hui, il y a plus de 20 000 puits à pétrole où l'on travaille. C'est la Pensylvanie, la région de Bradford qui ont les plus belles sources, mais il y en a aussi dans l'Ohio, dans le Kentucki, dans l'Illinois et dans le Michigan. Enfin on a commencé l'exploitation en Californie depuis dix ans.

A l'exploitation du pétrole, les Américains ont ajouté celle du gaz naturel. Non seulement on s'en sert pour l'éclairage, mais encore pour le travail industriel, par exemple dans les établissements de métallurgie de Pittsburg. Le Canada possède des gisements pétrolifères déjà mis eu valeur dans les territoires contigus à ceux des États-Unis. Dans la province de l'Ontario, les premiers forages ont été faits aussi anciennement qu'aux États-Unis, dès 1860. Aujourd'hui, les deux centres d'exploitation sont Oils Springs et surtout Petrolia. Desexplorations récentes laissent à penser

qu'il y a d'immenses réserves d'huile minérale dans les régions de l'Alhabasca et du Mackensie.

Mais seuls les gisements russes peuvent rivaliser avec ceux des Etals-Unis d'Amérique. On les observe sur le versant méridional du Caucase en deux groupes, l'un dans la presqu'île d'Apchéron, sur la mer Caspienne, l'autre dans le Kouban. On sait l'extrême richesse des gisements de Bakou; l'exploitation y fut plus tardive qu'aux États-Unis d'Amérique : elle dale de trente ans. Toutefois, depuis cette époque, il a fallu rechercher à de plus grandes profondeurs les sources, après l'épuisement des couches superficielles. Le produit que l'on y recueille est souvent de la naphte assez épaisse, une sorte d'huile noire.

Après la Russie, il faut citer la Roumanie et la Galicie dont les pétroles commencent à être mis en exploitation.

Hors d'Europe, c'est le Japon qui, jusqu'ici, donne la plus riche production, à peu près 4 000 barils par jour. Depuis quelques années, Java et Sumatra exportent du pétrole pour une valeur de quelques millions. Des sondages récents ont enfin révélé sa présence en Australie et en Nouvelle-Zélande.

L'industrie de l'extraction et du raffinage du pétrole occupe dès maintenant un grand nombre d'ouvriers. En Pensylvanie et à Bakou, des merveilles d'ingéniosité ont permis de recueillir avec sûreté les sources dès leur sortie, de faire circuler la précieuse huile à de grandes distances et d'organiser des distilleries. Il existe des trains spéciaux et des navires consacrés exclusivement au transport du pétrole.

Asphalte et bitume. — Lorsque le pétrole s'est oxydé et s'est mêlé à des calcaires, il donne lieu au produit que l'on appelle asphalte. On sait combien l'asphalte est utile pour la protection de nos chaussées dans les villes. Il existe d'énormes gisements d'asphalte, par exemple le lac de la Poix, dans l'île de la Trinidad : c'est un lac de bitume à l'intérieur duquel sont insérés des lacs d'eau douce, et qui est surmonté d'huile. On a récemment découvert au Venezuela des richesses du même genre. En France, on connaît de riches mines d'asphalte dans l'Ain, à Seyssel, et dans le Puy-de-Dôme, à Pont-du-Château.

Combustibles secondaires : tourbe, lignite. — D'autres

combustibles sont employés pour les usages domestiques, par exemple la tourbe et le lignite. Le pays du monde le plus riche en tourbières est probablement l'Irlande, dont les « bogs » renferment des couches d'une grande épaisseur. La France en extrait aussi une quantité notable dans ses régions des Alpes, des Vosges, et dans la Picardie. Le lignite est beaucoup moins employé.

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