CHAPITRE IV
Sommaire.
Importance de i'exploilaiion des métaux au point de vue de Vhistoire de la civilisation. — Lor. Pays producteurs : Australie occidentale, Transvaal, États-Unis (Colorado et Californie), Canada (Klondike), Russie. Importance, au point de vue de la colonisation, de l'attrait exercé par les pays où se trouve l'or. Exemple de l'Australie. Emplacement et formation des gites métallifères ; liions.
L'argent. — Diminution de valeur. Pays producteurs : Mexique, États-Unis, Australie et Bolivie.
Le fer. — Modification de la vie des peuples par l'emploi industriel du fer Diverses espèces de minerai de fer.
L'acier. — Principaux pays métallurgiques : États-Unis, Angleterre, Allemagne, France, Russie. Avantages des pays producteurs de houille. Grandes agglomérations humaines déterminées par l'industrie du fer : le Creusot, Essen.
Le cuivre. — Principaux pays producteurs : États-Unis (région du lac Supérieur), Espagne iRio-Tinto), Japon, Chili.
Le plomb. — États-Unis et Espagne.
Lé tain. — Ile de Banca, presqu'île de Malacca.
Le zinc. — Allemagne (Harz, Silésie), Belgique, Angleterre, Bohême.
Le nickel. — Nouvelle-Calédonie, Canada,
Le mercure. — Espagne (Almaden), Californie, Carniole (Idria).
L'aluminium. — France et Allemagne.
Sources theivnales. — Sortes de filons d'eau se faisant jour dans les cassures de l'écorce terrestre; elles valent surtout par leur température et leur composition. Eaux salines, ferrugineuses (Bussang), sulfureuses (Barèges, Mont-Dore, Gauterets), alcalines (Vichy).
Importance de l'exploitation des métaux. — L'emploi des métauxestconsidéré pailles historiens spéciaux desplus vieilles civilisations comme un des meilleurs indices des progrès des humains. L'apparition du travail du bronze est particulièrement significative. Quelques-unes des plus brillantes civilisations de l'antiquité classique ont été remarquables par le degré d'avancement de la métallurgie et par le commerce qui en résulta. Les Phéniciens furent des négociants en métaux et des métallurgistes remarquables : on sait qu'ils allaient chercher l'étain jusque dans les parages des îles SorHngues ou Scilly et qu'ils étaient, dans tous les pays que baignait la Méditerranée, les intermédiaires d'un commerce avantageux de métaux.
L'attrait de l'exploitation des métaux précieux, or et argent, fut l'une des causes déterminantes de la colonisation espagnole et portugaise dans le monde américain. Cet attrait excessif détermina même à cette époque, et aussi dans notre siècle, des actes politiques de cruelle inhumanité.
On peut dire sans paradoxe que la civilisation britannique, si longtemps prédominante, doit une grande partie de son éclat et de son originalité à ses exploitations métallurgiques. L'Allemagne, la Belgique, la France sont, à un moindre degré, marquées du même caractère. Enfin, toutes les fois que l'on voit chez une nation nouvelle, riche en houille, surgir l'industrie métallurgique, on peut estimer que ce pays est en voie de se suffire et se donne par là une garantie d'indépendance économique.
Les métaux précieux ; l'or. — Il semble bien que l'exploitation del'or est une des plus anciennes qui aientété connues de l'humanité. De récentes découvertes prouvent que les Égyptiens savaient travailler l'or trente siècles avant notre ère. Aujourd'hui, on en retire par an près de 500 tonnes des entrailles de la terre, c'est-à-dire une valeur de plus d'un milliard et demi.
L'or se rencontre assez fréquemment, mais il n'est exploitable que dans un petit nombre de cas. On l'exploite
fjuilùl dans des alluvionsancicnnos qui ont été formées au détrinicut de filons de quartz, tantôt dans le quartz lui même, (jui est soumis au broyage. A l'état natif, il s'oll're tantôt sous la forme de paquets appelés pépites, dont quelques-uns pèsent plusieurs kilogrammes, tantôt en simi)les paillettes.
Les pays qui produisent le plus d'or sont l'Australie, et particulièrementrAustralie occidentale, le Transvaal dans l'Afrique du Sud, et les ïltats-Unis d'Amérique, dans les États de Colorado et de Californie. La production de l'Australasie atteint aujourd'hui près de 400 millions de francs. Le Transvaal avait, avant la guerre, le premier rang, avec une production de plus de 400 millions; les États-Unis ont une production légèrement inférieure. La Russie (125 millions de francs) et le Canada (100 millions de francs, dans la région du Klondike) ont seuls, après l'Australie, le Transvaal et les États-Unis, une production notable. Mexique, Inde, Chine et Colombie ont des exploitations de beaucoup moindre valeur.
L'exploitation de l'or n'a pas eu pour seul résultat la production d'une quantité notable de minerai précieux. Elle a attiré dans des régions jusque-là mal peuplées une population qui, d'abord exclusivement livrée à l'industrie de Texploitalion de l'or, s'est portée ensuite vers d'autres besognes et a procuré de bien autres richesses que celles de l'or. C'est le rush, c'est-à-dire l'élan des colons vers l'Australie, qui a procuré à cette terre un afflux de colons courageux et entreprenants. Mais ce n'est pas là une vérité universelle. L'exploitation de l'or n'a pas été jusqu'ici pour le malheureux Transvaal une source de prospérité : ou, du moins, l'enrichissement et la prospérité sont allés à d'autres qu'aux propriétaires du soi où l'on a découvert le plus d'or, c'est-à-dire que la découverte a amené l'expropriation et la déchéance d'un peuple courageux et digne de vivre.
Emplacement et formation des gîtes métallifères. — Les géologues ont observé les conditions dans lesquelles se sont amassés dans le sol, soit à l'état pur, soit mélangés, les minéraux précieux ou usuels qu'exploite l'industrie humaine. Ils ont noté d'abord que les érosions volcaniques de l'âge actuel déterminaient des dépôts de diverses
subslances minérales, surtout quand l'action volcanique passe à l'état do dégagements soHatariens et thermo-minéraux. Par comparaison, ils inclinent à croire que les gîtes métallifères résultent d'émanations analogues des anciennes périodes volcaniques. « Leur allure ordinaire est celle de filons, c'est-à-dire de fentes ouvertes. à travers les terrains de l'écorce terrestre et remplies après coup par des minerais métalliques, le plus souvent des sulfures, associés à des gangues pierreuses (1). »
Comment se sont formés les filons? L'observation de leur emplacement semble prouver que les filons sont localisés dans des fentes ou verticales, ou extrêmement inclinées. Dans ces fentes ont circulé les eaux atmosphériques et les eaux chaudes des profondeurs de la terre : ce sont ces eaux chaudes qui auraient déposé dans les fentes une série de sulfures métalliques. Dans leur passage à travers les roches, elles ont pris également des carbonates et des silicates. Les matières que les eaux tenaient en suspension s'étant cristallisées ou concrétionnées, les matières métalliques se sont déposées.
A mesure que l'exploitation scientifique des mines a fait des progrès, il a été aisé de reconnaître l'allure particulière de chacun des dépôts. Ainsi l'on estime que les minerais d'étain se rencontrent dans les parages de l'écorce terrestre où sont sortis des granulites. « Les minerais d'étain remplissent moins des fentes définies que des réseaux de veines ou de veinules formant comme une auréole à la périphérie des noyaux phouolithiques, comme en Cor nouailles, en Bretagne et en Limousin (2). » On observe de même que les sulfures qui contiennent l'or se sont produits à l'époque de l'érosion de roches dioritiques. Le cuivre se serait fait jour avec les mélaphyres et les diorites, sans doute aux époques permiennes et triasiques.
Un filon métallique n'est d'ailleurs pas d'une richesse constante; cette richesse varie avec la nature des couches de roches que traverse le filon.
L'argent. — L'argent fut longtemps un métal précieux de grande valeur. Depuis qu'un grand nombre d'Etats ont adopté l'étalon monétaire d'or, l'argent a perdu de sa
(1) De Lapparent, Abrégé de géologie, p. 384.
(2) De Lapparent, Abrégé de géologie, p. 38â
valeur. L'argent n'est plus considéré comme métal monélaire par excellence que dans un certain nombre de pays d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud, notamment au Mexique. Mais c'est aussi un métal précieux pour l'art. Enfin, il est possible que l'or à son tour, à la suite de l'exploitation à outrance qui caractérise les dernières années, perde comparativement quelque chose de sa valeur; car toute monnaie est marchandise et, en dépit des réglementations d'État, l'afflux d'une grande quantité d'un métal précieux sur le marché du monde risque fort de déterminer une baisse proportionnelle.
L'exploitation de l'argent produit aujourd'hui 6 000 ou 7 000 tonnes par an, représentant une valeur qui oscille, suivant les cours du mêlai, entre 500 et fiOO millions de francs.
Outre l'argent natif, on rencontre l'argent à l'état d'alliage dans des sulfures, dans des chlorures et dans des silicates. Souvent l'argent est associé au cuivre, au plomb et au zinc.
Les pays ([ui en produisent la plus grande quantité sont le Mexique (34 p. 100), les États-Unis (32 p. 100), enfin l'Australie et la Bolivie.
Le fer. — C'est l'emploi industriel du fer qui a sûrement le plus contribué à modifier la vie des peuples. Au for ils demandèrent leurs premières armes, et c'est aujourd'hui avec l'acier que sont construits les engins les plus perfectionnés de destruction. Depuis un siècle bientôt, la tôle d'acier remplace le bois dans la construction de la carène des navires ; les poutres de fer sont substituées aux poutres de bois dans nos maisons modernes. Quelle prodigieuse quantité de fer et d'acier représente ici une voie ferrée et les convois qui circulent, là un de ces lévriers de la mer, paquebot jaugeant près de 20 000 tonnes, long de 250 mètres et capable de traverser un océan à une vitesse moyenne de plus de 22 nœuds. La production du fer a dépassé 40 millions de tonnes et celle de l'acier 30 millions: pourtant cette industrie est encore en voie de pleine croissance. Il est des peuples de plusieurs centaines de millions d'humains, comme la Chine, où l'on n'emploie encore qu'à titre exceptionnel le fer et l'acier sous toutes leurs formes. L'exploitation des mines de fer, et surtout leur exploitation vraiment industrielle, n'a commencé que longtemps
après rexlraction des métaux précieux comme l'or et l'argent, et même des métaux usuels comme le cuivre et l'étain. C'est qu'il a fallu la science et l'outillage perfectionné de l'analyse chimique pour reconnaître le fer dans toutes les roches où il se dissimule. Ici, ce sont des amas de fer carbonate ou fer spathique, dont TAnglelerrea rencontré une telle abondance dans ses terrains houillers. Dansla FranceduNord-Estsurtout,etparticulièrement l'arrondissement de Briey, c'est l'hémonite ou hématite brune, un oxyde de fer, que l'on recueille dans des terrains d'alluvion. On lui donne aussi le nom de minerai de fer oolithique à cause de sa contexture en un conglomérat de petits grains arrondis qui ressemblent à des œufs de poisson. Ce minerai se rencontre en couches très abondantes, mais sa teneur en métal pur n'est pas très considérable. L'île d'Elbe possède un énorme gisement de (er ooligiste, appelé aussi hématite rouge : il est d'ailleurs assez commun. Mais le minerai le plus recherché est celui que la Suède et la Norvège possèdent en amas considérables, la magnétite, oxyde de fer que l'on appelle aussi /Ji'erre d'aimant parce qu'elle influence l'aiguille aimantée.
Bien des particularités séparent encore les diverses espèces de minerais de fer : le métallurgiste tient à savoir si le minerai renferme une plus ou moins grande quantité de phosphore, ce qui l'oblige à le déphosphorer, etc., etc. On sait en quoi consiste le travail de la fonte du minerai de fer dans les hauts fourneaux, le labeur de la transformation de la fonte en acier par le procédé Bessemer, si ingénieux et si rapide. Enfin, depuis quelques années, l'acier est mêlé à d'autres métaux, au nickel, au manganèse, au chrome, qui lui communiquent des qualités particulières. En 1900, les États-Unis d'Amérique venaient au premier rang des pays métallurgiques traitant le fer, avec une production de 14 millions de tonnes de fonte et de 11 millions de tonnes d'acier. L'Angleterre et l'Allemagne venaient au second rang, la première avec une production de près de 10 millions de tonnes de fonte et de plus de 5 millions de tonnes d'acier, l'Allemagne avec 8 millions de tonnes de fonte et 6 millions et demi de tonnes d'acier. Notre pays, distancé de loin par ces grandes puissances industrielles, atteignait 3 millions de tonnes de fonte et à peine 2 millions de tonnes d'acier ; la Russie, dont l'in^
dnstrie sidérurgique est de date si récente, est désormais au même rang que nous.
Les États-Unis d'Amérique n'ont pas seulement la suprématie de la quantité, mais aussi celle du bon marché, grâce à la constitution de la gigantesque association, à la fois industrielle et commerciale, du trust de l'acier, qui produit fonte et acier à bien meilleur compte que les industries rivales de l'Europe. L'Allemagne et l'Angleterre viennent ensuite : la France, moins riche en houille et obligée d'en demander à l'étranger, ne peut ni autant produire, ni à si bon compte ; et, pour produire à bon compte, il faut beaucoup produire.
C'est l'industrie du fer qui, avec celle de la houille, qui lui est associée de près, a déterminé les plus grandes agglomérations humaines, et attiré autour de ces premières industries métallurgiques beaucoup d'autres industries qui en sont étroitement solidaires, soit parce qu'elles emploient des métaux, soit parce quelles ont besoin de machines. Il suffît de rappeler ici avec quelle prodigieuse rapidité des villes comme Essen en Allemagne, comme le Creusot en France, se sont développées. L'établissement de la grande industrie métallurgique est l'événement qui a le plus contribué à dépeupler les campagnes en attirant les paysans vers les villes par l'appât de gros salaires.
Le cuivre. — Le cuivre est un métal industriel d'un emploi moins répandu que le fer, mais auquel l'industrie de l'éclairage électrique et du transport électrique de la force à donné une importance extraordinaire depuis plusieurs années. Facile à observer dans la nature par les couleurs vives de son minerai, il fut recueilli et traité de bonne heure: les Phéniciens, en particulier, furent de grands marchands de cuivre et d'étain. Les minerais que l'on exploite sont surtout des sulfures de cuivre, puis des oxydes de cuivre et des carbonates. 11 y a vingt ans, on considérait que les deux plus grands pays producteurs du cuivre étaient les États-Unis d'Amérique et la péninsule Ibénque, puis le Chili et l'Allemagne. Aujourd'hui, la prééminence appartient aux États-Unis d'Amérique, qui exploitent de très beaux minerais dans la région du lac Supérieur, mais qui, surtout, ont donné à leurs différentes exploitations de cuivre la redoutable forme d'associations Géographie GÉNF.BALE. 3l
commerciales ou trusts, qui leur permet de dominer le marché du monde et d'imposer leurs prix. L'Espagne a de merveilleuses mines, notamment celles du Rio-Tinto, probablement exploitées depuis la plus haute antiquité. En 1886, la production universelle n'était encore que de 217000 tonnes, dont 70000 fournies par les États-Unis et 50000 par l'Espagne et le Portugal. En 1900, on a presque atteint le chiffre de 500 000 tonnes et la part des Etats- Unis s'est élevée à plus de la moitié, soit 240000 tonnes; l'Espagne et le Portugal venaient ensuite avec 60 000, le Japon avec 30 000, le Chili et l'Allemagne avec 24000. La prospérité des mines de cuivre tient assurément de près à la prospérité des industries qui emploient l'électricité, soit pour transporter la force, soit pour produire la lumière, soit pour servir les échanges télégraphiques.
Le cuivre mêlé à l'étain forme le bronze, dont l'industrie s'est tant perfectionnée dans notre siècle, soit pour les usages industriels, fabrication de pièces de machines, d'hélices de navires, soit pour les usages artistiques. Le cuivre allié avec le zinc devient le laiton. Enfln, la malachite, à la belle couleur verte, n'est autre chose qu'un hydrocarbonate de cuivre.
Le plomb. — Le plomb est un métal très utile à cause de sa grande malléabilité : on l'emploie notamment pour la fabrication des tuyaux. 11 est rare qu'on le rencontre dans le sol à l'état natif : il est le plus souvent mêlé à l'argent et à d'autres métaux. Quand on le trouve à l'état de sulfure, on lui donne le nom de galène ; quand c'est un carbonate, il s'appelle cérusite. On suppose que le plomb a formé ses filons à partir de l'époque triasique.
La prod uction actuelle du plomb estd'environ 800 000 tonnes, dont près de 200 000 pour les États-Unis, et à peu près autant pour l'Espagne.
L'étain. — L'étain est exploité depuis une époque très ancienne. Il est impossible de déterminer exactement à partir de quelle époque les Phéniciens allèrent chercher dans le pays de Gornouaille», en Angleterre, le minerai de cassitérite ; les Anciens l'appelaient \e plomb 6/a«c. Aujourd'hui, le centre de l'exploitation est dans l'île de Banca et dans la presqu'île de Malacca ; des indices récents per-
LES MINÉRAUX PRÉCIEUX ET LES MhNÉRAUX UTILES. 483
melleiiL de croire que rindo-Gliine française n'esL pas dépourvue de ce mêlai demi-précieux et demi-industriel. La production universelle ne dépasse pas aujourd'hui 90 000 tonnes.
L'étain a deux emplois essentiels : d'une part la fabrication du fer-blanc, si prodigieuse, notamment pour les boîtes de conserve ; puis une quantité d'usages industriels. Certaines pièces de vaisselle en étain sont de véritables œuvres d'art.
Le zinc. — Beaucoup plus industriel est le minerai de zinc, que l'on rencontre sous deux formes : la blende ou sulfure de zinc, la calamine ou carbonate de zinc. Les pays les plus riches en zinc sont l'Allemagne, soit dans le Harz, soit dans la Silésie, puis la Belgique, l'Angleterre, la Bohême. Sur une exploitation de 500000 tonnes environ, l'Allemagne compte pour 150 000, la Belgique 130 000. La ])lus célèbre société d'exploitation des mines de zinc est la Société de la Vieille Montagne, qui met en valeur les mines situées en longue série dans la vallée de la ]\Ieuse, entre Aix-la-Chapelle et Liège. L'Amérique du Sud, et notamment la Bolivie, recèlent une grande quantité de blende : c'est qu'en elïet les mineurs qui exploitent l'argent dans des sulfures ont complètement laissé de côté l'exploitation du métal usuel ou zinc. Les belles mines de Huanchaca, en Bolivie, comptent parmi les plus riches en blende ou sulfure de zinc. Les emplois du zinc pour la couverture des maisons, la fabrication des comptoirs et de mille objets de ménage sont trop connus pour qu'on les énumère ici.
Le nickel. — Le nickel, qui se rencontre surtout sous forme de silicate, notamment dans les terrains de serpentine de la Nouvelle-Calédonie, qui est associé, dans les mines canadiennes, à des pyrites de fer et de cuivre, fut longtemps une sorte de métal précieux et n'est devenu que récemment un mêlai industriel. Il fut d'abord fort à la mode pour donner à des pièces de métal vulgaire un éclat rival de celui de l'argent. Mais c'est surtout depuis qu'on a découvert la propriété qu'il a, mélangé à l'acier, de communiquer à ce métal une dureté particulière, qu'on l'a appliqué aux usages métallurgiques. 11 entre dans la
composition des énormes plaques de blindage qui protègent les navires cuirassés; il sert à fabriquer des projectiles assez durs eux-mêmes pour lutter contre ces remparts de métal. Enfin il est employé pour la fabrication des pièces fines de mécanique et des outils de chirurgie.
La Nouvelle-Calédonie est jusqu'ici le pays le plus riche du monde en nickel. Ce fut même pour ce pays une cause de crise très grave, il y a dix ans, que la restriction de l'emploi du nickel aux usages de luxe. Sur une production annuelle de 8 000 tonnes, la Nouvelle-Calédonie produit plus de la moitié, le reste vient du Canada. Aujourd'hui, l'industrie de l'exploitation du nickel n'est même pas en mesure de fournir tout le métal que réclame pour les alliages l'industrie de l'acier.
Le mercure. — On appelle mercure un métal jadis considéré comme précieux, et ne servant qu'à des usages restreints en physique et en médecine, et qui rend aujourd'hui de très grands services dans l'industrie de l'exploitation de l'or et de l'argent, en permettant de dissocier par des méthodes rapides les métaux précieux des corps auxquels ils sont mêlés.
On trouve le mercure sous forme de sulfure ou cinabre. Son exploitation est très dangereuse pour la santé et la vie des mineurs et, pour cette raison, est extrêmement coûteuse.
La plus riche mine de mercure du monde est la mine espagnole d'Almaden ; aussi a-t-on donné le nom de Nouvelle- Almaden, New Almaden, à une autre mine de cinabre découverte en Californie. A ces deux gisements il faut ajouter celui d'Idria dans la Carniole. On exploite aujourd'hui à peu près 4 500 tonnes de mercure par an, et la valeur de celte petite quantité oscille entre 20 et 25 millions de francs.
L'aluminium. — L'aluminium est un métal dont la légèreté et la malléabilité font toute la valeur. Longtemps on espéra que l'aluminium remplacerait, pour ces raisons, beaucoup d'autres métaux. On l'essaya pour construire des embarcations légères, des torpilleurs, des sous-marins, qui pourraient, en raison de cette légèreté, être chargés et déchargés à bord des grands navires. Mais l'extrême
facilité avec laquelle raluminium subit des déformations et se ploie a amené les mélallurfi^istes à renoncer à tant d'ambitieuses espérances. Son emploi s'est d'ailleurs développé dans toutes les branches de l'industrie métallurgique où l'on doit préférer la légèreté et la bonne conservation à l'extrême résistance. Enfin, depuis que l'aluminium est produit par la méthode électro-chimique, il est devenu meilleur marché et, par là même, a trouvé un plus grand nombre d'emplois. Il y a cinquante ans, au moment de la découverte, l'aluminium valait 3000 francs le kilogramme, que l'on obtient aujourd'hui pour moins de 3 francs.
La production annuelle est supérieure à 5 000 tonnes. La France est l'un des pays où l'on traite le mieux l'aluminium ; l'Allemagne excelle aussi dans les emplois ménagers de l'aluminium.
Sources thermales. — Les sources minérales jouent im rôle dans l'alimentation et dans la médecine des hommes. Ce sont à la fois des médicaments naturels et des boissons précieuses. Il y a tel coin de pays, comme la région française du Puy-de-Dôme, où affluent chaque année plus de 100 000 visiteurs; le nombre des personnes malades ou bien portantes qui, en temps ordinaire, consomment des eaux minérales est incalculable.
On ne doit pas croire que les eaux thermales sont rigoureusement localisées au voisinage des volcans; car il y a précisément beaucoup de pays où les volcans éteints sont nombreux et les sources thermales abondantes, tandis que certaines régions volcaniques peuvent être pauvres en eaux minérales. H y a certainement un rapport ou, du moins, quelquefois un rapport entre l'activité volcanique actuelle ou assoupie, apparente ou cachée, et la présence des eaux thermales; mais on peut faire beaucoup d'autres suppositions sur les causes qui produisent des eaux chaudes et qui en déterminent la composition. D'ailleurs, il faut bien avouer que l'exploitation des eaux minérales dépend encore beaucoup moins de la richesse du terroir qui les recèle que des besoins d'une société nombreuse et riche, que de son goût pour les beaux paysages. Il y a donc beaucoup de pays riches en eaux minérales que l'on n'exploite pas, et d'autres assurément plus pauvres où l'exploitation est véritablement poussée à son extrême
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limite. Souvent une source thermale est populaire et célèbre parce qu'on sait que les Romains Font mise en usage; et telle autre peut être beaucoup plus efficace, dont sa nouveauté éloigne les visiteurs.
En tous cas, on peut citer comme une cause importante de l'apparition des eaux minérales, mais non comme la seule, l'existence de dislocations et de failles dans l'écorce terrestre. Les eaux thermales seraient des sortes de filons d'eau qui se font jour dans les cassures de l'écorce terrestre. Faire cette constatation, c'est expliquer le cheminement des eaux, mais non leur origine. Il semble démontré que ce sont les eaux d'infiltration qui se sont engagées dans les profondeurs du sol et qui, à mesure qu'elles pénétraient plus bas, devenaient plus chaudes et plus légères. Il est possible que parfois le contact avec les matières ignées des volcans contribue à la production des eaux thermales. Enfin, chacun sait que certains mélanges chimiques peuvent produire de la chaleur, sans qu'il existe au voisinage du lieu oii se fait ce travail la moindre nappe de matières ignées. Nous ne sommes encore qu'au début des constatations qui permettront un jour d'expliquer la production et la présence de ces richesses.
Les eaux minérales valent par leur température et par leur composition. Certaines, par exemple en France, ont une température très élevée : les eaux de Chaudes-Aiguës, en Auvergne, jaillissent à 81°, celles de Plombières à 74°, celles de Barèges à 60°.
L'œuvre de minéralisation des eaux s'accomplissant dans le sous-sol, et souvent loin du lieu de jaillissement, on ne peut que constater la composition des eaux sans savoir toujours à quoi elle tient.
C'est ainsi qu'on distingue les eaux acidulées qui contiennent du gaz carbonique, les eaux salines chargées de chlorure de sodium, les eaux ferrugineuses riches en sels de fer, les eaux sulfureuses pourvues d'hydrogène sulfuré, les eaux alcalines renfermant du bicarbonate de sodium. Parmi les sources sulfureuses, on cite celles de Barèges, du Mont-Dore et de Cauterets ; parmi les eaux ferrugineuses, celles de Bussang; parmi les eaux alcalines, celles de Vichy; parmi les sources salines, celles de Bourbonl'Archambault, etc., etc. Dans la France seule, il y a 400 établissements fondés à côté des sources thermales.
Mais il s'en faut de beaucoup que l'homme tire jusqu'ici d'une si grande richesse tout le parti nécessaire pour sa santé. L'exploitation des eaux minérales reste le privilège de nations anciennes et riches, quoique le reste du monde en foisonne. C'est donc une ressource que l'on commence seulement à employer. Au reste, son emploi se généralisera à mesure que la science des chimistes et des médecins fera mieux connaître les vertus particulières de chaque nature de source.